Cette version a été traduite de l'anglais par Complexe Systémique avec l'aide de l'intelligence artificielle. En cas de doute, la version originale fait foi.
Social Sciences · Protection de l'enfance
En Angleterre, des parents qui ont connu la protection de l’enfance et des personnes alliées ont répondu ensemble à la grande révision nationale de l’aide sociale à l’enfance. De leur consultation sortent sept chantiers : pauvreté, partenariat, défense en justice, soutien pendant le placement, adoption ouverte, violences conjugales, handicap. Et une réflexion sur ce que coproduire veut dire, quand deux parents cosignent l’article.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Partenariat parental, pair-aidance et engagement : la voie à suivre, par Simon Haworth, Andy Bilson, Taliah Drayak, Tammy Mayes et Yuval Saar-Heiman, publié dans Social Sciences (MDPI) (2022), doi : 10.3390/socsci11080353, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. L’encadré 1, donné sous forme de paragraphes dans la source, est présenté en encadré ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
La recherche critique sur la protection de l’enfance peut, et sans doute doit, être un acte politique conscient.
Simon Haworth, Andy Bilson, Taliah Drayak, Tammy Mayes et Yuval Saar-Heiman
Résumé
Cet article, écrit avec des parents qui le cosignent, poursuit deux objectifs : (1) proposer un regard critique sur le système anglais de protection de l’enfance à partir du point de vue des parents, et situer ce point de vue dans les études contemporaines sur la protection de l’enfance ; (2) montrer la valeur transformatrice de la coproduction dans le champ des études sur la protection de l’enfance, à la fois comme forme de recherche critique et comme moyen d’influer sur les politiques et les pratiques. Le système actuel de travail social auprès des enfants en Angleterre n’obtient pas de bons résultats pour les familles, et beaucoup d’enfants et de parents le vivent souvent comme stigmatisant, inhumain et nuisible. L’article présente l’expérience et les recommandations de changement formulées par des parents ayant une expérience très variée des services de protection de l’enfance en Angleterre. Le réseau Parents, Families and Allies Network a travaillé avec cinq organisations alliées, au sein desquelles des parents ont recensé l’éventail étendu des problèmes que pose le système actuel, ainsi que des pistes pour parvenir à une pratique plus soutenante, plus humaine et plus inclusive avec les familles. Sept grands thèmes se sont dégagés : mieux définir les besoins et mieux y répondre ; partenariat, participation et pratique humaine ; améliorer la représentation juridique et le soutien dans les procédures judiciaires ; mieux soutenir les parents dans les procédures de placement ; une permanence qui préserve les liens ; une meilleure réponse aux violences conjugales ; et le manque de soutien aux enfants en situation de handicap. L’article discute cinq caractéristiques du projet qui ont soutenu une coproduction digne de ce nom : prendre position politiquement, choisir des objectifs clairs et réalisables, intégrer des savoirs variés, faire participer des parents ayant une expérience vécue à toutes les étapes du projet, et ne pas se contenter de produire des connaissances.
Mots-clés : pair-aidance parentale, participation, protection de l’enfance, coproduction
Un important corpus de recherches critiques consacrées, au cours des vingt dernières années, à l’expérience des parents et des enfants confrontés au système de protection de l’enfance indique que ce processus est souvent vécu comme intimidant, déroutant, honteux et humiliant (Ghaffar et al. 2012 ; Gupta et al. 2018 ; Gibson 2020 ; Warner 2015). Placer la voix des parents et des enfants au premier plan de la recherche a été précieux, et cette voix constitue un élément essentiel de l’élaboration d’un savoir critique sur la protection de l’enfance. Pourtant, la plupart des études de ce champ examinent la vie des parents, des enfants et des jeunes sans s’intéresser à leur implication dans le processus de recherche (Flinders et al. 2016). Dans ces études, les points de vue des parents et des enfants sont donc recueillis et rapportés, mais ces personnes ne participent guère à la formulation des questions de recherche, au recueil ou à l’analyse des données, ni à l’interprétation des résultats et à l’élaboration des recommandations. En outre, une fois qu’elles ont partagé leurs points de vue et leurs savoirs, les personnes participant à la recherche sont souvent tenues à l’écart des phases suivantes et ne voient pas l’effet de ces études sur la réalité (Critchley et Mitchell 2020).
Dans cet article, nous présentons un projet qui tente d’illustrer et de conceptualiser comment et pourquoi la coproduction peut être une composante essentielle des études critiques sur la protection de l’enfance. Le projet, que nous appelons tout au long de l’article la « consultation », a été élaboré en réponse à l’Independent Review of Children’s Social Care (IRCSC) en Angleterre (ci-après la « Care Review », l’examen indépendant de l’aide sociale à l’enfance). À l’initiative du Parents, Families and Allies Network (PFAN), la consultation a réuni des parents et des personnes alliées venant de diverses organisations pour coproduire un rapport qui, d’une part, pointe les insuffisances du système d’aide sociale à l’enfance et, d’autre part, formule des recommandations claires sur les changements nécessaires. La consultation s’inscrit dans un projet plus large du PFAN, qui consiste à œuvrer pour des changements de fond : passer des discours actuels de protection et de sauvetage de l’enfant à des discours fondés sur les droits de l’enfant et le renforcement des familles et des communautés. Le rapport a été publié en ligne le 14 février 2022 et présenté à la Care Review. Il a été relayé dans les médias et dans les revues de travail social.
Cet article s’appuie sur ce rapport et a été écrit en 2022 par une équipe du PFAN composée de parents (Taliah Drayak et Tammy Mayes) et de personnes alliées (Simon Haworth, Andy Bilson et Yuval Saar-Heiman). L’idée de transformer le rapport en article pour ce numéro spécial, suggérée par l’une des personnes alliées, a suscité une discussion sur la valeur et l’impact d’une publication dans une revue universitaire. D’un côté, nous reconnaissons l’intérêt d’ancrer le point de vue des parents dans le discours académique. De l’autre, nous avons aussi conscience de l’influence insuffisante qu’un tel article aurait sur les politiques publiques et de sa pertinence limitée pour les familles en lien avec les services. Cette ambivalence a persisté au fil du travail. La nécessité d’adapter les messages volontairement crus et simples du rapport au format d’un article universitaire a créé une tension entre le désir de rester aussi proche que possible du rapport, c’est-à-dire de se concentrer uniquement sur la présentation de la voix des parents, et l’objectif de se servir du rapport comme point de départ de discussions plus larges, c’est-à-dire de discuter le processus de coproduction. Les parents craignaient naturellement qu’une voie universitaire ne relègue au second plan la voix des parents, qui constitue le cœur du rapport.
Après plusieurs discussions, versions successives et commentaires des relectures, nous avons pu formuler deux objectifs pour cet article : (1) proposer un regard critique sur le système anglais de protection de l’enfance à partir du point de vue des parents, et situer ce point de vue dans les études contemporaines sur la protection de l’enfance ; (2) montrer la valeur de la coproduction dans le champ des études sur la protection de l’enfance, à la fois comme forme de recherche critique et comme moyen d’influer sur les politiques et les pratiques.
L’article commence donc par décrire le contexte dans lequel la Care Review a été lancée. Il décrit ensuite la consultation : qui y a pris part et comment elle a été menée. Il présente ensuite sept domaines clés du système que les personnes participant à la consultation ont désignés comme devant changer. Chaque section commence par rapporter les points de vue exprimés dans la consultation, les met ensuite en relation avec la littérature scientifique et se termine par nos recommandations de changement vers des manières de travailler plus humaines et plus soutenantes. Dans la discussion, nous soutenons que la coproduction devrait être une composante essentielle de la recherche critique sur la protection de l’enfance, et nous réfléchissons aux possibilités transformatrices de la coproduction dans la recherche critique, élément central de cet article et de la consultation elle-même.
La Care Review est la plus récente des nombreuses révisions de l’aide sociale à l’enfance menées au Royaume-Uni au cours des trente dernières années. En juin 2021, cinq mois après son lancement, la Care Review a publié le rapport Case for Change (CfC, « Plaidoyer pour le changement ») (IRCSCE 2021), présenté comme une « …première tentative de synthétiser ce que nous avons entendu jusqu’ici et d’exposer en toute transparence ce que nous considérons comme les plus grands problèmes de l’aide sociale à l’enfance » (IRCSCE 2021, p. 5). Le rapport entendait exposer les principaux points à changer dans le système d’aide sociale à l’enfance. Il affirme que « [l]es expériences et les trajectoires des enfants et des familles nous disent que l’aide sociale à l’enfance doit changer » (IRCSCE 2021, p. 10) et indique que « le système est soumis à de fortes tensions : davantage de familles font l’objet d’enquêtes, davantage d’enfants sont placés, et les coûts s’envolent car l’argent est de plus en plus consacré à l’intervention en situation de crise » (IRCSCE 2021, p. 10). Le CfC a réaffirmé les appels à un changement de fond lancés depuis vingt ans par des universitaires britanniques du travail social (par exemple Bywaters, Featherstone, Gupta, Morris, Parton et White).
Les principaux points que le CfC désignait comme devant changer étaient les suivants :
Si le CfC contenait beaucoup d’éléments convaincants aux yeux des membres du PFAN, notamment sa description des effets des pratiques et des systèmes actuels, des inquiétudes ont été exprimées sur des questions manquées ou insuffisamment explorées, et sur la manière dont les conclusions seront mises en œuvre. Premièrement, le cycle de l’escalade des enquêtes et de la mise en cause des parents risque de se poursuivre ; un changement transformateur est donc urgent et nécessaire, et passer d’une culture de la mise en cause des parents et du sauvetage de l’enfant à un véritable partenariat et à une véritable participation est fondamental pour progresser. Deuxièmement, les familles sont soumises à un stress et à des tensions immenses et croissants, la montée de la pauvreté, des inégalités et de l’intervention de l’État dans la vie familiale engendrant toute une série de problèmes. Ces inquiétudes ont conduit à la consultation décrite ci-dessous et, dans le rapport du PFAN (2022) mentionné plus haut, au repérage de sept domaines clés dans lesquels des changements urgents sont nécessaires (voir https://www.pfan.uk/response-to-case-for-change-by-parents-families-and-allies-network-pfan/).
Il importe de rappeler que les problèmes relevés ici continuent de dresser des obstacles importants à l’engagement des familles, dont peu se sentent impliquées ou respectées dans leurs relations avec l’aide sociale à l’enfance (Dale 2004 ; Wilkins et Forrester 2021). La satisfaction à l’égard de l’aide sociale à l’enfance est faible, et les familles éprouvent souvent de la honte du fait de leur prise en charge (Gibson 2020 ; Wilkins et Forrester 2021). Au-delà de l’enfant, que le système isole comme l’objet d’une attention exclusive, il y a les parents de l’enfant, qui se sentent souvent jetables et mis au rebut. Les parents se sentent jugés, réduits au silence et punis, et perdent leur identité au contact de systèmes pauvres en humanité et en sollicitude (Clapton 2020).
La publication du CfC a suscité de nombreuses réactions chez toutes les personnes engagées pour faire évoluer le système de protection de l’enfance. Les membres du PFAN étaient particulièrement sceptiques quant au poids accordé, dans la révision, à la voix et aux points de vue des personnes expertes d’expérience. Une discussion entre Andy Bilson, Taliah Drayak et Tammy Mayes, cosignataires de cet article, a abouti à la décision de commencer à travailler sur une réponse coproduite au CfC. Dans une première phase, l’équipe dirigeante du PFAN (Simon Haworth, Andy Bilson, Taliah Drayak et Tammy Mayes) a mené une série d’échanges exploratoires et convenu qu’une coproduction authentique était essentielle, étant entendu qu’il nous faudrait partager le pouvoir et viser une véritable autonomisation. Ces objectifs ont exigé tout un ensemble de pratiques en chemin, notamment revenir régulièrement sur la compréhension commune et l’engagement éclairé, et reprogrammer souvent les réunions pour que chaque personne puisse participer pleinement.
Le travail interne au PFAN a abouti à l’élaboration d’un ensemble de questions directrices pour la consultation, ainsi que d’une liste d’organisations et de groupes de parents susceptibles de vouloir coproduire une réponse fondée sur une consultation structurée. Le PFAN a sollicité 13 organisations qui avaient donné du pouvoir d’agir aux parents et qui s’attachaient à changer le système de protection de l’enfance par l’innovation et une participation réelle, en leur demandant de contribuer à la consultation. Cinq organisations ont répondu à l’invitation. Les organisations participantes sont présentées dans l’encadré 1. Les parents de ces groupes ont une expérience large et variée de l’aide sociale à l’enfance. On y trouvait des parents dont les enfants avaient été retirés pour un placement de longue ou de courte durée ou pour une adoption, parfois dès la naissance ; des parents qui avaient besoin de services en raison d’un handicap ; des parents qui avaient fait l’objet d’enquêtes de protection de l’enfance ; et des parents dont les enfants étaient reconnus comme « enfants en besoin ».
Les organisations participantes comprenaient :
Fidèle à l’intention première d’élaborer une réponse qui pointe les insuffisances du système d’aide sociale à l’enfance et formule des recommandations claires sur les changements nécessaires, l’équipe du PFAN a établi les points suivants comme base des discussions au sein de chaque organisation :
Des réunions entre l’équipe du PFAN et des personnes représentant chacune des organisations ont été organisées pour préparer la consultation. Chaque groupe a mené sa propre consultation et transmis des réponses écrites au PFAN. Les organisations participantes étant de natures différentes, les manières de recueillir l’information ont varié, chaque groupe cherchant la façon la plus bienveillante d’aider parents et personnes alliées à exprimer leur point de vue. Quatre des organisations étaient de petites structures qui ont tenu des réunions, et la cinquième a utilisé des questionnaires en ligne, qui ont reçu plusieurs centaines de réponses. Les consultations ont eu lieu entre janvier et mars 2022, et toutes les organisations ont rendu compte de ce que leurs groupes de parents et de personnes alliées avaient partagé.
Une fois les réponses reçues, Andy Bilson en a fait une première analyse thématique, en dégageant les thèmes clés et les liens entre eux (Braun et Clarke 2019). Un projet de rapport présentant les principaux constats a ensuite été rédigé, diffusé au sein du PFAN et déposé dans un dossier Google Drive permettant aux membres de modifier le document. Une remarque d’un des parents, qui a beaucoup influencé le rapport final, était que certaines parties du rapport employaient un jargon professionnel et que le rapport devait être écrit de manière simple et accessible. À partir de ces commentaires, une nouvelle version a été produite et diffusée à toutes les personnes contributrices. Une réunion avec les porte-parole des organisations contributrices a ensuite eu lieu pour finaliser le rapport, s’accorder sur les recommandations, préparer sa présentation à la Care Review et le rendre largement accessible aux responsables de l’aide sociale à l’enfance.
Le rapport a été soumis à la Care Review, puis présenté lors d’une réunion en ligne à des membres de haut niveau de la révision, dont son président. Après plusieurs discussions, les porte-parole des groupes ont décidé de limiter le nombre de personnes présentes à la réunion pour permettre une conversation efficace avec la révision. La participation a été limitée à trois personnes par groupe, et la présence des parents a été privilégiée. La réunion a été présidée par Tammy Mayes, parent ayant une expérience vécue. Parallèlement à la réunion avec la Care Review, la diffusion du rapport a comporté un entretien à la télévision nationale avec Taliah Drayak, qui représentait les personnes ayant participé à la consultation. Enfin, toutes les organisations ont convenu de produire un webinaire pour présenter le rapport. Les porte-parole de chacune des organisations y ont présenté certains des enseignements issus de la consultation. Le webinaire a été une étape importante du processus, car il a permis à la communauté des personnes engagées pour changer la protection de l’enfance de se rassembler, d’être fière de son travail et de ses savoirs, et de renforcer les liens entre ses membres.
La consultation était tournée vers l’action, l’écoute des voix marginalisées et l’appel au changement ; ce n’était pas une étude empirique financée. Elle a été menée en réponse à la Care Review. Une approbation éthique universitaire formelle n’a donc pas été jugée nécessaire. Néanmoins, conformément au « Code d’éthique pour la recherche en travail social et en aide sociale » de Butler (2002), la consultation a comporté un effort constant pour s’engager dans une coproduction et une autonomisation authentiques. Nous avons en outre adopté une éthique du care centrée sur des relations soutenantes, l’établissement de la confiance et la sollicitude (Held 2007). Cette conscience éthique a été maintenue tout au long du processus et a conduit à mettre l’accent sur une transparence qui a permis à toutes les personnes participantes d’être véritablement informées des conséquences possibles de leur participation. Nous avons par exemple eu plusieurs discussions avec des personnes qui craignaient que la Care Review ne récupère les résultats du travail ou ne les utilise de manière symbolique. Un autre enjeu éthique qui a reçu une grande attention était le bien-être des personnes participantes. L’une des principales difficultés des personnes ayant une expérience vécue est de communiquer auprès de publics variés pour diffuser plus largement leurs messages (Beresford 2007). En tant qu’équipe, nous avons toujours pris en compte cette difficulté et veillé à ce que les membres ayant une expérience vécue reçoivent du soutien dans le partage de leur expérience et de leurs savoirs. L’autonomisation était au cœur de la consultation et de la manière dont elle a été menée, comme un processus organique fondé sur les points de vue et les droits des parents, qui a abouti à la participation de deux parents à l’écriture de cet article.
Encadré 1 — Les groupes contributeurs
Parents, Families and Allies Network défend les droits et améliore la vie et les perspectives des parents et des enfants en lien avec le travail social à l’enfance au Royaume-Uni. Nous visons à transformer les politiques et les pratiques pour que les points de vue et les expériences des parents soient entendus, par leur participation à chaque décision qui les concerne, ainsi que leurs enfants. Nous rendons cette participation possible en promouvant, en développant et en soutenant la pair-aidance parentale et les parents pairs aidants, par nos publications, ateliers, conférences, groupes de soutien, formations, missions de conseil, recherches, échanges d’informations, programmes de pair-aidance et campagnes.
Contact : admin@pfan.uk.
Site web : https://pfan.uk.
Love Barrow Together est une équipe de personnes travaillant dans la santé et l’aide sociale, réunies en un même lieu, pour les services à l’enfance comme pour adultes. Nous pensons que pour aider vraiment des familles confrontées à des problèmes complexes, qui reçoivent souvent des services fragmentés et chaotiques, il faut réellement écouter et comprendre. Nous pensons aussi qu’il est temps de s’éloigner de services publics qui décident de ce dont les familles ont besoin, pour considérer plutôt les personnes elles-mêmes comme des actrices de leur situation, capables de demander ce dont elles ont besoin et porteuses de ressources et de compétences à partager. Nous essayons de fournir ce que les familles elles-mêmes ont demandé, c’est-à-dire un service pour la famille entière qui associe santé mentale et aide sociale pour enfants et pour adultes, compassion et compréhension ; une personne référente principale qui fait office de figure d’attachement transitoire ; une aide précoce venant de la communauté locale ; et la capacité de parler clairement et honnêtement aux familles lorsqu’il y a des questions de protection de l’enfance.
Contact : info@lovebarrowfamilies.co.uk.
Site web : https://www.lovebarrowfamilies.co.uk/.
La mission de New Beginnings est de travailler de façon globale avec des familles connues du service d’aide sociale à l’enfance pour des inquiétudes de négligence ou de maltraitance psychologique, physique ou sexuelle.
Nous avons appris que les parents qui se trouvent dans cette situation ont très probablement vécu, à un moment de leur vie, des épisodes prolongés de trauma, comme des violences physiques, sexuelles et psychologiques, souvent au sein du foyer. Ces événements traumatiques peuvent entraîner des troubles psychiques et des problèmes de santé, ainsi qu’un usage problématique de drogues et d’alcool.
Notre vision est de travailler étroitement avec les parents dans le processus de protection de l’enfance, pour leur permettre de développer la force, les connaissances et le pouvoir de devenir les parents de leur choix et, en retour, d’apprendre à d’autres parents à faire de même.
Contact : info@newbeginningsgm.com.
Site web : https://www.newbeginningsgm.com/.
The Parent and Carer Alliance C.I.C. veille à ce que les familles dont les enfants ont des besoins particuliers puissent partager leurs expériences, se sentir moins seules, être mieux préparées et informées, accéder à des services vitaux et faire part de leurs inquiétudes pour faire évoluer les choses positivement.
Contact : info@parentandcareralliance.org.uk.
Site web : www.parentandcareralliance.org.uk.
Southwark Family Council réunit des parents, des personnes aidantes et d’autres membres de la famille afin de partager leurs points de vue sur les services à l’enfance de Southwark et de participer à l’élaboration des services et des pratiques.
Contact : Southwark.familycouncil@southwark.gov.uk.
Site web : www.southwark.gov.uk/familycouncil.
Southwark Parent to Parent Peer Advocacy propose des parents pairs aidants, qui ont leur propre expérience des services à l’enfance, pour soutenir d’autres parents lors des réunions de protection de l’enfance (Child Protection Conferences).
Contact : Parentadvocacy@southwark.gov.uk.
Site web : www.southwark.gov.uk/parentadvocacy.
La consultation a fait ressortir sept domaines clés dans lesquels des changements urgents sont nécessaires. Cette section examine chacun de ces domaines ainsi que les pistes proposées. Chaque sous-section rapporte les points de vue exprimés dans la consultation, puis les met en relation avec la littérature scientifique pertinente, ancrant au passage cette littérature dans la réalité confuse du terrain.
L’une des principales inquiétudes exprimées dans la consultation était que l’aide sociale à l’enfance se concentre avant tout sur la protection de l’enfance et sur le retrait des enfants en vue d’un placement ou d’une adoption. Les parents qui ont pris part à la consultation ont soutenu qu’au lieu de se concentrer sur le risque et sur des services individualisés, il faudrait formuler une définition plus large des besoins et du soutien. Les domaines suivants ont été désignés comme essentiels pour créer des environnements sûrs pour les enfants et leur famille : un logement stable et abordable, des prestations sociales suffisantes, un emploi stable et bien rémunéré, et des communautés solides. Les services de santé mentale, l’éducation, les crèches et les modes de garde, des parcs et des bibliothèques inclusifs et accessibles, ainsi que des approches de santé publique de la maltraitance des enfants, sont eux aussi importants dans ce contexte. Les personnes participantes ont affirmé que, si le travail social devrait soutenir les familles en situation de pauvreté, la pauvreté est souvent considérée comme un marqueur de risque supplémentaire plutôt que comme un amplificateur de crise et une raison d’apporter du soutien. C’est ce qu’a montré l’exemple suivant, rapporté par une personne participante :
Une mère s’est retrouvée en hébergement d’urgence et, dans l’attente de son premier versement d’Universal Credit (allocation sociale unifiée), a eu recours à une banque alimentaire pour se nourrir et nourrir son enfant. Lors de l’audience visant à lui retirer son enfant, son recours à la banque alimentaire a été considéré comme la preuve d’un risque supplémentaire pour l’enfant et a servi à appuyer la demande de retrait présentée par la collectivité locale.
Si l’on reconnaît de plus en plus l’impact de l’austérité et de la pauvreté sur l’implication des familles dans le système de protection de l’enfance (Bywaters et al. 2022), la recherche indique que le système actuel tend à ignorer la pauvreté et ses dures conséquences dans la vie des gens, tandis que les services généraux à destination des familles se concentrent sur des prestations individualisées (Featherstone et al. 2018a ; Morris et al. 2018). En outre, l’attention portée aux risques perçus pour des individus peut empêcher le travail social de prendre en compte l’environnement dans lequel vit la famille (Taylor 2017).
À partir de la consultation, nous soutenons que soutenir les familles dans ces dimensions de leur vie devrait faire partie intégrante des services à l’enfance. Ces services devraient être bien financés et assurés en partenariat avec les enfants, les parents, les familles, les quartiers et les communautés. Nous proposons que les organisations évaluent (avec les familles) dans quelle mesure leurs pratiques tiennent compte de la pauvreté, et qu’elles cherchent à « mettre à l’épreuve de la pauvreté » les politiques et les pratiques locales. Ce processus devrait déboucher sur un soutien financier et pratique aux enfants et aux familles, avec des lignes directrices soigneusement élaborées sur la manière d’appliquer cette aide.
Les parents qui ont pris part à la consultation ont exprimé de profondes inquiétudes : honte, humiliation et exclusion dans leurs relations avec l’aide sociale à l’enfance. Il ressortait collectivement que l’intervention du travail social manquait des éléments essentiels du partenariat, de la participation et de l’humanité. En outre, cette intervention est centrée sur les risques et les problèmes, et non sur la coproduction et les communautés. Enfin, l’instabilité du système et le fort renouvellement du personnel entravent le partenariat. Des parents ont par exemple partagé ceci :
Le problème, c’est que tout se résume à des réunions et que rien n’est fourni. Les équipes manquent de temps, le personnel du service social doit quitter les réunions en courant et n’a pas le temps de passer du temps avec les familles ni de traiter les problèmes qui se présentent.
La consultation a constaté que, dans tout le Royaume-Uni, des groupes de pair-aidance parentale et des programmes de partenariat avec les parents portés par les collectivités locales se développent, par nécessité et parce que l’on reconnaît que le système de protection de l’enfance ne fonctionne pas lorsque nous ne soutenons pas les parents et que nous les empêchons d’être pleinement parties prenantes des systèmes d’aide sociale et de protection de l’enfance.
Ces groupes émergents apportent soutien et conseils, en ligne et en présence. Certains parents passés par le système accompagnent d’autres parents aux réunions. L’exemple d’un travail mené bénévolement par un membre du PFAN, parent ayant une expérience vécue, montre l’impact que peut avoir la pair-aidance parentale :
Dans une situation récente sur laquelle j’ai travaillé, la mère était suivie par le travail social depuis sept ans. Le dossier stagnait et le regard porté sur la maman s’était figé. Après huit mois de travail commun avec moi, le dernier rapport du travail social indique que la maman a connu « une évolution personnelle importante et inattendue et fait preuve d’une réelle compréhension des besoins de ses enfants ». Pour la première fois, la collectivité locale accepte volontiers des visites sans surveillance et estime que la maman ne présente plus de risque pour ses enfants.
Les points de vue des parents exprimés dans la consultation concordent avec la recherche sur l’implication des parents dans les systèmes de protection de l’enfance (Clapton 2020 ; Dale 2004 ; Muench et al. 2017).
La pair-aidance parentale offre un modèle efficace de soutien aux parents lors de ces réunions (Tobis 2013). La recherche montre que promouvoir la pair-aidance parentale et l’intégrer aux services est un moyen puissant de changer les cultures organisationnelles des systèmes de protection de l’enfance (Lalayants 2017). En outre, les programmes de pair-aidance parentale montrent des effets positifs, tant sur des résultats proximaux, comme le pouvoir d’agir des parents et leur engagement dans les services (par exemple Berrick et al. 2011 ; Summers et al. 2012), que sur des résultats distaux, comme le retour de l’enfant dans sa famille et la stabilité de sa situation (par exemple Enano et al. 2016 ; Lalayants 2017). Une revue systématique récente de 13 études expérimentales portant sur des interventions de pair-aidance parentale aux États-Unis a conclu que les résultats sont « …globalement favorables, en particulier pour les taux de retour en famille, les nouveaux épisodes de maltraitance, le recours aux ressources et aux services, et les pratiques parentales » (Acri et al. 2021, p. 19).
Nous soutenons qu’il faudrait développer au Royaume-Uni un dispositif national de pair-aidance parentale, avec des parents pairs aidants ayant une expérience vécue de l’aide sociale à l’enfance. Ses services devraient être accessibles aux parents à toutes les étapes de l’aide sociale et de la protection de l’enfance, pour les soutenir, les aider à comprendre leurs droits et leurs responsabilités, et les guider. En outre, les politiques publiques devraient être modifiées pour promouvoir la participation des parents et remettre en question le récit actuel du sauvetage de l’enfant. Ces politiques devraient affirmer clairement le droit des parents à la pair-aidance et au soutien, et exprimer l’attente que les organisations d’aide sociale et de protection de l’enfance garantissent l’existence de services indépendants de pair-aidance pour les parents concernés par ces systèmes. Enfin, le partenariat et la coproduction avec les enfants et les parents, la famille élargie et la communauté devraient être promus pour tous les enfants en besoin.
Les personnes ayant participé aux consultations ont décrit les tribunaux comme des lieux souvent étrangers et intimidants pour les familles, qui ont tendance à se ranger du côté des services à l’enfance. Elles ont affirmé qu’une représentation juridique de qualité est vitale. Or, dans la consultation, les parents estimaient souvent que les cabinets d’avocats locaux ne les représentaient pas correctement et ne les voyaient pas comme indépendants de la collectivité locale. Les parents ont donc soutenu qu’il fallait constituer un vivier indépendant de juristes, qui s’engagent à défendre fermement la cause des parents et des enfants. L’expérience de ce parent illustre le problème :
Susan s’est opposée au projet de la collectivité locale de faire adopter sa fille, et elle a acquis la conviction que les cabinets d’avocats locaux qui la représentaient étaient influencés par leurs relations avec les cadres dirigeants et le personnel du travail social de la ville. La collectivité locale lui a reproché d’avoir changé deux fois de cabinet à cause de ces inquiétudes. Elle a fini par faire appel à un cabinet indépendant extérieur à la région. Le tribunal a ensuite rendu son enfant à son foyer, où elle est restée depuis.
L’accentuation des coupes dans l’aide juridictionnelle ces dernières années a contraint des milliers de personnes supplémentaires à affronter seules les tribunaux aux affaires familiales, en particulier lorsqu’elles cherchent à faire révoquer une ordonnance de placement. Ces coupes signifient que certaines des personnes les plus vulnérables de notre société sont privées de conseils juridiques adéquats aux moments les plus importants de leur vie et de celle de leur famille (Cobb 2013). Ces coupes ont des effets considérables sur les familles, comme le montre le récit de cette mère qui a gagné une bataille judiciaire pour obtenir le retour de son enfant :
Le premier coup a été de devoir dépenser toutes nos économies en frais d’avocat avant de pouvoir bénéficier de l’aide juridictionnelle. Des années de travail et d’épargne envolées presque du jour au lendemain. Ensuite, notre foyer a perdu ses deux revenus pour vivre de prestations sociales. Ça a été un énorme changement pour notre famille, mais pour continuer à avoir droit à l’aide juridictionnelle, nous ne pouvions pas nous permettre de travailler. Si nous travaillions, nous ne pouvions en aucun cas gagner assez pour payer nos frais de justice. C’est dévastateur, et les autorités dépensent des sommes énormes à chercher un coupable, pas une solution ni un soutien.
Il existe aux États-Unis, notamment à New York, des dispositifs dans lesquels la représentation juridique des familles est assurée par une équipe pluridisciplinaire qui réunit les compétences d’un cabinet d’avocats, du travail social et de la pair-aidance parentale. Il a été montré qu’une telle représentation aide les parents à mieux s’engager dans le système judiciaire, contribue à ce que moins d’enfants restent placés et, lorsqu’un enfant doit être pris en charge hors de chez ses parents, permet d’y parvenir dans des délais plus courts (Courtney et Hook 2016 ; Family Justice Initiative 2019). Un tel soutien juridique global n’est pas accessible aux familles au Royaume-Uni.
Nous plaidons pour la création d’équipes de défense globale des familles, semblables à celles du modèle décrit ci-dessus, afin que juristes, travail social et parents pairs aidants puissent offrir aux familles, pendant la procédure judiciaire, le soutien global, bienveillant et enveloppant dont elles ont besoin. En outre, pour favoriser l’indépendance de la défense des parents, il faut constituer des viviers de juristes qui s’engagent à garder leur indépendance vis-à-vis de la collectivité locale. Enfin, et c’est vital, les restrictions actuelles, nuisibles et sévères, sur l’accès à l’aide juridictionnelle doivent être réexaminées en urgence pour permettre aux parents d’y accéder plus facilement pendant la phase précontentieuse, les appels et les demandes de levée des ordonnances de placement.
Au-delà des immenses difficultés que représente le système judiciaire, les personnes ayant participé à la consultation ont souligné le manque d’investissement dans les services thérapeutiques destinés aux parents engagés dans une procédure de placement. Ce manque est aggravé par la brièveté des délais (26 semaines en Angleterre) dont disposent les parents pour opérer les changements exigés afin d’éviter le placement de leur enfant. Surtout, les personnes participantes ont indiqué que, si elles reçoivent un soutien approprié, les familles peuvent opérer les changements demandés. Une personne participante de New Beginnings a décrit ceci :
Beaucoup de nos parents se sont vu reprocher de ne pas comprendre les inquiétudes du travail social, d’interrompre les équipes, de manquer de respect, de ne pas regarder dans les yeux (signe qu’on cache quelque chose), de ne pas arriver à tenir la maison rangée, de commencer des tâches sans pouvoir les finir, de se laisser facilement distraire ou de ne pas arriver à se concentrer, et de s’automédiquer avec du cannabis ou des amphétamines. On les considère comme le problème. Or ce que nous avons constaté, c’est que beaucoup ont un TDAH ou un autisme non diagnostiqué. Nous avons constaté que, dès que les parents ont reçu du soutien, cessé de tenter de s’automédiquer et reçu le bon traitement contre le TDAH, la vie s’est apaisée, les inquiétudes de protection ont diminué et l’harmonie est revenue au foyer.
Faisant écho à ce constat, le juge Sir Andrew McFarlane a déclaré ce qui suit (cité dans The Guardian) (Butler 2018) :
On peut à juste titre dire que nous en sommes arrivés à un stade où le seuil d’obtention d’une ordonnance judiciaire de droit public est sensiblement bas, alors que, sans doute du fait du climat financier actuel, le seuil à partir duquel une famille peut accéder à des services spécialisés de soutien dans la communauté est, à l’inverse, très élevé.
Toute une série de mesures raisonnables peuvent être prises. Nous soutenons qu’il faut investir de manière ciblée dans le soutien thérapeutique aux parents et dans un soutien spécialisé aux familles aux besoins complexes. Nous devons reconnaître que, lorsque les problèmes deviennent plus chroniques, un changement rapide ne sera probablement pas possible. Le délai de 26 semaines mentionné plus haut devrait donc être allongé, et les services devraient être rendus disponibles rapidement lorsque les parents opèrent les changements nécessaires. Les services et les communautés doivent être reconnectés. Il nous faut donc des services ancrés dans les quartiers, qui procurent un sentiment d’appartenance aux familles socialement isolées. Le travail social doit être capable de reconnaître les signes de difficultés comme le TDAH, l’autisme et d’autres difficultés de santé mentale ou liées au trauma, et d’y répondre. En outre, une formation dans des domaines clés, notamment les violences conjugales, la pauvreté et le handicap, est indispensable.
Toute adoption commence par la plus grande perte qu’un parent et un enfant puissent vivre. Les parents l’ont exprimé clairement et avec force dans la consultation, plusieurs ayant vu leurs enfants retirés puis adoptés. Les parents qui ont participé à la consultation ont exprimé de graves inquiétudes : l’abandon sans aucun soutien, une mauvaise communication qui a aggravé le préjudice subi, et des dimensions de l’héritage et de l’identité ni valorisées ni soutenues.
Les points de vue partagés par les parents dans la consultation rejoignent ceux qui ressortent des études sur l’adoption et sur la manière dont elle est vécue. Beaucoup d’enfants adoptés perdent tout lien avec leur famille de naissance et leurs origines, non seulement avec leurs parents, mais aussi avec leurs grands-parents, leurs oncles, leurs tantes, leurs frères et sœurs (Featherstone et al. 2018a ; Neil 2002). Bien que l’adoption soit considérée comme la référence absolue parmi les modes de prise en charge alternatifs, des ruptures d’adoption se produisent. Smith (2014) a relevé un taux de rupture de 9,5 %, au moins 5 à 10 % des enfants revenant dans le système de placement après un jugement d’adoption aux États-Unis. Au Royaume-Uni, Selwyn, Wijedasa et Meakings ont constaté qu’entre 2 % et 9 % des adoptions connaissent une rupture après le jugement d’adoption (Selwyn et al. 2014).
Le nombre d’enfants vivant séparés de leurs parents de naissance a augmenté de 50 % au cours des dix dernières années (PFAN 2022) ; il existe donc une population nettement plus importante dont nous devons comprendre et satisfaire les besoins. Il existe d’importantes différences entre les collectivités locales anglaises quant aux taux d’adoption. Là où les taux d’adoption ont augmenté, le nombre d’enquêtes de protection de l’enfance, d’enfants en besoin et d’enfants placés a lui aussi augmenté (Bilson et Hunter Munro 2019). Tout cela suggère que la promotion de l’adoption va de pair avec une culture croissante du sauvetage de l’enfant et de la mise en cause des parents.
Un nombre croissant d’études menées dans le monde montrent les bénéfices de modalités d’adoption plus « ouvertes » et révèlent qu’elles répondent mieux aux besoins de l’enfant adopté en matière d’identité et de développement, qu’elles lui permettent d’élaborer ses pensées et ses sentiments sur son adoption, de construire son identité, de renforcer son estime de soi, et qu’elles l’aident à chercher des réponses à ses questions (Brodzinsky 2006 ; Del Pozo de Bolger et al. 2021 ; Neil 2010). L’ouverture dans les modalités d’adoption tend à être bénéfique non seulement pour les personnes adoptées, mais aussi pour les autres membres de la famille adoptive (Smith et al. 2020). Contre toute attente, peut-être, elle peut renforcer le lien des parents avec leur enfant adopté et consolider leur position de dépositaires des souvenirs d’enfance et des objets qui représentent les premières années de l’enfant (Brodzinsky 2014).
La manière actuelle de travailler peut donc être comprise comme dommageable pour toutes les personnes concernées. Nous soutenons que l’adoption ne devrait être utilisée que pour les enfants orphelins et que, lorsqu’une prise en charge alternative permanente est nécessaire, il faudrait recourir à la tutelle spéciale (special guardianship), en soutenant des modalités de contact plus ouvertes. Nous affirmons en outre que les dispositifs d’adoption et de tutelle spéciale devraient être majoritairement ouverts, compte tenu des bénéfices de ce type de dispositif soulignés plus haut. Les équipes de travail social qui souhaitent repousser les limites vers des dispositifs plus ouverts doivent être prêtes à investir du temps, des efforts et de l’énergie émotionnelle pour accompagner ce qui est un processus continu (Townsend 2003). En travail social, l’élaboration des projets de prise en charge doit s’éloigner du caractère rigide, stéréotypé, voire « invisible » (Kempenaar 2015) de nombre de ces projets, et considérer plutôt que les projets devraient être fondés sur les forces, souples et activement concertés entre toutes les parties concernées.
Le lien problématique entre violences conjugales et protection de l’enfance a été évoqué à maintes reprises au cours de la consultation. Les personnes participantes ont affirmé qu’en associant les violences conjugales à un risque pour les enfants, le système opprime doublement les femmes. Elles subissent à la fois les violences conjugales et la menace, ou la réalité, du retrait de leurs enfants. En outre, les personnes participantes ont révélé qu’une fois qu’une mère est identifiée comme ayant subi des violences conjugales, elle est considérée non seulement comme ayant exposé ses enfants à un préjudice passé, mais aussi comme présentant un risque futur, puisqu’on la juge susceptible de s’engager à l’avenir dans une autre relation nuisible. Une personne ayant participé à la consultation a partagé ceci :
Une mère, dont les trois aînés avaient été retirés sept ans avant sa récente grossesse, s’est retrouvée au tribunal à s’entendre dire qu’elle « avait été écartée comme personne pouvant prendre soin » de son bébé à naître. Sans même mener d’évaluation prénatale, la collectivité locale a estimé que les éléments du passé suffisaient pour condamner cette femme à vie. Heureusement, le combat d’un parent pair aidant pour obtenir un placement mère-bébé a fini par aboutir, et toutes les évaluations actuelles montrent une évolution et un changement considérables. Cette femme, qui avait été condamnée pour ce qu’elle était près de dix ans plus tôt, élève avec succès un enfant, sans plus aucune intervention de l’État.
En outre, les personnes participantes ont décrit des équipes professionnelles manquant d’une compréhension approfondie de la nature des relations d’emprise et de la manière dont des partenaires violents peuvent utiliser le système pour poursuivre le contrôle et les violences. La recherche a montré que ce manque de compréhension se traduit par une politique uniforme qui entrave une compréhension approfondie des enjeux propres à chaque famille (Daniel 2017 ; Ferguson et al. 2020 ; Masson et Parton 2020). En outre, une telle politique ignore un vaste corpus de connaissances qui distingue différents types de violences conjugales, appelant chacun une réponse différente, et qui montre que, si des actes violents précis peuvent se ressembler, les risques diffèrent selon le type (Alaggia et al. 2015).
Nous soutenons qu’il faudrait développer la pair-aidance parentale en mettant particulièrement l’accent sur des parents pairs aidants ayant l’expérience vécue à la fois de l’aide sociale à l’enfance et des violences conjugales. Nous devons en outre développer, dans la pratique, la connaissance des différents types de violences conjugales, et créer des services sur mesure qui répondent de manière différenciée aux besoins des différentes familles.
Les enfants en situation de handicap et leurs familles comptent parmi les groupes les plus gravement désavantagés de la société. La législation actuelle du Royaume-Uni dispose donc que tous les enfants en situation de handicap sont des enfants en besoin, et que les services de travail social ont le devoir de protéger et de promouvoir leur bien-être. Pourtant, les parents qui ont contribué à la consultation ont relaté avoir demandé du soutien, puis avoir été contraints de passer par un processus centré sur le risque, la protection et la sauvegarde de l’enfant. Selon leurs récits, lorsqu’aucun problème de protection n’était constaté, aucun soutien n’était apporté pour les besoins à l’origine de leur demande, et le processus avait souvent été si traumatisant qu’il devenait impossible de redemander de l’aide. Les parents ont aussi indiqué avoir dû recourir à un cabinet d’avocats ou porter leur dossier devant un tribunal administratif simplement pour obtenir une évaluation des besoins de leur enfant. L’expérience d’un parent illustrait bon nombre de ces problèmes :
J’ai trouvé la personne du service social agressive. Le processus m’a semblé intrusif et pas du tout soutenant. Nous nous sentions dans la confusion et l’impuissance face à un processus qui a aggravé notre situation. Les délais étaient souvent dépassés, et on ne nous a jamais fourni la moindre information pour expliquer le processus que nous traversions ni pour dire où trouver un meilleur soutien et de meilleures informations. On nous a fait sentir que nous avions échoué en tant que parents, que ma fille était un fardeau pour la collectivité locale parce que ses besoins sont si importants, et que nous ne pouvions pas répondre à ses besoins.
Un problème majeur relevé par les parents dans la consultation était le manque de connaissances du travail social en matière de handicap. Les points de vue exprimés par les parents dans la consultation font apparaître des problèmes importants et inquiétants rencontrés dans leurs démarches pour obtenir du soutien :
Nous avons eu en tout 18 personnes différentes du service social. Seules deux avaient une expérience du handicap. Le plan d’aide à l’enfant en besoin a finalement été établi quatre ans plus tard, après que j’ai dû faire appel à un cabinet d’avocats.
Les parents ont révélé vivre le travail social comme une suite de réunions sans prestations. Les familles ont décrit une grande activité — réunions tenues, évaluations réalisées, rapports rédigés — qui ne se traduisait que rarement par quoi que ce soit d’utile aux enfants ou à leur famille. Un parent a partagé ceci :
Les besoins sont identifiés, mais il n’y a aucun moyen d’obtenir qu’ils soient satisfaits si l’on ne trouve pas de soutien. On nous répète que nous avons droit à une aide personnelle (personal assistant), mais le service sait très bien qu’il n’y en a aucune de disponible dans notre secteur. Nous avons aussi perdu notre centre de répit, et on se contente de nous dire que la municipalité essaie de trouver autre chose, mais depuis plus d’un an, rien d’autre ne nous a été proposé.
Là encore, les points de vue des parents exprimés dans la consultation rejoignent les thèmes de la recherche sur le soutien aux parents d’enfants en situation de handicap. Clements et Aiello (2021) qualifient cette approche fondée sur l’enquête d’institutionnalisation de la mise en cause des parents. Leur recherche a montré que la mise en cause des parents était institutionnalisée dans les procédures et les politiques nationales et locales du Royaume-Uni et inscrite dans les protocoles d’évaluation qui guident l’action des équipes de première ligne. Dans la pratique, beaucoup d’enfants en situation de handicap se voient refuser l’évaluation de leurs besoins en raison de critères d’évaluation qui créent des obstacles illégaux (Clements et Aiello 2021) à l’exercice de leur droit légal au soutien, en ajoutant des définitions supplémentaires et restrictives de ce qu’est un « enfant en situation de handicap ». De fait, les statistiques réunies par Andy Bilson (2022), cosignataire de cet article, au moyen d’une série de demandes d’accès à l’information, montrent une augmentation rapide des évaluations d’enfants en situation de handicap centrées sur la protection de l’enfance.
Les parents d’enfants en situation de handicap sont particulièrement exposés à des accusations de troubles factices ou provoqués chez leurs enfants (fabricated or induced illness, FII). La notion de FII et la manière de la repérer et d’y répondre ont été vivement critiquées pour leur absence de toute base probante (Gullon-Scott et Long 2022). Les groupes qui représentent les parents d’enfants en situation de handicap signalent que beaucoup de leurs membres ont été accusés à tort de FII, en particulier lors d’une demande d’aide supplémentaire ou d’un second avis, ou à la suite d’un désaccord entre équipes médicales sur l’état de leur enfant (voir par exemple Autism Eye 2018 ; Colby 2014 ; Siret 2019 ; Ehlers Danlos Support UK 2017 ; Not Fine in Schools 2018). Lorsque de telles accusations visent la manière dont ces parents prennent soin de leurs enfants, l’impact peut être profond et durable.
Nous soutenons qu’il faut modifier les lignes directrices nationales et locales qui étayent cette approche culpabilisante pour les parents. Pour cela, les outils administratifs comme les protocoles d’évaluation devraient se concentrer sur le soutien aux familles plutôt que sur le risque et le préjudice. Nous soutenons qu’il faut des lignes directrices distinctes pour l’évaluation et les prestations destinées aux enfants en situation de handicap. En outre, le travail social et ses équipes doivent acquérir des connaissances sur les affections particulières des enfants lors des évaluations menées avec les familles. Enfin, il est clairement nécessaire d’améliorer le financement destiné aux enfants en situation de handicap.
Dans ce qui suit, nous discutons de la manière dont les actions menées dans le cadre de la consultation, et le fait qu’elle ait été véritablement coproduite, peuvent inspirer une recherche critique tournée vers un changement réel.
Jusqu’ici, l’article s’est concentré sur le premier objectif : proposer un regard critique sur le système anglais de protection de l’enfance à partir du point de vue des parents. Dans cette discussion, nous espérons atteindre notre second objectif, à savoir montrer la valeur de la coproduction dans le champ des études sur la protection de l’enfance, à la fois comme forme de recherche critique et comme moyen d’influer sur les politiques et les pratiques. Pour ce faire, nous discutons d’abord de la valeur de la coproduction pour la recherche critique sur la protection de l’enfance. Nous proposons ensuite cinq caractéristiques de la consultation qui, selon nous, ont soutenu un processus de coproduction critique et digne de ce nom.
Adoptant une approche structurelle, la recherche critique sur la protection de l’enfance reconnaît que les systèmes de protection de l’enfance ont des fonctions de gouvernance, de contrôle et de normalisation qui reflètent et maintiennent des normes politiques, culturelles et sociales (Keddell 2021). Les études critiques sur la protection de l’enfance exigent donc de reconnaître l’impact immense de l’injustice sociale et des inégalités sur les familles et les enfants. Comme le montre ce numéro spécial, les études qui appliquent une analyse critique au système de protection de l’enfance se sont multipliées. Pourtant, les concepts paradigmatiques et méthodologiques susceptibles de contribuer à ce corpus de connaissances restent peu développés. Nous suggérons que les études critiques sur la protection de l’enfance doivent « corriger les inégalités en donnant la priorité… aux voix des groupes les plus défavorisés de la société » (Mertens et al. 2009, p. 89). Elles devraient donc encourager l’usage de la recherche à des fins de justice sociale, notamment en rendant cette recherche accessible à des fins d’éducation du public, d’élaboration des politiques sociales et de transformation des communautés.
Si nous gardons une certaine prudence avant de présenter la consultation comme un processus de coproduction réussi (la question de ce qui fait réussir un tel processus dépasse le cadre de cet article), notre expérience collective, ainsi que les retours des personnes qui ont pris part à la consultation, mettent en évidence cinq caractéristiques qui ont donné du sens à ce processus et qui ont soutenu la recherche critique : prendre position politiquement, choisir des objectifs clairs et réalisables, intégrer des savoirs variés, faire participer des parents ayant une expérience vécue à toutes les étapes de la consultation, et ne pas se contenter de produire des connaissances.
Prendre position politiquement : conformément à l’affirmation de Hyslop et Keddell (2018) selon laquelle une pratique et une recherche progressistes en protection de l’enfance exigent un plaidoyer politique parallèlement aux réformes de la pratique, il importe de reconnaître que le processus de consultation a été explicitement conçu comme un acte éthique et politique. Consciente que « les valeurs radicales de la coproduction risquent d’être remplacées par celles du marché, dans la précipitation à cocher une case “participative” pour obtenir un financement de recherche » (Critchley et Mitchell 2020, p. 2300), la consultation a délibérément pris position politiquement. Elle l’a fait de deux manières principales : d’abord en pointant la nature oppressive du système actuel de protection de l’enfance et en s’engageant à œuvrer à la transformation des politiques et des pratiques ; ensuite en affirmant que faire entrer la voix des parents dans l’élaboration des politiques est une question de droits humains et de pouvoir social. Expliciter ces deux prémisses est la clé d’un usage transformateur de la coproduction.
Choisir des objectifs clairs et réalisables : fait intéressant, la question de savoir s’il fallait s’engager auprès de la Care Review a suscité une discussion importante sur les voies à emprunter pour promouvoir le changement. Une partie des membres du PFAN hésitait à travailler avec l’équipe de la révision et craignait qu’une telle collaboration ne serve à récupérer la voix des parents. Ce qui a permis de dénouer cette discussion a été de s’accorder sur une mission ciblée : présenter les points de vue des parents à la révision et les rendre largement accessibles aux responsables de l’aide sociale à l’enfance. Formuler les objectifs de la consultation en termes de mesures réalisables, et s’assurer qu’elle permettrait un certain accès à la décision politique, a donc été essentiel, tant pour le processus que pour les résultats de la consultation.
Intégrer des savoirs variés : comme on l’a vu, la consultation a réuni un éventail de personnes d’horizons et de positions sociales différents. Fonder le rapport sur ce mélange unique de personnes souligne que la consultation et le projet plus large du PFAN s’enracinent dans une épistémologie sociale claire, qui reconnaît le savoir expérientiel des personnes qui résistent à l’oppression sociale dans leur vie quotidienne, ainsi que le rôle clé qu’elles jouent pour agir efficacement contre l’exclusion sociale. L’importance de la diversité des voix se reflète dans l’éventail des domaines précis abordés par les personnes participantes, par exemple la pauvreté, les violences conjugales et les enfants en situation de handicap.
Faire participer des parents ayant une expérience vécue à toutes les étapes de la consultation : si la notion de coproduction est très répandue, ce qui constitue une coproduction reste largement débattu (Carpentier 2016 ; Oliver et al. 2019). Il existe aussi différents niveaux de collaboration et de coproduction, des formes symboliques aux formes authentiques et émancipatrices. Comme le notent Oliver, Kothari et Mays (Oliver et al. 2019), « [i]l existe de nombreuses formes de pratiques de recherche collaborative, dont la coproduction, la co-conception, la co-création, l’engagement des parties prenantes et du public, la participation/l’implication et l’application intégrée des connaissances… » (ibid., p. 17). Une caractéristique majeure de notre consultation est que, outre les différents groupes et les personnes ayant une expérience vécue qui y ont contribué, la consultation a été co-initiée et co-animée par l’équipe du PFAN, qui comprend à la fois des parents et des personnes alliées. Ce noyau a été impliqué dans chaque phase de la consultation : les discussions sur les objectifs, l’élaboration des questions de la consultation, l’analyse des contributions reçues des groupes, la rédaction des différentes parties du rapport final, la campagne autour du rapport et, enfin, l’écriture et la relecture de cet article. Surtout, nous ne voulons pas dresser un tableau idyllique du processus. Un tel travail est traversé de questions de pouvoir, et une grande partie de la rédaction effective du rapport a finalement été assurée par les universitaires du groupe. Nous avons pourtant la conviction commune que ce travail reflète nos efforts communs et nos contributions diverses à une coproduction authentique.
Ne pas se contenter de produire des connaissances : comme on l’a vu, la production du rapport n’a été qu’une première étape de la consultation et du projet plus large du PFAN. Reposant sur un profond engagement en faveur de la justice sociale et de la réforme du système de protection de l’enfance, la consultation comme le projet aspirent à avoir un impact sur la réalité sociale des enfants et de leurs familles. La diffusion du rapport a donc été une partie intégrante et essentielle de la consultation, et visait à favoriser une meilleure compréhension des points de vue et des expériences des parents face au système. La campagne qui a suivi la publication du rapport a emprunté plusieurs voies, chacune visant des publics différents et poursuivant des objectifs différents. Le rapport a été présenté à l’équipe de la Care Review, afin d’influencer directement la décision politique. Il a aussi été présenté sur BBC Radio Four, une radio nationale du Royaume-Uni. Les politiques sociales étant fortement influencées par le discours public, mener campagne dans les médias est un volet essentiel de tout travail de changement social. C’est particulièrement vrai dans le contexte de la protection de l’enfance, où le discours public sur les parents est profondément stigmatisant et culpabilisant (Clapton 2020 ; Featherstone et al. 2018b). Le rapport a aussi été promu grâce à un travail avec la presse du travail social, notamment par des articles publiés dans Community Care et Professional Social Work, et par un billet de blog sur la recherche dans la pratique. Le PFAN a organisé un webinaire au cours duquel les différents groupes qui ont contribué à la consultation ont présenté leur travail et l’ont partagé avec la communauté plus large, pour tenter de mettre en pratique la mission du travail social en « travaillant par-delà les frontières universitaires, professionnelles et de classe pour …construire une pédagogie de la résistance qui permette une relecture du monde et une nouvelle vision de l’avenir » (Kina et Gonçalves 2018, p. 373).
Les parents et les personnes alliées qui ont pris part à la consultation ont désigné sept domaines clés de changement dans le système actuel d’aide sociale à l’enfance et ont formulé des propositions constructives de transformation. Nous nous réjouissons que la Care Review ait recommandé que la pair-aidance parentale soit accessible aux parents dans le système de protection de l’enfance en Angleterre et ait proposé un financement important pour sa mise en œuvre. Nous avons cependant aussi conscience des structures politiques, sociales et économiques plus larges qui sous-tendent les politiques et les pratiques actuelles, que la révision n’a pas abordées et qui pourraient menacer la mise en œuvre de cette recommandation. Nos propositions ont en effet été formulées dans un contexte d’inégalités croissantes, d’un système d’aide sociale défensif où le soutien aux familles n’a cessé de s’étioler, où ce qui reste d’aide a été réorienté vers les enquêtes sur les familles, et où les retraits d’enfants en vue d’un placement ou d’une adoption ont augmenté. Cet article et la consultation ont tenté de montrer comment la recherche critique sur la protection de l’enfance peut, et sans doute doit, être un acte politique conscient, visant à promouvoir un changement collaboratif vers des manières de travailler avec les familles plus humaines, plus bienveillantes et plus justes socialement.
Complexe Systémique : à retenir
Ce texte n’est pas une étude au sens classique, mais un plaidoyer coécrit avec des parents passés par la protection de l’enfance, et c’est ce qui fait son intérêt. Il montre comment un système d’aide peut produire ce qu’il prétend combattre : la pauvreté lue comme un risque, la demande d’aide transformée en enquête, la mère victime de violences conjugales tenue pour un danger futur, le parent d’un enfant handicapé soupçonné de fabriquer ses troubles. Pour une lecture systémique, le rappel reste précieux : l’institution fait partie du problème qu’elle observe, et la place qu’elle assigne aux parents (à évaluer, à blâmer, à remplacer) façonne leurs réactions. Pair-aidance parentale, adoption ouverte qui préserve les liens avec la famille de naissance, défense pluridisciplinaire : autant de manières de remettre la famille au centre du système d’aide. Le texte a ses limites : un contexte anglais, des témoignages sans méthode d’analyse détaillée, une tonalité militante assumée. Il invite les thérapeutes qui travaillent en contexte d’aide contrainte à interroger leur propre position. À lire avec l’article qui bouscule le paradigme de la participation en protection de l’enfance, et avec l’article sur les réunions de décision menées par la famille en Angleterre.
Notes de l’original
Contributions. Conceptualisation : S.H., A.B., T.D., T.M. et Y.S.-H. ; rédaction de la version initiale : S.H., A.B., T.D. et Y.S.-H. ; relecture et révision : S.H., A.B., T.D., T.M. et Y.S.-H. L’ensemble des signataires a lu et approuvé la version publiée du manuscrit.
Financement. Cette recherche n’a bénéficié d’aucun financement extérieur. Le travail de Yuval Saar-Heiman sur l’article a toutefois été financé par les actions Marie Skłodowska-Curie du programme H2020 (890262–PCPPP).
Avis d’un comité d’éthique. Sans objet.
Consentement éclairé. Sans objet.
Conflits d’intérêts. L’équipe déclare n’avoir aucun conflit d’intérêts.
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Traduction non officielle en français de Partenariat parental, pair-aidance et engagement : la voie à suivre, par Simon Haworth, Andy Bilson, Taliah Drayak, Tammy Mayes et Yuval Saar-Heiman, Social Sciences, vol. 11, no 8, article 353 (2022), doi : 10.3390/socsci11080353, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (encadré 1 mis en forme, déclarations regroupées dans les notes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Parental Partnership, Advocacy and Engagement: The Way Forward », publié dans Social Sciences (2022) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Haworth, S., Bilson, A., Drayak, T., Mayes, T., et Saar-Heiman, Y. (2022). Partenariat parental, pair-aidance et engagement : la voie à suivre (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/partenariat-parental-pair-aidance-et-engagement-la-voie-a-suivre (Œuvre originale publiée en 2022 dans Social Sciences, 11(8), 353 (2022) ; republiée en 2022 par Social Sciences, https://www.mdpi.com/2076-0760/11/8/353)
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