Frontiers in Psychology · Dialogue ouvert

Introduire le dialogue ouvert soutenu par les pairs dans des soins de santé mentale en mutation

Aux Pays-Bas, plus de 90 professionnels ayant suivi la formation au dialogue ouvert avec pairs-aidants se heurtent à une question simple posée par leurs collègues : « qu’est-ce que vous faites, au juste ? » Quand la réponse passe par les sept principes, on leur dit : « on le fait déjà. » Vingt-trois de ces professionnels cherchent comment le dire autrement : commencer par le pourquoi, un problème qui est une résonance dans l’interpersonnel, puis la maxime « rien sur moi sans moi », puis l’attitude, et seulement à la fin l’organisation. Et changer deux mots qui, en néerlandais, trahissent l’approche.

Auteurs Karin Lorenz-Artz, Joyce Bierbooms et Inge Bongers (Tranzo, Tilburg School of Social and Behavioral Sciences, université de Tilburg)Première publication Frontiers in Psychology, 18 janvier 2023Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Introduire le dialogue ouvert soutenu par les pairs dans des soins de santé mentale en mutation, par Karin Lorenz-Artz, Joyce Bierbooms et Inge Bongers, publié dans Frontiers in Psychology (2023), doi : 10.3389/fpsyg.2022.1056071, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est rendu en fiche. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Si on veut changer la santé mentale, il ne faut pas changer les personnes soignées, il va falloir changer la façon dont on les aborde.

Management formé au dialogue ouvert, dans l’étude de Karin Lorenz-Artz et ses collègues

Résumé

La nécessité de transformer les soins de santé mentale vers des soins centrés sur la personne, fondés sur le rétablissement et orientés vers le réseau est reconnue dans le monde entier. Le dialogue ouvert (DO) est vu comme une approche porteuse d’espoir dans le cadre de cette transformation et il est introduit dans des pays du monde entier. Cinq organisations néerlandaises de soins de santé mentale, réparties sur le territoire des Pays-Bas, ont introduit l’approche du dialogue ouvert soutenu par les pairs (POD, Peer-supported Open Dialogue), qui ajoute à l’approche du DO un rôle explicite de pairs-aidants. Il est apparu que les équipes formées au (P)OD rencontrent des difficultés pour introduire l’approche du (P)OD dans les structures de soins existantes. L’une des raisons, sur laquelle porte cette étude, pourrait être la difficulté d’expliquer à des professionnels sans formation à l’approche en quoi consiste le (P)OD. L’objectif principal de cette étude est d’apporter des repères et de contribuer à rendre le (P)OD plus compréhensible pour les professionnels sans formation à l’approche. Nous avons utilisé un plan qualitatif et mené 23 entretiens semi-directifs avec des professionnels ayant suivi la formation POD, d’horizons variés, afin de comprendre en profondeur quels aspects pourraient aider les professionnels sans formation à l’approche à mieux comprendre le POD. Nous avons analysé les données selon une approche hybride, c’est-à-dire en combinant analyse thématique inductive et déductive. Six aspects sont ressortis de ces analyses, qui pourraient apporter des repères et contribuer à rendre le (P)OD plus compréhensible pour les professionnels sans formation à l’approche : (1) faire l’expérience du (P)OD en assistant à des réunions de réseau de traitement, (2) un récit cohérent et approfondi du (P)OD, (3) l’ajustement de la terminologie au contexte, comme ici pour les deux termes « principes » et « responsabilité », (4) l’ordre dans lequel les éléments du (P)OD sont introduits dans le récit, (5) la mise au premier plan des éléments « présence », « réflexion » et « expertise expérientielle », et (6) la conceptualisation des éléments principaux dans un « support de discussion » (talking paper). Une meilleure compréhension du (P)OD pourrait être l’une des pierres de l’édifice pour améliorer son adoption dans les pratiques de soins existantes, en marche vers des soins centrés sur la personne, fondés sur le rétablissement et orientés vers le réseau.

1. Introduction

La transformation nécessaire des soins de santé mentale (SSM) vers des soins centrés sur la personne, fondés sur le rétablissement et orientés vers le réseau reçoit aujourd’hui une attention croissante dans le monde (Stupak et Dobroczyński, 2021 ; von Peter et al., 2021 ; OMS, 2021 ; Galbusera et al., 2022). Cette transformation suppose un changement de paradigme au-delà du modèle biopsychosocial (diagnostic, médicaments et réduction des symptômes), vers une approche plus globale comprenant une dimension existentielle (van Os et al., 2019 ; Galbusera et al., 2022), qui conçoit le rétablissement comme un processus continu, propre à chaque personne, englobant tous les aspects de la vie humaine et visant à restaurer peu à peu le sentiment d’agir sur sa vie et d’y trouver un sens (Anthony, 1993 ; Slade et al., 2014). La pratique des SSM devrait donc reposer sur une collaboration à égalité entre la personne soignée, son réseau et les équipes soignantes, pour susciter l’espoir et donner du pouvoir d’agir aux personnes, en déplaçant l’attention du diagnostic et de l’intervention vers la mobilisation des ressources des personnes et de leur réseau le plus proche (« être avec » les personnes en détresse plutôt que « faire pour » elles ; Seikkula, 2011 ; Slade et al., 2014 ; Schϋtze, 2015 ; Stupak et Dobroczyński, 2021 ; von Peter et al., 2021 ; OMS, 2021).

Le dialogue ouvert (DO) est vu comme une approche porteuse d’espoir pour cette transformation nécessaire (Stupak et Dobroczyński, 2021 ; von Peter et al., 2021 ; OMS, 2021). L’approche du DO incarne déjà ce changement, par sa philosophie orientée vers la personne et le réseau et fondée sur le rétablissement (Lakeman, 2014), et elle donne des résultats prometteurs en Laponie occidentale (Finlande) face aux crises psychiques aiguës sévères (Seikkula et al., 2006, 2011 ; Bergström et al., 2018). Seikkula (2003) explique que le DO apporte une réponse rapide à la crise en rencontrant la personne et son réseau le plus proche, de préférence à domicile, lors d’une réunion de réseau en dialogue ouvert dans les 24 heures suivant le contact. L’équipe cherche à susciter le dialogue, à créer une signification nouvelle et partagée des expériences, et à permettre aux personnes de s’approprier les changements qu’elles souhaitent. Hopfenbeck (2015) décrit en outre le DO comme une pratique fondée sur des valeurs, puisqu’il énonce explicitement ses valeurs centrales, dont la chaleur inconditionnelle, l’authenticité et l’ouverture. Dans la littérature, l’approche est souvent expliquée par ses sept principes directeurs : (1) aide immédiate, (2) perspective du réseau social, (3) flexibilité et mobilité, (4) responsabilité, (5) continuité psychologique, (6) tolérance à l’incertitude et (7) dialogisme (par exemple Seikkula et al., 2011).

Dans cette étude, nous nous intéressons à l’introduction de l’approche du DO dans un contexte de soins de santé mentale en mutation vers des soins centrés sur la personne, fondés sur le rétablissement et orientés vers le réseau. En quête de soins mieux orientés vers le rétablissement, cinq organisations néerlandaises de SSM réparties sur le territoire ont introduit l’approche du dialogue ouvert soutenu par les pairs (POD) dans les soins ambulatoires courants destinés aux personnes ayant reçu un diagnostic de trouble psychique sévère. Le POD ajoute à l’approche du DO un rôle explicite de pairs-aidants (Razzaque et Stockmann, 2016 ; Bellingham et al., 2018), c’est-à-dire de postes rémunérés occupés par des personnes dotées d’une expertise expérientielle, qui mobilisent un savoir expérientiel « acquis à travers l’expérience vécue de la détresse psychique » (Bellingham et al., 2018, p. 1575). Le POD fait en outre sienne la maxime « rien sur nous sans nous » (issue du mouvement du rétablissement), qui renvoie à l’exigence de transparence (Hopfenbeck, 2015).

Les organisations peuvent avoir du mal à traduire dans la pratique une vision large d’un changement nécessaire, comme l’ont constaté Johansen et al. (2018) dans leur « Expédition vers des soins de santé durables ». Il en va de même pour le DO. Il est apparu que les équipes formées au DO rencontrent des difficultés pour introduire l’approche dans les structures de SSM existantes, ce qui complique son adoption (Ong et al., 2019). La littérature montre que pour ancrer pleinement le DO, approche qui incarne la transformation nécessaire, le contexte, c’est-à-dire le système de SSM existant dans son ensemble, doit lui aussi changer (Stupak et Dobroczyński, 2021 ; Von Peter et al., 2021 ; OMS, 2021). Cela exige une compréhension réelle de ce qu’est le (P)OD, souvent entravée en pratique par la complexité qu’il y a à expliquer le concept à des professionnels de santé mentale sans formation à l’approche. Cela tient peut-être à l’absence d’un manuel largement accepté expliquant de façon complète comment se pratique le DO (Buus et al., 2017, 2021 ; Waters et al., 2021). De ce fait, le DO n’est souvent pas considéré comme une nouvelle manière de soigner (Søndergaard, 2009). La question courante, et apparemment simple, que posent les professionnels sans formation à l’approche, « qu’est-ce que vous faites en DO ? », appelle une réponse complexe (Ong et al., 2019). Cela rejoint peut-être la question que pose Seikkula (2011) : l’approche du DO est-elle une « psychothérapie » ou une « manière de vivre » (p. 179) ? Ong et al. (2019) proposent de reformuler la question en « comment savez-vous que vous êtes dialogique ? » (p. 420), ce qui laisse place, dans la réponse à la question de ce qu’est le (P)OD, à une distinction entre le « faire » (la psychothérapie) et l’« être » (la manière de vivre). En introduisant le POD dans la pratique des SSM aux Pays-Bas, les équipes néerlandaises formées au POD ont effectivement eu du mal à expliquer l’approche de façon compréhensible et intégrée à d’autres professionnels et parties prenantes.

L’objectif principal de cette étude est d’apporter des repères et de contribuer à rendre le (P)OD plus compréhensible pour les professionnels sans formation à l’approche. Une meilleure compréhension du (P)OD pourrait être l’une des pierres de l’édifice pour améliorer son adoption dans les pratiques de SSM existantes, en marche vers des soins centrés sur la personne, fondés sur le rétablissement et orientés vers le réseau.

2. Matériel et méthodes

Cette étude s’inscrit dans une recherche plus large visant à mieux comprendre l’introduction du POD dans le contexte néerlandais des SSM. Nous avons utilisé un plan qualitatif et mené des entretiens approfondis semi-directifs, afin de comprendre en profondeur (Baxter et Jack, 2008) quels aspects pourraient aider les professionnels sans formation à l’approche à mieux comprendre le POD. Nous avons analysé les données selon une approche hybride, combinant analyse thématique inductive et déductive (Fereday et Muir-Cochrane, 2006). L’étude a été approuvée par le comité d’éthique néerlandais de la Tilburg School of Social and Behavioral Sciences, université de Tilburg (REF RP195).

2.1. Contexte

En 2017 et 2018, des équipes formées au POD ont constitué six réseaux POD répartis aux Pays-Bas et introduit l’approche du dialogue ouvert soutenu par les pairs dans cinq organisations de SSM (tableau 1). L’un de ces réseaux a transformé une équipe ambulatoire en équipe POD (organisation de SSM du sud des Pays-Bas, province du Brabant-Septentrional) : l’approche POD et ses réunions de réseau y étaient au cœur des soins, les autres thérapies étant proposées à la demande. Dans cette même organisation existait un autre réseau POD, dans lequel des professionnels ayant suivi la formation POD travaillaient dans une même équipe ambulatoire avec des collègues sans cette formation et assuraient les soins courants. Ces professionnels POD organisaient des réunions de réseau POD à la demande, en plus des soins courants. Les quatre autres réseaux POD étaient des communautés de professionnels POD : une au nord, deux au centre et une au sud-est des Pays-Bas. Ces professionnels POD travaillaient dans des équipes ordinaires réparties dans leurs organisations de SSM et assuraient les soins courants avec des collègues sans formation POD. En plus de ces soins courants, la communauté POD les reliait via WhatsApp, où se constituaient les binômes pour les réunions de réseau POD. Ces séances étaient organisées à la demande, en plus des soins courants. Les professionnels POD soignaient des personnes atteintes de troubles psychiques sévères, dont le lieu de vie (domicile, logement accompagné, hospitalisation temporaire en service de crise) et les diagnostics enregistrés (par exemple dépression, troubles du spectre de l’autisme, troubles anxieux, bipolaires et psychotiques) variaient. Au moment du recueil des données, plus de 90 professionnels ayant suivi la formation POD s’efforçaient de soigner selon l’approche POD dans le contexte néerlandais des SSM.

Tableau 1 — Les six réseaux POD et la formation professionnelle des personnes interrogées par réseau

  • 1. Équipe POD (organisation de SSM du sud, province du Brabant-Septentrional) : management 1, référence clinique 1 (psychiatrie, psychologie ou soins infirmiers spécialisés), pair-aidance 1, référence de parcours 1.
  • 2. Au sein d’une équipe ambulatoire (même organisation) : management 1, référence clinique 1, thérapie ou formation 2.
  • 3. Communauté POD (organisation d’accompagnement dans les domaines clés de la vie, au centre, province d’Utrecht) : management 2, pair-aidance 1.
  • 4. Communauté POD (organisation de SSM du centre, province d’Utrecht) : management 1, référence clinique 2, pair-aidance 1, référence de parcours 1.
  • 5. Communauté POD (organisation de SSM du sud-est, province du Limbourg) : référence clinique 1, pair-aidance 1, référence de parcours 1.
  • 6. Communauté POD (organisation de SSM du nord, province de Groningue) : référence clinique 2, pair-aidance 1, référence de parcours 1.

2.2. Procédure

2.2.1. Participants

Karin Lorenz-Artz (KL-A), qui signe l’article en premier, a demandé au conseil d’administration de la fondation nationale néerlandaise du POD, qui représente les cinq organisations, de désigner une personne de contact formée au POD pour chaque réseau POD (six au total). Ces personnes avaient un rôle de coordination dans la mise en œuvre du POD et une vue d’ensemble représentative de l’organisation concernée. Elles ont présenté l’étude et KL-A aux professionnels POD. Pour intégrer des points de vue différents, KL-A a demandé à chaque personne de contact d’établir la liste des professionnels ayant suivi la formation POD dans son réseau, d’horizons professionnels différents et, de préférence, plus ou moins favorables à l’approche POD. KL-A a sollicité quatre professionnels ayant suivi la formation POD par réseau.

L’échantillonnage était à la fois raisonné (variation maximale de formation professionnelle et d’attitude à l’égard du POD) et de convenance (Ritchie et al., 2014). Les 24 personnes éligibles ont reçu une lettre d’information leur demandant de répondre sous deux semaines. En l’absence de réponse, KL-A a envoyé une relance et la personne de contact a repris contact avec la personne concernée. Nous avons reçu au total le consentement éclairé signé de 23 personnes éligibles, après quoi les entretiens ont été planifiés et menés (tableau 1). Une personne éligible n’a pas pu participer faute de temps pendant la pandémie de COVID-19.

Toutes les personnes interrogées avaient suivi la formation postuniversitaire d’un an intitulée « Peer-supported Open Dialogue, Social Network and Relationship Skills » à l’Academy of Peer-supported Open Dialogue (APOD) au Royaume-Uni, cursus accrédité par une université anglophone au niveau Postgraduate Certificate. La formation comprenait quatre modules résidentiels de cinq jours. KL-A avait en outre suivi cette formation d’un an avant l’étude.

2.2.2. Entretiens semi-directifs

KL-A a mené 23 entretiens semi-directifs de 60 à 90 minutes par visioconférence Zoom en septembre et octobre 2020. Pendant l’entretien, les sept principes du DO (Seikkula et al., 2006) et les douze éléments clés d’Olson et al. (2014) étaient affichés à l’écran. L’équipe de recherche avait préparé a priori un certain nombre de questions servant d’aide-mémoire pendant l’entretien, notamment sur la vision que les personnes interrogées avaient de l’approche POD, par exemple la pertinence et le caractère innovant des principes du DO, la maxime « rien sur moi sans moi » et le rôle des pairs-aidants. Pour le premier principe, par exemple, les questions étaient : « Pourriez-vous dire quelque chose de ce que vous pensez du premier principe ? », « Comment ce principe devrait-il être appliqué selon vous ? », « Pourquoi ce principe est-il important à vos yeux ? » et « En quoi correspond-il aux besoins de la personne ? ». Les personnes interrogées étaient invitées à partager leur point de vue, qu’elles parviennent ou non à l’appliquer en pratique à ce moment-là, et à parler librement des aspects qu’elles jugeaient pertinents pour l’introduction du POD dans la pratique.

2.3. Analyse des données

Tous les entretiens ont été enregistrés avec l’accord des personnes interrogées, retranscrits intégralement et analysés avec le logiciel Atlas.ti. Ils ont été analysés selon les six phases de l’analyse thématique de Braun et Clarke : familiarisation avec les données, codage, génération des thèmes, révision des thèmes, définition et dénomination des thèmes, et rédaction du rapport (Braun et al., 2019). Les connaissances préalables ont été mises entre parenthèses autant que possible (bracketing ; Patton, 2014). L’analyse a été un processus itératif et réflexif selon une approche hybride : un livre de codes représentant les sept principes du POD (Seikkula et al., 2006), l’expertise expérientielle et la maxime « rien sur moi sans moi » (volet déductif), complété par de nouveaux codes apparus de façon inductive (Fereday et Muir-Cochrane, 2006). Le volet inductif portait à la fois sur ce que les personnes interrogées voulaient communiquer du POD et sur la meilleure manière de le communiquer (métacommunication) pour le rendre plus compréhensible (annexe I). Au cours de ces analyses, nous avons aussi comparé les réponses selon la formation professionnelle et le réseau POD, pour voir si elles différaient selon les disciplines et les réseaux. Ce n’était pas le cas. Tout doute sur le codage a été discuté avec un autre membre de l’équipe de recherche. Les analyses ont pris fin quand aucun thème nouveau n’apparaissait plus et que la saturation était atteinte. Elles ont apporté un éclairage à la fois sur le socle commun de ce que les personnes interrogées jugeaient important d’expliquer du POD aux professionnels sans formation à l’approche et sur les aspects qu’elles jugeaient utiles pour mieux l’expliquer (métacommunication).

3. Résultats

Nous présentons dans cette section les aspects, issus de l’analyse, qui pourraient contribuer à rendre le POD plus compréhensible pour les professionnels sans formation à l’approche.

3.1. Un récit du POD

Les personnes interrogées ont indiqué que faire l’expérience du POD en assistant à des réunions de réseau POD, ainsi qu’un récit du POD servant d’appui pour l’expliquer, pourraient contribuer à une meilleure compréhension du POD chez les professionnels sans formation à l’approche. Fait intéressant, à la lecture des transcriptions, nous avons trouvé un net socle commun quant au sens personnel (pourquoi c’est important) et à la vision (ce qu’est un « bon soin ») de l’approche POD, et quant aux ingrédients que les personnes interrogées jugeaient importants à inclure dans un tel récit pour le contexte néerlandais.

« Une chose qui aiderait énormément, c’est qu’à un moment on puisse bien expliquer le POD aux gens qui n’ont pas la formation, pour qu’il y ait plus d’adhésion et plus de compréhension du POD. Et je pense qu’une façon de rendre le POD plus compréhensible, c’est que quelqu’un participe simplement une fois à une réunion de réseau POD. En tant que réseau. Parce que j’ai remarqué, par exemple, que comme une collègue avait vécu une fois une telle séance POD, elle était ensuite mieux à même de juger si une séance POD pouvait être utile. » (pair-aidance, formation POD)

Dans un tel récit, les personnes interrogées considéreraient comme ingrédients principaux du POD le processus dialogique (principes « dialogisme » et « tolérance à l’incertitude »), avec l’implication du réseau et la multiplicité de ses points de vue (principe « perspective du réseau social »), ainsi que la maxime « rien sur moi sans moi ». Elles décriraient en outre les autres éléments organisationnels comme des éléments précieux pour améliorer la qualité du traitement et produire du changement. Les personnes interrogées ajouteraient aussi que les principes « flexibilité et mobilité », « responsabilité » et « continuité psychologique » ne doivent pas être pris dans l’absolu ni considérés comme sans limites.

« Ce n’est pas sans limites… Et là aussi, ça joue de nouveau un rôle. On peut aussi pousser ça à l’absolu, au point qu’on ne puisse plus rien en faire. » (management, formation POD)

Les personnes interrogées ont par ailleurs indiqué qu’elles remplaceraient deux termes couramment utilisés dans l’approche du (P)OD, « responsabilité » et « principe », par des termes mieux adaptés au contexte néerlandais. D’abord, elles ont expliqué que le terme « responsabilité » peut être confondu avec la notion courante de « responsabilité principale » dans les soins de santé mentale néerlandais, qui désigne la personne formellement responsable du traitement. Elles proposaient donc d’employer plutôt le terme « implication ». Ensuite, elles proposaient d’utiliser le terme « éléments », plus neutre en néerlandais, au lieu du mot « principes » employé dans l’approche « d’origine ». Selon elles, le mot « principe » peut donner en néerlandais l’impression qu’il s’agit d’une question de principe, à caractère obligatoire, avec le risque de dogmatisme que cela comporte.

3.2. Cohérence et profondeur

Les personnes interrogées ont dit avoir du mal à expliquer l’approche POD de façon cohérente et à en faire apparaître la profondeur. Par cohérence, elles entendaient l’interdépendance des éléments et la structure en couches de l’approche elle-même. Par profondeur, elles entendaient les théories et l’histoire qui la sous-tendent, et l’idée que le POD va au-delà de l’apprentissage de nouvelles compétences (le « faire » du dialogisme) pour impliquer aussi un changement personnel dans la vision, les valeurs et l’attitude des professionnels (l’« être » du dialogisme).

Elles ont dit que lorsqu’elles parlent du POD à des professionnels sans formation à l’approche, elles utilisent souvent les sept principes du (P)OD pour expliquer ce que l’on fait en POD, parce qu’ils offrent un cadre pratique. Elles remarquent cependant qu’il n’apparaît pas d’emblée que le (P)OD repose sur certaines valeurs et implique une certaine culture. Elles ont aussi expliqué que si l’on ne parvient pas, dans un tel récit, à transmettre cette complexité aux professionnels sans formation à l’approche, des malentendus surgissent vite. Elles suggéraient donc, pour un récit, d’expliquer aussi pourquoi l’on fait les choses d’une certaine manière.

« Il y a une histoire si profonde, si riche, et il y a en fait toutes sortes de thérapies réfléchies qui la sous-tendent, mais on ne le voit pas directement dans les principes. Je trouve ça difficile aussi quand on explique ce qu’est le dialogue ouvert et qu’on utilise les sept principes pour faire comprendre que ce n’est pas juste une technique de conversation qu’on apprend aussi dans une formation… C’est peut-être ce qui me manque dans les principes du POD, que le POD demande une autre culture. » (référence clinique, formation POD)

« Le POD, c’est bien sûr une façon de travailler, mais ce n’est pas juste une technique. C’est un changement complet de tout votre être. En tant qu’humain. Donc ça n’a pas seulement changé mon travail, mais aussi mon équilibre général, ma façon d’être et d’être en contact, et ma résilience… ça a vraiment été un changement et une aide très positifs pour moi, et je n’y avais pas pensé avant, je ne m’y attendais pas. » (référence de parcours, formation POD)

Ces résultats ont mis en lumière qu’introduire le (P)OD auprès de professionnels sans formation à l’approche en énumérant les sept principes du (P)OD ne suffit peut-être pas à montrer la cohérence et la profondeur de l’approche. En outre, trois aspects métacommunicatifs sont ressortis de l’analyse, qui pourraient aider à souligner dans un tel récit la cohérence et la profondeur de l’approche, pour la rendre plus compréhensible aux professionnels sans formation à l’approche : (1) l’ordre dans lequel les éléments du (P)OD sont introduits dans le récit, (2) la mise au premier plan des éléments « présence », « réflexion » et « expertise expérientielle », et (3) la conceptualisation des éléments principaux dans un « support de discussion ».

3.2.1. L’ordre dans lequel les éléments du POD sont introduits

Quand elles parlaient du POD à des professionnels sans formation à l’approche, les personnes interrogées avaient tendance à commencer par expliquer les éléments organisationnels, si bien qu’on leur répondait souvent que c’était déjà la manière de travailler. Les personnes interrogées jugeaient donc utile de commencer un récit par les aspects centraux et novateurs du (P)OD, puis d’en venir aux éléments organisationnels.

« Parce que quand les gens parlent du POD, on utilise souvent les sept principes, mais il y a encore toute une couche en dessous. Et si on ne nomme que ces sept principes, on peut les interpréter de façon complètement différente parce qu’on les interprète depuis un autre point de départ. C’est évidemment ce qui arrive souvent maintenant, quand on parle du POD quelque part. Les gens disent souvent que c’est déjà leur pratique. Et parfois je comprends cette réaction, mais je me dis quand même : non ! Votre point de départ est différent. » (management, formation POD)

Les personnes interrogées estimaient donc que, dans un tel récit, l’ordre d’introduction des éléments du (P)OD compte, et elles proposaient : (1) de commencer par les théories sous-jacentes et le changement de paradigme (le « pourquoi »), (2) de poursuivre avec la maxime « rien sur moi sans moi » (le « faire »), (3) d’expliquer l’attitude requise (l’« être »), (4) de développer les compétences requises (l’« être » et le « faire ») et enfin (5) de décrire comment impliquer le réseau, en lien avec les autres principes organisationnels (le « faire »). Pour chacune de ces parties, nous détaillons ce que les personnes interrogées jugeaient important d’expliquer dans le contexte néerlandais.

Les personnes interrogées ont souligné l’importance d’expliquer explicitement les théories sous-jacentes et le changement de paradigme (le « pourquoi »), nouveaux pour les professionnels sans formation à l’approche. Elles suggéraient donc, pour le contexte néerlandais, de décrire dans un tel récit la manière dont l’approche du (P)OD conçoit les problèmes psychiques, à savoir comme une résonance dans l’interpersonnel. Elles y décriraient le problème sous-jacent à la demande d’aide comme un problème interactionnel partagé plutôt que comme un problème individuel. Elles expliqueraient en outre que ces problèmes sont souvent liés à un manque de lien et de langage, du fait de choses difficiles à dire à voix haute.

« Les problèmes psychiatriques… ou les problèmes ne sont jamais les problèmes d’un seul individu. C’est toujours une résonance dans l’interpersonnel. Il y a toujours un réseau impliqué. » (référence clinique, formation POD)

« … parce que personne ne traverse une crise dans l’isolement. C’est toujours une interaction avec son environnement. En impliquant le réseau, on enlève déjà tellement de poids à la personne qui ne peut plus le porter. » (pair-aidance, formation POD)

Autre fondement qu’elles jugeaient utile de mentionner : personne n’a le monopole de la vérité, et la vérité repose sur une signification partagée où la voix de chaque personne compte autant. Elles renverraient par là à la théorie du constructionnisme social et à l’importance de la polyphonie. Elles ajouteraient que la source du problème sous-jacent comme la force de se rétablir se trouvent chez la personne et son réseau. Ce fondement les aidait à expliquer pourquoi il leur paraît essentiel de collaborer avec la personne et son réseau, de (re)créer du lien avec les membres du réseau et entre ces membres, et de trouver une signification partagée, plutôt que d’impliquer le réseau comme un groupe-ressource chargé de « résoudre les problèmes ».

« Et c’est vraiment différent. Très souvent, par le passé, on vous sollicitait en tant que réseau pour résoudre les problèmes des autres. Et le POD, il ne s’agit pas d’aider l’autre, il s’agit de toutes les personnes assises là. » (management, formation POD)

Pour les personnes interrogées, commencer un tel récit par ces fondements était important pour éclairer la logique de l’idée selon laquelle ce sont le lien et les prises de conscience, plutôt que le consensus et les solutions, qui sont considérés comme le moteur du changement. Elles prévoyaient que cette idée implique un changement fondamental dans les soins de santé mentale néerlandais, puisque la société attend de ces soins qu’ils résolvent les problèmes et qu’ils sont aujourd’hui organisés ainsi.

« On attend de la santé mentale qu’elle résolve les problèmes pour qu’on ne souffre plus de ces problèmes, et ce n’est pas comme ça que le POD est conçu. » (référence clinique, formation POD)

Les personnes interrogées ont exprimé que ces fondements et ces changements fondamentaux sont incarnés et rendus tangibles par la maxime « rien sur moi sans moi ». Selon elles, cette maxime ajoute la construction partagée du sens à la notion déjà familière de décision partagée, ce qui permettrait au récit de s’inscrire dans un concept déjà connu. Elles suggéraient donc de poursuivre le récit avec cette maxime, qui pourrait aider à comprendre les implications (« le faire ») de ces fondements, par exemple la suppression des concertations pluridisciplinaires.

« Si on appliquait la maxime à 100 %, je l’ai souvent dit, on changerait radicalement la santé mentale. La maxime “rien sur moi sans moi” aide énormément à impliquer les gens en permanence, parce qu’on a besoin de leur présence. » (management, formation POD)

Selon les professionnels POD, un tel récit devrait ensuite aborder l’attitude de base du (P)OD (l’« être »), parce qu’elle dit quelque chose de ce que les fondements et la maxime impliquent pour la personne professionnelle elle-même et pour sa manière d’entrer en lien et d’interagir avec l’autre. Elles employaient des expressions comme « attitude humble », « laisser tomber le masque professionnel », l’importance de « désapprendre » et « le courage d’être vulnérable dans son métier ».

« Ce n’est pas le problème des personnes soignées, c’est le nôtre. Si on veut changer la santé mentale, il ne faut pas les changer, elles, il va falloir changer la façon dont on les aborde. Et ce changement dépend de nous. Et la formation POD nous en a donné les moyens. » (management, formation POD)

En décrivant cette attitude de base, les personnes interrogées expliqueraient ce que l’on entend par authenticité, présence et ouverture dans le contact (« être avec » les personnes en détresse plutôt que « faire pour » elles), et en souligneraient l’importance. Selon elles, cela pourrait aider à expliquer aux professionnels sans formation à l’approche comment passer d’une posture d’expertise qui intervient à une présence humaine qui participe, avec son expérience et son savoir. Elles décriraient aussi la notion de chaleur inconditionnelle, qui renvoie à la compassion et à une pleine estime inconditionnelle de l’autre, parce qu’elle diffère de la notion courante de juste distance.

« Il y a beaucoup d’hypothèses implicites sur la bonne façon de faire du POD. “S’asseoir avec la famille” est une base pour savoir si on a travaillé à la manière POD : est-ce que j’étais vraiment là, est-ce que j’ai vraiment pris place à côté des gens. La présence est l’essentiel. » (référence clinique, formation POD)

Thème suivant : les personnes interrogées développeraient les compétences requises. Elles pensaient que ces compétences répondent au « faire » du (P)OD et pourraient montrer aux professionnels sans formation à l’approche comment renforcer le lien entre la personne et son réseau et créer un espace où les prises de conscience cachées peuvent se dénouer (ce que l’on appelle aussi le non-dit). Les personnes interrogées trouvaient que les éléments du (P)OD que sont le dialogisme et la tolérance à l’incertitude décrivent le mieux les compétences centrales nécessaires aux professionnels, et que ces compétences vont ensemble, comme des conditions réciproques.

À propos du dialogisme, les personnes interrogées disaient que cet élément pourrait aider à expliquer pourquoi et comment passer d’une perspective orientée vers la solution à une perspective orientée vers la relation, avec la polyphonie comme notion centrale. Elles expliqueraient que l’attention prioritaire des professionnels devrait porter sur l’établissement du lien et la création d’une culture sûre du partage. Elles expliqueraient en outre que, pour cela, il faut une pleine présence et une réceptivité à ce qui se passe sur le moment, plutôt que de suivre son propre programme ou un programme préétabli et de prendre la direction.

« … parce que c’est là qu’on se prend sans cesse la main dans le sac : on est ou on reste une sorte de détective dans l’énigme de cette misère qu’on nous présente. Quand on soigne, on veut savoir des choses : comment c’est arrivé. On peut avoir de la curiosité pour ce qui se passe, et on peut bien sûr demander d’en dire un peu plus sur ce que quelqu’un dit, mais on répond à ce qui est dit, on ne cherche pas de nouvelles informations. On quitte ce rôle de détective et on entre dans le rôle de la profondeur. » (référence clinique, formation POD)

Les personnes interrogées souligneraient en outre dans un récit que le dialogisme est aussi une fin en soi : favoriser le dialogue entre les personnes, leur donner du pouvoir d’agir et produire du changement. Il deviendrait ainsi clair que passer du « faire » à l’« être » ne revient pas à ne rien faire, ce qui, selon les personnes interrogées, suscitait parfois l’inquiétude des professionnels sans formation à l’approche. Dans un récit, elles insisteraient donc sur l’importance de ne pas prendre trop peu de responsabilité dans la contribution au changement, sous prétexte de suivre le rythme du processus, de tolérer l’incertitude et de ne pas savoir. Autrement dit, les professionnels doivent prendre la responsabilité d’assumer leur rôle dans le processus dialogique : s’écouter mutuellement et partager lors des moments de réflexion. Elles ajouteraient que l’ampleur du partage et la limite de la tolérance à l’incertitude sont déterminées par la personne et le contexte, que c’est une affaire de moment et que trouver cet équilibre est un processus personnel.

« Par exemple, j’admire Seikkula, qui s’assoit au bord de sa chaise, penché vers les gens. Je trouve ça merveilleux, et je peux m’asseoir comme ça, mais je ne peux pas réagir comme lui. Quand Kurti parle, je me dis “waouh”, c’est beaucoup d’énergie, et elle partage aussi des choses personnelles. Alors que Jaakko ne parle jamais de lui. Et donc tout le monde a quelque chose de bon. Et il faut s’en servir, bon sang. Il le faut. Donc il faut que ce soit intériorisé et que ça ne devienne pas un truc. » (référence clinique, formation POD)

Les personnes interrogées jugeaient en outre important qu’un tel récit explique bien la tolérance à l’incertitude, parce que cet élément montre l’approche paradoxale du POD et donne aux professionnels sans formation à l’approche des repères pour des soins orientés vers le rétablissement. Selon elles, cet élément aide à expliquer comment les professionnels, au lieu de chercher à résoudre le problème, peuvent mieux s’accorder au rythme de la personne et du réseau dans le processus, répondre aux énoncés de chaque personne et y réfléchir, et créer un espace pour que la personne et le réseau prennent la responsabilité de leur propre processus de rétablissement. Ce faisant, les solutions, sous forme de prises de conscience, viennent souvent naturellement de la personne et de son réseau.

Les personnes interrogées mettraient aussi en avant, dans un récit, la compétence de réflexion pour expliquer le dialogisme et la tolérance à l’incertitude aux professionnels sans formation à l’approche, parce qu’elle est plus tangible et déjà courante. Elles développeraient alors le « moment de réflexion » (le partage de réflexions entre collègues en présence de la personne et du réseau pendant une réunion de réseau), qu’elles jugeaient novateur dans le contexte néerlandais. Elles jugeaient important que le récit explique comment se dévoiler de manière appropriée (du point de vue du POD). Elles ajouteraient qu’avec l’estime inconditionnelle comme attitude de base, cela suppose de réfléchir à ce qui résonne et émerge en soi, de se laisser davantage toucher et de partager davantage d’expériences personnelles, depuis une vulnérabilité authentique, que ne le veut d’ordinaire une formation à la juste distance.

« Partager des choses (personnelles) demande une certaine authenticité, une certaine modestie, une certaine vulnérabilité, ce qui n’est pas facile pour tout le monde. Donc même si les gens veulent partager ça, est-ce qu’on ose le dire ? Est-ce qu’on ose être vulnérable dans son métier ? Et je veux dire vraiment, sincèrement vulnérable. » (pair-aidance, formation POD)

« Il y a eu une discussion sur le contact professionnel et le contact POD. Mais j’exerce le POD de façon très professionnelle, et je suis aussi juste une personne avec des expériences de vie, qui peuvent toutes deux faire partie du dialogue si elles sont au service du dialogue. Là, je trouve ça très professionnel. » (référence de parcours, formation POD)

Les personnes interrogées termineraient un tel récit par une description des éléments organisationnels du (P)OD, où elles présenteraient l’animation des réunions de réseau par (au moins) deux professionnels ayant suivi la formation POD comme la colonne vertébrale du processus de traitement, dans lequel toutes les thérapies nécessaires peuvent être intégrées. Elles y décriraient la raison d’impliquer dès le début le réseau le plus proche de la personne, en évoquant par exemple la construction d’une relation thérapeutique solide, l’élargissement du regard de chaque personne sur la situation, le soutien et l’engagement du réseau, et un retour plus fluide à la vie, sans s’enliser à nouveau dans les anciens schémas. Dans ce cadre, créer une culture de collaboration sûre, les personnes interrogées mentionneraient explicitement la valeur des pairs-aidants. Elles trouvaient que la pair-aidance apporte souvent une grande sensibilité et une grande habileté pour faire émerger le non-dit, le mettre en mots et donner aux gens le sentiment d’être entendus et vus.

« La pair-aidante avec qui je travaille… animer des réunions de réseau avec elle, c’est à chaque fois un cadeau. Elle sait toujours appuyer sur les bons boutons, là où moi je sens théoriquement qu’il y a quelque chose, mais elle le fait si joliment parce qu’elle peut aussi y placer sa propre expérience émotionnelle. La pair-aidance prend assez vite, naturellement, un rôle de “personne de confiance”, et c’est très agréable. » (référence clinique, formation POD)

Enfin, pour montrer explicitement la philosophie d’adaptation aux besoins du (P)OD, les personnes interrogées expliqueraient les éléments « flexibilité et mobilité », « responsabilité/implication » et « continuité psychologique » comme dans l’approche d’origine du DO. Pour la flexibilité, elles souligneraient explicitement l’importance d’être souple quant au temps (durée et fréquence) et au contenu de la séance, sans être sans limites (90 minutes en moyenne). Elles expliqueraient que lorsque le temps d’une séance est trop limité, comme elles en avaient l’habitude, il est difficile de sortir du « mode tac-tac-tac », et que la tendance est alors de chercher des solutions, avec un contact plus formel, plus directif et plus monologique. Pour la fréquence, elles expliqueraient dans un tel récit qu’à la fin d’une séance, c’est par décision partagée que l’on détermine si et quand aura lieu la prochaine rencontre, au lieu de programmer automatiquement les séances.

3.2.2. Mettre au premier plan « présence », « réflexion » et « expertise expérientielle »

Outre l’introduction des éléments du (P)OD dans un certain ordre, les personnes interrogées mettraient aussi trois éléments davantage au premier plan dans leur communication sur le (P)OD : « présence », « réflexion » et « expertise expérientielle ». Elles suggéraient de mettre en avant les éléments « présence » et « réflexion » pour donner plus de sens au terme de dialogisme. Les personnes interrogées disaient en outre que ces termes sont familiers aux professionnels sans formation à l’approche et pourraient donc les aider à mieux se représenter ce que signifie être dialogique et ce que cela exige. Elles pensaient que cela aiderait les professionnels sans formation à l’approche à distinguer le dialogisme du simple fait d’avoir un dialogue avec quelqu’un, puisque la conversation fait partie de la vie de tout le monde.

« Donc le dialogue comme mot, comme élément, parle peu à l’imagination. Tout le monde en fait, non ? Et c’est vrai. C’est seulement dans le dialogue ouvert qu’il a un sens propre. Est-ce qu’on ne peut pas saisir ça dans ce principe ? La réponse est probablement non. Et puis “réflexion” est aussi un mot important. Pour rendre l’attitude explicite. » (référence clinique, formation POD)

Elles proposaient en outre d’employer dans un récit le terme « expertise expérientielle » pour exprimer le rôle des pairs-aidants et l’importance de la compétence professionnelle qui consiste à partager ses expériences de manière appropriée, entre pairs humains, ce qui vaut pour toutes les professions. C’est la raison pour laquelle les personnes interrogées proposaient, dans un récit sur le POD, le terme « expertise expérientielle » plutôt que « pairs-aidants » : elles suggéraient de mettre l’accent sur l’expertise et non sur le rôle d’expert. Elles placeraient toutefois l’élément « expertise expérientielle » parmi les éléments organisationnels à ce stade du développement, parce qu’elles estimaient que, dans le contexte actuel, la place souhaitée des pairs-aidants au sein des équipes de traitement ne va pas encore de soi et doit être organisée.

3.2.3. Conceptualiser les éléments principaux

Enfin, pour montrer la cohérence et la profondeur d’un tel récit, les personnes interrogées jugeaient utile un « support de discussion » visuel pour rendre le (P)OD plus compréhensible aux professionnels sans formation à l’approche. Elles s’en serviraient comme d’une aide à la communication pour démêler, éclairer et approfondir les éléments clés de l’approche POD, sans perdre de vue sa cohérence et sa profondeur (l’« être » et le « faire »). Elles suggéraient non seulement d’énumérer les éléments, mais aussi de les représenter dans une constellation interdépendante (cohérence) et en couches (profondeur). Les professionnels du (P)OD pourraient alors la parcourir couche par couche, dans l’ordre suggéré pour un récit. En pratique, les personnes interrogées insistaient sur le fait que l’apparition des éléments du (P)OD et leurs relations ne sont ni linéaires ni séparables, et qu’un tel « support de discussion », comme un récit, pourrait évoluer dans le temps.

« Je pense qu’alors, il faut assembler la vue d’ensemble. » (référence clinique, formation POD)

« Je pense que ces sept principes sont des conditions préalables, tandis que ces trois éléments centraux sur l’attitude, c’est en fait la façon dont on devrait être en tant qu’être humain. Ça va plus loin. Mais je ne sais pas pourquoi on les a séparés comme ça. » (management, formation POD)

4. Discussion

L’objectif principal de cette étude est d’apporter des repères et de contribuer à rendre le (P)OD plus compréhensible pour les professionnels sans formation à l’approche. Il existe une riche littérature sur l’approche du DO et ses fondements (par exemple Seikkula et Trimble, 2005 ; Seikkula et Arnkil, 2006 ; Seikkula, 2019). Des études évoquent en outre les risques de malentendus sur le DO (par exemple Søndergaard, 2009 ; Ong et al., 2019 ; Waters et al., 2021), ce que confirme la pratique. On sait cependant peu de choses sur la meilleure manière dont les professionnels du (P)OD peuvent expliquer l’approche, en pratique, à des professionnels sans formation à l’approche pour en améliorer la compréhension.

Nous avons trouvé six aspects qui pourraient apporter des repères et contribuer à rendre le (P)OD plus compréhensible pour les professionnels sans formation à l’approche : (1) faire l’expérience du (P)OD en assistant à des réunions de réseau de traitement, (2) un récit cohérent et approfondi du (P)OD, (3) l’ajustement de la terminologie au contexte, comme ici pour les deux termes « principes » et « responsabilité », (4) l’ordre dans lequel les éléments du (P)OD sont introduits dans le récit, (5) la mise au premier plan des éléments « présence », « réflexion » et « expertise expérientielle », et (6) la conceptualisation des éléments principaux dans un « support de discussion ».

L’une des principales suggestions de cette étude est qu’il peut être utile d’introduire délibérément les éléments du (P)OD dans un certain ordre pour le rendre plus compréhensible : commencer par les théories sous-jacentes et la conception fondamentale des problèmes de santé mentale, poursuivre avec la maxime « rien sur moi sans moi », puis les attitudes et compétences requises, et enfin l’implication du réseau, en lien avec les autres éléments organisationnels. Les professionnels POD de cette étude ont indiqué qu’il est tentant d’utiliser les sept principes du DO comme guide de démarrage rapide pour présenter l’approche POD aux professionnels sans formation à l’approche, puisqu’ils rendent plus tangible et plus délimitée une approche profonde et à plusieurs couches. La littérature montre que ces principes ont aussi servi à évaluer les pratiques de DO (Waters et al., 2021). Ils ont toutefois été présentés, à l’origine, comme des lignes directrices, sans intention de définir le DO (Seikkula et Arnkil, 2006). De même, se servir de cette liste de principes comme colonne vertébrale pour expliquer le (P)OD ne rend peut-être pas justice à la cohérence et à la profondeur de l’approche. En accord avec Ong et al. (2019), les résultats de cette étude montrent que, pour rendre le (P)OD plus compréhensible, un récit devrait toucher à la fois à sa couche profonde (le « pourquoi » et l’« être ») et à son versant pratique (le « faire »).

Cette étude propose de commencer un tel récit en expliquant les théories sous-jacentes du (P)OD et sa conception fondamentalement différente des problèmes de santé mentale. Le (P)OD aborde la question de l’étiologie des troubles psychiques. Seikkula (2019) propose de considérer l’esprit humain comme relationnel, et donc le comportement humain comme une partie du contexte relationnel réactif plutôt que comme le fait d’une seule personne. Dans cette lignée, Stupak et Dobroczyński (2021) décrivent dans leur étude les troubles psychiatriques comme une conséquence première des conditions de vie et de leur signification pour les individus. Sans entrer dans une discussion sur la conception étiologique juste des troubles psychiques, prolonger la philosophie du (P)OD ouvre de nouvelles perspectives et conduit à d’autres questions : par exemple, « qu’est-ce qui ne va pas chez vous ? » devient « que vous est-il arrivé ? » (Longden, 2013). C’est comme dans la métaphore de l’humanité qui crut un temps à une Terre plate : la croyance en une Terre sphérique a conduit à d’autres questions et a rendu caduques des questions comme « jusqu’où puis-je naviguer avant de tomber du bord du monde ? » (Bill, 2001). Autrement dit, on peut y voir un parallèle : des changements fondamentaux dans la manière de penser notre existence ouvrent de nouvelles perspectives, d’autres lunettes pour regarder, et un ensemble de questions nouvelles.

À mesure que les professionnels sans formation à l’approche regardent à travers ces nouvelles lunettes, il peut devenir plus clair que la nature collaborative du (P)OD éclaire d’un jour nouveau les soins orientés vers le réseau. Seikkula (2021) suggère que la nouveauté, dans le contexte actuel des SSM, pourrait être que la relation thérapeutique et l’importance de relier et de relier à nouveau les personnes ne sont pas dans le POD un facteur non spécifique, comme on le considère habituellement, mais pourraient être vues comme le facteur actif spécifique de l’approche. Comprendre la proposition « la Terre est ronde », passer d’une perspective orientée vers la solution à une perspective orientée vers la relation, pourrait aider à comprendre pourquoi l’intention première du POD est de relier et de relier à nouveau par un processus mutuel d’énonciation et de réponse, de sens et de compréhension, et de mise en mots du non-dit, sans rechercher le consensus (Seikkula et Trimble, 2005). Il pourrait aussi devenir plus clair pour les professionnels sans formation à l’approche que l’approche exige un changement fondamental de la personne professionnelle elle-même, qui passe d’une posture d’expertise cherchant à résoudre un problème ou une crise (« faire pour ») à une présence humaine assise avec la personne et son réseau le plus proche (« être avec ») pour favoriser le dialogue (Seikkula et Trimble, 2005). Dans le même esprit, le réseau le plus proche n’est pas non plus impliqué pour résoudre quelque chose. Ce déplacement peut aider les professionnels à comprendre en profondeur comment mettre en pratique des soins orientés vers le rétablissement (Damsgaard et Angel, 2021), et confirme l’importance de la relation thérapeutique, du lien et de l’intégration, largement considérés comme cruciaux (van Os et al., 2019 ; Seikkula, 2021 ; Finsrud et al., 2022).

Cette étude propose de poursuivre un tel récit avec la maxime « rien sur moi sans moi », énoncé tangible qui peut être vu, du point de vue du POD, comme l’incarnation du fondement « la Terre est ronde » dans le contexte actuel des SSM. Par exemple, cette maxime porte la décision partagée, recherchée dans la pratique actuelle, à un niveau supérieur, en l’étendant à la construction partagée du sens et à la décision partagée (von Peter et al., 2019). Elle montre aussi qu’une manière de penser « la Terre est ronde » peut impliquer une refonte radicale des SSM actuels, ce qui rejoint l’étude de Beeker et al. (2021). Si cette maxime était pleinement appliquée, la conséquence pourrait être, par exemple, la suppression des concertations pluridisciplinaires à huis clos.

Cette étude suggère de poursuivre, après cette maxime, avec les valeurs, l’attitude et les compétences requises, parce que les éléments associés relèvent de l’état d’esprit dialogique (Ong et Buus, 2021). Ensuite, une fois la scène posée par les fondements « la Terre est ronde » du (P)OD et par cet état d’esprit dialogique, viennent les autres éléments organisationnels. En introduisant les éléments centraux dans cet ordre, on regarde les éléments organisationnels à travers ces nouvelles lunettes plutôt que depuis le point de vue traditionnel. Cela peut aider les professionnels sans formation à l’approche à distinguer l’approche du (P)OD d’autres modèles de soins intégrés aux éléments organisationnels familiers (Von Peter et al., 2021). Cet ordre d’introduction diffère de la plupart des écrits sur l’approche POD, où les éléments organisationnels sont souvent présentés d’abord, avant qu’il n’apparaisse dans l’explication que le processus dialogique est central (par exemple Seikkula et al., 2003 ; Seikkula et Trimble, 2005 ; Olson et al., 2014 ; Razzaque et Stockmann, 2016 ; Seikkula, 2021).

Reléguer les éléments organisationnels à la fin d’un tel récit peut cependant aussi comporter un risque de malentendu. Comme le rappellent Von Peter et Zinkler (2021), on pourrait croire que le (P)OD est possible sans réorganisation institutionnelle, et le (P)OD risque de servir de paravent au système actuel fondé sur la réduction des symptômes, sans le changer en profondeur. Beeker et al. (2021) affirment en outre que le (P)OD exige une refonte radicale des SSM actuels. Cette étude suggère d’expliquer dans un tel récit en quoi (certains) éléments organisationnels doivent être vus comme des conditions préalables pour rendre pleinement justice à la maxime, à l’attitude et aux compétences requises. C’est néanmoins un risque dont il faut rester conscient. Ong et al. (2019) décrivent par ailleurs ces éléments organisationnels comme des éléments « opérationnels », qui peuvent aussi aider à expliquer comment savoir si quelqu’un « fait » du POD. Ce pourrait être une autre raison de ne pas réduire à trop peu de chose la place des éléments organisationnels dans un récit sur le POD.

En accord avec la littérature, les résultats de cette étude suggèrent qu’expliquer l’approche du (P)OD seulement en partie, ou de façon morcelée en éléments séparés, peut entraîner un défaut de compréhension réelle et diluer ce qu’elle a d’unique et de novateur (Søndergaard, 2009 ; Seikkula, 2021 ; Waters et al., 2021). Des études ont par exemple montré que le terme de dialogisme est souvent réduit, par les professionnels du système de SSM existant, à une fonction de communication, sans l’acte créatif, collaboratif et réciproque de trouver de nouvelles significations ni l’idée d’« être dialogique » (Seikkula et Trimble, 2005 ; Ong et al., 2019 ; Seikkula, 2021). C’est aussi ce qui est apparu dans cette étude, d’où la suggestion de mettre au premier plan les éléments « présence » et « réflexion » pour donner plus de sens au terme de dialogisme. Cette étude suggère en outre de conceptualiser l’approche du (P)OD dans un « support de discussion », pour aider à voir les fragments dans leur cohérence et servir de colonne vertébrale à un récit du (P)OD. Ce support pourrait être vu comme une métaphore visuelle présentant plusieurs éléments centraux dans une constellation en couches, intégrée et interactive, plutôt que sous forme de liste (par exemple Seikkula et al., 2006 ; Olson et al., 2014 ; Razzaque et Stockmann, 2016). Une telle métaphore visuelle pourrait montrer dans quel ordre il vaut mieux introduire les éléments dans un récit du (P)OD, et souligner que ces éléments sont reliés entre eux et concernent à la fois l’« être » et le « faire ».

Nous espérons que ces six aspects apporteront des repères et contribueront à rendre le (P)OD plus compréhensible pour les professionnels sans formation à l’approche. Nous espérons ainsi que cette meilleure compréhension pourra être l’une des pierres de l’édifice pour améliorer l’adoption du (P)OD dans les pratiques de SSM existantes, en marche vers des soins centrés sur la personne, fondés sur le rétablissement et orientés vers le réseau.

4.1. Limites de l’étude et recherches futures

Nous reconnaissons que l’étude comporte un certain nombre de réserves. L’une concerne l’échantillonnage, pour lequel nous avons veillé à inclure plusieurs points de vue de professionnels ayant suivi la formation POD afin d’obtenir une vision riche. Nous n’avons toutefois pris en compte que la formation professionnelle et l’attitude à l’égard du (P)OD. D’autres facteurs d’influence possibles n’ont pas été pris en compte, par exemple le niveau des compétences de communication, le degré d’expérience dans l’application du (P)OD ou dans la communication à son sujet. En outre, aucune des personnes interrogées n’avait une vision franchement négative du POD. Cela a pu biaiser le point de vue des personnes interrogées sur ce qui est nécessaire pour rendre le (P)OD plus compréhensible. Par ailleurs, les conséquences de la pandémie de COVID-19 ont pu influencer le choix des professionnels POD éligibles de participer à cette étude.

En outre, ces six aspects destinés à apporter des repères et à rendre le (P)OD plus compréhensible peuvent dépendre du contexte. Par exemple, l’ordre dans lequel il vaut mieux introduire les éléments dans le récit peut varier selon les contextes. Si, dans un contexte donné, l’implication du réseau, les visites à domicile ou le fait de rester impliqué sont des notions nouvelles, il pourrait être nécessaire d’introduire ces éléments plus tôt dans le récit que dans cette étude, menée dans le contexte néerlandais.

Par ailleurs, cette étude visait à apporter des repères et à contribuer à rendre le (P)OD plus compréhensible pour les professionnels sans formation à l’approche. Mais l’adage selon lequel « il faut être deux pour danser le tango » vaut aussi pour rendre le (P)OD plus compréhensible. Nous n’avons inclus ici que le point de vue des professionnels POD. Il faudrait aussi examiner du point de vue des professionnels sans formation à l’approche si les aspects trouvés peuvent réellement contribuer à rendre le (P)OD plus compréhensible. Un exemple d’aspect difficile à juger pour les professionnels du (P)OD est de savoir si leur langage est accordé au contexte. La manière dont le message sera reçu peut aussi dépendre du ton et de la façon de le transmettre. Introduire une philosophie aussi transformatrice exige une approche compréhensive, attentive et prudente. L’approche du (P)OD peut elle-même donner des repères sur la manière de la transmettre aux professionnels sans formation à l’approche. Par analogie avec le dialogue transformateur mené avec les personnes et leur réseau pendant les séances, les professionnels POD pourraient inviter les professionnels sans formation à l’approche à s’engager dans un acte créatif, collaboratif et réciproque de recherche de nouvelles significations. Il s’agirait alors d’abord d’entrer en lien avec les collègues en accueillant leur parole, puis d’introduire peu à peu la philosophie du POD de manière activement participative. Être dialogique pourrait aider à examiner soigneusement l’adéquation socioculturelle aux conditions locales (Buus et al., 2017), en restant adaptable et à l’écoute des besoins du contexte actuel des SSM (Ong et al., 2019).

L’étape suivante utile après cette étude pourrait être d’évaluer avec des professionnels sans formation à l’approche si et comment les six aspects améliorent leur compréhension du (P)OD. Une fois le (P)OD mieux compris, se posera la question de savoir si cette meilleure compréhension conduit effectivement à un plus grand soutien et à une meilleure adoption. Car même quand le (P)OD est pleinement compris et adopté, l’appliquer en pratique est une autre affaire, qui demande nuance, sens du moment et équilibre. Par exemple, les professionnels ne devraient pas prendre les éléments du récit du (P)OD dans l’absolu, risque que comporte toute tentative de saisir le (P)OD dans un récit compact, complet et délimité, de même que Waters et al. (2021) évoquent le risque d’une manualisation du (P)OD. En pratique, l’apparition des éléments du (P)OD et leurs relations ne sont ni linéaires, ni séquentielles, ni séparables. Par exemple, en appliquant le (P)OD, les équipes peuvent rencontrer une tension constante entre deux postures : l’une est la tendance à l’humilité et à l’adaptation aux besoins des autres, l’autre l’importance de jouer un rôle actif et participatif dans le processus dialogique réciproque. Ces besoins contradictoires ne s’excluent pas forcément, mais exigent un équilibrage continu (Galbusera et Kyselo, 2019). Cela rejoint l’affirmation selon laquelle une approche centrée sur la personne est par définition une approche centrée sur l’interpersonnel et dialogique (Galbusera et al., 2022). Ce qui nous ramène à l’idée sous-jacente du POD selon laquelle toutes les voix comptent autant (Seikkula et Trimble, 2005). Il serait donc intéressant de mieux connaître les autres conditions préalables, en plus d’une meilleure compréhension, pour adopter plus largement puis ancrer l’approche dans un contexte de SSM en mutation vers des soins centrés sur la personne, fondés sur le rétablissement et orientés vers la communauté.

Même si des questions restent à traiter sur le chemin d’une adoption plus large du (P)OD, commencer par rendre l’approche POD plus compréhensible pour les professionnels sans formation à l’approche pourrait être un premier pas pour faciliter un dialogue ouvert sur les potentialités de cette approche au sein d’un système de santé mentale en mutation, en marche vers des soins centrés sur la personne (et l’interpersonnel), fondés sur le rétablissement et orientés vers le réseau.

Complexe Systémique : à retenir

Le constat le plus fin de l’étude tient en une phrase entendue partout : « on le fait déjà. » Présenté par ses éléments organisationnels, visites à domicile, réunion rapide, continuité, le dialogue ouvert se laisse ranger dans des cases connues, et rien ne bouge. C’est un changement de premier ordre au sens de Watzlawick : le système reconnaît les gestes et les absorbe sans changer sa règle. Les professionnels néerlandais proposent l’inverse, commencer par ce qui change la règle, une conception du problème comme résonance dans l’interpersonnel, où ni la personne ni la famille n’ont la charge de « résoudre ». Même travail sur les mots : « responsabilité » se confond aux Pays-Bas avec la fonction légale de référence clinique, « principes » sonne comme un dogme. Traduire une approche, c’est aussi traduire sa grammaire. Limite honnête reconnue par l’équipe de recherche : aucune voix sceptique n’a été entendue. À lire avec l’étude allemande, qui montre le même filtrage du côté des structures, et avec la contribution des pairs selon Hendy, sur ce que la pair-aidance ajoute au dialogue.

Notes de l’original

Déclaration d’éthique. Les études impliquant des êtres humains ont été examinées et approuvées par le comité d’éthique de la Tilburg School of Social and Behavioral Sciences, université de Tilburg (REF RP195). Les personnes participantes ont donné leur consentement éclairé écrit à la participation à cette étude.

Remerciements. Nous remercions toutes les personnes qui ont pris part à cette étude.

Conflit d’intérêts. L’équipe de recherche déclare que la recherche a été menée en l’absence de toute relation commerciale ou financière pouvant être interprétée comme un conflit d’intérêts potentiel.

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Traduction non officielle en français de Introduire le dialogue ouvert soutenu par les pairs dans des soins de santé mentale en mutation, par Karin Lorenz-Artz, Joyce Bierbooms et Inge Bongers, Frontiers in Psychology, vol. 13 (2023), doi : 10.3389/fpsyg.2022.1056071, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau en fiche). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Introducing Peer-supported Open Dialogue in changing mental health care », publié dans Frontiers in Psychology (2023) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Lorenz-Artz, K., Bierbooms, J., & Bongers, I. (2023). Introduire le dialogue ouvert soutenu par les pairs dans des soins de santé mentale en mutation (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/introduire-le-dialogue-ouvert-soutenu-par-les-pairs-dans-des-soins-de-sante-mentale-en-mutation (Œuvre originale publiée en 2023 dans Frontiers in Psychology, 13 (2023) ; republiée en 2023 par Frontiers in Psychology, https://www.frontiersin.org/journals/psychology/articles/10.3389/fpsyg.2022.1056071/full)

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