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Journal of Investigative Psychology and Offender Profiling · Violences

Construire un consensus entre spécialistes pour comprendre la violence et la maltraitance des enfants et adolescents envers leurs parents et y répondre

Deux études Delphi, l’une internationale (2021) avec des spécialistes de terrain et des parents concernés, l’autre locale (2025) dans le nord-est de l’Angleterre, cherchent ce qui fait consensus face à la violence d’un enfant envers ses parents. Les points d’accord sont nets : voir l’enfant avant le comportement, ne pas plaquer les modèles de l’auteur de violences conjugales, croire les parents, ouvrir des portes d’entrée claires et rapides, sans attendre un diagnostic.

Auteurs Nikki Rutter et Maria Duah (département de sociologie, université de Durham), Royaume-UniPremière publication Journal of Investigative Psychology and Offender Profiling, 11 mai 2026Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Construire un consensus entre spécialistes pour comprendre la violence et la maltraitance des enfants et adolescents envers leurs parents et y répondre, par Nikki Rutter et Maria Duah, publié dans Journal of Investigative Psychology and Offender Profiling (Wiley) (2026), doi : 10.1002/jip.70017, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les trois tableaux sont présentés sous forme de listes ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Les enfants qui exercent de la violence familiale restent des enfants.

Nikki Rutter et Maria Duah

Résumé

Ce travail visait à repérer des points de consensus sur les principes permettant de comprendre la violence et la maltraitance des enfants et adolescents envers leurs parents (CAPVA) et d’y répondre, au moyen de deux études Delphi indépendantes en trois tours. Le Delphi 1 (2021) a réuni un panel international composé de spécialistes de terrain, de parents ayant une expérience vécue et de personnes répondantes déclarant ces deux formes d’expertise. Le Delphi 2 (2025) a réuni des professionnels travaillant dans une même collectivité locale du nord-est de l’Angleterre, avec l’appui d’un groupe consultatif chargé d’éclairer la pertinence locale et l’interprétation. Les deux études ont utilisé trois questionnaires successifs (tour 1 : génération d’items par questions ouvertes ; tours 2 et 3 : cotation structurée d’énoncés avec retour contrôlé). Le Delphi 1 a recueilli 31 réponses au tour 1, 46 au tour 2 et 40 au tour 3 ; le Delphi 2, 13 réponses aux tours 1 et 2 et neuf au tour 3. L’accord a été résumé par le pourcentage d’accord ou de désaccord, la médiane et l’écart interquartile. Dans les deux panels, le consensus a mis l’accent sur une pratique non stigmatisante, centrée sur l’enfant et relationnelle ; sur la prudence face à l’usage systématique des cadres de la violence conjugale adulte et des modèles centrés sur l’auteur ; sur des circuits d’orientation plus clairs et plus accessibles ; et sur l’importance d’un soutien rapide et attentif au développement. Les résultats proposent des principes de pratique fondés sur le consensus, susceptibles d’orienter le développement des services et les recommandations, tout en reconnaissant l’hétérogénéité des situations de CAPVA et la nécessité de réponses souples et graduées. D’autres travaux sont nécessaires pour en évaluer les effets et intégrer le point de vue des enfants et des jeunes.

1. Introduction

Repérer et rendre opérationnelle une « bonne pratique » face à la violence et à la maltraitance des enfants et adolescents envers leurs parents (CAPVA) reste difficile, en partie parce que la CAPVA est définie et conceptualisée de manière incohérente selon la recherche, les politiques publiques et la pratique. Dans cet article, CAPVA est employé comme terme générique désignant un ensemble répété de comportements nuisibles (notamment, mais pas seulement, physiques, psychologiques, émotionnels et coercitifs ou de contrôle) exercés par un enfant ou un adolescent envers un parent ou une figure de soin principale ou secondaire, dans un contexte familial. La CAPVA est un phénomène complexe, dans lequel un préjudice, intentionnel ou non, peut être infligé de façon répétée aux parents sur une longue période. Cette complexité repose sur des interactions multiples entre facteurs sociaux, individuels et biologiques (Simmons et al. 2018), notamment une détresse liée à des besoins non satisfaits et/ou à des stratégies inadaptées pour y répondre (Rutter 2023, 2024). Quelle qu’en soit la cause, les familles ne reçoivent souvent pas de soutien tant que le préjudice n’a pas dégénéré en crise, avec un risque de retrait de l’enfant ou de criminalisation de l’enfant (Holt et Lewis 2021 ; Rutter et al. 2025).

Idéalement, un accompagnement global et un travail multi-institutionnel traiteraient les déterminants complexes associés à la CAPVA et réduiraient la probabilité de criminalisation des jeunes ; de telles approches sont toutefois rarement mises en œuvre dans la pratique (Davies et Walker 2025, 12). On a plaidé pour considérer les enfants comme des victimes tout en reconnaissant leur recours à des comportements nuisibles, au motif qu’un comportement inadapté au développement peut nuire à l’enfant comme aux autres (Rutter et al. 2025 ; Condry et Miles 2021 ; Hackett et al. 2006). On a néanmoins aussi soutenu que présenter les enfants comme victimes de leurs propres comportements nuisibles accroît le risque d’attribuer aux parents la responsabilité d’une prétendue incapacité à contrôler leurs enfants (Coogan 2011).

Les travaux existants montrent une grande hétérogénéité dans la manière de cadrer la CAPVA (comme violence domestique, violence familiale, question de protection, besoin neurodéveloppemental ou de santé mentale, ou comportement lié au trauma) et, par conséquent, dans les réponses recommandées aux services. Des synthèses récentes soulignent de même l’ambiguïté des définitions et la variabilité des modèles d’intervention et des recommandations de pratique, ainsi qu’un accord limité sur les parcours de soutien efficaces (Baker et Bonnick 2021 ; Rogers et Ashworth 2024 ; Toole-Anstey et al. 2023). Cette ambiguïté justifie une démarche structurée de construction du consensus. La technique Delphi convient bien aux contextes marqués par des données émergentes et des concepts contestés, car elle offre un mécanisme itératif et anonymisé pour recueillir, affiner et quantifier le jugement d’expertise (Mikton et al. 2017). Si les méthodes Delphi servent souvent à construire un consensus dans des domaines fragmentés, l’objectif de cette étude n’est pas simplement d’agréger des avis d’expertise. En réunissant délibérément des spécialistes de terrain, des spécialistes de la recherche et des spécialistes de l’expérience vécue qui travaillent avec des formes fondamentalement différentes de CAPVA, cet article s’attaque à un problème analytique central du champ : la caractérisation erronée et persistante d’expériences familiales hétérogènes comme un phénomène unique et unifié. Nous soutenons ainsi que la recherche continue de définitions, de seuils ou de parcours uniformes est elle-même devenue une hypothèse limitante, à laquelle cet article répond directement en établissant un consensus fondé sur des principes, conçu pour fonctionner en situation d’hétérogénéité plutôt que pour l’éliminer.

1.1. Cadrages

Les équipes de recherche sur la CAPVA appliquent le plus souvent les cadres de la violence domestique pour interpréter les données qui s’y rapportent (Simmons et al. 2018 ; Rutter 2023). Cela semble toutefois tenir à des similitudes de victimisation entre la CAPVA et la violence domestique autour des « dilemmes de la révélation », dont la « minimisation » du préjudice par les parents et l’auto-« culpabilisation » (Coogan 2011, 355). À l’inverse, d’autres travaux ont souligné que tout amalgame entre CAPVA et violence domestique brouille les frontières conceptuelles et pratiques (Holt et Lewis 2021). En outre, appliquer les cadres de la violence domestique au préjudice causé par des enfants pose d’importants problèmes pratiques : criminalisation des enfants, réticence à signaler, responsabilisation des parents et des enfants, stigmatisation des familles (Miles et Condry 2015). De fait, toute pratique qui considère les enfants comme des « auteurs » de violences plutôt que comme des enfants ayant besoin de soutien a été associée à un préjudice direct pour les enfants, qui les empêche d’adopter des comportements plus sains (Miles et Condry 2015 ; Venables et al. 2025). Il existe aussi une forte association avec des différences développementales chez les enfants à l’origine de la CAPVA, si bien qu’on l’associe largement à des difficultés de développement de l’enfant plutôt qu’à une question pénale (Holt 2016 ; Miles et Condry 2015 ; Rutter 2022 ; Rutter et al. 2025).

Il importe de ne pas remplacer un cadrage dominant par un autre. La CAPVA se comprend mieux comme un ensemble hétérogène de comportements nuisibles et de dynamiques relationnelles, qui surviennent dans des contextes familiaux divers et par des voies multiples, parfois croisées (exposition au trauma, différence neurodéveloppementale et dysrégulation sensorielle, adversité cumulée, problèmes de santé d’un parent, conflit familial et facteurs de stress structurels plus larges (Baker et Bonnick 2021)). Cela ajoute de la complexité aux recommandations de bonne pratique, qui dépendent fortement du contexte.

1.2. Législation applicable

La loi de 2021 sur la violence domestique (Domestic Abuse Act 2021) a marqué un tournant dans la législation britannique : elle a consacré pour la première fois la fonction de commissaire à la violence domestique et reconnu les enfants comme victimes à part entière, tout en précisant que toute personne âgée de 16 ans ou plus pouvait être à l’origine de violence domestique (Domestic Abuse Act 2021). On admet cependant que les mineurs de moins de 18 ans doivent bénéficier d’une réponse de protection (Working Together to Safeguard Children 2015). Le fait que le préjudice causé par des jeunes de 16 à 18 ans puisse relever de cette loi a conduit en Angleterre à étendre les financements disponibles pour soutenir les personnes vivant avec la CAPVA : en 2021 comme en 2022, le Durham County Council a reçu ces fonds, destinés aux familles d’enfants de 8 à 18 ans à l’origine de CAPVA, pour former les professionnels et proposer des interventions aux familles. Au cours des deux premières années, le conseil a rapporté ce qui suit :

La première année, une formation a été dispensée à 230 professionnels, et 800 professionnels concernés ont participé à des séances de sensibilisation. En outre, une personne chargée de la sécurité des victimes a accompagné 11 familles. La deuxième année, la personne chargée de l’accompagnement a soutenu 48 familles. Des fonds ont aussi été investis dans la formation complémentaire de responsables d’équipe et dans l’intégration du Respect Young People Programme au programme scolaire.

En conséquence, cette étude examine le point de vue de professionnels locaux ayant suivi une formation liée à la CAPVA, dans le contexte des évolutions législatives récentes de 2025, et le met en regard de l’avis de personnes du monde entier qui se sont présentées comme spécialistes dans une étude de 2021. Il s’agit d’études distinctes ; cet article n’est donc pas une étude de l’évolution dans le temps, mais l’examen des points de vue de deux panels distincts permet de repérer les convergences et les divergences dans la manière de conceptualiser la CAPVA et de rendre opérationnelle la « bonne pratique » selon les contextes. Cette lecture comparative est importante, car elle montre quels principes paraissent robustes dans des contextes différents et lesquels dépendent de l’organisation locale des services, des ressources et de l’environnement politique, ce qui renforce l’utilité pratique des résultats du consensus pour le développement des services et les recommandations.

2. Méthode

Cet article présente les résultats de deux études Delphi indépendantes (Delphi 1 : 2021 ; Delphi 2 : 2025). L’objectif général était de repérer les convergences et les divergences dans la manière de comprendre et de cadrer la CAPVA, et dans ce qui constitue une évaluation et un soutien appropriés, y compris les processus d’orientation et la prestation des services.

2.1. Considérations éthiques

Les deux procédures ont été approuvées par l’université de Durham, le Delphi 1 en 2020 et le Delphi 2 en 2025. Dans les deux études Delphi, un lien vers JISC Online Surveys, qui hébergeait les questionnaires Delphi, permettait aux spécialistes de consulter une notice d’information comprenant les critères de recrutement des « spécialistes », ainsi que des informations sur le droit de se retirer et sur le plan de gestion des données.

2.2. Personnes participantes

2.2.1. Delphi 1 (2021)

Le Delphi 1 a recouru à un échantillonnage raisonné, conformément aux recommandations Delphi (Hackett et al. 2006). Les invitations ont été adressées aux services spécialisés en CAPVA, puis élargies par les réseaux sociaux, notamment par un message sur le site d’information sur la CAPVA « Holes in the Wall ». Les critères d’éligibilité visaient à garantir une réelle expertise du sujet, tout en intégrant l’expérience vécue, dans l’esprit participatif du programme de travail plus large.

Dans le Delphi 1, les personnes étaient éligibles si elles remplissaient au moins l’un des critères suivants :

  • spécialistes de terrain travaillant avec des jeunes à l’origine de CAPVA, lorsque ces comportements avaient commencé avant l’âge de 12 ans ; ou
  • spécialistes de la CAPVA ayant travaillé avec un jeune à l’origine de CAPVA dont un frère ou une sœur plus jeune vivant au foyer (moins de 12 ans) avait aussi été repéré comme présentant des comportements similaires ; ou
  • parents d’enfants ou d’adultes de plus de 16 ans dont l’enfant avait manifesté les comportements en question avant l’âge de 12 ans.

Certaines personnes relevaient à la fois de la catégorie des professionnels et de celle des parents ; toutes ont donc été invitées à indiquer si elles étaient spécialistes de la pratique, spécialistes par l’expérience, ou les deux. Des spécialistes par l’expérience ont déjà participé avec succès à des recherches en santé utilisant la méthode Delphi (Law et Morrison 2014) ; ces personnes ont été incluses dans le Delphi 1 pour renforcer les principes participatifs qui sous-tendent ce projet. Aucune ancienneté de pratique n’était exigée, et la participation était ouverte à tous les pays.

Le tableau 1 résume le nombre de personnes répondantes par tour. Dans les plans Delphi classiques, on conserve idéalement un panel stable d’un tour à l’autre pour examiner comment le jugement d’expertise évolue en réponse au retour contrôlé. Le Delphi 1 a utilisé une approche modifiée, dans laquelle le panel du tour 1 a été élargi pour le tour 2, afin de maximiser l’étendue des apports spécialisés et d’expérience vécue au moment où les énoncés étaient cotés pour la première fois. Ce mode de recrutement est une modification méthodologique courante (McMillan et al. 2016). Il a été mis en œuvre en recontactant toutes les personnes invitées au premier tour et en diffusant plus largement le questionnaire du tour 2 dans la même base d’échantillonnage. Le nombre de personnes répondantes a donc augmenté du tour 1 au tour 2. Pour préserver la dimension longitudinale du plan Delphi, le tour 3 a ensuite été limité aux personnes ayant répondu au tour 2, ce qui permettait une comparaison au sein du panel des recotations après retour contrôlé.

Tableau 1 — Personnes participantes au Delphi 1

  • Tour 1 (Delphi 1, 2021). 31 personnes répondantes : Royaume-Uni n = 25 (80,6 %) ; république d’Irlande n = 2 (6,5 %) ; Australie n = 1 ; États-Unis n = 3 (9,7) ; 14 (45,2 %) spécialistes par l’expérience, neuf (29 %) spécialistes de la pratique, huit (25,8 %) remplissant les deux critères.
  • Tour 2. 46 personnes répondantes (96,8 % ayant déjà répondu) : Royaume-Uni n = 36 (78,3 %) ; république d’Irlande n = 2 (4,3 %) ; Australie n = 2 (4,3 %) ; États-Unis n = 2 (4,3 %) ; Canada n = 4 (8,7 %) ; 23 (50 %) spécialistes par l’expérience ; 13 (28,3 %) spécialistes de la pratique, 10 (21,7 %) remplissant les deux critères.
  • Tour 3. 40 personnes répondantes : Royaume-Uni n = 30 (75 %) ; république d’Irlande n = 2 (5 %) ; Australie n = 2 (5 %) ; États-Unis n = 2 (5 %) ; Canada n = 4 (10 %) ; 23 (57,5 %) spécialistes par l’expérience ; 11 (27,5 %) spécialistes de la pratique, six (15 %) remplissant les deux critères.

2.2.2. Delphi 2 (2025)

Le Delphi 2 a été mené comme une étude Delphi distincte, ancrée localement, en collaboration avec une collectivité locale, le Durham County Council, dans le nord-est de l’Angleterre. Les personnes participantes ont été recrutées par l’organisation partenaire ; il s’agissait de professionnels engagés dans des interventions liées à la CAPVA et/ou dans la formation d’autres professionnels à la CAPVA. Le panel du Delphi 2 reflétait donc une expertise de terrain au sein d’un seul système de services, plutôt qu’un échantillon international et intersectoriel de spécialistes ; les personnes participantes et leur service sont présentés au tableau 2.

Tableau 2 — Personnes participantes au Delphi 2

  • Tour 1 (Delphi 2, 2025). 13 personnes répondantes : 10 de la collectivité locale (77 %), deux du service de santé (15 %), une d’une organisation de lutte contre la violence domestique (8 %).
  • Tour 2. 13 personnes répondantes : 10 de la collectivité locale (77 %), deux du service de santé (15 %), une d’une organisation de lutte contre la violence domestique (8 %).
  • Tour 3. Neuf personnes répondantes : sept de la collectivité locale (78 %), une (11 %) du service de santé, une (11 %) d’une organisation de lutte contre la violence domestique.

2.2.2.1. Groupe consultatif (Delphi 2)

Outre le panel de professionnels du Delphi 2, un groupe consultatif a été réuni pour soutenir la co-conception et l’interprétation. Il comprenait huit responsables et représentants de services, et trois parents ayant une expérience vécue de la CAPVA qui cherchaient leur chemin dans les circuits de soutien locaux. Le groupe consultatif a contribué à l’élaboration des questions du tour 1 (pour garantir leur pertinence au regard des processus d’orientation locaux et des difficultés d’accès aux services) et s’est réuni de nouveau après les tours Delphi pour discuter des résultats, en s’attachant particulièrement à leur faisabilité et à leur mise en œuvre dans le système local. Les contributions du groupe consultatif ont été recueillies selon une formule d’atelier et ont servi à contextualiser et à approfondir les résultats du Delphi 2 ; les avis du groupe consultatif n’ont toutefois pas été intégrés aux calculs quantitatifs du consensus.

2.3. Instruments

Chaque étude Delphi comprenait trois questionnaires successifs administrés en ligne. Le Delphi 1 a d’abord été construit à partir des critères définis dans Rutter (2021), tandis que le Delphi 2 a d’abord été construit par un groupe consultatif réunissant des responsables de service et des parents confrontés à la CAPVA, après la présentation des résultats d’un projet de recherche-action participative sur l’accès aux services (Rutter et al. 2025). Le groupe consultatif a formulé les questions du premier tour du Delphi 2, puis s’est réuni de nouveau, une fois la procédure Delphi terminée, pour discuter des résultats.

2.4. Procédure

Les données ont été recueillies par JISC Online Surveys. Les études ont été menées indépendamment (Delphi 1 : panel international et intersectoriel de spécialistes ; Delphi 2 : panel de pratique locale), mais selon la même structure en trois tours, chaque tour restant ouvert six semaines (les questionnaires des tours 1 et 2 des deux études figurent dans les informations complémentaires S1). Le tour 2 a converti les réponses qualitatives du premier tour en un ensemble structuré d’énoncés à coter (Delphi 1 : 46 énoncés ; Delphi 2 : 36 énoncés). Les énoncés étaient cotés sur une échelle d’accord de Likert en 10 points (1 = pas du tout d’accord à 10 = tout à fait d’accord), et les personnes participantes pouvaient justifier chaque cote en texte libre. Une option « ne sait pas / sans objet » était proposée dans le Delphi 1, mais pas dans le Delphi 2 ; lorsqu’elle existait, ces réponses ont été exclues du dénominateur pour le calcul du pourcentage d’accord ou de désaccord. Le tour 3 a présenté de nouveau uniquement les items qui n’avaient pas satisfait aux critères de consensus prédéfinis au tour 2 (selon McMillan et al. 2016). Chaque personne a reçu un questionnaire individuel indiquant ses propres réponses par rapport à celles des autres, ainsi que les réponses qualitatives contraires à la sienne, pour voir si elle souhaitait modifier sa cote. Les critères de cotation utilisés pour rendre opérationnels l’accord, le désaccord et le consensus sont détaillés au tableau 3.

Tableau 3 — Critères de consensus

  • Élevé. ≥ 70 % ET écart interquartile ≤ 2 ET médiane 1–2/4–5.
  • Modéré. 60 %–69 % ET écart interquartile ≤ 3 ET médiane 1–2/4–5.
  • Faible. 50 %–59 % ET écart interquartile ≤ 3 ET médiane 1–2/4–5.
  • Aucun. < 50 % OU écart interquartile > 3 OU médiane 2,5–3,5.

2.5. Analyse des données

L’analyse quantitative a été réalisée avec SPSS. Pour chaque énoncé coté sur l’échelle d’accord en 10 points, les réponses ont été résumées par le pourcentage d’accord ou de désaccord, la médiane (M) et l’écart interquartile (EI) comme indice de dispersion. Selon l’usage courant dans les comptes rendus Delphi, des seuils de pourcentage ont servi à indiquer des niveaux de convergence plus ou moins élevés ; mais comme il n’existe pas de norme unique et partagée pour les critères de consensus Delphi, les seuils ont été fixés après un examen attentif d’études Delphi existantes (Der Gracht 2012). Tous les critères devaient être remplis ; sinon, le niveau de consensus était abaissé à la catégorie suivante. L’échelle de Likert complète a été utilisée au tour 2 dans les deux études, mais ramenée de 10 à cinq catégories au tour 3 pour favoriser davantage le consensus, un procédé appliqué avec succès dans d’autres travaux (Hackett et al. 2006).

3. Résultats

Les deux études Delphi ont suscité des réponses qualitatives, qui ont facilité un dialogue anonymisé entre les personnes participantes et apporté des précisions de contexte sur leurs points de vue. Dans le Delphi 2, les résultats ont aussi été discutés avec le groupe consultatif, afin d’examiner le degré d’accord avec le consensus émergent et de repérer des actions réalisables pour améliorer l’accès aux interventions. Cette section présente donc des données qualitatives et quantitatives. L’hétérogénéité est une considération centrale de l’interprétation. Bien que les deux études Delphi aient fait apparaître une convergence autour de grands principes de pratique (par exemple des réponses non stigmatisantes et centrées sur l’enfant, le refus de cadrer l’enfant comme auteur de violences, un accès rapide au soutien), les situations de CAPVA varient sans doute fortement selon le stade de développement, la gravité et la chronicité, les besoins associés et l’écologie familiale. Les présents résultats ne doivent donc pas être lus comme l’adhésion à une explication causale unique (par exemple « la CAPVA comme trauma », « la CAPVA comme question neurodéveloppementale » ou « la CAPVA comme violence domestique »), ni comme l’idée qu’un seul programme d’intervention conviendrait à toutes les situations. Les énoncés de consensus peuvent plutôt se comprendre comme un cadre appliqué pour élaborer des parcours souples, adaptables aux systèmes locaux tout en préservant des principes fondamentaux : la sécurité, l’engagement relationnel et un soutien proportionné, pour les parents comme pour les enfants.

3.1. Delphi 1

Un consensus d’accord élevé a été atteint sur les connaissances relatives à la CAPVA, notamment : « La CAPVA est plus répandue que nous ne le pensons » (97,8 % ; 0 ; 1) ; « Nous devrions toujours voir l’enfant avant le comportement » (91,1 % ; 0 ; 1). En outre, l’énoncé du Delphi 1 « La CAPVA est une question de santé publique » (89,7 % ; 1 ; 1) rejoint le Delphi 2 : il ne figurait pas dans le questionnaire du Delphi 2, mais le groupe consultatif a proposé de présenter la CAPVA comme une « crise de santé publique » qui devrait « être au centre des campagnes de santé publique », ce qui montre qu’aux niveaux international comme local, la santé publique a un rôle à jouer pour réduire et/ou prévenir la CAPVA.

Ont aussi obtenu un consensus d’accord élevé dans le Delphi 1 les énoncés suivants : « Les enfants ne veulent pas être violents et sont aussi des victimes » (81,8 % ; 1 ; 1) ; « Les enfants de moins de 11 ans à l’origine de violences devraient être compris à travers une grille informée par le trauma » (79 % ; 1 ; 1) ; « Les modèles centrés sur l’auteur de violences devraient être évités avec les enfants » (78,8 % ; 2 ; 2). Ces consensus soulignent l’importance d’approches d’intervention déstigmatisantes et centrées sur l’enfant. Par ailleurs, les spécialistes ne sont pas parvenus à un accord sur l’énoncé « La CAPVA, c’est un enfant qui essaie de prendre le contrôle sur ses parents » (55,3 % ; 3 ; 3) ; les réponses qualitatives ont fait ressortir des divergences quant aux nuances et à l’hétérogénéité des raisons de la CAPVA, par exemple : « parfois, il s’agit d’un enfant qui essaie de prendre le contrôle parce qu’il se sent hors de contrôle » (réponse qualitative).

Plusieurs énoncés relatifs au repérage précoce ont aussi atteint un consensus élevé, dont : « Recourir à la violence envers les animaux indique un recours à la violence à la maison » (74,4 % ; 1 ; 2). Dans cette section, un consensus de désaccord élevé a rejeté l’énoncé « Endommager des biens n’est pas un problème et peut aider les enfants à diriger leur colère de façon saine » (76,9 % ; 1 ; 5). En revanche, aucun accord ne s’est dégagé sur l’énoncé « Un intérêt intense pour l’horreur, les meurtres, les tueries peut indiquer un problème » (60 % ; 3 ; 2,5). Les énoncés ayant obtenu un consensus d’accord élevé sur les parcours de soutien comprenaient : « Tous les professionnels en contact avec des enfants et des parents devraient être formés à repérer la CAPVA » (93,2 % ; 0 ; 1) ; « Les circuits de protection existants, censés protéger enfants et adultes de la maltraitance, ne sont pas adaptés aux situations de CAPVA » (89,1 % ; 1 ; 1) ; « Si appeler la police est la seule option, de nombreuses familles garderont la CAPVA cachée » (76,9 % ; 2 ; 1) ; « Des circuits d’orientation distincts devraient exister pour la CAPVA, dans lesquels des spécialistes de la CAPVA rassemblent les informations des différents organismes et assurent tout le travail direct » (70 % ; 1 ; 1). Ces résultats plaident ainsi pour une sensibilisation et une collaboration multi-institutionnelles, plutôt que pour une responsabilité confiée à un seul organisme.

Un consensus d’accord élevé a été obtenu sur les énoncés suivants : « Une compréhension claire des dynamiques familiales est essentielle avant de commencer le travail » (88,9 % ; 0 ; 1) ; « Les évaluations des différences sensorielles et neurologiques peuvent être utiles aux familles » (82 % ; 1 ; 1) ; « Les évaluations devraient être menées avec toute la famille plutôt que de manière fragmentée » (81,3 % ; 1 ; 2) ; et « Le récit des parents devrait être prioritaire » (70 % ; 1 ; 1). Dans cette section, un consensus de désaccord élevé a rejeté la proposition « La plupart des familles qui demandent de l’aide n’ont pas besoin de soutien, car les enfants dépasseront ces comportements sans intervention » (72,5 % ; 1 ; 5). « La parentalité dite de bon sens ou traditionnelle ne fonctionne pas en cas de violence » (71 % ; 1 ; 1) ; cependant, « les punitions et les récompenses ne fonctionnent pas et peuvent aggraver la violence » (76,9 % ; 1 ; 1). Ainsi, les parents peuvent adopter une approche plus autoritaire lorsque les stratégies traditionnelles échouent, ce qui accroît globalement le préjudice au sein du foyer.

Concernant le travail avec les familles, un consensus d’accord élevé a été obtenu sur les énoncés suivants : « La CAPVA n’est pas causée par une défaillance parentale » (84,6 % ; 0 ; 1) ; « Il est essentiel de travailler avec les familles sur des périodes prolongées pour être efficace » (79,5 % ; 1 ; 1) ; « Le soutien par les pairs est essentiel ; les séances de groupe sont donc la manière privilégiée de soutenir les familles » (76,4 % ; 1 ; 1). « Une planification de la sécurité et une évaluation des risques devraient être réalisées avec chaque famille » (74,4 % ; 1 ; 1). Un consensus de désaccord élevé a rejeté l’énoncé « Le travail ne devrait en aucun cas associer le travail social » (70,3 % ; 2 ; 5).

3.2. Delphi 2

Concernant le travail direct avec les familles, un consensus d’accord élevé a été obtenu sur l’énoncé « Demander aux parents s’ils font face devrait se faire dès le premier contact et se poursuivre tout au long de l’intervention » (92 % ; 0 ; 5 ; Delphi 2). Le groupe consultatif du Delphi 2 y a vu une « bonne pratique » et a souligné l’importance de « points d’étape » réguliers. Il y a eu aussi consensus sur l’énoncé « Les professionnels qui travaillent avec les familles devraient les informer qu’elles peuvent s’adresser directement aux services pour la CAPVA » (Delphi 2). Cet énoncé a toutefois suscité des tensions dans le groupe consultatif, car la plupart des orientations vers les services se faisaient déjà à l’initiative des familles, et le groupe a averti que cela pourrait « remettre toute la responsabilité sur le parent » (groupe consultatif). Parmi les autres énoncés de consensus élevé de cette section figuraient : « Observer le comportement des enfants dans plusieurs environnements (maison, école, collectivité) aide les professionnels à repérer les difficultés de comportement, à valider les inquiétudes des parents et à planifier un soutien adapté » (76 % ; 0,5 ; 5) ; « Des critères d’orientation et des recommandations plus clairs sont nécessaires pour aider les familles et les professionnels à s’orienter dans les processus de premier contact (First Contact) » (88 % ; 1 ; 5) ; et « Offrir un cadre individuel et confidentiel pour faciliter l’évocation de sujets sensibles » (93 % ; 0 ; 5).

Un énoncé du Delphi 2 indiquait que « l’aide devrait être proposée dès que les familles la demandent » (Delphi 2 ; Rutter et al. 2025). Dans les deux études Delphi, les personnes participantes ont souligné l’importance de croire ce que rapportent les familles et de placer le récit des parents au centre. Reconnaître les parents comme spécialistes paraît être une composante centrale de la pratique relationnelle.

« L’expertise en matière de CAPVA doit aller au-delà des modèles traditionnels de la violence domestique, en particulier pour soutenir des enfants ayant des besoins de soutien à long terme » (100 % ; 0 ; 5) ; « Après un diagnostic posé par le CAMHS [services de santé mentale de l’enfant et de l’adolescent], les familles devraient recevoir un soutien adapté et des points d’étape réguliers de la part d’un professionnel référent nommé, et pas seulement un compte rendu écrit ou une fin de prise en charge » (87 % ; 0 ; 5) ; « Tous les professionnels qui travaillent avec des familles devraient connaître l’outil d’évaluation des risques de CAPVA qu’ils peuvent remplir avec les familles » (84 % ; 0 ; 5).

Alors que le Delphi 1 portait sur les moins de 12 ans, le Delphi 2 a davantage permis d’explorer les nuances selon les tranches d’âge : « La CAPVA peut être plus difficile à repérer dans la petite enfance en raison de facteurs développementaux et de l’expression verbale limitée des jeunes enfants. Une définition et des recommandations nationales sur la CAPVA pour les enfants de moins de 8 ans favoriseraient donc des circuits d’orientation plus clairs dans la petite enfance » (70 % ; 1 ; 5). Lorsque de jeunes enfants sont orientés vers des parcours CAPVA, ils peuvent « avoir besoin d’outils simplifiés et plus thérapeutiques, comme des approches par le jeu ou par l’art, qui permettent de faire de la régulation émotionnelle l’axe principal du soutien aux jeunes enfants présentant des comportements de CAPVA » (groupe consultatif). Cela rejoint le consensus plus large selon lequel « les interventions en matière de CAPVA devraient être adaptées au stade de développement de l’enfant plutôt qu’à son âge » (100 % ; 0 ; 5 ; Delphi 2). Le groupe consultatif a aussi noté que le partage limité d’informations entre services peut rendre difficile, en pratique, l’établissement du profil développemental et des besoins d’un enfant ; une planification sur mesure et une adaptation des programmes sont donc souvent nécessaires.

Les obstacles à l’accès au soutien ont été reconnus comme une préoccupation importante : « Les familles qui subissent de longs délais d’attribution de rendez-vous devraient recevoir un soutien intermédiaire, comme des appels de suivi, pendant qu’elles sont sur liste d’attente » (77 % ; 1 ; 5) ; « Les parents ayant une expérience vécue de la CAPVA sont experts de la compréhension de la situation de leur famille et de la manière de s’y orienter » (100 % ; 0 ; 5) ; « Une approche multi-institutionnelle associant des professionnels de diverses disciplines et les familles est essentielle pour offrir un soutien spécialisé en matière de CAPVA » (84 % ; 1 ; 5).

Plusieurs énoncés du Delphi 2 ont souligné qu’une communication non stigmatisante et un partage d’informations cohérent peuvent réduire la honte et permettre une demande d’aide plus précoce (par exemple, la nécessité d’une communication honnête et cohérente et d’une orientation proactive avant les étapes formelles d’orientation). Le groupe consultatif a noté qu’au niveau local, de nombreux enfants évoqués dans la pratique se trouvaient dans un parcours d’évaluation neurodéveloppementale (« neuropathway »). Ce constat a été interprété comme une caractéristique contextuelle des flux d’orientation locaux plutôt que comme une explication de la CAPVA, mais il a mis en lumière un risque lié à l’accès aux services : les démarches diagnostiques peuvent retarder le soutien et contribuer à l’éclipse diagnostique si le comportement nuisible et la planification de la sécurité ne sont pas traités en parallèle de l’évaluation.

« Les professionnels devraient recevoir une formation spécialisée à la CAPVA comprenant des compétences de communication empathique et non stigmatisante avec les parents, avant d’utiliser l’outil de dépistage de la CAPVA » (100 % ; 0 ; 5). Le groupe consultatif du Delphi 2 a cependant qualifié cette idée de « vœu pieux » (blue sky thinking) et souligné que les personnels scolaires chargés d’accompagner les enfants ayant des besoins éducatifs particuliers devraient être prioritaires pour ce type de formation, une formation universelle de tous les professionnels relevant d’une aspiration de « monde idéal ».

« Des supports imprimés, comme des affiches et des dépliants placés dans les écoles, les bibliothèques, les cabinets de médecine générale et les Family Hubs, peuvent informer efficacement les familles sur la CAPVA » (100 % ; 0 ; 5) ; « Les réseaux sociaux, les sites web, les écrans des cabinets de médecine générale et les codes QR sont des outils essentiels pour sensibiliser plus largement la collectivité à la CAPVA » (92 % ; 0 ; 5). Le groupe consultatif du Delphi 2 a néanmoins reconnu que plusieurs campagnes avaient eu lieu localement, mais que leur ciblage restait flou : « on ne semble savoir où trouver les choses que si on les connaît déjà ». En outre, faute de documents papier à remettre aux familles, et faute de responsabilité claire quant au maintien de ces messages, les campagnes étaient souvent de courte durée : « il faut que la santé publique adopte une approche nationale, pour que les gens sachent ce que c’est et où trouver de l’aide ».

« Des dossiers d’information conçus par des professionnels, adaptés aux parents et aux enfants, devraient être remis aux familles au moment de l’orientation pour expliquer la CAPVA et le soutien disponible » (100 % ; 0 ; 5). « Des campagnes de sensibilisation du public et des témoignages de pairs peuvent aider à réduire la stigmatisation et encourager les familles à parler ouvertement de la CAPVA » (84 % ; 0 ; 5). « Améliorer la connaissance de la CAPVA exige des messages clairs dans les espaces publics, sur les réseaux sociaux et dans les écoles » (100 % ; 0 ; 5). Une autre manière proposée de sensibiliser consistait en ceci : « la collectivité locale devrait créer et animer des groupes ou cercles de soutien pour les personnes vivant la CAPVA, qui pourront ensuite devenir à leur tour porte-parole » (groupe consultatif). Cette idée a été approfondie lors de la discussion du groupe consultatif, qui a souligné l’intérêt de partager des résultats positifs pour construire la confiance entre les services et les familles. Le groupe consultatif a aussi exprimé des inquiétudes quant au risque de surcharger les pairs « porte-parole » et soutenu que le mentorat par les pairs devait compléter, et non remplacer, les équipes en place.

4. Discussion

Une implication centrale des deux exercices Delphi est que la CAPVA n’est pas un phénomène unique et uniforme et ne doit pas être traitée comme tel, ni dans les politiques publiques ni dans la pratique. Les données existantes indiquent une hétérogénéité importante quant à l’apparition, à la gravité, à la durée et aux circonstances relationnelles et contextuelles dans lesquelles survient la CAPVA (Simmons et al. 2018 ; Rogers et Ashworth 2024). Pour certaines familles, la CAPVA semble étroitement liée à une différence neurodéveloppementale et à une dysrégulation sensorielle ; pour d’autres, elle est plus étroitement associée à l’exposition au trauma, à l’adversité cumulée, aux facteurs de stress familiaux, aux besoins de santé mentale, ou à un conflit qui s’intensifie lors des transitions développementales. Ces voies ne s’excluent pas mutuellement et peuvent coexister, leur signification et le risque qu’elles comportent étant façonnés par des facteurs écologiques plus larges. Les présents résultats doivent donc être interprétés comme un consensus sur de grands principes de pratique, et non comme l’appui à un modèle explicatif unique ou à un programme d’intervention valable partout.

4.1. Implications pour les réponses d’enquête et les réponses légales

Bien que la CAPVA relève souvent des dispositifs de soutien aux familles et de protection, les résultats des Delphi ont des implications directes pour les réponses d’enquête et les réponses légales, car le contact avec la police est souvent vécu comme une voie par défaut ou une voie de crise lorsque les autres accès au soutien sont flous ou indisponibles. Dans les deux études Delphi, les personnes participantes ont souligné que les familles peuvent minimiser, retarder ou éviter la révélation lorsqu’elles anticipent la criminalisation de l’enfant, la mise en cause des parents ou une escalade par des réponses punitives. Cela souligne l’importance de concevoir des processus de premier contact et de recueil d’informations qui réduisent les obstacles à la révélation, distinguent la demande d’aide de la gestion de la délinquance et tiennent compte du contexte relationnel et développemental dans lequel survient le comportement nuisible.

4.2. Delphi 2

4.2.1. Une crise de santé publique

La reconnaissance de la CAPVA comme question de santé publique rejoint les travaux internationaux qui conçoivent la violence comme un problème de santé publique appelant une réponse centrée sur la prévention (Wolf et al. 2014). Fait important, un cadrage de santé publique est compatible avec l’hétérogénéité : il soutient la prévention en amont, le repérage précoce et une intervention graduée, plutôt que de présupposer un modèle explicatif unique. En ce sens, les résultats des Delphi peuvent se lire comme un plaidoyer pour une réponse de l’ensemble du système, attentive aux besoins développementaux (y compris aux profils neurodéveloppementaux et sensoriels, le cas échéant), tout en reconnaissant le rôle du trauma, de l’adversité, du conflit familial et des facteurs de stress contextuels plus larges (Holt 2023, 2024 ; Rutter 2024 ; Rogers et Ashworth 2024). En outre, reconnaître que la CAPVA peut se présenter, pour certaines familles, comme une préoccupation développementale suggère qu’un soutien spécialisé peut être important pour prévenir l’escalade, ce qui concorde avec des travaux menés au Royaume-Uni et ailleurs dans le monde montrant qu’une intervention spécialisée peut aider les familles à faire face à la CAPVA et à la réduire (Rutter et al. 2025 ; Curtis et al. 2022 ; Erostarbe et al. 2018 ; Toole-Anstey et al. 2023).

Malgré l’importance de l’intervention précoce, il existe des problèmes manifestes de connaissance des services de soutien en matière de CAPVA, chez les familles comme chez les professionnels. Il ressort des deux études Delphi que les actions de sensibilisation sont de plus en plus reconnues comme un levier pour aider les familles à accéder au bon soutien au bon moment. Cependant, faute de terminologie et de définitions de la CAPVA universellement admises, les familles ne savent souvent pas comment nommer le phénomène qu’elles vivent, et n’ont donc aucune idée de l’endroit où chercher de l’aide (Condry et Miles 2014).

Lors de la discussion des résultats avec notre groupe consultatif, il a été souligné que plusieurs énoncés du Delphi 2 décrivaient des options possibles de sensibilisation, dont des supports imprimés (affiches, dépliants et dossiers d’information conçus par des professionnels) et des ressources numériques (réseaux sociaux, sites web, codes QR). Cependant, la sensibilisation ne suffit pas, et les témoignages positifs sont les plus efficaces pour favoriser un engagement positif avec les services (Lewis et al. 2004). C’est nécessaire, car les campagnes centrées uniquement sur les effets négatifs, plutôt que sur une meilleure compréhension des raisons de ce préjudice, étaient perçues comme accroissant la stigmatisation et dissuadant les familles de demander une intervention. Cela concorde avec la littérature existante, dans laquelle des parents d’enfants autistes ont subi une stigmatisation due à l’incompréhension des autres quant aux raisons pour lesquelles leurs enfants peuvent se comporter de manière atypique (Broady et al. 2017).

4.3. Les cadres de la violence domestique ne sont pas appropriés

Comme le soulignait l’introduction de cet article, la question de savoir si la CAPVA relève de la violence domestique, ou doit être comprise à l’aide des cadres de la violence domestique, est très débattue (Condry et Miles 2021 ; Coogan 2011). Le consensus des deux études Delphi indique qu’une bonne pratique devrait éviter d’appliquer systématiquement les cadres de la violence domestique ou les modèles centrés sur l’auteur de violences lorsqu’on travaille avec des enfants et des familles confrontés à la CAPVA. Les justifications des personnes participantes insistaient sur les risques liés à la criminalisation des enfants, à une réticence accrue à révéler, à la responsabilisation des parents et à la stigmatisation des familles, ainsi que sur l’importance de reconnaître le statut développemental des enfants et leurs besoins de soutien (Holt et Lewis 2021 ; Miles et Condry 2015). Pour expliquer pourquoi d’autres approches sont nécessaires, les personnes répondantes se sont appuyées sur des compréhensions multiples, parfois croisées, de la manière dont la CAPVA peut survenir : adversité et exposition au trauma, différence neurodéveloppementale et dysrégulation sensorielle, besoins de santé mentale, facteurs de stress familiaux et conflit qui s’intensifie lors des transitions développementales (Rutter 2022, 2024 ; Rutter et al. 2025 ; Holt 2023, 2024 ; Rogers et Ashworth 2024). Cela ne signifie pas qu’une seule voie explique la CAPVA dans tous les cas ; cela souligne plutôt la nécessité d’une évaluation proportionnée et de réponses individualisées et informées par la relation. Cela rejoint des arguments plus larges selon lesquels les enfants qui exercent de la violence familiale restent des enfants, et les réponses devraient donner la priorité à la sécurité en même temps qu’au soutien, sans s’appuyer sur les paradigmes de l’auteur adulte de violences (Condry et Miles 2021 ; Hackett et al. 2006).

Si les cadres habituels de la violence domestique et de l’auteur de violences ne sont pas appropriés, les alternatives de pratique doivent être explicites et accessibles. Les approches informées par le trauma et par la violence peuvent soutenir la sécurité et l’engagement lorsqu’elles servent à contextualiser le comportement et à réduire l’escalade, et non à minimiser le préjudice. Les personnes participantes du panel international ont aussi souligné que les circuits de protection existants sont souvent insuffisants face à la CAPVA, ce qui renforce la nécessité de parcours clairement formulés et centrés sur l’enfant, intégrant évaluation, désescalade et soutien familial adapté.

4.4. L’expérience des familles

Alors que la CAPVA toucherait environ 22 % de la population, des travaux avancent qu’il s’agit d’une « sous-estimation grossière » (O’Hara et al. 2017, 181). De nombreux professionnels pourraient donc travailler avec des familles vivant la CAPVA sans que celles-ci ne la révèlent. Il s’agit de lever le fardeau d’une révélation complète qui pèse sur les parents, identifié comme un obstacle important au soutien dans d’autres recherches sur la violence (Francis et al. 2017). La CAPVA présente de nombreux traits repérables au-delà du préjudice physique observable exercé par les enfants envers les parents ; considérer la CAPVA comme un ensemble de nombreuses formes de préjudice peut être utile, dans la mesure où d’autres formes de préjudice peuvent aussi en être des indicateurs (Holt 2025).

La mise en cause des parents est l’une des expériences les plus difficiles pour les familles qui cherchent du soutien face à la CAPVA (Condry et Miles 2014 ; Coogan 2011 ; Rutter 2022, 2024 ; Rutter et al. 2025 ; Holt 2016 ; Miles et Condry 2015). Les deux études Delphi critiquent cette mise en cause, en soulignant qu’elle empêche non seulement les familles de chercher du soutien, mais qu’elle sape aussi la pratique relationnelle, vitale dans le travail avec les familles confrontées à la CAPVA. La CAPVA n’est pas un phénomène que l’attribution de blâme fait avancer ; ce qui aide, c’est la compréhension de la capacité d’agir et de la vulnérabilité individuelles et collectives, ainsi que des interactions écologiques complexes qui peuvent accroître la vulnérabilité au fait de subir ou de causer un préjudice (Baker et al. 2025).

4.5. Le travail des professionnels

En l’absence d’obligations légales, de nombreux services et territoires ne proposent pas d’intervention spécialisée en matière de CAPVA. De plus, il n’existe actuellement dans la politique britannique aucune recommandation légale sur les composantes d’une spécialisation en CAPVA (Holt et Lewis 2021). Cette lacune est encore accentuée lorsque la CAPVA apparaît dans la petite enfance, des préjudices ayant été signalés chez des enfants de 3 ans seulement (Rutter et al. 2025). Il en résulte souvent que les familles ne savent pas où trouver du soutien et se tournent vers la police lorsque le préjudice s’aggrave avec le temps, qu’un risque apparaît pour d’autres enfants du foyer et/ou qu’un retrait de l’enfant est à craindre (Rutter et al. 2025 ; Condry et Miles 2014 ; Holt 2025 ; Holt et Lewis 2021).

Que le travail multi-institutionnel ne repose pas uniquement sur la démarche spontanée des parents (ce qui alourdirait le fardeau de la révélation) est une considération importante en matière de CAPVA (Francis et al. 2017). Le groupe consultatif du Delphi 2 a expliqué comment des stratégies multi-institutionnelles comme l’Operation Encompass (Jobson et al. 2025) et l’Operation Soteria (Stanko et Crew 2022) étaient perçues comme des exemples efficaces de réponses systémiques coordonnées et centrées sur les victimes. Dans ce territoire, le groupe consultatif a noté qu’une proportion importante des enfants évoqués dans la pratique se trouvaient dans un parcours d’évaluation neurodéveloppementale (« neuropathway »). Cette observation doit être interprétée avec prudence et en contexte : elle peut refléter les flux d’orientation et l’organisation des services locaux plutôt qu’indiquer que la CAPVA serait avant tout d’origine neurodéveloppementale. Elle illustre néanmoins utilement une difficulté d’accès aux services. Le groupe consultatif a souligné que, lorsque les familles demandent une évaluation pour accéder à un soutien, elles peuvent connaître une éclipse diagnostique (c’est-à-dire qu’un diagnostic possible ou confirmé détourne l’attention des besoins associés, y compris du comportement nuisible). Conformément aux énoncés du Delphi 2, les personnes participantes ont soutenu que le soutien devrait traiter la sécurité et le comportement en parallèle des processus d’évaluation, plutôt que d’attendre les conclusions diagnostiques (Molloy et al. 2023 ; Rutter et al. 2025).

4.6. Le soutien par les pairs

Le soutien par les pairs a été valorisé dans les deux études comme un moyen de réduire l’isolement et de permettre un apprentissage partagé ; il n’a cependant pas été présenté comme une solution autonome. Les résultats plaident pour une offre combinée (travail entre pairs, individuel et avec toute la famille), choisie selon la situation et le niveau de risque de la famille, avec des garanties de protection, une supervision et un soutien appropriés pour les pairs qui y contribuent.

5. Limites

Plusieurs limites doivent être signalées ; elles indiquent aussi des priorités pour la recherche future. Premièrement, certains énoncés du Delphi 2 comportaient plusieurs éléments, ce qui a pu réduire la clarté des items et l’interprétabilité des cotes. Deuxièmement, le Delphi 2 reposait sur un petit panel issu d’un seul territoire et d’un seul système de services ; le consensus obtenu peut donc refléter les normes de pratique, l’architecture des orientations et les contraintes de ressources locales. La recherche future devrait reproduire cet exercice Delphi dans plusieurs collectivités locales et services, afin d’examiner quels principes sont robustes d’un contexte à l’autre et lesquels dépendent du système.

Troisièmement, le Delphi 1 a délibérément associé des spécialistes par l’expérience et des spécialistes de la pratique ; cela renforce la légitimité participative, mais peut aussi masquer des différences de priorités significatives. Une analyse des réponses divergentes entre ces groupes est disponible (voir Rutter 2021), mais la recherche future devrait être conçue pour permettre des analyses par sous-groupe (expérience vécue ou pratique professionnelle ; secteur ; pays ; fonction) et explorer dans quels cas le désaccord reflète des valeurs, des seuils de risque ou des contraintes de système divergents. Enfin, ce manuscrit n’inclut pas le point de vue des enfants et des jeunes, pourtant central pour comprendre la CAPVA et évaluer l’acceptabilité des réponses proposées. La recherche future devrait intégrer la voix des enfants et des jeunes à l’aide de méthodes adaptées à leur développement et informées par le trauma et par les exigences de protection, et aller au-delà du consensus vers une évaluation centrée sur les résultats.

6. Besoins en ressources et considérations de mise en œuvre

Le caractère appliqué du travail sur la CAPVA rend les implications en ressources indissociables de l’interprétation. Dans les deux études Delphi, les personnes participantes ont souligné la nécessité de développer les compétences des équipes (formation universelle et formation spécialisée à la CAPVA), de disposer de circuits d’orientation distincts et lisibles, et d’un soutien relationnel durable plutôt que de contacts limités dans le temps. Le Delphi 2 a aussi indiqué l’importance d’un soutien intermédiaire pendant les périodes d’attente, d’informations plus claires pour les familles au moment de l’orientation et d’une meilleure coordination multi-institutionnelle (y compris avec les parcours neurodéveloppementaux et de santé mentale). Lorsque le soutien par les pairs est développé, la mise en œuvre devrait tenir compte des exigences de protection, de la supervision et du risque de surcharger les parents ayant une expérience vécue, tout en préservant les bénéfices possibles de l’apprentissage partagé et de la réduction de la stigmatisation.

7. Conclusion

Ces deux études Delphi font apparaître des points de consensus sur les principes permettant de comprendre la CAPVA et d’y répondre. Pour les spécialistes du panel international comme pour les professionnels locaux, la CAPVA a été constamment présentée comme une préoccupation de santé publique et une question de soutien aux familles, qui appelle des réponses rapides et attentives au développement. Fait important, les résultats doivent être interprétés à la lumière de l’hétérogénéité : la CAPVA survient dans des contextes familiaux divers et peut être associée à des voies et à des besoins multiples et croisés. En conséquence, les enfants qui ont des comportements nuisibles devraient être compris d’abord comme des enfants, et les réponses devraient donner la priorité à la sécurité en même temps qu’au soutien, plutôt que de s’appuyer sur les paradigmes de l’auteur adulte de violences.

Les personnes participantes ont mis en garde contre l’application systématique des cadres traditionnels de la violence domestique à la CAPVA, en soulignant les risques de criminalisation, de stigmatisation et de soutien inefficace ou inadapté. À leur place, les énoncés de consensus orientent vers l’élaboration de parcours CAPVA souples et fondés sur des principes, adaptables aux systèmes de services locaux. Ces parcours comprennent une évaluation globale et proportionnée, l’attention aux dynamiques familiales et, si nécessaire, un travail relationnel au long cours. Les deux études ont aussi repéré des lacunes systémiques : une connaissance limitée, des seuils et des voies d’accès au soutien peu clairs, et des difficultés liées aux démarches diagnostiques qui peuvent retarder la demande d’aide et l’intervention en temps utile.

Les professionnels ont souligné l’importance d’une approche de santé publique, de voies d’orientation plus claires et d’une collaboration multi-institutionnelle qui réduise le fardeau pesant sur les parents de révéler la situation en pleine crise. Ce panel a aussi mis en avant des besoins de développement des compétences, à la fois une sensibilisation universelle et une formation plus spécialisée à la CAPVA pour soutenir le repérage, l’évaluation et la réponse. Le soutien par les pairs a été constamment valorisé, mais présenté comme une composante parmi un éventail plus large d’options (par exemple travail en groupe, individuel et avec toute la famille), à choisir et à combiner selon la situation de la famille, le stade de développement et le niveau de risque.

Dans l’ensemble, les résultats confirment la nécessité de recommandations coordonnées, d’une meilleure formation professionnelle et de dispositifs de soutien précoce renforcés, tout en reconnaissant que les situations de CAPVA et les besoins de services varient. Le développement des services devrait donc privilégier des parcours souples et gradués, centrés sur l’enfant, non stigmatisants et proportionnés, avec une capacité de travail multi-institutionnel et un soutien relationnel durable lorsque c’est nécessaire. La recherche future devrait évaluer la faisabilité et les effets des principes proposés sur des échantillons plus larges et multisites et, surtout, intégrer le point de vue des enfants et des jeunes pour renforcer la base de données probantes sur des réponses acceptables et efficaces.

7.1. Implications pour la recherche

La recherche participative avec les familles et les professionnels s’est révélée efficace pour l’élaboration de ces deux études Delphi. Elle a aussi mis en lumière les différences et les similitudes importantes entre les deux groupes dans leur manière de comprendre la CAPVA et d’y répondre. D’autres recherches participatives, explorant notamment comment les parents donnent sens à ces interactions avec les services et quelles stratégies parentales différentes ils mettent en œuvre, pourraient contribuer à créer de nouvelles connaissances et une meilleure compréhension.

7.2. Implications pour la pratique

Sur le plan opérationnel, le consensus plaide pour des seuils plus clairs et une prise de décision partagée entre les partenaires institutionnels (protection sociale de l’enfance, éducation, santé, police), avec des circuits convenus de partage d’informations et d’escalade lorsque le risque est aigu. Il met aussi en garde contre les cadres habituels de l’auteur adulte de violences, qui peuvent compromettre l’engagement et masquer les besoins de soutien. Compte tenu de l’hétérogénéité des situations de CAPVA, les réponses devraient être proportionnées, attentives au développement et inscrites dans des parcours gradués offrant une désescalade rapide et une planification de la sécurité, ainsi que des accès à un soutien spécialisé de plus long terme, sans dépendre de la persévérance des parents ni de crises à répétition.

  1. Donner la priorité à un engagement précoce auprès des familles, non jugeant et centré sur la relation, en même temps qu’à une évaluation proportionnée des besoins de sécurité et de soutien, afin que les réponses puissent être adaptées à la situation de la famille.
  2. Ancrer une communication cohérente et non stigmatisante et une coproduction avec les familles, soutenues par un travail multi-institutionnel et des parcours clairs offrant un éventail gradué d’options (conseil, soutien bref, intervention spécialisée) plutôt qu’un modèle unique.
  3. Planifier et assurer le soutien en partant du principe que la CAPVA peut être associée à des voies multiples et croisées (par exemple trauma ou adversité, différence neurodéveloppementale et besoins sensoriels, santé mentale, facteurs de stress familiaux). Éviter l’éclipse diagnostique en traitant le comportement nuisible, la sécurité et les besoins de soutien de la famille en parallèle (et pas seulement à l’issue) des processus d’évaluation.
  4. Élaborer et/ou renforcer des recommandations légales et locales précisant quels services sont responsables des réponses à la CAPVA, y compris les seuils, les circuits d’orientation et le partage d’informations, tout en permettant une offre proportionnée et souple, ajustée à l’organisation des services locaux.

Complexe Systémique : à retenir

Le principal apport de l’article est de refuser une explication unique. La violence d’un enfant envers ses parents peut tenir au trauma, à une différence neurodéveloppementale, à l’adversité, à une crise de passage ou à tout cela à la fois ; plutôt que de trancher, les deux panels s’accordent sur des principes : sécurité, lien, réponse proportionnée pour les parents comme pour l’enfant. Pour une lecture systémique, plusieurs points comptent. Le cadrage « auteur de violences » isole l’enfant, culpabilise les parents et retarde la demande d’aide ; la mise en cause des parents ruine l’alliance. Les spécialistes demandent d’évaluer avec toute la famille, de comprendre ses dynamiques avant d’agir, et de prendre le récit des parents au sérieux. Le parcours diagnostique peut devenir un piège quand il fait attendre l’aide. Le groupe consultatif rappelle aussi des tensions utiles : inviter les familles à s’adresser elles-mêmes aux services peut leur remettre toute la charge. Limites : un panel local de neuf à treize personnes, l’absence de la parole des enfants. À lire avec la recherche-action sur la demande d’aide des familles face à la violence filio-parentale, et avec l’article sur l’invisibilité de la fratrie dans ces interventions.

Notes de l’original

Remerciements. L’équipe remercie le Durham County Council pour son partenariat dans la conduite de cette recherche, ainsi que toutes les personnes spécialistes qui ont participé à l’étude.

Financement. Ce travail a été financé par un ESRC IAA, code : ES/X004325/1.

Déclaration éthique. Ce travail a été approuvé par le département de sociologie de l’université de Durham, code : 2481.

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

Disponibilité des données. Les données sont conservées selon les recommandations de conservation de l’UKRI et de l’université de Durham.

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Traduction non officielle en français de Construire un consensus entre spécialistes pour comprendre la violence et la maltraitance des enfants et adolescents envers leurs parents et y répondre, par Nikki Rutter et Maria Duah, Journal of Investigative Psychology and Offender Profiling, vol. 23, no 2, e70017 (2026), doi : 10.1002/jip.70017, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « An Expert Consensus Building Exercise on Understanding and Responding to Child and Adolescent‐to‐Parent Violence and Abuse », publié dans Journal of Investigative Psychology and Offender Profiling (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Rutter, N., et Duah, M. (2026). Construire un consensus entre spécialistes pour comprendre la violence et la maltraitance des enfants et adolescents envers leurs parents et y répondre (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/construire-un-consensus-entre-specialistes-pour-comprendre-la-violence-et-la-maltraitance (Œuvre originale publiée en 2026 dans Journal of Investigative Psychology and Offender Profiling, 23(2), e70017 (2026) ; republiée en 2026 par Journal of Investigative Psychology and Offender Profiling, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/jip.70017)

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