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Children · Famille
Avant même la naissance, les parents imaginent leur enfant et se pensent en parents. Une équipe de l’université Sapienza de Rome a passé en revue 28 études sur ces représentations, de la grossesse à la fin de la première année : les représentations équilibrées vont de pair avec la fonction réflexive et l’attachement sécure, les représentations distordues ou désengagées avec la dépression, la précarité et l’isolement. Les pères, les couples et la diversité des familles restent pourtant peu étudiés.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Comprendre les représentations parentales pendant la période périnatale : une revue systématique des résultats empiriques et des implications cliniques, par Renata Tambelli, Ludovica Del Proposto et Francesca Favieri, publié dans Children (MDPI) (2025), doi : 10.3390/children12081051, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les trois tableaux sont présentés sous forme de listes (les cellules fusionnées du tableau 3 sont rendues sous forme de paires rubrique-valeur) ; le diagramme de flux (figure 1) est reproduit en anglais, avec une légende traduite ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les représentations mentales parentales ne sont pas statiques mais dynamiques et susceptibles de changer avec le temps, en particulier à mesure que les parents font l’expérience directe des soins.
Renata Tambelli, Ludovica Del Proposto et Francesca Favieri
Résumé
Contexte et objectifs. Les représentations mentales parentales jouent un rôle crucial dans la construction des premières relations parent-enfant, en particulier pendant la période périnatale. Ces modèles internes influencent les comportements de soin, l’accordage émotionnel et la transmission intergénérationnelle de l’attachement. La présente revue systématique vise à combler cette lacune en examinant la nature des représentations mentales maternelles et paternelles pendant la période périnatale (qui comprend la grossesse et les premiers temps après la naissance), avec un accent particulier sur la fonction réflexive, et en décrivant les variables influencées par ces représentations.
Méthodes. Conformément aux recommandations PRISMA, les études éligibles publiées dans des revues à comité de lecture ont été repérées par une recherche documentaire approfondie dans les principales bases de données scientifiques (Scopus, Web of Science, PsycArticles/PsycInfo). Une évaluation qualitative et une description détaillée ont été réalisées.
Résultats. Au total, 28 études ont été sélectionnées et analysées. Les résultats montrent que, si les représentations tendent à s’organiser autour de domaines psychologiques communs (attentes concernant l’enfant, identité parentale, relation anticipée), la manière dont elles sont conceptualisées et mesurées varie fortement d’une étude à l’autre. Des facteurs de risque comme la dépression maternelle, un faible soutien social et des expériences de vie défavorables étaient régulièrement liés à des représentations désengagées ou distordues, tandis que les représentations équilibrées étaient associées à une fonction réflexive (RF) plus élevée, à une plus grande disponibilité émotionnelle et à des contextes relationnels protecteurs.
Conclusions. Dans l’ensemble, la revue souligne la pertinence clinique de l’évaluation des représentations mentales parentales et de la RF pendant la période périnatale, et suggère que des interventions précoces et ciblées pourraient renforcer la sensibilité parentale et favoriser des liens parent-nourrisson sécures. Les recherches futures devraient adopter des modèles théoriques intégrés, inclure des configurations familiales diverses et évaluer l’efficacité de programmes de prévention qui soutiennent des représentations réflexives et adaptatives.
Points clés
Quels sont les principaux résultats ?
Quelle est l’implication du principal résultat ?
Mots-clés : représentation mentale parentale ; fonction réflexive ; relation dyadique ; interaction parent-nourrisson
Les représentations mentales parentales jouent un rôle fondamental dans la construction de la nature et de la qualité de la relation parent-enfant [1]. Depuis que Bowlby a introduit le concept de modèles internes opérants [2], une attention croissante a été portée à la manière dont les parents se représentent mentalement leurs enfants [3]. La grossesse, et plus généralement la période périnatale, sont des moments importants au cours desquels les parents commencent à former puis à développer ces représentations de l’enfant, ce qui enclenche un processus psychologique facilitant l’individuation de l’enfant et son passage d’une présence interne et imaginée à une présence réelle et extérieure [4]. La période périnatale désigne une fenêtre développementale critique, qui va de la grossesse à la fin de la première année après la naissance, marquée par de profonds changements biopsychosociaux pour les parents comme pour les nourrissons, avec l’émergence de l’identité parentale, la mise en place des premiers schémas de soin et la formation des liens parent-enfant fondateurs [3, 4, 5].
Ce processus rejoint la distinction établie par Stern [5] entre deux mondes parallèles : la réalité objective de l’enfant et l’univers subjectif des représentations mentales parentales. Ce dernier englobe non seulement les interactions réelles, mais aussi, et peut-être surtout, les fantasmes, les espoirs, les peurs, les souvenirs et les projections des parents quant à l’avenir de leur enfant. La recherche a examiné le contenu et la structure de ces représentations, en soulignant leur importance pour comprendre comment les premières expériences de soin et les perceptions prénatales façonnent les dynamiques relationnelles futures [1]. Les données disponibles appuient l’idée que ces représentations influencent à la fois la qualité des relations parent-nourrisson et le développement de l’enfant [6].
La fonction réflexive, définie comme la capacité à comprendre ses propres comportements et états mentaux et ceux d’autrui, est une composante centrale du développement de ces représentations [7]. Elle permet d’accéder aux souvenirs émotionnels liés à sa propre histoire d’attachement et à son histoire affective et relationnelle, et de puiser dans ces expériences pour offrir à son enfant une base relationnelle sécure. Puisque les expériences d’attachement sont étroitement liées à la régulation des affects, tout cadre visant à comprendre la sécurité de l’attachement et sa transmission intergénérationnelle doit intégrer la mentalisation affective, c’est-à-dire la capacité à réfléchir aux émotions et à leur lien avec les comportements [8].
La fonction réflexive ne soutient donc pas seulement la régulation des affects et l’attachement sécure : elle contribue aussi directement à la formation et à l’organisation des représentations mentales parentales. Grâce à la capacité de mentaliser, les parents peuvent interpréter leurs propres comportements et ceux de leur enfant en termes de pensées et de sentiments sous-jacents, ce qui enrichit et structure l’image interne qu’ils ont de l’enfant. Cette posture réflexive permet une représentation plus nuancée, plus souple et plus accordée émotionnellement, ce qui est essentiel pour favoriser des soins sensibles. En ce sens, la fonction réflexive est à la fois un fondement et un régulateur dynamique des représentations parentales, ce qui renforce leur importance développementale dès la période prénatale [1, 9].
Parmi les aspects des représentations parentales les plus souvent étudiés figurent les attentes concernant sa nouvelle identité de parent, les perceptions de l’enfant à naître, les changements de mode de vie anticipés et les réactions émotionnelles face à la future relation parent-enfant. Ces représentations comprennent souvent des caractéristiques parentales imaginées (les siennes et celles de l’autre parent) et des attributs projetés sur l’enfant, physiques comme psychologiques, en particulier après des expériences prénatales marquantes comme sentir les mouvements du fœtus ou passer une échographie [4].
La plupart des études sur les représentations mentales parentales ont porté principalement sur les mères, et beaucoup moins d’attention a été accordée aux représentations paternelles. Il est pourtant important de repérer les similitudes et les différences entre les attitudes et les comportements maternels et paternels, ainsi que leurs influences respectives sur le développement de l’enfant [10]. La recherche sur la paternité met souvent l’accent sur le bien-être paternel, l’attachement et la qualité des interactions père-enfant [11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20]. Plus récemment, des études se sont aussi intéressées au lien prénatal, à l’ajustement psychologique pendant la transition vers la paternité et aux attentes et représentations paternelles [21, 22, 23].
Pour explorer les relations parentales et parent-enfant, il est essentiel de considérer la manière dont la transition vers la parentalité affecte l’identité individuelle et dyadique, le niveau de stress et l’adaptation psychologique [24]. Au cœur de ce processus se trouvent le développement de l’identité parentale, l’investissement émotionnel dans la grossesse et l’évolution de la relation avec l’enfant à naître. Tout aussi importantes sont la capacité du parent à imaginer l’enfant, la qualité des dynamiques de couple et la capacité à mentaliser les états internes de l’enfant, qui s’exprime par la disponibilité émotionnelle, la sensibilité et la réactivité aux besoins et aux sentiments imaginés [25, 26].
Au fil du temps, les modèles théoriques des représentations parentales ont évolué parallèlement aux conceptions changeantes de la maternité et de la paternité. Ces modèles ont aussi fourni une catégorisation possible des principales représentations mentales parentales, fondée sur leur cohérence, leur tonalité émotionnelle et leur structure narrative. Les représentations équilibrées/intégrées se caractérisent par la cohérence, l’ouverture émotionnelle et une vision de l’enfant comme individu distinct, avec ses forces et ses vulnérabilités, son tempérament et ses comportements propres. Les parents dont la représentation est intégrée font preuve d’empathie et d’attentes réalistes, et peuvent réfléchir aux aspects positifs comme négatifs de la relation [1, 4, 6].
Du côté négatif des représentations parentales, que l’on peut qualifier de représentations non équilibrées [22], on trouve des représentations distordues, marquées par la confusion et la rigidité, ou par une idéalisation excessive, qui peuvent comporter des affirmations contradictoires ou des attentes irréalistes. On rencontre aussi des représentations désengagées, plates sur le plan expressif et émotionnel, qui offrent une description superficielle et manquent de détails, souvent marquées par un détachement émotionnel ou une minimisation de l’importance du lien parent-enfant. Comme le rapporte la revue de Vreeswijk [6], ces typologies sont cliniquement pertinentes, car il a été montré qu’elles prédisent différents schémas de comportements de soin précoces et d’attachement de l’enfant.
Malgré un corpus croissant de recherches empiriques, il manque encore une synthèse complète intégrant les résultats sur les représentations maternelles et paternelles. Comprendre les représentations mentales parentales n’est pas seulement essentiel pour la recherche développementale : cela a aussi des implications pratiques pour le repérage précoce des difficultés parentales et pour la conception d’interventions ciblées visant à renforcer la sensibilité et la mentalisation parentales, et à favoriser ainsi l’attachement sécure et le bien-être émotionnel des enfants [27]. La présente revue systématique vise à combler cette lacune en examinant la nature des représentations mentales maternelles et paternelles pendant la période périnatale, en incluant des études portant à la fois sur la période prénatale (de la conception à l’accouchement) et sur la période postnatale (jusqu’à 12 mois après la naissance), avec un accent particulier sur la fonction réflexive, et en décrivant les variables influencées par ces représentations. Cette approche permet de saisir la continuité et la transformation des représentations mentales parentales le long d’un continuum développemental essentiel pour comprendre la santé relationnelle précoce.
Cette revue systématique a été menée selon les recommandations PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses) pour les méta-analyses [28]. La recherche a été effectuée dans les bases Scopus, PsycArticles et PsycInfo, avec des mots-clés liés à la parentalité et aux représentations mentales maternelles et paternelles. Les requêtes et les bases de données utilisées figurent dans le tableau 1. Tous les articles originaux publiés dans des revues à comité de lecture jusqu’au 15 mai 2025 ont été recherchés, sans filtre de date. La recherche dans les bases et l’enregistrement des références pour la revue systématique ont été effectués entre le 14 et le 15 mai 2025.
Tableau 1 — Requête et bases de données de la recherche systématique
Les études incluses dans cette revue systématique portaient sur les représentations mentales des parents. Les critères d’inclusion précis étaient les suivants : (a) études portant sur des parents biologiques ; (b) études dans lesquelles les entretiens étaient administrés pendant la grossesse et/ou (c) pendant la période postnatale ; et (d) études utilisant des instruments spécifiquement conçus et/ou validés pour évaluer les représentations mentales parentales, dans leur expression équilibrée et intégrée comme non équilibrée (c’est-à-dire pauvre, distordue et désengagée). Pour garantir un niveau de contrôle suffisant et réduire l’hétérogénéité, les études étaient exclues si elles (a) portaient sur des parents non biologiques (par exemple des parents adoptifs) ou sur des parents ayant eu recours (b) à une procréation médicalement assistée ou à une fécondation in vitro ; (c) portaient sur des familles à haut risque (c’est-à-dire en cas d’addiction ou de diagnostic de santé physique ou mentale touchant le parent ou le nourrisson) ; ou (d) portaient sur des parents adolescents. Enfin, (e) les revues, les articles théoriques et les résumés de congrès ont été exclus, de même que (f) les études publiées dans d’autres langues que l’anglais ou l’italien.
La sélection puis l’extraction des données ont été effectuées en repérant les études par l’examen des titres et des résumés. Dans les articles retenus, les informations suivantes ont été extraites : les personnes participantes (genre, âge, taille de l’échantillon), la période d’évaluation (mois de grossesse, période post-partum), les instruments utilisés pour évaluer les représentations mentales parentales, les dimensions étudiées, les variables psychologiques prises en compte et, enfin, les principaux résultats.
La qualité de chaque article inclus à l’étape finale de la revue systématique a été examinée. Cette évaluation a reposé sur une adaptation de l’outil de Higgins pour le risque de biais [29, 30], structurée pour évaluer le biais dans les domaines suivants : (I) biais d’échantillonnage : inclusion de jeux de données petits, déséquilibrés ou incomplets, souvent tirés de populations non représentatives (par exemple des groupes culturels, ethniques ou cliniques particuliers), ce qui limite l’applicabilité des résultats à la population générale ; (II) biais de méthode : le recours fréquent à des instruments non standardisés, non validés ou ad hoc (comme des questionnaires maison ou des entretiens insuffisamment décrits) soulève des doutes sur la fiabilité et la reproductibilité des résultats ; (III) biais de résultats : résultats peu clairs, données mal expliquées dans la section des résultats, analyses qualitatives ou absence de communication de la taille d’effet ; (IV) biais de discussion : élaboration minimale sur l’objet principal de l’étude, ce qui affaiblit sa valeur interprétative globale.
Chaque domaine a été évalué selon le code suivant : risque nul ou faible = 0 ; risque moyen = 1 ; risque élevé = 2. Deux personnes évaluatrices indépendantes (F.F., L.D.P.) ont évalué chaque texte intégral selon les indications du tableau 2. Les désaccords ont été résolus par la médiation d’une troisième personne, en position de supervision (R.T.). La qualité globale de la revue, compte tenu du pourcentage d’études à risque de biais faible, moyen ou élevé, a été présentée dans une synthèse graphique (figure 1).

Les diagrammes de flux rendent compte du processus de recherche et de l’inclusion des références. Après la première phase de tri, 86 articles étaient éligibles pour un examen du texte intégral. À la fin du processus, 58 articles ont été exclus (voir la figure 1 pour le détail) ; l’échantillon final de ce travail systématique comprend 28 études.
L’analyse qualitative menée pour repérer le risque de biais de chaque étude dans les domaines suivants, (i) échantillonnage, (ii) méthodologie, (iii) résultats et (iv) discussion, a montré que 96 % des études présentaient un faible risque d’erreur, tandis que 3 % (1/28) présentaient un risque modéré, ce qui indique une bonne qualité d’ensemble des études incluses, aucune ne présentant un risque élevé. L’analyse par domaine a montré que le risque modéré de biais tenait principalement à des problèmes dans les domaines de l’échantillonnage et de la méthodologie. Plusieurs études ne précisaient pas suffisamment les critères d’inclusion des personnes participantes (par exemple [31]), d’autres incluaient des échantillons petits ou hétérogènes (par exemple [4]) ou ne décrivaient pas explicitement les caractéristiques des personnes participantes (par exemple [32]).
L’échantillon total de la revue comprenait environ 8 848 parents, avec des tailles d’échantillon allant de 23 [4] à 1 646 [31]. Une grande partie des études portait sur des mères (66,54 %), tandis que les études incluant exclusivement des pères représentaient 17,38 %, et que des couples de parents étaient inclus dans 16,07 % des études. L’âge des parents allait de 16 [33] à 50 ans [34], même si toutes les études ne rapportaient pas clairement cette information (voir les tableaux 2 et 3 pour le détail).
Au total, 19 études sur 28 ont utilisé des entretiens structurés et semi-structurés [4, 22, 23, 32, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45]. En particulier, 16 études [4, 22, 23, 32, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 41, 43, 44, 45, 46, 47] ont utilisé des outils validés, comme le Working Model of the Child Interview (WMCI) [48], l’Entretien sur les représentations maternelles pendant la grossesse [Intervista sulle rappresentazioni materne in gravidanza (IRMAG)] [4], l’Entretien clinique pour les parents pendant la grossesse [Colloquio per Genitori in Gravidanza (CGG)] [49, 50], l’Interview on Maternal Representations [51] et l’Entretien sur les représentations paternelles pendant la grossesse [Intervista sulle rappresentazioni paterne in gravidanza] [36]. Par ailleurs, l’équipe de Delmore-Ko [40], Ilicali et Fisek [42] et l’équipe de Madsen [52] ont utilisé des outils ad hoc (à savoir The Prenatal Interview, le Maternal Representations Interview et le Father Attachment Interview).
Neuf études [31, 33, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59] ont utilisé exclusivement des instruments d’autoévaluation. Il s’agissait du What Being a Parent of a New Baby is Like-Revised (WPL-R) [60], du Subjective Family Picture Test, The Pie [61], de l’Infant Characteristics Questionnaire (ICQ) [62], du Childbearing Attitudes Questionnaire [63], du Maternal Self-Definition Questionnaire (MSDQ) [64], du Representations of Unborn Baby (RUB-M) et du Child Concept Questionnaire [65]. L’équipe de Coleman [33] (1999) a aussi utilisé un outil ad hoc, la Prenatal Maternal Expectations Scale (PMES), tandis que Gress-Smith et al. [54] et Pajulo et al. [56] ont utilisé exclusivement des outils d’autoévaluation créés ad hoc, à savoir la Prenatal Experiences Scale for Mexican Americans (PESMA), version adaptée de la PMES, et le Prenatal Parental Reflective Functioning Questionnaire (PRF-Q).
D’une manière générale, toutes les études incluses dans la revue systématique ont examiné les représentations mentales maternelles et paternelles avant la naissance, soit de façon longitudinale [23, 31, 33, 34, 35, 39, 40, 41, 45, 46, 47, 52, 53, 57, 58, 59] pour évaluer les changements au fil du temps (par exemple avant et après l’accouchement), soit en se concentrant exclusivement sur les représentations pendant la phase prénatale [4, 22, 32, 36, 37, 42, 43, 44, 54, 55, 56].
Plusieurs études ont exploré les caractéristiques des représentations mentales maternelles et paternelles, tandis que d’autres ont examiné leur relation avec d’autres construits. Les paragraphes suivants approfondissent les principaux résultats des études.
Pendant la grossesse, les parents développent des représentations mentales de soi et de leur enfant à naître, essentielles au lien et aux soins [4]. Ces représentations évoluent au cours de la grossesse et atteignent leur plus grande complexité vers le septième mois [43]. À ce stade, la plupart des mères ont une identité maternelle distincte, même si l’intégration entre le soi en tant que femme et le soi en tant que mère est encore en cours. Les pères développent aussi des modèles représentationnels, façonnés en partie par la référence sociale, c’est-à-dire la mesure dans laquelle leur identité parentale est influencée par les attentes d’autrui [36].
La référence sociale est corrélée négativement à la souplesse et à l’investissement émotionnel, chez les mères comme chez les pères [4, 36]. Plus précisément, chez les mères, la référence sociale est corrélée négativement à l’ouverture au changement, ce qui suggère que les représentations ancrées socialement tendent à être moins souples et moins adaptatives [4]. De même, chez les pères, la référence sociale est inversement associée à la richesse des perceptions, à l’investissement émotionnel, à l’ouverture au changement et à l’émergence de fantasmes [36].
Chez les mères, les représentations de l’enfant à naître reflètent souvent les traits de l’autre parent, tandis qu’après la naissance, les représentations de l’enfant tendent à se rapprocher de l’image que la mère a d’elle-même [4, 42]. Avec le temps, les représentations de soi, de l’enfant et de l’autre parent se différencient, reflétant les processus de formation de l’identité et d’individuation [45]. Au début de la période postnatale, les études rapportent une augmentation progressive de la confiance en soi maternelle, de la recherche d’informations concernant l’enfant et de l’identification à la grossesse. Ces tendances suggèrent que la grossesse soutient un sentiment croissant d’indépendance, d’incarnation et l’anticipation d’un accomplissement dans la maternité [58]. Parallèlement, une diminution des inquiétudes maternelles, de l’intérêt sexuel et des sentiments négatifs liés aux soins au nourrisson (comme la gêne d’allaiter en public ou l’irritation face au désordre lié à l’éducation d’un enfant) a été observée [58].
Chez les pères, les représentations de soi sont fortement corrélées aux représentations de l’enfant sur de multiples dimensions [36]. Les pères aux représentations intégrées ont ainsi de l’enfant une image mentale plus riche, plus investie émotionnellement, plus souple, plus cohérente et empreinte de fantasmes. Comme pour les tendances maternelles, les représentations intégrées/équilibrées étaient les plus fréquentes, tandis que les types restreint/désinvesti et non intégré/ambivalent étaient moins fréquents [36, 37].
Les représentations maternelles semblent rester largement stables dans le temps, surtout chez les mères aux représentations équilibrées [47]. Un schéma semblable se retrouve chez les pères : ceux dont les représentations sont non équilibrées tendent à montrer davantage de changements après la naissance, tandis que ceux dont les représentations sont équilibrées restent plus stables [22].
La fonction réflexive parentale (PRF) est étroitement liée à la qualité des représentations. Une PRF prénatale faible est associée à des représentations désengagées, tandis qu’une PRF postnatale élevée prédit des représentations équilibrées [32, 35, 44, 56]. Des incohérences apparaissent toutefois d’une étude à l’autre, certaines personnes présentant une PRF élevée et des représentations distordues [35].
Les mères présentent régulièrement une fonction réflexive plus élevée que les pères dans les domaines qui concernent l’enfant, la relation de couple et leurs propres parents [44]. Les pères tendent à réfléchir moins aux états mentaux et à leurs implications pour le comportement. Les deux parents font preuve d’une plus grande capacité réflexive lorsqu’ils parlent de l’enfant que lorsqu’ils parlent de leur passé ou de leur partenaire.
Les mères qui attendent leur premier enfant obtiennent de meilleurs résultats que les mères ayant déjà eu des enfants et que les pères pour la prise en compte des états mentaux et la reconnaissance de leur variabilité, même si aucune différence de genre n’apparaît dans la reconnaissance de l’opacité des états mentaux [56]. Enfin, la fonction réflexive paternelle est liée au style de soin : une PRF faible est associée à un investissement instrumental ou distant, tandis qu’une PRF moyenne à élevée prédit une parentalité expressive et engagée émotionnellement [32].
Quatre études ont examiné les représentations mentales parentales dans des échantillons à risque et non à risque [31, 34, 37, 55]. L’équipe d’Ammaniti [37] a constaté que les mères à risque (exposées à la dépression, à un faible statut socioéconomique, à des maltraitances et à un soutien insuffisant) étaient moins susceptibles de développer des représentations intégrées/équilibrées et obtenaient des scores plus faibles sur des dimensions comme la cohérence et l’ouverture au changement. Pajulo et al. [55] ont de même rapporté que les mères à risque avaient des représentations moins fonctionnelles dans divers domaines, en particulier à l’égard de leur partenaire, ce qui reflète des difficultés relationnelles. Rusanen et al. [31] ont souligné que des relations soutenantes favorisaient des attentes prénatales plus positives, tandis que les symptômes dépressifs, identifiés comme le facteur de risque le plus fort, étaient liés à des représentations plus négatives des soins. Fait notable, un niveau d’études maternel plus élevé et un âge plus jeune étaient aussi associés à des attentes plus négatives ou plus incohérentes. L’équipe de Vreeswijk [34] a constaté que les représentations équilibrées étaient plus fréquentes chez les mères après la naissance, tandis que les pères présentaient davantage de représentations distordues après la naissance. Les représentations maternelles étaient plus sensibles au risque prénatal, et les familles dans lesquelles les deux parents avaient des représentations équilibrées signalaient globalement moins de facteurs de risque [22, 23, 34].
Trois études ont examiné l’association entre les représentations parentales et l’attachement ultérieur de l’enfant, à l’aide de la Situation étrange (SSP ; [66]) [39, 41, 46]. Benoit et al. [39], à l’aide du Working Model of the Child Interview (WMCI ; [48]), ont constaté que les représentations équilibrées pendant la grossesse étaient fortement associées à un attachement sécure à 11 mois. Cette continuité prédictive était manifeste pour les catégories équilibrée et distordue, mais pas pour la catégorie désengagée. Huth-Bocks et al. [41] ont confirmé cette association et montré que les représentations maternelles étaient plus fortement influencées par les facteurs de risque prénataux (comme les risques démographiques et les violences conjugales) que par l’issue d’attachement elle-même. Les représentations maternelles de soi étaient étroitement liées aux représentations de l’enfant, et un soutien social prénatal plus faible était associé à des représentations maternelles moins équilibrées. À l’inverse, un soutien prénatal plus important prédisait un soutien postnatal, lui-même associé à un attachement plus sécure. De même, les représentations équilibrées étaient régulièrement liées à un attachement sécure à l’âge d’un an. Tambelli et al. [46], à l’aide des entretiens IRMAG et IRPAG [4, 36], ont exploré comment les représentations prénatales maternelles et paternelles influencent la disponibilité émotionnelle et l’attachement. Chez les mères, les représentations prénatales avaient un effet prédictif direct à la fois sur l’attachement et sur la disponibilité émotionnelle, alors que la disponibilité émotionnelle seule n’influençait pas directement le style d’attachement. À l’inverse, chez les pères, les représentations prénatales prédisaient la disponibilité émotionnelle, qui influençait à son tour l’attachement du nourrisson. Cependant, ni les représentations paternelles ni la disponibilité émotionnelle ne prédisaient directement la classification de l’attachement, ce qui met en évidence des voies distinctes dans les contributions maternelles et paternelles à la formation de l’attachement précoce.
Cinq études ont examiné le lien entre les représentations mentales prénatales des parents et leur ajustement psychologique postnatal ainsi que leur expérience de la parentalité [40, 53, 54, 57, 59].
Delmore-Ko et al. [40], dans leur exploration longitudinale, ont dégagé des attitudes parentales distinctes (enthousiasme, anxiété, capacité à faire face, incertitude et socialisation) ; les mères rapportaient en général davantage de stress et de dépression, et les pères connaissaient une baisse plus forte de la satisfaction conjugale dans les mois qui suivaient la naissance, c’est-à-dire de la qualité de la relation avec leur partenaire, même si les mères rapportaient aussi cette insatisfaction. Les deux parents anticipaient des difficultés malgré certaines attentes positives. Flykt et al. [53] ont constaté que des attentes prénatales élevées de proximité émotionnelle et d’autonomie prédisaient un stress parental plus faible après la naissance, même si certaines attentes modérées influençaient aussi différemment le niveau de stress des mères et des pères. Les attentes des mères concernant leur propre relation avec l’enfant s’amélioraient après la naissance, tandis que leur vision de l’implication de leur partenaire se dégradait. Gress-Smith et al. [54] ont montré que le soutien familial et paternel, ainsi que l’accomplissement dans le rôle maternel, étaient liés à moins de symptômes dépressifs, en particulier chez les mères plus jeunes, mariées et plus instruites. Le bien-être paternel n’était pas clairement associé aux représentations prénatales de l’enfant. Pearce et Ayers [57], parmi d’autres, ont confirmé que les attentes prénatales comme les évaluations postnatales influencent le lien mère-nourrisson, les perceptions postnatales ayant une influence plus forte. Des attentes prénatales négatives augmentaient le risque d’un lien plus faible. L’équipe de Thun-Hohenstein [59] n’a trouvé aucun prédicteur prénatal direct de la compétence maternelle, même si le fait que l’enfant ait été désiré était lié à une meilleure interaction mère-nourrisson. La compétence maternelle était plus élevée chez les mères plus jeunes et plus instruites et chez celles qui avaient un garçon.
Tableau 2 — Tableau PICOS des études incluses dans la revue systématique
WMCI = Working Model of the Child Interview ; PDI = Parent Development Interview ; IRMAG = entretien sur les représentations maternelles pendant la grossesse (Intervista sulle Rappresentazioni Materne in Gravidanza) ; IRPAG = entretien sur les représentations paternelles pendant la grossesse (Intervista sulle Rappresentazioni Paterne in Gravidanza) ; PMES = Prenatal Maternal Expectations ; WPL-R = What Being the Parent of a New Baby is Like-Revised ; CGG = entretien pour futurs parents (Colloquio per Genitori in Gravidanza) ; P-PRFQ = Prenatal Parental Reflective Functioning Questionnaire ; PI = Pregnancy Interview ; ICQ = Infant Characteristics Questionnaire ; CAQ = Childbearing Attitudes Questionnaire ; MSDQ = Maternal Self-Definition Questionnaire ; RUB-M = Representations of Unborn Baby ; EAS = Emotional Availability Scales ; PAAS = Paternal Antenatal Attachment Scale. MRF = fonction réflexive maternelle ; PP = post-partum.
Tableau 3 — Détail des variables démographiques et des facteurs de risque rapportés par les études
CES-D = Center for Epidemiological Studies-Depression Scale.
Cette revue systématique a fait la synthèse des connaissances actuelles sur les représentations mentales parentales pendant la période périnatale et sur leur rôle dans l’interaction parent-nourrisson et le développement positif de l’enfant. La synthèse qualitative a apporté des éclairages essentiels sur leur structure, leurs déterminants et leurs implications pour le développement relationnel précoce. Dans l’ensemble, la représentation mentale parentale semble façonnée par une interaction complexe de facteurs individuels, relationnels et contextuels, avec des implications importantes pour le développement de l’enfant et la pratique clinique. Des thèmes importants pour la recherche future et les programmes d’intervention s’en dégagent aussi.
Un premier résultat qui ressort clairement est l’hétérogénéité des méthodes d’exploration des représentations, susceptible d’influencer les résultats et de produire des constats incohérents. Ce manque de cohérence allait de la divergence des construits (par exemple l’équilibre représentationnel, la cohérence, la tonalité émotionnelle) à l’utilisation d’outils différents (par exemple IRMAG/IRPAG, WMCI, PAI, PDI-R2), ce qui réduit la comparabilité des études. Alors que certaines études mettaient en évidence la prédominance de représentations paternelles intégrées ou équilibrées [36, 37], d’autres trouvaient une prévalence plus élevée de représentations désengagées [22, 23]. Ces écarts pourraient toutefois refléter des différences culturelles et soulignent la nécessité de prendre en compte les normes et les valeurs parentales propres à chaque pays, et d’explorer plus avant comment, chez les mères et chez les pères, la fonction réflexive parentale peut influencer la représentation de l’enfant et les futures relations parent-nourrisson. Ce travail montre que, si les représentations mentales parentales convergent vers des dimensions communes et générales, liées à la manière dont les parents pensent leur expérience (future ou actuelle) et les caractéristiques physiques, mentales et de mode de vie de leur enfant (ou de leur futur enfant), aucune approche univoque ne se dégage. Comme le suggèrent certains travaux, l’éventail des qualités représentationnelles peut varier en profondeur, en cohérence et en tonalité affective selon les systèmes de codage. Cette revue systématique fait apparaître la nécessité d’un cadre théorique unifié, notamment pour fournir des preuves solides de l’applicabilité clinique [67, 68].
Fait intéressant, les études ont fait apparaître de multiples facteurs de risque et de protection qui influencent le développement des représentations mentales prénatales, la future relation parent-enfant et le bien-être de l’enfant en termes de développement sain. Les facteurs de risque comprennent les symptômes dépressifs, un faible niveau d’études et un faible statut socioéconomique, des antécédents psychiatriques familiaux, des facteurs de stress importants (par exemple des pertes et des séparations) et le manque de soutien social. Les personnes qui présentent ces facteurs de risque dans leur histoire médicale ou psychosociale rencontrent souvent des difficultés à développer des représentations prénatales de l’enfant, ce qui a un impact sur la qualité de la future relation dyadique [31, 34, 37, 41, 55]. Par exemple, dans l’étude de Rusanen et al. [31], les mères présentant des risques psychosociaux importants étaient plus susceptibles d’exprimer des représentations prénatales distordues, marquées par la peur, la déconnexion émotionnelle et l’idéalisation. De même, l’équipe d’Ammaniti [37] a constaté que le manque de soutien émotionnel et des pertes non résolues dans l’histoire familiale étaient associés à des récits parentaux désengagés, en particulier chez les pères. Les données longitudinales suggèrent que, dans ce contexte de risque, davantage de difficultés à établir un lien parent-nourrisson sécure sont rapportées [26, 69].
D’un autre côté, des facteurs de protection contribuant à des représentations mentales plus équilibrées et plus réflexives ont été rapportés, comme les relations positives : un environnement familial positif, des amitiés soutenantes et une relation de couple solide. Ces données soulignent l’importance cruciale d’un soutien global avant et après la naissance, d’autant que le lien entre représentations parentales équilibrées et attachement sécure du nourrisson est bien documenté [39, 41, 46]. Il importe de considérer que les représentations mentales parentales ne sont pas statiques mais dynamiques et susceptibles de changer avec le temps, en particulier à mesure que les parents font l’expérience directe des soins, et cet aspect devrait être pris en compte dans l’analyse future des facteurs de protection et de risque. Les représentations peuvent en effet évoluer en réponse aux expériences postnatales, comme les interactions quotidiennes avec le nourrisson, les dynamiques de coparentalité et le sentiment de compétence parentale. L’attention portée aux facteurs de risque comme de protection, en tant qu’éléments qui touchent, dans une perspective biopsychosociale, la santé du parent comme celle de l’enfant, est aussi appuyée par les données sur les corrélats neurobiologiques et psychophysiologiques des représentations parentales, qui suggèrent que ces modèles internes sont liés aux capacités de régulation émotionnelle et à l’activité cérébrale liée aux soins. Les parents dont les représentations sont plus cohérentes et plus riches émotionnellement pourraient présenter une activation accrue des régions cérébrales impliquées dans l’empathie et l’accordage émotionnel lorsqu’ils interagissent avec leur nourrisson [70]. Ainsi, les nourrissons protégés par un environnement riche et stimulant peuvent grandir de façon positive et franchir les étapes de leur développement.
En outre, la souplesse des représentations, généralement appuyée par les données empiriques, souligne l’importance d’un suivi longitudinal et d’interventions sensibles au contexte, visant à favoriser des styles représentationnels plus adaptatifs au début du parcours parental [26]. Compte tenu des associations établies entre représentations non équilibrées et divers facteurs de risque psychosociaux, les stratégies de prévention et d’intervention précoce devraient être prioritaires pendant la période prénatale. Les résultats de cette synthèse systématique suggèrent l’importance d’explorer la validité et l’applicabilité de programmes (par exemple des interventions par rétroaction vidéo ou des approches fondées sur la mentalisation) visant à développer des représentations du nourrisson plus réflexives et plus intégrées. Ces interventions pourraient être bénéfiques pour des populations à risque, comme les personnes ayant des antécédents de trauma, un faible soutien social ou une détresse psychologique élevée. Il est essentiel de développer et de valider des outils capables de détecter les changements des représentations parentales au fil du temps pour suivre l’efficacité des interventions et personnaliser le soutien [67].
Un autre point central intéressant de cette revue systématique est le rôle de la fonction réflexive (RF) dans la représentation mentale. Des niveaux plus élevés de RF sont associés à des représentations mentales plus équilibrées. Les études, encore peu nombreuses, sur les pères ont confirmé qu’une RF moyenne à élevée est corrélée à une meilleure préparation à la naissance et aux débuts de la parentalité, à un investissement émotionnel accru et à une identification plus forte comme coparents actifs [32, 35]. Les mères font généralement preuve d’une RF plus élevée que les pères [56], même si les raisons de cette différence de genre restent obscures faute de recherches suffisantes. Si l’association entre RF et représentations parentales est globalement confirmée par les études [32, 35], les raisons pour lesquelles les mères présentent généralement une RF plus élevée que les pères restent mal comprises [56]. Une explication suggestive pourrait tenir aux biais culturels encore profondément enracinés concernant les rôles de genre dans la parentalité. Les pères peuvent rencontrer des obstacles structurels et émotionnels pour devenir des coparents pleinement engagés, en particulier dans les contextes où les soins maternels restent l’idéal normatif, et cet aspect pourrait affecter la RF paternelle et façonner les représentations mentales de l’enfant et de la parentalité. Par conséquent, les écarts entre représentations maternelles et paternelles peuvent avoir un impact sur la qualité de la coparentalité, et ainsi influencer le climat émotionnel de l’enfant et affecter le système familial de manière imprévisible [71]. Des études sont nécessaires pour déterminer si cet écart entre les genres tient à des facteurs biologiques, psychologiques ou socioculturels, ou à des différences d’expérience des soins et d’attentes sociales. En outre, des études longitudinales pourraient éclairer la manière dont la RF évolue dans le temps et interagit avec des facteurs contextuels comme le stress, le soutien et la santé mentale des parents. Comprendre ces trajectoires développementales permettrait de repérer plus précisément les parents à risque et d’éclairer la conception d’interventions sur mesure visant à renforcer la RF pendant la période périnatale [67]. Élargir la recherche sur la RF à des populations diverses, en incluant notamment les deux parents et des échantillons culturellement variés, serait essentiel pour saisir la complexité de la parentalité contemporaine et favoriser des relations précoces sécures dans des contextes familiaux variés.
Bien qu’elle apporte des éclairages significatifs sur les représentations mentales parentales, cette revue présente plusieurs limites. Premièrement, l’hétérogénéité des études incluses, en particulier quant aux outils d’évaluation et aux construits, rend la comparaison et la synthèse difficiles. Les divers instruments (par exemple WMCI, IRMAG/IRPAG, PAI, PDI-R2) diffèrent par leur objet, leur structure et leurs fondements théoriques, ce qui limite la possibilité de tirer des conclusions unifiées sur les représentations parentales. Deuxièmement, la plupart des études portent principalement sur les mères, les représentations paternelles étant peu étudiées ou explorées à l’aide d’outils non standardisés. Il en résulte un biais de genre qui entrave une compréhension complète de la manière dont les deux parents contribuent au développement relationnel précoce. Troisièmement, de nombreuses études sont transversales et sans suivi longitudinal, ce qui empêche d’évaluer les trajectoires développementales des représentations et leur impact évolutif sur les interactions parent-enfant. Quatrièmement, plusieurs études incluses sont anciennes et reflètent souvent des contextes socioculturels qui peuvent différer sensiblement des structures familiales et des normes parentales actuelles. Cet écart temporel limite la généralisation des résultats à la diversité des situations parentales d’aujourd’hui. Enfin, peu d’études adoptent une perspective dyadique ou systémique capable de saisir les interactions entre partenaires et leurs représentations mentales conjointes, malgré des données de plus en plus nombreuses sur l’importance des dynamiques de coparentalité.
Au vu des données examinées, les représentations mentales parentales, malgré les caractéristiques propres et les différences entre mère et père, apparaissent comme un construit dynamique et multidimensionnel, façonné par des facteurs individuels, relationnels et contextuels. La constance des associations entre représentations équilibrées et sensibilité parentale, sécurité de l’attachement et bien-être psychologique souligne leur rôle central dans le développement relationnel précoce. De plus, il se confirme que la parentalité positive qui apparaît liée à ces représentations a un impact sur la santé générale de l’enfant, physique comme mentale, tout au long de la vie [72]. Le domaine gagnerait cependant à une conceptualisation plus claire de ce qui constitue les différentes expressions des représentations et de la manière dont ce construit évolue dans le temps. Les études futures devraient adopter des approches longitudinales, dyadiques et interdisciplinaires intégrant des variables neurobiologiques, cognitivo-affectives et contextuelles. En outre, des cadres théoriques comme la théorie de l’attachement [2], l’approche fondée sur la mentalisation [1, 67] et les modèles de la coparentalité [73] offrent des grilles de lecture précieuses pour saisir la complexité de la transition vers la parentalité ; c’est pourquoi les études futures doivent encore se référer à ces modèles classiques pour développer des perspectives nouvelles et innovantes. Enfin, la recherche devrait éclairer des interventions précoces de prévention et de réparation, en particulier celles qui renforcent la fonction réflexive et soutiennent les parents vulnérables, et favoriser ainsi non seulement le bien-être individuel, mais aussi des systèmes familiaux plus sains (par exemple [74]). Sur le plan clinique, les résultats de cette étude soulignent l’intérêt d’évaluer les représentations mentales parentales pendant la période périnatale pour repérer précocement les risques relationnels et orienter des interventions sur mesure. L’association entre représentations non équilibrées et facteurs de risque psychosociaux souligne la nécessité de programmes de prévention, comme l’entraînement à la fonction réflexive ou les interventions par rétroaction vidéo, en particulier auprès des populations vulnérables.
Complexe Systémique : à retenir
Cette revue rappelle que l’enfant existe dans la tête de ses parents bien avant de naître, et que ce bébé imaginé porte déjà la trace de leur propre histoire d’attachement, de leur couple et de leur entourage. Pour un regard systémique, deux résultats retiennent l’attention : chez les mères, l’enfant à naître ressemble d’abord à l’autre parent avant de se rapprocher d’elles, et les représentations se construisent en se différenciant de sa propre mère, ce qui fait de la grossesse un moment de remaniement intergénérationnel. La revue reste pourtant prisonnière de ce qu’elle critique : elle exclut les parents adoptifs, les grossesses médicalement assistées, les familles à risque et les parents adolescents, et la plupart des études sont maternelles, dyadiques et parfois anciennes. Les données sur les pères, le couple et la coparentalité sont minces, et l’évaluation de la qualité comme le décompte des études exclues comportent des incohérences. Pour la clinique périnatale, l’idée utile est simple : interroger le bébé imaginé, l’autre parent imaginé et les échos familiaux, en entretien de couple autant qu’en individuel. À lire avec l’entretien d’attachement familial, qui pense l’attachement à trois, et avec le plaidoyer pour une santé mentale périnatale informée par la mentalisation.
Notes de l’original
Avertissement de l’éditeur. Les déclarations, opinions et données contenues dans toutes les publications sont celles des seules personnes qui les signent et y contribuent, et non celles de MDPI et/ou des éditeurs. MDPI et/ou les éditeurs déclinent toute responsabilité pour tout dommage aux personnes ou aux biens résultant des idées, méthodes, instructions ou produits mentionnés dans le contenu.
Contributions. Conceptualisation, R.T., L.D.P. et F.F. ; méthodologie, F.F. ; analyse formelle, L.D.P. ; investigation, L.D.P. et F.F. ; ressources, R.T. ; curation des données, L.D.P. et F.F. ; rédaction de la version initiale, L.D.P. et F.F. ; relecture et révision, F.F. et R.T. ; supervision, R.T. ; obtention du financement, R.T. Toute l’équipe a lu et approuvé la version publiée du manuscrit.
Avis du comité d’éthique. Sans objet.
Consentement éclairé. Sans objet.
Disponibilité des données. Toutes les données figurent dans cette étude systématique.
Liens d’intérêts. L’équipe déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.
Financement. Ce travail a été soutenu par le ministère italien de la Recherche, au moyen de la subvention PRIN-2022 (CUP MASTER B53D23014300006 — CUP B53D23014300006).
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Traduction non officielle en français de Comprendre les représentations parentales pendant la période périnatale : une revue systématique des résultats empiriques et des implications cliniques, par Renata Tambelli, Ludovica Del Proposto et Francesca Favieri, Children, vol. 12, no 8, 1051 (2025), doi : 10.3390/children12081051, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, légende de la figure traduite). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Understanding Parental Representations Across the Perinatal Period: A Systematic Review of Empirical Findings and Clinical Implications », publié dans Children (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Tambelli, R., Del Proposto, L., et Favieri, F. (2025). Comprendre les représentations parentales pendant la période périnatale : une revue systématique des résultats empiriques et des implications cliniques (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/comprendre-les-representations-parentales-pendant-la-periode-perinatale-une-revue (Œuvre originale publiée en 2025 dans Children, 12(8), 1051 (2025) ; republiée en 2025 par Children, https://www.mdpi.com/2227-9067/12/8/1051)
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