Counselling and Psychotherapy Research · Couple
Quand une femme découvre que son compagnon a des comportements sexuels compulsifs, qu’est-ce qui se brise, et avec qui ? En Australie, l’équipe de Fakri Seyed Aghamiri a interrogé douze partenaires et quinze thérapeutes : travail de détective, honte et isolement, crise spirituelle, et deux tiers des femmes passées par l’automutilation ou les idées suicidaires.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Comportements sexuels compulsifs et conséquences relationnelles : une étude phénoménologique des répercussions sur les partenaires intimes féminines, par Fakri Seyed Aghamiri, Johannes M. Luetz et Karenne Hills, publié dans Counselling and Psychotherapy Research (Wiley) (2025), doi : 10.1002/capr.12850, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les trois tableaux sont présentés sous forme de listes ; la figure 1 reste en anglais, avec une légende traduite ; la figure 2, œuvre d’une participante, n’est pas reproduite ; les déclarations de fin d’article et les deux notes de bas de page sont regroupées dans les notes ; les biographies et la déclaration sur la disponibilité des données ne sont pas reprises. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les femmes touchées ont exprimé qu’elles souffraient davantage des mensonges et de la tromperie de leur partenaire intime que des CSC eux-mêmes.
Fakri Seyed Aghamiri, Johannes M. Luetz et Karenne Hills
Résumé
Contexte. Les études sur l’addiction sexuelle (AS) et les comportements sexuels compulsifs (CSC) dessinent un nouveau champ de la recherche en counseling, qui touche à des répercussions sociales, genrées et culturelles diverses pour les personnes concernées : individus, familles, partenaires intimes et société. Les tabous qui entourent l’AS et les CSC présentent souvent le sujet sous un jour fait d’ignorance et de honte.
Objectifs et méthode. Si l’AS et les CSC chez les hommes retiennent de plus en plus l’attention de la recherche, très peu d’études ont examiné leurs effets relationnels complexes sur les partenaires intimes féminines (FP, female partners). Cette étude comble cette lacune au moyen d’un devis de recherche phénoménologique descriptif. Lors d’entretiens semi-directifs approfondis, des partenaires (n = 12) et des thérapeutes en exercice (n = 15) ont décrit les répercussions relationnelles et leur expérience.
Résultats et discussion. Les résultats mettent au jour des fractures intra- et interrelationnelles qui conduisent souvent les femmes touchées par l’AS ou les CSC à un travail de détective, à l’automutilation et à des idées suicidaires.
Conclusion. Pour plusieurs groupes concernés, cette étude est importante parce qu’elle met en lumière des façons dont les universitaires, les thérapeutes et les organisations religieuses pourraient offrir un soutien plus spécialisé pendant le processus de guérison et de rétablissement.
Implications pour la pratique et les politiques
Le sexe et l’hypersexualité ont gagné en acceptation sociale dans les pays industrialisés (Garcia et al., 2013 ; Kraus et Sweeney, 2019), en grande partie du fait de leur omniprésence dans les médias et la culture populaire (de Alarcón et al., 2019 ; Lewczuk et al., 2022 ; Sigusch, 2001 ; Ter Bogt et al., 2010). L’essor d’Internet et des technologies numériques a encore étendu les industries du sexe, en ligne comme hors ligne (de Alarcón et al., 2019 ; Seyed Aghamiri, 2020 ; Seyed Aghamiri et al., 2022b). Ce contexte a contribué à la prévalence de l’addiction sexuelle (AS) ou des comportements sexuels compulsifs (CSC), des domaines liés à l’accessibilité et à l’acceptation culturelle des contenus et des gratifications sexuellement explicites (Carnes, 2011 ; de Alarcón et al., 2019 ; Wéry et Billieux, 2017).
Davis (2009) présente l’AS et les CSC comme une question sociale pressante, située au croisement de la science et de la culture. Les comportements en cause se caractérisent souvent par une incapacité à maîtriser de fortes pulsions sexuelles, qui conduit à des conduites répétitives altérant le fonctionnement social et pouvant avoir des conséquences durables (Carnes et Adams, 2019 ; Grubbs et al., 2020 ; Reid et Kafka, 2014 ; Sassover et Weinstein, 2024). D’autres termes apparentés sont employés, comme trouble obsessionnel-compulsif du comportement sexuel (TCCS, en anglais CSBD) et comportement sexuel hors de contrôle (Briken et al., 2022 ; de Alarcón et al., 2019 ; Potenza et al., 2017 ; Sassover et Weinstein, 2020 ; WHO—World Health Organization, 2019). L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu le TCCS dans sa classification CIM-11 de 2019 (WHO—World Health Organization, 2019), en soulignant son impact sur les personnes et les relations (Seyed Aghamiri et al., 2022a, 2022b ; Seyed Aghamiri et Luetz, 2021).
Les personnes concernées par l’AS ou les CSC s’engagent souvent dans des activités non paraphiliques qui perturbent leur vie personnelle et professionnelle, comme un usage excessif de la pornographie, la masturbation compulsive et des rencontres sexuelles avec des inconnus (Giordano et al., 2024 ; Seyed Aghamiri, 2023a, 2023b ; Slavin et al., 2020a, 2020b). Parmi les conséquences négatives figurent des problèmes financiers, des ennuis judiciaires, l’isolement social et des relations intimes mises à mal (Reid et al., 2011 ; Walton et Bhullar, 2020 ; Yamamoto, 2020), la satisfaction relationnelle et la confiance diminuant souvent, même lorsqu’il s’agit seulement de consommation de pornographie en ligne (Schneider et al., 2012). Hall (2016) relève le tort particulier que l’AS cause aux partenaires, en ce qu’elle entremêle l’addiction et l’intégrité de la relation.
Les comportements sexuels dysfonctionnels affectent nettement la santé mentale et les dynamiques relationnelles (Vasconcelos et al., 2022). En outre, l’AS et les CSC peuvent provoquer chez les partenaires féminines (FP) un trauma de trahison (TT), caractérisé par une douleur émotionnelle profonde et des dommages psychologiques à la suite de la découverte des comportements compulsifs d’un partenaire (Bergner et Bridges, 2002 ; Freyd, 1998, 2008 ; Seyed Aghamiri, 2023a, 2023b ; Rachman, 2010 ; Steffens et Rennie, 2006 ; Weiss, 2019). De plus, le TT peut reproduire les symptômes du trouble de stress post-traumatique (TSPT) et provoquer désespoir et pensées intrusives, ce qui peut compliquer encore le rétablissement des partenaires touchées (Bergner et Bridges, 2002 ; Seyed Aghamiri et al., 2022a, 2022b ; Steffens et Means, 2009 ; Tirone et al., 2021).
Malgré l’ampleur des implications de l’AS et des CSC, la recherche porte surtout sur les personnes qui présentent ces comportements, ce qui laisse mal comprise l’expérience des partenaires féminines touchées par l’AS ou les CSC de leur partenaire masculin (Vogeler et al., 2018). Les études existantes ont abordé certaines répercussions relationnelles et réactions traumatiques, mais elles éclairent peu l’expérience vécue de ces femmes (Williams, 2019 ; Zitzman et Butler, 2009). Si l’AS et les CSC touchent des personnes de tout genre, la majorité des personnes concernées sont des hommes hétérosexuels, qui connaîtraient des taux plus élevés de comportements obsessionnels (Ballester-Arnal et al., 2013 ; Cooper et al., 2000 ; Kishor et al., 2018 ; Kürbitz et Briken, 2021).
Cette étude visait à explorer les effets relationnels du TT chez des femmes en couple avec des hommes présentant une AS ou des CSC. Elle examine les domaines dans lesquels les thérapeutes pourraient apporter un soutien plus spécialisé. Enfin, elle repère des pistes de recherche future dans des domaines voisins touchant aux dynamiques entre partenaires.
Bien que la littérature ne s’accorde pas sur une définition universellement admise de l’AS et des CSC (Seyed Aghamiri et al., 2022a, 2022b), certains indices montrent que ces notions commencent à retenir une attention professionnelle croissante dans les domaines de la santé, de la thérapie et du traitement (Badii et al., 2020 ; Lew-Starowicz et al., 2022). En particulier, la Classification internationale des maladies de l’OMS (CIM-11)1 a récemment classé le TCCS parmi les troubles du contrôle des impulsions (Briken et al., 2022 ; Grubbs et al., 2024 ; Kraus et al., 2018 ; Lew-Starowicz et al., 2022). La recherche sur l’AS et les CSC est essentielle, car elle peut éclairer les approches que les thérapeutes pourraient adopter pour offrir un soutien individuel et relationnel plus spécialisé, y compris pendant la guérison et le rétablissement.
Les êtres humains éprouvent un fort désir de lien, puisqu’ils sont des êtres sociaux et relationnels (Fiske, 2018 ; Machia et al., 2020 ; Morales-Vives et al., 2021). Dans cette perspective, lorsque des liens intimes sains se maintiennent dans la durée, ils transforment le lien d’attachement (Gómez-López et al., 2019). À l’inverse, les relations qui subissent une rupture ou une trahison, comme celles qui découlent de l’AS ou des CSC, provoquent une douleur psychologique et physique (Campbell et Stanton, 2019 ; Schneider et al., 2012 ; Weiss, 2019). Dans le même ordre d’idées, l’AS et les CSC ont été conçus comme une réaction inadaptée aux facteurs de stress de la vie et aux états émotionnels dysphoriques (Chatzittofis et al., 2022 ; Grubbs et al., 2024).
McCormack et Wignall (2017) affirment que la pornographie est devenue plus banale du fait de l’influence d’Internet sur la culture populaire. Ce phénomène est désigné comme « l’action pornographique de la culture dominante » (McNair, 2013, p. 3), que certaines personnes considèrent comme un moyen d’enrichir leur relation (Kohut et al., 2018). Pourtant, l’idée que regarder ensemble de la pornographie relationnelle augmenterait la satisfaction sexuelle d’un couple repose sur peu de données (Grubbs et al., 2019 ; Weiss, 2020). Il a été montré que la consommation de pornographie nuit au bien-être des partenaires, car elle sape la confiance dans la relation et en affaiblit l’intégrité (Hastings et Lucero Jones, 2023 ; Maas et al., 2018 ; Schneider et al., 2012 ; Steffens et Means, 2009).
Maddox et al. (2011) ont trouvé une corrélation importante entre la consommation compulsive de pornographie (une forme d’AS) et la trahison dans la relation. Par ailleurs, la deuxième Australian Longitudinal Study of Health and Relationships (Richters et al., 2014) a montré que, si le nombre d’hommes regardant des films classés X avait diminué, celui des hommes fréquentant des sites sexuels en ligne avait augmenté. Selon Richters et al. (2014), cela pourrait traduire la disponibilité accrue d’un large éventail de contenus sexuellement explicites facilement accessibles, rendue possible par l’évolution des technologies numériques. Plusieurs études indiquent que regarder de la pornographie a un effet néfaste sur l’intimité, la satisfaction sexuelle et la satisfaction relationnelle dans les relations hétérosexuelles, qu’il s’agisse de fréquentations ou de mariages, même si elle montre des actes de nature relationnelle. C’est particulièrement vrai lorsque la personne qui consomme la pornographie est un homme (Maddox et al., 2011 ; Minarcik et al., 2016 ; Perry et Hayward, 2017 ; Vieira et Griffiths, 2024).
À ce jour, aucune autre étude n’a examiné en profondeur les conséquences relationnelles de l’AS et des CSC sur les partenaires intimes après la découverte ou la révélation de ces comportements. Comme indiqué plus haut, un effet néfaste de l’AS et des CSC, susceptible de nuire de diverses façons à la personne partenaire, est le TT, qui peut être déclenché par la découverte ou la révélation de l’AS ou des CSC (Hunyady et al., 2008 ; Seyed Aghamiri et al., 2022a, 2022b ; Weiss, 2021 ; Williams, 2019). Le trauma relationnel est désigné par le terme de « TT » (Freyd, 1996, 1998), lié aux trahisons de la confiance (Birrell et al., 2017). Plus précisément, la théorie soutient que le degré de trahison augmente avec la proximité de la relation avec la ou les personnes qui trahissent et avec la nécessité apparente de cette relation (Freyd, 1994 ; Kahn et Freyd, 2008). En outre, le profond trauma psychologique que vit une personne trahie dans sa relation intime s’apparente à la blessure d’attachement que subit un bébé séparé de sa mère (Johnson et al., 2001 ; Warach et Josephs, 2021). Comme le TT, le trauma d’attachement est associé à une douleur et à une souffrance existentielles lorsqu’une personne vit des événements interpersonnels traumatiques qui contredisent sa conviction intime qu’autrui est une source de soutien fiable et digne de confiance (Bowlby, 1969, 1977 ; Hazan et Shaver, 1987). Dans le même sens, Steffens et Means (2009) indiquent que :
Bien que le trauma et le stress post-traumatique soient reconnus depuis plus d’un siècle comme des réalités courantes de l’expérience humaine, la reconnaissance du trauma relationnel est venue plus tard, lorsque la recherche a commencé à relever la douleur émotionnelle extrême et les dommages psychologiques que nous subissons lorsque nous sommes trahis ou maltraités par un proche (p. 4).
La recherche suggère que la trahison joue un rôle important dans l’apparition de séquelles post-traumatiques (Gómez et al., 2014 ; Kelley et al., 2012). Selon Gómez et al. (2014), le TT active le centre de la peur et conduit ainsi à un trauma complexe ou à un TSPT et aux symptômes qui l’accompagnent. De fait, Steffens et Rennie (2006) ont constaté qu’à l’exception du critère A1 (un événement menaçant la vie), 69,6 % des participantes remplissaient tous les critères du TSPT. Cette étude a montré que les réactions des partenaires féminines à l’AS ou aux CSC de leur partenaire masculin comprenaient l’hypervigilance, l’évitement, des reviviscences récurrentes et la dissociation. Elle relevait en outre que la révélation « envoie dans le corps une décharge d’adrénaline qui déclenche une réaction de stress » (Steffens et Rennie, 2006, p. 251). Comme le note Fitness (2006, p. 74), l’acte de trahison implique le rejet ou « la dépréciation d’une personne par une autre », et il est extrêmement éprouvant en raison de la perte possible de la relation. Selon Maercker et Hecker (2016), les relations interpersonnelles (avec le système familial, la culture et la société) et, avant tout, la relation avec la personne partenaire intime sont les lieux habituels du rétablissement après un TT. Carnes et Lee (2014) notaient toutefois en passant que la nature de l’AS et des CSC, ainsi que le processus de mise au jour des agissements cachés de la personne partenaire, sont traumatisants et peuvent conduire à l’isolement social et à l’aliénation, ce qui rend difficile, pour les partenaires qui le vivent, de se tourner vers autrui. Le trauma de trahison a sur le cerveau un impact différent de celui d’autres formes de trauma, en particulier lorsque la victime dépend de la personne qui a trahi (Courtois, 2014). C’est pourquoi les victimes de TT ont souvent du mal à reconnaître la réalité de ce qui s’est produit, du fait de leur dépendance physique, psychologique ou relationnelle, qui compromet tout leur sentiment d’identité et d’existence (Freyd, 1994).
La peur de la stigmatisation et de la condamnation associées à l’AS et aux CSC (Carnes et Lee, 2014 ; Hall, 2016), conjuguée au TT, au deuil et aux blessures d’attachement des partenaires qui en subissent les effets, peut entraîner diverses répercussions relationnelles. L’une d’elles est la rupture spirituelle et relationnelle, qui peut susciter de la colère envers Dieu ou une puissance supérieure (Carnes et Lee, 2014 ; Seyed Aghamiri et al., 2024c). La recherche a montré qu’une meilleure qualité de vie et de meilleures relations dépendent du bien-être spirituel (Büssing et al., 2014 ; Peerawong et al., 2019) et que la spiritualité peut influer sur la façon dont les personnes interagissent avec leurs amis, leur famille et les autres (Büssing et al., 2014). La spiritualité englobe de nombreux aspects du sens de la vie et de l’existence humaine, comme ceux qui touchent à l’environnement, au corps, à l’esprit, aux émotions et à l’âme (Luetz et Nunn, 2023 ; Nunn et Luetz, 2021 ; Santos et Michaels, 2022). La recherche indique que des expériences traumatiques peuvent provoquer des crises de la relation spirituelle (Carnes et Lee, 2014 ; Weiss, 2019). Fait important, les partenaires peuvent connaître plusieurs étapes et différents types de découverte ou de révélation, et vivre en conséquence confusion, peur, douleur, rupture avec une puissance supérieure ou Dieu et sentiment d’abandon (Seyed Aghamiri et al., 2024c ; Seyed Aghamiri et Luetz, 2021). Grant (1999) affirmait qu’une expérience traumatique modifie, voire détruit complètement, les conceptions préalables d’une personne sur la vie, le sens et le but. Il peut en résulter une grave crise spirituelle et religieuse (Carnes et Lee, 2014 ; Mahoney et al., 2012), qui comporte du ressentiment envers Dieu ou une puissance supérieure (Pargament et al., 2000).
En somme, la maigre littérature actuellement disponible sur ce sujet suggère des pistes prometteuses pour des recherches plus poussées. Aucune autre étude évaluée par les pairs n’a permis précisément à des femmes, après la découverte de l’AS ou des CSC de leur partenaire, d’exprimer la signification réelle de leur expérience vécue et leurs points de vue relationnels. Aborder l’AS et les CSC en lien avec les relations et le sentiment de connexion a été décrit comme une première étape essentielle, compte tenu de l’importance du bien-être et du fonctionnement de la personne. C’est particulièrement vrai si la mise en discussion de ces questions peut être, de façon significative, « intégrée et normalisée, plutôt que moralisée, pour le plus grand bien des personnes qui en souffrent comme de la société » (Seyed Aghamiri et Luetz, 2021, p. 443). Une compréhension plus approfondie de l’expérience relationnelle vécue et des points de vue des femmes dans ce domaine serait utile aux spécialistes, aux équipes soignantes et aux organisations confessionnelles. Une démarche d’analyse qualitative rigoureuse peut aider à trouver des voies de rétablissement et de guérison.
Cette section présente les démarches méthodologiques de collecte et d’analyse des données recueillies auprès de thérapeutes (groupe complémentaire) et de partenaires intimes féminines (participantes principales), afin d’explorer les implications relationnelles associées à la découverte ou à la révélation d’AS ou de CSC dans les relations intimes. Ce devis de recherche a été choisi délibérément pour faire progresser un domaine en évolution rapide. En matière de méthodes de recherche, les approches qualitatives analysent des événements dans un contexte particulier, tandis que les méthodes quantitatives caractérisent des variables et testent des hypothèses (Creswell, 2015 ; Peoples, 2020). Dans cette optique, le présent travail enrichit la recherche visant à produire de la théorie en formulant des hypothèses (Chen et Luetz, 2020).
Bien que quelques recherches limitées suggèrent, comme on l’a vu, que l’AS et les CSC ont des effets négatifs sur les partenaires intimes, la littérature universitaire évaluée par les pairs présente une lacune importante : il manque des études qualitatives systématiques qui décrivent l’expérience relationnelle vécue des partenaires féminines touchées par le TT (Benfield et Birchard, 2018 ; Bergner et Bridges, 2002 ; Schneider, 2000 ; Schneider et al., 1998, 2012 ; Williams, 2019 ; Zitzman et Butler, 2009). Au regard des effets relationnels du TT, la présente démarche qualitative a été élaborée et employée pour donner la parole à cette population peu étudiée, améliorer les connaissances et en dégager l’essence. Un examen approfondi de l’expérience réelle de cette population peut faire ressortir des similitudes ou des différences contextuelles ou culturelles entre les femmes touchées (Milrad, 1999 ; Schneider, 2000 ; Steffens et Rennie, 2006 ; Williams, 2019 ; Zitzman et Butler, 2009).
Une approche qualitative est donc la plus adaptée pour améliorer l’offre de soins, puisqu’elle permet une compréhension approfondie des relations entre phénomènes biopsychosociaux (Boyle, 1991 ; Seyed Aghamiri et Luetz, 2021). En outre, une approche qualitative aide à mieux comprendre les femmes touchées et à élaborer des moyens de soutenir leur rétablissement sexuel et leur bien-être général face à l’AS, aux CSC et au TT, tout en facilitant la création de politiques sociales adaptées (Seyed Aghamiri, 2023a, 2023b ; Weiss, 2021). La phénoménologie est une méthodologie qualitative bien adaptée à ces buts et objectifs. Ses objectifs premiers sont de comprendre comment les personnes perçoivent leurs expériences et d’examiner l’usage du langage dans les contextes sociaux, politiques et interpersonnels. Pour comprendre l’expérience vécue et les points de vue, la recherche explore en général en profondeur les sentiments et les pensées du public étudié (Peoples, 2020 ; Seyed Aghamiri et al., 2024a, 2024b ; van Manen, 1997). Une approche phénoménologique a permis d’explorer le large éventail d’expériences partagées par les femmes touchées et de produire des perspectives et des idées nouvelles sur leur expérience vécue. En conséquence, l’étude a délibérément conçu et employé un cadre phénoménologique, inscrit dans un paradigme d’enquête qualitatif, pour atteindre ces buts et objectifs.
La question de recherche suivante a guidé l’enquête : quelle est l’expérience vécue des femmes après la découverte ou la révélation de l’AS ou des CSC de leur partenaire masculin ?
Pour explorer et caractériser l’expérience humaine vécue, un cadre qualitatif privilégiant la compréhension phénoménologique était l’approche méthodologique la plus appropriée pour cette étude. Des démarches phénoménologiques descriptives ont donc été employées pour recueillir et analyser les données et répondre à la question de recherche. Une enquête phénoménologique, qui relève du paradigme qualitatif, s’attache à l’ensemble des expériences que les personnes participantes ont à offrir. Elle présente plusieurs points de vue et notions afin de proposer une interprétation nouvelle du phénomène (Creswell, 2015 ; Giorgi et al., 2017 ; Peoples, 2020). Fondamentalement épistémologique, la philosophie de l’approche phénoménologique de Husserl dévoile un savoir corrélé à l’expérience humaine (Husserl, 1970 ; Neubauer et al., 2019). Par conséquent, la phénoménologie descriptive doit donner la priorité à l’expérience vécue, avec une explication complète et approfondie du noyau universel de l’expérience des personnes participantes et de la manière dont elles lui donnent sens. Cette approche reconnaît aussi l’expérience vécue et le bien-être des femmes touchées par l’AS ou les CSC de leur partenaire masculin, en leur permettant de partager fidèlement leur expérience. L’étude cherchait en outre à éclairer les nuances et la complexité des interactions interpersonnelles et à acquérir une compréhension approfondie des techniques d’interprétation pertinentes (Willig, 2013). Surtout, les méthodes qualitatives étaient les plus adaptées puisque cette étude portait sur l’importance et la qualité des expériences (Denzin et Lincoln, 2013).
Le processus de collecte des données a comporté l’obtention de l’approbation du comité d’éthique, le recrutement et la sélection des personnes participantes, la collecte d’informations démographiques, la garantie de l’anonymat, le recueil des formulaires de consentement éclairé et la conduite d’entretiens semi-directifs approfondis. L’étude a reçu l’approbation éthique du comité d’éthique de la recherche sur l’être humain (HREC) de l’Alphacrucis University College (AC).
L’âge, l’origine ethnique, la durée de la relation avec le partenaire masculin, le niveau d’études, le niveau de revenu, la profession, l’appartenance religieuse ou spirituelle, ainsi que le nombre et l’âge des enfants figuraient parmi les données recueillies auprès d’un groupe hétérogène de participantes principales (tableau 1). Le Sexual Addiction Screening Test (SAST), créé par Carnes (1991, 2000), a servi d’instrument de recrutement afin d’éviter une sélection biaisée.
Tableau 1 — Participantes (groupe principal) : données démographiques
Toutes les participantes sont de genre féminin. Pour chacune : âge, nationalité, situation conjugale, durée de la relation (années), niveau d’études, nombre d’enfants, religion avant les CSC, religion après les CSC, modalité d’entretien.
Cette recherche visait à étudier les partenaires féminines dans la perspective paradigmatique de la construction sociale. Aucun outil de diagnostic médical n’a donc été utilisé pour déterminer quelles personnes remplissaient les conditions pour participer à l’étude. L’étude a recouru à un échantillonnage non aléatoire pour recruter 12 partenaires australiennes âgées de 21 à 63 ans (le groupe principal) et 15 thérapeutes (C, groupe complémentaire). Le recrutement des participantes touchées était subordonné au fait d’être (ou d’avoir été) engagées dans une relation exclusive et stable depuis au moins 12 mois.
Un échantillon de taille modeste convient à la recherche phénoménologique (Creswell, 2015) ; cette étude qualitative a recruté un nombre maîtrisable de personnes (n = 27), choisies précisément pour permettre l’examen et l’interprétation approfondis d’un phénomène (Patton, 2002). L’objectif méthodologique de l’étude était donc de mener des entretiens en présence avec chacune des participantes principales dans un centre privé de counseling à Brisbane, dans le Queensland (Australie). Un petit nombre de participantes ont aussi été recrutées par l’intermédiaire de programmes en 12 étapes organisés par Sex Addicts Anonymous (SAA) et Sexaholics Anonymous (SA), dont les partenaires masculins fréquentaient régulièrement les réunions pour obtenir du groupe un soutien face à leur AS ou à leurs CSC. En outre, un échantillonnage en boule de neige, qui convient aux études portant sur des populations cachées, a permis de trouver d’autres participantes (Naderifar et al., 2017).
Les thérapeutes représentaient un large éventail de groupes démographiques : membres du clergé titulaires d’une qualification en counseling, psychologues et médecins exerçant comme thérapeutes, avec dans tous les cas au moins 10 ans d’expérience professionnelle. L’ajout de ce groupe supplémentaire a renforcé la rigueur méthodologique par la triangulation (Creswell, 2015 ; Fusch et al., 2018). Ce groupe complémentaire (tableau 2) a accru la rigueur méthodologique par la triangulation (Creswell, 2015 ; Fusch et al., 2018). Toutefois, l’accent a été délibérément mis sur la voix des partenaires féminines, le point de vue des thérapeutes servant de vérification supplémentaire (méthode de triangulation) pour valider l’expérience et les récits des participantes.
Tableau 2 — Thérapeutes (groupe complémentaire) : données démographiques
Pendant les entretiens semi-directifs, chaque personne participante pouvait donner autant ou aussi peu d’informations qu’elle le souhaitait.
Toutes les questions d’entretien ont été prétestées par plusieurs universitaires, membres du clergé, thérapeutes et couples ayant vécu l’AS ou les CSC, afin d’établir la liste définitive. La révision qui a suivi a garanti que toutes les questions étaient suffisamment précises, claires et dénuées de biais. Il en est résulté une liste définitive de 13 questions ouvertes dans l’instrument de collecte, qui interrogeaient les partenaires féminines (participantes principales) sur leur expérience après avoir appris l’AS ou les CSC de leur partenaire masculin. Voici quelques exemples de questions de l’instrument :
Quatre questions ouvertes ont aussi été posées aux thérapeutes (groupe complémentaire), avec l’invitation à partager les enseignements tirés de leur travail auprès de cette population. En voici un exemple :
Les données ont été recueillies entre 2021 et 2023. Elles ont ensuite été examinées selon une démarche analytique qui a soutenu l’élaboration des thèmes et des codes. Cette méthode a comporté plusieurs cycles de codage informatique dans NVivo 12 après un codage manuel (QSR International, 2021). L’analyse thématique des données a été menée du début à la fin de la collecte. Pour dégager le cœur de l’expérience des partenaires féminines, les motifs et les thèmes émergents ont été examinés dans les entretiens. Cette méthode a exigé un journal réflexif et des notes de terrain pour mieux comprendre les données. Les démarches méthodologiques de Sundler et al. (2019) et les prérequis philosophiques de Husserl (1960) ont servi à analyser les données de cette étude. Comprendre les données exige de lire les transcriptions avec un esprit ouvert. Les grands thèmes ont commencé à émerger après plusieurs lectures à voix haute de la transcription « avec un esprit ouvert » (Seidman, 2006, p. 117). En outre, pour repérer thèmes et significations, les transcriptions d’entretiens ont été lues plusieurs fois à voix haute tout en écoutant les enregistrements audio. Écouter le ton des voix pendant la lecture aidait à déchiffrer les significations subtiles du texte et du langage. Puisque les significations premières pertinentes appelaient une description approfondie, elles ont été catégorisées, ordonnées et codées en plusieurs regroupements. Le codage a consisté à repérer des traits distinctifs et des annotations jugés utiles pour répondre à la question de recherche (Merriam et Tisdell, 2016). Enfin, l’analyse des données a consisté à regrouper les éléments en un tout porteur de sens. Pour cela, les descriptions des personnes participantes ont été passées au crible avec soin pour en relever les expressions marquantes. Il importait de ne pas forcer l’établissement rapide des significations, mais de les laisser se développer naturellement.
Cette étude a mis en évidence des répercussions relationnelles multiples chez des partenaires féminines dont la confiance relationnelle avait été violée par les CSC dissimulés de leur partenaire masculin. Les résultats offrent une analyse approfondie de l’expérience relationnelle vécue et du bien-être général des partenaires féminines d’hommes présentant une AS ou des CSC, après la révélation de ces comportements.
Des sous-thèmes de « travail de détective » et de sentiment d’isolement sont apparus dans les récits des partenaires féminines sur leur expérience vécue et les répercussions relationnelles après avoir appris les CSC de leur partenaire masculin. L’un des thèmes les plus fréquents a été l’expérience de la découverte ou de la révélation. Toutes les partenaires (100 %) ont reconnu que leur première découverte était minime au regard de l’ampleur réelle des activités secrètes de leur compagnon. Une femme touchée, par exemple, a dit ignorer encore l’étendue des CSC de son partenaire. Elle a clairement exprimé son désespoir de connaître la vérité, alors que son mari refusait de donner une explication complète ou exacte de ses actes. Elle s’est alors mise à jouer les détectives, en déclarant :
…J’étais très bouleversée, je l’appelais au travail, je vérifiais son téléphone, j’allais sur son ordinateur et je fouillais tout à fond, même si je n’étais pas douée avec la technologie et que je n’allais sans doute rien trouver. Je me sentais tellement dépassée, parce que comment est-ce que je peux savoir ? J’ai besoin que tu me dises la vérité, et tu ne me dis pas la vérité, alors comment est-ce que je pourrais te refaire confiance un jour ? (FP 05)
Une autre a ajouté :
Je l’ai découvert parce qu’il m’a dit qu’une personne le faisait chanter… Il m’a révélé une partie, seulement la partie liée au chantage, et il me demandait de l’aider à se sortir de la situation dans laquelle il s’était mis. Quand il m’a expliqué la situation, c’était une expérience cybersexuelle mineure et ponctuelle avec une jeune femme. Il a dit que c’était arrivé une fois et qu’il ne l’avait jamais touchée… et que c’était lui la victime. Ce n’était que la première découverte ; il a aussi inventé à ce moment-là tout un tas de mensonges pour me faire peur, comme quoi des gens étaient venus chez nous… des chefs de gangs de l’ice [la méthamphétamine], en gros c’était du gaslighting. J’avais tellement peur que des gens viennent chez nous et nous fassent chanter, c’était ça le traumatisme ; pendant les premières semaines, j’étais terrifiée à l’idée que quelqu’un vienne chez nous ou que quelqu’un m’aborde dans la rue, je me sentais menacée et en danger. Il m’a aussi dit à ce moment-là qu’il était allé vers le cybersexe parce que je n’étais pas assez coquine, qu’il était juste un type très porté sur le sexe, qu’il avait plus besoin de sexe que les autres hommes, et qu’il essayait de me protéger de ses penchants parce que ce genre de sexe ne m’aurait pas plu (FP 03).
Il était clair que ces partenaires vivaient une détresse continue faute de pouvoir apprendre facilement la vérité. Une femme, furieuse, a déclaré qu’après la première découverte, elle n’avait « …découvert plus d’informations et plus de trahison qu’en jouant les détectives » (FP 08). De même, une autre a dit : « J’ai commencé un travail de détective et, petit à petit, j’en ai découvert davantage. C’était l’enfer. En quelques mois, presque tout est sorti grâce à mes découvertes de détective » (FP 09). Toutes les participantes ont exprimé la souffrance insupportable qu’elles ont endurée en apprenant que leur partenaire leur avait caché la vérité. Une femme a raconté qu’elle avait autrefois fait entièrement confiance à son mari. Mais après la première découverte, elle s’est sentie obligée d’agir en détective et est devenue méfiante à l’égard de tout pour découvrir les choses par elle-même, parce qu’il refusait de lui dire la vérité sur ses actes passés. Elle a poursuivi : « …Je n’avais jamais fait ça de tout notre mariage, et j’ai vérifié son téléphone pour la toute première fois. J’ai vérifié son compte Uber, et il y avait une maison close dans son historique » (FP 11). Fait notable, toutes les partenaires ont évoqué des aspects de ce « travail de détective ». En particulier, l’une des plus jeunes a réfléchi à son expérience dans ce contexte et a dit :
…J’ai d’abord découvert qu’il se masturbait pendant que je dormais. J’ai regardé l’historique de son téléphone pendant qu’il dormait et j’ai compris. Quelques mois plus tard, c’est arrivé de nouveau. Quelque chose en moi m’a dit d’appuyer sur le bouton de l’historique de son téléphone, et c’est là que tout est apparu. Il a révélé un peu de choses. J’avais toujours besoin de savoir ce qu’il faisait (FP 12).
Les conséquences du TT ont touché les relations de ces femmes avec les autres et ont aussi contribué à un isolement qu’elles s’imposaient. Une participante a raconté qu’elle avait honte et ne pouvait se tourner vers personne. Elle a ajouté : « …sa famille l’a juste humilié encore plus quand les choses sont sorties. Il m’en a voulu parce que ça a détruit la façade qu’il présentait devant eux, mais ce n’était qu’une infime partie de toute la vérité » (FP 02). Le récit d’une autre femme montrait la même réticence à exprimer sa souffrance et le même sentiment de devoir se retirer dans la solitude. Elle a poursuivi : « avec mes parents, j’avais honte de ce qui m’était arrivé, à moi et à ma vie. Je suis triste pour eux qu’ils aient dû me voir traverser ça. J’avais honte et j’étais gênée qu’il puisse choisir de faire ça » (FP 04). La plupart des femmes touchées ont dit s’être senties isolées et seules en raison de l’absence de transparence et de connaissances dans la société sur les CSC. Les partenaires féminines ont ainsi éprouvé un large éventail de sentiments difficiles, comme une honte profonde, le désespoir, la solitude, l’abattement et la peur du jugement. Une partenaire dans cette situation a décrit son expérience personnelle et affirmé : « …les gens ne comprennent pas l’AS, et ça m’a fait me refermer parce que je ne voulais parler à personne » (FP 12). Apprendre les CSC de leur partenaire masculin a eu un coût considérable pour la plupart de ces femmes, qui craignaient aussi que d’autres les jugent défaillantes ou coupables. Elles ont ainsi été poussées encore davantage dans la honte, l’isolement et le repli. Ces sentiments trouvaient un écho dans l’expérience d’une participante âgée, qui a déclaré :
Après avoir appris ses comportements, je me suis coupée de tout le monde. J’étais gênée et je portais beaucoup de honte. J’avais l’impression que tout le monde savait et pouvait le sentir sur nous. Je me sentais seule et isolée. Je restais enfermée à la maison. Je ne pouvais pas en parler à ma communauté d’Église par peur de la stigmatisation et du jugement (FP 09).
Par exemple, une partenaire a illustré cet état d’esprit en disant : « J’étais fière de la qualité de mon mariage. Je n’arrêtais pas de m’en vanter et de dire combien j’avais de la chance. Ça me gêne d’avoir été si fière de ça. Je me sens gênée et honteuse » (FP 11).
Les thèmes repérés et les propos des partenaires féminines ont été confirmés par les thérapeutes à partir de leurs observations et de leurs échanges thérapeutiques avec elles. Ces thérapeutes ont repris les affirmations des partenaires féminines et dit que les partenaires touchées
Ont très souvent tendance à cacher ces choses à leurs amis et à leur famille, alors elles peuvent arrêter d’aller aux rassemblements religieux à l’église parce qu’elles ne veulent pas que leur famille ou leurs amis les voient blessées, ou parce que leur partenaire leur impose de garder le secret (C 13).
Plusieurs propos rapportés mot pour mot montrent combien l’expérience relationnelle vécue des partenaires féminines et leurs réactions à l’AS ou aux CSC sont comparables et reliées. Par exemple, une femme a rapporté : « beaucoup de choses me déclenchent et… j’ai tendance à juste me dissocier. Je me sens tellement abîmée » (FP 02). Le récit d’une autre femme touchée sur son expérience personnelle était le suivant : « à cause du traumatisme, je devenais juste insensible… j’étais tellement stressée. Les souvenirs et le traumatisme qui va avec restent posés sur votre épaule et surgissent de temps en temps, juste pour vous rappeler qu’ils ne sont pas encore partis » (FP 07). Une autre femme a confié qu’elle luttait contre le doute de soi :
Je luttais contre le sentiment que je l’avais peut-être mérité… J’aurais voulu ne pas avoir besoin de dire non tant de fois, sur un ton particulier, pour qu’il comprenne. Même maintenant, je suis assise là et je doute de moi, je doute de mes souvenirs, je doute de tout ce qui s’est passé parce qu’il est tellement persuasif, et ce n’est que quand je suis loin de lui que je reconnais des choses qui ne sont peut-être pas normales ou pas acceptables. Sur le moment, c’est tellement facile de tout croire, et c’est vous qui êtes folle et qui avez tort, peu importe à quel point les gens autour de vous vous donnent raison. Quand vous êtes de retour dans ce trou avec cette personne, ça vous dévore, je suppose… Toute ma réalité est différente aujourd’hui, parfois je ne sais plus ce qu’est la réalité, et ça a été un énorme bouleversement (FP 02).
Une autre femme a exprimé des sentiments semblables :
Pendant tout notre mariage, je me suis toujours sentie inférieure sexuellement. Il m’a toujours dit qu’il voulait plus de sexe, alors j’ai toujours eu l’impression de ne jamais être à la hauteur sexuellement. Je me souviens qu’une fois, il était assis là et essayait de me demander quels étaient mes fantasmes, mais je n’en avais pas, alors j’avais l’impression d’être toujours la naïve, l’innocente, tandis que lui était l’amant viril qui savait tout… [avec le temps] il a beaucoup changé, il se renfermait, passait beaucoup de temps seul, toujours en colère, détestant son travail, détestant la vie, rien n’était jamais assez bien, ou alors il oscillait entre ces choses négatives et le fait d’être vraiment charmant et drôle, parce que c’est son mode de fonctionnement et que c’est comme ça qu’il s’en sort. Toute sa vie consistait à faire une blague, à rendre les choses drôles, amusantes, et les gens pensent que c’est la personne la plus drôle qui soit : c’est une défense. Il oscillait entre les deux. À un moment, je me souviens de m’être dit : « Je me demande s’il a une liaison », mais je ne pensais pas qu’il le pouvait parce qu’il n’avait pas le temps, et je savais toujours où il était, du moins c’est ce que je croyais. Je ne me souvenais même pas qu’à un moment, de l’argent avait commencé à disparaître d’un compte, et je lui en avais parlé, ce qui s’est mal passé parce qu’il s’est mis très, très en colère contre moi, qu’il m’a accablée de reproches et qu’il a dit que ma famille le détestait (FP 03).
La relation intime entre les partenaires féminines et leur partenaire masculin a aussi été mise à mal par les tromperies continuelles, ce qui a entraîné une dégradation et une fracture relationnelles importantes. Une femme touchée a raconté son expérience en ces termes :
Mon partenaire ne m’a jamais fait sentir aimée ni désirée, ni que je comptais pour lui. Tout tournait autour de la décharge sexuelle… J’avais l’impression que, pour être les femmes qu’il regardait en ligne, je devais jouer un rôle particulier pour lui donner la satisfaction dont il avait besoin, et ça m’a brisée encore plus parce que je n’aimais pas certains de ces rôles que je jouais. Il ne m’a pas demandé si j’étais à l’aise avec ça, il ne m’a pas demandé si certains étaient peut-être douloureux ou impossibles à faire. Comme je l’ai dit, je n’étais pas à l’aise. Ça m’a brisée. J’avais l’impression d’être une chose qu’on utilise, utilisée pour qu’il obtienne sa décharge (FP 01).
Une autre a dit :
On me présentait comme celle qui posait problème [un problème qui ne disparaîtrait que] si j’avais l’esprit plus ouvert, si j’étais d’un niveau supérieur, une « personne évoluée » qui comprend que les partenaires sexuels multiples, ça existe, et patati et patata (FP 02).
Après la première découverte, toutes les partenaires féminines ont rapporté que leur partenaire avait réagi par le déni et la tromperie. En outre, il semblait que les hommes qui avaient ces comportements compulsifs les jugeaient parfois eux-mêmes si irrespectueux et déplacés qu’ils en étaient incertains, effrayés ou honteux, et qu’ils préféraient continuer à tromper plutôt que d’arrêter et de révéler honnêtement les faits. Après confirmation par son partenaire au moment de la révélation, une femme a souligné qu’« il avait… compartimenté2 si longtemps qu’il ne mesurait même pas tout ce qu’il avait fait » (FP 09). Il s’était apparemment juré « d’emporter tous ces sombres secrets dans sa tombe » (FP 09). Après la première découverte, l’une des partenaires a partagé son expérience personnelle en disant : « il ne m’a donné qu’une certaine part de vérité, jusqu’à ce que je commence à être vraiment méfiante et à fouiller son téléphone, et c’est là que j’ai pris conscience de l’ampleur. Je l’interrogeais là-dessus. C’étaient en grande partie des demi-vérités » (FP 02). De même, d’autres ont dit : « Je me suis sentie rejetée » (FP 08), ou ont pensé : « Je devenais folle » (FP 09). Une participante en larmes a confié : « C’était une bombe tellement énorme à essayer d’encaisser. Je suis triste » (FP 11). Une femme a aussi déclaré, en pleurant, qu’elle avait cru qu’il n’y avait plus de comportements cachés après la première révélation, mais c’était avant qu’elle ne découvre la tromperie :
Je suis partie à la chasse, et chaque bout de papier que je trouvais était analysé au cas où il contiendrait un mot de passe ou un lien vers quelque chose. C’est comme ça que j’ai découvert qu’il avait un tout autre nom, une adresse e-mail et d’autres choses créées sous un faux nom. Alors il y a eu une période… je dirais presque trois mois, pendant laquelle je n’arrêtais pas de découvrir des choses sur lui, et on a l’impression que ça ne finira jamais. Cette période a été horrible, rien que des découvertes… Il n’admet toujours pas avoir un problème. Il est toujours le type porté sur le sexe qui a un peu perdu le contrôle. Mais à ce stade, j’ai des preuves concernant 47 femmes, et j’ai des reçus d’hôtel. Je suis allée sur Google Maps et j’ai pu retracer chacun de ses trajets en voiture… J’ai des tableurs de ce qu’il a fait, alors il lui est devenu de plus en plus difficile de faire comme si de rien n’était. (FP 03)
Pour les femmes touchées, les conséquences de la découverte de l’AS ou des CSC de leur partenaire masculin dépassaient leurs relations personnelles et touchaient aussi leur relation spirituelle avec Dieu ou une puissance supérieure. D’après les résultats de cette étude, les ruptures relationnelles causées chez les femmes touchées par le TT lié à l’AS ou aux CSC avaient aussi un impact négatif important sur les dimensions spirituelles de la relation. Même celles qui se disaient athées (FP 09), agnostiques (FP 02) ou qui affirmaient « ne pas croire en Dieu » (FP 02) ont reconnu avoir d’abord ressenti de la colère envers Dieu et avoir douté de sa justice (FP 03). Une femme a confié un sentiment de manque d’assurance :
Ça a été une lente érosion de mon sentiment d’identité et de ma valeur, et ça s’est manifesté de beaucoup de façons spirituelles, et je me sens juste coupée de tout, incertaine de qui je suis et de savoir si je vaux même quelque chose (FP 02).
Des crises spirituelles et relationnelles complexes et potentiellement néfastes semblent survenir de bien des manières. Par exemple, même des partenaires intimes féminines qui se définissaient comme agnostiques ou athées ont fait part d’une rage envers Dieu ou une puissance supérieure. Elles semblaient en colère contre Dieu et se sentaient injustement traitées. Les femmes ayant vécu un TT exprimaient aussi souvent un deuil, qui aggravait leur crise spirituelle. Bien qu’issues de milieux démographiques relativement divers, ces femmes avaient beaucoup en commun dans leur expérience relationnelle et spirituelle. Leur foi était souvent brisée, en Dieu ou en une puissance supérieure, en leur partenaire masculin, en elles-mêmes et dans les autres, et elles avaient le sentiment que leur spiritualité ou leur foi les avait trahies et trompées, puisque Dieu avait permis que l’offense se produise. Elles exprimaient un sentiment d’injustice et le fait d’« être en colère contre Dieu » (FP 08). Elles ne pouvaient concevoir que des femmes qui avaient été des piliers de leur Église ou de leur communauté de foi souffrent ainsi. Plusieurs femmes ont dit croire que Dieu « ne va pas m’aider » (FP 02) et que, par conséquent, « Il doit me détester » (FP 03), ou se demandaient « pourquoi ma loyauté envers Lui n’est pas réciproque » (FP 13), ce qui en a amené certaines à « s’éloigner de Dieu » (FP 04). De nombreuses femmes croyantes ont aussi fait remarquer que leur communauté de foi ne leur avait pas apporté une aide suffisante, ou ne leur avait été d’aucun secours. Elles ont en conséquence éprouvé un sentiment accru d’aliénation et de déconnexion spirituelles. Par exemple, une femme chrétienne a confié :
Je ne pouvais pas en parler à ma communauté d’Église à cause de la stigmatisation et du jugement… J’étais instable physiquement et émotionnellement, et les personnes censées prendre soin de moi n’ont pas su assurer ma sécurité… J’aurais guéri plus vite si j’avais eu ma communauté de foi autour de moi (FP 09).
Une femme s’est dite déçue par son pasteur, qui lui avait demandé de « lire la Bible et de pardonner » (FP 09). Une autre femme chrétienne se demandait :
est-ce que ça fait de moi une mauvaise chrétienne, parce que j’ai du mal à lui pardonner ? Parce que chaque fois que je le regarde ou chaque fois qu’il veut du sexe, ça me le rappelle, et je me souviens de nouveau que je ne lui ai pas pardonné (C 08).
La grande majorité des thérapeutes (y compris des membres du clergé, C 11, C 14 et C 15) ont relevé des signes de ressentiment envers Dieu ou d’éloignement de Dieu. Ces points de vue corroboraient les informations fournies par les partenaires féminines. Selon ces thérapeutes, « beaucoup de femmes se sentent trahies spirituellement, elles ont le sentiment que Dieu les a laissées tomber » (C 04) et, « ayant découvert qu’elles ont été trompées dans un domaine, elles peuvent se demander spirituellement si elles ne l’ont pas été dans d’autres » (C 06). Une personne médecin exerçant comme thérapeute a en outre déclaré :
Les répercussions spirituelles s’apparenteraient au TSPT. Ce serait traumatisant, et parfois il peut y avoir une résolution physique et émotionnelle, mais leur esprit est encore sous le choc. Il reste donc des effets de séparation, de rejet, de retrait [et] de coupure avec Dieu comme avec les autres (C 07).
Une autre conséquence relationnelle grave de l’AS et des CSC concernait la dimension intrarelationnelle, c’est-à-dire la façon dont les femmes touchées se rapportaient à elles-mêmes et se sentaient poussées à des comportements d’automutilation ou à des idées suicidaires. Une proportion importante de ces femmes (66 %) avaient eu des comportements d’automutilation, ou avaient envisagé ou tenté le suicide. Fait surprenant, les femmes qui s’étaient automutilées, souhaitaient mourir ou pensaient au suicide figuraient aussi parmi celles qui affirmaient que leur partenaire masculin ne les avait trahies d’aucune manière, ni physiquement, ni sexuellement, ni en regardant de la pornographie et en se masturbant compulsivement et en secret. Par exemple, une partenaire a dit : « J’ai pris une surdose de médicaments et j’ai fini à l’hôpital » (FP 11). Une autre a dit avoir découvert que son partenaire regardait de la pornographie et se masturbait en secret, à peu près comme son père. Elle a déclaré : « J’ai trouvé le Covid et l’isolement très difficiles, et parfois je me suis fait du mal après ma découverte, début 2020. Je me frappais surtout, en partie à cause de cette coupure avec mon corps, et j’étais aussi en colère contre mon père et mon partenaire » (FP 05). De même, une autre femme a déclaré :
En 2017, j’ai eu ce moment où j’en avais fini avec la vie et où je ne voulais plus vivre ; j’ai clairement eu des pensées suicidaires. J’avais l’impression que personne ne pouvait m’aider ni me comprendre, alors je me suis coupée du monde. Mais ce faisant, j’avais des choses non digérées, alors j’ai décidé que trop, c’était trop, que je ne pouvais plus le supporter, et j’ai pensé au suicide plusieurs fois. C’était sans doute quatre ans après la première découverte (FP 13).
Une autre ramification relationnelle exprimée par les partenaires touchées était la tendance compulsive à se comparer à d’autres femmes et à s’auto-objectiver (s’évaluer d’après son apparence). Par exemple, l’une d’elles a dit :
Je crois que je regardais les autres femmes attirantes bien plus que lui. C’était vraiment difficile, et je devenais très obsédée par ce qu’elles portaient, et par la question de savoir si ce que je portais était attirant… J’étais obsédée par l’apparence des autres femmes par rapport à moi (FP 05).
Une autre partenaire a reconnu une tendance à s’auto-objectiver ou à se comparer compulsivement à d’autres femmes :
Je me regardais avec tellement de dégoût : « Si seulement j’étais cette fille, si seulement j’étais comme ça. » Je me suis rendu compte que la seule chose qui me manquait, c’était d’être une personne complètement différente. C’est le fait de ne pas pouvoir être quelqu’un d’autre qui vous donne ce sentiment de désespoir. Encore aujourd’hui, je déteste voir les autres femmes comme des concurrentes. Je détestais la façon dont je voyais les autres femmes. Je déteste les regarder et fixer aussitôt leurs seins, ou faire des comparaisons : « Oh, elle a de belles jambes, de plus belles jambes que moi. Elle a de plus gros seins ; si seulement j’avais ça. » Peu à peu, j’en suis même venue à voir mes sœurs autrement, comme si elles méritaient davantage des relations aimantes parce qu’elles étaient plus attirantes (FP 02).
En résumé, les partenaires féminines ont fait part d’une multitude de répercussions relationnelles qui ont porté atteinte à leur sentiment d’identité relationnelle et de sécurité. Parmi les questions soulevées figuraient les récits d’un « travail de détective » pour découvrir la vérité, la tromperie continue de leur partenaire masculin, l’isolement qu’elles s’imposaient, la gêne sociale et la stigmatisation, des relations intimes brisées avec soi-même, le partenaire, Dieu ou les autres, et enfin des confidences sur l’automutilation, les pensées ou tentatives suicidaires et les comparaisons compulsives avec d’autres femmes, ainsi que l’auto-objectivation, entre autres.
Conformément à des recherches antérieures (Courtois, 2014 ; Minwalla, 2014 ; Zitzman et Butler, 2009), la présente étude a constaté que 100 % des femmes touchées rapportaient avoir vécu un TT, une blessure d’attachement liée au TT ou différentes formes de trauma relationnel (Campbell et Stanton, 2019 ; Steffens et Means, 2009). Les recherches d’Atwood et Schwartz (2002), de Laaser et al. (2017) et de Schneider et al. (2012) ont aussi montré que les effets négatifs sur les partenaires sont souvent les mêmes, quel que soit le type de CSC et que les activités secrètes se déroulent en ligne ou hors ligne ; la présente étude confirme également ces constats. Selon Laaser et al. (2017), 60,89 % des personnes partenaires étudiées présentaient des signes de TSPT et considéraient leur expérience comme extrêmement traumatisante, quel que soit le type de trahison relationnelle.
D’après les résultats de la présente étude, les CSC ont un effet néfaste comparable sur les relations intimes (baisse de la confiance relationnelle et travail de détective) et entraînent des atteintes relationnelles durables (isolement, honte ressentie et honte sociale) chez les partenaires touchées, puisque toutes ont vécu la tromperie, la malhonnêteté et la trahison de la confiance relationnelle. Compte tenu de la diversité démographique de ces femmes, il a été surprenant de découvrir qu’elles avaient toutes des réactions traumatiques semblables. Comme dans les résultats de Schneider et al. (2012), il ne semblait pas importer que leur partenaire ait seulement pratiqué des CSC virtuels ou des rencontres réelles : l’essence de la trahison (déni, tromperie et duplicité) et ses effets restaient manifestes. Le résultat le plus important est que chaque femme a décrit diverses conséquences négatives liées au TT. La mise au jour, par ces femmes, des mensonges cachés et persistants a provoqué la première fracture dans la relation intime et les a contraintes à commencer à enquêter et à jouer les détectives (Gottman, 2011 ; Gottman et al., 2013).
L’expérience déroutante d’avoir été trompées, manipulées, contraintes et dupées par leur partenaire masculin, qui cherchait à préserver ses comportements secrets, a poussé ces femmes à se sentir obligées de faire un travail de détective pour rétablir la sécurité relationnelle et se préparer à de probables récidives. Ce résultat rejoint d’autres études, menées par Carnes (2018), Carnes et O’Connor (2016) et Johnson et al. (2001), qui sont parvenues à des constats semblables. Selon ces travaux, ces comportements découlent du trauma d’attachement ou du tort causé par la trahison ou l’infidélité dans les relations, et ils sont animés par un besoin de protection.
La gêne sociale, la honte et l’isolement vécus par les partenaires féminines de cette étude corroborent les résultats d’autres études (Carnes, 2018 ; Manning et Watson, 2008 ; Porges, 2018 ; Skinner, 2020). Selon Manning et Watson (2008), « 68 % des femmes ont connu une forme d’isolement à la suite de la révélation ou de la découverte de comportements sexuels problématiques dans leur mariage » (p. 242). Les résultats de la présente étude montrent toutefois qu’en raison des CSC de leur partenaire, 100 % des partenaires féminines ont éprouvé des sentiments d’humiliation, de gêne ou de solitude. Les écarts apparents de fréquence soulignent la nécessité de recherches supplémentaires dans ce domaine, qui, comme le note Futrell (2021), a reçu trop peu d’attention scientifique.
L’examen attentif des données recueillies a révélé qu’immédiatement après la découverte ou la révélation de l’AS ou des CSC de leur partenaire, chacune des femmes de la présente étude, soit 100 % d’entre elles, s’était sentie seule et avait eu peur de la stigmatisation sociale. Cette étude confirme les constats de Vanzant (2015), selon lesquels, lorsque les personnes pensent que l’amour est absent, la peur, réaction naturelle, prend le dessus. Vanzant ajoute que le manque d’amour communique un sentiment de danger dans la vie, ce qui pousse l’esprit à se représenter l’isolement et la solitude. Les participantes de la présente étude se sont apparemment abstenues de demander de l’aide par peur d’être jugées et humiliées par les autres. Elles se sont plutôt senties contraintes de rester dans l’isolement et le silence. Cela concorde aussi avec ce que Skinner (2020, p. 124) a rapporté au sujet des partenaires de personnes dites « dépendantes au sexe » :
La honte est l’une de leurs plus grandes peurs ; elles craignent que les autres les jugent pour ne pas avoir agi plus tôt et se demandent comment les autres les verront si elles révèlent ce qui se passe dans leur mariage. La honte et la gêne empêchent souvent ces personnes de chercher le soutien dont elles ont besoin.
Les résultats de la présente étude indiquent que, qu’elles aient décidé de rester dans leur relation ou d’y mettre fin, les femmes trahies se sentaient perdues et impuissantes à comprendre pourquoi elles se sentaient bloquées et incapables de reprendre le cours de leur vie. Cela confirme les recherches de Gottman (2011), selon lesquelles on ne sait pas clairement pourquoi les personnes qui vivent un TT choisissent de ne pas mettre fin à leur relation ou de ne pas tourner la page. Malgré la croyance répandue selon laquelle le trauma prend fin avec la relation, des recherches antérieures indiquent que mettre fin à la relation ne fait pas disparaître la blessure (Gottman, 2011 ; Hall, 2016). Les résultats de la présente étude, qui montrent que les femmes ayant quitté leur relation d’engagement continuaient à se sentir bloquées, tristes et incertaines, vont dans ce sens. L’AS et les CSC ne représentent pas seulement l’incertitude, la douleur et la honte : ils peuvent aussi attirer les critiques et l’inquiétude d’un entourage mal informé et prompt à juger, ce qui peut aggraver les difficultés relationnelles. Selon Hall (2016), les femmes touchées par la pensée rétrospective peuvent éprouver davantage de culpabilité, d’insuffisance et de doute de soi. C’est surtout parce qu’elles n’ont pas pu remarquer plus tôt les comportements de leur partenaire.
Le propos de cette étude, examiner toutes les relations au-delà de la relation intime immédiate, semble s’écarter des recherches antérieures. Quelques participantes de la présente enquête ont souligné qu’être séparées ne signifiait pas qu’elles pouvaient reprendre le cours de leur vie ni qu’elles étaient libérées de la souffrance. Beaucoup ont plutôt exprimé le sentiment d’être bloquées émotionnellement et d’affronter des difficultés et des préoccupations supplémentaires. La séparation peut aussi être difficile en raison d’autres facteurs, comme le fait d’avoir des enfants ou une dépendance financière ou religieuse. Ces résultats concordent avec les recherches de Black et Tripodi (2012), qui ont montré que la fin d’une relation entraînait des difficultés et des expériences pénibles supplémentaires pour les partenaires intimes.
Outre les difficultés touchant aux relations amoureuses, les résultats de la présente étude indiquent que la honte, le remords ou un manque général de confiance peuvent abîmer d’autres relations, avec les amis, la famille, les collègues et les communautés de foi. Ces résultats concordent avec ceux de Carnes (2011), qui a constaté que de nombreux types de relations sociales, y compris avec les amis, la famille et les enfants, sont gravement perturbés, voire rompus, lorsque les CSC d’un partenaire sont révélés. De même, Cohn (2014, p. 77) a rapporté que les liens entre la personne dépendante au sexe et les autres se rompent en grande partie à cause de « la honte et du remords… tant chez la personne qui souffre que chez les autres ». Les résultats de la présente étude confirment ces recherches antérieures (Black et Tripodi, 2012 ; Carnes, 2011) et montrent que, pour les partenaires féminines touchées, la séparation peut causer un nouveau trauma et des difficultés nouvelles et inattendues. Les présents résultats sont toutefois aussi originaux en ce qu’ils montrent que le TT et les questions non résolues sur le « pourquoi », le « comment » et le « quoi » précis des comportements compulsifs persistent après la séparation, ce qui contribue aux réactions traumatiques graves et durables et au deuil que vivent les partenaires féminines.
Une proportion importante de partenaires féminines (83 %) ont déclaré qu’elles ignoraient la véritable identité et les capacités réelles de leur partenaire masculin, et qu’elles en restaient perplexes, après avoir découvert l’ampleur de ses trahisons et de ses tromperies. Les résultats de la présente étude sont particulièrement importants parce que ces femmes ont découvert des facettes nouvelles et saisissantes de l’identité de leur partenaire. Ce qu’elles percevaient comme des comportements inhabituels et le caractère nouveau, inimaginable, d’un homme qu’elles ne connaissaient pas ont largement contribué à leur choc et à leur incrédulité. Comme l’a rapporté Weiss (2020), chaque partenaire féminine de la présente étude a déclaré que les mensonges et la tromperie lui avaient causé une souffrance considérable. La tromperie liée aux CSC, et en particulier sa durée, peut renverser toute la confiance relationnelle et démasquer un partenaire devenu soudain et sans équivoque un parfait inconnu (Seyed Aghamiri, 2023a, 2023b). Fait remarquable, aucune étude évaluée par les pairs n’a abordé à ce jour la confusion saisissante, voire le choc, des partenaires féminines face à leur méconnaissance apparente des identités cachées de leur partenaire, ni les liens correspondants avec le trauma vécu. Ce type de double vie ou de duplicité pourrait pourtant être un trait fréquent de l’AS et des CSC, ce qui les rend déroutants et pénibles à comprendre ou à accepter pour les partenaires intimes touchées lorsqu’ils sont révélés.
Conformément à des recherches antérieures (Atwood et Schwartz, 2002 ; Carnes, 2011 ; Kibby et Costello, 2001 ; Zitzman et Butler, 2009), les résultats de la présente étude montrent que la tromperie associée aux CSC contribue à l’érosion de la confiance relationnelle, car les personnes concernées peuvent présenter une image exagérée ou fausse d’elles-mêmes lorsqu’elles se livrent à des « passages à l’acte » sexuels. L’une des façons dont les CSC, et la tromperie qui leur est associée, ont tiré parti d’Internet tient à sa capacité à créer de nouvelles identités ou à accentuer les traits d’identités existantes (Carnes, 2011 ; Kibby et Costello, 2001). De même, Carnes (2011) affirme que des personnes peuvent utiliser la technologie numérique pour amener d’autres personnes, par la tromperie, à engager des rencontres sexuelles ou à envisager une relation électronique, tout en dissimulant leur identité ou en présentant une fausse identité. Il a donc été établi que la tromperie associée à l’AS et aux CSC a un impact important sur la perte de confiance relationnelle et sur le changement de perception générale que les partenaires touchées ont de leur homme (Zitzman et Butler, 2009).
Conformément à d’autres recherches, cette étude a aussi montré que le TT lié à l’AS ou aux CSC contribue chez les partenaires à des processus de deuil complexes, en raison des pertes diverses qui y sont associées (Black, 2019 ; Skinner, 2015 ; Weiss, 2020, 2021). Bien que les femmes touchées de cette étude aient vécu leur propre souffrance et leurs propres pertes, elles avaient toutes plusieurs points communs, exprimant le deuil de la perte :
Les communautés de foi et le grand public semblent continuer à avoir des opinions tranchées, divergentes et contradictoires sur la question de savoir qui est responsable des CSC des hommes (Barna Group, 2016 ; Edger, 2010 ; Laaser et Adams, 2019). Plusieurs femmes touchées de cette étude ont reconnu avoir été confrontées à des propos étroits d’esprit et erronés de la part de membres de communautés de foi (Seyed Aghamiri et Luetz, 2021 ; Weiss, 2019). Surtout, les participantes de l’étude ont indiqué à maintes reprises qu’on les accusait couramment de contribuer à l’AS ou aux CSC de leur partenaire, voire de les aggraver, en négligeant les responsabilités attendues de leur rôle de genre (c’est-à-dire en ne satisfaisant pas sexuellement leur partenaire masculin). Ces accusations peuvent être liées à des scripts culturels, sexuels et religieux persistants et à des normes de genre hiérarchiques qui soutiennent de telles attitudes accusatrices (Laaser et Adams, 2019 ; Hackett et al., 2016 ; Hastings et Lucero Jones, 2023 ; Laaser et Adams, 2019 ; Neves, 2021).
D’après les résultats de la présente étude, les partenaires touchées par le TT voyaient de multiples relations brisées, y compris la relation avec elles-mêmes, ce qui a probablement amplifié leur sentiment de désolation et de solitude et accru leur propension à l’automutilation ou à la préoccupation suicidaire. Le taux étonnamment élevé d’automutilation et de pensées ou tentatives suicidaires chez les partenaires féminines peut être lié au sentiment d’insuffisance et de « ne pas être assez », aux relations brisées hors de la relation intime, au fait de se blâmer ou d’être blâmées par d’autres, au tabou entourant l’AS et les CSC, à la gêne sociale, à la perte de confiance relationnelle, au choc de la trahison par un partenaire de confiance, à l’impossibilité d’échapper à la douleur imposée, à la honte et à l’isolement, à la perte de contrôle et à l’incapacité de repérer plus tôt les tromperies de leur partenaire, autant d’éléments qui peuvent être liés à une fixation accrue sur ces pensées et ces conduites.
Fait notable, les partenaires féminines d’hommes qui ont des CSC ont reçu peu d’attention dans la littérature sur des sujets comme la suicidalité et les comportements d’automutilation. Les résultats de cette étude suggèrent que certaines femmes s’automutilent pour détourner leur attention, atténuer leur souffrance ou se venger sur elles-mêmes de se sentir trahies ou coupables. Malgré la gravité du sujet, aucune recherche approfondie évaluée par les pairs n’a été publiée spécifiquement sur les comportements d’automutilation des partenaires féminines après la découverte de l’AS ou des CSC de leur partenaire masculin. De même, Caron et al. (2017) ont constaté une rareté des études sur la relation entre l’attachement amoureux et l’automutilation ; les études sur l’automutilation indiquent toutefois en général que les femmes sont plus touchées que les hommes (Motz, 2020). Comme forme de représailles ou comme mécanisme d’adaptation, les personnes partenaires touchées se font du mal de diverses manières (beuveries, consommation de drogues, excès ou restriction alimentaires, achats compulsifs ou passages à l’acte sexuels), le plus souvent dans la phase traumatique initiale de la découverte (Hall, 2016).
Les résultats de l’étude laissent aussi entendre que l’auto-objectivation compulsive et les comparaisons avec d’autres femmes étaient courantes chez les partenaires féminines. Leurs relations avec d’autres personnes du même sexe devenaient parfois malsaines, voire fondées sur la peur. Leurs témoignages suggéraient que ces répercussions étaient pénibles, liées au trauma et difficiles à surmonter. En outre, cette étude rejoint les recherches de Schneider (2003), de Schneider et al. (2012) et de Skinner (2017), qui ont constaté que les personnes trahies se comparent souvent à d’autres personnes ou à des images, ce qui ne fait qu’approfondir leur abattement ou leur désespoir. Selon Skinner (2017), ce comportement est une réaction traumatique, lorsque les femmes se replient sur elles-mêmes et se tiennent pour responsables des actes de leur partenaire : 74 % des personnes trahies se livraient à ce type de comparaison et avaient une image d’elles-mêmes moins positive. Les résultats de la présente étude sont toutefois originaux en ce que toutes les partenaires féminines (100 %) ont fait état d’effets relationnels négatifs à la suite de la découverte ou de la révélation de l’AS ou des CSC de leur partenaire masculin.
En résumé, les résultats concordent avec les recherches antérieures et les dépassent. Plusieurs résultats signalent néanmoins des lacunes persistantes dans les connaissances sur les conséquences relationnelles chez les femmes touchées, notamment la gestion du choc et du deuil vécus face à la prise de conscience de la double vie ou de la double identité cachée du partenaire masculin, la forte prévalence de l’automutilation et des pensées ou tentatives suicidaires, la comparaison compulsive avec d’autres femmes et les questions d’auto-objectivation, pour n’en citer que quelques-unes.
La présente étude a montré que la découverte ou la révélation de l’AS ou des CSC d’un partenaire intime masculin provoque fréquemment chez les partenaires féminines des émotions associées au TT, comme la mélancolie, l’anxiété, le choc, une faible estime de soi, la honte sociale, l’isolement, le doute de soi et d’autres réactions traumatiques. En outre, les autres relations de ces femmes étaient souvent touchées négativement, au-delà du couple intime. Toutes les participantes ont exprimé des fractures intra- et interpersonnelles, une instabilité émotionnelle, du désespoir, de la désolation et un état de choc. Nombre des femmes touchées hésitaient entre rester dans la relation, au risque de nouvelles incertitudes et de conséquences potentiellement défavorables, et mettre fin à leur relation intime.
Selon la valeur qu’elles accordent au pardon ou leur attachement à l’idée d’une alliance relationnelle et à ses objectifs, certaines femmes peuvent choisir de rester dans leur relation. Avoir des enfants est apparu comme une raison de rester, souvent au prix d’un contentement amoindri. Alors qu’elles peinent à accepter leur relation pour ce qu’elle est, la vérité dévoilée les oblige à renoncer aux idées qu’elles s’en faisaient. Les révélations et leur partenaire masculin sont des sources de déclencheurs et de rappels d’un passé douteux et d’un présent troublant. Celles qui sont restées dans leur relation semblaient contraintes de renoncer à leur fierté, à leur dignité et au respect d’elles-mêmes pour vivre dans la terreur constante de ce dont leur partenaire était capable et de la probabilité qu’il retombe à l’avenir dans les mêmes comportements compulsifs.
Fait notable, les femmes touchées ont exprimé qu’elles souffraient davantage des mensonges et de la tromperie de leur partenaire intime que des CSC eux-mêmes ; elles avaient le sentiment que leur confiance avait été trahie sur plusieurs fronts en apprenant que leur relation avait été marquée par des mensonges et une tromperie persistants, souvent entretenus pendant de nombreuses années. Un sentiment de désespoir, de solitude et de désavantage social accompagnait le deuil et la perplexité vécus par la plupart des femmes touchées, qui n’ont pas reçu le soutien ou l’aide appropriés. Leurs récits communs sur l’apparente banalisation, la normalisation ou l’absence d’analyse critique de la pornographie et des pratiques sexuelles explicites dans la société, ainsi que sur les conséquences plus profondes de ces constructions sociales souvent négligées, rendaient compte avec force d’expériences émotionnelles et traumatiques complexes.
Les participantes restées dans leur relation après la découverte ou la révélation ont fait part du sentiment de ne pas vivre une véritable intimité relationnelle, en raison des comportements cachés antérieurs de leur compagnon et d’une tromperie prolongée. À l’inverse, celles qui avaient décidé de se séparer étaient encore aux prises avec la perte et le deuil, une multitude de questions sans réponse et des perceptions de la trahison à plusieurs niveaux. Les femmes touchées qui avaient mis fin à leur relation intime devaient aussi faire face à toutes sortes d’autres difficultés de la vie qu’elles n’avaient jamais anticipées en tant que femmes seules.
Après la découverte ou la révélation de l’AS ou des CSC, l’expérience de ces femmes faisait apparaître une nette séparation entre la « vie d’avant » et la « vie d’après ». La vie après la découverte ou la révélation leur a imposé une perte d’identité manifeste, de multiples liens intra- et interpersonnels abîmés et un basculement soudain de la réalité qui s’est ajouté à leur trauma et à leur choc. L’humiliation ressentie en apprenant la trahison était redoublée par la honte de se demander ce qui avait bien pu se passer d’autre à leur insu, ou ce qui n’allait pas chez elles pour ne pas avoir repéré ces comportements plus tôt, ce qui aggravait leur culpabilité et leur gêne apparentes.
Les trahisons étaient à la fois choquantes et déroutantes, et les poussaient à se demander « pourquoi », « quoi », « comment » et « quand » ces actes s’étaient produits. Toutes ces femmes ont donc eu le sentiment de devoir enquêter et agir en détectives pour découvrir toute la vérité, parce que les révélations de leur partenaire offraient rarement un récit cohérent et fiable. Chercher la vérité ressemblait à une tentative frénétique de contrôler, de limiter ou d’atténuer la blessure ou la souffrance. Mais chaque nouvelle information qui faisait surface entraînait davantage de choc et de retraumatisation. Fait important, selon les récits de ces femmes, aucun des partenaires masculins de cette étude n’a fait de révélation initiale volontaire : toutes les femmes trahies ont découvert par elles-mêmes des éléments de l’AS ou des CSC de leur partenaire masculin. De ce fait, chacune a rapporté avoir traversé des formes de deuil et de souffrance liées au TT. Selon Viktor Frankl (1985), « la souffrance, en elle-même, n’a pas de sens ; c’est par la manière dont nous y répondons que nous lui donnons un sens… Des forces qui échappent à votre contrôle peuvent vous enlever tout ce que vous possédez » (p. x). Les femmes de la présente étude ont décrit leur expérience relationnelle vécue comme un « enfer personnel » (P 01) et ont dit qu’elles s’étaient « senties perdues… une coquille vide… détruites » (P 02), « dépassées » (P 03), qu’elles avaient trouvé cette période « dévastatrice » (P 05) et « traumatisante » (P 04), une période où elles « souffraient… [et] ont sombré dans le chaos » (P 06). Cela revenait à une « expérience incroyablement traumatisante… horrible » (P 07), dans laquelle elles se sont « senties mortes » (P 08), « choquées… brisées » (P 09), ont « voulu mourir » (P 11) et se sont senties « sales » (P 11), « en colère » (P 12) et « suicidaires » (P 13).
Compte tenu de la diversité de leurs caractéristiques démographiques et des différents CSC de leurs partenaires, il a été révélateur de découvrir que toutes ces femmes présentaient des réactions traumatiques très semblables. La nature de la trahison (déni, tromperie et duplicité) et ses répercussions (dévastation) semblaient comparables, que leur partenaire ait seulement pratiqué des CSC en ligne ou soit passé à de véritables rencontres physiques. Surtout, ces femmes ont décrit la douleur et le deuil qu’elles ont endurés comme intolérables. La souffrance « remplit complètement l’âme humaine et l’esprit conscient, que la souffrance soit grande ou petite : elle se comporte comme un gaz qui, pompé dans une chambre, la remplit, quelle que soit sa taille » (Frankl, 2014, p. 42). Les récits exprimés par les femmes touchées laissent entendre que l’AS et les CSC sont entretenus par la malhonnêteté et constituent un facteur important de trauma, de douleur, de deuil et de multiples relations mises à rude épreuve.
La perte d’un lien intime entre les femmes touchées et leur figure d’attachement (le partenaire masculin) s’est révélée un facteur important de la diminution de leur sentiment de sécurité et de réalité. Faute de pouvoir prendre une décision définitive, toutes les partenaires féminines ont exprimé le sentiment d’être bloquées, comme sur un pendule oscillant dans des directions opposées. Elles désiraient et redoutaient à la fois l’attachement. En apprenant la vérité sur le comportement de leur partenaire, toutes les femmes touchées ont subi des pertes importantes et multiples : la perception d’elles-mêmes comme amante et partenaire, les qualités et les traits du compagnon qu’elles croyaient connaître, leur passé, leurs souvenirs et leur réalité, l’avenir qu’elles envisageaient, leur foi et leur confiance en elles-mêmes et dans les autres, leur liberté sexuelle et leur relation à elles-mêmes et aux autres. Surtout, tout en se débattant avec le choix de rester avec leur partenaire ou de se séparer, elles devaient traverser une multitude de pertes tout en se sentant anxieuses, incertaines et submergées par l’ampleur de leur réalité. Ce résultat est important parce qu’il éclaire la complexité et la profondeur des processus de deuil et de douleur provoqués par l’AS et les CSC.
Fait important, cette étude est originale en ce qu’elle a révélé une forte prévalence de l’automutilation, du désir de mort et des pensées suicidaires chez les partenaires féminines. Au moins huit facteurs ont contribué à l’apparition de l’automutilation et des pensées suicidaires : (1) la culpabilité de ne pas avoir vu ou arrêté plus tôt les transgressions ; (2) le sentiment d’être indigne et de passer pour une « idiote » ; (3) le désir d’échapper à la douleur insupportable de la trahison ; (4) l’automutilation comme moyen de reprendre le contrôle et une capacité d’agir face à l’impuissance devant ce qui s’était passé ; (5) comme moyen d’attirer l’attention ; (6) comme mécanisme d’expression de la vengeance et des représailles ; (7) une réaction traumatique ; et (8) la conviction que la vie n’a pas de sens et le sentiment d’être abandonnée, seule et sans espoir. En outre, le taux élevé d’automutilation et de préoccupations suicidaires chez les participantes de cette étude souligne la nécessité de recherches supplémentaires pour examiner pleinement ce sujet peu exploré.
À la suite du TT, les femmes touchées présentaient des tendances inconscientes à l’auto-objectivation ou à la comparaison compulsive avec d’autres femmes, qui semblaient être un mécanisme d’adaptation et une réaction traumatique. Chez certaines, cela paraissait servir de stratégie inadaptée qui pointait leurs défauts supposés et expliquait pourquoi leur partenaire avait dû chercher le plaisir ailleurs. Cette obsession inconfortable et inconsciente, liée au TT, impliquait que les femmes touchées étaient souvent déclenchées par d’autres femmes. Elle témoignait aussi d’un effort pour rationaliser les actes irrationnels de leur partenaire masculin et d’une tentative d’apporter des réponses convaincantes à leurs propres questions incessantes.
Toutes les femmes touchées ont perdu confiance dans leur propre compétence et leur propre valeur. Elles semblaient trouver cela extrêmement pénible, ce qui compliquait encore leur rapport à la réalité et le sentiment de leur efficacité à prendre des décisions. Une intense déception envers elles-mêmes et une absence de pardon envers soi transparaissaient dans les récits partagés, puisque la tromperie continue était restée longtemps inaperçue. Leur incapacité à se faire confiance et leur tendance à se blâmer touchaient toutes leurs autres relations, ce qui soulignait d’autant plus leur besoin de prendre soin de leur propre processus de guérison et de deuil. Chaque femme touchée a exprimé sa déception et sa colère contre elle-même de ne pas avoir appris plus tôt l’existence des CSC. Pourtant, l’AS et les CSC semblent difficiles à repérer si les partenaires n’ont pas reçu l’information et les outils pour en reconnaître les signes, car ils se dissimulent facilement. L’AS et les CSC se distinguent d’autres formes d’addiction, comme l’alcoolisme, que l’on peut reconnaître à l’odeur, l’addiction aux substances, que l’on peut identifier à des comportements caractéristiques, et le jeu, que l’on peut découvrir par l’argent manquant. En outre, l’AS et les CSC apparaissent comme une forme d’addiction singulière, facile à dissimuler et indétectable dans sa présentation, du moins jusqu’à ce que d’autres en perçoivent les signes. Autrement dit, sans doute parce que les personnes honnêtes ne cherchent pas activement la malhonnêteté et ne la soupçonnent pas, l’AS et les CSC (mêlés de dissimulation et de tromperie) sont difficiles à cerner. D’après les récits de toutes les femmes touchées, elles ignoraient ces comportements et ces compulsions jusqu’à ce qu’elles y soient directement mêlées et doivent les vivre, comme prises dans une toile d’araignée invisible.
La plupart des femmes ont fait état d’atteintes graves et apparemment irréversibles à leur identité spirituelle après avoir appris l’AS ou les CSC de leur partenaire. La question du « pourquoi » a absorbé toutes les participantes touchées, qui ont dit se sentir spirituellement détachées de leurs pratiques spirituelles et de leurs relations avec le Divin ou envers lui. Toutes les femmes touchées (100 %) ont rapporté les mêmes effets néfastes sur leurs relations spirituelles ou religieuses, quelle que soit leur orientation spirituelle ou religieuse. En outre, la plupart des partenaires touchées pensaient que Dieu ou leur communauté spirituelle les avait abandonnées et se montrait en général peu soutenante.
Fait important, après avoir appris la vérité, les femmes touchées ont aussi dû endurer la douleur persistante de devoir accepter le caractère caché, déroutant et insaisissable de leur partenaire masculin. Elles se sont senties contraintes de construire une nouvelle réalité à partir de ce qu’elles avaient vécu après avoir appris la vérité sur leur partenaire et sur leur relation, ce qui signifiait que le monde qu’elles avaient connu jusque-là comme prévisible et sûr avait disparu. Pourtant, tenter de reconstruire une nouvelle identité pour ce partenaire masculin devenu soudain étranger et donner sens aux événements les laissait encore plus désorientées et perplexes. Ce résultat signale dans la littérature une lacune importante, qui reste à combler.
Au départ, toutes les femmes touchées par le TT ont eu le sentiment d’être prises au piège d’un pendule émotionnel oscillant entre la crainte et le désir de se sentir liées à leur partenaire, ce qui les empêchait de prendre des décisions fermes concernant leur relation. En outre, plusieurs femmes ont exprimé qu’elles portaient encore de lourds fardeaux et se sentaient brisées à la suite de relations abîmées ou perdues. Leurs descriptions éloquentes et approfondies ont éclairé le cœur et la signification de leur expérience, en suggérant que la douleur de certaines de ces femmes pourrait ne jamais guérir complètement. Finalement, les récits partagés par les femmes touchées ont révélé que la peine qu’elles vivaient était une forme singulière de deuil : à la différence du deuil traditionnel consécutif à la perte d’un être cher, les femmes touchées souffrent en silence, sans le soutien de personnes qui compatissent et font preuve d’empathie sans porter de jugement. Plusieurs témoignages récurrents des femmes touchées faisaient écho aux sentiments suivants :
Je ne serai plus la personne que j’étais. Je ne reviendrai pas à la normale. Je ne tournerai pas la page en oubliant cette période. Et si je pouvais faire tout cela, ne serait-ce pas en quelque sorte tragique ? Car, croyez-moi, il y a eu de la douleur et de la misère sur ce chemin, comme il y en a sur les chemins de toutes les personnes qui, parmi nous, affrontent des changements qu’elles n’ont pas choisis. (Berger, 2012, p. 9)
L’essence de l’expérience relationnelle vécue par les partenaires féminines après la découverte ou la révélation de l’AS ou des CSC de leur partenaire masculin était d’avoir perdu une part importante d’elles-mêmes, y compris leur identité et d’autres relations, qu’elles pourraient ou non retrouver à l’avenir. L’unanimité des récits faisait écho au souhait de ces femmes que la société cesse de banaliser les CSC et commence à les désigner comme un véritable et grave destructeur de relations, aux effets sociaux de grande portée. L’AS semble être une sorte de maladie terrible qui frappe apparemment la personne partenaire qui ne se doute de rien plus durement que la personne qui a les CSC (Seyed Aghamiri et Luetz, 2023).
Cette étude contribue à la littérature en comblant des lacunes de connaissances utiles aux groupes confessionnels, aux prestataires de soins de santé et aux personnes, au sujet de l’expérience relationnelle des partenaires féminines touchées par l’AS ou les CSC de leur partenaire. C’est l’une des rares enquêtes centrées sur des femmes australiennes, et elle met en lumière les difficultés émotionnelles qu’elles affrontent, comme le sentiment d’isolement et la gêne sociale. La recherche souligne le besoin d’un soutien de groupe entre ces femmes et révèle des risques accrus d’automutilation et de pensées suicidaires après la révélation. Les résultats mettent en évidence des bénéfices potentiels pour les femmes touchées et favorisent une prise de conscience plus large dans la société, en encourageant les hommes concernés par ces comportements à comprendre leur impact sur les relations. L’étude plaide pour l’élaboration d’interventions de dépistage et de counseling qui donnent la priorité à la sécurité et à la santé des femmes, ce qui pourrait enrichir à la fois la compréhension théorique et l’application pratique dans ce domaine. Par exemple, Griffin-Shelley (2018) cite la confrontation à la réalité, la diminution de la honte et la responsabilisation parmi les avantages de la psychothérapie et de la thérapie de groupe. En outre, accéder à un soutien social et se trouver dans un environnement de groupe peut favoriser l’intimité et la maturité et réduire le sentiment de solitude (Dahlen et al., 2008 ; Tirone et al., 2021). De plus, il a été démontré que la TCC et la pleine conscience aident à traiter l’AS et les CSC, en groupe comme en individuel (Birchard, 2018 ; Chandiramani, 2018 ; Van Gordon et al., 2016). La recherche reste néanmoins rare sur les partenaires féminines touchées et sur leurs besoins spécifiques en matière de thérapie et de guérison.
Les stratégies efficaces pour soutenir les femmes touchées par l’AS ou les CSC consistent à respecter leur dignité, à s’abstenir de critiquer leurs choix et à offrir un soutien continu. Reconnaître que les relations intimes ou les partenaires ne sont pas la cause de l’AS ou des CSC peut redonner du pouvoir d’agir aux personnes touchées et améliorer les perspectives d’interventions ciblées. Les résultats de l’étude invitent aussi les Églises et les communautés de foi à réexaminer leurs pratiques pour éviter de retraumatiser les femmes. Les organisations religieuses devraient créer des espaces sûrs et exempts de jugement, qui valident l’expérience des femmes et offrent une aide appropriée ou une orientation vers des spécialistes de santé. Le tableau 3 présente quelques possibilités pour les thérapeutes d’utiliser ces résultats afin d’élaborer des interventions plus efficaces.
Tableau 3 — Possibilités pour les thérapeutes d’élaborer des interventions efficaces
Possibilités et bénéfices potentiels pour la profession du counseling et les personnes suivies.
Dans l’ensemble, cette recherche pourrait non seulement approfondir la compréhension au sein de la profession du counseling, mais aussi améliorer les résultats pour les personnes suivies, en offrant un soutien ciblé et des interventions adaptées qui tiennent compte de la complexité de l’AS, des CSC et du TT dans les relations.
Cette recherche comporte certaines limites et ouvre des pistes pour de futures recherches. La taille relativement réduite de l’échantillon, 27 personnes (même si elle est considérée comme importante pour une recherche phénoménologique), limite la généralisabilité. L’échantillonnage non aléatoire et en boule de neige peut introduire des biais et réduire la diversité de l’échantillon. Le fait de se concentrer sur des partenaires féminines australiennes limite la portée de l’étude et son applicabilité à d’autres contextes. Plus précisément, l’étude n’a inclus que des femmes australiennes vivant dans l’agglomération de Brisbane. En outre, s’appuyer sur des données autodéclarées issues d’entretiens peut entraîner des biais de mémoire. La triangulation par les observations des thérapeutes peut refléter des biais professionnels plutôt que valider objectivement l’expérience des femmes. Enfin, l’approche phénoménologique peut négliger des facteurs systémiques plus larges qui influent sur l’impact de l’AS et des CSC dans les relations intimes, comme l’omniprésence des contenus pornographiques et la facilité avec laquelle adultes et mineurs peuvent y accéder. Autre limite : la recherche n’a sollicité des données qu’auprès de personnes engagées dans des relations hétérosexuelles. De plus, le point de vue d’hommes touchés par les CSC de leur partenaire féminine n’a pas été pris en compte. Enfin, les groupes de l’étude ne comprenaient aucune personne autochtone d’Australie, ce qui ouvre la possibilité d’étendre cette recherche à d’autres populations, notamment pour étudier d’autres visions du monde et d’autres formes de spiritualité. Plusieurs perspectives restent donc peu explorées et constituent un terrain fertile pour de futures études. Universitaires, thérapeutes, responsables de supervision et communautés religieuses ne sont que quelques-uns des groupes concernés auxquels cette recherche peut être utile, en offrant des informations plus précises, des éclairages singuliers pour le counseling et un soutien ciblé pendant la guérison et le rétablissement.
En définitive, le TT a fondamentalement produit une rupture critique de la confiance inter- et intrapersonnelle, qui a profondément affecté les relations, les interactions et les liens. La figure 1 représente les dimensions relationnelles de l’expérience vécue des femmes après la découverte ou la révélation de l’AS ou des CSC de leur partenaire masculin. Finalement, le TT a affecté négativement toutes les participantes de la recherche, en brisant leurs relations, en suscitant des doutes et en sapant leur sentiment d’efficacité personnelle. Chaque femme touchée s’est mise à se poser des questions comme : « Qui est cet inconnu que je prenais pour mon partenaire ? », « Qui sommes-nous ensemble ? », « Qui suis-je, et comment porter ce secret ? », « Notre relation n’était-elle qu’un mensonge ? », « Que penseraient les autres de moi, de nous ? », « Y a-t-il quelque chose de vrai dans mes autres relations ? », « À qui en parler, et comment ? » et « À qui puis-je faire confiance, et comment ? » Ces questions, et d’autres semblables, montrent à quel point le TT lié à l’AS ou aux CSC peut affaiblir, éroder ou abîmer la confiance relationnelle envers soi-même, les autres, Dieu ou une puissance supérieure et les relations intimes.

La participante 9 a fourni la photographie présentée comme figure 2. Elle a autorisé la publication de l’image pour montrer que, même après des années de thérapie relationnelle intensive, elle se sent toujours dévastée et garde un trou béant dans le cœur. Ce que l’image donne à voir de la « brisure » et de la « guérison » reflète son expérience personnelle et sa perception de la guérison et du rétablissement après la confession complète de son mari, sa reconnaissance des faits et une longue période continue de réconciliation dans la relation.
[Figure 2 (Illustration « Brisure et guérison », par FP 09) — œuvre d’une personne participante, non reproduite ici.]
Complexe Systémique : à retenir
L’étude déplace le regard : ce n’est pas d’abord le comportement sexuel qui blesse, mais le mensonge qui l’entoure et la découverte au compte-gouttes. Le « travail de détective » se lit alors comme une tentative de restaurer une sécurité d’attachement, non comme une jalousie à corriger, et la honte gagne tout le système : famille, amis, Église. Pour la clinique, on retiendra de ne pas faire porter à la partenaire la cause des comportements, de nommer le deuil des certitudes, de repérer systématiquement automutilation et idées suicidaires, et de se méfier des injonctions précoces au pardon. La lecture appelle pourtant de la prudence : douze femmes recrutées par un centre de counseling et des groupes en douze étapes, des pourcentages de 100 % sur un si petit effectif, des thérapeutes en partie pasteurs pour la triangulation, et un cadre de l’« addiction sexuelle » qui reste discuté. Les hommes, les couples de même sexe et les personnes autochtones sont absents. À lire avec l’article sur la décision de rester ensemble après une infidélité, et avec l’article sur le traitement de la sexualité traumatisée.
Notes de l’original
1 https://icd.who.int/browse/2024-01/mms/en#1630268048.
2 Le compartimentage est un mécanisme de défense psychologique que le cerveau utilise pour tenir à distance des informations indésirables (Clifford et al., 2019).
Remerciements. L’équipe de recherche remercie toutes les personnes participantes d’avoir partagé généreusement leur expérience et leur point de vue. Une reconnaissance particulière va à la participante 09, qui a pris et partagé la photographie présentée comme figure 2.
Financement. L’Alphacrucis University College a financé la transcription des entretiens. Les frais de publication en libre accès de cet article ont été pris en charge par l’université de la Sunshine Coast dans le cadre du Council of Australian University Librarians (CAUL).
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche ne déclare aucun lien d’intérêts pertinent pour le contenu de cet article.
Approbation éthique. L’étude a été menée selon les lignes directrices du National Statement on Ethical Conduct in Human Research (2007), élaboré conjointement par le National Health and Medical Research Council (NHMRC), l’Australian Research Council (ARC) et Universities Australia, et publié par le gouvernement australien (2007) https://www.nhmrc.gov.au/about-us/publications/national-statement-ethical-conduct-human-research-2007-updated-2018 (consulté le 19 mai 2023). L’étude a été approuvée par le comité d’éthique de la recherche sur l’être humain d’Alphacrucis (HREC no EC00466) le 31 août 2020 (groupe 1 : partenaires féminines) et le 1er juin 2021 (groupe 2 : thérapeutes).
Consentement éclairé. Le consentement éclairé a été obtenu de chacune des personnes participantes à l’étude. Le National Statement on Ethical Conduct in Human Research 2007 (mis à jour en 2018) ayant été abrogé et remplacé le 1er janvier 2024, l’étude a ensuite appliqué les orientations éthiques du National Statement de 2023. https://www.nhmrc.gov.au/about-us/publications/national-statement-ethical-conduct-human-research-2023 (dernière consultation le 19 octobre 2024).
Consentement à la publication de l’image. L’équipe de recherche affirme que la participante (FP 09) a donné son consentement éclairé à la publication de la figure 2.
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Traduction non officielle en français de Comportements sexuels compulsifs et conséquences relationnelles : une étude phénoménologique des répercussions sur les partenaires intimes féminines, par Fakri Seyed Aghamiri, Johannes M. Luetz et Karenne Hills, Counselling and Psychotherapy Research, vol. 25, no 1, article e12850 (2025), doi : 10.1002/capr.12850, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, légende de la figure traduite). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Compulsive sexual behaviours and relational consequences: A phenomenological study on intimate female partner impacts », publié dans Counselling and Psychotherapy Research (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Seyed Aghamiri, F., Luetz, J. M., et Hills, K. (2025). Comportements sexuels compulsifs et conséquences relationnelles : une étude phénoménologique des répercussions sur les partenaires intimes féminines (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/comportements-sexuels-compulsifs-et-consequences-relationnelles (Œuvre originale publiée en 2025 dans Counselling and Psychotherapy Research, 25(1), e12850 (2025) ; republiée en 2025 par Counselling and Psychotherapy Research, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/capr.12850)
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