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Social Sciences · Protection de l’enfance

« Si je suis ici, c’est parce que je n’ai personne » : le soutien social à la famille d’origine pendant le processus de placement

En Espagne, 135 personnes, parents, enfants et jeunes placés, membres des équipes de protection de l’enfance, décrivent le soutien dont disposent les familles au moment du placement : une aide formelle acceptée ou refusée selon la manière dont la mesure est décidée et annoncée, et un réseau de proches souvent absent.

Auteurs Eduard Vaquero, M. Àngels Balsells et Alicia Navajas (département de pédagogie, faculté d’éducation, de psychologie et de travail social, université de Lleida), Carmen Ponce (département de pédagogie, faculté des sciences de l’éducation et de psychologie, université Rovira i Virgili, Tarragone) et Aida Urrea (département de théorie de l’éducation et de pédagogie sociale, faculté des sciences de l’éducation, université autonome de Barcelone, Bellaterra), EspagnePremière publication Social Sciences, 20 mars 2020Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de « Si je suis ici, c’est parce que je n’ai personne » : le soutien social à la famille d’origine pendant le processus de placement, par Eduard Vaquero, M. Àngels Balsells, Carmen Ponce, Aida Urrea et Alicia Navajas, publié dans Social Sciences (MDPI) (2020), doi : 10.3390/socsci9030031, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Pour que les parents acceptent le soutien formel, il faut qu’ils considèrent les équipes professionnelles comme une aide et non comme un instrument de contrôle.

Eduard Vaquero, M. Àngels Balsells, Carmen Ponce, Aida Urrea et Alicia Navajas

Résumé

Le soutien social est un élément crucial pour les familles en situation de vulnérabilité, en particulier pour celles dont les enfants sont engagés dans un processus de placement. Ce soutien est déterminant pour l’acceptation de la mesure de protection dans les premiers moments et pour poser les bases d’une collaboration en vue de la réunification familiale. Pourtant, le soutien social de ces familles est limité, et l’usage que les familles font des éléments de soutien dépend fortement de leur attitude à leur égard. Cet article avait pour objectifs de repérer les types et les caractéristiques du soutien social et d’analyser les éléments qui influencent l’attitude des familles envers ces soutiens. Cette recherche qualitative a été menée en Espagne au moyen de groupes de discussion et d’entretiens avec 135 personnes participantes : 63 membres des équipes professionnelles des services de protection de l’enfance, 42 parents et 30 enfants et jeunes ayant fait l’objet de mesures de placement. Les résultats montrent la diversité des ressources de soutien social dont disposent les familles et montrent que les familles en font un usage inégal selon des facteurs comme leur expérience de la formalisation et de l’annonce de la mesure de protection ou leur disposition à recevoir du soutien, entre autres. L’article souligne le rôle important des ressources de soutien social dans la promotion des facteurs qui permettent un accueil et une réunification réussis.

Mots-clés : soutien social, placement, protection de l’enfance, besoins des familles, analyse de contenu

1. Introduction

Le système espagnol de protection de l’enfance conçoit ses actions comme la conséquence d’une situation de détresse qui met en danger le bien-être psychologique, émotionnel et/ou physique des enfants. La loi organique sur la protection juridique des mineurs (Ley Orgánica de Protección Jurídica del Menor) (loi 26/2015) prévoit diverses mesures de séparation provisoire, pendant lesquelles l’enfant vit en placement chez des membres de sa famille élargie, en famille d’accueil ou en établissement, tandis que sa famille s’engage dans un plan d’intervention susceptible de permettre la réunification familiale et le retour de l’enfant à la maison. La décision de séparer une famille revêt une importance particulière dans la vie des enfants, étant donné ses effets à court et à long terme sur leur existence (Farmer 2014). Les premiers moments, où se prend la décision d’appliquer une mesure de protection, méritent une attention détaillée. Dans cette situation, le soutien social est un élément clé pour aider les familles à accepter la mesure décidée et à faire preuve d’une attitude de collaboration.

Le soutien social se définit comme le processus par lequel les ressources sociales fournies par les réseaux informels et formels permettent de satisfaire les besoins instrumentaux et expressifs des personnes et des familles, aussi bien dans les situations quotidiennes que dans les situations de crise (Lin et Ensel 1989). Ce soutien recouvre le soutien émotionnel, psychologique, physique, informatif, instrumental et matériel apporté par autrui pour maintenir le bien-être ou favoriser l’adaptation à des événements de vie difficiles (Dunst et al. 1988). En outre, le soutien social comprend les réseaux de soutien formel et informel faits de ressources sociales qui aident les familles à faire face à la vie quotidienne ou aux situations de crise (Lin et Ensel 1989).

Dans le cas des familles suivies par le système de protection de l’enfance, la recherche a montré que le soutien social dont disposent les familles pour aborder positivement les processus de placement et de réunification est associé à un moindre taux de retour dans le système de protection (Farmer et Wijedasa 2013). Le modèle de résilience familiale dans les situations de réunification, élaboré par Lietz et Strength (2011), désigne le soutien social comme l’une des forces qui aident à surmonter ce premier moment de séparation des enfants d’avec leur famille biologique. Walsh (2002) relève en outre la capacité des familles à nouer des relations positives qui aident à optimiser leurs possibilités et leurs ressources, comme mécanisme de résilience familiale. À l’inverse, Kimberlin et al. (2009) montrent que l’absence de soutien social pourrait être considérée comme un facteur de risque pour la réussite de la réunification. D’autres travaux suggèrent qu’avoir ou recevoir ce soutien social apporte des bénéfices associés à la prévention des rechutes et au renforcement des capacités du système familial (Lee et al. 2010), ainsi qu’au maintien et à l’amélioration du fonctionnement familial (Lietz et al. 2011 ; Ordoñez 2009).

Le soutien social comprend un soutien formel et un soutien informel. Le soutien informel provient des relations non professionnelles nouées avec la famille, les amis, les voisins, etc. (Spilsbury et Korbin 2013). Diverses études (Lietz et Strength 2011 ; Maluccio et Ainsworth 2003 ; Terling 1999 ; Maluccio et al. 2000 ; Lee et al. 2010) ont montré que ce type de soutien joue un rôle prépondérant dans le placement et la réunification familiale. Selon Simard (2008), il importe de consolider les réseaux familiaux des enfants lors de la mise en œuvre des mesures de protection pour obtenir des résultats positifs en matière de réunification. Toutefois, malgré les bénéfices de ce type de soutien, les résultats de différentes études suggèrent que les familles à risque (Rodrigo et al. 2007) et celles qui sont suivies par le système de protection (Fuentes-Peláez et al. 2016) disposent souvent d’un réseau de soutien informel pauvre pour faire face à leurs situations difficiles et aux changements auxquels elles doivent répondre.

Le soutien formel provient des équipes professionnelles, des services, des organismes ou des institutions (Spilsbury et Korbin 2013). Parmi les études sur ce type de soutien, celle de Balsells et al. (2013) a montré que les familles suivies par le système de protection jugeaient essentiel de recevoir un soutien formel de la part des institutions. Plus précisément, les parents recouraient au soutien dans divers buts, comme savoir quels changements ils devaient faire et de quelle manière, exprimer leurs émotions et se sentir accompagnés. En outre, Fuller et al. (2014) ont constaté que ce qui aidait le plus la plupart des parents était le soutien émotionnel apporté par les équipes des services de protection de l’enfance. Ce soutien permettait de normaliser leurs sentiments et leur situation et de les aider à se sentir plus en sécurité en ayant quelqu’un pour faciliter certaines démarches. Par ailleurs, Barth et al. (2008) ont relevé que parmi les stratégies de soutien formel les plus efficaces dans le placement et la réunification figurent le mentorat et les programmes socioéducatifs destinés aux parents.

Le soutien formel et le soutien informel sont tous deux utiles pour favoriser l’acceptation des mesures de protection dans la phase initiale de séparation et de placement. Bien gérer cette phase est l’un des enjeux les plus importants pour que la famille comprenne la situation et acquière une plus grande conscience du problème et un engagement à changer. Des travaux comme ceux d’Amorós et al. (2003), de Schofield et al. (2011) et d’Ellingsen et al. (2011) soulignent le rôle d’une compréhension adéquate des difficultés familiales, c’est-à-dire l’importance que les parents prennent conscience de la situation et comprennent les raisons de la séparation. Balsells et al. (2014) ont constaté que l’acquisition de cette capacité se fait progressivement et à différents moments du processus de placement et de réunification familiale. Cette équipe rejoint les travaux précédents en soulignant qu’au début, il importe de travailler à la compréhension de la raison de la séparation et à l’assimilation de cette raison dans le plan d’intervention. Il est important que les parents comprennent comment s’adapter, restent ouverts au changement et gardent de la souplesse face à cette situation. Il est aussi crucial qu’ils considèrent la mesure de protection comme positive et comme un gain personnel pour eux et pour leurs enfants, et qu’en même temps ils acquièrent de la confiance, de la sécurité et de l’autonomie pour surmonter la situation (Schofield et al. 2011 ; Thomas et al. 2005). Balsells et al. (2011) ont aussi constaté que les familles accordaient une grande importance à leur engagement et à leur volonté d’accepter et de mener à bien les changements nécessaires pour recouvrer la tutelle de leurs enfants, témoignant d’un engagement et d’un désir indiscutable de la famille d’être réunie (Lietz et Strength 2011 ; Ordoñez 2009 ; Farmer 1996).

Cependant, l’usage que les familles font d’un soutien dépend fortement de leur attitude envers ce soutien. On sait que, dans cette première phase, les parents peuvent manifester de l’hostilité envers la mesure de protection, envers les équipes qui ont pris la décision de mettre en œuvre ces mesures et, en définitive, envers toutes les ressources de soutien formel impliquées dans la séparation. Forrester et al. (2012) indiquent cinq raisons pour lesquelles les parents tendent à manifester de la résistance et peu de collaboration dans ces circonstances : (1) le désavantage social des parents, (2) le contexte de travail du système de protection, (3) la résistance au changement, (4) le déni ou la minimisation de la maltraitance et (5) le comportement des équipes professionnelles elles-mêmes. Des études (Smithson et Gibson 2016) ont aussi recueilli la parole de parents, qui disent se sentir jugés, mal à l’aise, non pris en compte dans les décisions, frustrés par les délais d’attente et les changements dans les conditions de la réunification, émotionnellement mal compris et stressés. Ces études appellent à davantage de soutien de la part des équipes professionnelles et proposent des exemples de bonnes pratiques, comme une attention globale aux problèmes des familles, le fait de voir la famille comme une famille et non comme un simple dossier, et le fait de veiller à ce que les parents soient entendus et informés en temps utile, entre autres (Smithson et Gibson 2016). Les parents tendent à se montrer moins réticents envers le soutien informel car, par exemple, les relations avec d’autres familles dans la même situation, ou qui ont traversé un processus semblable au leur, réduisent les sentiments d’isolement et de solitude que ces familles éprouvent souvent lorsqu’elles sont séparées de leurs enfants (Serbati et Milani 2012 ; Balsells et al. 2015).

En résumé, le soutien social est un élément fondamental pour le développement des familles engagées dans un processus de placement, en particulier dans les premiers moments, lorsque la mesure est annoncée. Dans cette phase, les familles ont besoin d’un soutien plus intense et plus spécifique pour poser les bases d’une bonne collaboration, d’une implication et d’une participation tout au long du processus (Fernández-Simo et Cid-Fernandez 2018), ce qui conditionnera la réussite de l’éventuelle réunification. Ces besoins soulèvent toutefois des questions comme celles-ci : quels types de soutien sont les plus pertinents ? Quelles caractéristiques présentent ces soutiens ? Quelles attitudes les familles ont-elles envers le soutien social ?

Pour répondre à ces questions, le présent article vise à (a) repérer le soutien social et ses caractéristiques dans les premières étapes d’un processus de placement et (b) analyser les éléments qui influencent l’attitude des familles d’origine envers le soutien social.

2. Méthodes

La présente recherche est de nature qualitative, avec une visée descriptive et explicative. L’étude a reposé sur un plan exploratoire utilisant des groupes de discussion et des entretiens semi-directifs avec de multiples sources : des membres des équipes du service de protection de l’enfance, des parents dont les enfants faisaient l’objet de mesures de protection, et des enfants et des jeunes engagés dans des processus de placement. La démarche considérait ces personnes participantes comme expertes du processus de réunification (Stolz et al. 2013) et comme essentielles à son amélioration. Ce plan méthodologique a été jugé nécessaire pour approfondir et mieux comprendre le rôle du soutien social dans les processus que vivent les familles suivies par le système de protection de l’enfance (Lin 2014). Le recours à de multiples sources a permis de faire apparaître des aspects pertinents sous différents angles.

2.1. Personnes participantes

La recherche a été menée auprès de 135 personnes participantes issues de quatre régions d’Espagne : la Catalogne, les îles Baléares, la Cantabrie et la Galice. Au total, 63 d’entre elles travaillaient dans des organismes publics du service de protection de l’enfance, 42 étaient des parents ayant un plan de réunification ou récemment réunis avec leurs enfants, et 30 étaient des enfants et des jeunes ayant connu un processus de placement familial ou en établissement. Les personnes participantes appartenaient à des familles qui avaient traversé tout le processus, afin de repérer les facteurs de protection qui avaient eu un effet dans le temps et que les familles elles-mêmes jugeaient être des forces importantes, liées au soutien social et à la résilience familiale, dans les premières étapes du processus : le placement et la réunification. Les personnes participantes ont été sélectionnées selon différents critères. Pour le groupe professionnel, les critères de sélection étaient les suivants : les personnes (1) travaillaient dans le système de protection de l’enfance ; (2) avaient au moins deux ans d’expérience de l’accueil en établissement ou en famille d’accueil ; et (3) représentaient la pluridisciplinarité des équipes, c’est-à-dire qu’elles occupaient des fonctions différentes, en éducation sociale, en pédagogie, en psychologie, en travail social, etc. Le tableau 1 présente les caractéristiques du groupe professionnel participant.

Tableau 1 — Caractéristiques du groupe professionnel (N = 63)

  • Genre. Femmes : 47 (74,60 %) ; hommes : 16 (25,40 %).
  • Âge. Entre 25 et 35 ans : 16 (25,80 %) ; entre 36 et 45 ans : 29 (45,16 %) ; plus de 46 ans : 18 (29,04 %).
  • Formation. Éducation sociale : 20 (31,75 %) ; pédagogie : 10 (15,87 %) ; psychologie : 20 (31,75 %) ; travail social : 13 (20,63 %).
  • Intervention auprès de. La famille biologique : 37 (58,73 %) ; l’accueil en établissement : 16 (25,40 %) ; l’accueil familial : 10 (15,87 %).

Source : établi par l’équipe de recherche.

Pour les parents, les critères de sélection étaient les suivants : (1) familles déjà réunies ou en attente de l’être dans un délai d’un ou deux mois ; (2) familles qui avaient élaboré ou mettaient en œuvre un plan de réunification ; (3) familles disposées à collaborer avec les équipes professionnelles au moment du recueil des données ; (4) familles présentant des caractéristiques diverses d’âge, de structure familiale, etc. ; et (5) familles sans handicap physique, mental ou sensoriel. Le tableau 2 présente les caractéristiques des parents participants.

Tableau 2 — Caractéristiques des parents (N = 42)

  • Genre. Femmes : 32 (76,19 %) ; hommes : 10 (23,81 %).
  • Situation familiale. Famille réunie : 37 (88,09 %) ; en cours de réunification : 05 (11,91 %).

Source : établi par l’équipe de recherche.

Pour les enfants et les jeunes, les critères de sélection étaient les suivants : (1) avoir plus de six ans, (2) être déjà de retour en famille ou en attente de l’être dans un délai d’un ou deux mois ; (3) présenter des caractéristiques diverses d’âge, de structure familiale, etc. ; et (4) n’avoir aucun handicap physique, mental ou sensoriel. Le tableau 3 présente les caractéristiques des parents participants.

Tableau 3 — Caractéristiques des enfants et des jeunes (N = 30)

  • Genre. Filles : 16 (53,33 %) ; garçons : 14 (46,67 %).
  • Âge. Entre 6 et 11 ans : 05 (16,66 %) ; entre 12 et 17 ans : 17 (56,67 %) ; plus de 18 ans : 08 (26,67 %).
  • Situation familiale. Famille réunie : 21 (70,00 %) ; en cours de réunification : 09 (30,00 %).

Source : établi par l’équipe de recherche.

La participation des parents et des enfants à l’étude a été proposée par la personne référente de chaque famille au sein du service de protection de l’enfance, selon les critères cités.

2.2. Instruments

Des groupes de discussion et des entretiens semi-directifs ont servi au recueil des données. Cette technique a été jugée appropriée auprès de groupes de population vulnérables (Ayón et Villa 2013), en particulier des familles suivies par le système de protection de l’enfance (Balsells et al. 2011), ainsi qu’auprès des équipes qui travaillent avec les familles (Stolz et al. 2013). Un guide a été élaboré, comprenant plusieurs instruments : (1) une fiche d’identification pour recueillir les données de base des personnes participantes ; (2) une trame de questions pour la conduite des groupes de discussion et des entretiens semi-directifs ; et (3) une fiche de synthèse, dans laquelle l’équipe de recherche consignait des éléments relatifs au déroulement du groupe, comme la date, la durée et le lieu de la séance, la motivation des personnes participantes, la cohésion du groupe et sa dynamique.

Les trames ont été élaborées à partir d’une revue de la littérature scientifique sur le sujet, qui a fait ressortir des éléments clés à explorer. Les questions visaient à amener les personnes participantes à partager leur expérience du processus de placement et de réunification, y compris les premières étapes de la mesure de protection : comment elle s’était produite, quels sentiments avaient surgi, quelle aide avait été apportée, etc. Les questions ont été formulées selon le point de vue des différentes personnes concernées : parents, enfants et équipes professionnelles. Ainsi, des questions différentes sur le soutien formel et informel ont été posées à chaque catégorie de personnes participantes, en ajustant des aspects comme le vocabulaire technique ou le type d’information que les équipes professionnelles, les parents ou les enfants pouvaient apporter dans chaque cas.

2.3. Procédure et analyse des données

Au total, 22 groupes de discussion ont été menés : neuf avec des membres des équipes professionnelles (sept personnes par groupe en moyenne), huit avec des parents (cinq parents par groupe en moyenne) et cinq avec des enfants et des jeunes (trois enfants par groupe en moyenne). En outre, 18 entretiens semi-directifs ont été menés avec des enfants et des jeunes. Tous ont été enregistrés puis transcrits. Deux membres de l’équipe de recherche se rendaient dans chaque service de protection de l’enfance partenaire du projet. L’une de ces deux personnes animait la dynamique du groupe, tandis que l’autre se chargeait de l’enregistrement et vérifiait que les critères fixés dans les consignes étaient respectés.

L’analyse de contenu a été menée selon une démarche ascendante et a porté sur deux dimensions : (a) le soutien social et ses caractéristiques dans les premières étapes d’un processus de placement et (b) les éléments qui influencent l’attitude des familles d’origine envers le soutien social. L’analyse de contenu a consisté à élaborer des codes soumis à l’évaluation de sept juges. La première étape de l’analyse était textuelle : elle sélectionnait des paragraphes, des fragments et des citations importantes dans les transcriptions des entretiens et des groupes de discussion. La seconde étape était conceptuelle et repérait les catégories et sous-catégories potentiellement liées entre elles. Les deux étapes ont été soumises à l’examen des juges. Le processus d’extraction des codes et des catégories a été évalué par une procédure de validation. L’analyse de contenu a été révisée en vue d’un consensus et d’une fiabilité maximale des données extraites. Les catégories et sous-catégories ont été définies lorsque les données ont atteint la saturation. Les catégories étaient considérées comme saturées lorsque (1) aucune donnée nouvelle n’émergeait dans une catégorie, (2) la catégorie était bien développée et présentait des variations et (3) les relations entre les catégories étaient établies et validées.

Le logiciel Atlas.ti 6.2 a été utilisé pour traiter les données qualitatives. Une unité herméneutique (Hermeneutic Unit Editor) a été créée, dans laquelle ont été versées les transcriptions littérales des groupes de discussion et des entretiens (documents primaires). Chaque catégorie s’est vu attribuer un code (code), et des notes textuelles ont été ajoutées (memos). Un réseau conceptuel (network) a été créé pour analyser les données sur la base des connexions établies entre les codes de l’unité herméneutique.

2.4. Considérations éthiques

De nombreuses considérations éthiques ont accompagné la conduite de la recherche. Un document de consentement éclairé a été rédigé à l’intention des équipes professionnelles et des parents, afin que chaque personne sache dans quoi elle s’engageait et puisse donner son consentement. Ce document expliquait clairement la finalité scientifique de la recherche, les droits des personnes participantes et le traitement confidentiel des données recueillies. Avant les entretiens, les personnes participantes ont été invitées à poser toutes leurs questions ou à demander des précisions, pour soutenir leur compréhension et leur volonté de participer. De même, on a souligné qu’elles avaient le droit de ne pas répondre à une question si elles ne le souhaitaient pas. Pour les enfants, l’autorisation et le consentement ont été demandés aux parents ou à l’administration publique qui en avait alors la tutelle légale. Avant le début du recueil des données, les enfants ont été informés en détail de la finalité de l’étude, avec un vocabulaire et un langage adaptés, et invités à exprimer leurs doutes ; en outre, leur assentiment explicite a été demandé avant le début du recueil des données.

3. Résultats

L’analyse de contenu de la parole des parents, des enfants et des équipes professionnelles a permis de dégager deux questions clés relatives au soutien formel et informel, et d’y répondre : (a) quels types de soutien sont les plus pertinents et quelles sont leurs caractéristiques ? et (b) quelles sont les attitudes des familles envers le soutien social ?

3.1. Quels types de soutien sont les plus pertinents, et quelles sont leurs caractéristiques ?

Les résultats montrent un large éventail de ressources de soutien formel auxquelles les familles recourent lorsqu’une mesure de séparation et de placement est engagée : (a) les soutiens formels fournis par le système de protection (l’équipe pluridisciplinaire qui conduit le plan d’intervention, le centre d’accueil ou le service des familles d’accueil, entre autres), d’autres soutiens formels (médecine, enseignement, etc.) ou un soutien spécialisé (psychologie, psychiatrie, spécialistes ou thérapeutes, etc.) ; et (b) les soutiens informels fournis par les services sociaux de proximité, la famille élargie, les amis, etc.

En ce qui concerne le soutien formel, les résultats suggèrent que les familles n’utilisent pas toujours ce type de ressource dans la même mesure ni de la même manière. Dans cette phase du placement, certaines familles recourent peu au soutien fourni par le système de protection, voire le rejettent. D’autres familles, au contraire, utilisent positivement ces soutiens dès le départ, en particulier celles qui s’adressent aux services sociaux pour demander volontairement la tutelle administrative de leurs enfants.

« Au début, je le rejetais, j’étais bloquée, je ne recevais de l’aide que de la direction du centre où je faisais ma réadaptation, mais ensuite, quand j’en suis sortie, c’est vrai que j’ai été suivie par des psychologues et des équipes éducatives qui m’ont aidée, mais peut-être que c’était parce qu’à ce moment-là je les écoutais davantage. »

(propos d’une mère)

Les familles utilisent les soutiens formels standardisés ou spécialisés de manière sélective, selon leurs besoins ; ce recours peut aussi dépendre du type de relation établie entre la famille et les équipes professionnelles. En ce sens, la confiance, la connaissance mutuelle et le lien sont des aspects cruciaux de cette relation.

« Mon arrivée, c’était en milieu d’année, la personne qui m’enseignait a très bien pris soin de moi, on me donnait de l’affection, on était aux petits soins pour moi, on me traitait très bien. »

(propos d’une personne adolescente)

Les résultats indiquent que les soutiens formels les plus demandés par les parents sont le soutien économique et le soutien psychologique. Pour le soutien économique, les familles, les enfants et les équipes professionnelles interrogées ont insisté sur la nécessité d’accroître ce type d’aide. Pour le soutien psychologique, les résultats indiquent qu’il est reconnu comme l’une des sources de soutien formel les plus marquantes dans cette phase du placement.

« On ne peut pas dire à une famille qui a 400 € de bien s’occuper de trois enfants, et puis c’est tout, parce que c’est impossible… parce que parfois les choses tiennent grâce à quelque chose de matériel. »

(propos d’une personne adolescente)

« Le service social a beaucoup misé sur moi. Et puis, en plus, les psychologues m’ont fait voir pourquoi on m’avait retiré les enfants. »

(propos d’un père)

En ce qui concerne le soutien informel, les résultats montrent qu’il est peu présent dans les premiers moments du processus de placement. Le soutien de la famille, des amis ou des voisins est souvent jugé insuffisant. Dans le cas de la famille élargie en particulier, son absence tient généralement à la dégradation des relations familiales ou à l’éloignement des proches. Malgré tout, certaines personnes participantes reconnaissaient que le soutien informel est un élément fondamental du bien-être de leurs enfants et de la stabilité de la famille. En ce sens, elles affirmaient que si elles avaient eu ce type de soutien par le passé, la séparation d’avec leurs enfants aurait peut-être pu être évitée.

« Au début, j’avais toute ma famille contre moi, et c’était très dur ; j’étais seule et on m’avait enlevé ma fille. Ensuite, j’ai appelé les services sociaux pour réunir ma famille, on s’est assis, on a parlé, et à partir de là les choses ont commencé à s’arranger… maintenant je pense que si j’avais eu avec ma famille la relation que j’ai aujourd’hui, peut-être que rien de tout cela ne nous serait arrivé. »

(propos d’une mère)

« Quand on demande à certaines familles : “Vous avez quelqu’un qui… ?”, la plupart vous répondent : “Si je suis ici, c’est parce que je n’ai personne.” »

(propos d’une personne professionnelle)

3.2. Quelles sont les attitudes des familles envers le soutien social ?

Les résultats montrent que l’attitude des familles envers le soutien dépend de la manière dont la mesure de protection est formalisée et dont elle leur est annoncée. À mesure que le processus de séparation se déroule, un ensemble de sentiments naît chez les membres de la famille et détermine leur attitude envers le soutien.

En ce qui concerne l’attitude des familles envers le soutien formel, les familles tendent à être plus collaboratives et plus réceptives lorsqu’elles demandent volontairement que la tutelle et la garde de leurs enfants soient exercées par l’administration. À l’inverse, lorsque la décision n’est pas prise par les familles et qu’elles n’acceptent pas les mesures de protection, on observe généralement deux types d’attitudes qui conduisent à moins de collaboration : la colère et l’agressivité, ou la passivité et l’indifférence.

Si les résultats indiquent que les familles en colère et agitées au début sont les plus réticentes à collaborer dans les premières étapes, ils suggèrent aussi qu’il peut s’agir d’une réaction tournée vers la récupération de la tutelle des enfants, susceptible de conduire à la réunification, car elle peut indiquer, en termes d’implication et de participation, un intérêt réel pour l’avenir des enfants et pour le rétablissement de conditions familiales et contextuelles propices à une parentalité optimale. À l’inverse, les familles qui acceptent la séparation sans manifester d’intérêt pour comprendre les éléments qui y ont conduit peuvent avoir de moindres attentes de réunification. Celles-ci sont toutefois minoritaires parmi les familles dont les enfants sont placés.

« J’ai rencontré très peu de familles qui “abandonnent” ; si je pense aux vingt ans que j’ai passés à travailler dans l’équipe, j’en ai peut-être connu une ou deux. »

(propos d’une personne professionnelle)

Les résultats indiquent aussi que l’acceptation de ces soutiens formels est liée à trois éléments : l’acceptation de la mesure de placement, la perception des équipes professionnelles comme une ressource d’aide par la famille, et la disposition à recevoir du soutien.

Pour favoriser l’acceptation de la mesure, la conscience du problème qui a causé la séparation et le sentiment d’être responsable de la situation sont jugés essentiels. En ce sens, les résultats suggèrent que la conscience des raisons de la séparation s’acquiert par un processus progressif de compréhension, lié à la motivation à changer. Lorsque les parents comprennent les raisons de la séparation, ils commencent à être motivés pour faire les changements nécessaires.

« J’ai commencé à les trouver utiles au bout de huit mois environ, pas avant, parce que j’ai vu que leur but était de m’aider à récupérer mes enfants et à aller bien. »

(propos d’une mère)

Pour que les parents acceptent le soutien formel, il faut qu’ils considèrent les équipes professionnelles comme une aide et non comme un instrument de contrôle. Pour que ce changement de perspective et d’attitude se produise, la confiance est un aspect crucial, qui s’acquiert elle aussi par un processus progressif, dans la durée.

« D’abord ça paraît étrange, puis tu commences à écouter. C’est comme un processus, non ? Et puis le moment vient, parce qu’on te parle, et tu commences à accepter un petit peu, puis tu t’y habitues un peu plus, jusqu’au moment où tu finis par leur faire confiance. »

(propos d’un père)

Un autre élément essentiel de l’acceptation du soutien tient à la disposition et à l’ouverture des parents à recevoir de l’aide. À cet égard, toutes les personnes participantes estimaient que la collaboration commence lorsque les parents prennent conscience que le premier pas vers un progrès réside dans une attitude réceptive à l’aide :

« Moi, personnellement, j’étais très fermée à l’idée d’écouter qui que ce soit, je ne voulais pas qu’on m’aide, mais quand j’ai pris conscience de tout ce que j’avais vécu, j’ai compris, j’ai ouvert mon cœur pour que la personne qui m’accompagnait puisse m’aider. Ensuite, j’étais ouverte à toutes les corrections, à tout ce qu’on me disait. »

(propos d’une mère)

« Tu as une super équipe autour de toi, une super équipe qui te soutient, qui te guide… mais c’est toi qui dois l’accepter et ravaler ta fierté. »

(propos d’un père)

Outre ces éléments, les résultats indiquent que l’attitude des familles est aussi influencée par les sentiments qui naissent dans les premiers moments de l’expérience du placement. En général, les familles éprouvent des sentiments intenses, ambivalents, voire négatifs, du fait de la séparation d’avec leurs enfants. Les résultats montrent que les sentiments les plus fréquents seraient l’anxiété, la solitude, la désorientation, le choc, le blocage émotionnel, la douleur, la souffrance, la colère, l’impuissance, la peur, la tension et la dépression. Certains de ces sentiments semblent générer ou alimenter chez les familles des intentions de changement.

« Les familles ont tendance à être réactives, mais derrière cette réaction, il y a des sentiments de peur et d’impuissance, de colère… et ce sont eux qui finissent par faire “déclic” en premier. »

(propos d’une personne professionnelle)

« Je me sentais un mauvais père, et comme je me sentais un mauvais père parce que personne ne me disait rien, eh bien, je laissais la petite… Alors, quand on m’a retiré ma fille, le monde s’est effondré. Je suis tombé dans un trou noir. »

(propos d’un père)

En ce qui concerne l’attitude des familles envers le soutien informel, les parents et les équipes professionnelles affirment, dans les entretiens, que lorsque le placement se fait dans la famille élargie, la situation est généralement vécue de façon moins traumatisante, ce qui pourrait impliquer que l’attitude de la famille envers le soutien informel est elle aussi plus positive.

« Si c’est dans l’environnement familial, parce que l’enfant reste dans la famille élargie, ce n’est pas aussi traumatisant ; ça reste dans son cadre. »

(propos d’une personne professionnelle)

Enfin, les résultats indiquent que les sentiments les plus fréquents des familles à l’égard du soutien informel sont la honte, la peur et la méfiance, ce qui les conduit à rejeter ce type de soutien par peur du « qu’en-dira-t-on » et parce que demander de l’aide est perçu comme un signe de faiblesse.

« Quand les enfants rentrent à la maison, il y a des familles qui ne demandent pas d’aide parce qu’elles ont peur qu’on leur retire de nouveau leurs enfants. »

(propos d’une personne professionnelle)

« S’ils avaient été là, ça aurait été très différent ; une personne seule [une famille] n’y arrive pas sans l’aide de quelqu’un de confiance. »

(propos d’une mère)

4. Discussion et implications pour la pratique

Cette étude a analysé deux des éléments clés liés au soutien social des familles engagées dans un processus de placement : le type et les caractéristiques du soutien, et l’attitude des familles à son égard. Comme l’ont montré cette étude et celles de différents travaux (Rodrigo et al. 2007 ; Lietz et al. 2011), le soutien social est un facteur clé avant le processus (pour prévenir la séparation), pendant (pour favoriser le changement durant le placement) et après (pour favoriser et consolider la réunification familiale et le retour des enfants à la maison). Ces aspects sont associés aux forces propres aux étapes du processus de résilience familiale (Lietz 2006 ; 2009 ; Lietz et Strength 2011). Le soutien social est un facteur clé de la résilience familiale tout au long du processus de placement et de réunification, mais il est particulièrement important dans les premiers jours qui suivent le placement, lorsque les familles doivent non seulement recevoir un soutien formel fiable et digne de confiance, mais aussi relever différents défis pour construire progressivement un réseau informel qui les aidera à réussir le placement et la réunification.

La recherche montre que le soutien formel est particulièrement important au début d’une mesure de protection. Ce type de soutien est demandé par certaines familles mais aussi rejeté par d’autres, qui peuvent éprouver au départ des sentiments intenses et de l’ambivalence, voire refuser certains soutiens. Ce résultat confirme et prolonge ceux d’autres études qui désignent la relation entre les équipes professionnelles et la famille comme un élément qui favorise l’engagement de la famille dans la réunification (Child Welfare Information Gateway 2011). Lorsque les parents considèrent les équipes professionnelles comme une aide, le processus de placement et de retour des enfants à la maison s’en trouve favorisé (Bravo et Del Valle 2009). Cette vision de la personne professionnelle comme repère d’aide s’obtient par un processus progressif dans lequel l’acceptation de la mesure de placement et l’établissement d’une relation de confiance et de communication sont des facteurs cruciaux (Balsells et al. 2014).

En ce qui concerne le soutien informel, les résultats soulignent le rôle important des membres de la famille, des voisins ou des amis. Selon Spilsbury et Korbin (2013), ce type de soutien peut aider à réduire et à atténuer l’effet de certains facteurs de vulnérabilité en apportant des ressources émotionnelles, en protégeant les familles des tensions de la vie quotidienne et en les aidant à faire face aux situations de crise. Les résultats confirment toutefois la faiblesse du réseau de soutien informel de ces familles, en particulier pour le soutien reçu de la famille élargie, malgré l’importance que lui reconnaissent d’autres études (Lietz et al. 2011).

En outre, la parole des personnes participantes confirme que l’attitude de la famille envers le soutien est liée à ses autres sentiments, en particulier la réticence et les peurs que les parents et leurs enfants peuvent avoir à l’idée de demander de l’aide. Dans d’autres études, les parents ne veulent pas se montrer vulnérables, car « ils pourraient éprouver de la culpabilité, de la honte ou de la colère » (Bravo et Del Valle 2009, p. 130), ce qui leur rend difficile de demander et de recevoir de l’aide.

L’importance du soutien formel pour aider les familles à traverser avec succès le placement et la réunification conduit les équipes professionnelles à adopter de nouvelles formes de relation et de communication. Nos résultats rejoignent ceux du Child Welfare Information Gateway (2011) et de Ward et al. (2012) quant aux défis qui se posent : travailler en collaboration avec les parents, les aider à comprendre les changements qu’ils doivent affronter, s’appuyer sur leurs forces, faire preuve de sensibilité, expliquer les conséquences du non-respect des engagements et annoncer les « mauvaises nouvelles » lorsque c’est nécessaire. De même, les résultats confirment que certaines compétences et attitudes de la personne professionnelle aident à atténuer les peurs des familles et à construire la relation nécessaire à un placement de qualité, comme une communication ouverte et honnête avec les parents (Yatchmenoff 2005) ou un réel engagement dans le suivi (Cheng 2010).

Il en découle donc quelques orientations et implications pour la pratique liées au soutien social dans les processus de placement :

  • Offrir un soutien formel accru, fondé sur la compréhension et le soutien émotionnel, en traitant les familles avec empathie et en entretenant une communication ouverte, sincère et constante pour favoriser la confiance envers les équipes professionnelles.
  • Promouvoir le réseau informel des amis, de la famille et des groupes de familles qui ont traversé la même situation, par exemple au moyen des conférences familiales (family group conferences), comme stratégie pour commencer à développer un soutien informel plus important dans les premiers jours qui suivent le placement.
  • Encourager les équipes du système de protection de l’enfance à devenir une figure de référence, en qui les familles trouvent une personne capable de leur apporter du soutien.
  • Travailler avec toute la famille, en incluant autant que possible la famille élargie, c’est-à-dire mener un travail global avec la famille en y intégrant si possible le soutien informel.

Complexe Systémique : à retenir

Cette étude rappelle ce que les services oublient vite : le moment où l’on sépare un enfant de sa famille est aussi celui où se prépare la réunification. L’attitude des parents envers l’aide n’y apparaît pas comme un trait de caractère, mais comme le produit d’une relation : elle dépend de la manière dont la mesure a été décidée et annoncée, de la confiance construite au fil des mois, et des sentiments de honte, de peur et d’impuissance qui ferment la porte au réseau des proches. La colère des débuts peut même signaler un attachement à l’enfant plutôt qu’un refus. Pour une lecture systémique, l’essentiel est là : travailler avec toute la famille, famille élargie comprise, et traiter le réseau informel comme une ressource à reconstruire. Les limites sont nettes : des familles retenues pour leur disposition à collaborer, des personnes en situation de handicap exclues, une analyse de contenu peu détaillée et des citations brèves. À lire avec l’article sur le vécu des parents qui rendent visite à leurs enfants placés, et avec l’article sur ce qu’enseigne la conférence familiale en protection de l’enfance.

Notes de l’original

Contributions. Conceptualisation : M.À.B. ; méthodologie : E.V. et M.À.B. ; analyse formelle : E.V., C.P., A.U. et A.N. ; enquête : M.À.B. ; gestion des données : E.V., A.U., C.P. et A.N. ; rédaction de la version initiale : E.V., M.À.B., C.P., A.U. et A.N. ; relecture et révision : E.V. Toute l’équipe a lu et approuvé la version publiée du manuscrit.

Financement. Cette recherche a été financée par le ministère de la Science, de l’Innovation et des Universités (subvention RTI2018-099305-B-C21) et par le ministère de l’Économie et de la Compétitivité du gouvernement espagnol (subvention EDU2014-52921-C2-1-R), ainsi que par l’Agence de gestion des aides universitaires et de recherche de la Generalitat de Catalogne (subvention 2017SGR905).

Remerciements. L’équipe de recherche remercie les enfants, les parents et les équipes professionnelles qui ont participé à l’étude.

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche ne déclare aucun conflit d’intérêts. Les organismes de financement n’ont joué aucun rôle dans la conception de l’étude, dans la collecte, l’analyse ou l’interprétation des données, dans la rédaction du manuscrit ni dans la décision de publier les résultats.

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Traduction non officielle en français de « Si je suis ici, c’est parce que je n’ai personne » : le soutien social à la famille d’origine pendant le processus de placement, par Eduard Vaquero, M. Àngels Balsells, Carmen Ponce, Aida Urrea et Alicia Navajas, Social Sciences, vol. 9, no 3, 31 (2020), doi : 10.3390/socsci9030031, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés sous forme de listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « “If I’m Here, It’s Because I Do Not Have Anyone”: Social Support for the Biological Family during the Foster Care Process », publié dans Social Sciences (2020) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Vaquero, E., Balsells, M. À., Ponce, C., Urrea, A., et Navajas, A. (2020). « Si je suis ici, c’est parce que je n’ai personne » : le soutien social à la famille d’origine pendant le processus de placement (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/si-je-suis-ici-c-est-parce-que-je-n-ai-personne-le-soutien-social-a-la-famille-d-origine (Œuvre originale publiée en 2020 dans Social Sciences, 9(3), 31 (2020) ; republiée en 2020 par Social Sciences, https://www.mdpi.com/2076-0760/9/3/31)

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