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Journal of Child and Family Studies · Famille

Enfant qui s’épanouit, parent en deuil : une étude qualitative sur des enfants trans et leurs parents face à la transition

Quand un ou une jeune trans fait son coming out, le soulagement est souvent immédiat de son côté, alors que le parent entre dans un temps d’incrédulité et de deuil. Une équipe canadienne a interrogé séparément 36 jeunes suivis en clinique d’affirmation de genre et l’un de leurs parents : les deux récits sont d’abord déphasés, puis se rejoignent quand la famille s’engage ensemble dans la transition.

Auteurs Annie Pullen Sansfaçon, Morgane Gelly, Valeria Kirichenko et Frank Suerich-Gulick (École de travail social, Université de Montréal) et Denise Medico (département de sexologie, Université du Québec à Montréal), CanadaPremière publication Journal of Child and Family Studies, 29 novembre 2021Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Enfant qui s’épanouit, parent en deuil : une étude qualitative sur des enfants trans et leurs parents face à la transition, par Annie Pullen Sansfaçon, Denise Medico, Morgane Gelly, Valeria Kirichenko et Frank Suerich-Gulick, publié dans Journal of Child and Family Studies (Springer) (2022), doi : 10.1007/s10826-021-02178-w, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les points forts de l’original (Highlights) sont regroupés dans l’encadré du résumé. Le tableau est présenté sous forme de deux listes de questions. Les figures restent en anglais, avec une légende traduite. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

En soutenant leur enfant, les parents peuvent apaiser leurs propres inquiétudes.

Annie Pullen Sansfaçon, Denise Medico, Morgane Gelly, Valeria Kirichenko et Frank Suerich-Gulick

Résumé

Un nombre croissant de juridictions facilitent désormais les transitions des jeunes trans et non binaires (JTNB) : elles leur permettent de changer légalement de prénom et de mention de genre, et leur donnent accès à des soins médicaux d’affirmation de genre qui répondent à leurs besoins de transition. La littérature montre les bienfaits de ces mesures pour réduire les effets néfastes sur la santé mentale. Un soutien parental fort est aussi reconnu comme essentiel à l’épanouissement des JTNB. Mais des études montrent également que les parents peuvent avoir du mal à accepter l’identité de leur enfant pendant la transition et au-delà, ce qui rend cette étape de vie particulièrement éprouvante, pour les parents comme pour les JTNB. Ce projet qualitatif retrace les expériences des JTNB et de leurs parents, depuis la découverte d’une identité de genre diverse jusqu’à son affirmation. Les personnes participantes ont été recrutées par l’intermédiaire de trois cliniques canadiennes spécialisées offrant des soins d’affirmation de genre, et des entretiens ont été menés séparément auprès de 36 dyades formées d’un ou d’une jeune trans et de l’un de ses parents, soit 72 entretiens au total. Les données révèlent des différences notables entre l’expérience des JTNB et celle de leurs parents. De nombreux JTNB ont commencé à s’interroger sur leur genre en secret, attendant d’avoir une certitude avant d’en parler à leurs parents. Si le coming out a souvent été un soulagement pour les JTNB, il a été vécu autrement par leurs parents, qui ont souvent eu du mal à accepter l’identité de leur enfant tout en affichant leur soutien. Nous avons toutefois constaté que les JTNB et leurs parents parvenaient à combler cet écart en s’engageant ensemble dans le processus de transition. Parce que la façon dont les JTNB prennent conscience de leur genre et l’affirment diffère de ce que vivent leurs parents, nous réaffirmons l’importance de placer la parole des JTNB au centre lorsqu’on cherche à comprendre leur expérience.

Points clés

  • Nous comparons l’expérience évolutive de prise de conscience du genre, d’affirmation et de transition chez les jeunes trans à celle de leurs parents.
  • L’expérience des parents ne reflète souvent pas la réalité de leur enfant trans.
  • Il existe un décalage temporel entre les parents et leur enfant dans le cheminement vers l’acceptation.
  • La synchronisation des récits et des expériences des parents et des jeunes crée un lien familial plus profond.
  • Le seul témoignage des parents ne fournit pas une information suffisamment complète pour comprendre l’expérience de leur enfant.

Mots-clés : jeunes trans, parents de jeunes trans, transition, prise de conscience du genre, affirmation de genre, coming out, soins d’affirmation trans, analyse comparative

Introduction

Les jeunes trans et non binaires (JTNB) représentent près de 2 % de la population âgée de 13 à 17 ans (John et al., 2019). Les JTNB sont des jeunes qui ressentent une certaine incongruence entre leur identité de genre, c’est-à-dire le sentiment profond d’appartenir à un genre donné, comme « féminin », « masculin » ou un autre genre (Hildago et al., 2013), et le sexe qui leur a été assigné à la naissance. Chez certains JTNB, ce sentiment d’incongruence peut devenir tel qu’il entraîne une détresse importante, parfois appelée dysphorie de genre. On sait que les transitions, qu’elles soient sociales (par exemple changement de présentation, de vêtements, de coiffure ou de pronoms), médicales (prise de bloqueurs hormonaux, hormonothérapie, etc.) ou légales (changement de prénom, de mention de genre), contribuent à atténuer certaines des expériences négatives qui peuvent être liées à la dysphorie de genre (Cohen-Kettenis et al., 2011 ; Wiepjes et al., 2018 ; Pullen Sansfaçon et al., 2018 ; Pullen Sansfaçon et al., 2019).

La littérature montre aussi que les jeunes JTNB peuvent franchir différentes étapes vers la transition, et que les processus et les parcours de questionnement et d’affirmation de leur identité de genre sont variés. Selon Cohen-Kettenis et Klink (2015), les JTNB présentant une dysphorie de genre peuvent connaître une dysphorie de genre à début précoce (généralement tôt dans l’enfance, avant la puberté) ou à début tardif. Des recherches récentes au Canada et en Suisse suggèrent cependant d’autres trajectoires développementales. Si certains JTNB affirment leur genre dès la petite enfance (l’enfant affirmé), d’autres ne font leur coming out qu’à la puberté, alors qu’ils ressentaient l’incongruence de genre bien plus tôt (l’enfant silencieux) ; d’autres JTNB encore n’auront rencontré aucune difficulté liée à leur genre ressenti avant l’arrivée de la puberté (les jeunes neutres), ce qui permet de brosser un portrait plus nuancé du développement typique de l’identité de genre et de la dissonance au début de la vie (Pullen Sansfaçon et al., 2020a ; Medico et al., 2020).

Les JTNB forment donc une population diverse, par leurs expériences et par leurs parcours vers l’affirmation. On sait que les JTNB constituent une population très résiliente, qui évolue dans des contextes difficiles saturés de transphobie (Singh, 2013 ; Pullen Sansfaçon et al., 2018 ; Shelton et al., 2018 ; Pullen Sansfaçon et al., 2021), mais ces jeunes continuent de se heurter à de nombreuses adversités. Par exemple, le risque de suicide est élevé : environ 47 % des personnes trans ont connu des idées suicidaires (Scanlon, 2010). Le risque d’itinérance est lui aussi élevé. Des études suggèrent toutefois que les difficultés vécues par les JTNB ne sont pas intrinsèquement liées à leur ressenti de genre ou à leur identité trans, mais sont plutôt les conséquences directes et indirectes des contextes sociaux négatifs dans lesquels ces jeunes vivent, notamment la discrimination, la violence et la non-reconnaissance en tant que JTNB (Watson et al., 2017 ; DeVries et al., 2016).

Sans surprise, les environnements soutenants, comme des parents qui affirment l’identité de leur enfant ou le soutien d’une famille choisie, des écoles inclusives et l’accès à des soins médicaux d’affirmation trans, favorisent tous un plus grand bien-être (Pullen Sansfaçon et al., 2018). Par exemple, les JTNB qui peuvent vivre dans leur genre authentique avec un soutien parental fort semblent avoir une santé mentale tout aussi bonne que leurs pairs cisgenres (Durwood et al., 2017 ; Olson, et al., 2016). Le soutien parental semble ainsi compenser certains effets de la discrimination vécue par les jeunes trans (Taliaferro et al., 2018 ; Simons et al., 2013), en diminuant la détresse psychologique et en soutenant le développement de la résilience de l’enfant (Katz-Wise et al., 2018 ; Wilson et al., 2016). Diverses études suggèrent qu’un soutien parental fort conduit à une plus grande satisfaction de vie chez les jeunes trans et a un effet positif sur leur estime de soi (Katz-Wise et al., 2018 ; Ryan, 2009 ; Wong et Drake, 2017).

Pourtant, si le soutien parental est essentiel, les parents peuvent rencontrer de nombreuses difficultés à s’adapter à la nouvelle réalité, et le processus d’adaptation est souvent long (Pullen Sansfaçon et al., 2020b). Les parents peuvent éprouver du chagrin et un sentiment de perte (Pullen Sansfaçon et al., 2020b ; Aramburu Alegria, 2018 ; Coolhart et al., 2018 ; Wahlig, 2015), du déni, de l’incrédulité ou de la colère (Pullen Sansfaçon et al., 2020b ; Aramburu Alegria, 2018 ; Wahlig, 2015). Les parents s’inquiètent souvent de la sécurité de leur enfant et de son acceptation par les autres (Pullen Sansfaçon et al., 2015 ; Pullen Sansfaçon et al., 2020b ; Aramburu Alegria, 2018 ; Lawlis et al., 2017 ; Wahlig, 2015), et peuvent éprouver un sentiment d’impuissance (Pullen Sansfaçon et al., 2015), de jugement social ou d’isolement (Pullen Sansfaçon et al., 2015 ; Wahlig, 2015). Certains parents racontent qu’avec le recul, ils éprouvent de la culpabilité de n’avoir pas su reconnaître et soutenir correctement leur enfant dès le début (Aramburu Alegria, 2018). Certains parents peuvent aussi se demander si l’identité de genre déclarée par leur enfant est réelle, et si elle pourrait être soudaine et résulter de l’influence des pairs (Littman, 2018).

Plusieurs éléments se sont révélés utiles pour aider les parents à surmonter ces difficultés et à avancer vers l’acceptation : s’informer sur les questions trans (Pullen Sansfaçon et al., 2020b ; Wong et Drake, 2017), savoir qu’ils peuvent protéger leur enfant des répercussions négatives de la discrimination et contribuer à son bonheur (Coolhart et al., 2018), et jouer un rôle proactif dans la transition de l’enfant en l’accompagnant ou en défendant ses droits (Birnkrant et Przeworski, 2017 ; Aramburu Alegria, 2018). Le soutien de professionnels et de pairs s’est aussi montré très utile dans ce cheminement vers l’acceptation (Pullen Sansfaçon et al., 2015 ; Pullen Sansfaçon et al., 2020b ; Aramburu Alegria, 2018).

Si de nombreux articles ont été publiés au cours des dernières décennies sur l’expérience des JTNB ou sur celle de leurs parents, le projet Stories of Care est, à notre connaissance, le premier à s’appuyer sur des entretiens dyadiques menés à la fois avec le parent et avec l’enfant, afin de comprendre leurs points de vue et de saisir plus largement leurs expériences dans ce parcours de transition médicale. Nous présentons les résultats de ce projet, dans lequel 36 JTNB qui recevaient des soins d’affirmation de genre au Canada, ainsi qu’un parent de chaque enfant, ont été interviewés, soit 72 entretiens approfondis au total (73 personnes, puisque dans un cas les deux parents ont été interviewés). Nous explorons et mettons en regard leurs expériences et leurs observations sur le fait de grandir trans, des premiers questionnements et du coming out jusqu’à la transition médicale.

Méthodologie

Le projet a été mené entre 2016 et 2019 et visait à en apprendre davantage sur les expériences des JTNB et de leurs parents ou des personnes tutrices, orientés vers des cliniques spécialisées pour des soins médicaux d’affirmation de genre. Plus précisément, l’équipe cherchait à mieux comprendre les enjeux qui touchent les jeunes et leur famille, la manière dont les JTNB vivent leur identité de genre et, pour les jeunes qui éprouvent une dysphorie de genre, la façon d’y faire face. Nous prêtons aussi attention aux nombreux enjeux auxquels les jeunes et leur famille sont confrontés, dont les soins antérieurs, les dynamiques familiales, les enjeux sociaux, les forces et la résilience, et d’autres facteurs qui influent sur leur santé et leur bien-être globaux.

Nous avons pris appui sur la méthodologie de l’analyse thématique (Braun et al., 2019 ; Braun et Clarke, 2006, 2021), dans sa version inductive et réflexive (Braun et Clarke, 2021), qui permettait de tenir compte de la complexité du projet et de ses perspectives multidisciplinaires (voir Pullen Sansfaçon et al., 2019). Le projet est parti de questions de recherche plutôt que d’une hypothèse : quels enjeux touchent les enfants et les jeunes trans et les personnes qui en prennent soin, dans leur recherche de soins ; quelles stratégies servent à exprimer ou à traiter la dysphorie ; comment les situations sociales et familiales sont-elles traversées ; quels facteurs influent sur le bien-être psychosocial et la qualité de vie ; et comment l’intervention médicale est-elle vécue ? Notre recherche était éclairée par les valeurs de l’approche d’affirmation trans, qui reconnaît les autoidentifications de genre comme non binaires, un point de vue qui a guidé notre démarche de recherche, de la formulation des questions à la collecte et à l’analyse des données (Braun et Clarke, 2021).

Les personnes participantes ont été recrutées par l’intermédiaire de trois cliniques canadiennes spécialisées offrant des soins d’affirmation de genre : le centre de santé Meraki (Montréal), le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO, Ottawa) et le programme Gender Dysphoria Assessment and Action for Youth (GDAAY, Winnipeg). Ces cliniques sont spécialisées dans les soins de santé aux enfants et aux jeunes trans et de genre divers, et proposent une évaluation et des options médicales aux JTNB qui souhaitent entreprendre une transition médicale, notamment la prescription de bloqueurs de puberté ou d’une hormonothérapie pour soulager la dysphorie de genre. Pour le recrutement, les cliniques ont dressé une liste des jeunes alors suivis, comprenant à la fois des JTNB prépubères et des JTNB pubères (c’est-à-dire ayant commencé une médication, comme des bloqueurs de puberté ou une hormonothérapie). Les cliniques ont envoyé à chaque parent et à chaque enfant figurant sur la liste une lettre d’invitation décrivant l’étude, leur demandant de contacter la personne assistante de recherche du site correspondant en cas d’intérêt pour le projet. Les personnes participantes ont été sélectionnées selon les principes d’un échantillonnage de diversité (âge, stade pubertaire, identité de genre et interventions médicales reçues) jusqu’à atteindre l’effectif visé (n = 12 jeunes + 12 parents par clinique).

Les données ont été recueillies au moyen d’entretiens qualitatifs semi-structurés et d’un questionnaire sociodémographique. Un guide d’entretien a été conçu pour les JTNB et un autre pour les parents, chacun comportant des variantes adaptées aux différents stades développementaux et médicaux des jeunes. Parents et enfants ont été interviewés séparément, sauf deux jeunes enfants qui ont demandé la présence de leur parent pendant leur entretien, sans que le parent réponde aux questions ; le questionnaire sociodémographique a été rempli par le parent. Les entretiens avec les JTNB portaient sur le cheminement relatif à l’identité de genre, le coming out, les relations familiales et sociales et le soutien, ainsi que sur l’expérience des soins d’affirmation de genre. Les entretiens avec les parents portaient sur leur situation de vie, leur perception du développement de l’identité de genre de leur enfant et du processus de transition, et leurs systèmes de soutien. Dans les entretiens avec les jeunes comme avec les parents, nous avons exploré le parcours de la famille jusqu’aux soins cliniques et son expérience globale des interventions médicales et des autres services reçus. Les questions d’entretien étaient détaillées et nombreuses, ce qui assurait la cohérence entre les entretiens et entre les sites, quelle que soit la personne qui menait l’entretien. Le tableau 1 présente toutes les questions principales des guides d’entretien destinés aux jeunes et aux parents. Les guides comprenaient des questions supplémentaires suggérées, qui pouvaient être posées au besoin pour obtenir plus de détails ou des réponses plus descriptives.

Tableau 1 — Principales questions posées pendant les entretiens

Questions principales aux JTNBa

  • Peux-tu me parler un peu de toi ?
  • Où habites-tu ? Qui fait partie de ta famille ?
  • Tu viens dans cette clinique parce que tu exprimes ton genre d’une certaine façon. Peux-tu me dire un peu comment tu définis ton genre ? Comment le décrirais-tu ?
  • Comment as-tu compris ton identité de genre en grandissant ? Comment a-t-elle changé avec le temps ? Te souviens-tu de la première fois où tu as commencé à parler de ton genre à tes parents ou aux personnes tutrices ? Peux-tu m’en dire plus ?
  • Tes parents ont-ils accepté ton genre tout de suite ? Sinon, combien de temps cela a-t-il pris ? Comment montrent-ils qu’ils l’acceptent ou non ? Peux-tu me donner des exemples ? T’appellent-ils par le prénom que tu veux qu’ils utilisent ? Utilisent-ils pour toi les pronoms que tu veux qu’ils utilisent ? (par exemple il, elle, iel ou autre chose ?)
  • As-tu l’impression que l’ambiance ou la dynamique familiale a changé depuis ton coming out ? Y a-t-il quelque chose que tu aurais aimé faire autrement quand tu as parlé de ton genre à tes parents ? Qu’est-ce qui est bien dans le fait d’être [reprendre le terme employé, p. ex. un garçon, une fille, trans, non conforme dans son genre] dans ta famille ? Qu’est-ce qui est difficile ?
  • Qu’est-ce qui est difficile, selon toi, dans le fait d’exprimer ton genre dans ta famille ? T’arrive-t-il d’avoir des ennuis à la maison parce que tu exprimes ton genre ?
  • Vous arrive-t-il, ta famille et toi, de vous disputer au sujet de ton genre ?
  • À quel point es-tu proche de ta famille ?
  • Peux-tu me dire comment les choses se sont passées pour toi depuis que tu leur as parlé de ton identité de genre ?
  • Fais-tu des activités de groupe, comme du sport, de la musique ou de la danse ? Utilises-tu ton genre préféré, ton genre de naissance, ou les deux, quand tu participes à ces groupes ? Peux-tu me dire un peu comment ça se passe pour toi dans ces activités ? Te sens-tu libre d’exprimer ton identité de genre dans ce groupe ? Pourquoi ? Comment sais-tu ou savais-tu que tu pouvais ou non exprimer ton identité de genre dans (ce groupe/cette activité) ? As-tu un sentiment d’acceptation et d’inclusion dans (le groupe/l’activité) ?
  • Quelles sont certaines des choses qui te font vraiment du bien ou te rendent vraiment joyeux, joyeuse ou autrement ? (Explorer : activités physiques et de loisir, art/musique/danse, amitiés, autres relations y compris avec des animaux de compagnie, nature, dimensions spirituelles, dimensions ethnoculturelles)
  • Y a-t-il des choses que tu fais pour exprimer ton genre qui te font vraiment du bien ou te donnent de la joie ? Y a-t-il autre chose que tu aimerais nous dire sur ce que c’est, pour toi, d’être toi-même à la maison, à l’école et dans tes activités ?
  • J’aimerais te poser des questions plus personnelles, par exemple sur ce que tu ressens par rapport à ton corps physique. Est-ce que ça te va ? Il peut être difficile de répondre à ces questions, donc s’il y a des questions auxquelles tu préfères ne pas répondre, c’est tout à fait correct. Dans ce cas, nous passerons ces questions. Si tu décides plus tard que tu aimerais entendre certaines de ces questions sur ce que tu ressens par rapport à ton corps, tu peux me le dire.
  • Peux-tu commencer par me dire simplement ce que tu ressens par rapport à ton corps ? Ce que tu aimes le plus, ce que tu aimes le moins, ce que tu aimerais garder tel quel, ce que tu aimerais peut-être changer ? As-tu déjà fait quelque chose pour que ton corps ressemble davantage au genre auquel tu t’identifies ?
  • Y a-t-il eu des moments où ce que tu ressens par rapport à ton genre t’a vraiment fait broyer du noir ?
  • (Si l’enfant dit avoir eu le moral vraiment très bas, on peut poser une question de relance.) Parle-moi de ce qui t’a causé tant de tristesse ?
  • Y a-t-il eu un moment dans ta vie où tu te sentais si mal que tu as eu besoin de chercher de l’aide ? Quel genre d’aide as-tu reçu ? Peux-tu me dire si et comment c’était lié ou non à ton identité de genre ?
  • Parfois, quand des enfants (des jeunes) ont le moral vraiment très bas, des pensées de se faire du mal leur viennent. As-tu déjà eu des pensées comme ça ?
  • As-tu déjà voulu te faire du mal d’une manière ou d’une autre ?
  • Si la réponse est « Oui »,
  • Utiliser une relance générale comme : Peux-tu m’en parler ?
  • T’est-il déjà arrivé d’agir en fonction de ces pensées ?
  • Parfois, quand des enfants (des jeunes) vont vraiment mal, des pensées sur la mort ou sur le fait de mourir leur viennent. As-tu déjà souhaité ne plus être en vie ? Parfois, des enfants (des jeunes) pensent à se tuer. As-tu déjà eu des pensées comme ça ?
  • De qui est venue l’idée que tu parles de ton genre avec une personne professionnelle ?
  • Quelle a été la première personne professionnelle à qui tu as parlé de ton genre ? Cette personne t’a-t-elle été utile ? Était-elle bien informée ?
  • Peux-tu me dire un peu comment et pourquoi tu as commencé à venir dans cette clinique ?
  • En pensant à toutes les personnes importantes de ta vie, qui sont tes principaux soutiens dans ce parcours ?
  • Peux-tu me dire comment c’est d’être sous médication ?
  • As-tu déjà pensé à arrêter la médication ?
  • Tes parents ou les personnes tutrices ont-ils soutenu ta prise de la médication ?
  • Ta famille ou quelqu’un d’autre a-t-il déjà exprimé des inquiétudes sur le coût des médicaments ?
  • En quoi la prise de ces médicaments a-t-elle changé ce que tu ressens envers toi-même ?
  • As-tu déjà envisagé d’arrêter le processus de transition ?
  • Si tu avais des doutes, te sentirais-tu à l’aise d’en parler à ta famille ou à ton médecin ?
  • Qui te soutient dans le processus de transition ?
  • As-tu l’impression d’avoir assez de soutien dans ce parcours ?
  • Si d’autres parents, des médecins et des jeunes comme toi voulaient entendre tes conseils, que leur dirais-tu ? Quels conseils donnerais-tu aux parents de jeunes comme toi ? Quels conseils donnerais-tu aux médecins qui travaillent avec des jeunes comme toi ? Quels conseils donnerais-tu à d’autres jeunes non conformes dans leur genre [ou utiliser le terme employé] ? Qu’aimerais-tu que les jeunes cisgenres (non trans) sachent sur les jeunes comme toi ?

Questions principales aux parents ou aux personnes responsablesb

  • Pourriez-vous me parler un peu de votre enfant et de votre famille ?
  • Pouvez-vous me parler un peu de votre enfant et de son identité de genre ?
  • Quels termes votre enfant et votre famille utilisent-ils pour décrire son genre ?
  • Quels pronoms utilisez-vous pour l’enfant ou le jeune, par exemple il, elle, un autre terme ?
  • Pouvez-vous me raconter comment votre enfant ou votre famille en est venue à consulter dans cette clinique ? Pouvez-vous me parler des premiers signes indiquant que le genre de votre enfant pouvait être différent de ce que vous attendiez ? Comment votre enfant a-t-il communiqué son besoin de ce service, par exemple verbalement ou autrement ?
  • Pouvez-vous me dire comment ce processus s’est passé pour vous, en tant que parent ?
  • Y a-t-il eu des difficultés avant l’orientation vers cette clinique ?
  • Pouvez-vous nous parler du processus pour obtenir l’orientation vers cette clinique ?
  • Votre famille a-t-elle consulté d’autres spécialistes, comme une personne conseillère scolaire, un médecin de famille, une autorité religieuse ou une personne thérapeute, avant de venir à la clinique ? Si oui, lesquels ? Dans quelle mesure avez-vous trouvé du soutien ? Comment s’est passé le recours à ces autres ressources ? Ont-elles joué un rôle dans la démarche de soins ici ? Comment décririez-vous votre expérience, ou celle de votre enfant, auprès des spécialistes de la santé et des services sociaux consultés avant cette clinique, comme votre médecin de famille ou votre pédiatre, des services de conseil, des autorités religieuses ou des thérapeutes ? Quelles stratégies votre enfant ou vous-même avez-vous utilisées pour parler à ce type de spécialistes ?
  • Avez-vous déjà ressenti une pression vers une décision ou une approche qui vous mettait mal à l’aise ? Si oui, ce problème a-t-il été résolu ?
  • Quelque chose d’important a-t-il changé pour vous ou pour votre enfant depuis que vous fréquentez cette clinique ?
  • Y a-t-il autre chose que vous aimeriez nous dire sur votre expérience de l’orientation vers cette clinique et de la venue à la clinique ?
  • Comment décririez-vous l’expérience de votre enfant avec les autres personnes de sa vie, comme les voisins, les autres enfants, la famille élargie, la communauté ethnique ou culturelle, la communauté religieuse ?
  • À votre connaissance, votre enfant a-t-il eu des problèmes de santé mentale, comme une dépression ou de l’anxiété ? Que s’est-il passé ? Pourriez-vous me donner plus de détails ? Avez-vous eu l’impression que votre enfant était peut-être à risque de suicide ? Avez-vous essayé d’obtenir de l’aide à ce sujet ? Quel type de soutien avez-vous reçu ? Pensez-vous que les problèmes de santé mentale de votre enfant étaient directement liés à son identité de genre, ou que d’autres facteurs pouvaient entrer en jeu ?
  • Quelque chose a-t-il changé avec le temps dans l’environnement social de votre enfant (p. ex. amis, famille, école) ? Comment décririez-vous ces changements ? Qu’est-ce qui, selon vous, a influé sur ces changements ? Comment qualifieriez-vous ces changements ? Positifs ? Négatifs ? Pourquoi ?
  • En ce qui concerne l’expérience sociale de votre enfant, y a-t-il des moments importants qui ressortent comme particulièrement marquants ? Pouvez-vous me donner un exemple ? Pouvez-vous me dire ce qui a aidé ou n’a pas aidé à ces moments-là ? Par exemple, pouvez-vous nous raconter comment s’est passée pour votre enfant l’entrée à l’école ?
  • Pourriez-vous énumérer certains des principaux réseaux de soutien de votre vie, en particulier pour soutenir l’expression et l’identité de genre de votre enfant ?
  • Pouvez-vous nous raconter comment s’est passé, pour votre enfant, le coming out auprès des autres ?
  • Pouvez-vous nous raconter comment s’est passée, pour votre enfant, la transition sociale, comme le changement de prénom ou de pronom personnel ?
  • Quelque chose a-t-il changé à la suite de ce moment ? Qui a été aidant ou non à ce moment-là ?
  • Comment avez-vous vécu la coparentalité et la prise de décision concernant les soins de votre enfant ?
  • Avez-vous pu avoir accès à des groupes de soutien ou à des lectures utiles pour vous guider ?
  • En général, qu’est-ce qui semble le plus aider votre enfant sur le plan de l’estime de soi, du sentiment de sa valeur et du bonheur ?
  • D’après ce que vous avez remarqué, qu’est-ce qui fait la plus grande différence pour son bien-être ?
  • Y a-t-il autre chose que vous aimeriez nous dire sur vos expériences en tant que famille et sur votre vie quotidienne avec votre enfant ?
  • Quelque chose a-t-il changé avec le temps dans l’environnement social de votre enfant (p. ex. amis, famille, école) ?
  • Pouvez-vous me raconter comment votre enfant ou votre famille en est venue à consulter dans cette clinique ?
  • Pouvez-vous me parler des premiers signes indiquant que le genre de votre enfant pouvait être différent de ce que vous attendiez ?
  • Pouvez-vous me dire comment ce processus s’est passé pour vous, en tant que parent ?
  • Pouvez-vous me dire un peu ce que vous ressentez, vous ou votre enfant, à l’idée du début de la puberté ?
  • Quel âge avait votre enfant quand la puberté a commencé ?
  • Comment la puberté s’est-elle passée pour votre enfant ?
  • Quel âge avait votre enfant quand il a commencé un traitement de suspension de la puberté ?
  • Quelles stratégies votre enfant ou vous-même avez-vous utilisées pour composer avec la suspension de la puberté ?
  • Comment avez-vous vécu cette période, en tant que parent ?
  • Y a-t-il eu quelque chose de surprenant pendant cette période ?
  • Y a-t-il eu des répercussions sociales pour vous ou pour votre enfant ?
  • Les pairs de votre enfant ont-ils réagi, s’ils sont au courant ? Quelles stratégies votre enfant ou vous-même avez-vous utilisées pour composer avec sa transition ? Pouvez-vous me dire comment votre enfant a vécu les hormones d’affirmation de genre ? Avez-vous remarqué des changements chez votre enfant ? Avez-vous remarqué des changements dans son humeur ou son état émotionnel ? Avez-vous remarqué des changements physiques chez votre enfant ? Comment avez-vous vécu cette période, en tant que parent ? Y a-t-il eu quelque chose de surprenant pendant cette période ? Y a-t-il eu des répercussions sociales pour vous ou pour votre enfant ? Comment les pairs de votre enfant ont-ils réagi à sa transition ? Et la famille proche et élargie ? Quelles stratégies votre enfant ou vous-même avez-vous utilisées pour composer avec sa transition ? Y a-t-il autre chose que vous aimeriez nous dire sur ce qu’ont vécu votre famille et votre enfant pendant les aspects plus médicaux de la transition ?

a Voir le matériel supplémentaire pour le guide d’entretien complet. b Voir Authors et al. 2019 pour le guide d’entretien intégral destiné aux parents et aux personnes responsables.

Les entretiens avec les parents ont duré de 24 à 105 min (moyenne de 57 min) et ceux avec les jeunes de 24 à 104 min (moyenne de 61 min). Tous les entretiens ont été enregistrés et transcrits, et des pseudonymes ont été attribués aux personnes participantes. Les entretiens ont été menés par des personnes formées à l’approche d’affirmation trans, dont deux s’identifiaient comme trans. Toutes les personnes chargées des entretiens avaient une formation psychosociale ou en intervention, acquise soit par une formation universitaire, soit par une expérience antérieure d’intervention communautaire auprès de personnes trans et non binaires, y compris de jeunes.

Le projet a été approuvé par chacun des comités d’éthique responsables des sites cliniques (centre de santé Meraki, CHEO et GDAAY), ainsi que par les comités d’éthique dont relevaient la personne responsable de la recherche et l’ensemble des membres de l’équipe ayant accès aux données brutes. Au début de chaque entretien, un consentement écrit a été obtenu du parent ou de la personne tutrice et, selon leur âge, un assentiment ou un consentement écrit a été obtenu des JTNB. Comme les entretiens pouvaient aborder des sujets sensibles, nous avons établi un protocole de sécurité formel adapté à chaque site. En plus d’une liste de ressources remise aux personnes participantes, les personnes chargées des entretiens étaient clairement informées des étapes à suivre en cas de danger imminent pour un enfant ou en cas de négligence ou de maltraitance. Les entretiens se déroulaient en outre dans les cliniques où les jeunes étaient suivis, où une personne professionnelle de la santé était de garde pendant tous les entretiens, au cas où le protocole de sécurité devrait être déclenché. Aucun entretien n’a toutefois nécessité le recours au protocole d’urgence.

Au total, 72 entretiens ont été menés : dans chaque clinique, 12 entretiens ont été menés avec 12 JTNB qui fréquentaient la clinique (soit 36 entretiens avec des jeunes au total), et 12 ont été menés séparément avec un parent de chacun de ces JTNB, désigné au sein de la famille (soit 36 entretiens au total, dont 4 pères et 33 mères). L’un des entretiens avec les parents a été mené à la fois avec la mère et avec le père, à leur demande. Parmi les parents, deux ont indiqué être parent d’accueil ou exercer une tutelle. Dans le questionnaire sociodémographique, nous avons posé une question ouverte sur l’origine ethnique des parents. La plupart des personnes participantes se sont identifiées comme blanches, canadiennes ou caucasiennes. Trois ont déclaré un héritage culturel mixte ou une origine européenne, et huit ont préféré ne pas répondre. Environ un quart des personnes participantes n’avaient qu’un enfant (l’enfant suivi à la clinique), la moitié en avaient deux et un autre quart en avaient de trois à cinq. Nous n’avons pas demandé l’âge des parents. Parmi les jeunes, cinq avaient de 9 à 12 ans (14 %), 14 avaient de 13 à 15 ans (39 %) et 17 avaient de 16 à 17 ans (47 %). L’âge moyen était de 14,5 ans (médiane = 15,0 ; écart type = 2,1 ans). Au total, 21 jeunes étaient transmasculins (assignés fille à la naissance) et 15 transféminines (assignées garçon à la naissance). La plupart des jeunes décrivaient leur identité en termes binaires, sauf trois jeunes transmasculins qui utilisaient des termes non binaires pour décrire leur identité, tout en disant employer habituellement des pronoms masculins pour eux-mêmes, et dont les parents décrivaient l’identité en termes binaires. Un quatrième jeune, qui décrivait son identité en termes binaires, était décrit par sa mère comme « masculin et fluide ».

Les entretiens avec les parents et avec les jeunes ont d’abord été analysés séparément par deux personnes assistantes de recherche différentes (l’une pour les entretiens avec les jeunes, l’autre pour ceux avec les parents). Une troisième personne assistante de recherche a ensuite rejoint le projet pour procéder à une analyse comparative des discours des jeunes et des parents. Ces trois personnes figurent parmi les signataires du présent article. Conformément à nos choix méthodologiques, les thèmes ont été générés de manière inductive à partir du matériau d’entretien. D’abord, des codes initiaux ont été générés à un niveau sémantique pour les deux ensembles d’entretiens (JTNB et parents) (Braun et Clarke, 2006), puis analysés et regroupés en thèmes. Le logiciel d’analyse de données MAXQDA a été utilisé pour faciliter le processus. L’élaboration des thèmes s’est poursuivie lorsque nous avons commencé à rédiger des articles, partie intégrante de l’analyse thématique qui nous a permis de « définir et affiner » les thèmes et à écrire l’« histoire » qui les entoure (Braun et Clarke, 2006). Ensuite, les thèmes issus des entretiens avec les parents et avec les jeunes ont été mis côte à côte et comparés. Au départ, sept thèmes issus du processus d’analyse thématique ont été comparés : 1. « Exploration du genre par les jeunes et signes de non-conformité de genre (NCG) » vs « signes de NCG observés par les parents » ; 2. Réaction des parents aux signes de NCG ; 3. Coming out (annonce et premières réactions) ; 4. Ressenti à propos du coming out ; 5. Cheminement des parents vers l’acceptation ; 6. Ressenti à propos du processus de transition ; 7. Soutien parental. L’intitulé des thèmes a évolué au fil de l’analyse (Nowell et al., 2017). Pour chaque thème, nous avons d’abord comparé les données par dyade jeune-parent, en cherchant les ressemblances et les différences. Nous avons tracé la ligne du temps de chaque parent et de chaque jeune pour observer les écarts et les synchronies. Nous avons ensuite examiné et comparé les ressemblances et les différences entre dyades. Cette analyse a fait apparaître cinq grands points de convergence et de divergence, que nous présenterons dans les résultats : l’exploration du genre, le coming out, enfant qui s’épanouit et parents en deuil, le soutien parental et la réécriture du récit.

Afin d’assurer la crédibilité, l’authenticité et la cohérence des données, nous avons mis en place certaines procédures tout au long de la collecte et de l’analyse des données. La personne assistante de recherche a vérifié les verbatims au regard de l’enregistrement audio, pour s’assurer qu’ils rendaient les émotions et les expériences des personnes participantes ainsi que l’authenticité du matériau de recherche. Le processus d’analyse des données a été supervisé par la personne responsable de la recherche : des discussions entre les personnes assistantes de recherche et la direction de la recherche ont eu lieu régulièrement lors de réunions de bilan tout au long du projet, ce qui assurait la crédibilité des données (Nowell et al., 2017). Pendant ces réunions, l’équipe examinait les thèmes, ainsi que leur cohérence avec le contenu des textes, et veillait à s’accorder sur l’interprétation. En cas de désaccord, l’équipe réexaminait ensemble le passage concerné et parvenait à une décision par la discussion, jusqu’à obtenir un consensus. Les données issues de l’ensemble des jeunes et de celui des parents ont aussi été publiées séparément avant la comparaison des points de vue, ce qui a soumis à l’évaluation par les pairs les premières interprétations des points de vue des jeunes et de leurs parents. À l’étape de la rédaction de cet article, chaque membre de l’équipe ayant participé au processus a aussi pu vérifier l’interprétation finale des données, garantissant la cohérence de l’interprétation.

Résultats

En comparant les entretiens des jeunes trans avec ceux de leurs parents, nous constatons qu’ils vivent des réalités et des temporalités différentes. Par exemple, tous les JTNB ont exploré leur genre bien avant d’en parler avec leurs parents, ou avant que leurs parents prennent conscience de leur genre. Nos résultats montrent aussi que parents et JTNB ont vécu des étapes différentes sur des lignes du temps semblables : ainsi, alors que les jeunes éprouvaient un soulagement en commençant à vivre comme leur moi authentique après avoir longtemps attendu de pouvoir le faire, les parents basculaient dans une réalité souvent nouvelle, habituellement chargée de sentiments de deuil et d’inquiétude pour leur enfant. Nous avons aussi examiné les différences entre ce que les jeunes et leurs parents disaient ressentir intérieurement et ce qu’ils disaient montrer aux autres. Les écarts et les divergences entre les expériences des jeunes et celles des parents étaient particulièrement marqués pendant l’exploration du genre, le coming out et le processus de transition (enfants qui s’épanouissent et parents en deuil), mais nous remarquons que le soutien parental constituait une étape qui rapprochait les jeunes et leurs parents, jusqu’à partager enfin une compréhension et un récit communs de leur parcours.

L’exploration du genre

Avant que les JTNB leur fassent leur coming out, de nombreux parents ignoraient que leur enfant pouvait s’identifier à un autre genre que celui qui lui avait été assigné à la naissance. L’analyse des entretiens avec les parents et avec les jeunes laisse penser que parents et jeunes sont déphasés au moment où l’enfant commence à s’interroger sur son genre. Cela apparaît même dans les récits d’enfants ayant fait leur transition dans la petite enfance (l’enfant affirmé). Si de nombreux parents remarquaient que leur enfant agissait en dehors des normes de genre ou manifestait un certain malaise avec son genre assigné, ces parents interprétaient souvent ces signes comme une orientation sexuelle non hétérosexuelle ou comme une simple non-conformité de genre. Par exemple, Juliette, une participante transféminine, a commencé à penser qu’elle était une fille à l’âge de 6 ans. Ses parents voyaient qu’elle était différente et l’interprétaient comme le signe qu’elle était peut-être gaie.

« Pour être honnête avec vous, Juliette a un grand frère. J’avais élevé un garçon et je voyais la différence entre les deux. Et c’était un peu, entre guillemets, “une blague”. Je disais tout le temps à ma meilleure amie, genre, je parle de quand Juliette avait 3 ans. […] “Si Juliette ne finit pas gaie, tu sais, ça me surprendrait beaucoup.” » (parent de Juliette)

Dans son entretien, Juliette a affirmé que son père la croyait gaie et avait même essayé de lui faire réprimer son expression de genre, ce qui lui faisait honte.

« J’avais 6 ans la première fois que je me suis dit : “Je suis peut-être une fille. Peut-être pas.” […] Et puis quand j’avais 8 ans, j’ai commencé… Genre, mon père m’a toujours dit : “Tu es gai, tu es gai, tu es gai.” » (Juliette, transféminine)

Certains parents ont aussi dit n’avoir remarqué aucun signe évident, parce qu’il n’y en avait, selon eux, aucun. Par exemple, Brenda estimait que son enfant transmasculin n’avait pas été particulièrement masculin en grandissant.

« Et ce n’est pas comme si [pause] il avait toujours été attiré par les trucs de garçons quand il était bébé ou tout-petit, rien de tout ça, ça n’a jamais été le cas. Ses vêtements, euh, [pause] depuis un an, il porte des pantalons de jogging et des t-shirts. Je n’y ai pas vraiment pensé. [rire] Alors oui, je suis complètement tombée des nues. » (parent de Josh)

L’entretien de son enfant montre pourtant qu’il a toujours exprimé son genre de manière androgyne : « Je n’ai jamais été une fille très fille, j’ai toujours été… genre, je me suis toujours habillé de façon assez androgyne. Alors je n’ai jamais… ma mère m’achetait des vêtements super féminins et tout, et je ne les ai jamais portés. » (Josh, transmasculin)

Dans certains cas, les jeunes ont dit ne pas avoir exprimé leur genre différemment parce qu’ils ne comprenaient pas forcément ce qui se passait. Dans ces cas, leur coming out était souvent vécu par les parents comme une surprise.

« Tia n’a jamais dit : “Je ne veux pas de smoking, je veux une robe.” Tia n’a jamais [donné d’indices]. [Il n’y avait] aucun indice, aucun indice, aucun indice du tout, absolument aucun indice. » (parent de Tia)

« Je ne savais pas comment expliquer ce que je ressentais, alors je m’énervais vraiment. Je canalisais un peu ma rage dans les jeux vidéo, mais quand je perdais, eh bien, je frappais mon bureau, je frappais les murs. » (Tia, transféminine)

Ces écarts entre ce que les jeunes vivent et ressentent et ce que leurs parents parviennent à percevoir (qui peuvent varier selon le degré de sensibilisation des parents et selon que les jeunes manifestent une forte non-conformité de genre ou gardent leur réflexion pour eux) semblent créer un retard dans la compréhension de la situation par les parents, qui influe sur leur réaction au coming out des jeunes.

Le coming out

Certains jeunes semblent avoir tardé à confier à leurs parents leur malaise à propos de leur genre, ou à leur faire leur coming out, parce que les mots leur manquaient pour l’exprimer ou parce qu’ils voulaient protéger leurs parents. Par exemple, Jim a raconté avoir retardé son coming out auprès de ses parents en raison de leurs problèmes émotionnels ou de santé mentale. Nous remarquons aussi que les parents qui avaient pris conscience tôt que leur enfant pouvait être trans ou de genre divers avaient moins de mal à s’adapter à la nouvelle réalité.

Le coming out de l’enfant était aussi vécu de façon très différente par les parents et par les jeunes. Les jeunes le décrivaient souvent comme un soulagement, après des années passées à cacher leur identité et à s’inquiéter de la révéler à leurs parents, alors que pour les parents, c’était une nouvelle réalité à assimiler et à laquelle s’adapter. Avant leur coming out, les jeunes disaient avoir éprouvé de l’anxiété parce qu’ils redoutaient la réaction de leurs parents. Cette appréhension a conduit certains jeunes à retarder la révélation, comme le raconte Juliette :

« J’essayais… j’essayais de trouver le courage de le dire à ma mère. Genre, j’ai écrit, j’ai écrit tellement de mots, et je les froissais et je les jetais à la poubelle. Je me disais : “Bon. C’est aujourd’hui. C’est aujourd’hui.” Et puis je rentre à la maison. Je vais à l’école, je rentre, je vais me coucher. Je me dis : “J’ai oublié de lui dire.” […] J’étais juste inquiète. Je ne savais pas quelle allait être la réaction. Alors je l’ai un peu gardé pour moi. » (Juliette, transféminine)

Contrairement à ce qu’elle craignait, quand Juliette a finalement fait son coming out auprès de sa mère, celle-ci a réagi par une acceptation immédiate :

« Et je lui ai dit : “Tout ce qui compte pour moi, au bout du compte, c’est que tu sois heureuse et en bonne santé, que tu sois une personne équilibrée. Ça ne change rien pour moi. Tu dois être qui tu es pour être heureuse.” Et je pense qu’elle a été un peu surprise, mais c’est un peu l’approche que nous avons adoptée, et c’est vraiment ce que je ressens. » (parent de Juliette)

Si le stress ou l’anxiété que les JTNB disaient avoir éprouvés avant leur coming out variaient beaucoup, nombre de ces jeunes rapportaient un même sentiment de soulagement après le coming out, en particulier quand les parents réagissaient mieux que prévu, ce qui était souvent le cas dans notre échantillon. Il peut s’agir d’un biais d’échantillonnage, puisque toutes les familles rencontrées étaient suffisamment soutenantes pour accompagner leur enfant à la clinique spécialisée afin d’explorer une transition médicale et pour participer au projet. « C’était comme si cette énorme pression disparaissait d’un coup. […] Être accepté, et [ne plus avoir à] me cacher. » (Jeff, transmasculin). Mais quelle qu’ait été la réaction du parent au coming out, de nombreux parents ont commencé, à partir de ce moment, à ressentir du stress, de l’inquiétude et même du chagrin, parce qu’ils devaient soudain accepter l’identité émergente de leur enfant et gérer une situation qui leur était totalement inconnue. C’était le cas de la mère de Jeff :

« L’acceptation, c’est, vous savez, c’est un processus de deuil. Je ne perds pas mon enfant, j’ai toujours mon enfant, mais ce n’est pas le même enfant. Enfin, ce n’est pas que ce n’est pas le même enfant, c’est [soupir]. C’est que, je ne peux pas l’expliquer. C’est quelque chose de différent. » (parent de Jeff)

Le coming out est donc une étape où parent et enfant vivent une asynchronie des émotions ainsi qu’une divergence de compréhension. Alors que l’enfant réfléchit à son genre depuis longtemps, son coming out est interprété par le parent comme soudain, puisque cette réalité vient tout juste d’être portée à sa connaissance.

Enfant qui s’épanouit, parents en deuil

Après le coming out, la plupart des parents ont dit qu’il leur avait fallu du temps pour s’adapter à la nouvelle réalité de leur enfant. Ici encore, nous relevons une différence importante dans les récits : alors que les jeunes décrivaient le début d’une vie plus heureuse à ce moment-là (certains cessant même des comportements autodestructeurs), les parents, de leur côté, entamaient tout juste un parcours d’adaptation et parfois de deuil. Pour les parents, cela comprenait le deuil de l’usage du prénom qu’ils avaient d’abord donné à leur enfant (souvent appelé « morinom », dead name, par les personnes trans, parce qu’elles ne l’utilisent plus). Par exemple, le parent de Debbie était encore ému en abordant le sujet pendant l’entretien : « Je l’ai appelée [morinom]. Et ça m’a vraiment brisé le cœur quand elle a choisi son propre prénom. [pleure] Et ce n’est même pas un prénom que j’aime [rit]. » À l’inverse, sa fille Debbie citait expressément le fait d’« utilis[er] [son] prénom de fille, pour oublier [son] prénom de garçon d’avant » parmi les principales choses qui lui faisaient du bien.

Sans surprise, le processus de transition dans son ensemble était souvent perçu et vécu différemment par les parents et par leur enfant. Les jeunes étaient souvent enthousiastes à l’idée de commencer la transition médicale et voulaient qu’elle aille plus vite, alors que certains parents semblaient la vivre comme un choc, un processus dans lequel ils voulaient s’engager lentement :

« Je me suis rendu compte que je m’acceptais beaucoup plus et que c’était beaucoup moins pénible de me regarder dans un miroir après avoir pris des bloqueurs [de puberté] [un traitement prescrit aux jeunes trans pour mettre la puberté en pause]. » (Jeff, transmasculin)

« Oui, il faut s’y habituer. La première fois que [morinom] a reçu les bloqueurs, j’ai pleuré 2 h toute seule la nuit dans ma chambre, vous savez, c’était. Accepter la perte de la fille. » (parent de Jeff)

Certains parents ont aussi fait part de leurs inquiétudes quant à la possibilité de regrets futurs, d’autant que, de leur point de vue, la transition médicale progressait rapidement et semblait, pour certains, avoir commencé soudainement et « sans crier gare ». Pour de nombreux jeunes, pourtant, le processus de transition commençait après des mois, voire des années de réflexion que leurs parents ignoraient.

« Et c’est à moi de prendre cette décision. D’accord ? Et ensuite de vivre avec les conséquences. D’accord ? Et je ne veux pas avoir quelqu’un de 25 ans ou de 30 ans qui me dise : “Pourquoi est-ce que tu m’as laissé faire ça ? J’avais 15 ans.” D’accord ? Je pense que c’est ma plus grande peur, parce que je suis tellement, parce que je vois tellement de féminin, tellement de traits féminins […]. Mais Joey est impulsif. Genre, Joey : “Je le veux, je le veux, je le veux.” Et deux minutes plus tard : “Je n’en veux plus.” D’accord ? Alors ça fait partie de mes inquiétudes. » (parent de Joey)

« Je sais que ma mère me dit tout le temps qu’elle pensait que j’allais juste être un garçon manqué ou quelque chose du genre. Mais je l’ai toujours su. Ça n’a jamais été autrement. C’est juste arrivé à un point où c’était, je voulais juste arrêter d’en parler. […] C’est tout. Mais je n’ai jamais changé d’avis ni rien. Ça n’a jamais changé. […] Ces jours [difficiles], je me dis : “Il faut que ça arrive maintenant. Il faut que ça arrive.” » (Joey, transmasculin)

Nous remarquons toutefois aussi que, dans certaines familles, c’était le parent qui semblait vouloir que la transition aille plus vite et que les changements se produisent plus rapidement pour son enfant, soit parce qu’il pensait que cela rendrait son enfant plus heureux, soit parce qu’il avait hâte de tourner la page et de passer à autre chose. Dans le même ordre d’idées, certains parents ont raconté avoir eu plus de difficultés lorsque leur enfant exprimait son genre de manière non binaire, comme la mère de Barbara, qui semblait pressée « d’avoir une fille » plutôt que de composer avec l’expression de genre ambiguë de son enfant :

« En même temps, parfois, j’aimerais que ça aille plus vite, je me dis, bon, là tu as encore l’air d’un gars, mais est-ce que tu veux ça ou pas […] d’une certaine façon, j’ai hâte qu’elle prenne des œstrogènes, qu’elle ait des seins et que ça fasse une différence. Si on pouvait tout faire en une semaine, d’accord, allons-y. […] Là, ce serait fait, bon sang, ce serait fini, là j’aurais une fille. » (mère de Barbara)

En somme, le processus de transition est vécu par les jeunes comme une libération longtemps attendue, un processus par lequel ils peuvent enfin exprimer leur moi de genre authentique, alors que pour les parents, le début du processus de transition suscite un choc et des hésitations, car il leur faut faire le deuil de l’image erronée qu’ils avaient de leur enfant. En même temps, découvrir l’identité authentique de leur enfant facilite le processus d’acceptation.

Le soutien parental

Après le coming out de leur enfant, la plupart des parents de notre échantillon ont cherché à l’aider et à le soutenir. Sous l’effet de l’inquiétude pour le bien-être de leur enfant, ces parents ont pris une part active, affrontant leurs propres peurs et leurs questions restées sans réponse en s’informant ou en accompagnant leur enfant dans son processus de transition. La plupart des jeunes disent sentir le soutien de leurs parents, même lorsque leur parent a dit en entretien avoir parfois encore du mal à accepter l’identité de son enfant et à faire face à la situation. Certains parents semblaient cacher ces sentiments à leur enfant pour mieux le soutenir, tandis que certains enfants essayaient de cacher leurs propres sentiments à leur parent pour ne pas l’inquiéter.

« [À propos de se confier à sa mère] Eh bien, ça dépend du sujet. Mais ça me surprendrait qu’elle, parce qu’elle pleure facilement, alors c’est toujours plus difficile de lui parler, mais sinon, non, je peux parler de tout. […] Évidemment, à chaque fois, je ne sais jamais si elle pleure parce qu’elle est fière du chemin que j’ai parcouru ou parce qu’elle a du mal à comprendre. » (Jim, transmasculin)

S’impliquer activement et manifester son soutien semblait en retour aider les parents dans leur processus d’acceptation. De fait, savoir enfin qu’ils pouvaient faire quelque chose pour rendre leur enfant plus heureux était un soulagement pour de nombreux parents qui, avant le coming out, avaient éprouvé leur impuissance à aider leur enfant aux prises avec des difficultés comme des problèmes de santé mentale. D’ailleurs, ce soutien était souvent mutuel : quand les parents soutenaient le processus de transition de leur enfant, les jeunes trouvaient aussi des moyens d’aider leurs parents à traverser ce parcours, en les y associant et en les rassurant. Les parents tendaient ainsi à avoir davantage confiance, avec plus d’outils pour soutenir leur enfant.

« Parce que, souvent, c’est plutôt Jim qui m’explique. Où en sont les choses, comment il le vit, tout ça, c’est surtout lui qui me donne l’information. […] “Ne t’inquiète pas, maman, je vais très bien.” » (parent de Jim)

Certains jeunes ont aidé leurs parents dans le processus en les préparant et en les informant sur les enjeux auxquels font face les personnes trans. D’autres jeunes ont dit avoir associé leur parent au choix de leur prénom : « Je ne sais pas ce qui m’a fait garder “Jason”. J’ai juste, genre, demandé à ma mère, je crois, un jour : “Comment tu m’aurais appelé si j’avais été un gars ?” Elle m’a dit : “Jason.” J’ai dit : “D’accord.” » (Jason, transmasculin). De tels gestes symboliques semblaient importants pour certains parents.

Dans de nombreuses familles, le lien entre parent et enfant semblait s’être resserré à la suite de leur parcours partagé dans le processus de transition, et à mesure que le bien-être de l’enfant s’améliorait.

L’enfant ne venait plus vers moi. C’était « Bonne nuit » et c’est tout. On n’interagissait plus, et puis, eh bien, depuis qu’on, depuis qu’on a commencé à venir ici [à la clinique spécialisée], maintenant qu’on a une sorte d’encadrement structuré, c’est facile. Maintenant j’ai des câlins, j’ai, on regarde la télé, l’enfant a recommencé à se blottir contre moi. C’est devenu plus facile. C’est devenu plus facile [répétition dans l’enregistrement]. Le sourire est revenu aussi. (parent de Jim)

Alors maintenant j’ai mes bloqueurs et ma mère, elle est contente, elle voit les changements entre avant mon coming out et aujourd’hui, je suis beaucoup plus heureux. Je me fais beaucoup plus de nouveaux amis, je sors plus et je suis plus, juste, content de me lever le matin pour aller à l’école, et je dors mieux et tout, alors ma mère est juste contente de voir ça. (Jim, transmasculin)

S’engager dans le processus de transition avec leur enfant semblait ainsi permettre aux parents de renforcer leur relation avec lui et de se rapprocher.

Réécrire le récit

Au moment de l’entretien, la plupart des récits des parents et des enfants semblaient s’être accordés dans leur description de la réalité présente et, dans certains cas, du passé. Par exemple, certains parents qui ignoraient l’identité transgenre de leur enfant avant son coming out ont dit qu’avec le recul, ils voyaient maintenant ce qui avait probablement été des signes précoces de l’identité ou du questionnement de leur enfant, qu’ils n’avaient pas remarqués ou compris comme tels à l’époque.

« Je ne dirais pas que nous avions le moindre soupçon avant qu’il vienne nous le dire […] mais après qu’il nous l’a dit et que j’ai pu en savoir plus sur ce qu’il ressentait, beaucoup de choses ont pris sens après coup. […] Et je me sens bête maintenant, de ne jamais avoir compris que c’était plus que de simples plaintes de sa part. […] Et ça semble évident maintenant. » (parent de Joseph)

Nous avons aussi remarqué que certains parents et certains jeunes utilisaient les mêmes anecdotes liées à la transition pour raconter leur histoire dans leurs entretiens respectifs, ce qui laisse penser qu’ils avaient parlé ensemble de ces expériences et, de ce fait, synchronisé leurs récits. Par exemple, certains jeunes racontaient des anecdotes remontant à leur petite enfance, illustrant un questionnement précoce sur le genre, dont ils ne se souvenaient pas eux-mêmes mais que leurs parents leur avaient racontées. C’était le plus fréquent chez les jeunes qui avaient exprimé leur genre tôt dans leur vie. Les parents racontaient parfois ces mêmes anecdotes dans leur propre entretien, comme le premier indice, pour eux, que leur enfant était « différent ». De même, certains jeunes citaient des photos d’enfance prises par leurs parents comme preuves d’un questionnement précoce sur le genre. Par exemple, Debbie, une jeune participante transféminine, a décrit une photo que sa mère avait prise d’elle en « pyjama de fille […] avec des barrettes ». S’appuyer sur ces détails transmis par leurs parents semblait permettre aux jeunes d’enrichir leur histoire et peut-être de renforcer le sentiment que leur compréhension actuelle de leur genre était l’aboutissement d’un long parcours de recherche de soi et d’exploration.

Ces exemples montrent comment les points de vue des parents et ceux de leur enfant se rejoignaient et se complétaient pour confirmer l’identité du jeune. De même que les parents pouvaient amener les jeunes à revisiter leur passé avec un regard neuf, les jeunes pouvaient amener les parents à faire de même. Certains parents décrivaient le processus de transition comme une expérience révélatrice qui avait changé leur vision de la parentalité et des dynamiques familiales, en suscitant un engagement affectif plus profond entre eux et leur enfant. Sous l’impulsion du désir de soutenir leur enfant, ces parents ont élargi leur conscience des enjeux de genre et pris l’engagement de s’informer sur les réalités trans. Certains parents ont déclaré que cette expérience avait fait d’eux de meilleurs parents.

« Et oui, ça m’ouvre l’esprit et le cœur, et je me rends compte que c’est si facile de haïr et d’être en colère, et… mais c’est tellement mieux de comprendre, de prendre le temps de comprendre et d’être vraiment une personne bienveillante. […] Ça fait de nous de meilleurs parents, je crois. […] Moins dans le jugement, savoir lâcher prise. » (parent de Jason)

En bref, parents et enfants ont commencé le processus de transition à partir de positions et de points de vue très différents. Nos données ont montré comment ils pouvaient synchroniser leurs récits au fil du temps, du dialogue et de l’action mutuelle, en se rapprochant parfois affectivement plus qu’ils ne l’avaient jamais été.

Discussion

À notre connaissance, cette étude est la première à avoir recueilli des données de manière dyadique mais séparée, auprès d’un large échantillon qualitatif, de parents et de leurs JTNB. Notre analyse thématique nous a permis de voir que parents et enfants peuvent connaître de nombreux décalages tout au long du parcours d’exploration du genre, de coming out et d’adaptation ou de transition. En effet, la communication au sujet du genre peut être compliquée, ce qui a conduit certains jeunes à cacher leur identité pendant des années avant de la révéler à leurs parents. Les parents interprétaient aussi parfois mal, ou ne parvenaient pas à voir, les signes de l’identité ou du questionnement de genre de leur enfant, parce qu’ils ignoraient les enjeux trans ou l’existence même des personnes trans. Dans ces cas, la révélation suscitait souvent chez eux un choc, du chagrin et un deuil, phénomène longuement décrit par Coolhart et al. (2018) et par Wahlig (2015).

Analyser en parallèle les récits des parents et ceux des enfants nous a permis d’approfondir notre compréhension des processus et de voir que les parcours des parents et des enfants menant à la transition sont souvent complètement déphasés et semblent parfois aller en sens opposé. La figure 1 illustre ce processus.

Schéma comparant, sur une même ligne du temps, le parcours de l’enfant et celui du parent, du questionnement sur le genre jusqu’au coming out puis à la transition
Figure 1. Enfant et parent face à la prise de conscience du genre, au coming out et au processus de transition (schéma original en anglais)

D’abord, l’enfant commence à s’interroger sur son genre. Cela peut s’accompagner de sentiments de malaise, de dysphorie et d’anxiété. De nombreux jeunes appréhendent la réaction de leurs parents et ont le sentiment de devoir cacher leur identité authentique, ce qui peut affecter leur estime de soi et leur santé mentale. Pendant ce temps, la majorité des parents semblent ignorer ou nier les signes, mais commencent souvent à s’inquiéter lorsque leur enfant connaît des difficultés de santé mentale. La révélation, ou coming out, est un moment clé, qui renverse la situation. Les parents peuvent éprouver un choc, commencer à faire le deuil de leur enfant et s’inquiéter de prendre les bonnes décisions pour lui, de sa sécurité et de son acceptation, etc. (conformément aux résultats antérieurs sur les réactions parentales : Pullen Sansfaçon et al., 2020b ; Aramburu Alegria, 2018 ; Coolhart et al., 2018 ; Wahlig, 2015), tandis que les jeunes éprouvent un soulagement parce qu’ils peuvent enfin être soi-même, cesser de cacher leur identité et commencer un processus de transition qui réduit les sentiments de dysphorie. Le bien-être des jeunes commence à s’améliorer, à mesure qu’ils ressentent de l’espoir et de l’enthousiasme à l’idée de ces changements. En soutenant leur enfant, les parents peuvent apaiser leurs propres inquiétudes. En effet, s’impliquer activement dans le processus de transition de son enfant (en lui permettant d’explorer son genre, en défendant ses droits ou en se centrant sur son bonheur) était souvent décrit par les parents, lors des entretiens, comme une manière de surmonter les difficultés et de renouer avec leur enfant. Coolhart et al. (2018) expliquent aussi comment les parents tendent à donner la priorité au bonheur de leur enfant comme mécanisme d’adaptation pour surmonter leur processus de deuil, ce qui ressort aussi clairement de nos données.

À mesure que leur enfant affirme et assume son identité de genre, les parents parviennent enfin à voir leur enfant et à reconnaître qu’il n’a jamais été l’enfant qu’ils croyaient. Souvent, cela se produit rétrospectivement, lorsque le parent et son enfant réinterprètent ensemble le passé sous un jour nouveau. Nous observons aussi que le fait de permettre à leur enfant d’explorer son genre, et de voir les changements positifs qui ont suivi, a aidé à apaiser les inquiétudes des parents quant à de futurs regrets et les a aidés à adhérer à la décision de leur enfant, ce qui confirme la littérature antérieure sur le sujet (Aramburu Alegria, 2018). Le processus qui amène les parents ayant décidé de s’engager activement à soutenir leur jeune, malgré leurs réticences et leurs peurs, semble aussi conduire à la création d’un cercle vertueux, c’est-à-dire d’un processus de changement positif qui contribue lui-même à produire d’autres changements positifs. En effet, une fois que l’enfant s’est d’abord senti capable de révéler son identité de genre à son parent, et une fois le choc initial surmonté, le soutien croissant apporté au jeune l’aide lui-même à se sentir plus heureux et capable de vivre un moi de genre plus authentique, ce qui conforte à son tour les parents dans leur décision de soutenir le jeune et renforce le soutien qui lui est apporté. Dans les familles soutenantes, l’ensemble de ce processus conduit généralement à de meilleures dynamiques familiales, à un lien affectif plus étroit et à un engagement mutuel plus fort. La figure 2 illustre ce processus.

Schéma circulaire du cercle vertueux du soutien entre le parent qui soutient et l’enfant dont le bien-être s’améliore
Figure 2. Le cercle vertueux du soutien (schéma original en anglais)

Notre étude a aussi révélé un écart entre les parents et leur enfant au sujet d’une expression de genre qui ne se conformait aux attentes sociales d’aucun des deux genres binaires. Notamment, alors que certains jeunes se sentaient à l’aise avec une expression de genre « entre-deux » et n’éprouvaient pas le besoin d’accéder à certaines interventions médicales, leurs parents exprimaient le souhait de voir les changements se produire plus vite, souvent de manière binaire. Cela rejoint Aramburu Alegria (2018), qui explique que des parents faisaient état d’anxiété lorsque l’expression de genre de leur enfant était fluide ou que leur enfant manifestait une fluidité de genre « entre les genres » (p. 142). Si tous les jeunes ont dit avoir bénéficié des interventions médicales reçues, nos données nous conduisent à rejoindre la recommandation de cette étude de mieux sensibiliser la société à la diversité des identités de genre. Il importe aussi de noter que, si l’on interprète trop souvent le fait que des jeunes trans pratiquent des activités associées à leur genre assigné comme une hésitation sur leur identité, cela peut en réalité montrer que l’enfant est suffisamment à l’aise et en sécurité dans son genre authentique pour ne plus ressentir autant de pression à prouver son genre aux autres (Wong et Drake, 2017).

En mettant en lumière ces différences dans le parcours de transition, nous souhaitons souligner que les parents et leur enfant ont souvent des besoins différents, que les équipes qui les accompagnent dans ce processus devraient prendre en considération. Les jeunes ont souvent une grande certitude quant à leurs décisions et ont besoin d’accéder à des outils qui leur permettent d’exprimer leur genre (ce qui implique souvent une transition sociale et médicale), alors que les parents ont besoin d’accepter l’identité de leur enfant et de réassurance sur les motivations de leur enfant et sur les conséquences de ses décisions. Certaines équipes promeuvent désormais une approche d’affirmation trans dans l’accompagnement de l’enfant, qui consiste à laisser l’enfant vivre son genre sans contraintes ni pressions (Keo-Meier et Ehrensaft, 2018).

Nous remarquons qu’un petit nombre de parents de notre échantillon ont perçu tôt que leur enfant était différent et l’ont laissé explorer librement son genre sans chercher à le réprimer. Dans ces familles, nous observons moins d’asynchronie, et le processus de transition semble plus fluide, puisque l’enfant n’a pas à faire formellement son coming out auprès de ses parents, comme le suggère Travers (2018) et comme le rapporte aussi la recherche d’Aramburu Alegria (2018) sur les parents. Cela confirme l’importance de sensibiliser tous les parents à l’existence et aux réalités des identités trans, afin qu’ils puissent accompagner le plus tôt possible l’exploration du genre de leur enfant, si et quand elle se produit. Comme le suggèrent des études antérieures (Coolhart et al., 2018 ; Wong et Drake, 2017 ; Pullen Sansfaçon et al., 2015 ; Pullen Sansfaçon et al., 2020b), nous pensons que mieux connaître les enjeux trans aiderait les parents à disposer de meilleurs outils pour faire face à une telle situation, et leur permettrait probablement d’être plus attentifs à tout questionnement de genre, ce qui contribuerait à son tour à réduire leurs inquiétudes. En effet, les parents de notre étude citaient souvent, parmi ce qui les avait aidés dans leur cheminement vers l’acceptation, le fait de disposer d’informations et de savoir en quoi le soutien parental favorise le bien-être des JTNB (par exemple en réduisant le risque suicidaire).

Implications pour la pratique, les politiques et la recherche

Les données obtenues à la fois auprès des parents et des jeunes éclairent la manière dont les parents ont pu ignorer le long questionnement de genre que leur enfant disait avoir vécu avant de leur faire son coming out. Ce résultat est important, car il remet en cause la fiabilité des études qui s’appuient exclusivement sur des témoignages de parents pour comprendre les expériences et les points de vue des jeunes (voir par exemple l’étude de Littman, 2018, fondée sur des témoignages de parents et suggérant une nouvelle trajectoire développementale chez les enfants). Grâce aux entretiens avec les enfants et leurs parents, nos données montrent que les jeunes commencent souvent leur parcours de questionnement de genre bien avant d’en parler pour la première fois à leur parent, souvent parce qu’ils redoutent la réaction de leurs parents ou, dans certains cas, parce qu’ils veulent épargner à leurs parents une inquiétude inutile. Dans certains cas, les parents ont mal interprété ou ignoré des signes plus visibles. Cela laisse penser que, même si les parents peuvent être surpris par l’identité de leur enfant lorsqu’il la révèle pour la première fois (surtout s’ils n’avaient remarqué aucun signe auparavant), cela ne signifie pas que l’identité de genre du jeune soit apparue soudainement ou « rapidement », comme on l’a suggéré (Littman, 2018). Nos données montrent que la plupart des jeunes se sont en réalité interrogés sur leur genre pendant des années, attendant d’avoir la certitude de leur identité de genre ou que le moment soit opportun pour la révéler à leurs parents. La recherche visant à comprendre le développement et l’affirmation de l’identité de genre chez les enfants ne devrait pas s’appuyer uniquement sur les récits des parents, car leurs points de vue diffèrent souvent largement, comme le montre cette étude. Il est donc essentiel de placer la parole des JTNB au centre de ce type de recherche. En outre, nos résultats soulignent l’importance du temps dans le processus d’adaptation et les expériences différentes qui peuvent en émerger. Comme ce projet reposait sur les souvenirs d’expériences passées, les recherches futures devraient explorer longitudinalement les questions de prise de conscience et d’affirmation du genre, afin de saisir plus précisément les différences d’expérience entre le parent et l’enfant. Enfin, sur le plan de la pratique, notre étude réaffirme l’importance d’offrir un soutien séparément aux parents et aux JTNB, car les uns comme les autres ont des besoins importants mais différents à combler dans leur parcours vers l’acceptation et l’affirmation.

Limites de l’étude

Les résultats de cette étude doivent être interprétés avec prudence. Comme les personnes participantes ont été recrutées dans des cliniques où elles recevaient déjà, ou s’apprêtaient à recevoir, des soins d’affirmation de genre, les résultats ne peuvent être généralisés à l’ensemble des jeunes et ne devraient s’appliquer qu’à ce groupe particulier. En outre, les parents devaient accepter de participer eux-mêmes à un entretien pour que l’enfant puisse prendre part à l’étude, ce qui signifie que le soutien de ces parents envers leur enfant peut être considéré comme assez fort, voire très fort Les expériences des parents et des jeunes dans les familles où le soutien parental est limité peuvent être différentes. Pour les jeunes rencontrés en présence de leur parent, cette présence a pu brider leurs réponses. Enfin, la taille de notre échantillon et sa diversité sociodémographique limitée restreignent la généralisation de nos résultats. Par exemple, notre échantillon de parents était composé surtout de mères, si bien que nous disposons de peu de données sur le point de vue des pères. Peu de parents ont par ailleurs évoqué une expérience de migration internationale ou fait état d’une ascendance autre que blanche d’origine européenne. De futures études gagneraient à une plus grande diversité, même si recruter des échantillons plus divers peut poser à cet égard des difficultés importantes. De futures études pourraient examiner comment l’expérience que les parents font de la transition de leur enfant est influencée par le genre du parent.

Conclusion

Explorer à la fois les expériences des jeunes et celles de leurs parents dans leur processus de coming out, d’adaptation à la nouvelle réalité et d’acceptation a permis de mettre au jour l’asynchronie des expériences et des émotions que traverse chaque partie. Cela nous a aussi permis de découvrir, d’une part, que le fait de soutenir leur enfant permettait aux parents de reprendre une certaine maîtrise de la situation : alors que beaucoup pouvaient, au départ, se sentir dans l’impuissance face à leur jeune, qui était malheureux et, dans certains cas, s’automutilait ou avait des pensées ou des comportements suicidaires, découvrir et comprendre l’identité de genre de leur enfant leur a fait réaliser qu’ils avaient le pouvoir d’aider leur enfant à aller mieux. D’autre part, les jeunes qui trouvaient acceptation et soutien, et qui pouvaient enfin être soi-même, gagnaient en bonheur et en ouverture, ce qui renforçait parfois les liens avec les parents. Ces changements positifs aidaient les parents à accepter l’identité de leur enfant et à gagner la conviction que la transition était la bonne voie et prenait sens dans l’histoire de leur enfant.

Complexe Systémique : à retenir

La force de cette étude tient à son dispositif : entendre séparément l’enfant et le parent d’une même famille, puis superposer leurs lignes du temps. On y voit que le coming out ne marque pas un début pour les deux : c’est la fin d’un long travail silencieux pour le jeune, et le commencement d’un deuil pour le parent. Pour la clinique systémique, trois pistes se dégagent : offrir des espaces séparés, parce que les besoins et les rythmes diffèrent ; soutenir le travail de relecture partagée du passé (photos, anecdotes), qui recoud une histoire commune ; repérer le cercle vertueux où le soutien parental apaise l’enfant, qui rassure à son tour le parent. L’étude invite aussi à la prudence face aux thèses fondées sur les seuls récits parentaux. Ses limites comptent : des familles déjà soutenantes, recrutées en clinique, surtout des mères, peu de diversité culturelle, et une lecture rétrospective. La hâte de certains parents vers une transition binaire rappelle enfin que l’accompagnement doit suivre le rythme du jeune. À lire avec l’article sur les traitements familiaux pour les jeunes LGBTQ+ suicidaires, et avec l’article sur les négociations familiales des personnes queers et trans racisées.

Notes de l’original

Conflits d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Approbation éthique. Toutes les procédures mises en œuvre dans les études impliquant des participants humains étaient conformes aux normes éthiques du comité de recherche institutionnel ou national et à la déclaration d’Helsinki de 1964 et à ses amendements ultérieurs, ou à des normes éthiques comparables. L’étude a été approuvée par le Comité d’éthique de la recherche en arts et en sciences de l’Université de Montréal, établissement de la personne responsable de la recherche (numéro d’approbation CERAS-2016-17-186-P) ; par les comités d’éthique responsables des sites cliniques : le Health and Research Ethics Board (HREB) de l’Université du Manitoba (numéro d’approbation HS20652(H2017:112)), le comité d’éthique de la recherche du CHEO (numéro d’approbation CHEOREB# 16/176X) et l’Institutional Review Board de la Faculté de médecine de l’Université McGill (numéro d’approbation A06-B27-17B) ; ainsi que par le Comité d’éthique de la recherche avec des êtres humains de l’Université du Québec à Montréal, établissement de l’un des membres de l’équipe ayant accès aux données brutes (numéro d’approbation 2241_e_2017).

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Traduction non officielle en français de Enfant qui s’épanouit, parent en deuil : une étude qualitative sur des enfants trans et leurs parents face à la transition, par Annie Pullen Sansfaçon, Denise Medico, Morgane Gelly, Valeria Kirichenko et Frank Suerich-Gulick, Journal of Child and Family Studies, vol. 31, no 7 (2022), doi : 10.1007/s10826-021-02178-w, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (points forts regroupés dans l’encadré du résumé, tableau présenté en listes, figures en anglais). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Blossoming Child, Mourning Parent: A Qualitative Study of Trans Children and Their Parents Navigating Transition », publié dans Journal of Child and Family Studies (2022) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Pullen Sansfaçon, A., Medico, D., Gelly, M., Kirichenko, V., et Suerich-Gulick, F. (2022). Enfant qui s’épanouit, parent en deuil : une étude qualitative sur des enfants trans et leurs parents face à la transition (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/enfant-qui-s-epanouit-parent-en-deuil-enfants-trans-et-parents-face-a-la-transition (Œuvre originale publiée en 2021 dans Journal of Child and Family Studies, 31(7), 1771-1784 (2022) ; republiée en 2022 par Journal of Child and Family Studies, https://link.springer.com/article/10.1007/s10826-021-02178-w)

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