Journal of Solution-Focused Brief Therapy · Pratique clinique

Utiliser la TBOS à Hong Kong : initiatives d’étudiants en master de psychologie du conseil et implications pour les contextes culturels en Australie

Que devient une thérapie née dans le Wisconsin quand on la pratique à Hong Kong ? Ann Moir-Bussy, qui a enseigné la thérapie brève orientée vers les solutions à l’université Shue Yan avant de rentrer en Australie, rapporte ce que six personnes inscrites en master ont inventé en un semestre de stage. Une fillette dyslexique qui colorie une bouteille de Sprite en guise d’échelle, un collégien insomniaque qui lance des Angry Birds vers son objectif, une mère de 39 ans qui ne veut plus mourir après une question d’exception. Et deux techniques qui accrochent : le compliment, que la modestie confucéenne rejette, et le miracle, réécrit en visite au temple de Wong Tai Sin ou en film dont l’adolescent est le réalisateur. Un texte court de 2014, premier numéro de la revue, qui pose la question que toute pratique rencontre : à quoi tient une méthode quand on change de monde ?

Autrice Ann Moir-Bussy, University of the Sunshine Coast, QueenslandPremière publication Journal of Solution-Focused Brief Therapy, vol. 1, n° 1, juillet 2014, article 5, p. 30-45Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Using SFBT in Hong Kong: Initiatives from Hong Kong Master of Counselling psychology students and implications for cultural contexts in Australia, par Ann Moir-Bussy, publié dans le Journal of Solution-Focused Brief Therapy (2014), devenu Journal of Solution Focused Practices, doi : 10.59874/001c.75124, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les neuf figures de l’original sont des photographies de dessins d’enfant et de fiches de travail ; elles ne sont pas reproduites mais décrites en fiches, à partir du rendu des pages. Les caractères chinois sont ceux de l’original. L’autrice présente une version de ce texte à la première conférence australienne et néo-zélandaise orientée vers les solutions, Gold Coast, juillet 2013. Cette traduction n’a été réalisée ni par l’autrice ni par l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

La thérapie brève orientée vers les solutions (TBOS) est une approche thérapeutique développée d’abord sur la base de la culture, des croyances et des idéaux occidentaux. Six personnes inscrites en master de psychologie du conseil à Hong Kong ont participé à un stage clinique d’un semestre au cours duquel elles ont pu appliquer les principes de la TBOS auprès d’une clientèle chinoise. L’article commence par un aperçu du développement de la TBOS et du conseil psychologique à Hong Kong, suivi des considérations sur le contexte culturel. Trois exemples de cas sont présentés, ainsi que les apprentissages, les défis culturels et les expériences de ces stagiaires. Les implications de l’usage de la TBOS dans le contexte culturel australien sont brièvement discutées.

Quand on introduit la thérapie brève orientée vers les solutions (TBOS) auprès d’un groupe culturellement différent de celui pour lequel elle a été conçue, le nouveau contexte, les valeurs philosophiques et les croyances doivent tous être pris en compte. Un groupe inscrit en master de psychologie du conseil à Hong Kong a suivi un stage clinique au cours duquel il a exploré l’usage de la TBOS avec une clientèle variée, dont des enfants à besoins particuliers et en situation de handicap, des jeunes et des personnes suivies en santé mentale. Cet article commence par un aperçu du développement de la TBOS à Hong Kong, suivi d’une brève discussion du contexte culturel chinois. Trois exemples de cas où la TBOS a été appliquée par ces stagiaires de master auprès d’une clientèle réelle sont ensuite présentés. Chaque étude de cas utilise des pseudonymes, et l’autorisation a été obtenue des parents pour utiliser les dessins dans des présentations et des publications. Les difficultés d’usage de certaines techniques de la TBOS, en particulier les compliments et la question du miracle, sont ensuite explorées. Enfin, de brèves implications de l’usage de la TBOS dans les contextes culturels australiens sont discutées.

Le développement de la TBOS à Hong Kong

Le premier programme de formation à la TBOS a été conduit à Singapour et à Hong Kong vers 1999-2000 sous la direction d’Insoo Kim Berg. L’équipe de formation d’origine comprenait « Brian Cade, Michael Durrant et Therese Steiner » (M. Durrant, communication personnelle, 2014). En 2004, l’Academy for Solution-Focused Therapy Training a été créée et, en 2006, « l’Academy… a organisé la première conférence Asie-Pacifique orientée vers les solutions » (M. Durrant, communication personnelle, 2014). En 2006, une seconde académie a été formée et nommée la Brief Academy (M. Durrant, communication personnelle, 2014). À cette époque, la TBOS n’avait pas beaucoup d’adeptes, et quelques expériences négatives avec la question du miracle lui avaient fait une mauvaise réputation quant à son utilité. De plus, dans leur majorité, les services de conseil et de psychologie ne connaissaient pas la TBOS et, par conséquent, ne l’utilisaient pas. Aujourd’hui cependant, les deux organisations ont maintenu leur présence et leur participation à des événements nationaux et internationaux (Durrant, 2014). Il y a eu aussi quelques publications locales en chinois, dont Solution-Focused Therapy: Social Work Application (Ho & Chu, 1999), Solution-Focused Therapy: Practice and Reflections 1 (Ng & Ho, 2003) et Solution-Focused Therapy: Practice and Reflections 2 (Ho & Lau, 2003).

La formation au conseil psychologique à Hong Kong

Le conseil psychologique à Hong Kong est né dans le secteur de l’aide sociale au cours des années 1950 (Lai & Mak, 1996 ; Leung, T., 1990 ; Moir-Bussy, 2006 ; Shek, 1999). C’était une réponse aux troubles et aux émeutes déclenchés par la Révolution culturelle, avec l’augmentation des problèmes sociaux qui s’ensuivit, en particulier la délinquance des enfants et des jeunes. Les Églises et les organismes d’aide sociale ont cherché à répondre à ces problèmes. Leung (1999) note que le premier service de conseil fut la Federation of Youth Groups, « un programme de conseil expérimental dont le personnel se composait de personnes revenant de programmes de formation aux États-Unis » (p. 77). Dans les années 1970, le conseil a commencé à être inclus dans les programmes de diplôme et de master en éducation, et l’Université chinoise de Hong Kong a formé la Hong Kong Professional Counselling Association. Au début de 2004, l’Asian Professional Counselling Association a été fondée par la professeure Catherine Sun Tien-Lun et Mme Tse Pui Chi, avec une équipe enthousiaste de conseil.

Le premier diplôme formel de conseil a été proposé au Hong Kong Shue Yan College en 1976, avec le lancement de son diplôme en sciences sociales (conseil et psychologie). Le HK Shue Yan College est devenu université en 2005 et proposait alors une licence complète en quatre ans, sous la forme d’un Bachelor of Social Science Honors (conseil et psychologie). En 2010, l’université a lancé un master de psychologie du conseil, et c’est dans ce cursus que la TBOS a été enseignée par l’autrice, les personnes inscrites s’engageant dans un stage clinique utilisant la TBOS pendant leur internat. Les discussions en classe et les apprentissages des six premières personnes qui ont suivi ce stage clinique en TBOS forment la base de cet article.

Le contexte culturel

À Hong Kong, la population chinoise est conservatrice, dépendante de l’autorité (Ho, 1996 ; Ho, Peng & Chan, 2002 ; Sun, 2008) et généralement réticente à consulter. Elle tend à résister au changement de ses pensées cognitives et tient à préserver ses savoirs et rituels traditionnels. De plus, comme la maladie mentale est vue comme une faiblesse ou une imperfection, un stigmate s’attache aux personnes qui consultent pour chercher de l’aide pour des problèmes mentaux (Chung & Wong, 2004). En outre, dans la culture chinoise, on considère le soi interdépendant comme bien plus important que le soi individuel, tirant « son estime de soi de la capacité à se retenir, et à s’ajuster aux mœurs sociales et à maintenir l’harmonie avec elles » (Sun, 2008, p. 56). Une autre facette clé des relations interpersonnelles est la notion de face (mian zi), selon laquelle le soi-en-relation chinois doit gagner la face, donner la face aux autres et ne pas faire perdre la face à autrui (Hu, 1994 ; Sun, 2008). Ainsi, reconnaître qu’un membre de la famille a besoin de consulter et de chercher l’aide d’une personne extérieure pourrait faire perdre la face à une famille aux yeux des autres. La recherche d’aide est passive, ou n’est pas activement engagée, ce qui conduit à un recours accru à la famille et au cercle amical. Si la décision est prise de demander de l’aide, les familles ont tendance à se tourner vers le travail social, profession mieux connue que le conseil. Cependant, le conseil comme le travail social sont vus comme une autorité, et l’on attend de ces disciplines qu’elles fournissent les réponses nécessaires.

Pour ce qui concerne les apprentissages et les cas présentés dans cet article, les stagiaires en psychologie du conseil ont compris qu’il fallait faire passer l’alliance clinique d’une alliance de dépendance à une alliance de collaboration. Ce groupe a aussi reconnu qu’il serait plus approprié de pouvoir déplacer la tendance chinoise à s’en remettre au destin et au collectivisme (Leung, 2010) vers une approche plus holistique, où la clientèle pourrait reconnaître qu’elle a des forces et la capacité de résoudre positivement les difficultés au sein de leurs propres familles.

Les défis de langue et de traduction

La traduction des termes en chinois peut parfois conduire à un malentendu. Par exemple, la traduction de « Solution-Focused Brief Therapy » en chinois est 短期焦點解決治療, qui signifie thérapie / à court terme / focalisée / solution, et 尋解導向治療, thérapie / orientée / vers la recherche de solution. Dans le confucianisme, les noms déterminent les rôles et les responsabilités. Ainsi, « la rectification des noms (zheng ming) signifie être à la hauteur de ses rôles et de ses responsabilités en étant correct dans son langage et sa conduite, c’est-à-dire en observant la bienséance sociale » (Sun, 2008, p. 13). La traduction chinoise de TBOS peut donc créer l’illusion que le conseil a le pouvoir de résoudre tous les problèmes et que c’est son rôle de le faire. Par conséquent, la clientèle chinoise peut s’être formé l’impression que la personne qui conseille prendrait toute la responsabilité et l’initiative de fournir des solutions et des réponses dans la TBOS. Les stagiaires en psychologie du conseil ont relevé ces défis de façon créative en abordant les difficultés nées de la langue, des traductions et des attentes de leur clientèle chinoise.

Le système éducatif à Hong Kong

Le système éducatif de Hong Kong offre 12 années de scolarité gratuite et universelle, primaire (6 ans) et secondaire (6 ans). Il y a environ 568 écoles primaires, 542 écoles secondaires et 61 écoles spécialisées. Les enfants à besoins éducatifs particuliers (BEP) sont affectés aux écoles selon la sévérité de leur besoin (Miho, 2013). S’ils sont diagnostiqués avec des BEP sévères et des handicaps multiples, ils sont inscrits en école spécialisée ; sinon ils vont en école ordinaire. Le diagnostic et l’évaluation des besoins de ces enfants suivent le modèle médical. Les besoins des élèves à BEP sont souvent non reconnus et, si les enfants sont en école ordinaire, ils peuvent subir par moments des moqueries et un manque de soutien (Miho, 2013). Le rôle du corps enseignant inclut l’enseignement, l’administration de la classe, l’orientation, la discipline et le conseil. Si l’équipe enseignante ne parvient pas à traiter les problèmes de l’enfant à BEP, celui-ci est souvent envoyé à la personne chargée de l’orientation et de la discipline. Généralement, corps enseignant et parents travaillent ensemble pour remédier aux difficultés, compenser la faiblesse de l’enfant et réduire les obstacles à l’apprentissage. Dans certains cas, les parents deviennent surprotecteurs et très impliqués dans les soins de leurs enfants, et tendent à les pousser à réussir à un haut niveau, même si cela dépasse leurs capacités. Le cas de YL montre une application de la TBOS avec une enfant à besoins particuliers. La personne stagiaire en psychologie du conseil a été affectée au travail avec cette enfant à besoins particuliers.

Cas 1 : la TBOS avec une élève de primaire à besoins particuliers, YL

YL (pseudonyme) était une fillette de neuf ans qui vivait avec ses parents et sa sœur cadette. Sa mère était la principale personne en charge d’elle. YL avait reçu un diagnostic de trouble du langage expressif, de dyslexie chinoise et de problèmes d’attention. Elle était scolarisée en école ordinaire. Sa mère présentait YL comme ayant une faible motivation pour apprendre, parce qu’elle retardait ses devoirs et qu’ensuite, quand elle s’y mettait, elle y passait de longues heures, y compris pour ses révisions de dictée et d’orthographe. Sa mère affirmait aussi que YL n’était pas obéissante à la maison et faisait parfois des colères. Il était rapporté qu’elle était moquée par ses camarades de classe.

Au cours des cinq premières séances, la personne stagiaire a utilisé une approche psychodynamique, avec peu de succès ou de progrès. À la sixième séance, la personne stagiaire, ayant appris la TBOS, a commencé à l’utiliser avec l’enfant. Au début de cette séance, YL a fait remarquer qu’elle se souvenait de ce qui s’était fait aux séances précédentes ; la personne stagiaire l’a donc complimentée sur sa bonne mémoire, identifiant ainsi l’une des forces de YL et renforçant le lien. La personne stagiaire a aussi intégré des techniques d’art-thérapie (Nims, 2007) pour les questions d’échelle et pour la définition des objectifs, afin d’aider à faire naître l’espoir chez la fillette. Une autre façon d’aider YL à se fixer des objectifs fut le réarrangement syntaxique, par exemple :

  • 這場比賽很精彩,運動員們很努力 — Cette compétition est très passionnante. Les athlètes travaillent très dur.
  • 這場比賽越來越精彩,運動員們越來越努力 — Cette compétition est de plus en plus passionnante. Les athlètes travaillent de plus en plus dur.

Cette reformulation lui a donné l’intuition que les choses peuvent progressivement s’améliorer. De plus, Nims (2007) note que l’art est un excellent outil pour aider les enfants à faire une image de ce qui se passe dans leur vie en ce moment et à montrer ce qui, dans leurs actions, indiquerait que les choses vont mieux. Il a donc été demandé à YL de :

  • dessiner ce dont tu aimerais parler ;
  • dessiner ce qui se passe en ce moment ; et
  • dessiner quelque chose que tu aimerais changer.

Le premier dessin de YL (voir figure 1) la représentait assise à son bureau. Son visage était maussade et sans sourire. Elle a parlé de la difficulté qu’elle avait à la maison et à l’école. Le second dessin (voir figure 2) montrait une fille souriante, et indiquait que le changement qu’elle voulait faire était de devenir une fille heureuse et souriante.

YL adorait aussi le Sprite ; la notion d’échelle utilisée en TBOS a donc été dessinée pour qu’elle la colorie sous la forme d’une bouteille de Sprite (voir figure 3), les deux teintes représentant le changement après quelques séances. Le quatrième dessin (figure 4) montre l’objectif fixé : faire ses devoirs sans être poussée et obtenir de bien meilleures notes en dictée, ce qu’elle a entièrement atteint.

Figures 1 à 4. Les dessins de YL (décrits)

Figure 1, « YL assise à son bureau, visage maussade » : un dessin au crayon, une fillette à queue de cheval et pull à carreaux, les bras le long du corps, la bouche tombante. Figure 2, « Comment YL aimerait être » : la même silhouette, la même tenue, mais un large sourire. Figure 3, « L’échelle en bouteille de Sprite » : une bouteille dessinée verticalement, coloriée sur deux niveaux de gris, avec en marge quatre cases à cocher légendées en chinois et la mention « 4-10 » : le remplissage marque où en est YL, la couleur plus foncée le chemin déjà fait. Figure 4, « YL heureuse en faisant ses devoirs » : une fillette aux cheveux noirs, souriante, en habit foncé, un cartable stylisé, un soleil griffonné dans le coin.

Lors des séances suivantes, la personne stagiaire a invité la mère à se joindre aux séances et lui a montré comment l’usage du langage de la TBOS et des façons d’encourager pouvait aider YL à continuer de progresser. Ce n’était pas une tâche facile, tant de mères chinoises voulant si fort que leurs enfants soient parfaits. La mère a tenté de donner plus d’éloges et, à mesure qu’elle le faisait, le comportement de YL et son attitude envers ses devoirs se sont améliorés, et elle est devenue bien plus heureuse. À la dernière séance, la mère a fièrement annoncé que YL avait obtenu 80 % à sa dictée et faisait maintenant ses devoirs plus volontiers. La personne stagiaire a complimenté non seulement la mère, mais aussi YL, pour avoir su ce que sa mère voulait et pour avoir accepté de travailler vers ce que sa mère désirait pour elle.

Cas 2 : la TBOS avec un élève de secondaire à besoins particuliers, CN

CN (pseudonyme) était un garçon de 13 ans inscrit en première année de secondaire dans une école ordinaire. Il vivait avec ses parents et sa sœur cadette. Sa mère était la principale personne en charge de lui. L’enseignante chargée de l’orientation l’a adressé au service de conseil, car CN lui avait rapporté souffrir d’insomnie, et il avait aussi été noté qu’il manquait d’estime de soi pour faire face au passage au secondaire.

La personne stagiaire a conçu de façon créative des fiches de travail pour aider CN à s’exprimer et pour évaluer le degré de confiance qu’il avait au début du suivi. La première fiche (voir figure 5) était conçue pour fixer les objectifs de CN et évaluer son niveau de motivation à résoudre les préoccupations présentées.

Cette image a aidé CN à être plus concret sur ses objectifs et à visualiser où il voulait être : libéré de l’insomnie et gagnant en confiance en lui. La personne stagiaire voulait aussi évaluer les niveaux de stress de CN, et a de nouveau utilisé une fiche (voir figure 6) au début et à la fin pour comparer la différence.

Une autre fiche (voir figure 7) a servi à appliquer la question du miracle et à aider CN à prendre conscience de la façon dont il voulait que soient les choses, en se concentrant sur la conscience de ses sensations, de ses sentiments et de ses actions, et sur qui d’autre remarquerait le changement. Norum (2000) affirme que, pour qu’une thérapie réussisse, la conscience cognitive et la conscience sensorielle que la personne cliente a d’elle-même sont des facteurs cruciaux. L’imagination de l’état idéal de la personne cliente a donc été formulée avec plusieurs sensations (entendre, voir et ressentir). Elles figurent dans la fiche et ont aidé CN à reconnaître plus profondément ce qu’il voulait, et à être plus réaliste et plus ancré quant à sa vie idéale.

Une fois sa vision du futur préféré établie, les objectifs sont devenus plus concrets, et les niveaux de stress et de confiance pour atteindre son objectif ont été mesurés sur une échelle (voir figures 8 et 9). Les images créatives utilisées par la personne stagiaire ont aidé CN à s’exprimer de façon positive. En outre, CN a été encouragé à lister ses forces et les qualités qui l’aideraient à atteindre son objectif.

Figures 5 à 9. Les fiches de travail de CN (décrites)

Figure 5, « L’échelle Angry Birds de CN » (fiche 1 : objectif de séance et niveau de motivation) : un lance-pierre en bas à gauche, une trajectoire en arc de dix oiseaux jusqu’à une tour de cochons en bas à droite, et un cartouche « My goal » rempli à la main en chinois. Figure 6, « L’échelle de stress de CN » (fiche 2 : niveau de détresse avant et après la séance) : deux thermomètres gradués de 0 à 10, une grosse flèche entre les deux, le premier coché plus haut que le second. Figure 7, « Les objectifs concrets de CN » (fiche 3 : sensations et sentiments inspirés par la question du miracle) : une silhouette de fée dans le coin, et une étoile à cinq branches dont les pointes portent Hear, See, Feel, Action, Who, chacune remplie en chinois. Figure 8, « La fiche pratique de CN » (fiche 4 : solution et degré de confiance pour l’appliquer) : un petit personnage brandissant un drapeau, une bulle de pensée remplie en chinois, une grappe de ballons. Figure 9, « L’histoire de réussite de CN » (fiche 5 : forces, plan de travail et degré de confiance) : un personnage de dessin animé hilare, une grande bulle de parole en chinois, un thermomètre gradué dans la marge.

Ce qui avait paru impossible à l’élève au départ était devenu une histoire de réussite : il a atteint ce qu’il voulait et a gagné en confiance.

Application de la TBOS en santé mentale

Une personne du groupe, qui exerçait en soins infirmiers en santé mentale, s’intéressait à la façon dont la TBOS pouvait être utilisée avec des personnes suivies en santé mentale. À Hong Kong, le traitement des problèmes de santé mentale repose très largement sur le modèle médical et sur l’usage des médicaments. Selon Bakker, Bannink et Macdonald (2010), la TBOS est efficace en intervention de crise. Si la TBOS peut être très utile en intervention de crise, il importe que la clinique comprenne le statut de l’urgence psychiatrique et les besoins de la clientèle. Anguilera (1998) propose un modèle de prise en charge de l’urgence psychiatrique, où l’état actuel de la personne cliente, ses comportements et la situation telle qu’elle la conceptualise sont vus comme son incapacité à identifier un mécanisme d’adaptation ou un soutien social. L’orientation de l’intervention est donc d’aider la personne cliente à trouver de meilleurs mécanismes d’adaptation et de lui procurer un soutien social. La TBOS est particulièrement utile dans ces cas. Les urgences psychiatriques exigent des résultats thérapeutiques rapides, plus probables quand les interventions sont simples et directes (Callahan, 2009).

Cas 3 : la TBOS avec une cliente ayant des idées suicidaires

Une cliente s’est présentée à la personne stagiaire avec des idées suicidaires. Cette femme de 39 ans souffrait de dépression du post-partum depuis plusieurs années.

La personne stagiaire a adopté certaines techniques de la TBOS apprises pendant ses études. Une partie de la transcription de l’une des séances de thérapie est fournie ci-dessous.

Extrait de séance

Cliente (C) : J’ai des pensées suicidaires depuis 9 ans, et l’idéation est toujours active. Hier, je pensais que j’allais sauter d’un immeuble.

Thérapeute (T) : Pouvez-vous m’en dire plus ?

C : Ma vie est trop douloureuse. Personne ne m’aime ni ne me soutient. Chaque fois que je parle de mes problèmes avec mon mari, il me parle un moment, puis il passe à un sujet qui concerne notre fils. Il trouve généralement que je suis pénible et que je crée des problèmes tout le temps.

T : Beaucoup de personnes qui se sentent ignorées par leurs proches ressentiraient de la douleur (normalisation). D’un autre côté, vous devez beaucoup aimer votre famille et votre mari. Peut-être remarquez-vous le problème parce que vous voulez que la relation de couple grandisse (compliment, et rappel de l’importance de la relation pour la clientèle chinoise).

C : Oui… (sanglots)

T : Parlez-moi d’un moment où votre mari ne vous a pas ignorée, quand vous lui parliez de vos problèmes personnels. (question d’exception)

C : … Je ne sais pas… Il m’ignore toujours.

T : Alors, quelle a été la dernière fois où vous vous êtes sentie un peu moins ignorée, ou avez eu une meilleure communication avec votre mari ? (questions d’exception)

C : La semaine dernière. Quand je parlais des effets secondaires de mes antidépresseurs.

T : Ouah ! Comment avez-vous réussi à faire ça ? (question d’adaptation)

C : J’ai parlé sincèrement à mon mari. Contrairement aux autres fois, où j’aurais fait une crise de colère, je ne l’ai pas grondé de n’avoir pas remarqué mon effet secondaire. Je lui ai juste dit que mon effet secondaire me gênait beaucoup. Alors il s’est montré très inquiet pour moi, et nous en avons discuté pendant près d’une demi-heure.

T : J’aimerais vous poser une question étrange… imaginez… vous dormez très bien cette nuit… un miracle se produit pendant que vous dormez… le miracle crée pour vous le moyen d’avoir une communication parfaite avec votre mari… cela se produit pendant votre sommeil… vous ne savez donc pas que c’est arrivé, mais quand vous vous réveillez, quelque chose est différent… alors, quels changements remarquez-vous à votre réveil ? (question du miracle)

C : Je serais très heureuse. Ma vie serait plus colorée. Mon mari et moi partirions en voyage avec notre fils, et tous les deux soutiendraient beaucoup mon humeur dépressive.

T : Sur une échelle de un à dix, où un représente la pire situation et dix correspond au miracle… comment évaluez-vous votre état actuel ? (question d’échelle)

C : Je dirais « 4 ».

T : Alors… que devriez-vous faire, et que seriez-vous prête à faire, pour que votre situation se rapproche un peu de dix, plus haut que 4, et que vous ayez plus envie de vivre ? (question d’adaptation)

C : Vous savez… mon mauvais caractère peut ruiner notre communication, mais ce n’est pas facile à contrôler quand je parle à mon mari. À la place, cependant, j’essaierais de développer une meilleure façon de communiquer avec lui. Par exemple, je peux écrire mes sentiments dans un journal et le lui montrer. Quand il comprendra ma situation, alors je me sentirai aimée de lui, et j’aurai plus de chances de mieux vivre (solution).

À la fin de cette conversation, l’humeur de la patiente était plus légère et elle se sentait capable de rentrer chez elle et de mieux faire face. Elle a déclaré ne plus se sentir suicidaire et, aux séances de suivi, elle a montré qu’elle avait développé de meilleurs schémas d’adaptation et n’avait plus d’idées suicidaires.

Gérer les défis culturels avec les techniques de la TBOS

Un principe clé de la TBOS est l’usage des compliments. La clientèle occidentale y est généralement assez à l’aise, mais la clientèle chinoise ou issue d’autres cultures orientales a parfois du mal avec l’idée de recevoir des compliments. Les personnes de culture chinoise considèrent l’humilité comme une vertu et ne sont pas habituées à recevoir des compliments directs (Yeung, 1999). Elles répondent souvent aux compliments par de l’autodépréciation. Une des personnes stagiaires a éprouvé une grande difficulté à accepter un compliment et l’a exploré avec nous en classe. De plus, elle a constaté qu’une partie de la clientèle répondait aussi avec embarras, semblaient mal à l’aise, voire rejetaient le compliment. Elle a commencé à se demander si c’était une technique efficace. Dans la discussion, le groupe a décidé qu’il importait de maintenir les maximes de modestie, ce qui signifie que la clientèle éviterait d’exprimer des sentiments de fierté ou de non-humilité. Le groupe a unanimement convenu qu’établir un lien solide avec la personne cliente était essentiel avant d’utiliser des compliments. Les mots et les tournures devaient être culturellement appropriés, et le groupe a conclu que la clientèle gagnerait à recevoir :

  • des compliments pour leurs efforts plutôt que pour leurs réussites ;
  • des compliments sur leurs qualités personnelles (par exemple la patience) plutôt que sur leurs accomplissements ; et
  • une reconnaissance de leurs efforts pour contribuer au bien des personnes avec qui elle travaillait. Cela met l’accent sur le soi-en-relation.

Si la personne cliente rejetait le compliment de façon répétée, le groupe estimait pouvoir alors l’aborder avec elle et parler des raisons de ce rejet.

Une autre technique courante de la TBOS est la question du miracle, qui a aussi posé des difficultés à une partie de la clientèle chinoise. Un miracle était quelque chose d’impossible et de non pragmatique, ou était associé à la religion. Selon Yeung (1999), il existe deux traductions chinoises du mot miracle, qi ji et shen ji. Comme les mots chinois sont des pictogrammes, il faut comprendre la composition des caractères du pictogramme et ce qu’ils connotent. Yeung note :

Le caractère qi est un idéogramme composé de deux mots, da, qui signifie « grand », et ke, qui signifie possible ou accepter. Dans la culture chinoise, qi signifie, d’après sa forme écrite, « quelque chose de grand est possible ». L’idée centrale de qi ji est donc que tout peut arriver à qui croit en sa possibilité.

Yeung, 1999, p. 7

En expliquant cela à un client, puis en donnant l’exemple de la mère du client qui avait cru possible que son fils devienne médecin, Yeung a pu aider son client à entrer dans la question du miracle.

Les stagiaires en psychologie du conseil estimaient que beaucoup de personnes chinoises de Hong Kong avaient un fort sentiment d’une puissance supérieure et croyaient au ciel (天), aux dieux, aux immortels (par exemple 黃大仙, 關公), qui peuvent les protéger. L’un de leurs exemples de question du miracle intégrait donc cette croyance :

Imaginez… vous vous rendez aujourd’hui au temple de Wong Tai Sin, et vous priez Wong Tai Sin. Votre effort impressionne l’immortel. La nuit, pendant que vous dormez, il retire tous vos ennuis et vos sources de stress par son pouvoir surnaturel. Le lendemain matin, en quoi votre monde est-il différent ; à quoi ressemble-t-il, et quels changements découvrez-vous ?

Question du miracle reformulée par les stagiaires

Un autre exemple, utilisé par les stagiaires auprès des jeunes, consistait à les amener à se voir à la réalisation de leur propre film, avec cette formulation de la question du miracle :

Je vais te confier une tâche. Dans cette tâche, c’est toi qui réalises un film et qui joues dedans. Le film s’appelle « Ton avenir ». Tu es responsable de tout ce qui concerne le film. Tu es libre de le monter et de décider de tout ce qui touche à la façon dont tu veux te voir dans ton film de l’avenir… Tu as maintenant fini de faire le film et tu es en train de le regarder. Que te vois-tu faire dans le film ? À quoi ressemble ce monde du film ?

Question du miracle pour les jeunes, formulée par les stagiaires

Conclusion

Les exemples qui précèdent du travail accompli en TBOS par un groupe inscrit en master de psychologie du conseil en un seul semestre à Hong Kong montrent combien ce groupe était conscient du contexte culturel, et soucieux de ne pas simplement plaquer une thérapie occidentale sur une clientèle chinoise. Il voit la valeur de la TBOS auprès de la population chinoise de Hong Kong, typiquement très pragmatique et désireuse d’atteindre des solutions rapidement. Les mêmes principes qu’il a appliqués, l’attention aux valeurs culturelles de sa clientèle, peuvent aussi s’appliquer dans l’Australie multiculturelle.

Ayant travaillé plusieurs années avec des populations autochtones, je constate que beaucoup de ce que le groupe chinois a accompli peut être adapté à ces populations. Les populations autochtones sont elles aussi très tournées vers autrui et vers la famille : c’est aussi une culture du soi-en-relation, et les relations familiales y sont cruciales. Nous pouvons nous appuyer sur cette valeur pour les aider à trouver les solutions et le futur préféré qu’elles souhaitent. Nous pouvons mobiliser et relier leur lien fort à la terre pour qu’elles créent leur futur préféré. De même pour les autres groupes multiculturels : l’attention à leur contexte, à leurs valeurs et à leurs arrière-plans philosophiques est cruciale pour un usage réussi de la TBOS en conseil psychologique.

Complexe Systémique : à retenir

Un article modeste par la taille, précieux par ce qu’il montre : une méthode ne voyage pas telle quelle. Le compliment, geste de base de la TBOS, se heurte à la vertu d’humilité et doit viser l’effort plutôt que la réussite, la qualité plutôt que l’accomplissement, la contribution aux autres plutôt que le mérite propre. Le miracle, suspect de magie ou de religion, se réécrit avec les croyances de la personne cliente, temple de Wong Tai Sin ou film dont on est le réalisateur. C’est exactement ce que Gale Miller appelle une approche interculturelle de la consultation, et ce que Hsu et Chen retrouvent à Taïwan du côté de la supervision. Trois cas, pas de mesure, une autrice qui parle aussi pour son pays d’origine : à lire comme un carnet de terrain, pas comme une preuve. Sur l’entretien avec une personne suicidaire, voir aussi l’idéation suicidaire chez les jeunes et le climat familial.

Références

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À propos de l’autrice

Ann Moir-Bussy est responsable de programme et maîtresse de conférences en conseil psychologique à l’University of the Sunshine Coast. Elle a une longue expérience de conseillère et de formatrice de conseillers ; elle a été enseignante et coordinatrice des programmes de conseil à l’University of New England de 2002 à mi-2007, puis maîtresse de conférences et professeure assistante à l’université Shue Yan de Hong Kong jusqu’à son retour en Australie en septembre 2012. Elle a aussi beaucoup enseigné en primaire et en secondaire dans diverses régions d’Australie, y compris dans des stations autochtones isolées du Territoire du Nord. Conseillère et superviseure agréée de niveau 4 auprès de l’Australian Counselling Association (ACA), dont elle est vice-présidente, elle a publié de nombreux articles évalués par les pairs sur la formation au conseil et d’autres sujets, présenté dans de nombreuses conférences nationales et internationales, et supervisé des étudiants de master en conseil et des doctorants. Courriel : AMoirbussy@usc.edu.au

Traduction française non officielle de Using SFBT in Hong Kong: Initiatives from Hong Kong Master of Counselling psychology students and implications for cultural contexts in Australia, par Ann Moir-Bussy, publié dans le Journal of Solution-Focused Brief Therapy, vol. 1, n° 1 (2014), article 5, p. 30-45, doi : 10.59874/001c.75124, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence, les neuf figures étant décrites et non reproduites. Ni l’autrice ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Using SFBT in Hong Kong: Initiatives from Hong Kong Master of Counselling psychology students and implications for cultural contexts in Australia », publié dans Journal of Solution-Focused Brief Therapy (2014) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Moir-Bussy, A. (2014). Utiliser la TBOS à Hong Kong : initiatives d’étudiants en master de psychologie du conseil et implications pour les contextes culturels en Australie (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/utiliser-la-tbos-a-hong-kong-initiatives-d-etudiants-en-master-de-psychologie-du-conseil-et-implications-pour-l-australie (Œuvre originale publiée en 2014 dans Journal of Solution-Focused Brief Therapy, vol. 1, n° 1 (2014), article 5, p. 30-45 ; republiée en 2014 par Journal of Solution-Focused Brief Therapy, https://journalsfp.org/article/75124)

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