Journal of Marital and Family Therapy · Thérapie familiale
La thérapie de couple centrée sur l’émotion tient-elle ses promesses hors d’Amérique du Nord ? L’équipe de Chi-Fang Tseng et Andrea K. Wittenborn a suivi 17 couples taïwanais en conditions réelles. Les symptômes dépressifs baissent, la détresse relationnelle ne bouge pas : trop peu de séances, peut-être, et une culture où retenir ses émotions protège l’harmonie du couple.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Explorer l’efficacité de la thérapie centrée sur l’émotion sur les symptômes dépressifs et la détresse relationnelle chez des couples à Taïwan : un essai pragmatique à bras unique, par Chi-Fang Tseng, Andrea K. Wittenborn, Preston C. Morgan et Ting Liu, publié dans Journal of Marital and Family Therapy (Wiley) (2024), doi : 10.1111/jmft.12681, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; la figure est reproduite dans sa version originale anglaise, avec une légende traduite ; les tableaux supplémentaires en ligne ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Nos résultats soulignent le conflit possible entre l’accent mis par l’EFT sur l’exploration et l’expression des émotions et les attentes culturelles en matière de régulation émotionnelle.
Chi-Fang Tseng, Andrea K. Wittenborn, Preston C. Morgan et Ting Liu
Résumé
Cette étude est la première à explorer l’efficacité de la thérapie de couple centrée sur l’émotion (EFT) sur les symptômes dépressifs et la détresse relationnelle chez des couples à Taïwan. Cet essai pragmatique à bras unique a évalué les résultats cliniques de 17 couples à l’aide d’une modélisation multiniveau, afin d’étudier l’évolution des symptômes dépressifs et de la détresse relationnelle au fil du traitement. Au départ, plus de la moitié des personnes participantes présentaient une dépression modérée et une détresse modérée. Les modèles multiniveaux ont montré une baisse des symptômes dépressifs au fil du temps, avec une légère remontée vers la fin du traitement. En revanche, aucun changement significatif de la détresse relationnelle n’a été observé au fil du temps. L’étude est limitée par la faible « dose » d’EFT reçue (M = 7 séances) et par la petite taille de l’échantillon (n = 17). Les résultats font l’objet d’une discussion approfondie dans une perspective culturelle. De futures recherches sont nécessaires pour examiner plus avant l’efficacité de l’EFT auprès des couples à Taïwan et en Asie.
La thérapie de couple est un traitement efficace de la dépression et de la détresse relationnelle (Barbato et al., 2018), les deux motifs les plus fréquents de consultation en thérapie de couple et de famille (Northey, 2002). La thérapie centrée sur l’émotion (EFT) est l’un des rares modèles de thérapie de couple fondés sur des données probantes, et des études ont montré que l’EFT peut améliorer les symptômes dépressifs et la satisfaction relationnelle (Denton et al., 2012 ; Dessaulles et al., 2003 ; Wittenborn et al., 2019). La plupart des recherches sur l’EFT ont été menées en Amérique du Nord, et peu d’équipes l’ont étudiée dans d’autres régions du monde, comme l’Asie (Ahmadi et al., 2014 ; Soleimani et al., 2015 ; Soltani et al., 2013, 2014). Alors que les thérapeutes d’Asie, y compris de Taïwan, recourent de plus en plus à l’EFT dans leur pratique (Asia EFT, s. d.), aucune étude connue n’a porté sur les résultats de l’EFT chez des couples à Taïwan. Le but de cette étude est donc d’évaluer empiriquement l’efficacité de l’EFT à Taïwan.
Une méta-analyse de 20 études sur l’EFT portant sur 332 couples a mis en évidence des effets moyens à importants du traitement sur la détresse relationnelle, entre le prétest et le post-test comme entre le prétest et le suivi (Spengler et al., 2022). Elle a aussi trouvé des effets moyens à importants de l’EFT par rapport à d’autres interventions de couple. En outre, une méta-analyse antérieure des études sur l’EFT publiées de 1999 à 2017 a montré que les améliorations de la satisfaction relationnelle obtenues pendant le traitement se maintenaient après la fin de celui-ci (Beasley et Ager, 2019). Wiebe et al. (2017) ont également constaté que les couples ayant reçu l’EFT rapportaient une hausse significative de leur satisfaction relationnelle sur un suivi de deux ans.
L’EFT comporte trois étapes : la désescalade du cycle, la restructuration des positions interactionnelles, et la consolidation et l’intégration des acquis thérapeutiques (Johnson, 2019). Dans la première étape, les thérapeutes repèrent et suivent les cycles interactionnels négatifs et aident les couples à accéder aux émotions non reconnues qui sous-tendent leurs interactions négatives. Dans la deuxième étape, les thérapeutes guident les couples pour que les partenaires se répondent et se soutiennent de manière émotionnellement accordée, ce qui transforme les schémas d’interaction et ouvre un nouvel engagement émotionnel. Dans la troisième étape, les thérapeutes aident les couples à explorer et à trouver de nouvelles solutions à leurs problèmes, et à intégrer les changements accomplis. En EFT, le changement naît de nouvelles expériences émotionnelles correctrices vécues en thérapie. Lorsque les thérapeutes parviennent à accéder aux émotions de chaque partenaire et à repérer les besoins d’attachement qui sous-tendent les cycles interactionnels négatifs, les couples peuvent créer des cycles positifs de lien et de connexion (Johnson, 2019).
La revue des études sur l’EFT de Wiebe et Johnson (2016) a relevé un manque de recherches sur l’EFT auprès de couples hors d’Amérique du Nord. Dans un petit ensemble d’études de résultats menées auprès de couples en Iran, l’EFT a réduit la dépression et l’anxiété (Soltani et al., 2014), accru la satisfaction conjugale (Soleimani et al., 2015), renforcé l’intimité (Soltani et al., 2013) et diminué les conflits conjugaux (Ahmadi et al., 2014). À Taïwan, la recherche sur l’EFT se limite à une étude de cas (Liu et Hung, 2019), à une étude qualitative de l’expérience de couples ayant reçu l’EFT (Sun, 2019), à une application clinique (Wang et Wang, 2015) et à l’efficacité de l’EFT sous la forme du groupe psychoéducatif « Hold me Tight » (Sun et Liu, 2015). Même si la recherche sur l’efficacité de l’EFT à Taïwan reste limitée, de plus en plus de thérapeutes s’y forment et la pratiquent (Asia EFT, s. d.).
Si la recherche comme la clinique ont avancé que l’EFT est applicable dans d’autres contextes culturels parce que les besoins d’attachement sont universels (Ekman, 2007 ; Johnson, 2019), aucune étude antérieure n’a porté sur les résultats cliniques de l’EFT chez des couples à Taïwan. Cet essai pragmatique à bras unique vise à explorer l’efficacité de l’EFT sur les symptômes dépressifs et la détresse relationnelle chez des couples à Taïwan. Les essais pragmatiques sont idéaux pour étudier les effets d’une intervention en « conditions réelles », afin d’évaluer si elle fonctionne dans les conditions habituelles (Loudon et al., 2015). Un essai pragmatique a été préféré à une approche explicative pour évaluer si l’EFT est efficace lorsqu’elle est délivrée par des thérapeutes EFT à Taïwan. Plus précisément, nous avons cherché à répondre aux questions de recherche suivantes :
QR1. Dans quelle mesure les symptômes dépressifs évoluent-ils au cours du traitement ?
QR2. Dans quelle mesure la détresse relationnelle évolue-t-elle au cours du traitement ?
Cette étude a été approuvée par le comité d’éthique institutionnel (IRB) de l’université d’État du Michigan (étude no 469).
Cet essai pragmatique à bras unique (Thorpe et al., 2009) a exploré l’efficacité de l’EFT dans un cadre ordinaire à Taïwan. Un essai clinique pragmatique vise à examiner si une intervention fonctionne dans les conditions habituelles, et ses procédures de recrutement visent un échantillon hétérogène, reflet de la diversité réelle des couples qui consultent (Sox et Lewis, 2016 ; Thorpe et al., 2009). Comme les personnes participantes sont généralement évaluées dans le cadre de la pratique clinique courante, les équipes cliniques disposent de plus de latitude dans l’application de l’intervention (par exemple, thérapeutes et couples choisissent le moment de mettre fin à la thérapie de couple, au lieu de devoir accomplir un nombre précis de séances). Les résultats des essais pragmatiques sont plus pertinents pour la pratique courante ; toutefois, l’accent mis sur la validité externe plutôt qu’interne rend plus difficile la mise en évidence d’effets du traitement, même lorsqu’ils existent (Godwin et al., 2003).
Dans cet essai, nous avons collaboré avec des thérapeutes ayant une formation en EFT qui mettaient en œuvre l’intervention auprès de couples dans leur pratique à Taïwan. Les données ont été recueillies entre avril 2018 et mai 2020. L’OMS a déclaré l’épidémie de COVID-19 pandémie mondiale en mars 2020, et Taïwan a enregistré son premier cas de COVID-19 en avril 2020 ; toutefois, Taïwan est resté à zéro cas jusqu’en décembre 2020, et toutes les personnes participantes ont reçu l’EFT en présentiel pendant toute la période de l’étude (Thornton et Griffiths, 2020). Sur les 17 couples de l’étude, toutes les données de 16 couples ont été recueillies avant l’épidémie de COVID-19. Nous supposons donc que l’effet de la COVID-19 sur le recueil des données a été minime.
Le repérage des thérapeutes, titulaires de la certification EFT et sous la supervision de personnes superviseures certifiées EFT, s’est fait grâce au site d’Asia EFT (www.asia-eft.com), en collaboration avec la coordination et la direction du centre Asia EFT. La collaboration à l’étude était proposée aux thérapeutes qui (1) avaient rempli les exigences de certification de thérapeute EFT établies par l’International Centre for Excellence in Emotionally Focused Therapy (ICEEFT), (2) pratiquaient l’EFT à Taïwan, (3) bénéficiaient d’une supervision par des personnes superviseures certifiées EFT et (4) travaillaient avec des couples taïwanais. Un courriel a été adressé à chaque thérapeute de couple EFT, avec les informations sur l’étude. Une réunion en ligne présentait ensuite l’étude en détail aux thérapeutes souhaitant collaborer.
Les thérapeutes ont servi de relais de recrutement en proposant la participation aux couples suivis qui remplissaient des critères d’inclusion minimaux, comme il est courant dans les essais pragmatiques. Les personnes étaient incluses dans l’étude si elles (1) consultaient en thérapie de couple une personne thérapeute certifiée EFT participant à l’étude à Taïwan, (2) avaient 18 ans ou plus et (3) acceptaient de participer. Les couples étaient exclus s’ils (1) rapportaient des violences conjugales actuelles ou passées, (2) rapportaient des pensées ou des idées suicidaires au cours des trois derniers mois ou (3) rapportaient une infidélité en cours. Ces critères d’exclusion correspondent aux critères qui définissent les personnes auxquelles l’EFT convient le mieux (Johnson, 2019).
Après avoir pris connaissance des informations sur l’étude et signé les formulaires de consentement, les personnes participantes étaient officiellement incluses. Toutes ont reçu l’EFT dans le cadre de pratique de leur thérapeute et ont payé les honoraires habituels de leur thérapeute, soit de 40 à 160 $ par séance d’une heure. Les personnes participantes remplissaient des questionnaires à l’admission et après chaque séance. Elles étaient encouragées à les remplir après chaque séance sur leur smartphone ; toutefois, deux couples n’avaient pas de smartphone, et leurs thérapeutes leur ont donc fourni des questionnaires papier, ensuite scellés dans des enveloppes pour protéger la confidentialité.
Chaque personne participante a reçu un bon d’achat de 100 NT$ (environ 3 USD) toutes les trois séances pour lesquelles elle avait rempli les questionnaires, jusqu’à la fin de l’EFT. Les thérapeutes ont reçu un bon d’achat de 700 NT$ (environ 23 USD) pour compenser le temps consacré au recrutement. Tous les bons d’achat ont été envoyés par courriel ou par SMS.
Toutes les personnes participantes à cette étude se sont identifiées comme formant des couples de sexe différent. L’âge moyen était de 33 ans pour les partenaires masculins (ÉT = 7,90, médiane = 35, étendue : 19-47) et de 32 ans pour les partenaires féminines (ÉT = 7,47, médiane = 31, étendue : 20-45). La durée de la relation allait de moins d’un an à 21 ans, avec une moyenne de 7 ans (ÉT = 6,70). Exactement 65 % n’avaient pas d’enfant, 24 % en avaient un et 12 % en avaient deux. Pour le niveau d’études, 18 % des hommes et 18 % des femmes avaient terminé le lycée, 65 % des hommes et 59 % des femmes avaient une licence, et 18 % des hommes et 24 % des femmes un diplôme de troisième cycle. Le revenu mensuel du ménage des personnes participantes était de 75 000 NT$ (environ 2 500 USD). À Taïwan, le revenu mensuel médian des ménages en 2021 était de 77 416 NT$, soit 2 580 USD (Directorate-General of Budget, Accounting and Statistics, Executive Yuan, 2022).
La majorité des couples de l’étude (65 %) présentaient une détresse modérée à l’admission, avec un score moyen à la DAS de 85,13 (étendue : 47-140, ÉT = 21,54). La plupart des personnes participantes présentaient, à l’admission, un score de dépression modérée au PHQ-9, avec un score moyen de 10,55 (étendue : 0-24, ÉT = 6,68). Plus précisément, 12 % des hommes comme des femmes présentaient une dépression modérée, 24 % des hommes comme des femmes une dépression modérément sévère, et 6 % des hommes et 12 % des femmes une dépression sévère. Les statistiques descriptives figurent au tableau 1.
Tableau 1 — Caractéristiques de l’échantillon (n = 17 couples)
Valeurs : M (ÉT) ou %, pour les hommes, les femmes ou le couple selon la ligne.
a Les scores de fin de traitement ne concernent que les couples ayant achevé le traitement (n = 12).
L’EFT a été délivrée par 10 thérapeutes titulaires de la certification EFT de l’ICEEFT, neuf femmes et un homme. L’ensemble de l’équipe était titulaire d’un master et d’une autorisation d’exercice professionnel en santé mentale à Taïwan. Cinq thérapeutes avaient une autorisation d’exercice en psychologie du conseil, quatre en psychologie clinique, et une personne en travail social. Les thérapeutes avaient en moyenne 9 ans (ÉT = 5,34 ; étendue : 4-22 ans) d’expérience clinique. Les thérapeutes délivraient l’EFT dans leur pratique et avaient l’autonomie de déterminer le nombre de séances nécessaires pour obtenir des résultats positifs selon les besoins de chaque couple. Consigne a été donnée à l’ensemble des thérapeutes de délivrer l’EFT conformément au manuel de l’EFT (Johnson, 2019), avec une supervision assurée par une personne superviseure certifiée EFT.
Les personnes participantes (n = 17) ont suivi de 1 à 17 séances (M = 7, ÉT = 4,16), et seuls 41 % des couples (n = 7) ont suivi plus de huit séances, durée minimale de traitement recommandée pour l’EFT (Alan et Zeidlhack, 2021 ; Johnson, 2019). Sur les 17 couples, 29 % (n = 5) ont quitté l’étude, faute de pouvoir poursuivre la thérapie pour diverses raisons. Trois couples ont cessé de venir après deux séances sans en donner la raison ; un couple a cessé de venir après la première séance parce que la relation avait pris fin ; et un couple a cessé de venir après la sixième séance, parce que la personne thérapeute avait observé une augmentation des comportements violents et des symptômes dépressifs, et recommandé aux partenaires d’arrêter la thérapie de couple et d’entreprendre une thérapie individuelle.
La DAS (Spanier, 1976) est une mesure de la détresse relationnelle qui comprend quatre sous-échelles : consensus (13 items), satisfaction (10 items), cohésion (5 items) et expression affective (4 items). Le score total (étendue : 0-151) s’obtient en additionnant les 32 items de l’échelle. Des scores plus élevés indiquent une détresse relationnelle plus faible (Spanier, 1976). La DAS a montré une fidélité élevée, avec un coefficient α de Cronbach de 0,96 (Spanier, 1976). Elle a aussi été traduite en chinois et validée dans plusieurs études (Shek, 1995 ; Shek et Cheung, 2008 ; Shek et al., 1993). La version en langue chinoise de la DAS a été utilisée dans cette étude (C-DAS ; Shek et al., 1993) ; elle présente une fidélité interne élevée (α = 0,91 ; Shek et al., 1993). Dans cette étude, la fidélité interne de la DAS était élevée tout au long du traitement, de 0,92 à 0,98 pour les hommes et de 0,87 à 0,98 pour les femmes.
Le PHQ-9 (Kroenke et al., 2001) évalue les symptômes dépressifs sur une échelle de type Likert en 4 points (de 0 = jamais à 3 = presque tous les jours). Les personnes participantes indiquaient dans quelle mesure elles avaient éprouvé chaque symptôme au cours des deux semaines précédentes. Parmi les symptômes figurent par exemple « être triste, déprimé(e) ou désespéré(e) » et « peu d’appétit ou manger trop ». Le score total (étendue : 0-27) s’obtient en additionnant les neuf items de l’échelle. Des scores totaux plus élevés indiquaient des symptômes dépressifs plus importants. Les seuils de sévérité des symptômes (Kroenke et al., 2001) sont de 0-4 pour minime, 5-9 pour légère, 10-14 pour modérée, 15-19 pour modérément sévère et 20-27 pour sévère. Le PHQ-9 a été traduit en chinois et testé auprès de populations chinoises, avec une fidélité élevée de 0,96 et une validité élevée de 0,92 (Wang et al., 2014). La version en langue chinoise du PHQ-9 a été utilisée dans cette étude. La fidélité interne du PHQ-9 était élevée tout au long du traitement pour les hommes, de 0,88 à 0,98. Pour les femmes, elle était acceptable, de 0,56 à 0,96 (voir le tableau supplémentaire 1).
Cette étude a été menée à Taïwan et toutes les personnes participantes parlaient le mandarin. Tout le matériel de l’étude, y compris le document d’information sur la recherche et les documents de consentement éclairé, a donc été rédigé en mandarin par la personne qui signe en premier, qui maîtrise le mandarin et l’anglais. Toutes les séances de thérapie se sont déroulées en mandarin.
Nous avons conduit les analyses suivantes avec SPSS version 28 (IBM Corp, 2021). D’abord, des analyses préliminaires ont vérifié que les données respectaient les conditions des analyses prévues. Ensuite, nous avons utilisé une modélisation dyadique multiniveau de croissance pour examiner les rythmes de changement au cours du traitement des symptômes dépressifs (QR1) et de la détresse relationnelle (QR2). Nous avons choisi ce type de modélisation parce qu’il permet de tenir compte de la variabilité du nombre de séances suivies et de la petite taille des échantillons (Kashy et Donnellan, 2008 ; Ledermann et Kenny, 2017 ; Planalp et al., 2017). Plus précisément, tous les couples de l’étude (n = 17) ont été inclus dans l’analyse. Les couples ont suivi de 1 à 17 séances (nombre variable de temps de mesure) et venaient en thérapie à des fréquences variables (intervalles de temps variables). Une approche par modélisation multiniveau (MLM) a donc été retenue, car elle peut tenir compte de temps de mesure et d’intervalles variables entre les dyades et au sein de chacune, sans augmenter le nombre de valeurs manquantes (Atkins et al., 2005 ; Ledermann et Kenny, 2017). Le maximum de vraisemblance restreint (REML ; Ledermann et Kenny, 2017) a en outre été utilisé pour tenir compte de la petite taille de l’échantillon. Dans un essai clinique, il arrive qu’une personne ne remplisse pas l’évaluation d’une séance mais remplisse celle de la séance suivante, ou qu’elle abandonne la thérapie. La MLM utilise toutes les données de chaque personne participante et peut fournir des estimations non biaisées si les données manquent de manière aléatoire (Atkins et al., 2005 ; Ledermann et Kenny, 2017 ; Schafer et Graham, 2002).
Dans ces modèles dyadiques multiniveaux de croissance, les scores de chaque partenaire à chaque séance du traitement (niveau 1) étaient emboîtés dans les couples (niveau 2 ; Kashy et Donnellan, 2008 ; Kenny et al., 2006). Ce type de modèle de croissance se compose d’une ordonnée à l’origine (score initial) et d’une pente (rythme de changement), la pente étant centrée sur la grande moyenne. Du fait de la petite taille de l’échantillon, nous avons suivi une démarche itérative pour construire un modèle parcimonieux (Hox et McNeish, 2020). Nous avons commencé par un modèle dyadique multiniveau de croissance indistinguable, pour déterminer le nombre d’effets aléatoires (ordonnée à l’origine et/ou pente aléatoire) du modèle. Nous avons ensuite évalué si les rythmes de changement étaient linéaires ou non linéaires (par exemple quadratiques). Puis, des tests omnibus de distinguabilité ont servi à déterminer si le modèle était distinguable selon le sexe. À chaque étape, des tests de différence du khi-deux (ou de déviance) ont guidé l’analyse pour déterminer les modèles les mieux ajustés, des valeurs de log-vraisemblance plus faibles indiquant un modèle plus parcimonieux. Ces étapes ont été suivies pour les modèles des symptômes dépressifs comme pour ceux de la détresse relationnelle.
Les personnes participantes (n = 17) ont suivi de 1 à 17 séances, et cinq couples (29 %) ont abandonné le traitement. Les méthodes REML et les ajustements d’erreur type de Kenward-Roger sont recommandés pour traiter les données manquantes avec de petits échantillons (McNeish et Stapleton, 2016). Nous avons donc utilisé le REML et les corrections d’erreur type de Kenward-Roger pour traiter les données manquantes dans nos modèles.
Cette étude étant un essai clinique pragmatique, la fin du traitement a été décidée conjointement par les couples participants et leurs thérapeutes. Compte tenu de l’importance d’évaluer l’effet possible des données manquantes sur les résultats finaux, nous avons conduit une analyse de sensibilité (Thabane et al., 2013) qui a évalué les résultats des couples ayant achevé le traitement ou l’ayant abandonné. D’abord, nous avons utilisé des modèles de mélange de profils (pattern-mixture models), une approche courante et largement utilisée pour analyser des données longitudinales lorsque les données manquantes sont dues aux abandons (Daniels et Hogan, 2000). Plus précisément, nous avons créé une variable binaire de l’abandon du traitement (traitement achevé = −1, abandon = 1). Les couples ayant abandonné le traitement (n = 5) l’ont fait après la première séance (n = 1), la deuxième (n = 3) et la cinquième (n = 1). Nous avons ensuite ajouté l’abandon comme prédicteur dans les modèles finaux de la détresse relationnelle et des symptômes dépressifs, pour évaluer les différences entre les couples ayant achevé le traitement et ceux qui l’avaient abandonné.
Le tableau 1 présente les moyennes et les écarts types des variables étudiées, y compris les scores de départ des symptômes dépressifs et de la détresse relationnelle.
Le point de départ a été un modèle dyadique indistinguable qui incluait comme effets fixes les niveaux initiaux (ordonnée à l’origine) et les rythmes de changement linéaires (pente) des symptômes dépressifs. Nous avons utilisé une structure matricielle autorégressive d’ordre 1 pour la variance, la covariance et les résidus, car les symptômes dépressifs d’une semaine à l’autre étaient fortement corrélés (ρ = 0,75, p < 0,001). Nous avons commencé par les effets aléatoires des niveaux initiaux de symptômes dépressifs, et l’ajustement du modèle s’est amélioré avec l’ajout des effets aléatoires des rythmes de changement linéaires (χ2 = 12,90, p < 0,05). Toutefois, les effets aléatoires des rythmes de changement linéaires des symptômes dépressifs avaient un p = 0,21, supérieur à p = 0,05. Par souci de parcimonie, nous n’avons retenu que l’effet aléatoire des niveaux initiaux de symptômes dépressifs. Ensuite, l’ajustement du modèle s’est amélioré avec l’ajout de rythmes de changement quadratiques des symptômes dépressifs (χ2[1] = 4,78, p < 0,05). Plus précisément, on observait une pente quadratique faible mais notable (b = 0,03, p < 0,05), tandis que la pente linéaire n’était pas significative (b = −0,15, p = 0,09). Nous avons donc inclus à la fois les rythmes de changement linéaire et quadratique des symptômes dépressifs. Un test omnibus de distinguabilité a montré que le modèle n’était pas distinguable selon le sexe (χ2[5] = 8,64, p = 0,12). En particulier, les niveaux initiaux (p = 0,85), les rythmes de changement linéaires (p = 0,05) et les rythmes de changement quadratiques (p = 0,66) des symptômes dépressifs ne différaient pas selon le sexe. Nous avons donc poursuivi avec un modèle dyadique multiniveau de croissance indistinguable. Les résultats du modèle final ont montré des niveaux initiaux moyens de symptômes dépressifs légers (b = 8,57, p < 0,001), variables d’un couple à l’autre (σ2 = 31,21, ES = 10,14, p < 0,05). Il n’y avait pas de changement linéaire des symptômes dépressifs (b = −0,15, p = 0,09), mais un faible rythme de changement quadratique au cours du traitement (b = 0,03, p < 0,05) (figure 1). Plus précisément, la pente quadratique montrait une baisse initiale de la séance 1 à la séance 13, suivie d’une légère remontée vers la fin du traitement (voir le tableau 2 pour le détail).

Tableau 2 — Modèle dyadique multiniveau de croissance de la détresse relationnelle et des symptômes dépressifs : estimations, erreurs types (ES) et intervalles de confiance (IC)
Pour chaque paramètre : b ; ES ; IC ; p. Détresse relationnelle (DAS), puis symptômes dépressifs (PHQ-9).
* p < 0,05.
Le point de départ a été un modèle dyadique indistinguable qui incluait comme effets fixes les niveaux initiaux (ordonnée à l’origine) et les rythmes de changement linéaires (pente) de la détresse relationnelle. Les scores de détresse relationnelle d’une semaine à l’autre étant fortement corrélés (ρ = 0,75, p < 0,001), nous avons utilisé une structure matricielle autorégressive d’ordre 1 pour la variance, la covariance et les résidus, car elle suppose des covariances corrélées et tient compte de la baisse des corrélations au fil du temps (Leyland, 2004). Nous avons ajouté les effets aléatoires des niveaux initiaux de détresse relationnelle, et l’ajustement du modèle s’est amélioré avec l’ajout des effets aléatoires des rythmes de changement linéaires (χ[2] = −19,02, p < 0,001). Toutefois, les effets aléatoires des rythmes de changement linéaires de la détresse relationnelle avaient un p = 0,87, supérieur à p = 0,05. Par souci de parcimonie, nous n’avons retenu que l’effet aléatoire des niveaux initiaux de détresse relationnelle. Ensuite, l’ajustement du modèle ne changeait pas avec l’ajout des rythmes de changement quadratiques (χ2[1] = 0,32, p = 0,57) ; nous n’avons donc retenu que les rythmes de changement linéaires de la détresse relationnelle. En outre, un test omnibus de distinguabilité a montré que le modèle n’était pas distinguable selon le sexe (χ2[4] = −3,53, p = 0,47). Plus précisément, les niveaux initiaux (p = 0,65) et les rythmes de changement linéaires (p = 0,77) ne différaient pas selon le sexe (femmes = 1, hommes = −1). Nous avons donc poursuivi avec un modèle dyadique multiniveau de croissance indistinguable. Les résultats du modèle final ont montré chez les personnes participantes des niveaux initiaux modérés de détresse relationnelle (b = 88,26, p < 0,001), variables d’un couple à l’autre (σ2 = 430,16, ES = 138,61, p < 0,05). En revanche, le rythme de changement linéaire de la détresse relationnelle restait stable et n’évoluait pas au cours du traitement (b = −0,09, p = 0,76).
L’analyse de sensibilité a examiné les différences de détresse relationnelle et de symptômes dépressifs entre les couples ayant achevé le traitement et ceux qui l’avaient abandonné. L’ajout de l’abandon au modèle de la détresse relationnelle n’a pas amélioré l’ajustement (χ2[2] = −0,27, p = 0,87), et il n’y avait pas de différence dans les niveaux initiaux (p = 0,90) ni dans les rythmes de changement linéaires de la détresse relationnelle (p = 0,69) entre ces deux groupes de couples. En revanche, l’ajout de l’abandon a amélioré l’ajustement du modèle des symptômes dépressifs (χ2[2] = −11,48, p = 0,003), les niveaux initiaux (b = 8,31, p = 0,002) et les rythmes de changement quadratiques des symptômes dépressifs (b = 0,69, p = 0,03) différant entre les couples ayant achevé ou abandonné le traitement (voir le tableau supplémentaire 2). Plus précisément, les couples ayant abandonné le traitement partaient de symptômes dépressifs initiaux plus élevés et présentaient un changement quadratique plus marqué au cours du traitement que les couples l’ayant achevé. Cela suggère que les couples ayant abandonné partaient de symptômes dépressifs plus élevés, qui baissaient fortement puis commençaient à remonter, puisqu’aucun de ces couples n’est resté en traitement au-delà de la séance 5. Les symptômes dépressifs initiaux plus élevés pourraient s’expliquer par le fait qu’un couple a mis fin à sa relation et qu’un autre a été orienté vers un traitement individuel en raison de comportements violents et d’une hausse des symptômes dépressifs.
Plusieurs études ont démontré l’efficacité de l’EFT, en conditions contrôlées comme en conditions réelles, pour améliorer les symptômes dépressifs et la détresse relationnelle. Le but premier de cette étude était d’explorer l’efficacité de l’EFT sur les symptômes dépressifs et la détresse relationnelle chez des couples à Taïwan. Pour les symptômes dépressifs, nos résultats apportent des informations préliminaires sur l’usage de l’EFT pour les réduire. Au cours de l’EFT, nous avons observé un rythme de changement quadratique des symptômes dépressifs : une baisse initiale de la séance 1 à la séance 13, suivie d’une légère remontée vers la fin du traitement. Il importe de souligner que plus de la moitié des couples de notre étude ont achevé l’EFT en 8 séances ou moins, ce qui indique que la majorité d’entre eux ont connu une baisse des symptômes dépressifs, malgré la légère hausse observée de la séance 13 à la séance 17. En outre, seuls deux couples sont restés en traitement après la séance 14, ce qui peut indiquer que les couples les plus symptomatiques ont poursuivi le traitement jusqu’au bout. Ce résultat concorde en partie avec les travaux antérieurs selon lesquels l’EFT améliore les symptômes dépressifs (Denton et al., 2012 ; Dessaulles et al., 2003 ; Wittenborn et al., 2019).
Pour la détresse relationnelle, les modèles multiniveaux n’ont montré aucun changement au fil du temps. Ce résultat était inattendu, car des études antérieures ont montré que l’EFT améliore la détresse relationnelle (par exemple Denton et al., 2000 ; Johnson et Greenberg, 1985 ; Wittenborn et al., 2019), y compris par rapport à divers groupes témoins (approches comportementales, thérapie de couple habituelle, liste d’attente). Une étude antérieure a constaté chez les couples une hausse globale de 0,39 point de la satisfaction relationnelle par semaine pendant l’EFT (Dalgleish et al., 2015).
Plusieurs raisons peuvent expliquer l’amélioration limitée de la détresse relationnelle au cours du traitement dans cette étude. D’abord, une explication très plausible est que les couples n’ont pas reçu assez de thérapie pour que l’EFT puisse faire évoluer leur détresse relationnelle. Il est recommandé que les couples reçoivent de 8 à 20 séances, même si la « dose » adaptée dépend souvent de la sévérité des symptômes (Alan et Zeidlhack, 2021 ; Johnson, 2019). Dans notre étude, les couples ont suivi de 1 à 17 séances, et seuls 41 % (n = 7) plus de huit séances. La recherche a montré que les couples partagent davantage de choses intimes en EFT après sept séances (Greenberg et al., 1993), et qu’achever la deuxième étape de l’EFT, dont une composante importante est l’adoucissement du partenaire critique (blamer-softening), conduit souvent à une hausse de la satisfaction relationnelle (Burgess Moser et al., 2018). Il est sans doute difficile pour l’EFT de susciter un changement si ces couples ne reçoivent pas assez de thérapie pour qu’il puisse se produire. D’autres explications possibles tiennent à une puissance statistique insuffisante pour détecter les effets du traitement du fait de la petite taille de l’échantillon, et au fait que les effets du traitement tendent à être plus faibles dans les essais pragmatiques que dans les essais explicatifs, compte tenu de l’accent mis sur la validité externe (McNeish et Stapleton, 2016).
Le nombre de séances suivies par les couples a pu être influencé par le système de santé publique taïwanais. L’assurance maladie nationale de Taïwan offre une couverture universelle ; toutefois, les services de conseil et de thérapie en cabinet privé ne sont pas couverts (Guo et al., 2013 ; Ministry of Health and Welfare, 2021). À Taïwan, la thérapie coûte cher, de 40 à 160 $ de l’heure, selon la localisation du cabinet et l’ancienneté de la personne thérapeute (Taiwan Counseling Psychologist Union, 2011). Le coût élevé de la thérapie de couple a pu contribuer au faible nombre de séances suivies. Il se peut que des couples aient arrêté la thérapie lorsqu’ils ont commencé à se sentir mieux. Le premier grand processus de changement de l’EFT est la désescalade du cycle négatif, qui se produit dans la première étape de l’EFT (Johnson, 2019). Dans ce processus, les partenaires font souvent l’expérience de nouvelles manières d’interagir et retrouvent, pense-t-on, de l’espoir pour leur relation (Johnson, 2019). Il est possible que des couples aient commencé à ressentir un peu d’espoir ou de soulagement et, vu le coût élevé, aient décidé de mettre fin à la thérapie. Ce faisant, ces couples se privaient de la « dose » complète du traitement et ne parcouraient pas les trois étapes de l’EFT, ce qui pourrait modifier l’effet immédiat et durable de l’EFT (Burgess Moser et al., 2016).
Une autre explication possible de l’amélioration limitée de la détresse relationnelle tient aux variations culturelles. L’EFT vise à faciliter l’expression émotionnelle et la communication des besoins d’attachement dans les relations interpersonnelles (Tsai et Levenson, 1997). Li (2006) a constaté que la tolérance (c’est-à-dire la suppression des émotions) est considérée comme une stratégie de régulation émotionnelle appropriée dans les relations chinoises. En outre, les hommes chinois tendent à recourir plus souvent que les femmes chinoises à des stratégies de désengagement, comme prendre une distance psychologique avec les situations ou les personnes stressantes (Davis et al., 2012). Nos résultats soulignent le conflit possible entre l’accent mis par l’EFT sur l’exploration et l’expression des émotions et les attentes culturelles en matière de régulation émotionnelle, qui a pu contribuer à l’absence de changement observée pour la détresse relationnelle.
Il est également possible que l’EFT doive être adaptée culturellement aux besoins des couples à Taïwan pour favoriser le changement. Bernal et al. (2009) recommandent de prendre en compte la langue, les schémas culturels, le sens et les valeurs lorsqu’on modifie systématiquement un traitement fondé sur des données probantes. Les schémas culturels chinois, comme la tolérance dans les relations, peuvent influer sur la manière dont les couples préfèrent interagir. Par exemple, la tolérance est souvent utilisée par les couples taïwanais pour refouler les émotions négatives et préserver l’harmonie (Chang et al., 2020), et elle prédit la satisfaction conjugale d’une personne et les comportements de soutien de l’autre partenaire (Chen et Li, 2007). Or le principal mécanisme de changement de l’EFT est l’expression des émotions, ce qui peut parfois entrer en conflit avec les valeurs taïwanaises. Les thérapeutes peuvent surmonter ce conflit en créant un espace sûr où les couples peuvent exprimer leurs émotions intimes plutôt que les tolérer. La vulnérabilité émotionnelle est essentielle au succès de l’EFT, et les thérapeutes devraient accompagner les personnes suivies à travers leurs peurs avec réassurance et confiance (Johnson, 2019). De futures recherches sur les adaptations possibles de l’EFT pour les couples à Taïwan pourraient constituer une prochaine étape importante. Par exemple, les thérapeutes pourraient devoir employer d’autres stratégies et consacrer plus de temps à l’accès aux expériences émotionnelles et à leur élargissement, ainsi qu’à faciliter l’expression émotionnelle, en particulier chez les hommes.
Cette étude comporte plusieurs limites. D’abord, seuls 41 % des couples ont suivi plus de huit séances d’EFT. Il est recommandé que les couples reçoivent au moins huit séances, voire 20 ou plus selon leurs besoins (Alan et Zeidlhack, 2021 ; Johnson, 2019). Le modèle de mélange de profils a indiqué que les données manquantes à la séance 17 n’affectaient pas le modèle ; toutefois, le fait que la plupart des couples de l’étude n’aient pas reçu la « dose » de traitement recommandée pourrait expliquer l’absence d’amélioration clinique. Ensuite, avec un plan à bras unique, il n’a pas été possible de tirer parti des avantages de la randomisation ni de comparer des groupes. Enfin, l’étude est limitée par la petite taille de l’échantillon, qui a réduit la puissance statistique et donc la probabilité de trouver des effets significatifs.
Cette étude est la première à explorer l’efficacité de l’EFT chez des couples à Taïwan. Nos résultats ont montré un changement quadratique significatif des symptômes dépressifs et aucun changement significatif de la détresse relationnelle. Des limites comme la petite taille de l’échantillon et la faible « dose » de traitement peuvent expliquer le changement limité observé. De futures recherches devraient continuer d’explorer l’efficacité de l’EFT auprès des couples à Taïwan, avec un échantillon plus large et une durée de traitement plus longue. Des recherches sur les adaptations culturelles possibles de l’EFT pour les couples à Taïwan sont également nécessaires.
Complexe Systémique : à retenir
L’intérêt de l’étude tient autant à ses résultats décevants qu’à la manière de les discuter. En conditions réelles, avec une équipe certifiée et supervisée, l’EFT fait baisser les symptômes dépressifs mais ne modifie pas la détresse conjugale. Deux lectures se croisent. L’une est économique : à Taïwan, la thérapie en cabinet n’est pas remboursée, et beaucoup de couples s’arrêtent après la désescalade, avant l’étape de restructuration où se jouent les changements relationnels. L’autre est culturelle : un modèle qui mise sur l’expression des émotions rencontre une culture où la tolérance, retenir ses émotions pour préserver l’harmonie, est une compétence relationnelle. Une lecture systémique invite à ne pas y voir une résistance à vaincre : la retenue peut être une manière de prendre soin du lien, et c’est peut-être à la thérapie de s’y accorder, comme le suggèrent les travaux sur l’EFT auprès de couples chinois. Les limites sont nettes : 17 couples, pas de groupe témoin, sept séances en moyenne et près d’un tiers d’abandons. À lire avec l’article sur l’accès aux émotions chez les couples chinois, et avec l’adaptation culturelle de l’EFT en Ouganda.
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Traduction non officielle en français de Explorer l’efficacité de la thérapie centrée sur l’émotion sur les symptômes dépressifs et la détresse relationnelle chez des couples à Taïwan : un essai pragmatique à bras unique, par Chi-Fang Tseng, Andrea K. Wittenborn, Preston C. Morgan et Ting Liu, Journal of Marital and Family Therapy, vol. 50, no 1 (2024), doi : 10.1111/jmft.12681, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, figure en anglais). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Exploring the effectiveness of emotionally focused therapy for depressive symptoms and relationship distress among couples in Taiwan: A single‐arm pragmatic trial », publié dans Journal of Marital and Family Therapy (2024) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Tseng, C.-F., Wittenborn, A. K., Morgan, P. C., et Liu, T. (2024). Explorer l’efficacité de la thérapie centrée sur l’émotion sur les symptômes dépressifs et la détresse relationnelle chez des couples à Taïwan : un essai pragmatique à bras unique (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/explorer-l-efficacite-de-la-therapie-centree-sur-l-emotion-sur-les-symptomes-depressifs (Œuvre originale publiée en 2024 dans Journal of Marital and Family Therapy, 50(1), 202-217 (2024) ; republiée en 2024 par Journal of Marital and Family Therapy, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jmft.12681)
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