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Frontiers in Psychology · Protection de l’enfance

Au prisme relationnel : réflexions sur l’expérience de l’accueil familial chez des jeunes ayant quitté le placement en Italie

Que reste-t-il, à l’âge adulte, des liens noués et défaits pendant l’accueil familial ? Vingt-six jeunes de 19 à 25 ans, qui ont quitté le dispositif à leur majorité dans une ville du nord-ouest de l’Italie, racontent leurs relations avec la famille d’origine, la famille d’accueil, leur partenaire et leurs pairs. Soutien, appartenance et bons souvenirs y côtoient dévalorisation, rejet et isolement, souvent dans le même récit.

Auteurs Paola Cardinali (département d’économie, université Mercatorum, Rome, Italie) ; Fabiola Bizzi et Laura Migliorini (département des sciences de l’éducation, université de Gênes, Italie)Première publication Frontiers in Psychology, 18 juillet 2023Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Au prisme relationnel : réflexions sur l’expérience de l’accueil familial chez des jeunes ayant quitté le placement en Italie, par Paola Cardinali, Fabiola Bizzi et Laura Migliorini, publié dans Frontiers in Psychology (Frontiers Media) (2023), doi : 10.3389/fpsyg.2023.1191307, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les trois tableaux sont présentés sous forme de listes ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Des visions positives et négatives des relations importantes coexistent, ce qui rend les expériences relationnelles complexes et parfois ambiguës.

Paola Cardinali, Fabiola Bizzi et Laura Migliorini

Résumé

Cette étude visait à examiner les issues relationnelles chez des jeunes ayant quitté l’accueil familial en Italie, à partir de réflexions ouvertes sur la manière dont ces jeunes perçoivent leurs relations avec la famille biologique et la famille d’accueil, avec leur partenaire et avec leurs pairs. Au total, 26 jeunes de 19 à 25 ans ayant quitté l’accueil familial, dont le recrutement s’est fait par l’intermédiaire des services sociaux, ont participé à un entretien approfondi unique. Une analyse thématique qualitative a été retenue pour cette étude. Les résultats ont fait apparaître deux grands thèmes de l’expérience de l’accueil familial, qui émergeaient souvent simultanément dans le récit des personnes participantes : (1) des issues relationnelles positives, dont « sentiment de soutien », « sentiment d’appartenance », « bons souvenirs », « relation avec la famille choisie » et « rester en contact » ; et (2) des issues relationnelles négatives, renvoyant à la « dévalorisation », au « rejet », aux « mauvais souvenirs » et à l’« isolement ». L’expérience de l’accueil familial conduit, à l’âge adulte émergent, à des perceptions relationnelles complexes, selon les différentes issues relationnelles et les différentes façons d’élaborer cette expérience. Les équipes professionnelles pourraient travailler sur les issues relationnelles et les souvenirs, en particulier pendant une transition critique comme l’âge adulte émergent, pour aider les jeunes à donner sens à leurs expériences passées.

Mots-clés : jeunes ayant quitté l’accueil familial, devis qualitatif, issue relationnelle, âge adulte émergent, étude italienne

1 Introduction

1.1 Les jeunes ayant quitté l’accueil familial et l’âge adulte émergent

Chaque année, de nombreux jeunes quittent le système d’accueil et de protection à l’approche de l’âge adulte. Bien qu’il existe plusieurs projets pour soutenir le passage à l’âge adulte par des processus d’émancipation progressive, il importe de susciter une réflexion sur l’expérience de l’accueil familial à ce stade de la vie, pour comprendre quels processus peuvent soutenir le bien-être et la résilience des jeunes en accueil familial arrivant à l’âge de la transition (Richardson et Yates, 2014). Dans le processus de l’accueil familial se joue un équilibre délicat des affects, et, dans cette spécificité relationnelle, il peut être difficile d’en évaluer l’issue (Miller et Collins-Camargo, 2016). L’étude des issues de l’accueil familial prend pourtant une valeur particulière pour le jeune adulte, car cette phase de transition vers l’autonomie est cruciale, pour les jeunes qui quittent la protection, dans la définition de leur identité, de leurs projets d’avenir et des choix fondamentaux en matière de relations intimes, que les expériences liées à l’accueil familial dans l’enfance et l’adolescence ont mis à l’épreuve. Le cadre de la résilience pourrait constituer un outil utile pour penser la manière dont les jeunes ayant quitté l’accueil familial peuvent surmonter leurs adversités (Masten, 2018 ; Hokanson et al., 2020).

Les jeunes ayant quitté l’accueil familial forment un groupe spécifique, marqué par des désavantages cumulés : ces jeunes connaissent de profondes ruptures relationnelles et traversent de multiples placements et transitions institutionnelles avant d’atteindre l’âge adulte émergent. La littérature souligne les difficultés que rencontrent les jeunes en accueil familial durant cette période (par exemple Dworsky et Courtney, 2010 ; Berzin et al., 2011 ; Hook et Courtney, 2011), mais on sait peu de chose de la manière dont ces jeunes conçoivent et vivent cette transition au regard des caractéristiques de l’âge adulte émergent (Berzin et al., 2014). Cette période, définie comme l’âge adulte émergent, désigne une période du développement située entre 18 et 25 ans, durant laquelle les jeunes explorent et prennent des décisions importantes pour leur vie. Pendant cette période, l’attention des jeunes peut être davantage tournée vers soi qu’à d’autres moments de la vie ; l’instabilité, l’exploration identitaire, l’optimisme et le sentiment d’être entre l’adolescence et l’âge adulte y sont courants (Arnett, 2004, 2015 ; Schwartz et al., 2011). Les jeunes ont en général des parents et d’autres adultes qui les accompagnent dans cette période difficile vers l’émancipation, mais les jeunes ayant un passé de placement hors du milieu familial peuvent manquer du capital social utile à cette transition (Sulimani-Aidan et Melkman, 2018). En effet, les personnes sorties du système de prise en charge parce qu’elles ont atteint l’âge au-delà duquel elles ne peuvent plus en bénéficier, « les jeunes ayant quitté l’accueil familial », peuvent avoir un accès limité à des occasions de soutien.

Certaines études ont encouragé le développement de programmes qui prolongent les prestations de l’accueil familial au-delà de la sortie du système (Curry et Abrams, 2014). Les expériences passées de perte, de séparation et de rejet possible dans la famille de naissance, les placements précaires, les relations transitoires avec les équipes de travail social et des ressources environnementales limitées pourraient rendre ce passage vers l’âge adulte plus critique (Sulimani-Aidan et Melkman, 2018 ; Driscoll, 2019). Ces expériences difficiles de l’enfance et de l’adolescence peuvent par conséquent avoir un effet sur le développement de leurs relations et peser négativement sur leur passage à l’âge adulte (Greeson et Bowen, 2008 ; Tyrell et Yates, 2018). C’est pourquoi s’intéresser aux expériences constructives et aux relations saines des populations vulnérables (par exemple Munson et al., 2013), comme les jeunes ayant quitté l’accueil familial (Berzin et al., 2014 ; Tyrell et Yates, 2018), pourrait améliorer leurs issues, en ouvrant des pistes d’intervention pendant la période sensible de réorganisation développementale qui caractérise le passage de l’adolescence au jeune âge adulte (Greeson et Bowen, 2008 ; Tyrell et Yates, 2018).

1.2 Les issues relationnelles chez les jeunes ayant quitté l’accueil familial

Selon la littérature internationale, la recherche a décrit les jeunes ayant quitté l’accueil familial comme une population vulnérable dans divers domaines de la vie adulte, en relevant des difficultés dans les études, l’emploi et les comportements à risque (Vinnerljung et Hjern, 2011 ; Berzin et al., 2014), des difficultés à nouer et à maintenir de nouveaux attachements à la sortie du système d’accueil (Yates et Grey, 2012) et une incapacité à développer, à l’âge adulte, des relations de confiance et de soutien (Cooley et al., 2018). D’autres travaux (Samrai et al., 2011 ; Singer et al., 2013 ; Frimpong-Manso, 2020) ont toutefois soutenu que les issues positives pour ces jeunes dépendent de plusieurs facteurs, comme les réseaux de soutien social, les capacités personnelles, la préparation à l’âge adulte et les relations positives. Cela laisse penser qu’au-delà de la vulnérabilité et de l’adversité que ces jeunes vivent fréquemment après la sortie de l’accueil familial, des relations positives peuvent amortir les issues négatives qui suivent l’émancipation (Greeson et Bowen, 2008). La recherche sur l’accueil familial a souligné la nécessité de maintenir des relations bienveillantes dans la vie des personnes en transition vers l’âge adulte, en montrant les effets bénéfiques de telles relations, comme le renforcement de l’identité, la réduction des sentiments de perte et de rejet et la promotion de l’estime de soi (Delgado et al., 2019 ; Wissö et al., 2019 ; Ball et al., 2021). Parallèlement, les relations avec la famille d’origine, avec les autres, les relations amoureuses ainsi que les expériences affectives jouent un rôle clé dans les issues positives de jeunes ayant quitté l’accueil familial aux États-Unis (Tyrell et Yates, 2018). Ces jeunes expriment cependant que le soutien du système de protection de l’enfance influe sur leur capacité à être autonomes et à s’établir comme adultes durant l’âge adulte émergent (Berzin et al., 2014).

Les études portant sur les issues négatives et positives dans le contexte de l’accueil familial ont surtout adopté une approche qualitative pour examiner le processus de résilience (Parry et Weatherhead, 2014 ; Anderson et Williams, 2018), la réussite scolaire (Rios et Rocco, 2014), l’expérience subjective de la « sortie à la majorité » des jeunes ayant quitté l’accueil familial (par exemple difficultés économiques et instabilité du logement, perte du soutien social et pression à l’autosuffisance ; Cunningham et Diversi, 2013) et les issues relationnelles (Berzin et al., 2014 ; Tyrell et Yates, 2018). On sait peu de chose des jeunes ayant, en Italie, un passé de placement hors du milieu familial (Corradini, 2018). Parmi les rares études existantes, la recherche italienne a surtout examiné le fonctionnement des familles d’accueil (Migliorini et al., 2016, 2018 ; Migliorini et Bizzi, 2019) et les aspects culturels liés aux enfants d’origine étrangère dans un pays d’immigration relativement récente comme l’Italie (Long et Ricucci, 2016 ; Grumi et al., 2017 ; Rania et al., 2018).

Les issues relationnelles chez les jeunes ayant quitté l’accueil familial en Italie restent un domaine inexploré. Il importe toutefois de noter que les dernières données disponibles, au 31 décembre 2019, issues du rapport final de l’enquête sur l’accueil familial en Italie, faisaient état de 13 555 enfants et adolescents (répartis à parts égales entre garçons et filles, mais avec des différences territoriales) placés en famille d’accueil (ministère du Travail et des Politiques sociales, 2021). Parmi eux, on observe une nette prédominance de préadolescents et d’adolescents, ce qui pose avec force la nécessité de construire un accompagnement adéquat vers des parcours d’autonomie. Ce chiffre ne compte cependant pas les mineurs étrangers non accompagnés placés en famille d’accueil, qui vivent l’expérience du placement hors du milieu familial en raison de leur statut spécifique de personnes seules sur le territoire, et non parce qu’une mesure du tribunal pour mineurs ou du juge des tutelles a ordonné leur retrait de la famille. En outre, chaque année, 3 000 jeunes quittent leur famille d’accueil à leur sortie du dispositif, et environ un tiers de ces jeunes retourne dans sa famille biologique. On sait peu de chose de ces jeunes : le suivi à long terme est difficile, beaucoup d’informations continuent de manquer, car de fortes divergences non résolues dans les données sont courantes, et l’évaluation des issues reste un domaine peu exploré.

Afin de combler la lacune de la littérature sur les issues relationnelles des jeunes ayant quitté l’accueil familial en Italie, la présente étude s’est appuyée sur des jeunes ayant récemment quitté l’accueil familial en Italie, qui ont livré des réflexions ouvertes sur la manière dont ces jeunes adultes en devenir perçoivent leurs relations. Cette analyse pourrait aider à mieux comprendre les expériences relationnelles de ce groupe particulier, au moment de leur vie où ces jeunes ont quitté la famille d’accueil (Greeson et Bowen, 2008).

Cette étude répond à la question suivante : quelles issues relationnelles présentent les jeunes ayant quitté l’accueil familial en Italie durant l’âge adulte émergent ?

2 Matériel et méthode

2.1 Personnes participantes

L’échantillon comptait 26 jeunes en début d’âge adulte ayant quitté l’accueil familial en Italie (14 femmes et 12 hommes), âgés de 19 à 25 ans (M = 22, ET = 2,89), ayant une expérience passée de famille d’accueil et ayant quitté la famille d’accueil à 18 ans, comme l’exige la loi (tableau 1). L’âge moyen à l’entrée dans la prise en charge des services sociaux était de 3,76 ans (de 0 à 8 ans), mais l’âge moyen lors du premier placement en famille d’accueil était de 6,7 ans. Dans presque tous les cas (92 %), le placement s’était fait en accueil familial, et à temps plein (94 %), et 19 % de ces jeunes avaient connu de multiples placements.

Tableau 1 — Caractéristiques sociodémographiques des personnes participantes

Pour chaque personne : genre ; âge au placement ; âge au placement en famille d’accueil ; nombre de placements ; composition de la famille d’accueil ; nombre d’autres enfants accueillis dans la famille ; type de placement ; typologie de l’accueil familial.

  • 1. Femme ; 4 ; 7 ; 3 ; 3 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 2. Homme ; 3 ; 4 ; 2 ; 2 ; 1 ; 1 ; 2.
  • 3. Homme ; 12 ; 12 ; 1 ; 3 ; 0 ; 1 ; 1.
  • 4. Homme ; 3 ; 4 ; 1 ; 3 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 5. Homme ; 3 ; 9 ; 2 ; 2 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 6. Femme ; 5 ; 7 ; 2 ; 2 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 7. Homme ; 1 ; 3 ; 2 ; 2 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 8. Homme ; 5 ; 5 ; 1 ; 2 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 9. Femme ; 6 ; 6 ; 1 ; 2 ; 0 ; 2 ; 1.
  • 10. Femme ; 6 ; 13 ; 2 ; 3 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 11. Femme ; 8 ; 13 ; 2 ; 2 ; 1 ; 1 ; 2.
  • 12. Homme ; 7 ; 16 ; 3 ; 2 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 13. Homme ; 1 ; 11 ; 3 ; 2 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 14. Homme ; 6 ; 6 ; 2 ; 3 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 15. Homme ; 0 ; 4 ; 2 ; 3 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 16. Homme ; 1 ; 3 ; 2 ; 2 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 17. Femme ; 0 ; 0 ; 1 ; 3 ; 1 ; 1 ; 2.
  • 18. Femme ; 5 ; 6 ; 1 ; 1 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 19. Femme ; 3 ; 14 ; 2 ; 2 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 20. Homme ; 0 ; 2 ; 2 ; 2 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 21. Homme ; 5 ; 9 ; 2 ; 3 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 22. Homme ; 2 ; 2 ; 1 ; 1 ; 1 ; 1 ; 2.
  • 23. Femme ; 0 ; 3 ; 2 ; 1 ; 0 ; 2 ; 1.
  • 24. Femme ; 0 ; 0 ; 1 ; 3 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 25. Femme ; 3 ; 4 ; 1 ; 3 ; 0 ; 1 ; 2.
  • 26. Femme ; 10 ; 12 ; 1 ; 3 ; 0 ; 1 ; 1.

Composition de la famille d’accueil : 1 = parent d’accueil seul (veuvage ou divorce) ; 2 = famille d’accueil biparentale ; 3 = famille d’accueil avec enfants biologiques. Type de placement : 1 = temps plein ; 2 = temps partiel. Typologie de l’accueil familial : 1 = accueil familial consenti ; 2 = accueil familial ordonné par le tribunal.

Selon les personnes participantes, leurs parents d’accueil étaient le plus souvent mariés (78 %) et avaient des enfants biologiques (64 %), et la famille d’accueil n’accueillait pas d’autre enfant placé (85 %) ni adopté (97 %). La plupart des parents d’accueil (66 %) avaient rencontré la famille biologique au début de l’accueil.

2.2 Procédure

Cette étude s’inscrit dans un projet plus large, mené en collaboration entre l’université et les services sociaux municipaux d’une ville moyenne du nord-ouest de l’Italie, qui porte sur les issues de l’expérience de l’accueil familial du point de vue des jeunes (ayant vécu cette expérience), des familles d’accueil et des équipes de travail social. Un travail connexe, consacré à la perception de soi de jeunes adultes, a d’ailleurs été publié récemment (Bizzi et al., 2023). La stratégie d’échantillonnage a abouti à un échantillon de convenance, afin de recueillir des données auprès de personnes précises (des jeunes ayant quitté l’accueil familial).

Le recrutement s’est fait par l’intermédiaire de personnes relais pertinentes, comme les équipes de travail social, qui ont facilité le recrutement en informant les jeunes de l’étude et en transmettant leurs coordonnées à l’équipe de recherche lorsque ces jeunes souhaitaient participer et acceptaient ce transfert. Les critères d’inclusion étaient d’avoir entre 18 et 25 ans et d’avoir vécu en famille d’accueil. Au total, 36 personnes ont été invitées par les équipes de travail social, mais 26 jeunes seulement ont accepté et mené l’étude à son terme. Les raisons de non-participation étaient le manque d’intérêt, la difficulté de l’enregistrement audio et le manque de temps. Les personnes participantes ont été remerciées de leur temps par une lettre signée par le maire de la ville.

Chaque jeune a eu la possibilité de poser des questions avant d’accepter de participer, et il a été précisé explicitement que le retrait de l’étude restait possible à tout moment.

Pour refléter de manière authentique la voix des personnes participantes à travers le récit de leurs expériences relationnelles vécues, la présente étude a eu recours à une procédure d’entretien semi-directif à réponses ouvertes (Adams, 2015). Ces entretiens ont été enregistrés et transcrits mot pour mot. Toutes les personnes participantes ont aussi rempli un bref questionnaire sociodémographique. La séance complète, entretien et questionnaire sociodémographique compris, durait environ une heure. Tous les entretiens ont été menés par des membres universitaires de l’équipe de recherche, dans une pièce isolée des locaux de la municipalité. L’équipe de recherche a surveillé les risques liés à l’activation émotionnelle et a proposé une possibilité de prise en charge ou de consultation après les entretiens.

Les principes éthiques qui ont guidé la conduite de cette étude sont ceux du code de déontologie de la recherche de l’Association italienne de psychologie. Les procédures ont été approuvées par le département des sciences de l’éducation, dans le cadre d’une convention spécifique entre ce département et les services sociaux locaux. La participation à l’étude était volontaire, et l’anonymat a été garanti par l’usage de pseudonymes. Les personnes participantes ont été informées que toutes les données seraient traitées de manière confidentielle, conformément à la loi italienne sur la vie privée no 196/2003 et au RGPD 2016/679. Le consentement éclairé de toutes les personnes participantes a été recueilli après une présentation de l’étude en face à face.

2.3 Matériel

Un questionnaire sociodémographique ad hoc a été construit pour explorer les domaines suivants : données sur la personne participante (par exemple âge, sexe) ; données sur la famille d’accueil (par exemple composition familiale) ; données sur la famille biologique (par exemple composition familiale) ; données sur le projet d’accueil (par exemple historique des placements, typologie de l’accueil familial, etc.). En outre, un entretien semi-directif a été mené et enregistré. Le guide d’entretien a été conçu pour recueillir les informations requises par l’objectif de l’étude, et il a été modifié au cours de la collecte des données en fonction des nouveaux thèmes qui émergeaient. Cette approche permettait à la personne qui menait l’entretien de couvrir les thèmes essentiels tout en laissant la personne participante orienter largement l’entretien. Les entretiens commençaient par la phrase d’ouverture suivante : « J’aimerais explorer votre expérience de l’accueil familial. Peut-être pourrions-nous commencer par l’histoire de votre famille. » Suivaient plusieurs questions ouvertes explorant les principaux domaines : (1) la relation avec la famille biologique ; (2) la relation avec la famille d’accueil ; (3) la relation avec le ou la partenaire et avec les pairs. Les questions étaient conçues pour être ouvertes, afin de susciter une réflexion sur l’expérience de l’accueil familial. Une question ouverte de cet entretien était par exemple : « Pourriez-vous décrire vos relations avec votre famille biologique / famille d’accueil / dans le passé / pendant l’adolescence / aujourd’hui ? »

2.4 Analyse des données

L’enquête qualitative est la plus à même d’explorer les expériences d’accueil familial, en raison de sa capacité à en saisir la richesse et la complexité (Schwab et Syed, 2015). Une analyse thématique qualitative a été retenue pour la présente étude (Alholjailan, 2012 ; Kiger et Varpio, 2020). Nous avons choisi la théorie ancrée comme approche pour orienter la collecte des données, leur analyse (procédures de codage) et l’analyse thématique. Nous avons retenu une approche constructiviste de la théorie ancrée afin de souligner la force des récits (Charmaz, 2016). La voix des jeunes ayant quitté l’accueil familial est sous-représentée en Italie, et la théorie ancrée constructiviste pouvait ouvrir un espace pour produire une lecture significative qui prenne en compte la subjectivité de leur expérience (Charmaz, 2017).

Les codes ont été tirés directement de segments des données et ont servi à trier et à construire une compréhension de ce qui se passait dans la situation sociale étudiée (Charmaz, 2006). Tous les concepts issus du codage ouvert initial ont été regroupés, par un codage axial, en un sous-ensemble plus restreint de catégories thématiques (Corbin et Strauss, 1990), de sorte que les caractéristiques centrales des données d’entretien ont été saisies sous la forme d’une taxonomie de codes. Selon Merriam (2009), la fiabilité du codage représente un consensus subjectif au sein d’une équipe de recherche donnée, à un moment donné, et non une vérité absolue qui existerait en dehors des données. Deux personnes chargées du codage (FB et PC) ont évalué la fiabilité de la taxonomie de codage sur des échantillons de récits tirés au hasard, représentant 20 % des données (McLean et Pratt, 2006). Les personnes chargées de la cotation ont été formées jusqu’à atteindre le niveau d’accord acceptable de 0,80 (Cicchetti, 1994 ; Syed et Nelson, 2015). Puis chacune a codé les récits séparément et de manière indépendante, à l’aide d’un livre de codes et de la taxonomie, pour repérer les thèmes émergents ou les domaines de sens récurrents dans l’ensemble des récits (Lofland et Lofland, 1995 ; Rossman et Raillis, 1998). Un processus itératif fondé sur la réflexivité a été mené au sein de l’équipe, et la diversité des formations, en psychologie clinique et en psychologie sociale, a servi de ressource pour mieux interpréter le contenu et le sens des textes (Corbin et Strauss, 1990). Tous les désaccords ont été discutés et un code a été retenu d’un commun accord. À partir des codes initiaux, les catégories centrales ont été élaborées par un codage ciblé. Selon la méthode de comparaison constante (Glaser et Strauss, 1967), les données existantes ont été comparées aux nouvelles données pour en repérer les similitudes, les différences et les variations de sens. Le manuel de codage a été mis à jour au fil du processus. Enfin, il a été demandé aux équipes de travail social et aux jeunes de partager les résultats.

Le logiciel NVivo version 12 a servi à gérer les données et à organiser les nœuds en codes et catégories d’ordre supérieur, à partir desquels les thèmes ont été construits.

3 Résultats

Les résultats montrent la présence de concepts clés exprimés par les jeunes ayant quitté l’accueil familial, qui peuvent être classés en dimensions relationnelles comme « sentiment de soutien », « sentiment d’appartenance », « bons souvenirs », « relation avec la famille choisie », « rester en contact », « dévalorisation », « rejet », « mauvais souvenirs » et « isolement ». Ces catégories s’organisent en deux thèmes. Le premier concerne les issues relationnelles positives et comprend des dimensions qui apportent sécurité et identification stable à ces jeunes (« sentiment de soutien », « sentiment d’appartenance », « bons souvenirs », « relation avec la famille choisie », « rester en contact », tableau 2), dont la vie est souvent marquée par l’instabilité et l’incertitude, comme nous l’avons décrit plus haut. Le second thème, appelé issues relationnelles négatives, comprend des cognitions, des comportements et des expériences qui peuvent fragiliser et rompre les liens relationnels : « dévalorisation », « rejet », « mauvais souvenirs » et « isolement » (tableau 3). Dans les sections suivantes, nous examinons ces thèmes et leur sens plus en détail. Cette classification souligne le caractère multiple de l’expérience de l’accueil familial pour de nombreux jeunes adultes, qui comprend à la fois des aspects relationnels positifs et négatifs.

Tableau 2 — Issues relationnelles positives : catégories et sous-catégories

  • Sentiment de soutien. Soutien social de la famille d’accueil ; soutien social du ou de la partenaire et de sa famille.
  • Sentiment d’appartenance. Identification des parents d’accueil comme sa propre famille ; sentiment d’être chez soi ; acceptation par la famille du ou de la partenaire ; accueil de la communauté locale.
  • Bons souvenirs. Possibilité de repérer des figures positives dans la famille d’origine ; attributions positives aux parents biologiques ; attributions positives aux parents d’accueil.
  • Relation avec la famille choisie. Partenaire vu comme une figure salvatrice ; relation de couple précoce ; parentalité vécue comme un accomplissement.
  • Rester en contact. Continuité de la relation avec les parents biologiques ; continuité de la relation avec les parents d’accueil ; présence des parents d’accueil lors des événements importants de la vie ; relations positives avec les pairs.

Tableau 3 — Issues relationnelles négatives : catégories et sous-catégories

  • Dévalorisation. Dévalorisation des parents biologiques ; dévalorisation des parents d’accueil.
  • Sentiment de rejet. Manque d’intérêt de la famille biologique ; non-acceptation par les enfants biologiques de la famille d’accueil ; souhait (des parents d’accueil) de procéder à une adoption.
  • Mauvais souvenirs. Maltraitance ; inversion des rôles avec le parent biologique.
  • Isolement. Absence (physique et psychologique) de la famille biologique ; absence de figures sur qui compter ; absence de contact avec la famille d’accueil ; besoin de solitude.

3.1 Les issues relationnelles positives

3.1.1 Le sentiment de soutien

Le sentiment d’être soutenu ressort nettement chez de nombreuses personnes participantes de cette étude. Pour ces jeunes, la principale source de soutien social est la famille d’accueil, dont ces jeunes reçoivent aujourd’hui un soutien sur le plan émotionnel, mais aussi par sa présence physique, comme le rapporte une jeune femme :

Il y a une confiance extrême, une présence absolue. Leur soutien n’est comparable à celui de personne d’autre. Ils me soutiennent beaucoup dans tout ce que je fais (B, femme, 21 ans).

Ce soutien social de la famille d’accueil s’enracine dans une relation soutenante dès le début du placement et semble aussi concerner la possibilité de trouver du soutien pour ses projets d’avenir. Un jeune homme l’exprime ainsi :

Ils ont été très proches de moi, même dans la réalisation de mes rêves ensuite. Et surtout, dans la toute première période du placement, ils m’ont même soutenu financièrement. Je dois dire qu’ils ne m’ont jamais laissé manquer de rien (G, homme, 19 ans).

Une autre source importante de soutien est le ou la partenaire, qui représente un point de repère important à qui se confier, comme il ressort des propos de ce jeune homme :

Quand quelque chose ne va pas, je lui en parle quand même. J’ai très confiance en elle (M, homme, 23 ans).

En outre, la famille du ou de la partenaire soutient aussi fréquemment ces jeunes adultes en devenir, comme l’a déclaré une participante :

Lui comme sa famille ont toujours été présents et m’ont soutenue dès le premier instant (J, femme, 22 ans).

Dans les récits des personnes participantes, le sentiment de soutien renvoie donc à une dimension temporelle verticale, qui reconnaît l’expérience relationnelle avec des personnes importantes (parents d’accueil ou partenaire) dans la durée, du début de l’accueil familial jusqu’à aujourd’hui, comme une issue positive pour ces jeunes.

3.1.2 Le sentiment d’appartenance

Le sentiment d’appartenance désigne l’assurance qu’a une personne, en tant que membre d’un groupe, d’être acceptée par ce groupe. Ce sentiment pourrait servir à évaluer le lien psychologique entre ces jeunes adultes en devenir et les différents contextes de leur vie ; de fait, cette appartenance est associée à la famille d’accueil, à la famille du ou de la partenaire et à la communauté locale. Pour la plupart des personnes participantes de notre étude, les placements en famille d’accueil sont considérés comme essentiellement quasi adoptifs, et ces jeunes voient leurs parents d’accueil comme s’il s’agissait de leurs parents biologiques, dans le passé comme aujourd’hui, comme le disent certaines personnes participantes :

Ça a certainement été une expérience unique et fondamentale, vraiment comme une mère (M, homme, 19 ans) ; Ce sont eux ma famille, c’est-à-dire mes parents d’accueil, qui m’ont élevée (C, femme, 21 ans).

L’identification des parents d’accueil comme une famille d’appartenance est très fréquente chez les personnes participantes, qui expriment cette appartenance en les appelant « maman » et « papa », comme le dit ce jeune homme :

Je leur ai fait confiance comme s’ils étaient mes parents dès le premier jour. Une fois, ils m’ont dit : « Si tu veux, tu peux nous appeler maman et papa », et depuis ce jour je le fais ! (A, homme, 23 ans).

Cela donne à ces jeunes un sentiment d’être chez soi, qui comprend un sentiment de lien avec le lieu où s’est déroulée une longue partie de leur vie avec leurs parents d’accueil :

Quand on parlait de la maison, de la famille, c’était chez mes parents d’accueil (A, femme, 22 ans) ; C’est ma famille. Je me sens chez moi. Je suis comme n’importe quelle personne normale qui a vécu avec une famille normale (B, femme, 21 ans).

Dans les mots de nos personnes participantes, la maison est le lieu où elles sentent que leurs racines sont plantées, et elles situent ce lieu dans la famille d’accueil, non dans la famille biologique.

Les personnes participantes évoquent diverses expériences relationnelles pour décrire leur sentiment d’appartenance à un contexte relationnel et les émotions positives que ces expériences peuvent faire naître. L’acceptation par la famille du ou de la partenaire joue aussi un rôle important dans le développement de ce sentiment d’appartenance, car elle aide à trouver acceptation et accueil :

[Les parents de mon partenaire] ne m’ont jamais jugée, jamais critiquée. Ils m’ont toujours acceptée comme une fille (J, femme, 22 ans).

Enfin, une communauté accueillante contribue au sentiment d’appartenance de nos personnes participantes, car elle représente un lieu où les personnes nouvellement arrivées peuvent se sentir valorisées et voir leurs besoins satisfaits. Le quartier est une source de bien-être ; ces contextes sociaux positifs peuvent en effet influer sur le sentiment d’appartenance à un lieu, ce qui peut compter beaucoup pour des jeunes en accueil familial ayant vécu dans plusieurs foyers.

C’est un endroit où on nous a accueillis, moi, ma mère et mon frère. On nous a très bien accueillis (B, femme, 21 ans).

Le sentiment d’appartenance se développe dans un cadre écologique, où l’ajustement entre la personne et l’environnement (qui comprend micro et macrosystèmes) peut influer positivement sur ce qu’elle ressent.

3.1.3 Les bons souvenirs

Le sous-thème des bons souvenirs résume ce que les personnes participantes se rappellent de leurs expériences passées. Certains propos renvoient à la possibilité de repérer des figures positives dans la famille d’origine, comme le dit ce jeune homme :

Jusqu’à quatre ans et demi, j’étais avec ma grand-mère, qui a été un peu une mère pour moi. Elle m’a tout appris (E, homme, 24 ans).

Pour la plupart des personnes participantes, ces figures relationnelles positives sont des grands-mères et des grands-pères. Un jeune homme l’exprime ainsi :

La relation avec ma grand-mère a été, je crois, la meilleure relation de ma vie. Je n’ai que de beaux souvenirs (J, homme, 23 ans).

Ces jeunes se souviennent aussi de moments positifs vécus avec leurs parents biologiques et savent leur trouver des qualités, comme l’indiquent ces phrases :

Quand j’étais petit, mon père essayait toujours de me remonter le moral quand je pleurais (E, homme, 24 ans) ; Maman se mettait toujours en quatre pour que les choses se fassent quand j’étais enfant (A, homme, 23 ans).

La catégorie « bons souvenirs » comprend aussi des attributions positives aux parents d’accueil, comme l’a dit une jeune femme :

J’ai trouvé une famille qui, malgré quelques défauts de ma part et de la leur, m’a toujours aimée dès le premier instant où ils m’ont vue (B, femme, 21 ans).

Les bons souvenirs représentent une lumière dans l’expérience sombre de l’accueil familial, car nos personnes participantes repèrent des comportements positifs et des figures positives dans leur passé. Cette possibilité pourrait aussi être une ressource dans leur présent, car elles semblent capables de mettre en avant les éléments positifs de leur expérience relationnelle.

3.1.4 La relation avec la famille choisie

Le sous-thème de la relation avec la famille choisie décrit la situation de jeunes qui ont construit une famille de leur choix et qui s’en réjouissent. Une idée revient souvent chez nos personnes participantes : le ou la partenaire peut apparaître comme une figure salvatrice, comme le dit ce jeune homme :

Je pense que l’un des plus grands sauvetages qui puissent arriver, c’est une fiancée, un petit ami ou en tout cas quelqu’un qui ne te laisse pas penser à tout ce qu’il y a autour de toi […] elle a complètement changé ma vie. Elle a été le déclic dont j’avais besoin (M, homme, 23 ans).

Ces relations amoureuses importantes ont souvent commencé lorsque les personnes participantes étaient très jeunes :

À 16 ans, je me suis fiancée avec mon mari actuel (C, femme, 25 ans).

Les personnes participantes parlent de fiançailles ou de mariages précoces, comme le dit cette jeune femme :

J’ai voulu me marier si jeune parce que je pense toujours que A. est la personne la plus importante de ma vie (J, femme, 22 ans).

Dans les récits des femmes apparaît aussi l’idée que la parentalité est un accomplissement dans la vie d’une femme. Les participantes racontent l’expérience de la maternité et la relation avec leur bébé comme gratifiantes :

[Mon enfant] remplit ma vie… Et que dire, ça me rend vraiment heureuse en ce moment de ma vie (J, femme, 22 ans).

Cette idée n’émerge que dans les récits des femmes. La construction d’une relation de couple stable et l’engagement dans un projet parental, alors même que ces jeunes ont connu une fracture des liens avec la famille d’origine pendant l’enfance, représentent une issue positive pour ces adultes, qui semblent avoir « préservé » leur capacité à créer des liens.

3.1.5 Rester en contact

Le sentiment de rester en contact est un autre résultat émergent de notre travail. Les personnes participantes décrivent la continuité de la relation avec leurs parents biologiques, qui concerne leur expérience passée en accueil familial, comme le dit cette jeune femme :

Un dimanche, j’allais chez ma mère ; un dimanche, j’allais chez mon père. Parfois, ils venaient me chercher à l’école. J’ai toujours vu mes parents (C, femme, 25 ans).

Cela apparaît aussi dans l’expérience présente et montre que ces jeunes ont la possibilité d’avoir des contacts avec leur famille biologique au fil des années :

Maintenant, je les vois. De temps en temps, je vais chez eux. Ils habitent à côté, et de toute façon on s’appelle (G, homme, 21 ans).

Ces jeunes évoquent aussi la continuité de la relation avec leurs parents d’accueil, qui touche à leurs activités actuelles, comme le dit ce jeune homme :

L’année dernière, j’ai décidé de prendre l’abonnement moi aussi, donc avec mon [père d’accueil] on se verra le dimanche pour le match (G, homme, 19 ans).

Un autre élément qui contribue au sentiment d’être en contact est la présence des parents d’accueil lors des événements importants de la vie, comme le rapporte cette jeune femme :

Maman (la mère d’accueil) a été mon témoin de mariage (C, femme, 25 ans).

De nombreuses personnes participantes font part de leur satisfaction quant à leurs relations positives avec leurs pairs, comme il ressort des propos de cette jeune femme :

J’ai beaucoup de groupes d’amis différents. Vraiment très différents. Avec un groupe, par exemple, on aime rester à la maison, jouer à des jeux ou regarder des films ensemble. Avec un autre groupe d’amis, ceux dont je suis un peu plus proche, on fait des voyages, ou en général on prend l’apéritif, ou en tout cas des choses qu’on fait au quotidien, que tout le monde fait (B, femme, 21 ans).

Les personnes participantes semblent associer la possibilité d’avoir beaucoup d’amis à leurs traits de personnalité, comme le disent ces jeunes hommes :

J’ai beaucoup d’amis parce que j’ai ce caractère très expansif (M, homme, 20 ans) ; Je suis quelqu’un de très solaire, je me fais des amis tout de suite (A, homme, 20 ans).

La possibilité de rester en contact renvoie aux relations que les personnes participantes entretiennent à l’intérieur comme à l’extérieur de la famille. Cet aspect pourrait contribuer à la construction d’une image de soi positive.

3.2 Les issues relationnelles négatives

3.2.1 La dévalorisation

D’un point de vue relationnel, les personnes participantes recouraient fréquemment à la dévalorisation, en attribuant des caractéristiques négatives aux autres. Ce mécanisme laisse penser à un besoin de défenses contre l’angoisse qui découle d’aspects fondamentalement ambivalents dans la perception de soi et des autres. Ces dévalorisations concernent la famille biologique, dont les aspects positifs sont entièrement effacés, comme il ressort des propos de ce jeune homme :

Je les ai complètement retirés de ma vie, donc il n’y a pas de côté positif, parce qu’ils se sont mal comportés. Ils se sont mal comportés avec nous parce qu’ils nous ont laissés seuls, alors même s’il y avait des rencontres avec eux, je voulais les retirer de ma vie (R, homme, 23 ans).

Les récits font toutefois aussi apparaître une dévalorisation de la famille d’accueil, qui comprend la désapprobation de membres de la famille, comme le dit cette jeune femme :

Ce qui m’a encore le plus mise en colère, c’est qu’une fois je lui ai demandé si elle n’avait pas au moins un peu honte, et elle m’a répondu qu’elle avait la conscience tranquille et qu’elle avait fait tout ce qu’elle pouvait. Ce n’est vraiment pas une personne civilisée (R, femme, 19 ans).

Les personnes participantes semblent recourir à la dévalorisation pour faire face aux sentiments d’incertitude liés à l’accueil familial. Cela concerne les relations dans la famille biologique comme dans la famille d’accueil.

3.2.2 Le sentiment de rejet

Un autre domaine important concerne le sentiment de rejet, c’est-à-dire le sentiment de ne pas avoir reçu d’acceptation ni de désir de la part des personnes de sa vie.

Cette émotion semble enracinée dans la perception d’un désintérêt de la famille biologique, comme le rapporte ce jeune homme :

Je ne l’ai jamais revue. La dernière fois que je l’ai vue, j’avais six ans et j’étais à l’Institut (P, homme, 19 ans).

Un autre élément important est l’expérience d’un manque d’acceptation dans la famille d’accueil. L’enfant biologique des parents d’accueil manque d’acceptation, ce qui souligne l’importance de penser l’accueil familial comme un dispositif qui engage toute la famille, et pas seulement le couple parental, comme le dit cette jeune femme :

Ils étaient prêts en tant que couple, mais ils n’étaient pas prêts en tant que famille, dans le sens où peut-être ils étaient prêts parce qu’ils n’avaient qu’un enfant… C’était un enfant unique, donc ils étaient prêts pour ce genre d’expérience, mais en fait [mon enfant] n’a jamais accepté que j’entre dans leur famille (J, femme, 22 ans).

Une souffrance relationnelle qui ressort des récits tient à la conscience qu’ont les personnes participantes que leurs parents d’accueil désiraient procéder à une adoption, et donc qu’elles n’étaient pas leur premier choix :

Ils m’ont dit qu’ils voulaient adopter un garçon. Ils ont essayé par tous les moyens de rencontrer et d’accepter, mais ils m’ont même parlé d’enfants qu’ils avaient connus avant moi (S, homme, 23 ans).

Le sentiment d’être rejeté représente une issue négative d’un point de vue relationnel, car lorsqu’on n’est pas accepté par les autres, on peut éprouver des émotions négatives, ce qui peut aussi modifier la manière dont on voit sa propre vie.

3.2.3 Les mauvais souvenirs

Les mauvais souvenirs comprennent les récits que les personnes participantes font d’expériences passées qui les ont marquées. Ils renvoient à la maltraitance, comme le dit cette jeune femme :

Le compagnon de ma mère a essayé plusieurs fois de s’en prendre à moi, en me touchant (P, femme, 24 ans).

Cette catégorie n’apparaît toutefois que dans les récits des femmes. Les mauvais souvenirs comprennent aussi des situations dans lesquelles les personnes participantes ont dû assumer des charges lourdes, dans une inversion des rôles avec le parent biologique, sans se sentir prises en charge par lui :

Elle (la mère) ne peut pas, je me suis occupée d’elle, j’aimais quand elle était à la maison, mais elle ne peut être d’aucun soutien (S, femme, 22 ans).

3.2.4 L’isolement

Enfin, le dernier domaine relatif aux issues relationnelles négatives concerne l’isolement. Les personnes participantes partagent l’expérience de se sentir isolées, comme étrangères. Ce sentiment découle de l’expérience de l’absence de la famille d’origine :

Je ne l’ai pas vue depuis un moment. Je ne l’ai pas vue depuis 10 ans, même plus (P, homme, 19 ans).

mais aussi de l’absence, dans le passé ou dans le présent, de figures sur qui compter, de quelqu’un qui prenne soin d’elles, comme le dit cette jeune femme à propos d’elle-même et de ses frères :

C’était à nous de faire les choses. On devait manger dehors parce qu’on était trop petits et qu’on ne savait pas cuisiner (S, femme, 22 ans).

L’isolement concerne aussi la rupture des relations. En particulier, l’absence de contact actuel avec la famille d’accueil ressort, par exemple dans les propos de ce jeune homme :

J’ai coupé les relations tout de suite après. Dès que j’ai quitté la famille, j’ai coupé la relation. Elles n’ont jamais repris (R, homme, 23 ans).

Enfin, il émerge parfois le besoin de se retirer du contexte social et des relations sociales, et de vivre un besoin de solitude, comme le dit cette jeune femme :

J’ai demandé qu’on me mette seule dans un bureau, pour travailler seule, plus sereinement (S, femme, 22 ans).

L’isolement semble être une expérience qui touche différents aspects de la vie des personnes participantes.

4 Discussion et conclusion

La présente étude est la première, en Italie, à examiner les issues relationnelles dans un groupe de jeunes ayant quitté l’accueil familial. Elle permet de réfléchir a posteriori à l’expérience de l’accueil familial et aux issues possibles rapportées par ces jeunes, non seulement en matière de réussite scolaire et professionnelle, mais aussi sur le plan relationnel.

Les résultats montrent la complexité du parcours de l’âge adulte émergent, en soulignant la diversité des expériences que ces jeunes perçoivent dans leurs relations. Deux thèmes différents émergent des récits des personnes participantes : des issues relationnelles positives et des issues relationnelles négatives (Greeson et Bowen, 2008), qui apparaissent souvent simultanément dans le récit, dessinant une expérience complexe et parfois ambivalente.

La recherche suggère que le lien social et des relations saines sont des facteurs de protection contre de nombreuses formes d’événements adverses de l’enfance (Ludy-Dobson et Perry, 2010). Notre travail fait ressortir certaines issues relationnelles positives reconnues par les personnes participantes (« sentiment de soutien », « sentiment d’appartenance », « bons souvenirs », « relation avec la famille choisie » et « rester en contact »), liées à leur satisfaction à l’égard de leur vie. En accord avec Wissö et al. (2019), cette étude souligne que le sentiment d’appartenance est une issue positive pour les personnes accueillies, en raison de l’instabilité typique de leurs relations familiales. Le sentiment d’appartenance est associé au sens de la vie (Lambert et al., 2013), et cela pourrait représenter une issue positive pour des personnes qui ont vécu des expériences inattendues et peu communes, comme l’accueil familial. Une autre issue relationnelle positive pour les personnes accueillies tient aux bons souvenirs des parents d’accueil et des parents biologiques. Même si les personnes accueillies peuvent percevoir leurs parents biologiques comme plus vulnérables et leur faire moins confiance qu’à leurs parents d’accueil, ce qui se comprend au vu du passé difficile et des conditions de vie de la plupart des parents, les attributions positives envers les deux parents sont fréquentes dans cette étude.

Ces idées coexistent avec l’exposition de ces jeunes à des expériences de perte, de séparation et de rejet (Sulimani-Aidan et Melkman, 2018 ; Driscoll, 2019). Du côté des issues négatives de l’accueil familial, et conformément à la littérature (Fabricius et Hall, 2000 ; Finley et Schwartz, 2004 ; Rohner et al., 2005), on voit émerger le sentiment de rejet de la part des parents biologiques (mais aussi par d’autres membres de la famille), la perception d’un désintérêt de la famille biologique, le regret lié au souhait des parents d’accueil de procéder à une adoption, et l’insatisfaction quant à la relation avec le parent biologique et le parent d’accueil. Ces thèmes pourraient représenter certains éléments clés des ruminations douloureuses au sujet des parents, conceptualisées par Schwartz et Finley (2010) comme un mode de fonctionnement critique, en particulier à l’âge adulte émergent. Conformément à cette théorie, ces issues relationnelles négatives concernant les parents biologiques, mais aussi les parents d’accueil, faites de dévalorisation, de sentiment de rejet et de mauvais souvenirs de la petite enfance, pourraient refléter un rejet familial perçu et constituer une forme de détresse qui altère le fonctionnement psychosocial et relationnel à l’âge adulte émergent (Schwartz et Finley, 2010). Ces résultats montrent que des visions positives et négatives des relations importantes coexistent, ce qui rend les expériences relationnelles complexes et parfois ambiguës. En ce sens, un besoin d’intégration se fait sentir, et l’expérience de la famille d’accueil peut aider à faciliter ce processus. En outre, l’idée que ce sentiment de rejet puisse concerner les relations entre frères et sœurs, et entre les enfants accueillis et les enfants biologiques, peut aider le travail social à penser l’accueil familial comme un dispositif qui engage toute la famille d’accueil, et pas seulement le couple de parents d’accueil. Des travaux antérieurs soulignent que les frères et sœurs d’accueil n’ont pas le sentiment d’être perçus comme faisant partie de l’équipe d’accueil (Raineri et al., 2018).

Pour en venir aux issues positives, il faut tenir compte du fait que le développement d’une relation avec des parents d’accueil sensibles et attentifs enrichit les possibilités des personnes accueillies (Maaskant et al., 2015) et renforce la capacité de l’enfant ou de l’adolescent en accueil familial à réfléchir à son propre état mental et à celui des autres et à le comprendre, ce qui lui permet de comprendre les difficultés des parents biologiques. Des relations saines rendent les jeunes ayant quitté l’accueil familial plus à même de réguler leur détresse émotionnelle, ce qui renforce ensuite leur développement psychosocial et leur résilience (Stein, 2006). Une étude récente (Ball et al., 2021) souligne que des expériences positives dans les relations avec les parents d’accueil et les équipes de travail social peuvent conduire à des relations durables et soutenantes au moment du passage à l’âge adulte. En outre, des relations de couple stables à l’âge adulte émergent sont considérées comme une issue fréquente chez les personnes ayant un style d’attachement sécure (Fagundes et Schindler, 2012), et elles pourraient continuer à prédire la sécurité tout au long de la vie (Sutton, 2019). De plus, l’expérience actuelle de bonnes relations avec les pairs est liée à une image de soi positive, celle de personnes dotées de bonnes compétences sociales. Cela peut fournir une forme essentielle de soutien à leur identité. De même, l’engagement dans la communauté représente un bénéfice potentiel pour les jeunes ayant quitté l’accueil familial ; certaines études (par exemple Magson et al., 2016) soulignent que le sentiment d’appartenance à la communauté pourrait réduire les comportements à risque chez les jeunes en début d’âge adulte vivant dans la précarité. Sarriera et Bedin (2015) ont élaboré un modèle de bien-être sociocommunautaire, qui intègre à la notion de bien-être des variables liées au sentiment d’appartenance à la communauté. Une plus grande satisfaction relationnelle dans la vie exige donc une meilleure intégration des sphères interpersonnelle et collective (Prillelstensky, 2004). En ce sens, la résilience n’est pas seulement considérée comme un sous-produit de l’exposition à une adversité modérée qui protège contre l’inadaptation face à un stress futur ; elle offre aussi des facteurs de protection, comme la capacité à maintenir une relation proche avec d’autres adultes ressources, la régulation émotionnelle et l’acceptation de sa propre histoire, qui contrebalancent les risques et les vulnérabilités potentiels (Yates et Grey, 2012).

Pour en venir aux issues relationnelles négatives, il est intéressant de noter que les résultats de la catégorie des mauvais souvenirs font apparaître une différence de genre dans le souvenir de la maltraitance, puisque ce souvenir n’est rapporté que par des femmes. Ce résultat est conforme aux recherches antérieures, qui soulignent que les femmes ont souvent été considérées comme les principales victimes (Cardinali et al., 2018), mais il pourrait aussi être lié à la difficulté des hommes à rapporter ces expériences dans le contexte culturel et social italien, où, pour un homme, signaler des comportements de violence conjugale peut susciter honte, culpabilité et gêne, ce qui réduit peut-être la probabilité de révéler ces violences (Felson et Paré, 2005).

Comparée à la littérature sur l’accueil familial (Cooley et al., 2018), où émergent surtout des issues négatives comme la difficulté à nouer et à maintenir des relations de confiance et de soutien à l’âge adulte, cette étude confirme l’existence d’un thème de la privation qui semble traverser toute la vie et ne pas se limiter à l’enfance. Le thème du « besoin de solitude » ajoute toutefois aux issues négatives un aspect nouveau : de jeunes adultes en devenir, gagnés par le découragement après des expériences négatives, ne semblent pas disposer de ressources suffisantes pour faire face à la communauté. Si certains thèmes de la présente étude rejoignent les résultats de la littérature sur l’âge adulte émergent, comme l’importance de nouer de bonnes relations dans cette transition critique, nos entretiens ont fait naître des idées nouvelles, comme le rôle de soutien des partenaires. Ces idées complètent la littérature qui a souligné l’importance du capital social (Hook et Courtney, 2011 ; Skobba et al., 2018), confirmée aussi dans notre travail, qui met en évidence l’importance des pairs et de l’engagement dans la communauté. Ce soutien supplémentaire, qui ne vient pas seulement des familles biologiques et d’accueil, pourrait favoriser le renforcement de l’identité et la réduction des sentiments de perte et de rejet (Delgado et al., 2019 ; Wissö et al., 2019). Les relations amoureuses deviennent un thème central du passage à l’âge adulte (Oudekerk et al., 2015), et malgré les premières relations vécues dans la famille biologique, ces jeunes semblent développer une certaine capacité à gérer l’autonomie et les défis qui y sont liés dans les relations adultes, dans différents domaines sociaux (relations amoureuses, amitié, famille). Concernant les thèmes émotionnels, il importe de noter que les récits sur le passage à la parentalité ne sont apparus que dans les entretiens des femmes, ce qui pourrait être cohérent avec l’idéal « centré sur la mère » mis en évidence par différentes études en Italie (Bertolini et al., 2015 ; Wiß et Greve, 2019) et refléter l’idée que la maternité représente un élément relationnel clé de l’identité féminine. Il faut toutefois considérer que les participants masculins n’ont pas encore fait l’expérience de la paternité. L’âge adulte émergent offre aux jeunes l’occasion de réfléchir à leurs expériences passées dans leur famille biologique et leur famille d’accueil, et de se tourner vers le présent et l’avenir (Arnett, 2004, 2015 ; Schwartz et al., 2011). Ce processus est plus complexe du fait de l’expérience de l’accueil familial.

La présente étude est la première recherche qualitative, en Italie, auprès de jeunes ayant quitté l’accueil familial, à explorer leurs issues relationnelles à l’âge adulte émergent. C’est un aspect particulièrement pertinent dans le contexte italien, puisque le système des services ne suit pas le parcours des jeunes après la sortie de l’accueil familial ; cette étude peut donc aussi aider les équipes de terrain à mieux comprendre l’importance de prendre en compte les aspects relationnels. Des études longitudinales retraçant les trajectoires relationnelles de ces jeunes dans le temps apporteraient des éclairages précieux sur les difficultés rencontrées et sur le soutien qui peut leur être nécessaire au-delà de la période qui suit immédiatement la sortie du dispositif. En outre, l’une des forces de cette étude tient à l’ampleur du groupe de personnes participantes, qui représente une population difficile à atteindre et peu représentée dans les études antérieures (Miller et Collins-Camargo, 2016). Cette étude livre cependant le point de vue des jeunes et, de ce fait, d’autres points de vue manquent, qui pourraient être utiles à une compréhension plus complexe des issues relationnelles. De futures recherches pourraient intégrer d’autres points de vue, comme ceux des parents d’accueil, des équipes de travail social ou des familles biologiques, pour parvenir à une compréhension plus globale. Les placements en famille d’accueil de l’échantillon paraissent remarquablement stables, alors que les données nationales suggèrent une fréquence élevée de placements multiples dans l’histoire des jeunes ayant quitté l’accueil familial (seuls 4,5 % n’ont pas d’histoire de placements multiples ; ministère du Travail et des Politiques sociales, 2021). Cela pourrait donc indiquer une situation psychologique plus favorable des personnes participantes de l’étude. Par conséquent, la stabilité des placements observée chez nos personnes participantes ne reflète peut-être pas l’expérience de l’ensemble des jeunes ayant quitté l’accueil familial, puisque les données nationales suggèrent une prévalence plus élevée des placements multiples. De futures études pourraient viser des groupes de personnes participantes plus larges et plus divers, pour améliorer la représentativité des résultats. En outre, nous n’avons pas pris en compte le nombre et le type d’expériences adverses vécues dans l’enfance, ni la manière dont elles influent sur la santé relationnelle actuelle. De futures recherches pourraient explorer la relation entre les expériences adverses de l’enfance (ACE), les issues relationnelles et les effets à long terme du trauma chez les jeunes ayant quitté l’accueil familial. Un autre aspect important, à reconnaître comme piste de recherche future, est l’absence de prise en compte des différences de genre parmi ces jeunes. Explorer la manière dont le genre croise les issues relationnelles pourrait apporter des éclairages précieux sur les besoins et les expériences propres aux jeunes femmes et aux jeunes hommes ayant quitté l’accueil familial en Italie. De futures études pourraient adopter une approche sensible au genre, en examinant comment le genre influe sur les relations des jeunes, leurs réseaux de soutien et leur bien-être global. La recherche pourrait aussi examiner si le genre joue un rôle dans la formation des liens et dans l’établissement d’un sentiment de sécurité avec les parents d’accueil. Elle pourrait par exemple chercher si les jeunes hommes et les jeunes femmes ont des attentes ou des préférences différentes quant au genre de leurs parents d’accueil, et comment ces attentes pourraient influer sur leur perception du soutien et de l’acceptation. Une autre limite de cette étude pourrait être la difficulté d’intégrer des perceptions et des émotions lointaines concernant les issues relationnelles pour réfléchir à son propre niveau de satisfaction.

Les équipes professionnelles pourraient travailler sur les issues relationnelles et les souvenirs, en particulier pendant une transition critique comme l’âge adulte émergent, pour aider les jeunes à donner sens à leur expérience passée. Il paraît très important de développer la formation d’équipes de travail social compétentes dans l’analyse des issues relationnelles et dans le travail de promotion de relations positives, pour la fonction protectrice de ces relations dans l’avenir de ces jeunes. Le recours au récit pour reconstruire la mémoire autobiographique pourrait permettre de donner sens à son passé, à son présent et à l’avenir que l’on anticipe (McLean, 2005), en soutenant ce passage singulier à l’âge adulte et en aidant à en relever les défis.

Complexe Systémique : à retenir

L’intérêt systémique de l’étude est de lire la sortie de l’accueil familial comme une recomposition de loyautés plutôt que comme un simple passage à l’autonomie. Les jeunes appellent « maman » et « papa » leurs parents d’accueil, gardent de bons souvenirs d’une grand-mère ou d’un père biologique, et dévalorisent parfois l’une ou l’autre famille : l’ambivalence n’est pas un échec du placement, elle en est souvent la matière. Deux résultats parlent directement à la clinique. Le rejet peut venir de la fratrie d’accueil, ce qui invite à penser l’accueil comme un engagement de toute la famille, enfants biologiques compris. Et la relation amoureuse, parfois vécue comme salvatrice, devient tôt le lieu où se rejoue la capacité de lien, avec ses promesses et ses risques. Le « besoin de solitude » signale enfin des jeunes à qui manquent les ressources pour aller vers la communauté. Les limites sont nettes : un entretien unique, un échantillon de convenance recruté par les services, des placements plus stables que la moyenne nationale. À lire avec l’article sur les relations de jeunes adultes ayant connu le placement avec leurs parents de naissance, et avec l’article sur la permanence co-construite en accueil familial de long terme.

Notes de l’original

Approbation éthique. Les études impliquant des personnes participantes ont été examinées et approuvées par le département des sciences de l’éducation, dans le cadre d’une convention spécifique entre ce département et les services sociaux locaux. Les principes éthiques qui ont guidé cette étude sont ceux du code de déontologie de la recherche de l’Association italienne de psychologie. Les personnes participantes ont donné leur consentement éclairé écrit à la participation à cette étude.

Contributions. FB et PC ont contribué à l’analyse et à l’interprétation des données, et ont rédigé le manuscrit. LM a contribué à la conception, au devis, à l’obtention et au recrutement des données. L’ensemble de l’équipe a révisé le manuscrit de manière critique et donné son approbation finale, a contribué à l’article et en a approuvé la version soumise.

Financement. Ce travail a été soutenu par la municipalité de Gênes.

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare que la recherche a été menée en l’absence de toute relation commerciale ou financière pouvant être interprétée comme un conflit d’intérêts potentiel.

Note de l’éditeur. Toutes les affirmations exprimées dans cet article n’engagent que les personnes qui le signent et ne représentent pas nécessairement celles de leurs organismes de rattachement, ni celles de l’éditeur, de l’équipe éditoriale et des personnes qui ont relu l’article. Tout produit susceptible d’être évalué dans cet article, ou toute affirmation de son fabricant, n’est ni garanti ni approuvé par l’éditeur.

Remerciements. L’équipe remercie les personnes participantes, qui ont partagé leur expérience, ainsi que la professeure Donatella Cavanna, qui a apporté son expertise et sa collaboration à la collecte des données.

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Traduction non officielle en français de Au prisme relationnel : réflexions sur l’expérience de l’accueil familial chez des jeunes ayant quitté le placement en Italie, par Paola Cardinali, Fabiola Bizzi et Laura Migliorini, Frontiers in Psychology, vol. 14, article 1191307 (2023), doi : 10.3389/fpsyg.2023.1191307, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Through a relational lens: reflections about foster care experience in Italian emancipated foster youth », publié dans Frontiers in Psychology (2023) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Cardinali, P., Bizzi, F., et Migliorini, L. (2023). Au prisme relationnel : réflexions sur l’expérience de l’accueil familial chez des jeunes ayant quitté le placement en Italie (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/au-prisme-relationnel-reflexions-sur-l-experience-de-l-accueil-familial-chez-des-jeunes (Œuvre originale publiée en 2023 dans Frontiers in Psychology, 14, 1191307 (2023) ; republiée en 2023 par Frontiers in Psychology, https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyg.2023.1191307/full)

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