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Journal of Contemporary Psychotherapy · Couple
Quand la dépression ou l’anxiété d’une personne pèse sur son couple, et que le couple aggrave en retour la détresse des deux, par où commencer ? L’équipe de Ladislav Timulak, à Dublin, propose d’étendre au couple la thérapie centrée sur l’émotion transdiagnostique : les symptômes y sont lus comme l’embrasement d’une vulnérabilité ancienne (solitude, honte, peur), que l’on travaille à la fois en chacun et entre les deux. Un cas composite, Mark et Sonja, montre la démarche.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Thérapie centrée sur l’émotion transdiagnostique pour les couples présentant des difficultés relationnelles et des troubles de l’humeur, anxieux ou apparentés comorbides, par Ladislav Timulak, Jessica Dailey, Jessica Lunn et Jessica McKnight, publié dans Journal of Contemporary Psychotherapy (Springer) (2025), doi : 10.1007/s10879-024-09645-7, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les énumérations de l’original sont présentées sous forme de listes à puces avec leurs lettres. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
La relation amoureuse peut atténuer la douleur ou faire tampon contre une nouvelle montée de la détresse.
Ladislav Timulak, Jessica Dailey, Jessica Lunn et Jessica McKnight
Résumé
Il existe un lien net entre l’insatisfaction relationnelle dans les relations amoureuses et une forte présence de problèmes de santé mentale comme la dépression et l’anxiété. Ce lien peut jouer dans les deux sens et complique à la fois les difficultés relationnelles et les difficultés individuelles. L’une des approches de thérapie relationnelle les plus étudiées, la thérapie de couple centrée sur l’émotion (emotion-focused therapy, EFT), s’attache au cycle interactionnel entre partenaires et souligne aussi l’importance d’apaiser les vulnérabilités individuelles pour transformer les interactions relationnelles problématiques. Jusqu’ici, personne n’avait tenté de décrire un cadre systématique pour utiliser l’EFT avec des couples présentant des problèmes de santé mentale comorbides. Cet article vise à combler cette lacune. Il s’appuie à la fois sur les travaux récents consacrés à l’EFT transdiagnostique en individuel et sur le cadre de l’EFT pour les couples, considéré comme l’échafaudage idéal d’une approche EFT transdiagnostique qui cible les problèmes relationnels ainsi que les présentations liées à la dépression et à l’anxiété chez les couples. L’article expose plusieurs façons dont la vulnérabilité émotionnelle chronique d’une personne peut atteindre des niveaux cliniques de détresse et compliquer une relation amoureuse. Il présente ensuite des stratégies thérapeutiques précises pour travailler avec la vulnérabilité émotionnelle de la personne et la détresse symptomatique qu’elle peut entraîner, dans le contexte de la relation de couple. Le travail sur la vulnérabilité émotionnelle individuelle est suivi en parallèle des interactions relationnelles, afin de permettre des interactions et des expériences émotionnelles réparatrices et transformatrices. Un exemple clinique tiré d’un projet de recherche en cours illustre l’usage de stratégies thérapeutiques précises et l’application clinique de l’approche EFT transdiagnostique en thérapie de couple.
Mots-clés : thérapie centrée sur l’émotion, thérapie de couple, dépression, anxiété
La santé psychologique et la satisfaction dans les relations amoureuses semblent liées de façon complexe. Il existe une association nette entre une forte présence de problèmes de santé mentale, comme la dépression et l’anxiété, et la mésentente dans les relations amoureuses (Leach et al., 2013 ; Whisman et al., 2021). La satisfaction dans une relation amoureuse peut influer sur les difficultés d’une personne, et, de même, les difficultés individuelles peuvent peser à leur tour sur la satisfaction amoureuse (Whisman et al., 2023). Si les problèmes de santé mentale d’une personne peuvent constituer un facteur de stress pour l’autre membre du couple et pour la relation, une relation amoureuse insatisfaisante peut aussi aggraver les difficultés de la personne. À l’inverse, la disponibilité et la réceptivité de l’autre partenaire peuvent servir de tampon contre des difficultés de santé mentale comme la dépression et l’anxiété (Baucom et al., 2020). De fait, le coping dyadique est un domaine bien étudié, qui montre que le stress d’un membre du couple influe sur le bien-être de l’autre, mais aussi que l’adaptation conjointe est une ressource potentielle à la disposition des partenaires (Bodenmann et al., 2019).
Les thérapies de couple ciblant des problèmes de santé mentale comorbides et des difficultés relationnelles connaissent un essor relatif. La dernière édition du grand ouvrage collectif qui sert de référence dans le champ de la thérapie de couple, le Clinical Handbook of Couple Therapy (Lebow et Snyder, 2023), propose des chapitres présentant la thérapie de couple pour le stress post-traumatique (TSPT) (Monson et Fredman, 2023), les problèmes d’alcool (McCrady et al., 2023), ainsi que la dépression et l’anxiété (Whisman et al., 2023). De fait, l’une des présentations comorbides les plus étudiées, la dépression, a fait l’objet d’au moins 14 essais contrôlés randomisés, comme en atteste une méta-analyse récente (Barbato et D’Avanzo, 2020). Les études de cette méta-analyse montrent aussi que la thérapie de couple pour une dépression associée à une mésentente conjugale améliore à la fois la relation et les symptômes dépressifs. Quant aux modèles utilisés, la thérapie de couple cognitivo-comportementale (Baucom et al., 2020) semble le modèle le plus étudié (par exemple Baucom et al., 2018 ; Monson et al., 2012). D’autres thérapies, comme la thérapie de couple centrée sur l’émotion (emotion-focused ou emotionally focused therapy), disposent aussi de quelques données sur leur efficacité pour les difficultés relationnelles et les présentations comorbides, comme la dépression et le TSPT (par exemple Denton et al., 2012 ; Weissman et al., 2018).
La thérapie de couple centrée sur l’émotion (EFT ; Greenberg et Johnson, 1988) est une approche de la thérapie de couple qui s’appuie sur les traditions humaniste et systémique de la psychothérapie. C’est l’une des approches de thérapie de couple dont l’efficacité a été la plus étudiée (Spengler et al., 2022). À partir des travaux initiaux de Greenberg et Johnson (1988), elle s’est développée en deux traditions distinctes. La formulation originale de Greenberg et Johnson (1988) mettait l’accent sur la délimitation du cycle interactionnel problématique dans lequel le couple se trouve pris, alimenté par l’émotion plus vulnérable de chaque partenaire, qui conduit à un comportement (par exemple le reproche, le retrait) suscitant à son tour les émotions vulnérables de l’autre. Le travail thérapeutique porte sur la compréhension des cycles, mais avec pour but d’aider à terme les partenaires à se révéler l’un à l’autre leurs émotions vulnérables et les besoins qui y sont associés, et à susciter ainsi des réactions plus réceptives de part et d’autre.
Au fil des années, Johnson (2020) et ses collègues ont souligné la pertinence de la théorie de l’attachement pour comprendre pourquoi chercher et offrir une réponse apaisante compte autant dans la vie d’un couple (Johnson, 2019). Greenberg (voir Greenberg et Goldman, 2008), de son côté, a élargi les travaux d’origine en soulignant qu’en dehors des cycles problématiques liés à l’attachement (par exemple es-tu là pour moi quand je suis en détresse ?), un couple peut aussi être pris dans des conflits liés à l’identité (par exemple m’acceptes-tu comme je suis ?). Sur le plan du travail thérapeutique, Greenberg (avec Goldman, qui cosigne ces travaux) a aussi mis l’accent sur le travail individuel au sein du couple, où chaque personne prend également soin de sa propre vulnérabilité.
Pour ce qui est de la description de l’approche avec des couples présentant des problèmes de santé mentale comorbides, aucune publication antérieure ne propose de cadre systématique pour l’EFT face à des difficultés relationnelles et de santé mentale comorbides, d’où l’objectif de cet article. L’exception est une formulation de Johnson (2002) pour le travail sur le trauma, qui examine surtout comment les expériences traumatiques et le TSPT peuvent ajouter des difficultés au travail de couple habituel. Johnson (2002 ; p. 97) situe l’expérience émotionnelle sous-jacente qui alimente les cycles interactionnels problématiques dans le contexte des échos du trauma. Johnson souligne que les expériences émotionnelles sous-jacentes peuvent être évitées par le membre du couple qui a un passé traumatique. Elle souligne aussi qu’en travaillant avec des couples dont l’un des membres souffre de TSPT, la personne thérapeute peut rencontrer des obstacles à la construction de l’alliance (par exemple des problèmes de confiance). La gravité des expériences douloureuses chez la personne ayant un passé traumatique et ses difficultés de régulation des affects peuvent aussi compliquer la thérapie. Tout en relevant ces difficultés précises, l’approche thérapeutique d’ensemble semble rester fidèle à la formulation originale de l’EFT (Johnson, 2020).
Pour décrire le travail avec une insatisfaction amoureuse et des problèmes de santé mentale comorbides, il faut préciser de quels problèmes de santé mentale il s’agit, car le champ est manifestement très vaste. Nous nous concentrons ici sur la dépression, l’anxiété et les troubles apparentés (comme le trouble obsessionnel-compulsif [TOC] ou le trouble de stress post-traumatique [TSPT]), car ce sont les problèmes de santé mentale les plus répandus, qu’ils partagent de nombreuses caractéristiques et qu’ils sont aussi ciblés par des stratégies thérapeutiques transdiagnostiques communes (par exemple Barlow et al., 2018). La prévalence sur douze mois de l’ensemble des troubles anxieux, TOC et TSPT compris, est d’environ 18 %, et celle de la dépression de près de 7 %, la dysthymie étant à 1,5 % (Kessler et al., 2005 ; dépression et anxiété sont en outre souvent comorbides). Sans être l’objet de cet article, la dépression, l’anxiété et les troubles apparentés sont aussi souvent aggravés par des difficultés de personnalité, classées formellement comme troubles de la personnalité (Lenzenweger et al., 2007). La dépression, l’anxiété et les troubles apparentés ont aussi de nombreux éléments en commun (Lahey et al., 2021). Ces éléments comprennent non seulement une comorbidité très élevée (c’est-à-dire la coexistence d’au moins deux « troubles » à un moment donné ou leur succession sur une longue période), mais aussi l’étiologie (par exemple une vulnérabilité génétique, des événements adverses).
Les traitements psychologiques existants de la dépression, de l’anxiété et des troubles apparentés partagent aussi de nombreuses stratégies thérapeutiques communes, ce qui a conduit à l’élaboration de traitements dits transdiagnostiques (Kennedy et Barlow, 2018). Une variante transdiagnostique de la thérapie centrée sur l’émotion pour la dépression, l’anxiété et les difficultés apparentées, fondée sur les travaux originaux de Greenberg et de ses collègues en EFT individuelle (Greenberg et al., 1993), a elle aussi été récemment conceptualisée et présentée sous forme de manuel (Timulak et Keogh, 2022). La formulation de Timulak et Keogh distinguait la détresse de niveau symptomatique et la vulnérabilité émotionnelle sous-jacente qui a donné naissance à cette détresse. Elle conceptualisait ainsi deux niveaux de travail thérapeutique : l’un au niveau des symptômes, l’autre au niveau de la transformation de la vulnérabilité sous-jacente.
Le travail au niveau des symptômes ciblait des symptômes transdiagnostiques communs à la dépression et à l’anxiété, comme l’inquiétude, la rumination et l’évitement des expériences émotionnelles douloureuses (la protection contre celles-ci). Les processus thérapeutiques communs de ce travail comprenaient une prise de conscience accrue de la part active que prend la personne dans ses symptômes (le fait de s’inquiéter soi-même) ainsi que du coût de ces processus (par exemple l’anxiété et la fatigue produites par l’inquiétude). On aide ensuite les personnes à lâcher les processus qui induisent les symptômes (lâcher l’inquiétude) ou à leur poser une limite (par exemple une limite à l’inquiétude). Dans la formulation transdiagnostique, le travail de transformation portait sur la vulnérabilité sous-jacente, à la manière habituelle de l’EFT (Greenberg et al., 1993). On accédait à la vulnérabilité sous-jacente (par exemple la honte centrale dans l’anxiété sociale ou la dépression) et on aidait la personne à la tolérer. Les besoins non satisfaits qu’elle contenait (par exemple le besoin d’acceptation) étaient formulés, et de nouvelles réponses adaptatives, comme la compassion et une colère qui pose des limites, étaient suscitées.
La formulation transdiagnostique de Timulak et Keogh (2022) a conduit notre équipe à l’étendre du format individuel au travail avec des couples dont au moins un des membres répond aux critères cliniques formels de dépression, d’anxiété ou d’un trouble apparenté. Les descriptions qui suivent conceptualisent la place de ces difficultés de santé mentale dans les cycles interactionnels problématiques et proposent des stratégies thérapeutiques permettant d’aborder des problèmes de santé mentale et une insatisfaction relationnelle comorbides, en s’appuyant sur le cadre présenté par Greenberg et Goldman (2008). Nous espérons ainsi proposer un cadre cohérent qui conceptualise la thérapie de couple centrée sur l’émotion transdiagnostique pour une insatisfaction relationnelle associée à une dépression, une anxiété ou des troubles apparentés.
L’EFT pour les couples situe la source principale de l’insatisfaction relationnelle dans le cycle interactionnel des partenaires, qui produit des émotions douloureuses chez les deux. Ce cycle naît d’émotions sous-jacentes et de leur expression secondaire (par exemple j’ai le sentiment qu’on nie ce que je vis, mais j’attaquerai l’autre plutôt que de révéler ma blessure). Dans l’EFT classique pour les couples (Greenberg et Goldman, 2008), le travail porte habituellement sur un cycle problématique dominant, même si l’attention peut se déplacer vers d’autres cycles dans une thérapie plus longue. Un cycle interactionnel problématique peut se présenter ainsi :
Un comportement de partenaire A (par exemple une indisponibilité émotionnelle) suscite chez partenaire B une expérience douloureuse (par exemple éprouver de la solitude), qui conduit partenaire B à un comportement (souvent protecteur, mais inefficace ; par exemple adresser des reproches à partenaire A), lequel suscite à son tour chez partenaire A un sentiment douloureux (par exemple le sentiment de décevoir l’autre), qui conduit partenaire A à un comportement (par exemple le retrait) aggravant encore le sentiment douloureux de partenaire B (un sentiment de solitude et d’abandon) et contribuant à la poursuite (et à l’escalade) du comportement problématique (les reproches). La boucle est ainsi bouclée, et le cercle vicieux se solidifie et vit sa propre vie. Il est difficile de rester avec la vulnérabilité sous-jacente (par exemple la solitude de l’abandon, la peur, la honte) et de la montrer à l’autre, alors que les émotions secondaires (par exemple la colère), ou un comportement qui en découle (par exemple l’obstruction et le retrait), sont montrées (parce qu’elles exposent moins), ce qui aggrave encore les émotions vulnérables éprouvées.
Du point de vue de l’EFT transdiagnostique individuelle, les difficultés de santé mentale constituant les symptômes qui définissent la dépression, l’anxiété et les difficultés apparentées sont vues comme des difficultés émotionnelles de niveau symptomatique, secondaires à une vulnérabilité émotionnelle plus profonde (Timulak et Keogh, 2022). La détresse de niveau symptomatique peut se manifester par du désespoir, de l’impuissance, de l’irritabilité, de l’anxiété, un sentiment général de débordement, ou l’interruption ou l’évitement des sentiments qui caractérisent la dépression et l’anxiété. La vulnérabilité émotionnelle sous-jacente, dans la dépression et l’anxiété, semble faite d’expériences douloureuses, chroniques et envahissantes, de solitude (ou de perte), de honte et de peur (par exemple Dillon et al., 2018 ; Keogh et Timulak, 2023 ; McNally et al., 2014 ; O’Brien et al., 2019). Cette vulnérabilité se développe probablement sous l’effet conjugué de prédispositions biologiques qui façonnent notre émotivité et d’événements adverses, surtout durant les périodes sensibles du développement, qui produisent des expériences émotionnelles douloureuses et envahissantes. Ces expériences émotionnelles envahissantes sont souvent chroniques ou particulièrement intenses. Les besoins émotionnels contenus dans les émotions suscitées par ces événements adverses, par exemple le besoin de lien dans la solitude, le besoin d’acceptation dans la honte, le besoin de protection dans la peur, ne sont généralement pas satisfaits.
Chaque personne développe ainsi des sensibilités émotionnelles propres à certains types d’événements, à certains déclencheurs. L’EFT classique décrit le développement de schèmes émotionnels problématiques (Greenberg, 2017), qui peuvent être déclenchés dans l’interaction avec un environnement social donné. Le déclenchement de cette vulnérabilité émotionnelle (surtout si elle est chronique ou très centrale) peut atteindre un niveau de détresse et de souffrance qui franchit un seuil clinique ou remplit les critères diagnostiques de troubles comme la dépression, l’anxiété et les difficultés apparentées. Soit dit en passant, les études longitudinales montrent que presque personne n’est à l’abri de connaître, au cours de sa vie, une détresse qui remplit les critères d’un trouble de santé mentale (Caspi et al., 2020).
Dans un couple, la vulnérabilité émotionnelle d’un membre (sa sensibilité à certains déclencheurs et les expériences qu’ils ravivent) précède souvent la relation (Greenberg et Goldman, 2008). Souvent (et même en général), des événements adverses survenus durant des périodes sensibles du développement jouent ici un rôle central, mais il arrive que des expériences traumatiques ou adverses surviennent plus tard dans la vie, au cours de la relation ou dans le contexte de la relation (le concept de blessure émotionnelle dans la relation amoureuse en rend compte ; voir Meneses et Greenberg, 2019). Dans certains contextes, et chez certaines personnes plus que chez d’autres, cette sensibilité peut donner lieu à des niveaux cliniques de détresse. Le déclencheur peut venir de l’extérieur de la relation de couple ou de l’autre partenaire. La relation amoureuse principale étant en général la relation la plus importante, la blessure est particulièrement vive lorsque le comportement ou l’expression émotionnelle de l’autre déclenche la vulnérabilité sous-jacente. Même si le déclencheur actuel vient de l’extérieur de la relation (par exemple le travail, la famille d’origine, la belle-famille, la maladie), la réponse de l’autre partenaire à la conséquence émotionnelle peut être vécue comme aggravant la blessure plutôt que comme l’apaisant. Si la vulnérabilité déclenchée donne lieu à des niveaux cliniques de détresse, il peut devenir plus difficile pour l’autre partenaire de répondre de manière apaisante ou validante. Cela peut alors peser particulièrement sur l’interaction et conduire à l’installation d’un cycle d’interaction problématique aggravé par les niveaux cliniques de détresse éprouvée. L’interaction cyclique peut être plus complexe encore si la détresse des deux partenaires atteint des niveaux cliniques.
La vulnérabilité émotionnelle chronique susceptible d’atteindre des niveaux cliniques de détresse peut compliquer une relation amoureuse de plusieurs manières. Par exemple, dans certains cas :
Dans tous ces exemples, le niveau de vulnérabilité sous-jacente et le niveau de détresse qu’elle engendre rendent l’interaction susceptible de mener à des difficultés. Ainsi, la vulnérabilité déclenchée n’apporte pas seulement de la souffrance à la personne concernée, elle augmente aussi l’enjeu de la réceptivité de l’autre. L’interaction peut alors mal tourner, et la réponse de l’autre peut échouer à servir de tampon empêchant la vulnérabilité de se transformer en trouble clinique avéré. À l’inverse, le caractère central de la réponse de l’autre à la vulnérabilité émotionnelle sous-jacente indique que la relation amoureuse peut atténuer la douleur ou faire tampon contre une nouvelle montée de la détresse. De fait, la fonction potentielle de la relation comme ressource face aux expériences difficiles (Bodenmann et al., 2019) est au cœur des traitements de couple élaborés pour les difficultés relationnelles et de santé mentale comorbides (Whisman et al., 2023).
Le cadre de l’EFT pour les couples tel que l’ont formulé Greenberg et Goldman (2008) offre un échafaudage idéal pour une approche EFT transdiagnostique de la thérapie de couple qui cible aussi bien les problèmes relationnels que les présentations liées à la dépression et à l’anxiété. Le cadre original de l’EFT suppose que la thérapie de couple se consacre à délimiter le cycle interactionnel problématique, mais aussi à repérer les sensibilités et vulnérabilités émotionnelles de chaque partenaire qui sont au cœur des positions interactionnelles dans ce cycle. Ce cadre est compatible avec la conception présentée ici, selon laquelle ces vulnérabilités jouent un rôle non seulement dans la détresse relationnelle, mais aussi dans la détresse individuelle comme la dépression et l’anxiété. L’attention portée aux origines historiques des sensibilités et vulnérabilités relationnelles distingue la formulation de Greenberg et Goldman de celle de Johnson (2020), Johnson cherchant le contexte historique des sentiments vulnérables sous-jacents plutôt du côté des comportements passés de recherche d’attachement en situation de détresse (par exemple chercher l’apaisement auprès d’autrui, avoir fait l’expérience d’apaiser autrui). La perspective de Greenberg et Goldman est beaucoup plus large, puisqu’elle examine les expériences qui ont conduit à la formation de ces sensibilités et vulnérabilités. Soulignons aussi que, si les vulnérabilités émotionnelles liées aux difficultés relationnelles ou dépressives et anxieuses se forment souvent durant les périodes sensibles du développement, elles peuvent se développer à n’importe quel moment, y compris dans le contexte de la relation elle-même.
La formulation de Greenberg et Goldman (2008) (proche de la formulation originale de Greenberg et Johnson, 1988, et de celle de Johnson, 2020) suppose en outre que la révélation d’émotions vulnérables en séance est au cœur des échanges transformateurs, lorsque la personne thérapeute aide les partenaires à répondre aux sentiments vulnérables par l’acceptation et le soin. Les blocages de ce processus sont repérés (leur fonction protectrice est portée à la conscience), mais on aide aussi à les dépasser. Greenberg et Goldman introduisent ici un élément nouveau dans le travail thérapeutique (absent de la formulation originale de Greenberg et Johnson de 1988 comme de la formulation propre de Johnson) : un travail interne de chaque partenaire sur sa propre vulnérabilité, en présence toutefois de l’autre (par exemple travailler l’acceptation de soi tout en recevant de l’autre des réponses validantes). Ce processus est particulièrement pertinent pour la formulation transdiagnostique du travail avec une insatisfaction relationnelle associée à des difficultés dépressives et anxieuses, puisque la vulnérabilité sous-jacente est vue comme au cœur de la dynamique susceptible de donner lieu à des niveaux cliniques de détresse, et qu’il faudra s’en occuper à la fois sur le plan relationnel et sur le plan individuel, l’autre partenaire étant témoin du travail.
L’éclairage supplémentaire de l’EFT transdiagnostique pour les couples prolonge la formulation de Greenberg et Goldman de la manière suivante :
Par exemple, partenaire A (qui a connu des expériences effrayantes où les parents n’étaient pas disponibles et où les choses étaient écrasantes) peut être sensible à l’insécurité liée à l’imprévisibilité des choses, alors que partenaire B ne partage pas l’importance de maîtriser les situations imprévisibles et écrasantes (dans la garde des enfants, dans la tenue du foyer). Cela peut contribuer à des niveaux cliniques d’anxiété, liés aussi à une situation incontrôlable dans le travail de partenaire A, sans rapport avec ce qui se passe à la maison. Cela peut amener partenaire A à critiquer l’autre et à définir le comportement attendu et acceptable de partenaire B. Partenaire B vit cela comme une critique et une invalidation, ce qui déclenche ses sentiments chroniques d’insuffisance (je déçois l’autre, tout ce que je fais est mal). Il en résulte une paralysie chez partenaire B, qui n’est pas « à la hauteur » quand il s’agit des enfants ou des tâches ménagères, ou quand il s’agit d’apaiser l’anxiété de partenaire A. Cela fait monter à son tour l’anxiété de partenaire A. Cela peut alors apparaître clairement comme le cycle problématique. Il y a une vulnérabilité sous-jacente chez partenaire A (la peur) et une vulnérabilité sous-jacente chez partenaire B (la honte, l’insuffisance).
Mais partenaire B peut aussi éprouver une solitude chronique, et partenaire A, que la situation déborde, peut être trop en proie à l’anxiété et au malheur, au point par exemple de refuser l’intimité. Partenaire B peut alors s’en irriter et critiquer l’autre, ce qui peut laisser partenaire A avec un sentiment d’insuffisance. Un second cycle peut ainsi se créer : partenaire A éprouve de la solitude mais montre de l’irritabilité, et partenaire B éprouve un sentiment d’insuffisance mais se met en retrait et répond à son tour par l’irritabilité. Ce second cycle peut interagir avec le premier, et l’anxiété de partenaire A ainsi que son mécontentement face au comportement de partenaire B peuvent aussi s’exprimer de manière instrumentale (hors de la conscience), en repoussant les tentatives d’intimité de partenaire B.
L’exemple illustre l’existence de deux cycles liés l’un à l’autre. Nous recommandons donc de vérifier systématiquement la présence de deux cycles potentiels, même si le travail peut porter principalement sur l’un d’eux (celui qui paraît pour l’instant le plus enraciné et qui produit le plus de détresse). Le fait de se concentrer sur un seul cycle peut s’imposer en particulier lorsque la thérapie de couple est limitée dans le temps. Dans le cas de l’EFT transdiagnostique pour les couples, cela peut signifier se concentrer sur le cycle qui contribue le plus à produire des niveaux cliniques de détresse.
Pour illustrer ce à quoi peut ressembler en pratique l’EFT transdiagnostique pour les couples, nous examinerons un exemple composite tiré de notre projet actuel, qui étudie une adaptation de l’EFT comme thérapie pour une insatisfaction relationnelle associée à une dépression, une anxiété ou des difficultés apparentées chez au moins un des partenaires. Un couple hétérosexuel, Mark et Sonja, à la fin de la trentaine, se présente avec un problème de communication (point de vue de Mark) et/ou un conflit autour du fait que Mark ne s’implique pas dans la tenue du foyer et la garde de leurs deux enfants (point de vue de Sonja). Outre le conflit et l’insatisfaction relationnels, Mark présente un diagnostic principal de dépression (avec des épisodes répétés par le passé, dont un particulièrement sévère qui a nécessité une hospitalisation), et Sonja répond aux critères d’un trouble d’anxiété généralisée principal (avec une dépression comorbide).
À mesure que la thérapie avance, un cycle d’interaction dominant se dessine pour ce couple, que la personne thérapeute suit et restitue au couple. Dans ce cycle, Sonja se sent débordée (détresse secondaire) par la tenue du foyer et par ses responsabilités parentales. Elle en veut à Mark de ne pas contribuer, ou elle a le sentiment qu’on ne peut pas compter sur sa contribution. Elle craint que les choses tournent mal et qu’ils ne puissent pas subvenir aux besoins de leurs enfants, ou qu’ils les laissent tomber en ne leur offrant pas une parentalité optimale (par exemple en veillant à ce que les enfants soient suffisamment stimulés et puissent développer leurs talents artistiques et sportifs). Sonja se sent seule dans ses efforts. Elle est souvent paniquée, mais ce qu’elle montre, c’est du ressentiment envers Mark et un doute sur sa capacité à s’occuper du foyer et des enfants. Elle critique souvent Mark et reprend les tâches ou la garde des enfants que Mark avait initialement prises en charge. Mark, de son côté, se sent critiqué, mis en doute, invalidé, et aussi contrôlé. Intérieurement, il se sent incompétent, mais ce qu’il montre, c’est du ressentiment en retour ou un retrait (absence de réaction, air pensif), ce qui panique davantage Sonja, qui le perçoit comme indisponible. Plus Mark est en retrait et indisponible, plus Sonja prend les choses en main et critique Mark.
Il existe aussi un second cycle que la personne thérapeute, avec l’aide des partenaires, dégage. Pour garder notre illustration simple, nous ne nous attarderons pas sur ce second cycle ni sur le travail qu’il implique ; disons seulement qu’il se caractérise par le fait que Mark se sent seul et recherche la proximité et l’intimité, tandis que Sonja se met en retrait tout en ayant intérieurement le sentiment de faire défaut à Mark. Alors que Sonja a le sentiment de faire défaut à Mark en ne s’intéressant pas à la proximité avec lui, elle lui montre de la colère : comment se fait-il qu’il ne soit pas disponible pour aider aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants, s’il veut qu’elle ne lui en veuille pas et qu’elle s’intéresse à lui (c’est là le lien avec le cycle dominant) ? Plus Mark la poursuit pour obtenir de la proximité, plus Sonja se met en retrait et se fâche en réponse.
Le travail thérapeutique consiste à suivre le cycle dominant et, par souci de simplicité, nos descriptions ne concerneront ici que ce cycle. Nous mettons en évidence la manière dont la panique sous-jacente pousse Sonja à diriger davantage Mark et à lui donner davantage de consignes, ce qui est très invalidant pour Mark et l’amène à se retirer davantage. La vulnérabilité sous-jacente (panique, peur, doute de soi et solitude chez Sonja, sentiment d’insuffisance chez Mark) est explorée dans le contexte de l’histoire personnelle de chacun. Des souvenirs déterminants sont ravivés et revécus de manière expérientielle, puis révélés aux partenaires, et l’on demande à chaque partenaire de répondre de l’intérieur aux sentiments vulnérables de l’autre.
Il apparaît que Sonja a été chroniquement invalidée par sa mère, très anxieuse mais en même temps indisponible (souvent hospitalisée pour ses problèmes de santé mentale), ce qui a laissé Sonja apeurée et écrasée par les responsabilités (responsabilités que ses deux parents exigeaient aussi ouvertement d’elle, puisqu’elle était l’aînée de la fratrie). Très tôt, Sonja a assumé de nombreuses responsabilités et s’est occupée de son père et de ses frères et sœurs plus jeunes, mais elle s’en est sentie très débordée. Elle s’inquiète constamment de ce qui pourrait mal tourner. Elle craint particulièrement que ses enfants vivent certaines des expériences qui ont suscité chez elle panique et honte pendant sa jeunesse. Elle essaie de les en protéger. Son inquiétude à propos de la situation à la maison peut être aggravée par ses inquiétudes au travail, où elle occupe un poste de direction et fait face à des menaces sur sa position et à des pressions pour réussir. Sa vulnérabilité (ne pas se sentir soutenue, avoir peur que les choses tournent mal, mais aussi se sentir seule et avoir l’impression d’échouer) s’intensifie jusqu’à des niveaux cliniques d’inquiétude (anxiété généralisée) et d’insomnie, mais aussi jusqu’à des comportements surprotecteurs et contrôlants. Son humeur est également basse et elle est facilement irritable.
En thérapie, la dynamique de la vulnérabilité de Sonja et la manière dont elle s’intensifie jusqu’à des niveaux cliniques de détresse ont été clairement cartographiées. On a accédé à sa vulnérabilité de manière vive et expérientielle (par des souvenirs épisodiques antérieurs à la relation, mais aussi par des événements déterminants de la relation avec Mark). Comme cette vulnérabilité était atteinte avec l’activation émotionnelle qui l’accompagne et des besoins non satisfaits de soutien et de soin, elle a aussi été exprimée et révélée à Mark lors de mises en acte facilitées par la personne thérapeute (qui demandait à Sonja de la partager directement avec Mark). Mark a été touché et a répondu de manière très attentionnée et émouvante :
Je suis là, tu n’es pas seule, je ne veux pas que tu aies l’impression que tout repose sur toi, je veux affronter ça avec toi.
On a aussi aidé Sonja à déplier ses processus d’inquiétude, en reconnaissant sa propre part active dans l’inquiétude [comment vous y prenez-vous pour vous inquiéter ?] et en voyant l’impact de l’inquiétude (anxiété et fatigue). En séance, dans un travail centré sur elle (en présence de Mark), on l’a aidée à voir si elle pouvait essayer de lâcher l’inquiétude ou de lui poser une limite. La personne thérapeute l’a aussi aidée à utiliser la tâche « Faire de l’espace » (où les sentiments stressants sont mis de côté en imagination) pour se réguler lorsqu’elle se sent débordée (en dehors des séances). Mark s’est aussi montré résolu à l’aider à repérer (sans reproche) le moment où elle commence à s’inquiéter et à paniquer, et a accepté de lui rappeler comment elle peut s’appuyer sur les processus abordés en séance (lâcher l’inquiétude ou lui poser une limite). Ils ont obtenu quelques résultats en essayant cette approche comme tâche à domicile entre les séances.
Le contexte de la vulnérabilité sous-jacente de Mark est qu’il a d’abord été très bon élève, mais qu’à l’adolescence des problèmes de concentration l’ont empêché d’obtenir de bons résultats scolaires. Ses deux parents étant très studieux, il a commencé à sentir qu’il les décevait. Cela a été aggravé par des critiques occasionnelles, surtout de sa mère, qui avait l’impression qu’il ne faisait pas assez d’efforts. Il se sentait souvent un raté, avec le sentiment que ses parents avaient raison de dire qu’il ne faisait pas d’efforts. Chaque fois qu’il éprouvait ces sentiments d’échec et de déception, il avait du mal à rebondir et, en général, se fermait, se sentait éteint et se repliait. Il en a été ainsi pendant la fin de son adolescence, mais la situation s’est nettement aggravée il y a quelques années, lorsqu’il a perdu son emploi parce que son entreprise allait mal financièrement. C’est à cette période que son sentiment d’échec, lié à l’autocritique, s’est manifesté par un effondrement marqué et une incapacité à fonctionner (il ne parvenait plus à sortir du lit), ce qui a conduit à son hospitalisation pour dépression.
Dans la thérapie de couple actuelle, le sentiment d’échec de Mark lorsque Sonja le critiquait a été ravivé en séance. Les souvenirs déterminants où il s’était senti une déception et où il avait été traumatisé par son licenciement ont été ravivés. Le besoin non satisfait d’acceptation et de validation a été exprimé (y compris lors d’une mise en acte adressée à Sonja). Sonja a été sincèrement touchée et a répondu depuis un lieu de soin lors de plusieurs mises en acte poignantes en séance. Mark a aussi eu, en présence de Sonja, un dialogue imaginaire avec le jeune qu’il était et qui se sentait une déception, et il a soutenu et validé cet adolescent imaginé (qui se sentait seul et perdu). Cela lui a aussi donné le sentiment d’être pris en soin. Le travail a également porté sur le processus autocritique. Mark a pu voir des parallèles entre sa propre autocritique et les critiques de ses parents. Il a pu voir la fonction de la critique (s’améliorer), mais aussi son impact émotionnel (une honte paralysante). Il était résolu à essayer de lâcher son autocritique et à lui poser une limite (j’ai de la valeur).
Ce fut très émouvant pour Sonja, qui a ressenti beaucoup de tendresse envers Mark. Elle a aussi commencé à comprendre que, lorsqu’il se tait, il est peut-être aux prises avec son propre sentiment d’échec, et elle s’est dite déterminée à essayer d’être patiente et présente pour Mark dans ces moments-là. Mark, grâce à un suivi attentif de la personne thérapeute, a pris conscience que son retrait le protège du sentiment d’être jugé, mais qu’il le conduit aussi à se fermer davantage, d’une fermeture dont il est de plus en plus difficile de se relever. Il a reconnu (et l’a aussi exprimé directement à Sonja lors de certaines mises en acte) la valeur de s’affirmer et de poser une limite à son propre critique intérieur, mais aussi aux autres, principalement à Sonja (et, par le passé, à ses parents). Cette colère affirmée, parfois difficile à recevoir pour Sonja, avait pour elle plus de valeur que le retrait dans lequel ils sombraient auparavant.
La satisfaction relationnelle est dans certains cas liée à des niveaux cliniques de problèmes de santé mentale comme la dépression, l’anxiété et les difficultés apparentées. L’EFT, comme d’autres formes de thérapie de couple, peut être utilisée comme thérapie pour une insatisfaction relationnelle associée à une dépression, une anxiété ou des troubles apparentés. Nous avons exposé ici les principes de base de l’EFT transdiagnostique pour les couples. Nous avons proposé de traiter les symptômes psychopathologiques comme des symptômes secondaires d’une vulnérabilité émotionnelle chronique sous-jacente, qui peut être déclenchée (parfois aussi formée) dans la relation de couple, ou déclenchée hors de la relation, l’autre partenaire ne parvenant pas à offrir un apaisement ou une validation qui guérisse ou atténue. Nous avons proposé de travailler explicitement avec la notion de vulnérabilité sous-jacente, en suivant et en mettant en lumière de façon tout aussi explicite la manière dont le déclenchement de cette vulnérabilité donne lieu à des niveaux cliniques de détresse. Nous avons en outre examiné comment la détresse clinique et ses symptômes alourdissent et aggravent les interactions du couple, jusqu’à conduire à un cycle interactionnel problématique, la détresse clinique ajoutant un poids supplémentaire à des cycles interactionnels problématiques par ailleurs courants.
Nous avons suggéré que le travail thérapeutique consacre explicitement du temps au travail intrapsychique de chaque partenaire sur sa vulnérabilité (par exemple construire l’autocompassion et l’autovalidation), ainsi qu’aux processus qui donnent lieu aux symptômes de dépression et d’anxiété (par exemple l’inquiétude). Nous avons aussi souligné l’importance d’utiliser la relation comme moyen d’offrir des expériences réparatrices et transformatrices (d’amour, de protection et de validation) à la vulnérabilité sous-jacente, ainsi que comme ressource qui aide à apaiser la détresse clinique et comme atout pour lutter contre les processus intrapsychiques générateurs de détresse (par exemple l’autocritique, le fait de s’inquiéter soi-même, la surprotection émotionnelle). Enfin, nous avons insisté sur l’importance d’un usage collaboratif des tâches à domicile et sur la nécessité de prendre en compte tous les cycles problématiques pertinents.
Complexe Systémique : à retenir
L’intérêt de ce texte, pour la clinique systémique, est de ne pas choisir entre le symptôme individuel et la boucle relationnelle. La dépression de Mark et l’anxiété de Sonja ne sont ni la cause ni la conséquence de leur conflit : elles en sont une pièce, qui rend chaque réponse de l’autre plus décisive et plus difficile. D’où une double consigne, travailler la vulnérabilité de chacun devant l’autre, témoin, et faire de la relation une ressource contre les processus qui fabriquent le symptôme (l’inquiétude, l’autocritique). Deux propositions méritent d’être retenues : chercher d’emblée deux cycles plutôt qu’un, pour ne pas épouser le récit de la personne la plus dominante du couple, et renoncer au « patient désigné », chaque personne pouvant atteindre un jour un niveau clinique de détresse. Les limites sont nettes : c’est un cadre théorique, illustré par un cas composite, sans données d’efficacité, et le travail du passé individuel y occupe une place que d’autres modèles systémiques discuteraient. À lire avec l’article sur la thérapie centrée sur l’émotion face aux symptômes dépressifs, et avec l’article sur les conjectures empathiques en thérapie de couple centrée sur l’émotion.
Notes de l’original
Remerciements. L’équipe remercie Les Greenberg d’avoir soutenu le projet de thérapie de couple centrée sur l’émotion transdiagnostique, ainsi que les collègues engagés jusqu’ici dans le projet : Ronan O’Malley, Leonard Hayes, Suzanne Byers, Simone Poppelton et Katarina Timulakova. Merci à Dominika et Natalia Timulakova pour la relecture d’une version antérieure de l’article.
Financement et liens d’intérêts. Ladislav Timulak cosigne un ouvrage sur la thérapie centrée sur l’émotion transdiagnostique en individuel. Les autres membres de l’équipe n’ont aucun intérêt financier ou non financier. La première version du manuscrit a été rédigée par la personne qui signe en premier ; toute l’équipe a contribué au contenu de l’article. Financement du libre accès assuré par le consortium IReL.
Déclarations éthiques. Toute l’équipe a lu et approuvé le manuscrit final. L’article n’étant pas empirique, il ne nécessitait aucune approbation éthique. Il ne contient pas non plus de données de participants, et les exemples utilisés sont construits.
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Traduction non officielle en français de Thérapie centrée sur l’émotion transdiagnostique pour les couples présentant des difficultés relationnelles et des troubles de l’humeur, anxieux ou apparentés comorbides, par Ladislav Timulak, Jessica Dailey, Jessica Lunn et Jessica McKnight, Journal of Contemporary Psychotherapy, vol. 55, no 1 (2025), doi : 10.1007/s10879-024-09645-7, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence. Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Transdiagnostic Emotion-Focused Therapy for Couples with Co-Morbid Relational and Mood, Anxiety and Related Difficulties », publié dans Journal of Contemporary Psychotherapy (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Timulak, L., Dailey, J., Lunn, J., et McKnight, J. (2025). Thérapie centrée sur l’émotion transdiagnostique pour les couples présentant des difficultés relationnelles et des troubles de l’humeur, anxieux ou apparentés comorbides (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/therapie-centree-sur-l-emotion-transdiagnostique-pour-les-couples (Œuvre originale publiée en 2024 dans Journal of Contemporary Psychotherapy, 55(1), 1-10 (2025) ; republiée en 2025 par Journal of Contemporary Psychotherapy, https://link.springer.com/article/10.1007/s10879-024-09645-7)
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