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Journal of Marital and Family Therapy · Thérapie familiale
L’Iran est devenu l’un des pays qui publient le plus sur la thérapie brève orientée vers les solutions. Adam S. Froerer et une équipe irano-américaine réunissent 34 essais contrôlés publiés en anglais : l’effet global est important, surtout sur la santé mentale et en groupe. Les résultats relationnels, eux, ne suivent pas, et la manière de recueillir les données de couple y est sans doute pour quelque chose.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Méta-analyse des recherches iraniennes sur la thérapie brève orientée vers les solutions : le type de résultat, la modalité d’intervention ou le format de délivrance font-ils une différence ?, par Adam S. Froerer, Mustafa Bolghan-Abadi, Meiyan Chen et Anao Zhang, publié dans Journal of Marital and Family Therapy (Wiley) (2025), doi : 10.1111/jmft.12759, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les deux tableaux sont présentés sous forme de listes ; les deux figures sont reprises dans leur version originale en anglais, avec des légendes traduites ; les documents complémentaires en ligne (caractéristiques des études, grille de codage, tableau du risque de biais) ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Le cadre public du travail de groupe a pu peser sur la disposition des couples et des familles à s’engager pleinement.
Adam S. Froerer, Mustafa Bolghan-Abadi, Meiyan Chen et Anao Zhang
Résumé
Cette méta-analyse fait la synthèse des essais contrôlés, randomisés ou non, portant sur la thérapie brève orientée vers les solutions (TBOS) auprès de populations iraniennes. Elle examine l’efficacité et les applications de la TBOS dans l’ensemble des contextes iraniens, et vérifie si les différents résultats étudiés, la modalité d’intervention retenue par la recherche ou le format de délivrance de la thérapie font une différence statistique sur les résultats. Une stratégie de recherche documentaire complète, menée dans trois bases de données iraniennes et quatre américaines, sur un site iranien de conférences et sur trois sites professionnels, a conduit à retenir 34 études pour l’analyse méta-analytique. Les résultats font apparaître une taille d’effet globale du traitement importante et significative (d = 0,977, IC à 95 % : 0,591 ; 1,37, p < 0,001), et l’analyse par sous-groupes révèle des effets importants pour les interventions portant sur la santé psychosociale et mentale (g = 1,24, p < 0,001) et sur le bien-être de soi (g = 0,903, p = 0,00274). La TBOS s’est aussi montrée efficace en groupe (d = 1,04, p < 0,001). Les résultats indiquent que la TBOS est une intervention efficace auprès des populations iraniennes.
La thérapie brève orientée vers les solutions (TBOS) est une approche psychothérapeutique qui s’appuie sur un corpus important de travaux attestant son efficacité (Kim et al. 2019). La TBOS adopte une perspective progressiste selon laquelle les personnes qui demandent une thérapie sont compétentes, capables, et disposent des ressources nécessaires pour opérer les changements qu’elles souhaitent dans leur vie (Connie et Froerer 2023). Les thérapeutes TBOS recourent à une approche fondée sur le langage pour co-construire des conversations porteuses d’espoir et centrées sur les forces, en accord avec le résultat que la personne qui consulte attend de la thérapie, et pour susciter un changement significatif et durable (Connie 2018 ; De Shazer et al. 2007). La TBOS valorise l’autonomie et la capacité d’agir des personnes qui consultent, en se concentrant sur les changements qu’elles aimeraient obtenir (Connie et Froerer 2023).
La TBOS étant orientée vers le langage, les mots précis qu’emploient les personnes qui consultent sont importants, et la façon dont la personne thérapeute se sert de ces mots pour formuler ses questions suivantes l’est tout autant (Jordan, Froerer et Bavelas 2013). Un usage signifiant du langage est le fondement de la TBOS et se trouve souvent au centre de l’évaluation de son efficacité. L’approche orientée vers les solutions gagne en popularité et est utilisée dans le monde entier (Park et al. 2024, González Suitt et al. 2019).
Respectueuse et soucieuse de l’autonomie, la TBOS se prête à une large gamme de publics aux problèmes les plus divers (Franklin et al. 2022 ; Schade, Torres et Beyebach 2011 ; Zhang et al. 2017). De plus en plus de données montrent que la TBOS, bien que développée aux États-Unis, s’applique largement à des populations du monde entier (Beyebach et al. 2021). Si la TBOS bénéficie d’un soutien empirique important, une grande partie de la recherche a été menée dans des pays occidentaux et auprès de populations occidentales. La recherche a commencé à examiner l’efficacité de la TBOS dans une grande variété de régions du monde. L’Iran est l’un de ces pays, où les recherches sur la TBOS et son efficacité se multiplient.
Plusieurs méta-analyses menées à travers le monde étayent l’efficacité de la TBOS. Parmi les pays où des méta-analyses sur la TBOS ont été conduites figurent la Chine (Kim et al. 2015), la Corée (Park 2014), les Pays-Bas (Stams et al. 2006), Taïwan (Gong et Hsu 2015), la Turquie (Karababa 2023) et les États-Unis (Franklin et al. 2022 ; Kim 2008). Ces méta-analyses ont montré que la TBOS est efficace auprès des enfants, des adolescents et des adultes. Les études ont obtenu des effets faibles, moyens et importants sur la modification des comportements personnels, les comportements intériorisés et extériorisés, les répercussions de problèmes médicaux, les préoccupations parentales, les difficultés scolaires et les problèmes de santé mentale. Le corpus de recherches empiriques sur la TBOS gagne en audience et se révèle très convaincant.
Malgré ce soutien méta-analytique croissant, il faut se garder de surgénéraliser les résultats et de tenir ces résultats positifs pour valables dans le monde entier sans recherches correspondantes pour appuyer cette généralisation. Beaucoup des méta-analyses citées plus haut visaient précisément l’effet de la TBOS dans un pays donné ou dans un contexte de délivrance particulier (milieux médicaux ou scolaires, par exemple). Cette focale étroite peut nous apporter des informations importantes et renforcer la base documentaire d’ensemble, mais elle doit être interprétée avec prudence et ne pas être lue largement comme une preuve de l’efficacité mondiale de l’approche. En outre, la recherche sur la TBOS restant un champ relativement jeune comparé à d’autres approches psychothérapeutiques comme la thérapie cognitivo-comportementale, de nombreuses méta-analyses existantes sont limitées dans leur capacité à évaluer certains modérateurs importants liés à l’hétérogénéité des résultats thérapeutiques de la TBOS.
Par exemple, quelques méta-analyses n’ont pas pu évaluer l’effet modérateur du type de devis expérimental sur la taille d’effet de la TBOS, surtout faute d’un nombre suffisant d’études pour la comparaison (Zhang et al. 2017). Certaines données de la littérature sur la TBOS en milieu scolaire suggèrent que la TBOS délivrée autrement qu’en individuel pourrait avoir un effet plus important que la TBOS individuelle (Franklin et al. 2022). Vu l’état actuel de la littérature, il importe de poursuivre l’évaluation de la TBOS auprès de populations toujours plus larges.
L’Iran est un pays où les recherches sur la TBOS se multiplient, certaines publiées en anglais, d’autres en farsi/persan. Beyebach et ses collègues (2021) soulignent qu’examiner l’efficacité dans des pays non occidentaux, non riches et non démocratiques, comme l’Iran, pourrait aider à comprendre des effets potentiellement différents de la TBOS. Selon cette équipe, l’Iran est l’un des lieux les plus prolifiques pour les nouvelles recherches publiées sur la TBOS en dehors des pays occidentaux. Malgré le soutien mondial des méta-analyses et le corpus croissant de recherches sur la TBOS venant précisément d’Iran, aucune méta-analyse des études iraniennes n’a jamais été publiée, à notre connaissance. C’est une lacune importante de la littérature actuelle sur la TBOS.
Pour commencer à combler ce vide, une revue de la portée de la littérature iranienne a été menée par Reddy et al. (2022). Selon cette équipe, la TBOS était surtout pratiquée en zone urbaine (Téhéran [35,1 %], Ispahan [27,0 %] et Machhad [25,7 %]) et auprès d’individus en Iran (74,0 % des cas), même si elle avait aussi été utilisée avec des couples (26,0 % des cas). Environ 57 % des personnes participant aux études étaient des adultes ; des enfants (24,7 %) et des adolescents (14,3 %) étaient toutefois aussi inclus dans la recherche. Enfin, dans la même étude, Reddy et al. (2022) indiquaient qu’environ 50,6 % des études iraniennes portaient sur l’effet de la TBOS sur les troubles du comportement intériorisés, et 48,1 % sur la satisfaction et le conflit dyadiques. Si cette revue de la portée aide à dessiner une première compréhension de la littérature sur la TBOS en Iran, elle n’évalue pas empiriquement l’efficacité de l’approche auprès d’une population iranienne. La présente étude a recouru à une revue systématique et à une méta-analyse pour gagner en rigueur. Elle vise à savoir si la TBOS est efficace auprès des populations iraniennes, et si le type de résultat (domaine visé par le traitement), le devis de l’étude (essai contrôlé randomisé [ECR] ou non) ou la modalité d’intervention (individuelle, de couple ou de groupe) fait une différence dans les résultats de la recherche.
L’objectif de l’étude était d’examiner l’efficacité et les applications de la TBOS dans l’ensemble des contextes iraniens, et d’évaluer si les différents résultats étudiés, la modalité d’intervention retenue par la recherche ou le format de délivrance de la thérapie faisaient une différence. Dans cet article, l’attention a porté sur les travaux publiés dans la littérature de langue anglaise. Notre recherche incluait les manuscrits publiés, les manuscrits non publiés disponibles en ligne, les thèses et d’autres éléments de la littérature grise, comme les rapports gouvernementaux, les livres blancs ou les actes de colloques.
Nous avons employé trois stratégies de recherche pour établir la liste initiale des études potentielles pour cette méta-analyse. D’abord, nous avons mené trois recherches électroniques dans des bases de données iraniennes (Magiran, SID et Noormags), les trois bases les plus utilisées en Iran pour les publications en sciences sociales. Nous avons utilisé les termes de recherche suivants dans chacune de ces bases : (SFBT or solution* or solution focused or solution‐focused) AND (effect* or effic*) AND Iran (solution oriented or solution‐oriented) AND (effect* or effic*) AND Iran (circuit solution) AND (effect* or effic*) AND Iran. Ces termes ont été choisis en raison de la variabilité des traductions et pour ratisser le plus large possible. Nous avons cherché dans chacune de ces bases tous les articles publiés, quelle que soit leur date de publication ; là encore, le but était d’évaluer toute la littérature disponible. Nous avons mené une recherche semblable, avec les mêmes termes, dans sept bases de données électroniques américaines : Child Development & Adolescent Studies, CINAHL Complete, Family Studies Database, PsycINFO, Social Sciences Abstract, la Cochrane Library et MEDLINE. Nous avons utilisé la plateforme EBSCO pour la recherche multibase et avons achevé toutes nos recherches le 1er novembre 2023.
Notre deuxième stratégie a consisté à rechercher des communications et ateliers de colloques (littérature grise) sur le site persan Civilica (https://en.civilica.com). Nous espérions ainsi élargir l’éventail des travaux inclus et réduire le biais de publication. Précisons que nous avons décidé de n’inclure aucun des 33 éléments repérés par cette recherche, car aucune de ces études ne satisfaisait l’exigence de devis (être un essai contrôlé) ou ne comportait les informations statistiques nécessaires au calcul des tailles d’effet.
Enfin, nous avons examiné et fouillé manuellement les principales sources en ligne de littérature sur la TBOS. Nous avons passé en revue les listes de publications de la base de données consultable du Solution Focused Universe (https://solutionfocusedbrieftherapy.com/searchable-database/), de l’Institute for Solution‐Focused Therapy (https://solutionfocused.net/) et de la Solution‐Focused Brief Therapy Association (http://www.sfbta.org). Cette recherche n’a fait apparaître aucun élément nouveau par rapport aux articles déjà repérés par les recherches dans les bases de données.
Pour être incluse, une étude devait comporter la TBOS comme option de traitement dans un essai contrôlé randomisé (ECR) ou dans une étude contrôlée quasi expérimentale avec un ou plusieurs groupes de comparaison. Les études incluses devaient aussi avoir été menées en Iran, auprès de populations résidant en Iran. Précisons que certaines études comptaient des personnes de nationalité non iranienne dans leur échantillon. Cette étude étant la première méta-analyse menée auprès de populations iraniennes, nous n’avons limité ni l’objet ni la portée des problèmes présentés, ni l’objet des études originales. Vu le caractère exploratoire de l’étude, nous avons aussi choisi de ne pas faire de l’âge des personnes participantes un critère d’exclusion. Les techniques de la TBOS ne changeant pas selon l’âge, et cette approche fondée sur le langage devant de toute façon s’adapter à chaque personne, il a été décidé de considérer tous les résultats ensemble. Une analyse a posteriori a été menée pour déterminer si l’âge influait sur les résultats. Il en résulte une grande variété de populations incluses dans l’analyse, notamment des adolescents, des enfants d’âge scolaire, des adultes ayant des problèmes médicaux, des couples, des adultes ayant des problèmes de santé mentale généraux (dépression, anxiété, faible estime de soi) et des situations de violence conjugale. Précisons encore que, lorsque des couples étaient inclus, les données de chaque partenaire ont été retenues quand c’était possible.
Les études étaient exclues si elles n’avaient pas été menées en Iran ou si la TBOS n’y était pas utilisée comme approche de traitement. Les composantes de la TBOS (techniques ou compétences) explicitement mentionnées dans les protocoles des études originales ont été relevées et prises en compte dans l’analyse. Pour qu’une étude soit considérée comme une intervention TBOS légitime, elle devait (1) indiquer clairement les techniques ou compétences TBOS utilisées dans le protocole et figurant dans un manuel de traitement TBOS, ou (2) indiquer clairement quelles composantes de la TBOS elle avait utilisées, l’équipe de recherche pouvant alors vérifier leur conformité avec des composantes présentes dans les manuels de traitement TBOS. La plupart des études détaillaient, semaine par semaine, les composantes TBOS utilisées dans leur protocole.
La figure 1 présente le diagramme de flux PRISMA 2020 des étapes de la recherche et du processus d’exclusion. Les termes de recherche initiaux ont permis de repérer 360 études au total, dont 154 tirées des bases de données iraniennes et 173 des bases américaines. Comme indiqué plus haut, les 33 éléments de littérature grise repérés sur CIVILICA ont été exclus, faute de satisfaire aux critères d’inclusion en matière de devis ou d’informations statistiques. Après le retrait de ces éléments, de 49 doublons et de 8 articles publiés en persan, l’équipe de recherche a examiné 270 résumés pour juger de leur pertinence. Au total, 228 études ont été exclues parce qu’elles ne portaient pas sur la TBOS ou n’avaient pas été menées en Iran. Une étude a été exclue faute des données statistiques nécessaires à l’analyse. Après l’examen des résumés, les 42 articles restants ont été lus en entier, et 8 autres ont été exclus comme doublons. Tous les articles restants ont été examinés quant à leur éligibilité statistique, c’est-à-dire la présence des moyennes et des écarts types pour le groupe de traitement et le ou les groupes de comparaison. Les études présentant des résultats de tests t indépendants, ainsi que des analyses de variance à deux groupes et des régressions logistiques binaires, ont aussi été incluses, bien que tous les résultats d’intérêt aient été des variables continues. Trente-quatre articles restaient pour le codage, l’analyse des données et la présentation des résultats.

Les deux personnes principalement chargées de l’extraction des données (A.F. et M.B.) ont une longue expérience clinique et de recherche en TBOS. Elles ont extrait les données de chacune des études incluses à l’aide d’une grille de codage conçue spécialement pour ce projet (disponible en supplément de cet article). Chacune a mené l’extraction de toutes les études de façon indépendante, sans connaître le codage de l’autre, et les résultats ont été comparés ensuite. Lorsque des questions se posaient pendant l’extraction, une troisième personne de l’équipe (A.Z.) était consultée pour clarification et avis. La grille de codage recueillait les données démographiques et diagnostiques des personnes participantes (quand c’était possible), les détails du devis et des paramètres de l’intervention (nombre de séances, durée de chaque séance, etc.), les interventions TBOS précises utilisées dans la recherche, des précisions sur la personne qui délivrait l’intervention, et les données statistiques, c’est-à-dire les moyennes et écarts types des résultats au départ, immédiatement après l’intervention et aux temps de suivi, pour les groupes témoins et de comparaison. En cas de données manquantes, l’équipe s’est efforcée de contacter les équipes des études concernées.
L’outil révisé de la Cochrane pour l’évaluation du risque de biais, deuxième version, et l’outil ROBINS-I (Non‐Randomized Studies of the Effects of Interventions) ont servi à évaluer le risque de biais, respectivement pour les essais contrôlés randomisés (31/34) et pour les essais contrôlés sans répartition aléatoire (3/34) de cette revue. La qualité de chaque étude a été cotée par deux personnes de façon indépendante, et les cotations ont été comparées pour en vérifier la concordance (taux de concordance de 98 %). Les désaccords ont d’abord été discutés entre ces deux personnes pour parvenir à un accord et, à défaut, tranchés par une troisième personne de l’équipe.
L’analyse des données s’est déroulée en quatre phases, toutes les analyses étant menées avec le logiciel R. Dans la première phase, des statistiques descriptives des caractéristiques des études ont été produites. Ensuite, l’équipe de recherche a calculé pour chaque étude des estimations de taille d’effet corrigées pour les petits échantillons, afin de déterminer l’ampleur de l’effet du traitement. Tous les résultats de recherche étant de nature continue, nous avons calculé la différence moyenne standardisée (DMS) entre groupes, c’est-à-dire le g de Hedges (Cooper, Hedges et Valentine 2019). Conformément aux bonnes pratiques, la statistique g a ensuite été ajustée par une correction pour petits échantillons, afin d’obtenir une estimation non biaisée de la taille d’effet du traitement, notée d dans cette étude (Cooper, Hedges et Valentine 2019). Pour faire la synthèse des estimations de taille d’effet des études incluses, cette étude a utilisé une méta-régression avec estimation robuste de la variance (RVE) (Hedges, Tipton et Johnson 2010 ; Tipton et Pustejovsky 2015). La méta-régression avec RVE a été retenue parce qu’elle recourt efficacement à un modèle réduit à la constante pour donner une moyenne globale des tailles d’effet entre les études. Cette approche analytique ne se contente pas de traiter les tailles d’effet dépendantes (quand une étude rapporte plus d’une estimation de taille d’effet et que toutes sont incluses) : elle produit aussi une inférence statistique robuste quelle que soit la stratégie de modélisation de la variance, c’est-à-dire le choix entre un modèle à effets fixes et un modèle à effets aléatoires (Hedges, Tipton et Johnson 2010). Notre analyse incluant des tailles d’effet issues de plusieurs mesures d’un même construit (effets corrélés) et plusieurs tailles d’effet au sein d’une même étude (effets hiérarchiques), nous avons adopté un modèle de travail étendu de la RVE, le modèle à effets corrélés et hiérarchiques (CHE) (https://events.brown.edu/live/files/594-pustejovsky-tipton-2021pdf). Le modèle CHE réunit les qualités des modèles à effets corrélés et à effets hiérarchiques, en tenant compte à la fois de l’hétérogénéité des vraies tailles d’effet entre les études et au sein de chacune, ainsi que de la corrélation entre les estimations de taille d’effet d’une même étude (https://events.brown.edu/live/files/594-pustejovsky-tipton-2021pdf). En outre, la méta-régression avec RVE procède par suppression des observations incomplètes (list‐wise deletion) pour traiter les données manquantes. Enfin, l’équipe de recherche a aussi prévu des analyses par sous-groupes et des analyses univariées de modérateurs selon les catégories de résultats, regroupées a posteriori à partir des mesures de résultat. Les paquets « metaphor » et « robumeta » du logiciel statistique R (version 4.2.2) ont servi pour toutes les analyses de données.
Les 34 essais comptaient 156 estimations de taille d’effet et un échantillon total de 1542 personnes dans l’intervention TBOS. Ils ont été publiés entre 2012 et 2022 : 6 entre 2012 et 2015, 16 entre 2016 et 2019 et 12 entre 2020 et 2022. L’âge moyen des personnes participantes allait de 10,5 à 57,73 ans. Dans les essais qui indiquaient le sexe des personnes suivies (n = 29), 72,11 % étaient des femmes (n = 1112). À trois exceptions près, toutes les études étaient des essais contrôlés randomisés (ECR), les trois autres étant des essais contrôlés non randomisés. Dans la présente revue, parmi les vingt-cinq études qui indiquaient la fréquence de l’intervention, une avait adopté un rythme de deux séances par semaine, une autre d’une séance toutes les deux semaines, et la majorité (23/25) un rythme hebdomadaire. Plus de 90 % des études (32/34) utilisaient l’intervention en groupe comme modalité principale, tandis que deux recouraient à l’intervention individuelle. La plupart des essais cliniques (29/34) rapportaient des résultats au niveau individuel, et cinq études des résultats rapportés au niveau du couple. Un tableau décrivant les caractéristiques des études est joint en supplément.
Le graphique en entonnoir et l’analyse de sensibilité de Vevea et Woods (2005), fondée sur un modèle à fonction de pondération, ont tous deux servi à évaluer le biais de publication. Le graphique en entonnoir (figure 2) montrait une absence de points correspondant à des résultats et des erreurs standard plus faibles, ce qui laisse supposer la présence possible d’un biais de publication dans la présente étude. Toutefois, l’application du modèle de pondération de Vevea et Woods, modèle statistique d’évaluation du biais de publication, n’a pas confirmé l’existence d’un tel biais. La taille d’effet globale observée ne différait pas significativement de la taille d’effet globale théorique obtenue en supposant un graphique en entonnoir symétrique. Au vu du résultat de cette modélisation statistique, nous ne considérons pas la publication comme un problème dans cette étude.

Dans l’ensemble, les études incluses dans cette revue présentaient un faible risque de biais en ce qui concerne le traitement des données de résultat manquantes (32/34), la mesure du résultat (34/34) et la sélection des résultats rapportés (33/34). Cependant, vingt et un essais contrôlés randomisés présentaient un risque de biais modéré lié au processus de randomisation, et trois essais contrôlés non randomisés un risque de biais modéré dans la sélection des personnes participantes. Par ailleurs, un risque de biais modéré (3/34) et élevé (3/34) dû à des écarts par rapport aux interventions prévues a été observé dans les études incluses. Dans les essais contrôlés sans répartition aléatoire, trois études présentaient un risque de biais modéré dans la sélection des personnes participantes. Au total, les études incluses présentaient un risque de biais relativement faible. Le tableau du risque de biais est également joint en annexe.
Sur l’ensemble des 34 études (comptant 156 tailles d’effet) incluses dans cette méta-analyse, la taille d’effet combinée de la TBOS était de d = 0,977, IC à 95 % [0,591 ; 1,37], p < 0,001, ce qui indique un effet important et statistiquement significatif des interventions TBOS. Par rapport à la condition témoin, les personnes ayant reçu les interventions se situaient en moyenne 0,977 écart type plus haut (amélioration) sur l’ensemble des résultats. Les résultats ont été évalués par sous-groupes de résultats, que l’équipe de recherche a constitués à partir des critères des études originales. Les cinq sous-groupes étaient les suivants : 1) santé psychologique et mentale (détresse, anxiété, dépression, etc.) ; 2) social et relationnel (satisfaction conjugale, communication, intimité, etc.) ; 3) bien-être de soi (affirmation de soi, auto-efficacité, confiance en soi, etc.) ; 4) bien-être général (symptômes physiques, qualité de vie, santé générale, etc.) ; 5) traits et caractéristiques personnels (résolution de problèmes, organisation, coopération, etc.). L’analyse par sous-groupes a montré que les interventions TBOS portant sur la santé psychosociale et mentale, g = 1,24, IC à 95 % [0,816 ; 1,67], p < 0,001, et sur le bien-être de soi, g = 0,903, IC à 95 % [0,374 ; 1,43], p = 0,00274, présentaient respectivement des effets globaux statistiquement significatifs. En regard, les interventions TBOS portant sur les résultats sociaux et relationnels des personnes participantes, g = 0,613, IC à 95 % [−0,037 ; 1,26], p = 0,0632, sur le bien-être général, g = 0,784, IC à 95 % [−0,158 ; 1,73], p = 0,092, et sur les traits et caractéristiques personnels, g = 0,825, IC à 95 % [0,008 ; 1,64], p = 0,049, n’étaient pas statistiquement significatives.
Au-delà des analyses par catégories de résultats, des effets statistiquement significatifs sont apparus dans d’autres sous-groupes. D’abord, dans les analyses par devis d’étude, un effet global significatif n’a été observé que pour les essais contrôlés randomisés, d = 0,95, IC à 95 % [0,524 ; 1,38], p < 0,001. Ensuite, dans les analyses par modalité d’intervention, les effets n’étaient statistiquement significatifs que pour les interventions en groupe, d = 1,04, IC à 95 % [0,629 ; 1,44], p < 0,001. Troisièmement, dans les analyses par type de répondant, seul le sous-groupe des réponses individuelles présentait des effets globaux statistiquement significatifs, d = 0,931, IC à 95 % [0,567 ; 1,3], p < 0,001. Enfin, dans les analyses par sous-groupes de suivi, les effets étaient statistiquement significatifs pour les deux groupes, suivi, d = 0,94, IC à 95 % [0,527 ; 1,35], p < 0,001, et mesure après l’intervention, d = 1,18, IC à 95 % [0,604 ; 1,76], p = 0,00126 (tableau 1).
Tableau 1 — Méta-analyse globale et par sous-groupes
ES = erreur standard. K = nombre d’études, N = nombre d’estimations de taille d’effet. IC = intervalle de confiance. ddl = degrés de liberté. Si ddl < 4, il convient d’adopter un seuil de signification statistique plus bas (p < 0,01). ***p < 0,001, **p < 0,01, *p < 0,05.
Vu le degré élevé d’hétérogénéité entre les estimations de taille d’effet, Q(155) = 1492,413, p < 0,0001, des analyses de modérateurs (tableau 2) ont été menées pour déterminer si un modérateur pouvait rendre compte des variations des tailles d’effet. Les modérateurs examinés étaient : (1) le type de résultat (santé psychologique et mentale, social et relationnel, bien-être de soi, santé générale, traits et caractéristiques personnels) ; (2) le devis de l’étude (essai contrôlé randomisé ou essai contrôlé sans répartition aléatoire) ; (3) la modalité d’intervention (traitement individuel ou en groupe) ; (4) le problème présenté (difficultés individuelles ou de couple) ; (5) l’âge ; (6) le genre ; (7) le suivi. Les quatre derniers modérateurs possibles (problème présenté, âge, genre et suivi) ont été examinés a posteriori par l’équipe de recherche. Ils s’ajoutent aux trois modérateurs initiaux des questions de recherche, mais pouvaient avoir joué un rôle important dans les résultats et ont donc été ajoutés pendant l’analyse. Malheureusement, très peu d’études portaient sur le couple ou la famille, ce qui a empêché de coder la TBOS de couple ou familiale comme sous-groupe de la modalité d’intervention.
Tableau 2 — Analyse des modérateurs par méta-régression univariée
***p < 0,001.
L’analyse de méta-régression univariée à un seul prédicteur a montré que le type de résultat n’était pas un modérateur significatif. Par rapport aux résultats de santé psychologique et mentale, les résultats sociaux et relationnels (b = −0,727, p = 0,272), de bien-être de soi (b = −0,349, p = 0,396), de santé générale (b = −0,492, p = 0,426) et d’attributs personnels (b = −0,476, p = 0,257) ne présentaient pas d’effets significativement différents. Dans cette revue, l’équipe de recherche n’a identifié aucun autre modérateur statistiquement significatif.
Cette étude a examiné les résultats de la TBOS auprès de populations iraniennes. Les résultats globaux de 34 études randomisées et non randomisées aboutissent à une taille d’effet de d = 0,977, IC à 95 % [0,591 ; 1,37], p < 0,001, ce qui indique un effet important et statistiquement significatif des interventions TBOS. Comparées aux personnes n’ayant pas reçu la TBOS, celles qui l’avaient reçue se situaient en moyenne 0,977 écart type plus haut, tous types de résultats confondus. Ces observations rejoignent bon nombre des résultats d’autres méta-analyses sur la TBOS (Franklin et al. 2022 ; Gong et Hsu 2015 ; Karababa 2023 ; Kim 2008 ; Kim et al. 2015 ; Park 2014 ; Stams et al. 2006) ; la taille d’effet importante obtenue ici fournit toutefois une indication encore plus solide de l’efficacité de la TBOS auprès d’une population iranienne, là où beaucoup de méta-analyses ont abouti à des tailles d’effet faibles ou moyennes. On peut conclure que la TBOS est très efficace auprès des personnes iraniennes.
L’un des objectifs de cette étude était d’évaluer si la TBOS était plus ou moins efficace selon le domaine visé par le traitement. Les résultats indiquent que la TBOS était efficace à un niveau statistiquement significatif dans deux des cinq domaines, à savoir la santé psychosociale et mentale (g = 1,24, p < 0,001) et le bien-être de soi (g = 0,903, p = 0,00274). L’effet global n’était pas statistiquement significatif pour les résultats sociaux et relationnels (g = 0,613, p = 0,0632), le bien-être général (g = 0,784, p = 0,092) et les traits et caractéristiques personnels (g = 0,825, p = 0,049). Les résultats statistiquement significatifs pour la santé psychologique et mentale et pour le bien-être de soi ont été retrouvés de façon semblable dans plusieurs autres études. Kim (2008) a rapporté un effet faible et significatif pour les comportements intériorisés, proches des catégories de la présente étude. Des résultats semblables ont été obtenus en milieu scolaire (par exemple Kim et Franklin 2009), en milieu hospitalier (Gong et Xu 2015) et dans des services sociaux (par exemple Gingerich et Peterson 2013). L’effet important observé dans la présente étude appuie fortement l’efficacité de la TBOS sur les comportements intériorisés comme la dépression et l’anxiété. Ces résultats solides viennent s’ajouter à l’ensemble massif de données montrant que la TBOS est efficace dans la population mondiale.
En revanche, les résultats portant sur les traits et caractéristiques personnels (résolution de problèmes, organisation, coopération, par exemple) n’étaient pas statistiquement significatifs dans cette étude. Ces résultats rejoignent aussi ceux de Kim (2008), selon lesquels la TBOS est moins efficace sur les comportements extériorisés. Toutefois, une recherche plus récente de Gong et Hsu (2017) indique que la TBOS tendait vers la significativité pour les comportements extériorisés dans des populations chinoises. Ces résultats contrastés indiquent que des recherches supplémentaires pourraient aider à comprendre l’effet de la TBOS sur les comportements extériorisés. D’autres recherches auprès des populations iraniennes éclaireraient aussi ces premiers résultats, d’autant que ceux-ci approchaient la significativité statistique, à p = 0,049.
Il est intéressant de noter que les résultats sociaux et relationnels n’étaient pas statistiquement significatifs dans cette étude, alors que Franklin et al. (2023) ont récemment rapporté dans leur méta-analyse des résultats positifs de la TBOS sur le fonctionnement familial. D’autres études ont aussi conclu que la TBOS n’avait pas de résultats statistiquement significatifs pour les problèmes de couple et de famille (Kim 2008 ; Neipp et Beyebach 2022). Il importe de noter que, dans cette étude, la plupart des personnes participantes étaient traitées en groupe pour leurs difficultés touchant aux résultats sociaux et relationnels, y compris les difficultés relationnelles au sein de la famille. Cela a pu constituer une variable confondante pour l’efficacité de la TBOS sur les problèmes familiaux et de couple. Le cadre public du travail de groupe a pu peser sur la disposition des couples et des familles à s’engager pleinement. Il importe aussi de noter que, dans certaines études incluses dans cette méta-analyse, les équipes de recherche n’avaient retenu les données que d’un seul des deux partenaires. Disposer des données des deux partenaires donnerait une image plus complète de l’effet de la TBOS sur les couples et leurs relations. Dans la littérature plus large sur la TBOS en thérapie de couple et de famille, des études indiquent que la TBOS est efficace pour les couples et comme intervention de couple ou familiale (Franklin, Bolton et Guz 2019, Gingerich et Eisengart 2000). Toutefois, vu le caractère contrasté des données disponibles dans la littérature, des recherches supplémentaires sur l’efficacité de la TBOS pour les problèmes de couple et de relation, surtout auprès des populations iraniennes [sont nécessaires].
L’absence de résultats significatifs pour le bien-être général concorde avec les résultats de Franklin et al. (2023). Ces résultats diffèrent toutefois de ceux de Zhang et al. (2017), qui ont trouvé une taille d’effet faible pour les résultats médicaux et de santé, et de Kim et Franklin (2015), qui ont rapporté des résultats positifs en matière de bien-être. Relativement peu d’études prises en compte dans cette méta-analyse ayant retenu le bien-être général comme résultat, ces résultats contradictoires tiennent peut-être à la petite taille de l’échantillon global. Là encore, à mesure que la TBOS se développe comme option de traitement en Iran et que la recherche s’y poursuit, cette divergence devrait probablement s’éclaircir.
Un deuxième objectif de cette étude était de déterminer si le devis de l’étude influait sur les résultats. Un effet global significatif a été observé pour les essais contrôlés randomisés (d = 0,95, p < 0,001). En outre, un résultat approchant la significativité statistique (d = 1,33, p = 0,0104) a été observé pour les essais contrôlés non randomisés. Ces observations rejoignent les résultats globaux de la plupart des méta-analyses antérieures sur la TBOS (Franklin et al. 2023 ; Kim 2008 ; Neipp et Beyebach 2022 ; Zhang et al. 2017). Si ces résultats sont encourageants au regard du développement relativement récent de la TBOS en Iran, la majorité des recherches futures devraient privilégier les ECR, comme dans la littérature occidentale. Un recours accru aux ECR en Iran renforcera les résultats et les conclusions d’ensemble. Il devrait accroître la confiance de la recherche qui examine les travaux iraniens et pourrait renforcer la confiance clinique envers la TBOS en Iran.
Comme dans d’autres études sur la TBOS, un effet global significatif a été observé pour le traitement TBOS en groupe (d = 1,04, p < 0,001). La TBOS en groupe s’est montrée efficace notamment en Bolivie (Pérez Lamadrid et Froerer 2022), en Thaïlande (Lak Thong, Chai Mongkol et Heng Udom Sap 2017), à Taïwan (Hsu, Chen et Chen 2022) et aux États-Unis (Yates, Choi et Beauchemin 2019). Il n’est donc pas surprenant que l’intervention en groupe soit aussi efficace en Iran. De fait, Smock et al. (2008) et Froeschle, Smith et Ricard (2007) ont mené des études de groupe qui ont contribué à faire reconnaître la TBOS comme pratique prometteuse fondée sur des données probantes aux États-Unis, dans le National Registry of Evidence‐Based Programs and Policies de la SAMHSA (Kim et al. 2019). Ces recherches iraniennes supplémentaires, statistiquement significatives, montrent que la TBOS en groupe est utile auprès de diverses populations du monde et pour des problèmes variés. Il importe de noter que le traitement individuel n’a pas donné de résultats statistiquement significatifs dans cette méta-analyse. Ces résultats tiennent cependant probablement à un très petit échantillon : seules deux des 34 études analysées portaient sur un traitement individuel. C’est une limite de cette étude, et d’autres recherches sur le traitement individuel devraient être menées auprès de populations iraniennes avant de pouvoir conclure de façon fiable sur l’efficacité de la TBOS en individuel.
Malgré l’absence de soutien empirique pour le traitement individuel auprès des populations iraniennes, un résultat statistiquement significatif a été obtenu pour les réponses individuelles (d = 0,931, p < 0,001), par comparaison avec les réponses de couple. Les couples et les difficultés de couple sont couramment étudiés en Iran ; mais les résultats sont régulièrement rapportés pour une seule personne plutôt que pour les deux partenaires ou pour la dyade comme unité. Cette pratique rend l’analyse dyadique difficile et potentiellement peu fiable. Cette collecte de données auprès d’une seule personne répondante peut tenir à des raisons culturelles : les hommes iraniens sont moins représentés dans les données et pourraient être réticents à venir en thérapie ou à participer à la collecte de données. Une stigmatisation culturelle des hommes qui consultent en thérapie peut encore exister en Iran et contribuer à ces résultats. Les recherches futures devraient inclure des participants hommes et recourir à l’analyse dyadique des données pour surmonter cette limite.
Outre les points discutés plus haut, les résultats de l’étude ont des implications importantes pour la pratique des thérapeutes de couple et de famille, en particulier lorsqu’il s’agit de proposer une intervention culturellement informée à des populations iraniennes. Cette étude inspire les conseils cliniques suivants : (1) prendre en compte le contexte culturel plus large lorsqu’on aborde les questions de couple, de relation et de famille avec des personnes d’origine iranienne ; (2) garder une conscience critique du fait que, si la TBOS est une approche d’intervention très prometteuse et validée par la recherche pour les questions relationnelles, davantage de recherches sont nécessaires dans ce domaine ; (3) il existe des données solides appuyant l’effet de la TBOS sur les résultats de santé psychologique et mentale dans les populations iraniennes, ce qui en fait une approche fondée sur des données probantes.
Cette revue et méta-analyse comporte plusieurs limites. Premièrement, malgré nos efforts importants pour mener une recherche exhaustive, obtenir chaque article et examiner chaque étude, il est impossible de garantir que toutes les études iraniennes publiées en anglais ont été repérées et incluses. Deuxièmement, une grande partie de la littérature iranienne sur la TBOS étant publiée en persan, un examen complet de toutes les études iraniennes (en anglais et en persan) aurait pu aboutir à des résultats différents. Nous sommes en train de rassembler et d’examiner les études iraniennes en langue persane, et comparerons les résultats de cette étude-là avec ceux de la présente étude. Il nous a toutefois paru utile de présenter les résultats actuels comme un premier pas pour faire connaître le travail précieux mené en Iran. Troisièmement, l’inclusion à la fois d’essais contrôlés randomisés et non randomisés a pu influer sur les résultats de cette étude. Nous avons cherché à limiter l’effet de cette limite et le jugeons relativement faible, car nous avons contrôlé le devis d’étude dans l’analyse. Quatrièmement, si l’usage de la RVE en méta-régression a atténué, dans une certaine mesure, le problème des petits échantillons, y compris pour les analyses par sous-groupes et de modérateurs, certains résultats demanderont à être répliqués et approfondis lorsqu’un échantillon plus grand sera disponible. Cinquièmement, l’équipe de recherche n’a pas pu tenir compte des différences d’intervalles de mesure entre les études. À mesure que la recherche s’étoffera, contrôler ce facteur renforcera les résultats et les conclusions. Sixièmement, beaucoup des études originales utilisaient comme groupes de comparaison une liste d’attente ou un contrôle d’attention. Des études de réplication futures, avec des groupes témoins plus robustes, sont recommandées pour renforcer les conclusions d’ensemble de cette étude. Enfin, dans l’ensemble, les études examinées avaient des échantillons relativement petits et ont pu connaître des problèmes de fidélité au protocole. Malgré ces limites, c’est à notre connaissance la première étude à évaluer un ensemble relativement important d’essais cliniques portant exclusivement sur l’application de la TBOS à une population iranienne. Nous avons utilisé une technique méta-analytique moderne qui a permis d’inclure plusieurs tailles d’effet dans l’analyse de méta-régression, ce qui a renforcé la puissance statistique de notre analyse et rendu possible l’analyse des modérateurs.
Cette étude étaye l’efficacité globale de la TBOS auprès d’une population iranienne. Les résultats montrent une taille d’effet globale importante dans cette population, ce qui reste relativement rare à ce jour. L’étude montre en outre un effet statistiquement significatif pour les problèmes de santé psychosociale et mentale ainsi que pour les questions de bien-être de soi. Elle montre aussi que la TBOS en groupe est efficace et que l’analyse de données individuelles aboutit à des résultats probants. Il importera de compléter ces résultats par de futures recherches, en analysant les études menées auprès de populations iraniennes publiées en persan et en conduisant d’autres ECR aux devis plus rigoureux.
Complexe Systémique : à retenir
Une taille d’effet proche de 1, c’est rare en psychothérapie, et l’équipe le souligne elle-même. Il faut donc lire le chiffre avec ses conditions : 32 études sur 34 en groupe, des comparaisons le plus souvent avec une liste d’attente, de petits échantillons, une randomisation fragile dans vingt et un essais, et seulement la littérature publiée en anglais. Le point le plus intéressant pour une lecture systémique est ailleurs. Les résultats sociaux et relationnels ne sont pas significatifs, et l’article avance deux raisons : des difficultés de couple et de famille traitées en groupe, devant d’autres, et des couples évalués à travers un seul partenaire, le plus souvent une femme, les hommes étant peu présents dans les données. Autrement dit, l’unité de mesure n’est pas l’unité du problème. Pour la clinique, l’étude invite à ne pas conclure d’un mieux-être individuel à un changement relationnel, et à penser le cadre, le groupe, la culture, comme partie du dispositif. À lire avec l’entretien sur la pratique orientée vers les solutions en Iran, et avec la revue de la recherche orientée vers les solutions en 2022.
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Traduction non officielle en français de Méta-analyse des recherches iraniennes sur la thérapie brève orientée vers les solutions : le type de résultat, la modalité d’intervention ou le format de délivrance font-ils une différence ?, par Adam S. Froerer, Mustafa Bolghan-Abadi, Meiyan Chen et Anao Zhang, Journal of Marital and Family Therapy, vol. 51, no 1 (2025), doi : 10.1111/jmft.12759, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Meta‐Analysis of Solution‐Focused Brief Therapy Research Conducted in Iran: Does Outcome Type, Intervention Modality, or Delivery Format Make a Difference? », publié dans Journal of Marital and Family Therapy (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Froerer, A. S., Bolghan-Abadi, M., Chen, M., et Zhang, A. (2025). Méta-analyse des recherches iraniennes sur la thérapie brève orientée vers les solutions : le type de résultat, la modalité d’intervention ou le format de délivrance font-ils une différence ? (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/meta-analyse-des-recherches-iraniennes-sur-la-therapie-breve-orientee-vers-les-solutions (Œuvre originale publiée en 2024 dans Journal of Marital and Family Therapy, 51(1), e12759 (2025) ; republiée en 2025 par Journal of Marital and Family Therapy, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jmft.12759)
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