Journal of Marital and Family Therapy · Thérapie familiale
Réunir plusieurs familles pour les aider ensemble : la thérapie multifamiliale est née en Europe et aux États-Unis. Une équipe de Shanghai et de Hong Kong fait le point sur 17 études menées en Chine continentale, à Hong Kong et à Singapour. Les symptômes s’améliorent plus nettement que les relations familiales, mais les familles, elles, parlent surtout de lien, de jeu et d’un regard qui change.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Thérapie multifamiliale en Asie de l’Est et du Sud-Est : revue systématique et méta-synthèse, par Ouyang Hanlai, Sufang Peng, Jue Chen et See Heng Yim, publié dans Journal of Marital and Family Therapy (Wiley) (2026), doi : 10.1111/jmft.70166, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau 1 est présenté sous forme de liste, regroupée par type d’étude ; les deux figures sont reprises dans leur version originale en anglais, avec des légendes traduites ; les documents complémentaires en ligne (protocole, stratégie de recherche, tableaux S1 à S5) ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Beaucoup d’activités d’apparence « relationnelle » restaient ainsi explicitement ancrées dans le contexte de la maladie.
Ouyang Hanlai, Sufang Peng, Jue Chen et See Heng Yim
Résumé
Cette revue systématique a examiné les caractéristiques, les adaptations culturelles et l’efficacité de la thérapie multifamiliale dans des études menées en Chine continentale, à Hong Kong et à Singapour. Dix-huit rapports issus de 17 études ont été inclus, avec des devis quantitatifs, qualitatifs et mixtes. Les résultats quantitatifs montrent que la thérapie multifamiliale est plus régulièrement associée à des améliorations des résultats au niveau individuel (sévérité des symptômes, détresse psychologique, fonctionnement, par exemple), tandis que ses effets sur les résultats au niveau du système familial sont plus contrastés. La synthèse thématique des études qualitatives et mixtes a dégagé quatre thèmes liés entre eux : la thérapie multifamiliale crée un espace non saturé par le problème où les familles se rassemblent ; elle les engage dans des activités ludiques ; elle favorise les liens entre les familles et au sein de chacune ; et elle soutient la compréhension relationnelle. Dans l’ensemble, les bénéfices au niveau individuel sont plus facilement saisis par les mesures quantitatives, tandis que les changements relationnels et de processus y sont peut-être moins bien reflétés. Les recherches futures devraient renforcer la rigueur méthodologique et étendre la thérapie multifamiliale à d’autres problèmes présentés, comme les troubles des conduites alimentaires, afin de mieux évaluer ses mécanismes et ses effets au niveau du système familial.
Mots-clés : Asie de l’Est et du Sud-Est, thérapie familiale, thérapie multifamiliale, thérapie familiale multiple, revue systématique, thérapie systémique
La thérapie familiale multiple, ou thérapie multifamiliale, est une approche thérapeutique appliquée à divers problèmes familiaux et à des troubles de santé mentale individuels. Utilisée d’abord comme traitement pour les familles touchées par la schizophrénie (Laqueur et al. 1969), elle a depuis été adoptée pour toute une gamme de troubles, dont le TDAH (Ma et al. 2022), les troubles des conduites (Pérez‐García et al. 2020), l’anorexie mentale (AM, Yim et White 2024) et la boulimie (BN, Stewart et al. 2021). Dans le modèle de la thérapie multifamiliale, plusieurs familles se réunissent pour travailler avec une équipe clinique à travers diverses activités thérapeutiques, dans différents formats (activité en grand groupe, groupes séparés de jeunes, de parents et de frères et sœurs), afin de favoriser l’apprentissage et de mobiliser au maximum les ressources des familles. Le processus de changement en thérapie multifamiliale repose sur plusieurs mécanismes hypothétiques, liés entre eux, qui contribuent aux résultats thérapeutiques. Un aspect important est la dynamique de groupe créée en réunissant plusieurs familles confrontées à des difficultés semblables. Les personnes participantes éprouvent souvent un sentiment de lien et d’identification avec d’autres qui vivent des situations comparables, ce qui aide à réduire l’isolement social et nourrit l’espoir (Baudinet et al. 2026). L’intensité du traitement et l’échange de nouvelles connaissances au sein du groupe sont aussi décrits comme influents dans le processus de changement, ce qu’une des personnes à l’origine du modèle a appelé l’effet « serre chaude » (hothouse) (Asen et al. 2024).
Plusieurs revues systématiques ont cherché à comprendre l’effet de la thérapie multifamiliale. Une revue systématique et méta-analyse de 15 études nord-américaines et européennes portant sur la thérapie multifamiliale pour les troubles des conduites alimentaires à tous les âges de la vie a trouvé des bénéfices significatifs sur la prise de poids, la réduction des symptômes du trouble alimentaire et des symptômes de détresse des personnes malades et des parents, ainsi qu’une réduction des expériences négatives des parents liées à l’aide apportée à leur proche (Zinser et al. 2022). Ces améliorations n’étaient toutefois significatives que dans les comparaisons avant-après et disparaissaient lorsque la thérapie multifamiliale était comparée à d’autres interventions. Le fonctionnement familial, les aspects positifs du rôle d’aidant et l’anxiété parentale ne s’amélioraient pas (Zinser et al. 2022). Une revue systématique et méta-analyse plus large de la thérapie multifamiliale, tous troubles de santé mentale confondus, a inclus 31 études contrôlées, pour la plupart menées aux États-Unis et en Europe de l’Ouest (van Es et al. 2023). Selon cette revue, le degré élevé d’hétérogénéité rendait difficile toute conclusion sur l’efficacité de la thérapie multifamiliale. La thérapie multifamiliale y était associée à une amélioration des symptômes de la schizophrénie, mais peu de données étayaient son effet sur les troubles de l’humeur et des conduites, et elle était associée à de légères améliorations du fonctionnement familial. Aucune étude sur les troubles des conduites alimentaires n’avait été incluse, faute d’études contrôlées ou comportant des mesures du fonctionnement familial. L’équipe de van Es soutenait que la valeur ajoutée de la thérapie multifamiliale comme traitement d’appoint n’était pas bien définie, et que les recherches futures devaient examiner ses mécanismes d’action potentiels.
Les interventions familiales s’inscrivent dans un contexte, et la culture y joue un rôle important. Beaucoup d’interventions de thérapie multifamiliale ont été menées en Europe et aux États-Unis (van Es et al. 2023), ce qui peut ne pas être directement transposable aux cultures asiatiques. Il existe des facteurs culturels propres aux cultures d’Asie de l’Est et du Sud-Est, où coexistent valeurs collectivistes et individualistes, et où les familles accordent la priorité à l’harmonie familiale et au fait de « sauver la face » (la face, c’est-à-dire la réputation sociale et le fait d’éviter l’embarras ou la perte de respect) ; ces facteurs peuvent influer sur la demande d’aide et sur les interactions familiales dans les interventions psychologiques (Yim et Schmidt 2024). Une étude singapourienne relevait par exemple que « l’harmonie » est à la fois une attente centrale qui pousse les familles chinoises à demander une thérapie et une variable de processus qui peut freiner le progrès thérapeutique en décourageant la discussion ouverte des conflits et des différences. Les thérapeutes doivent donc maintenir assez d’harmonie pour garantir la sécurité et l’engagement, tout en introduisant au moment opportun une « discorde gérable » pour faciliter le changement (Yim et Schmidt 2024). La littérature sur la thérapie familiale en Chine, au Japon et en Corée du Sud suggère que les normes liées à l’harmonie peuvent décourager le conflit ouvert et limiter la discussion franche des difficultés familiales et des émotions négatives (Tseng et al. 2020). Les attentes envers le rôle de thérapeute sont elles aussi culturellement situées : dans les familles chinoises de Hong Kong, on peut voir les thérapeutes davantage comme des spécialistes faisant autorité et comme des sources de psychoéducation (Ma 2000). En outre, les thérapeutes doivent reconnaître et respecter les figures d’autorité clés qui détiennent souvent le pouvoir de décision ; si l’on remet en cause trop tôt les figures d’autorité de la famille, avant qu’une alliance thérapeutique solide soit établie, cela peut entraîner une « perte de face » et compromettre l’engagement dans la thérapie multifamiliale (Sim et al. 2017). Les personnes participantes s’attendaient souvent à ce que les thérapeutes adoptent un rôle actif et expert plutôt qu’un rôle de facilitation (Loh et al. 2021 ; Kuge et al. 2024 ; Ma et al. 2017).
Dans le contexte chinois de Hong Kong, Ma et al. (2017) relevaient que les parents d’enfants ayant un TDAH sont censés jouer un rôle actif dans l’éducation de leurs enfants, et vivent souvent le blâme et la honte face à ce qui est perçu comme la mauvaise conduite de leurs enfants. Beaucoup hésitent à dévoiler des questions familiales sensibles à d’autres, y compris aux équipes soignantes : les familles répugnent à « laver leur linge sale en public » (Loh et al. 2021). Bien que la culture soit collectiviste, aborder des problèmes individuels à travers le prisme de la famille ne va pas de soi (Lee et Mock 2005 ; Loh et al. 2021). Dans une étude hongkongaise, les exercices de pleine conscience étaient jugés culturellement familiers, en raison de l’influence du bouddhisme et du taoïsme (Ma et al. 2017). D’autres adaptations structurelles consistent à programmer les séances le week-end plutôt que sur des jours consécutifs en semaine, pour tenir compte des parents qui travaillent, et en particulier de la participation des pères, souvent présumés principaux soutiens financiers du foyer (Lai et al. 2021). Le rôle traditionnel de la mère au foyer est également fort au Japon (Kuge et al. 2024).
À notre connaissance, aucune revue n’a fait la synthèse de l’usage de la thérapie multifamiliale en Asie de l’Est et du Sud-Est. La présente revue systématique et méta-synthèse visait à résumer et à synthétiser l’usage et les effets de la thérapie multifamiliale en Asie de l’Est et du Sud-Est, et à comprendre l’expérience des familles qui en ont bénéficié, en cherchant en particulier à savoir si certains aspects culturels influent sur ses effets. À la différence d’une revue antérieure (van Es et al. 2023), l’étude visait à inclure les études non contrôlées, les études qualitatives et mixtes aussi bien que les études contrôlées, afin d’assurer une compréhension large. Nos questions de revue étaient plus précisément les suivantes :
Quelles étaient les caractéristiques de la thérapie multifamiliale en Asie de l’Est et du Sud-Est, y compris les troubles présentés, les cadres de soins et les adaptations culturelles ?
Quels étaient les résultats de ces interventions en matière de santé mentale et de fonctionnement familial ?
Quelle a été l’expérience des personnes et des familles qui ont participé à une thérapie multifamiliale ?
Un protocole de revue a été élaboré par l’équipe de recherche avant le début de la revue ; il est disponible dans les informations complémentaires. Selon l’outil PICO (Population, Intervention, Comparaison, Outcome, c’est-à-dire résultat), la revue retenait la thérapie multifamiliale comme intervention pour tout trouble de santé mentale. Les groupes de comparaison comprenaient les soins habituels, des groupes témoins ou des devis non contrôlés, avec pour résultats mesurés les symptômes de santé mentale et/ou les relations familiales.
Une recherche dans les bases de données a d’abord été menée en avril 2025. Quatre bases ont été interrogées (APA PsycInfo, Ovid Medline, Global Health et Embase), ainsi qu’une base chinoise (China National Knowledge Infrastructure, CNKI) pour les articles disponibles uniquement en chinois. Les termes de recherche comprenaient, pour chaque base, des variantes de « thérapie multifamiliale » et les régions d’Asie de l’Est et du Sud-Est (voir les informations complémentaires). Une recherche manuelle a ensuite été menée (a) en examinant les listes de références des études incluses et des revues systématiques pertinentes et (b) en consultant des spécialistes de la thérapie multifamiliale (Ma, J., communication personnelle, 12 septembre 2025). Ce processus a permis de repérer trois références supplémentaires, ajoutées aux résultats de la recherche dans les bases avant le retrait des doublons.
Toutes les références repérées (184 issues des bases de données et 3 de la recherche manuelle) ont été importées dans EndNote. Les doublons ont été retirés au moyen de la fonction de détection automatique d’EndNote, puis par une vérification manuelle fondée sur les noms d’auteurs, les titres et les années de publication. Au total, 45 doublons ont été retirés, laissant 142 références pour le tri sur titre et résumé. La consultation de spécialistes visait à repérer d’éventuelles études publiées ou non publiées, connues des spécialistes du domaine, qui n’auraient pas été saisies par la recherche dans les bases.
Les études étaient incluses s’il s’agissait d’articles évalués par les pairs comportant des mesures de résultat avant-après (devis contrôlés, non contrôlés et mixtes compris) ou d’études qualitatives ; si elles portaient sur la thérapie multifamiliale ; si elles avaient été menées en Asie de l’Est et du Sud-Est au sens de l’Encyclopædia Britannica (https://www.britannica.com/) ; et si elles avaient été publiées en anglais ou en chinois. Les thèses, résumés de communications et chapitres d’ouvrages étaient exclus. En outre, les études de cas descriptives étaient exclues, car elles ne comportent généralement pas de mesure avant intervention et ne satisfaisaient donc pas notre exigence de mesures de résultat avant-après ni d’un processus d’analyse clairement décrit. Les titres et résumés des articles ont été examinés de façon indépendante par deux membres de l’équipe (OYHL et SHY). À l’issue de ce tri, les articles complets ont été récupérés et évalués de façon indépendante. Les divergences ont été résolues par la discussion au sein de l’équipe de recherche. Trois études de cas ont été exclues. Deux autres articles ont également été exclus lors de l’examen du texte intégral : un article de protocole qui ne faisait que présenter un essai de thérapie multifamiliale prévu, sans données de résultat, et un article sur le TDAH et la maltraitance (Ma et al. 2016) qui ne présentait pas de résultats évaluatifs d’une intervention multifamiliale.
Les données suivantes ont été extraites : type d’étude, trouble traité, région, cadre de traitement, éléments culturels, cadre théorique, composantes du groupe, mesures de résultat et efficacité. Pour les études qualitatives ou mixtes, les thèmes et les citations des personnes participantes ont été extraits. L’extraction des données a été réalisée par une personne de l’équipe, O.Y.H.L., et vérifiée de façon indépendante par une seconde, S.H.Y. Les divergences ont été résolues par la discussion.
En raison de l’hétérogénéité des études, l’outil d’évaluation des méthodes mixtes (MMAT) (Hong et al. 2018) a été utilisé. Pour évaluer la qualité méthodologique et le risque de biais des études incluses, la personne qui signe en premier a évalué les études à l’aide du MMAT (Mixed Methods Appraisal Tool) (Hong et al. 2018). Cette personne a mené l’évaluation, et 10 % des études incluses ont aussi été cotées par la personne chargée de la correspondance. Le but était d’enrichir l’analyse plutôt que d’établir la fidélité interjuges. Pour chaque article, nous avons d’abord appliqué les deux questions de tri du MMAT pour confirmer qu’il s’agissait bien d’une étude empirique, puis choisi la catégorie d’étude appropriée (qualitative, quantitative randomisée, quantitative non randomisée, quantitative descriptive ou méthodes mixtes) d’après les méthodes rapportées. Dans la catégorie retenue, nous avons coté les cinq critères méthodologiques par « Oui », « Non » ou « Impossible à dire », cette dernière cotation signalant un compte rendu insuffisant ou peu clair. L’équipe qui a conçu l’outil ne préconise pas d’attribuer un score aux études ; l’évaluation a plutôt servi à compléter l’interprétation des résultats. Aucune étude n’était exclue sur la base de cette évaluation.
En raison d’une hétérogénéité clinique et méthodologique importante entre les études incluses, aucune méta-analyse n’a été menée. Plus précisément, les études variaient considérablement quant aux populations cliniques (TDAH, dépression, psychose, par exemple), aux formats d’intervention (durée, fréquence et nombre des séances, par exemple), aux adaptations culturelles et aux mesures de résultat (différentes échelles validées évaluant des construits distincts, par exemple). Combiner des tailles d’effet malgré une telle hétérogénéité aurait produit des résultats statistiquement discutables et cliniquement ininterprétables ; une synthèse narrative (Popay et al. 2006) a donc été adoptée pour les études quantitatives et mixtes. Ce processus comprenait la mise en tableaux et le regroupement, l’évaluation de la force des données et le repérage des principaux résultats.
Pour les études qualitatives et les volets qualitatifs des études mixtes, la méthode de synthèse thématique a été choisie parce qu’elle convient à la compréhension des points de vue et des expériences des personnes au sujet de la thérapie multifamiliale, en vue d’éclairer la pratique clinique (Thomas et Harden 2008). À la différence de la méta-analyse, la méta-synthèse qualitative met l’accent sur les explications interprétatives. La personne chargée de la correspondance, S.H.Y., a conduit la synthèse en plusieurs étapes, en extrayant d’abord les textes (citations des personnes participantes, thèmes et sous-thèmes des études incluses), puis en les codant ligne par ligne. Le processus de codage et d’élaboration des thèmes était principalement inductif, laissant les thèmes émerger de bas en haut plutôt que d’être imposés par un cadre prédéfini. Les codes et thèmes préliminaires étaient examinés lors de réunions d’équipe régulières, où les interprétations possibles et les ambiguïtés étaient discutées et affinées jusqu’au consensus entre les membres de l’équipe. Au besoin, une troisième personne de l’équipe était consultée pour soutenir l’interprétation des résultats. Les codes semblables ont ensuite été regroupés et organisés en thèmes descriptifs. L’étape suivante a consisté à dégager des thèmes analytiques à partir des thèmes descriptifs, ce qui a permis d’élaborer de nouvelles interprétations. Conformément aux méthodes établies de synthèse qualitative, les citations présentées dans la section des résultats sont tirées directement des études originales incluses dans cette revue et ont été choisies pour leur pertinence au regard des thèmes dégagés, afin d’illustrer les résultats de la synthèse (Barnett‐Page et Thomas 2009). Ces étapes étaient itératives plutôt que linéaires, et des discussions régulières ont eu lieu au sein de l’équipe de recherche tout au long du processus. Cette approche permet de synthétiser systématiquement les résultats de la recherche qualitative tout en gardant un lien transparent avec les données originales.
ChatGPT a été utilisé pour améliorer la grammaire et la langue, l’anglais n’étant pas la langue maternelle des membres de l’équipe.
Chaque membre de l’équipe a l’expérience de la thérapie multifamiliale dans le contexte des troubles des conduites alimentaires. SHY exerce la psychologie clinique et la recherche, OYHL est en études de deuxième cycle et en formation de psychothérapeute, SFP et JC sont psychiatres titulaires (consultant psychiatrists). Toute l’équipe a suivi un atelier de formation intensive de trois jours sur la thérapie multifamiliale en contexte asiatique.
L’expérience clinique de l’équipe en thérapie multifamiliale pour les troubles des conduites alimentaires a éclairé la conception et la conduite de cette revue, en particulier la formulation des questions de recherche et l’interprétation des résultats. Bien qu’aucune étude sur les troubles des conduites alimentaires n’ait satisfait aux critères d’inclusion, cette familiarité a offert une grille de lecture pour comprendre comment la thérapie multifamiliale est mise en œuvre selon les troubles. L’équipe reconnaît que cette expérience clinique préalable a pu susciter certaines attentes quant à l’efficacité de la thérapie multifamiliale ; cette revue a néanmoins suivi une méthodologie systématique, avec des critères d’inclusion définis à l’avance, pour limiter les biais.
En outre, les membres de l’équipe sont situés dans des contextes culturels où l’harmonie familiale et l’interdépendance relationnelle sont très valorisées. Cela a pu influer sur l’interprétation de thèmes comme l’unité familiale, la communication et la compréhension relationnelle.
Au total, 187 références ont été repérées : 184 issues de la recherche dans les bases de données (Embase, APA PsycInfo, Ovid MEDLINE, Global Health et CNKI) et 3 de la recherche manuelle. Après le retrait de 45 doublons, 142 références restaient pour le tri sur titre et résumé, dont 118 ont été exclues faute de satisfaire aux critères d’inclusion. Le texte intégral de 24 rapports a été récupéré et évalué. Six rapports ont été exclus à ce stade : 3 études de cas sans mesures de résultat, 1 article de protocole, 1 thèse et 1 étude ne présentant pas de données de résultat évaluatives sur la thérapie multifamiliale, ce qui laissait 18 rapports issus de 17 études. Le processus de sélection des études est résumé dans le diagramme de flux PRISMA (figure 1).

Les cotations critère par critère du MMAT pour chaque étude sont présentées dans les informations complémentaires S1 (tableaux S1 et S2), afin de donner une image détaillée de la qualité des études. L’évaluation de la qualité a servi à décrire les forces et les limites méthodologiques des études incluses et à mettre les résultats en contexte. Aucune étude n’a été exclue sur la base des scores de qualité, et l’évaluation n’a attribué aucun poids différentiel aux études dans la synthèse narrative, conformément à l’objectif de donner une vue d’ensemble complète des données disponibles.
Dans l’ensemble, la qualité méthodologique des études incluses était globalement moyenne, avec des forces plus nettes quant à la pertinence des mesures et à la délivrance de l’intervention. Les ECR satisfaisaient à la plupart des critères du MMAT ; plusieurs détails méthodologiques essentiels (procédures de randomisation, comparabilité initiale des groupes, évaluation en aveugle, par exemple) ont toutefois été cotés « Impossible à dire », ce qui traduit un compte rendu insuffisant et réduit la certitude quant au risque de biais. Les problèmes de qualité étaient plus marqués dans les études quantitatives non randomisées, où la représentativité des personnes participantes (MMAT 3.1) était souvent cotée « Non/Impossible à dire », ce qui indique un biais de sélection possible et une généralisabilité limitée. Les données de résultat incomplètes (MMAT 3.3) et les abandons étaient également fréquents, en particulier dans les devis avant-après, ce qui peut biaiser les estimations d’effet. Si certaines études prenaient en compte les facteurs de confusion (MMAT 3.4), les déséquilibres initiaux n’étaient pas contrôlés de façon systématique. Les études mixtes présentaient en général une justification et une intégration solides, mais certaines traitaient peu les divergences entre résultats qualitatifs et quantitatifs. Les études qualitatives étaient pour la plupart robustes, même si plusieurs ont été cotées « Impossible à dire » pour la transparence de la manière dont les résultats et les interprétations étaient tirés des données.
Le tableau 1 résume les principales caractéristiques des études incluses : population et cadre, trouble ciblé, composantes culturelles, cadre théorique et conception du groupe de thérapie multifamiliale. Parmi les 18 articles inclus, publiés entre 2004 et 2025, on compte neuf études quantitatives (dont deux ECR), trois études mixtes et six études qualitatives. Les études incluses ont été menées en Chine continentale (n = 4), à Hong Kong (n = 12) et à Singapour (n = 2).
Tableau 1 — Synthèse des caractéristiques des interventions
Essais contrôlés randomisés
Études contrôlées non randomisées
Études de faisabilité non contrôlées
Études qualitatives
TMF : thérapie multifamiliale (MFT dans l’original).
Les personnes participantes ont été recrutées dans des services de santé mentale pour enfants comme pour adultes : 11 études portaient sur des enfants et des adolescents, et sept sur des populations adultes. Quatorze des 18 études ont été menées en ambulatoire ou en milieu communautaire, et quatre en hospitalisation. Parmi les études quantitatives, quatre reposaient principalement sur des résultats rapportés par les parents, six n’évaluaient que les résultats des personnes suivies, et deux combinaient des mesures rapportées par les parents et par les personnes suivies.
Trois grandes catégories de conception de la thérapie multifamiliale ont été identifiées. La première regroupait des programmes multifamiliaux intensifs et de courte durée, développés principalement à Hong Kong (Lo et al. 2024 ; Lo et Ma 2023, 2024 ; Ma et al. 2018, 2019, 2022, 2023), caractérisés par une séance psychoéducative initiale suivie d’activités multifamiliales concentrées et de rencontres de consolidation, généralement en petits groupes de familles. La deuxième catégorie comprenait des formats plus brefs, hebdomadaires, bimensuels (Chien et Chan 2004 ; Wang et al. 2016) ou en cycles intensifs courts (Liu et al. 2015), des modèles en quatre séances aux programmes de groupe à durée limitée. La troisième catégorie réunissait des interventions couvrant à la fois une phase hospitalière et une phase ambulatoire, combinant un travail de groupe intensif à l’hôpital et une consolidation ultérieure en ambulatoire (Zhuo et al. 2020 ; Zhang et al. 2022).
Les mesures de résultat suivantes ont été relevées dans les études incluses. La liste complète des échelles utilisées, avec leurs références détaillées, figure dans les informations complémentaires S1 (tableau S3).
La sévérité des symptômes et le fonctionnement individuel étaient couramment évalués au moyen de mesures standardisées cotées par l’équipe clinique, par les parents ou par autoévaluation, avec de fortes variations selon les groupes diagnostiques (voir les informations complémentaires S1, tableau S4). Par exemple, les études portant sur la schizophrénie et le trouble bipolaire utilisaient souvent des échelles de symptômes et de fonctionnement comme la Positive and Negative Syndrome Scale (PANSS) et la Personal and Social Performance Scale (PSP), tandis que les études sur le TDAH reposaient surtout sur des mesures cotées par les parents, en particulier la Strengths and Weaknesses of ADHD Symptoms and Normal Behavior Scale (SWAN).
Les résultats au niveau de la famille et des parents étaient couramment évalués par des autoquestionnaires portant sur le fonctionnement familial, les relations parent-enfant, le stress parental et le sentiment d’efficacité parentale (voir les informations complémentaires S1, tableau S4). Parmi les instruments fréquemment utilisés figuraient des mesures du fonctionnement familial et des interactions parent-enfant (General Family Functioning Scale [GFFS], Parent–Child Relationship Scale [PCR], Parent–Child Communication Scale [PCCS], par exemple), ainsi que des indicateurs rapportés par les parents sur la détresse psychologique et les ressources dans le rôle d’aidant (Parenting Stress Index [PSI], Parenting Sense of Competence Scale [PSOC], par exemple).
Deux ECR ont évalué la thérapie multifamiliale pour la schizophrénie et rapportaient de façon concordante des résultats supérieurs à ceux des conditions témoins. Les personnes ayant reçu la thérapie multifamiliale présentaient de plus grandes améliorations du fonctionnement social (Personal and Social Performance Scale [PSP]), des symptômes dépressifs et anxieux (Self‐Rating Depression Scale [SDS]/Self‐Rating Anxiety Scale [SAS]) et de la satisfaction de vie (Life Satisfaction Index A [LSIA]), certains effets se maintenant au suivi à trois mois (Chien et Chan 2004 ; Zhuo et al. 2020). Aucun des deux ECR ne retenait de résultats au niveau du système familial comme variables de résultat.
Huit études contrôlées non randomisées ont examiné la thérapie multifamiliale dans la schizophrénie de l’enfant, le trouble bipolaire, le TDAH, l’addiction à internet à l’adolescence et la dépression parentale. Dans l’ensemble, les résultats suggéraient des bénéfices sur les symptômes et le fonctionnement individuel. Par rapport aux conditions témoins, la thérapie multifamiliale était associée à une plus forte réduction des symptômes psychiatriques (Positive and Negative Syndrome Scale [PANSS]) et à une amélioration du fonctionnement social (Personal and Social Performance Scale [PSP]) chez les enfants atteints de schizophrénie (Wang et al. 2016), à une meilleure observance médicamenteuse et à un meilleur fonctionnement social chez les personnes atteintes de trouble bipolaire (Zhang et al. 2022), et à une plus forte réduction de la sévérité de l’addiction à internet, avec des effets maintenus au suivi (Liu et al. 2015). Dans les programmes pour le TDAH, les études rapportaient une plus forte réduction de la sévérité des symptômes du TDAH cotée par les parents (Strengths and Weaknesses of ADHD Symptoms and Normal Behaviour Scale [SWAN], par exemple ; tailles d’effet de 0,56 à 0,69 ; Lai et al. 2021 ; Ma et al. 2018). Les résultats portant sur la famille et les parents étaient moins constants. Dans les études hongkongaises sur le TDAH, aucune différence significative entre groupes n’a été observée pour le stress parental, le sentiment d’efficacité parentale ou la qualité de la relation parent-enfant (Lai et al. 2021 ; Ma et al. 2018, 2019). Seule exception, une réduction faible mais durable de la détresse psychologique des parents (Brief Symptom Inventory [BSI]) chez des parents souffrant de dépression ayant reçu la thérapie multifamiliale (Ma et al. 2023). En outre, une étude portant sur l’addiction à internet à l’adolescence rapportait des améliorations significatives de la proximité et de la communication parent-enfant, avec des effets maintenus au suivi à trois mois (Liu et al. 2015).
Deux études de faisabilité non contrôlées ont évalué des programmes de thérapie multifamiliale pour le trouble du spectre de l’autisme de haut niveau (TSA-HN) et le premier épisode psychotique (PEP). Dans le programme TSA-HN, la thérapie multifamiliale en ligne était associée à une amélioration des relations familiales cotées par les personnes participantes (d = 0,68 ; Lo et al. 2024). Le programme PEP a été évalué principalement sous l’angle de la faisabilité et de l’acceptabilité plutôt que de l’efficacité, avec des taux de satisfaction élevés chez les personnes suivies et leurs proches (Loh et al. 2023).
Dans l’ensemble, les données issues des ECR et des études contrôlées non randomisées suggèrent que la thérapie multifamiliale est associée à une amélioration des symptômes et du fonctionnement individuel dans plusieurs populations cliniques. En revanche, les données concernant la parentalité, les relations parent-enfant et, plus largement, les résultats au niveau familial restent contrastées et moins concluantes. Les résultats des études de faisabilité non contrôlées apportent un soutien préliminaire à l’acceptabilité et aux bénéfices potentiels, mais peu de données sur l’efficacité.
Dix études qualitatives ou mixtes ont exploré l’expérience de la thérapie multifamiliale. La plupart ont été menées à Hong Kong, et une dans le contexte singapourien. Quant aux troubles, les études portaient principalement sur le TDAH, l’autisme et la psychose. Les informations complémentaires S1 (tableau S5) présentent les thèmes et sous-thèmes des études.
La synthèse thématique de l’ensemble des études qualitatives et mixtes a dégagé quatre thèmes, présentés dans une carte thématique à plusieurs niveaux (figure 2). La thérapie multifamiliale offre (1) un contexte non saturé par le problème où les familles se rassemblent, (2) en s’engageant dans des activités ludiques, où (3) les liens et l’unité entre les familles et au sein de chacune fournissent une base pour que (4) la compréhension relationnelle se développe. Tous ces résultats s’inscrivent dans les contextes culturels représentés dans cette revue, où les personnes participantes étaient majoritairement d’origine chinoise, et où l’honneur familial et le besoin de « sauver la face » aggravent encore la stigmatisation des problèmes de santé mentale et des conflits familiaux. Parce que le cadre offre une sécurité psychologique, le besoin de « sauver la face » est atténué par l’expérience partagée entre les familles. À titre d’illustration, une personne participante disait : « Je n’aurais pas peur de la stigmatisation dans ce groupe. Nous pourrions donc partager ouvertement, les bons comme les mauvais côtés de notre famille » (Lo et Ma 2024). Une autre exprimait une idée semblable : « Personne ne vous regarderait de haut, parce que nous avons des histoires familiales semblables et les mêmes problèmes relationnels avec nos parents » (Wong et al. 2019).

La thérapie multifamiliale offre un contexte sûr et singulier où les familles peuvent exprimer leurs sentiments et regarder leurs enfants et le problème sous un angle nouveau. Par exemple, l’une des thérapies multifamiliales se déroulait en pleine nature, les familles devant monter des tentes et camper (Lo et Ma 2024). La thérapie multifamiliale offrait une pause essentielle dans une routine quotidienne saturée par le problème. Un parent disait : « On serait restés à la maison toute la journée si on n’était pas venus au groupe… Soit je l’aurais poussé à travailler, soit il se serait enfermé dans sa chambre à jouer à des jeux vidéo… Venir ici nous a donné une pause » (Lo et Ma 2023). Beaucoup de familles ont raconté qu’elles avaient pu parler de questions et de sujets qu’elles n’abordaient pas dans les interactions ordinaires, par exemple la manière dont les parents avaient été élevés (Wong et al. 2019) ou leurs pensées intimes (Loh et al. 2021). Une personne participante disait : « C’est bizarre de parler de difficultés dans les relations sociales à la maison… mais ici, je me sens en sécurité pour le dire » (Lo et al. 2024).
L’inclusion d’activités détendues, agréables et créatives, en particulier celles qui se déroulaient en plein air pour les jeunes ayant un TDAH, apportait un soulagement nécessaire face aux tensions quotidiennes et facilitait les interactions positives. Les enfants décrivaient le groupe comme un « endroit douillet et confortable » (Ma et al. 2019) et trouvaient la plupart des activités amusantes, intéressantes et créatives. Les activités de plein air étaient particulièrement bien accueillies, offrant liberté et autonomie dans un espace ouvert (Wong et al. 2019). Dans une étude par photo-élicitation, une mère notait que le camping était « comme un voyage en famille… rien à craindre pendant le voyage… cela nous a permis de nous détendre ensemble » (Lo et Ma 2023). Les enfants chérissaient les interactions familiales positives pendant les activités ludiques en famille ; dans un témoignage d’enfant, c’est le sourire du père, en jouant au ballon ensemble après le déjeuner, qui avait marqué, parce que « papa sourit rarement à la maison et ne joue presque jamais au ballon avec moi » (Ma et al. 2019).
Un thème clé commun aux études était le lien, à la fois au sein des unités familiales et entre elles, qui apportait soutien entre pairs, amitiés, solidarité et repères pratiques entre familles confrontées à des difficultés semblables. La thérapie multifamiliale était vue comme un espace communautaire de soutien, où partager et où les familles se retrouvaient, alors qu’elles ne partageaient pas leurs sentiments et leurs pensées avec leurs amis et leur famille (Lo et Ma 2024). Les familles n’avaient plus le sentiment d’affronter seules les troubles ou les problèmes : « Le partage d’expérience des autres familles me fait comprendre que je ne suis pas la seule personne dans cette situation » (Loh et al. 2021). Au sein des unités familiales, les personnes participantes employaient beaucoup le « nous ». Certaines ont pris l’image des oiseaux migrateurs : « Les oiseaux migrateurs vivent en groupe. Ils font tout ensemble, et ils migrent ensemble. Comme nous dans le groupe : on joue ensemble et on fait d’autres choses ensemble » (Ma et al. 2019). Les personnes participantes remarquaient le lien et la force de la famille au-delà des difficultés rencontrées : « Bien sûr, la difficulté est toujours là… mais je me suis rendu compte que ma famille a en fait une forte cohésion… nous faisons les choses ensemble, et avec engagement » (Lo et Ma 2023).
La thérapie multifamiliale favorise un changement de regard chez les parents, en les aidant à s’éloigner des récits centrés sur le problème pour reconnaître les forces et les qualités propres de leurs enfants. Cette compréhension accrue a sans doute facilité une meilleure communication et une plus grande cohésion familiale. Un parent notait par exemple : « Quand on jouait librement sur la pelouse… je me sentais libre de tout souci et je prêtais davantage attention à ses forces au lieu de pinailler sur ses problèmes… c’est un changement spectaculaire pour moi » (Lo et Ma 2023). Une mère s’est rendu compte que sa fille avait des forces qu’elle n’avait jamais remarquées à la maison, et qu’elle pouvait désormais mieux accepter et tolérer ses faiblesses : « Je la gronde moins maintenant » (Ma et al. 2011). La compréhension est relationnelle et réciproque, car les enfants découvraient aussi comment leurs parents avaient été élevés et comprenaient mieux leur manière d’exprimer leur attention (Wong et al. 2019). Les enfants rapportaient que leurs parents les écoutaient et les comprenaient davantage (Ma et al. 2019).
Dans la culture d’Asie de l’Est et du Sud-Est, les conceptions éducatives sont façonnées par l’interdépendance (Chao et Tseng 2002). En participant à la thérapie multifamiliale, les parents ont commencé à s’attacher à favoriser l’indépendance de leurs enfants. Remarquant chez son enfant des forces qu’elle n’avait pas vues auparavant, une mère confiait : « Il (son fils) est mûr et indépendant, il a ses propres idées… Je ne devrais plus le traiter comme un bébé » (Lo et al. 2024). La thérapie multifamiliale offrait un contexte d’apprentissage par observation, que certaines personnes participantes appelaient « effet miroir » : « Le groupe est comme un miroir. Je peux mieux me comprendre en regardant d’autres qui me ressemblent. Je peux aussi observer comment les autres membres du groupe s’entendent avec leurs parents. J’en ai appris quelque chose » (Lo et al. 2024).
Cette revue a fait la synthèse des données sur les caractéristiques, les adaptations culturelles et l’efficacité de la thérapie multifamiliale dans des études menées en Chine continentale, à Hong Kong et à Singapour, en intégrant résultats quantitatifs et qualitatifs. Dans l’ensemble, les résultats quantitatifs montrent que la thérapie multifamiliale est plus régulièrement associée à des améliorations au niveau individuel, tandis que les résultats relationnels et familiaux sont moins constants, en l’état actuel des données.
À notre connaissance, il s’agit de la première revue systématique à examiner spécifiquement les effets de la thérapie multifamiliale en Asie de l’Est et du Sud-Est, à partir d’études menées en Chine continentale, à Hong Kong et à Singapour. Dans l’ensemble, les données étaient plus solides pour les résultats au niveau individuel (sévérité des symptômes, détresse psychologique et fonctionnement, par exemple) que pour les résultats au niveau du système familial (relations parent-enfant, fonctionnement familial et ressources parentales, par exemple). Ce schéma concorde avec les revues antérieures, qui ont rapporté des effets de la thérapie multifamiliale plus robustes sur les résultats liés aux symptômes que sur le fonctionnement familial au sens large, tous groupes diagnostiques confondus (Baudinet et al. 2021 ; van Es et al. 2023).
Une explication possible de ce schéma tient à l’orientation des interventions. La plupart comportaient des composantes relationnelles transdiagnostiques, comme des tâches multifamiliales, des activités expérientielles et des échanges animés. Ces composantes étaient toutefois conçues surtout pour soutenir la gestion de la maladie et le rétablissement, plutôt que pour viser directement le fonctionnement du système familial au sens large. Beaucoup d’activités d’apparence « relationnelle » restaient ainsi explicitement ancrées dans le contexte de la maladie. Par exemple, l’exercice des « œufs volants » (Flying Eggs) mis au point par Ma et ses collègues demandait aux parents de suivre les consignes de leur enfant, ce qui les aidait à reconnaître les conduites parentales dictées par l’anxiété dans l’accompagnement d’adolescents ayant un TDAH (Ma et al. 2017). De même, l’activité de l’« arbre familial » décrite par Loh et al. (2023), bien que présentée comme une exploration des relations familiales, visait principalement les modes d’adaptation liés à l’histoire de la maladie, afin de soutenir le rôle d’aidant. De telles activités étaient ainsi plus susceptibles de modifier les interactions familiales liées à la maladie (constance dans l’aide apportée, moins de reproches et de conflits, davantage de compréhension et de soutien, par exemple), ce qui peut se traduire plus directement en améliorations au niveau individuel.
À la différence des résultats quantitatifs, les résultats qualitatifs indiquaient plus régulièrement un changement relationnel que symptomatique. La synthèse thématique a mis en évidence la thérapie multifamiliale comme un contexte engageant, non centré sur le problème, qui favorisait les liens au sein des familles et entre elles ainsi que la compréhension relationnelle. Ces changements, notamment la diminution de la honte, l’amélioration de la communication et la reconnaissance des forces de la famille, ne sont peut-être pas saisis de façon adéquate par les mesures globales du fonctionnement familial, ce qui offre une explication plausible aux effets quantitatifs relativement limités au niveau du système familial. Cet écart peut aussi refléter la nature plus lente et dépendante du contexte du changement systémique, la sensibilité limitée des mesures existantes et une dose d’intervention ou une durée de suivi insuffisantes.
La plupart des programmes de thérapie multifamiliale de notre revue ont été élaborés en adaptant des modèles occidentaux aux cultures et aux services locaux, la plupart adoptant le cadre systémique proposé par Asen et Scholz (2010). Comme la thérapie multifamiliale occidentale, ces interventions favorisent l’interaction et le partage d’expériences entre plusieurs familles pour faire face aux difficultés du rôle d’aidant et mobiliser des ressources collectives. En même temps, les pratiques asiatiques de thérapie multifamiliale présentent des traits distinctifs qui reflètent une intégration plus profonde des normes culturelles locales.
Un domaine clé d’adaptation concerne le rôle de thérapeute. Par rapport aux approches occidentales qui mettent l’accent sur la décentration de la personne thérapeute et la participation égalitaire, plusieurs études asiatiques rapportaient des dispositifs plus structurés, avec des séances d’orientation avant le groupe et des objectifs d’activité clairement définis (Ma et al. 2017). Les thérapeutes présentaient souvent le déroulé des séances, expliquaient la raison d’être des activités et précisaient le rôle des parents et les objectifs du groupe (Ma et al. 2022), ce qui répondait aux attentes culturelles envers l’autorité professionnelle et facilitait l’engagement. Surtout, les résultats qualitatifs suggèrent que les personnes participantes apprécient aussi une posture thérapeutique non jugeante et soutenante, qui allège le fardeau psychologique et encourage le partage ouvert (Lo et Ma 2024). Ces positions ne s’excluent pas : l’autorité des thérapeutes peut être reconnue et aller de pair avec un style non évaluatif. Des études singapouriennes indiquent en outre que la préférence pour une guidance faisant autorité est plus souvent exprimée par les proches que par les personnes suivies (Loh et al. 2021, 2023), ce qui reflète peut-être des différences générationnelles dans le rapport à l’autorité et à la hiérarchie familiale. Plutôt que de tracer une frontière rigide entre approches « occidentales » et « asiatiques », ces résultats soulignent ensemble l’importance, pour les thérapeutes, de garder un rôle souple tout au long de l’intervention.
La crainte que les préoccupations liées à la « face » freinent le dévoilement de soi dans une thérapie multifamiliale de groupe n’a pas été fortement confirmée. Les parents décrivaient souvent la thérapie multifamiliale comme un espace psychologiquement sûr et rapportaient une diminution de la stigmatisation, ce qui accroissait leur disposition à partager leurs expériences personnelles et leurs difficultés familiales. Cela suggère que la thérapie multifamiliale peut dépasser des obstacles culturellement enracinés liés à la honte, et que son efficacité est relativement robuste d’un contexte culturel à l’autre.
Sur le plan des activités d’intervention, les pratiques asiatiques de thérapie multifamiliale privilégiaient le pragmatisme et la souplesse. Par exemple, les exercices de pleine conscience en dyade parent-enfant se révélaient parfois peu praticables en raison de l’épuisement des parents et des difficultés d’attention des enfants, si bien que les équipes cliniques proposaient les exercices séparément aux parents et aux enfants (Ma et al. 2018). D’autres adaptations comprenaient des programmes en pleine nature, dans des environnements urbains très denses, pour soulager le stress des familles.
Cette revue comporte plusieurs limites. Premièrement, la portée géographique des études incluses était restreinte : les 17 études (présentées dans 18 rapports) venaient toutes de Hong Kong, de Chine continentale et de Singapour. Aucune étude d’autres pays ou régions d’Asie de l’Est et du Sud-Est, comme le Japon, la Corée du Sud, l’Indonésie ou la Thaïlande, ne satisfaisait aux critères d’inclusion. Cette concentration géographique limite la généralisation des résultats, qui doivent être interprétés comme reflétant surtout la mise en œuvre de la thérapie multifamiliale dans des contextes culturels chinois. Deuxièmement, les études incluses présentaient une forte hétérogénéité méthodologique quant aux modèles de thérapie multifamiliale, à la durée et à la structure des interventions, aux adaptations culturelles et aux mesures de résultat, ce qui limitait la comparabilité entre études et appelle à la prudence dans l’interprétation des effets globaux. Troisièmement, afin de donner une vue d’ensemble complète de la recherche sur la thérapie multifamiliale en Asie de l’Est et du Sud-Est, les études n’ont pas été exclues selon leur qualité méthodologique, mais évaluées et conservées. Les conclusions peuvent donc être influencées par la variabilité de la qualité des études. Quatrièmement, bien qu’un protocole de revue ait été préparé lors de la phase de planification, la revue n’a pas été enregistrée prospectivement dans PROSPERO, sur l’OSF ou dans un autre registre de revues. Notons que seules trois études employaient un devis contrôlé randomisé, la plupart n’ayant pas de groupe de comparaison. Si les devis avant-après fournissent des informations utiles sur un changement possible au sein des groupes, ils ne permettent pas d’inférences solides sur la supériorité de la thérapie multifamiliale par rapport à d’autres interventions. Enfin, plusieurs études proposaient la thérapie multifamiliale en complément d’autres traitements simultanés, ce qui peut brouiller les effets observés et limiter la possibilité d’isoler la contribution propre de la thérapie multifamiliale et ses mécanismes de changement (Gelin et al. 2018).
Cette revue apporte un soutien préliminaire à l’application de la thérapie multifamiliale en Chine continentale, à Hong Kong et à Singapour, en suggérant qu’elle peut être mise en œuvre dans divers cadres de soins et qu’elle est associée à des améliorations au niveau individuel. Les données qualitatives indiquent en outre que la thérapie multifamiliale peut apporter d’importants bénéfices subjectifs et de processus, notamment une diminution de la honte et de la stigmatisation, un soutien et un sentiment d’appartenance accrus, ainsi qu’une meilleure communication et une meilleure compréhension relationnelle.
Sur le plan clinique, il peut donc être plus réaliste de faire de l’amélioration symptomatique à court terme l’objectif principal de la thérapie multifamiliale, tout en concevant le changement au niveau familial comme un processus à plus long terme. Des données quantitatives relativement plus faibles pour les résultats au niveau du système familial n’indiquent pas nécessairement l’absence d’un tel changement, mais peuvent en partie refléter les limites de l’évaluation des résultats. Plusieurs études incluses n’évaluaient pas systématiquement les résultats au niveau familial (Loh et al. 2021, 2023 ; Zhuo et al. 2020), ce qui a pu conduire à sous-estimer les effets de la thérapie multifamiliale. Les recherches futures devraient inclure plus systématiquement des mesures au niveau familial et, à la lumière des données qualitatives sur les processus clés du changement, employer des indicateurs plus sensibles pour clarifier les ingrédients actifs et les voies de changement de la thérapie multifamiliale. Une plus grande rigueur méthodologique, notamment par des essais contrôlés randomisés supplémentaires, est également nécessaire.
Les données sur les bénéfices économiques de la thérapie multifamiliale restent limitées. Les études futures devraient intégrer des analyses coût-efficacité et comparer la thérapie multifamiliale aux soins habituels en matière de recours aux soins et de coûts liés au rôle d’aidant, afin de mieux en déterminer les implications en termes de ressources.
Une attention à la sensibilité culturelle, une plus grande diversité géographique et un intérêt accru pour les populations cliniques sous-représentées sont nécessaires pour renforcer encore la base de données probantes. Notons que, malgré la place importante de la thérapie multifamiliale centrée sur les troubles des conduites alimentaires dans la littérature occidentale, aucune étude de ce type n’a été repérée dans la présente revue, ce qui signale une lacune importante et une priorité pour la recherche future en Asie de l’Est et du Sud-Est.
Cette revue propose la première synthèse des données sur la thérapie multifamiliale dans les contextes d’Asie de l’Est et du Sud-Est étudiés (Chine continentale, Hong Kong et Singapour). Les résultats indiquent que la thérapie multifamiliale est associée à des améliorations plus constantes au niveau individuel, tandis que les données concernant le niveau du système familial restent comparativement plus faibles. Ces résultats doivent être interprétés avec prudence : les données plus solides pour les résultats individuels proviennent à la fois d’ECR et d’études non randomisées, tandis que les résultats au niveau du système familial n’ont été évalués que dans des études non randomisées et de faisabilité, avec des mesures variées et des résultats inconstants. Il convient de tenir compte des devis et de la qualité méthodologique des études en interprétant chaque résultat. Les données qualitatives indiquent que des changements relationnels significatifs sont au cœur de l’expérience des personnes participantes, les mesures quantitatives existantes ne saisissant peut-être pas entièrement ces changements. Dans l’ensemble, les résultats apportent un soutien préliminaire à la faisabilité et à l’adaptabilité culturelle de la thérapie multifamiliale dans les contextes d’Asie de l’Est et du Sud-Est représentés dans cette revue, qui se limitaient à la Chine continentale, à Hong Kong et à Singapour. Des affirmations plus larges pour l’ensemble de l’Asie de l’Est et du Sud-Est demanderaient des études géographiquement plus diverses et méthodologiquement plus rigoureuses. Les variations de mise en œuvre d’une étude à l’autre traduisent des adaptations sensibles au contexte, ce qui souligne la souplesse de la thérapie multifamiliale dans ses applications interculturelles. La thérapie multifamiliale représente ainsi non seulement une intervention centrée sur les symptômes, mais aussi un processus relationnel inscrit dans des contextes culturels particuliers.
Complexe Systémique : à retenir
La revue met le doigt sur un paradoxe que connaît toute la clinique multifamiliale : un dispositif relationnel par excellence, dont les effets mesurés sont surtout individuels. Les échelles montrent moins de symptômes, un meilleur fonctionnement social ; elles montrent peu de changement dans le fonctionnement familial. Les familles, elles, racontent autre chose : un espace où le problème n’occupe pas toute la place, le jeu, le « nous », le groupe comme miroir, un parent qui découvre les forces de son enfant. L’équipe avance deux explications qu’il faut garder ensemble. Les mesures globales saisissent mal ce type de changement ; mais les activités elles-mêmes restent souvent centrées sur la gestion de la maladie, même quand elles ont l’allure d’un travail relationnel. Deux enseignements culturels méritent l’attention : le groupe, loin d’aggraver la peur de « perdre la face », semble au contraire la dissoudre par l’expérience partagée, et l’autorité attendue de la personne thérapeute peut coexister avec une posture non jugeante. Les limites sont nettes : des contextes chinois seulement, surtout hongkongais, deux essais randomisés, aucune étude sur les troubles alimentaires. À lire avec la méta-analyse sur l’effet de la thérapie multifamiliale, et avec l’article sur une formation à la thérapie familiale adaptée au Cambodge.
Notes de l’original
Note de l’original. Jue Chen et See Heng Yim assurent conjointement la correspondance.
Financement. L’équipe de recherche n’a rien à déclarer.
Déclaration éthique. L’équipe de recherche n’a rien à déclarer.
Remerciements. L’équipe de recherche n’a rien à déclarer.
Disponibilité des données. Les données qui étayent les résultats de cette étude sont disponibles dans le matériel complémentaire de l’article.
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Traduction non officielle en français de Thérapie multifamiliale en Asie de l’Est et du Sud-Est : revue systématique et méta-synthèse, par Ouyang Hanlai, Sufang Peng, Jue Chen et See Heng Yim, Journal of Marital and Family Therapy, vol. 52, no 4 (2026), doi : 10.1111/jmft.70166, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Multi‐Family Therapy in East and Southeast Asia—A Systematic Review and Meta‐Synthesis », publié dans Journal of Marital and Family Therapy (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
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Hanlai, O., Peng, S., Chen, J., et Yim, S. H. (2026). Thérapie multifamiliale en Asie de l’Est et du Sud-Est : revue systématique et méta-synthèse (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/therapie-multifamiliale-en-asie-de-l-est-et-du-sud-est-revue-systematique-et-meta-synthese (Œuvre originale publiée en 2026 dans Journal of Marital and Family Therapy, 52(4), e70166 (2026) ; republiée en 2026 par Journal of Marital and Family Therapy, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jmft.70166)
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