Family Relations · Famille
Aux États-Unis, dans les premiers mois du second mandat de Donald Trump, 108 parents trans ont répondu à une enquête sur leur peur d’un signalement aux services de protection de l’enfance. L’équipe d’Abbie E. Goldberg montre comment cette peur, nourrie par le climat politique, conduit beaucoup de ces parents à se rendre moins visibles et à renoncer à des soins pourtant nécessaires, y compris en santé mentale.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de « Je me protège pour éviter la protection de l’enfance » : les craintes des parents trans face à la demande d’aide et aux services sociaux, par Abbie E. Goldberg, Elizabeth R. Boskey, JuliAnna Z. Smith et Ariel K. Berman, publié dans Family Relations (Wiley) (2026), doi : 10.1111/fare.70269, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Le système de protection de l’enfance pourrait servir moins à protéger les enfants qu’à déterminer quels types de parents et de familles sont jugés acceptables dans un environnement donné.
Abbie E. Goldberg, Elizabeth R. Boskey, JuliAnna Z. Smith et Ariel K. Berman
Résumé
Objectif. Cette étude à méthodes mixtes a examiné les inquiétudes de parents transgenres (trans) quant au risque d’être la cible d’un signalement aux services de protection de l’enfance par les écoles, le personnel soignant, le voisinage et des membres de leur famille.
Contexte. Les personnes trans, et en particulier les parents trans, pourraient éprouver des craintes accrues face aux sources potentielles de soutien (ou de tort) dans le climat sociopolitique anti-trans qui règne actuellement aux États-Unis.
Méthode. Nous avons mené des analyses quantitatives (statistiques descriptives et régression logistique) et qualitatives des réponses de 108 parents trans vivant aux États-Unis à des questions fermées et ouvertes d’une enquête. La plupart de ces parents avaient des soucis financiers et dépendaient d’au moins une forme d’aide publique.
Résultats. Vivre en couple avec une personne trans, avoir de jeunes enfants, vivre en milieu urbain et vivre dans un État aux politiques plus anti-trans étaient les facteurs les plus fortement associés aux craintes parentales d’une mise en cause et d’un signalement aux services de protection de l’enfance dans divers domaines de la vie. Les récits des personnes participantes ont mis en lumière le malaise et le sentiment de vulnérabilité croissants qu’elles ressentaient dans leur milieu de vie depuis la réélection de Donald J. Trump, ce qui contribuait à leur évitement des systèmes publics et sociaux et du personnel soignant. La plupart avaient des difficultés de santé mentale, mais beaucoup évitaient de demander de l’aide par peur du contrôle et de la surveillance.
Conclusion. Les parents trans vivent des craintes accrues en cette période sociopolitique troublée aux États-Unis, et pourraient éviter les soutiens formels et informels par crainte d’une mise en cause fondée sur leur identité de genre.
Implications. Nos résultats soulignent la nécessité, pour les professions de l’accompagnement familial et les professions associées, de connaître les pressions que subissent aujourd’hui les parents trans et de suivre l’évolution des politiques en vigueur, afin de les aider au mieux à se protéger.
Aux États-Unis, les personnes transgenres (trans) font face à un niveau de surveillance et de peur sans précédent. Après l’élection du président Donald J. Trump pour un second mandat, le 5 novembre 2024, beaucoup de personnes trans aux États-Unis ont dit ressentir une peur, une anxiété et une colère intenses (Goldberg et Sears 2025). Pendant sa campagne, Trump s’était engagé à mettre fin à ce qu’il appelait la « folie transgenre », par exemple en supprimant les financements de Medicaid et de Medicare aux prestataires de soins d’affirmation de genre (Sosin 2024). La campagne a dépensé plus de 200 millions de dollars en publicités politiques anti-trans qui ont amplifié le rejet des personnes LGBTQ+, et surtout trans, aux États-Unis (Alfonsica et Kim 2024 ; Kemp 2024).
Lors de son investiture, le 20 janvier 2025, le président Trump a déclaré que « la politique officielle du gouvernement des États-Unis est qu’il n’existe que deux sexes, masculin et féminin » (Axios 2025). L’un de ses premiers décrets visait à effacer l’identité des personnes trans aux fins du droit et des politiques fédérales, avec des conséquences considérables sur les protections contre la discrimination, l’exactitude des documents d’identité fédéraux, le lieu de détention des personnes trans incarcérées, l’accès aux soins des jeunes trans, l’accès aux hébergements d’urgence et l’égal accès des élèves à l’éducation (Redfield et Chokshi 2025). Un autre décret a abrogé les décrets et les orientations de l’administration Biden qui visaient à protéger les droits des personnes trans (Redfield et Chokshi 2025).
L’impact de l’administration Trump sur les personnes trans ne se limite pas aux politiques anti-trans. Beaucoup de personnes trans ont d’autres appartenances qui les rendent plus vulnérables au regard de diverses politiques : faibles revenus, personne racisée, handicap ou immigration (James et al. 2024). Les personnes trans qui sont parents constituent un groupe particulièrement vulnérable, compte tenu de la longue histoire de discrimination législative à l’encontre des parents trans (Minter 2018, 2019) et de la position de l’administration Trump selon laquelle les enfants sont lésés par l’« idéologie du genre », qui inclut l’idée que le genre ne découle pas nécessairement du sexe (Kurtzleben 2025 ; Smallens 2025). Ces dernières années ont vu se multiplier les attaques contre les droits des parents de jeunes trans comme des parents trans, ces attaques recourant au langage de la « protection de l’enfance » pour présenter l’affirmation de genre comme une maltraitance (Kant et al. 2025 ; Siegel 2024). Dans sa proclamation pour le Mois de la prévention de la maltraitance des enfants, au lieu de s’attacher aux menaces qui pèsent sur les jeunes, comme l’insécurité alimentaire et la violence, Trump s’en est pris aux soutiens des jeunes trans, qualifiant l’« idéologie du genre » de l’une des « formes les plus répandues de maltraitance des enfants » et traitant de « mal » les soins d’affirmation de genre, largement considérés par les professions de santé comme des soins fondés sur des données probantes (Smallens 2025). Étant donné l’hostilité de l’administration présidentielle actuelle envers les personnes trans, et sa tendance à présenter les jeunes enfants en particulier comme innocents et devant être protégés de l’« idéologie du genre » (Snaider 2024), les parents trans pourraient éprouver, dans le climat actuel, des inquiétudes accrues, et légitimes, pour la sécurité et le bien-être de leur famille.
Les personnes trans ont historiquement été stigmatisées comme atteintes de troubles mentaux, un stigmate qui confond identité de genre, dysphorie de genre et détresse émotionnelle, et qui ignore les facteurs systémiques qui accroissent le stress minoritaire et le risque de mauvaise santé mentale dans les populations trans (Howansky et al. 2021 ; Reed et al. 2015). Les disparités de santé mentale chez les personnes trans reflètent à la fois la stigmatisation interpersonnelle et structurelle et en sont aggravées (Hanna et al. 2019 ; Scheim et al. 2022). La discrimination et le rejet dans les relations, au travail et dans la communauté peuvent aussi contribuer au stress, à l’isolement et au désavantage social (Sherman et al. 2024). S’ajoutent à ce risque de détresse psychique les obstacles que rencontrent les personnes trans lorsqu’elles cherchent des soins de santé mentale, dont la peur d’être pathologisées, le coût des soins et les mauvais traitements subis par le passé de la part du personnel soignant, autant de facteurs qui peuvent aussi conduire à éviter les soins (Kcomt et al. 2020 ; Snow et al. 2019).
Les stéréotypes qui présentent les personnes trans comme malades mentales et déviantes (Howansky et al. 2021) peuvent contribuer à les faire percevoir comme inaptes à être parents ou indignes de l’être (Massey et al. 2021 ; Worthen et Herbolsheimer 2022), et à présumer que leurs enfants courent un risque accru de victimisation et de mauvaise adaptation (Di Battista et al. 2024). Ces représentations sont contredites par les quelques recherches qui suggèrent que ni l’identité de genre ni l’orientation sexuelle ne déterminent la capacité parentale des personnes, le développement de leurs enfants ou la qualité de la relation parent-enfant (Imrie et al. 2020 ; Patterson 2024 ; Tornello et al. 2025). Les données suggèrent que les parents trans font preuve d’un fort investissement et d’un engagement élevé dans leur rôle de parent (Hafford-Letchfield et al. 2019), et que c’est le stress parental, plutôt que l’identité de genre, qui est le plus étroitement lié à l’état psychologique de leurs enfants (Tornello et al. 2025). La communication familiale, une acceptation élargie au sein de la famille et des ressources de soutien suffisantes peuvent au contraire aider les enfants de parents trans à s’épanouir (Dierckx et al. 2017 ; Patterson 2024 ; Veldorale-Griffin 2014).
Malgré les recherches qui montrent que la parentalité trans n’a pas d’effet négatif sur les enfants, des présupposés erronés peuvent orienter les politiques et les décisions des professions sociales et juridiques qui ont le pouvoir d’accorder ou de retirer des droits parentaux. Des exemples bien documentés montrent des parents trans qui ont perdu leurs droits parentaux ou les ont vus restreints sur la base d’arguments injustifiés de parents cisgenres (cis) et de décisions de juges estimant qu’il n’était pas dans l’intérêt supérieur de l’enfant d’avoir une relation avec un parent trans ou de vivre avec ce parent (Cohen 2017 ; Donelson et Polikoff 2020). Une étude canadienne portant sur 110 parents trans a montré que 18,1 % n’avaient aucun droit d’accès légal à leur enfant et que 17,7 % avaient perdu la garde ou l’avaient vue réduite en raison de leur transidentité (Pyne et al. 2015). Dans une étude brésilienne, 17,1 % de 45 parents trans ont déclaré avoir perdu la garde ou l’avoir vue réduite en raison de leur transidentité, et 48,1 % soupçonnaient que ces pertes étaient dues à leur identité de genre ou se l’étaient entendu dire (Silva et al. 2023). Dans leur étude portant sur 50 parents trans des États-Unis, Haines et al. (2014) ont observé que « les parents ont rapporté que leur identité trans avait été retournée contre ces parents dans des conflits portant sur le droit de visite ou la garde », et ont conclu que la peur de subir une discrimination devant le tribunal aux affaires familiales est un « facteur de stress majeur, qui peut entraver la capacité des parents trans à exercer leur parentalité », un fardeau probablement « particulièrement lourd pour les parents à faibles revenus et les autres groupes qui subissent une discrimination dans le système judiciaire » (p. 243). D’autres travaux ont également montré que les parents trans parties à des affaires de garde perçoivent des formes implicites et explicites de biais de la part des juges, du barreau et des professions associées (par exemple la représentation ad litem de l’enfant et le travail social chargé du dossier ; Minter 2018, 2019 ; Pyne et al. 2015 ; Siegel 2024), et relèvent des sentiments anti-trans dans les jugements professionnels sur leur « aptitude parentale » (Siegel 2024).
Le système de protection de l’enfance1 (CWS, child welfare system) a été qualifié de système de régulation des familles par des spécialistes qui relèvent que sa fonction n’est pas seulement de veiller au bien-être des enfants, mais aussi de contrôler, de surveiller et de réguler les familles (Polikoff et Spinak 2021). Dans cette perspective critique, le CWS fonctionne souvent d’une manière qui peut nuire aux familles, en ce qu’il traite les familles, en particulier les familles non normatives, comme la source de tous les problèmes et « prétend répondre à ces problèmes par la surveillance, l’intervention dans la vie familiale, un recours massif au retrait des enfants et la fourniture aux familles de services qui répondent rarement à leurs besoins complexes » (p. 433). Au lieu de soutenir ces familles, le système intervient plus souvent dans leur vie (Polikoff et Spinak 2021). En outre, le CWS s’appuie sur des personnes soumises à une obligation de signalement, comme le personnel de garde d’enfants, le personnel enseignant et le personnel soignant, pour signaler les soupçons de maltraitance ou de négligence, ce qui place ces ressources censées être des soutiens dans une position où elles peuvent inspirer de la méfiance, sur fond de craintes de biais ou de surveillance (Child Welfare Information Gateway [CWIG] 2023). Ces signalements peuvent déclencher une intervention de la branche d’enquête du CWS, les services de protection de l’enfance (CPS, child protective services), dont le mandat est d’évaluer la sécurité de l’enfant et le danger qu’il court et, dans les cas graves, de retirer les enfants du foyer (CWIG 2023). Les personnes soumises à l’obligation de signalement présentent souvent des biais qui font que certains groupes (par exemple les personnes pauvres, racisées, queers ou trans) ont plus de risques d’être soupçonnés et de faire l’objet d’une enquête (Dettlaff 2025).
Si peu de recherches ont examiné l’expérience des parents trans avec le CWS, les travaux sont plus nombreux sur l’expérience des parents de minorités sexuelles (par exemple lesbiennes, gays, bi, queers ; LGBQ+) (Goldberg et Frost 2025 ; Harp et Oser 2016), ce qui peut refléter des stigmates qui se recoupent. Les personnes trans ont souvent des orientations, des comportements sexuels et des configurations relationnelles divers, eux aussi exposés au stigmate qui frappe les minorités sexuelles (Reisner et al. 2023).
Les parents LGBQ+ (queers), comme les parents trans, font l’objet d’un examen minutieux de la part des systèmes sociaux et, dans la mesure où ces parents perçoivent un risque de biais liés à l’orientation sexuelle quant à leur capacité parentale, peuvent redouter une intrusion du CWS (Goldberg et Frost 2025). Ces inquiétudes peuvent être plus fortes en contexte de pauvreté ou de problèmes de santé mentale, domaines qui entrent aussi en jeu dans les décisions sur l’« aptitude » parentale (Harp et Oser 2016 ; Washington 2022). Une étude états-unienne portant sur plus de 600 mères noires, dont 21 % étaient lesbiennes ou bisexuelles (LB), a montré que les mères LB avaient plus de quatre fois plus de risques que les mères hétérosexuelles d’avoir perdu la garde de leurs enfants, ce qui, selon l’équipe de recherche, pourrait refléter des biais liés à leur statut de minorité sexuelle (Harp et Oser 2016). Les mères LB ont aussi un risque plus élevé de vivre dans la pauvreté, ce qui peut aggraver le risque de perte de la garde (Wilson et Bouton 2024).
Comme on l’a vu, le personnel soignant constitue l’une des sources de signalement au CWS. Il existe entre le système médical et le système judiciaire une déférence mutuelle qui conduit chacun à prendre l’évaluation de l’autre « pour argent comptant », ce qui met les deux systèmes à l’abri de toute responsabilité tout en infligeant des torts aux familles (Presler 2021). Face au pouvoir de surveillance du système médical sur leur famille et au rôle du personnel soignant dans l’obligation de signalement, une partie des parents queers et trans peuvent éviter de recourir aux soins par crainte que demander de l’aide n’entraîne une intervention du CWS. Goldberg et Frost (2025) ont étudié 99 parents queers et constaté que la majorité avaient eu des problèmes de santé mentale en post-partum, mais que beaucoup avaient évité de demander de l’aide par peur de la discrimination et du jugement, plus de la moitié disant craindre d’être jugée « inapte » par le personnel soignant. Les parents queers jeunes ou à faibles revenus redoutaient particulièrement un contact avec le CWS et le risque de retrait de l’enfant (Goldberg et Frost 2025), ce qui reflète leur exposition à de multiples formes d’exclusion sociale et à une surveillance accrue de la part des systèmes sociaux (Kuri 2020).
Les signalements au CWS viennent aussi des écoles. Le personnel scolaire est la principale source d’allégations de maltraitance, alors même que la recherche montre que les signalements émanant du personnel éducatif sont les moins susceptibles d’être confirmés, ce qui suggère que ces signalements, même bien intentionnés, sont souvent erronés et se font aux dépens des familles (Harvey et al. 2021). Des parents vulnérables, comme les parents trans, peuvent ressentir de l’anxiété et du malaise dans leurs échanges avec l’école, alors perçue comme un lieu de surveillance et de tort potentiel plutôt que comme une source de soutien (Harvey et al. 2021 ; Pyne et al. 2015).
À mesure que les projets de loi anti-LGBTQ+ se sont multipliés ces dernières années, des parents de nombreux États ont reçu des menaces d’intervention du CWS si leur manière d’élever leurs enfants était jugée contraire aux normes sexuelles et de genre (Dettlaff 2025 ; Dey et Harper 2022 ; Washington 2022). La crainte de ces interventions s’est probablement intensifiée, pendant le second mandat de Trump, chez les parents d’enfants trans comme chez les parents trans (Dettlaff 2025 ; Goldberg et Sears 2025 ; Lang 2025). Les recherches menées auprès d’adultes trans (Price et al. 2021 ; Veldhuis et al. 2018) et de parents LGBQ+ (Gabriele-Black et al. 2022 ; Radis et Nadan 2021) suggèrent que l’escalade des lois et des sentiments anti-LGBTQ+ peut nourrir des inquiétudes pour la sécurité de la famille et les efforts de protection qui y sont associés. Une étude portant sur 15 mères lesbiennes noires a montré qu’elles rapportaient d’importantes craintes pour la sécurité de leur famille face aux risques intersectionnels liés à la présidence Trump, la culture de la suprématie blanche et le mouvement évangélique conservateur créant un climat dans lequel les femmes se sentaient de plus en plus vulnérables (Radis et Nadan 2021).
On a constaté qu’une partie des parents LGBQ+ prennent des mesures pour réduire leur visibilité et leur engagement dans la communauté afin de protéger leur famille dans des environnements politiquement hostiles. Dans une étude portant sur des parents LG ayant adopté, après l’élection présidentielle états-unienne de 2016, Gabriele-Black et al. (2022) ont constaté que ces parents cherchaient souvent à être moins visibles à l’école et dans les lieux publics par peur de la discrimination. Après l’adoption en Floride de la loi sur les droits parentaux dans l’éducation, dite « Don’t Say Gay », Goldberg et al. (2024) ont constaté que les parents trans, les parents qui rapportaient des niveaux de biais plus élevés et les parents qui disaient que les signes d’inclusion LGBTQ+ avaient été retirés de l’école de leurs enfants étaient les plus susceptibles de déclarer avoir fait des changements pour être moins visibles.
La réélection de Trump étant récente, peu de recherches ont porté sur les inquiétudes des personnes LGBTQ+ face aux politiques qu’il propose. On dispose cependant de premiers indices montrant que les personnes trans perçoivent une menace accrue et se sentent moins en sécurité. Goldberg et Sears (2025) ont mené une enquête auprès d’adultes trans peu après l’élection de 2024 : 93 % disaient s’inquiéter de ce qu’une présidence Trump pourrait signifier pour les personnes trans, 83 % rapportaient une peur accrue de la discrimination et 83 % des inquiétudes accrues pour leur santé mentale. En outre, 73 % craignaient une dégradation de la qualité de leurs soins de santé, en particulier parmi les personnes trans les plus pauvres. La plupart (80 %) prévoyaient d’adopter des comportements de dissimulation pour réduire leur visibilité en tant que personnes trans et limiter les risques d’être scrutées (Goldberg et Sears 2025).
Les parents trans peuvent se sentir particulièrement vulnérables dans le climat actuel, surtout au contact des systèmes publics, aux services sociaux, aux écoles et au personnel soignant, contextes de surveillance et de jugement où leurs droits pourraient être menacés. De fait, même si aucune politique fédérale ou d’État visant explicitement les droits des parents trans n’a été adoptée, des données montrent que la menace de telles politiques et un climat de plus en plus hostile affectent le sentiment de sécurité et le bien-être des personnes trans (Goldberg et Sears 2025).
Une partie des parents trans peuvent ressentir une exposition particulière à une surveillance potentielle dans le climat actuel, en raison de divers facteurs individuels, familiaux et contextuels qui peuvent accroître leur exposition aux biais et à la surveillance. Les parents trans qui cumulent d’autres appartenances marginalisées, par exemple être une personne racisée, en situation de handicap, à faibles revenus ou jeune, peuvent se sentir particulièrement vulnérables (par exemple Goldberg et Frost 2025 ; James et al. 2024). Les parents trans de jeunes enfants peuvent aussi éprouver une inquiétude particulière, car les groupes anti-trans présentent souvent les jeunes enfants comme les plus vulnérables et comme devant être protégés d’idéologies « dangereuses » sur le genre et la sexualité (Snaider 2024). Les jeunes enfants courent aussi le plus grand risque d’un retrait du foyer par les CPS (Annie E. Casey Foundation 2024), en partie en raison de leurs contacts fréquents avec diverses personnes soumises à l’obligation de signalement (par exemple les pédiatres et le personnel des crèches ; Grossman et al. 2023). Les parents trans qui n’ont pas d’autres formes de privilège ou de contrôle sur leur visibilité, par exemple être « visiblement trans » ou non conforme dans son expression de genre (Rogers 2019), ou vivre en couple avec une personne trans, ce qui peut accroître la visibilité de la cellule familiale (Siegel 2024), peuvent se sentir moins en sécurité face à ces systèmes. En outre, les parents trans qui vivent en milieu urbain peuvent avoir davantage accès à des ressources spécifiquement trans, mais aussi avoir davantage d’interactions (potentiellement scrutatrices) avec des personnes inconnues, et donc éprouver davantage de peur (Lampe et al. 2020). Enfin, les parents qui vivent dans des États aux politiques plus anti-trans peuvent aussi éprouver davantage de peur (Goldberg et Sears 2025).
Cette recherche s’appuie sur un cadre de stigmatisation structurelle, qui comprend les « conditions sociétales, normes culturelles et politiques institutionnelles qui limitent les possibilités, les ressources et le bien-être des personnes stigmatisées » (Hatzenbuehler et Link 2014, 2). Dans cette étude, la stigmatisation structurelle recouvre les pratiques institutionnelles, les politiques et les normes inscrites dans les systèmes de santé, scolaires, publics et de services sociaux, y compris le CWS. Des travaux antérieurs ont établi que les soins de santé (Falck et Bränström 2023), les systèmes de services sociaux (McGrath et al. 2023) et le système judiciaire (Siegel 2024) peuvent constituer des contextes structurellement stigmatisants qui perpétuent des conséquences négatives pour des groupes vulnérables, dont les personnes trans. Cette étude s’appuie aussi sur le modèle du stress minoritaire, qui vise à expliquer par quels processus la stigmatisation structurelle et d’autres facteurs, en particulier ceux qui tiennent à la discrimination et à la marginalisation, affectent les personnes minorisées (Meyer 2003).
Les effets de la stigmatisation structurelle sont souvent ressentis différemment selon les membres des groupes minorisés, et peuvent être plus importants pour les personnes qui cumulent plusieurs appartenances marginalisées, ce qui contribue à un stress minoritaire plus élevé (par exemple stigmate intériorisé, peur, hypervigilance) et à davantage de difficultés de santé mentale (Price et al. 2024). Les personnes trans pauvres, noires, jeunes ou en situation de handicap, par exemple, peuvent subir une stigmatisation importante dans les contextes de soins et dans les programmes de services sociaux (Kattari et al. 2017 ; Lacombe-Duncan et al. 2022 ; Velasco et al. 2022). Les parents trans courent aussi des risques particuliers à être visibles comme trans à l’école de leurs enfants, surtout lorsqu’une surveillance est déjà ressentie pour d’autres raisons, comme un handicap ou la pauvreté (Goldberg et Smith 2024). Ces effets intersectionnels peuvent accroître le risque d’une attention et d’une ingérence non désirées, notamment de la part des CPS (Polikoff et Spinak 2021).
Cette étude s’appuie enfin sur un cadre écologique (Bronfenbrenner 1986), qui met l’accent sur les multiples contextes qui façonnent les personnes et les familles, avec des influences allant des contextes distaux, ou macrosystèmes (par exemple les institutions publiques), aux contextes proximaux, ou microsystèmes (par exemple la famille, l’école). Ce cadre met aussi l’accent sur les interactions entre milieux ou contextes, comme entre l’école et la famille. Il permet en outre d’examiner comment les personnes soumises à l’obligation de signalement dans divers contextes (par exemple le personnel enseignant et le personnel soignant) n’agissent pas seulement pour observer et protéger (Rochford et al. 2023), mais peuvent aussi porter des points de vue et adopter des comportements qui reflètent, perpétuent et servent des codes idéologiques au niveau le plus large, ce qui risque de nuire aux personnes et aux familles qui sortent des attentes normatives.
Cette étude visait à comprendre l’expérience et les inquiétudes de 108 parents trans des États-Unis pendant les premiers mois de la seconde administration Trump, dans un climat social et politique de plus en plus anti-trans susceptible d’affecter leur confiance, leur sécurité et leur bien-être dans la famille et dans leur milieu de vie, ainsi que dans leurs interactions avec des systèmes sociaux comme l’école, les systèmes publics et les soins de santé. Si ces contextes et ces systèmes devraient en théorie être des sources de soutien et de services, ces lieux peuvent au contraire, dans le climat actuel, être perçus par les parents trans comme des lieux de jugement et de tort potentiels. Notre objectif de recherche était de comprendre (a) comment les parents trans vivent leur vulnérabilité face à une stigmatisation structurelle et à un stress minoritaire exacerbés par le climat sociopolitique actuel, et (b) si et comment la crainte des biais et les inquiétudes quant aux menaces pesant sur leurs droits parentaux influencent leurs décisions et leur expérience dans leurs interactions avec divers systèmes et services. Les questions de recherche plus précises qui encadrent cette étude sont les suivantes :
Nous recourons aux statistiques descriptives et à l’analyse qualitative pour traiter les questions 1, 2b et 2c, et à la régression logistique pour répondre à la question 2a.
Les personnes participantes (N = 108), toutes des parents s’identifiant comme trans ou non binaires, ont été recrutées via Prolific, une plateforme de recrutement en ligne qui utilise des techniques de ciblage spécialisées pour proposer des questionnaires à des personnes préinscrites. Les personnes qui (a) avaient indiqué comme genre « femme transgenre », « homme transgenre », « transgenre » ou « non binaire », (b) vivaient aux États-Unis et (c) étaient parents d’au moins un enfant de moins de 18 ans ont été invitées à répondre à un questionnaire anonyme entre le 19 juin et le 14 juillet 2025. Toutes ont fait l’objet d’une vérification d’identité par Prolific pour garantir la validité de leur participation. On leur a indiqué que le questionnaire anonyme comprenait « des questions fermées et ouvertes sur la parentalité, le bien-être et les questions de visibilité et de sécurité en tant que personne transgenre, et plus précisément en tant que parent transgenre ». Le questionnaire était hébergé sur la plateforme en ligne Qualtrics et prenait en moyenne 43 minutes (ET = 19,4 min). Il a été approuvé par le comité d’éthique institutionnel de l’université Clark.
Voir le tableau 1 pour des données sociodémographiques complémentaires et plus détaillées sur l’échantillon. La plupart des personnes participantes s’identifiaient comme femmes trans, non binaires ou hommes trans. Les deux tiers étaient blanches. La plupart (91 %) avaient modifié leur prénom, leurs pronoms ou leur apparence. Un peu moins d’un tiers (32 %) avaient fait modifier légalement leur mention de genre ou leur nom. La plupart se définissaient comme bisexuelles, queers ou pansexuelles. Près des deux tiers avaient 35 ans ou moins.
Tableau 1 — Données sociodémographiques (N, %)
a Les personnes participantes pouvaient indiquer autant de catégories que nécessaire ; le total dépasse donc 100.
La plupart des personnes participantes (n = 100 ; 92,6 %) avaient un emploi. Plus d’un quart (27 %) déclaraient un revenu du foyer (RF) inférieur ou égal à 50 000 $ par an ; 27 % un RF de 51 000 à 100 000 $ par an, et 46 % un RF supérieur à 100 000 $ par an. Près des trois quarts (73 %) déclaraient au moins une difficulté financière au cours de la dernière année. Par exemple, plus d’un tiers (42 %) avaient eu du mal à payer les dépenses de base du foyer, 34 % avaient eu du mal à payer leur loyer, 33 % avaient eu recours à une aide publique pour couvrir leurs besoins de base et 30 % avaient compté sur leur famille ou leurs amis pour payer leurs frais de subsistance. Seulement 4 % avaient dormi dehors ou en hébergement d’urgence.
Plus des deux tiers des parents vivaient dans le mariage (n = 76 ; 70,4 %), et près d’un cinquième en couple hors mariage (n = 19 ; 17,6 %). Parmi les parents vivant en couple, dans le mariage ou non (n = 99), l’identité de genre des partenaires se répartissait ainsi : 22 (22,2 %) femmes cis, 20 (20,2 %) femmes trans, 18 (18,2 %) hommes trans, 17 (17,2 %) hommes cis, 11 (11,1 %) personnes non binaires, sept (6,5 %) hommes d’expérience trans et quatre (4 %) autres identités (par exemple genderqueer, femme d’expérience trans). Neuf parents ont indiqué être en séparation ou en divorce avec l’autre parent d’au moins un de leurs enfants.
La plupart des parents avaient un enfant (n = 46 ; 42,6 %) ou deux (n = 46 ; 42,6 %) ; seulement 9 (8,3 %) en avaient trois, quatre (3,7 %) en avaient quatre et trois en avaient cinq ou plus. La moitié (n = 54) avaient au moins un enfant de 0 à 5 ans, près des deux tiers (n = 65 ; 60,2 %) au moins un enfant de 6 à 12 ans, et plus d’un tiers (n = 39 ; 36,1 %) au moins un enfant de 13 à 18 ans. Soixante-cinq (60,2 %) avaient au moins un garçon cis, 59 (54,6 %) au moins une fille cis, deux (1,9 %) un garçon trans, quatre (3,7 %) une fille trans et un (0,9 %) un enfant non binaire. La plupart étaient parents légaux de tous leurs enfants (n = 100 ; 92,6 %) ; trois (2,8 %) l’étaient de certains de leurs enfants, et cinq (4,6 %) ne l’étaient pas. Les voies d’accès à la parentalité les plus courantes étaient les rapports sexuels au sein du couple actuel (51,9 %) et l’adoption par le système de placement familial (19,4 %).
Les personnes participantes venaient surtout du Texas (n = 17 ; 15,7 %), de l’État de New York (n = 8 ; 7,4 %), de Virginie (n = 8 ; 7,4 %), de Caroline du Nord (n = 6 ; 5,6 %) et de Floride (n = 5 ; 4,6 %), avec 1 à 4 personnes dans 29 autres États.
Les questions de l’enquête ont été élaborées à partir de notre cadre théorique, de notre connaissance de la littérature pertinente et de nos recherches antérieures sur des sujets voisins. Pendant leur élaboration, la personne qui signe en premier a consulté plusieurs collègues spécialistes des communautés trans et (a) de la pauvreté, (b) du CWS, (c) de la parentalité et (d) du contexte sociopolitique actuel. Le fonctionnement et la facilité d’utilisation du questionnaire ont été vérifiés par plusieurs personnes inscrites en études supérieures de psychologie clinique.
On demandait aux personnes participantes : « Éprouvez-vous une peur que [groupe] vous signale aux services de l’enfance et de la famille (par exemple CPS, DCF, DSS, DCF) parce que vous êtes trans ou en raison de votre identité de genre ? » La question portait sur quatre instances différentes : (1) l’école ou la crèche des enfants (1 = oui, 41 % ; 0 = non, 59 %) ; (2) le personnel soignant (1 = oui, 38 % ; 0 = non, 62 %) ; (3) le voisinage (1 = oui, 42 % ; 0 = non, 58 %) ; et (4) des membres de la famille (1 = oui, 30 % ; 0 = non, 70 % ; tableau 3). Ces items constituaient la variable de résultat d’une série de régressions logistiques examinant les prédicteurs de la peur d’un signalement aux CPS chez les parents trans dans divers contextes.
Les variables prédictives étaient des vulnérabilités individuelles, liées à la famille nucléaire et au contexte social, dont on faisait l’hypothèse qu’elles influençaient la probabilité du résultat (à savoir la peur d’un signalement aux CPS par des personnes relevant de quatre domaines).
On demandait aux personnes participantes : « Pensez-vous que les autres vous perçoivent comme une personne transgenre ? », et cette variable servait d’indicateur de visibilité ou de vulnérabilité. Au total, 14 personnes (13,9 %) ont répondu « tout à fait », 34 (33,7 %) « plutôt », 25 (24,8 %) « c’est variable, cela dépend du contexte ou de la personne », 17 (16,8 %) « pas vraiment » et 11 (10,9 %) « pas du tout ». La variable a été recodée en variable dichotomique : tout à fait ou plutôt = 1 (n = 48 ; 47,5 %) ; cela dépend, pas vraiment et pas du tout = 0 (n = 53 ; 52,5 %).
Les personnes qui déclaraient une origine ethnoraciale autre que blanche ont été classées comme racisées (n = 36 ; 33,3 %) et codées 1. Les personnes uniquement blanches (n = 72 ; 66,7 %) ont été codées 0.
Les personnes qui déclaraient un revenu familial inférieur à 50 000 $ (n = 29 ; 26,9 %) ont été codées 1, et celles dont le revenu familial dépassait 50 000 $ (n = 79 ; 73,1 %) ont été codées 0.
Vivre en couple avec une personne trans ou non cis (n = 63 ; 62,4 %) a été codé 1, et vivre en couple avec une personne cis (n = 38 ; 37,6 %) a été codé 0.
Avoir des enfants de moins de six ans a été codé 1 (n = 48 ; 47,5 %) et ne pas avoir d’enfant de moins de 6 ans a été codé 0 (n = 53 ; 52,5 %).
Les personnes qui vivaient dans ce qu’elles décrivaient comme des zones urbaines ont été codées 1 (n = 46 ; 42,6 %), et celles qui vivaient en milieu rural (n = 16 ; 14,8 %) ou périurbain (n = 46 ; 42,6 %) ont été codées 0.
Les personnes qui vivaient dans des États dont les protections pour les personnes trans étaient jugées faibles ou négatives, selon le décompte des politiques relatives à l’identité de genre établi par le Movement Advancement Project (MAP 2025), ont été codées 1 (n = 70 ; 64,8 %), tandis que celles qui vivaient dans des États aux protections élevées, moyennes ou correctes ont été codées 0 (n = 38 ; 35,2 %).
Outre les items sociodémographiques (genre, orientation sexuelle, âge, origine ethnoraciale, revenu, situation de couple, situation d’emploi, lieu de résidence, enfants et voie d’accès à la parentalité ; voir la description de l’échantillon et le tableau 1), le questionnaire portait sur les troubles de santé mentale et sur l’origine du diagnostic, professionnel ou autodiagnostic. Il demandait aussi si les personnes participantes avaient demandé l’aide d’une personne thérapeute ou d’autres professions de santé, si elles éprouvaient des peurs ou des inquiétudes à l’idée de demander de l’aide et, si oui, d’en indiquer les sources dans une liste prédéfinie (par exemple la peur d’un jugement d’« inaptitude »). Enfin, on les interrogeait sur la crainte que leurs ex-partenaires ou leurs partenaires du moment utilisent leur identité de genre contre elles (par exemple pour obtenir la garde principale des enfants).
On demandait aux personnes participantes de développer leurs réponses aux items fermés (par exemple sur la peur d’être prises pour cible). On leur demandait par exemple pourquoi elles craignaient d’être signalées aux CPS par diverses instances. On leur posait aussi des questions ouvertes autonomes, par exemple : de quelle manière, le cas échéant, avez-vous observé des changements dans votre milieu de vie quant au sentiment d’acceptation qu’il procure ? Quels effets, le cas échéant, la présidence Trump et le climat sociopolitique plus large ont-ils eus sur vous en tant que parent ?
Les personnes participantes ont été recrutées via Prolific, une plateforme de recherche en ligne qui comporte de multiples garde-fous pour préserver la qualité des données, limite les robots et les tricheries, et s’est révélée un moyen fiable et efficace de recueillir des données (Bradley 2018 ; Palan et Schitter 2018). Le vivier de Prolific présente une grande diversité économique et ethnoraciale, ce qui garantit une représentation suffisante de personnes moins souvent incluses dans les recherches sur les personnes LGBTQ+ (Goldberg et Frost 2025). Bien que Prolific vérifie au préalable la validité de chaque participation (par un contrôle d’identité), nous avons exclu 31 personnes de notre échantillon initial de 139 en raison (a) de réponses incomplètes ou de temps de réponse trop courts, (b) de nombreuses réponses soupçonnées d’avoir été générées par une IA, ou (c) du fait que ces personnes ne remplissaient pas les critères d’inclusion une fois « entrées » dans l’étude, même après avoir donné leur consentement, peut-être par défaut de compréhension. L’échantillon final comptait 108 personnes.
Cette étude repose sur un devis à méthodes mixtes, qui combine approches inductive et déductive. Nous tirons parti des éclairages propres à chacune, ce qui favorise une compréhension plus complète et plus nuancée de phénomènes tels que des questions sociales complexes (Lincoln et Guba 1985 ; Mason 2006). Notre approche quantitative permet de dégager des tendances générales dans les données et des associations entre les variables d’intérêt, tandis que notre volet qualitatif donne de la profondeur et du sens aux résultats quantitatifs (Mason 2006). Certaines questions ouvertes étaient étroitement articulées aux données quantitatives (par exemple une demande de précisions) afin d’illustrer de façon parlante les tendances observées, tandis que d’autres étaient plus générales et visaient à saisir le point de vue des personnes participantes dans leurs propres mots.
Des statistiques descriptives de base ont été calculées. Nous avons aussi mené une série de régressions logistiques pour déterminer si la peur d’un signalement aux CPS chez les parents trans, dans quatre domaines distincts (école ou crèche, personnel soignant, voisinage, membres de la famille), était prédite par des vulnérabilités individuelles (perception comme personne trans, personne racisée, faibles revenus), familiales (partenaire trans, enfant de moins de 6 ans) et liées au contexte social (zone urbaine, État hostile aux personnes trans). Vu le caractère exploratoire de l’étude, nous signalons les résultats marginalement significatifs (p < 0,10).
Pour renforcer la fiabilité de la préparation de l’étude et du recueil des données, nous avons adopté une stratégie de recueil qui devait, selon nous, produire des données de grande qualité et valides au regard du contexte (Elo et al. 2014 ; Lincoln et Guba 1985). Nous avons aussi posé des questions ouvertes et fermées pour obtenir plusieurs formes de données, propices à une compréhension plus nuancée des phénomènes étudiés (Morrow 2005). Notre analyse a également bénéficié de la diversité de nos positions en tant que personnes signataires et de notre volonté de nous engager dans un processus réflexif tout au long de l’écriture, en examinant comment nos expériences et nos présupposés façonnaient notre rapport aux données (Morrow 2005). Notre équipe de recherche est diverse par ses disciplines, ses milieux professionnels, ses étapes de carrière, ses identités de genre et ses situations parentales, et nous avons puisé dans ces identités variées tout au long du processus d’analyse, ce qui a permis une description et une interprétation plus profondes, plus riches et plus complètes de nos résultats (Goldberg et Allen 2024).
Les réponses aux questions ouvertes allaient d’une phrase à une demi-page de texte, la plupart des personnes participantes répondant en deux à cinq phrases. La personne qui signe en premier a utilisé l’analyse de contenu qualitative (Krippendorff 2004) pour examiner les réponses ouvertes. L’analyse de contenu est une méthode classique pour examiner les réponses ouvertes à un questionnaire : elle produit de nouveaux éclairages par le repérage, le codage et la catégorisation systématiques des principales tendances ou des principaux thèmes présents dans les données. Au terme d’une exploration attentive, nous avons condensé le texte en catégories de contenu afin d’élaborer un système de codage pour organiser les données (Bogdan et Biklen 2007).
L’analyse portait sur ce que les personnes participantes disaient de leur bien-être, de leur recherche d’aide et de leurs craintes liées au retrait des enfants et à la sécurité juridique. Elle s’appuyait sur la littérature antérieure et sur les cadres de la stigmatisation structurelle, du stress minoritaire et de l’approche écologique. La personne qui signe en premier a d’abord lu toutes les réponses ouvertes pour se familiariser avec les données, y compris les thèmes transversaux. Elle a noté, et mis entre parenthèses, ses propres expériences et idées préconçues afin d’adopter une posture curieuse et ouverte. Les réponses ont ensuite été annotées : par un codage ligne à ligne, elle a étiqueté les expressions en rapport avec les principaux domaines d’intérêt (par exemple les raisons de la peur d’une mise en cause). Ces codes ont été regroupés sous des catégories et sous-catégories plus larges, mises en relation les unes avec les autres de façon à établir des liens (par exemple entre la peur d’une mise en cause, l’hypervigilance et la dissimulation, et les conséquences de la dissimulation) pour décrire l’expérience des parents. Ces liens s’appuyaient sur nos cadres théoriques et les reflétaient : notre attention portait sur la manière dont la stigmatisation structurelle se manifestait dans de multiples milieux sociaux et institutionnels, était perpétuée par divers systèmes et contribuait au stress minoritaire. Un schéma provisoire a été produit puis réappliqué, de sorte que toutes les données ont été recodées selon ce schéma.
La deuxième personne signataire a apporté un regard critique à différentes étapes du codage et des commentaires supplémentaires sur la structure de codage finale. Pour renforcer encore la crédibilité, plusieurs membres de l’équipe d’assistance de recherche ont joué un rôle d’audit, en codant de façon indépendante un tiers des réponses ouvertes afin de « vérifier » les principaux thèmes et de renforcer la crédibilité de l’analyse (Goldberg et Allen 2015). Les divergences mineures ont été discutées et résolues avec la personne qui signe en premier. Les données de plusieurs sections ont été recodées selon le schéma légèrement révisé. Une fois la structure thématique finale atteinte, les deux premières personnes signataires n’ont relevé aucun nouveau concept, code ou thème, ce qui indiquait que la saturation des données était atteinte (Lincoln et Guba 1985). Les troisième et quatrième personnes signataires ont ensuite relu le schéma de codage, ce qui a conduit à quelques petits changements pour la cohérence et la fluidité. Notre article est organisé selon ce schéma de codage final.
Les parents trans peuvent avoir affaire à de multiples contextes qui leur sont nécessaires (par exemple pour trouver du soutien), mais qui sont aussi perçus comme des lieux potentiels de surveillance, de contrôle et de risque. Ces contextes vont des plus distaux (par exemple l’aide publique, le système judiciaire) aux plus proximaux (par exemple la famille, l’école, les soins), et peuvent refléter et perpétuer des idéologies stigmatisantes qui exposent les parents trans à un risque de retrait de leurs enfants. Nous organisons donc les résultats comme suit. Premièrement, compte tenu des besoins financiers modérés à élevés dans cet échantillon, nous traitons du recours des personnes participantes à l’aide publique et de ce qu’elles ressentent à l’idée de recourir aux services publics depuis le début de l’administration Trump. Deuxièmement, nous traitons de la peur d’une mise en cause et d’un signalement aux CPS, des prédicteurs de cette peur ainsi que de sa nature et de ses nuances, en prêtant une attention particulière au rôle du climat sociopolitique. Troisièmement, compte tenu des niveaux élevés de détresse psychique dans cet échantillon, nous examinons l’expérience des personnes participantes avec le personnel soignant et leurs craintes à demander de l’aide, en montrant comment les inquiétudes liées aux jugements sur l’« aptitude » parentale amplifiaient ces craintes. Enfin, nous traitons des inquiétudes des parents concernant leurs droits parentaux et la garde vis-à-vis de leurs partenaires, d’aujourd’hui comme d’hier, qui combinent de façon singulière proximité et pouvoir.
Comme indiqué dans la description de l’échantillon, la majorité des personnes participantes connaissaient des difficultés financières. Plus des deux tiers (n = 75 ; 69 %) avaient donc eu recours à au moins une forme d’aide publique au cours de la dernière année (tableau 2). Au total, 44 % bénéficiaient d’une couverture santé fédérale ou d’État, 25 % de services de santé mentale subventionnés et 22 % d’une aide alimentaire. Des proportions plus faibles recouraient à une aide financière en espèces (10 %), au programme Head Start (8 %), à une aide à l’emploi (8 %), à des services liés au handicap (7 %), à une aide au logement (7 %), à une aide pour les factures d’énergie (7 %) ou à des prestations pour vétérans de l’armée (6 %), et 5 % avaient eu affaire aux services de protection de l’enfance.
Tableau 2 — Recours actuel à l’aide publique : soutien actuellement reçu d’organismes de services sociaux (N, %)
Près des deux tiers des personnes qui recouraient à au moins une forme d’aide publique (64 % ; 48 sur 75) ont fait état d’une « anxiété, d’une hésitation ou d’une incertitude accrues » à l’idée d’utiliser ces services depuis le début du second mandat de Trump. Lorsqu’on leur a demandé de développer ce qu’elles disaient de leur précarité financière et de leur dépendance à ces systèmes, beaucoup de ces personnes ont souligné une tension entre leur besoin de services et leurs inquiétudes quant aux risques d’y recourir en tant que parents trans. La majorité ont insisté sur la crainte d’un jugement ou d’un repérage, de mauvais traitements ou d’un refus de services, voire d’un signalement au CWS (par exemple « [parce que] je suis trans et que je ne me présente pas de façon traditionnelle »). De manière générale, les systèmes publics leur paraissaient moins prévisibles et moins sûrs dans le climat actuel : « On a davantage peur que les systèmes censés nous soutenir deviennent punitifs, surtout pour les parents trans. » Un parent a déclaré : « J’ai davantage peur du jugement… » Selon ce parent, au contact de systèmes comme Medicaid, les services de santé mentale et Head Start, « [je me dis] qu’ils pourraient se servir de mon identité de genre, de ma santé mentale ou de la structure queer de notre famille pour mettre en doute mon aptitude parentale ». Quelques personnes évitaient de recourir à de nouveaux services, comme l’aide liée au handicap ou l’aide à l’emploi, par peur d’un « profilage ».
Les inquiétudes des parents quant à une surveillance possible semblaient liées à la fois aux interactions interpersonnelles (par exemple la réaction d’un agent public à leur identité ou à leur expression de genre) et aux informations personnelles fournies dans les dossiers exigés pour obtenir divers services. La crainte d’une mise en cause entraînait à son tour une hypervigilance : il leur fallait « faire très attention, revérifier les formulaires et réfléchir à deux fois avant de dévoiler quoi que ce soit de personnel », de peur que les informations fournies ne soient retournées contre ces parents, une garde permanente décrite comme « épuisante ».
Au-delà des inquiétudes liées à leur identité de genre, un quart des personnes participantes s’inquiétaient de pouvoir perdre des prestations publiques, conscientes que, sous l’administration actuelle, « beaucoup de ces programmes déjà sous-financés verront bientôt leur financement de nouveau réduit et imposeront encore plus d’obstacles à franchir ». Les personnes participantes relevaient que l’administration Trump apportait « des changements à Medicaid et au SNAP qui pourraient en compliquer l’accès », un parent confiant : « J’ai peur de perdre Medicaid, le WIC et l’aide au loyer maintenant que les lois en faveur de la diversité, de l’équité et de l’inclusion (DEI) sont remises en cause. » Tournées vers l’avenir, elles se préparaient à une dégradation de la situation : « Le BBB [big beautiful bill], s’il est adopté, supprimera les marchepieds pour sortir de la pauvreté que j’ai utilisés pour que nous n’ayons pas à recourir aux banques alimentaires, et ma couverture santé. » Un autre parent a déclaré : « Comme Trump essaie de supprimer ces services, j’ai peur, parce que j’essaie de trouver un [meilleur] emploi, mais c’est plus difficile parce que je suis trans, et aussi à cause du marché. »
Ainsi, les personnes participantes s’inquiétaient souvent davantage d’avoir affaire aux systèmes publics en raison de leur vulnérabilité de parents trans, conjuguée à des difficultés financières persistantes, à la peur de perdre des prestations et à la crainte d’un recul plus général des aides. Elles fondaient leurs inquiétudes sur les priorités affichées par l’administration et sur des mesures précises annoncées, ce qui souligne leur expérience vécue d’une anxiété anticipatoire accrue et de la menace bien réelle d’un filet de sécurité en recul. De cette façon, leurs appartenances marginalisées, trans et à faibles revenus, produisaient des formes singulières et intersectionnelles de stress minoritaire, aggravées par des forces structurelles (par exemple les politiques fédérales et des États) et par la montée des sentiments anti-trans et « anti-DEI ».
On a demandé aux personnes participantes si elles craignaient que diverses instances (école, soins, voisinage ou membres de la famille) les signalent aux CPS en raison de leur identité de genre, de leur orientation sexuelle ou d’autres caractéristiques pertinentes (par exemple origine ethnoraciale, classe sociale, handicap, santé mentale). Voir le tableau 3.
Tableau 3 — Craintes d’un signalement à la protection de l’enfance et d’une ingérence : peur que [l’instance] me signale aux services de l’enfance et de la famille en raison de… (N, %)
Peur que [l’instance] me signale en raison de mon identité de genre : exemples de citations.
Fait notable, les personnes participantes désignaient systématiquement leur identité de genre comme le motif le plus saillant d’un signalement par l’ensemble de ces instances. En raison de leur transidentité, 42 % craignaient un signalement par le voisinage, 41 % par l’école ou la crèche, 38 % par le personnel soignant et 30 % par la famille. (Voir le tableau 3 pour des citations qui illustrent ces craintes.) L’orientation sexuelle était le deuxième motif de mise en cause potentielle le plus souvent cité, suivie de l’origine ethnoraciale, puis de la santé mentale.
Pour mieux comprendre comment différentes vulnérabilités potentielles liées au contexte individuel, familial et social des parents étaient reliées à la peur d’un signalement aux CPS, une série de quatre régressions logistiques a été menée, avec comme variables de résultat la « peur d’un signalement en raison de son identité de genre » par chacune des quatre sources (école, personnel soignant, voisinage, famille). Les variables prédictives de niveau individuel étaient la perception ou non comme personne trans, le fait d’être une personne racisée ou blanche, et le fait d’avoir ou non de faibles revenus. Les variables prédictives du contexte familial étaient le fait de vivre en couple avec une personne trans ou non cis et la présence d’enfants de 5 ans ou moins. Enfin, les variables prédictives du contexte social étaient la zone urbaine (par opposition à rurale ou périurbaine) et le fait de vivre ou non dans un État hostile aux personnes trans.
Les personnes en couple avec une personne non cis (c’est-à-dire trans ou non binaire) avaient plus de chances de craindre un signalement par l’école en raison de leur identité de genre (B = 0,99, ES = 0,50, Wald = 3,97, Exp(B) = 2,70, p = 0,046). Les parents de jeunes enfants avaient un peu plus de chances de craindre un signalement par l’école, au niveau d’une tendance (B = 0,85, ES = 0,45, Wald = 3,48, Exp(B) = 2,40, p = 0,062). Les parents vivant en zone urbaine avaient plus de chances de craindre un signalement par l’école (B = 1,55, ES = 0,48, Wald = 10,22, Exp(B) = 4,70, p = 0,001).
Les parents de jeunes enfants avaient un peu plus de chances de craindre un signalement par le personnel soignant en raison de leur identité de genre, au niveau d’une tendance (B = 0,75, ES = 0,45, Wald = 2,79, Exp(B) = 2,12, p = 0,095). Les parents vivant en zone urbaine avaient plus de chances de craindre un signalement par le personnel soignant (B = 1,39, ES = 0,49, Wald = 8,17, Exp(B) = 4,02, p = 0,004). Les parents vivant dans un État hostile aux personnes trans avaient plus de chances de craindre un signalement par le personnel soignant (B = 1,21, ES = 0,53, Wald = 5,20, Exp(B) = 3,37, p = 0,023).
Les parents vivant en zone urbaine avaient plus de chances de craindre un signalement par le voisinage en raison de leur identité de genre (B = 1,08, ES = 0,45, Wald = 5,84, Exp(B) = 2,95, p = 0,016).
Les personnes en couple avec une personne trans ou non binaire avaient plus de chances de craindre un signalement par des membres de la famille en raison de leur identité de genre (B = 1,80, ES = 0,63, Wald = 8,07, Exp(B) = 6,03, p = 0,005). Les personnes vivant dans un État hostile aux personnes trans avaient plus de chances de craindre un signalement par des membres de la famille (B = 1,26, ES = 0,60, Wald = 4,40, Exp(B) = 3,52, p = 0,036).
Ainsi, du côté du contexte familial, avoir de jeunes enfants semblait accroître la vulnérabilité perçue par les parents face à une mise en cause dans les domaines de l’école et des soins ; vivre en couple avec une personne trans accroissait le sentiment de vulnérabilité dans les domaines de l’école et de la famille. Du côté du contexte social plus large, le milieu urbain était associé à un sentiment de vulnérabilité accru dans les domaines de l’école, des soins et du voisinage, et le fait de vivre dans un État plus hostile était associé à un sentiment de vulnérabilité accru dans les domaines des soins et de la famille élargie. Les caractéristiques individuelles, à savoir la perception comme personne trans, le fait d’être une personne racisée et les faibles revenus, n’étaient pas significativement liées à la peur d’un signalement.
On a demandé aux personnes participantes de décrire en détail la nature et le vécu de leur peur d’un signalement ou d’une mise en cause. Beaucoup ont fait part d’un sentiment général d’anxiété, de malaise et de vulnérabilité en évoquant la possibilité d’être désignées pour un examen particulier en raison de leur identité de genre ou pour d’autres raisons. Elles évoquaient une méfiance envers les systèmes d’autorité et, dans certains cas, envers des membres de leur communauté, dont le voisinage et le personnel enseignant. Elles reconnaissaient que « n’importe quelle personne inconnue ou n’importe quel professionnel [pouvait] interpréter notre famille à travers le prisme du préjugé ». Un parent a déclaré : « Je m’inquiète, c’est tout. On ne sait jamais qui pourrait se retourner contre vous. On pourrait inventer des motifs, et avec de faibles revenus, nous n’avons pas vraiment les moyens de nous défendre aussi bien que les riches. » Un autre parent a fait part de son « inquiétude constante, sourde, que le fait d’être trans et d’élever des enfants fasse de moi une cible, même quand je fais tout comme il faut. Il y a toujours la peur que quelqu’un, qu’il s’agisse d’une personne de l’administration scolaire ou du voisinage, se fasse des idées et me signale sans véritable motif ».
Plusieurs parents évoquaient explicitement le caractère intersectionnel de leurs craintes, en décrivant comment leur identité ou leur expression de genre, leur origine ethnoraciale, leur classe sociale et leur âge se conjuguaient pour influencer le regard extérieur porté sur leur famille, ce qui risquait d’amener le personnel soignant, le personnel enseignant ou une autre personne soumise à l’obligation de signalement, ou une instance publique, à contester leurs droits ou leur capacité parentale et à les signaler aux CPS. Un parent a confié : « J’ai peur que mon identité non binaire, combinée au fait d’élever mes enfants en tant que personne racisée et de vivre parfois avec des revenus limités, amène certaines autorités à remettre en cause ma façon d’élever mes enfants. » Évoquant le personnel soignant et l’administration scolaire, un parent a dit : « J’ai peur qu’on me trouve des torts parce que je suis trans et bi et qu’on trouve un moyen de m’enlever mes enfants. Je n’ai jamais eu de problème et je préfère que ça continue. »
Quelques parents ont souligné que les diagnostics ou la neurodivergence de leurs enfants constituaient des raisons supplémentaires d’une mise en cause, raisons qui pourraient être retournées contre ces parents pour soutenir que les enfants devaient leur être retirés. L’un de ces parents a déclaré : « Mon enfant est aussi autiste. J’ai peur que cela devienne une arme pour s’attaquer à nos droits parentaux si jamais on nous prend pour cible à cause de notre militantisme politique. » Un autre parent a confié : « Une partie de moi continue d’avoir peur que, si les choses continuent de s’envenimer [avec le climat anti-trans], on m’accuse de “pédopiégeage” (grooming) envers mon enfant et qu’on se serve de son autisme comme prétexte pour nous l’enlever. »
Plusieurs parents géraient leurs craintes (« Qu’est-ce que je laisse savoir de mon identité aux autres parents ou au personnel enseignant ? Est-ce que le fait d’être out va faire du tort à mon enfant ? ») en réduisant leur visibilité ou en ne révélant leur identité que de façon sélective. Cette décision était souvent difficile, et avait des conséquences pour ces parents, qui ne se sentaient pas en mesure de vivre leur identité de façon authentique et d’exister ouvertement dans leur genre. Un parent a déclaré : « C’est dur de savoir que je dois garder mon identité secrète dans tant d’endroits. Chaque fois que je dois me décrire comme une femme, je grimace intérieurement. C’est difficile à expliquer, mais ça me tue un peu à chaque fois. Mais je sais que je le fais pour protéger notre famille. » Un autre parent a révélé avoir choisi l’instruction à domicile « pour qu’on ne puisse pas s’en prendre injustement à mon enfant et à moi », en précisant : « [J’ai] limité ma “visibilité” dans les espaces publics, surtout dans les contextes liés à l’église. Nous allons toujours à l’église, mais j’ai expliqué que nous ne pouvions pas révéler que je suis [trans]. Il a l’air de comprendre. »
Invitées à préciser si elles avaient vécu des expériences qui leur faisaient craindre une mise en cause ou un signalement, la plupart des personnes participantes ont évoqué le discours anti-trans qui imprègne le pays et leur propre milieu. Relevant le mépris de l’administration présidentielle envers la communauté trans et sa disposition à « violer la Constitution pour rafler les gens qu’elle n’aime pas et les envoyer dans des prisons à l’étranger », un parent a déclaré : « Il n’est pas très difficile de croire que nos communautés pourraient être les prochaines visées. » Un autre parent a dit : « La propagande qui cherche à présenter les personnes queers et trans comme des prédateurs me fait craindre que ma famille soit détruite. »
Les personnes participantes reconnaissaient que le climat anti-trans actuel pouvait « encourager ou permettre des signalements contre des familles LGBTQ, même en l’absence de toute faute réelle ». Un parent a fait cette réflexion : « Je sais que certaines personnes, y compris en position d’autorité, ont encore des préjugés nuisibles… J’ai peur des malentendus, surtout dans un climat politique qui a diabolisé les personnes trans. » Quelques personnes vivaient dans des régions « très chrétiennes » ou conservatrices, ce qui amplifiait leur crainte d’un « profilage », d’être « désignées comme un problème » ou de voir « leur façon d’élever leurs enfants passée au crible ».
Quelques parents ont souligné que des projets de loi prévoyant des sanctions contre les parents qui soutiennent la non-conformité de genre de leurs enfants accroissaient leur anxiété, car ces lois semblaient viser les parents dont la façon d’élever leurs enfants pourrait passer pour une menace ou une perturbation du développement « normal » de l’identité de genre, parents trans compris. Un parent a déclaré : « Certaines lois ont été adoptées qui obligent le personnel enseignant et les médecins à signaler les parents qui autorisent des soins d’affirmation de genre », en ajoutant « je suis trans », laissant entendre que ces lois pourraient servir à s’en prendre à sa famille. Quelques parents ont décrit comment la couverture médiatique de parents trans victimes de discrimination et de menaces de retrait de leurs enfants avait accru leurs inquiétudes quant à la surveillance. Un parent a déclaré :
« J’ai peur qu’on se fasse une idée fausse de moi dans des contextes où les gens voient mon identité de genre ou ma façon d’élever mes enfants comme non conventionnelles ou dangereuses. Les histoires dans les médias de parents trans qui perdent la garde ou subissent le harcèlement des systèmes de l’État me poussent à plus de prudence, même si rien de tel ne m’est arrivé personnellement. »
Au-delà de la couverture médiatique d’histoires qui ne les concernaient pas directement, les craintes de certaines personnes participantes venaient d’expériences négatives avec des gens de leur entourage, dont elles ressentaient « beaucoup de jugement ». Un parent a raconté : « Des gens du voisinage ont fait des remarques par le passé en disant que je gâchais la vie de mes filles… mais ça s’est limité à ça, des remarques. » Un autre parent a raconté avoir subi une « agression en rentrant chez [soi] », ce qui l’amenait à ne plus se sentir en sécurité dans son propre quartier. La plupart, cependant, évoquaient un sentiment général d’insécurité dans leur milieu de vie plutôt que des menaces directes. Beaucoup évoquaient ainsi un changement du climat local depuis la réélection de Trump, qui nourrissait leur malaise, en notant que les membres de la communauté semblaient plus hostiles, plus distants ou plus « prudents dans l’expression ouverte de leur soutien ». Un parent a raconté : « À mon arrivée ici, les gens n’étaient pas forcément accueillants, mais taisaient leurs opinions. Maintenant, les gens sont ouvertement hostiles et harcèlent les habitants queers de la ville. » Un autre a confié : « Les grenouilles de bénitier sont plus promptes à crier sur tous les toits à quel point quiconque ne leur ressemble pas est mauvais. » Pour décrire ce changement de climat, les personnes participantes citaient l’annulation d’événements LGBTQ+ locaux, des discussions anti-trans sur des forums en ligne locaux et la multiplication de certains drapeaux ou panneaux dans les jardins (« par exemple davantage de drapeaux et de slogans pour les “droits parentaux”, et plus de rejet de tout ce qui est queer »). Ces changements signalaient un environnement de moins en moins sûr pour les personnes trans et leurs familles.
Un point d’intérêt particulier était la manière dont les interactions des personnes participantes avec le personnel soignant pouvaient être sensiblement affectées par leur sentiment accru d’être surveillées en raison de leur identité de genre ou par les menaces potentielles pesant sur leurs droits parentaux, compte tenu en particulier des taux élevés de difficultés de santé mentale rapportés dans l’échantillon (tableau 4). Ces difficultés soulignent à la fois (a) un besoin élevé de soutien en santé mentale dans l’échantillon et (b) la vulnérabilité des parents trans qui ont des difficultés de santé mentale face à la surveillance et à un éventuel signalement aux CPS.
Tableau 4 — Difficultés de santé mentale et stratégies d’adaptation
Près de 80 % faisaient état d’une anxiété actuelle (diagnostiquée par un professionnel ou une professionnelle dans 60 % des cas, autodiagnostiquée dans 19 %), et plus des deux tiers d’une dépression actuelle (diagnostic professionnel dans 50 % des cas, autodiagnostic dans 17 %). Seulement 7 % ne signalaient aucune difficulté de santé mentale. Les réponses à la question sur la manière de traiter ces difficultés ou d’y faire face montrent que plus de la moitié de l’échantillon avait un suivi thérapeutique, qu’un peu moins de la moitié prenait des médicaments, et que plus de 40 % se consacraient à des loisirs ou faisaient de l’exercice.
Le système de santé mentale peut en théorie offrir aux parents trans un soutien et des ressources pour faire face aux conséquences de la stigmatisation structurelle et du stress minoritaire, mais il peut ne pas inspirer confiance au vu d’exemples, historiques comme contemporains, de mauvais traitements et de biais. Nous nous sommes donc intéressés à la mesure dans laquelle les personnes participantes éprouvaient certaines peurs, inquiétudes ou préoccupations susceptibles d’avoir fait obstacle à la demande d’aide pour leurs difficultés de santé mentale. À la question de savoir si elles avaient peur de demander de l’aide pour les difficultés décrites plus haut, 10 personnes (9,3 %) ont répondu « tout à fait », 35 (32,4 %) « plutôt », 20 (18,5 %) « sans avis tranché », 17 (15,7 %) « pas vraiment » et 21 (19,4 %) « pas du tout », avec 5 réponses manquantes (4,6 %). Ainsi, plus de 40 % de l’échantillon (n = 45) éprouvaient au moins une certaine inquiétude à l’idée de demander de l’aide pour leurs difficultés de santé mentale.
Parmi les seules personnes qui avaient tout à fait ou plutôt peur de demander de l’aide, ou qui étaient partagées sur ce point (n = 65), près de la moitié (n = 31 ; 47,7 %) citaient, parmi les raisons de ces peurs, la crainte d’être jugées « inaptes » à être parents par le personnel soignant, et près d’un tiers (n = 21 ; 32,3 %) la peur du CWS (par exemple qu’on leur retire leurs enfants). Au total, 41,5 % (n = 27) craignaient d’être jugées « folles » par des membres de leur famille, 40,0 % (n = 26) d’être jugées « folles » par le personnel soignant, 43,1 % (n = 28) craignaient que leurs préoccupations soient invalidées par le système médical, 30,8 % (n = 20) craignaient l’homophobie ou la transphobie du système médical, 13,8 % (n = 9) le racisme du système médical, et 6,2 % (n = 4) mentionnaient d’autres inquiétudes (par exemple trouver une personne thérapeute respectueuse des identités trans, l’absence d’assurance).
Invitées à préciser leurs craintes, beaucoup de personnes participantes ont souligné leur vulnérabilité lorsqu’elles cherchent un soutien en santé mentale en étant trans et parents à la fois, situation dans laquelle « des interprétations biaisées de mon identité ou de ma santé mentale pourraient conduire à des enquêtes ou à une remise en cause de ma parentalité ». Elles reconnaissaient que leur identité de genre, combinée à leur santé mentale ou à leurs faibles revenus, pouvait amener des spécialistes de la santé mentale ou de la médecine à « voir dans mes difficultés de la négligence plutôt qu’un besoin de soutien ». Un parent a déclaré : « J’ai constamment peur qu’on regarde mon TSPT et qu’on décide de m’écarter de toute fonction de soin aux enfants. » Une autre personne s’inquiétait, en cas de confidences trop poussées sur
« la dépression, sur le sentiment de débordement, que quelqu’un me voie comme instable. En tant que personne trans, j’ai déjà le sentiment d’être scrutée, et je sais que beaucoup de parents trans ont fait l’objet d’enquêtes injustes. Ça crée un effet dissuasif. [Je veux] éviter de déclencher des signaux d’alerte. »
Certaines personnes participantes ont retardé des soins dont elles avaient besoin en raison de ces inquiétudes. Comme l’a raconté un parent : « Il m’a fallu longtemps pour me faire aider pour mes troubles de santé mentale du post-partum, parce que je craignais une intervention des CPS si on pensait que mon enfant n’était pas en sécurité avec moi, [alors même que] cette crainte n’avait aucun fondement. »
Les personnes participantes faisaient preuve d’hypervigilance et d’une évaluation constante des risques, marchant souvent sur une corde raide entre parler ouvertement et se garder de révéler des informations personnelles, en mettant en balance le besoin d’aide et le risque de discrimination. Un parent a déclaré : « Ma peur ne m’empêche pas toujours de demander de l’aide, mais elle rend les choses nettement plus difficiles. » Un autre parent a dit : « J’ai très peur que le fait de parler ouvertement de ma santé mentale ou de mes difficultés financières puisse être retourné contre moi, surtout en tant que parent trans. Il y a une tension entre demander de l’aide et rester sous les radars. » Une partie des parents avaient décidé de renoncer à une « transparence complète » sur leurs difficultés de santé mentale au moment de demander de l’aide, de crainte qu’« en dire trop puisse déclencher un signalement ou un biais, même si j’essaie simplement de prendre soin de moi et de mon enfant de façon responsable ».
Dans certains cas, les craintes s’enracinaient dans des expériences négatives antérieures avec le système de santé. Ces expériences relevaient souvent de l’invalidation (par exemple « [j’ai eu] une thérapeute qui m’imposait des normes de genre féminines » ; « [j’ai subi] du mégenrage, l’invalidation de mon expérience et des refus de soins » ; ou encore on a « survolé… mes préoccupations et mes problèmes de santé mentale, [ce qui m’a fait] perdre confiance dans ces systèmes »). Cette invalidation s’accompagnait parfois de jugements nocifs. Par exemple, une personne a raconté que sa précédente personne thérapeute l’avait « poussée vers des conversations et des relations avec mes parents maltraitants », en précisant : « Je n’ai trouvé ni écoute, ni regard, ni reconnaissance pour mes identités trans ou non binaires. » Un autre parent a raconté l’expérience d’une thérapie qui cherchait à le détourner de son coming out trans, et qui « se concentrait sur ma vie telle qu’elle était et sur le fait que je ne devais… pas la changer [pour éviter] des pertes ». Parfois, ces expériences amenaient les personnes participantes à « éviter de nouveaux contacts avec des médecins ». Un parent a raconté :
« J’ai récemment rompu avec une thérapeute parce qu’elle refusait de me rédiger une lettre de soutien pour une chirurgie du torse… donc même les personnes qui prétendent offrir des soins d’affirmation de genre m’ont laissé tomber au moment où j’avais le plus besoin de leur aide. Je n’ai pas cherché d’autre thérapeute depuis, et j’ai perdu ma couverture Medicaid [donc je ne peux plus] me payer de soins pour l’instant. »
Parfois, les thérapeutes invalidaient l’expérience et les préoccupations des personnes participantes en tant que parents trans précisément, sans reconnaître « les défis de la parentalité quand on est trans [et sans] demander comment soutenir à la fois mon identité et mon parcours de parent ».
Outre leurs préoccupations de santé mentale, les personnes participantes ont mentionné d’autres domaines où elles se sentaient vulnérables quant à leurs droits parentaux devant la justice. Rappelons que 30 % des parents craignaient un signalement aux CPS par des membres de leur famille : les réponses ouvertes ont montré que certains de ces membres de la famille étaient en effet des partenaires ou ex-partenaires. Compte tenu du pouvoir singulier des partenaires et ex-partenaires de mobiliser le système judiciaire contre les parents trans dans une bataille autour des droits parentaux, nous nous concentrons sur ces contextes relationnels particuliers.
La plupart des personnes participantes vivaient en couple (n = 100 ; 93 %), et la plupart (68 %) qualifiaient cette relation d’excellente (n = 36) ou de très bonne (n = 32). Vingt et une (21 %) la jugeaient bonne, les autres la qualifiant de plus qu’acceptable (n = 3), acceptable ou correcte (n = 6), moins qu’acceptable (n = 1) et mauvaise (n = 1). À la question de savoir si elles craignaient que leur partenaire utilise leur identité de genre contre elles (par exemple pour obtenir la garde) en cas de séparation ou de divorce, 11 (11 %) ont répondu oui et 11 (11 %) n’en étaient pas sûres.
En développant leurs craintes quant à la manière dont leur identité de genre pourrait être retournée contre elles devant la justice par la personne partenaire, actuelle ou passée, les personnes participantes ont souligné leur connaissance, et parfois leur expérience personnelle, des biais anti-trans du système judiciaire. Certaines connaissaient d’autres personnes trans qui avaient perdu la garde de leurs enfants, ou en avaient entendu parler, ce qui nourrissait leurs craintes. L’une d’elles a déclaré : « Je crains que mon identité de genre soit… injustement jugée par les tribunaux ou par la partie adverse dans un litige sur la garde, même si j’offre un environnement aimant et stable… Mon inquiétude vient d’expériences passées et d’histoires d’autres personnes dans des situations semblables. »
Certaines personnes participantes exprimaient un sentiment d’incertitude, reconnaissant à la fois qu’elles ne pouvaient pas être complètement sûres de ce que ferait leur partenaire en cas de séparation ou de divorce, et soulignant leur vulnérabilité en tant que personnes trans ou l’absence de protections juridiques vis-à-vis de leurs enfants. Un parent a raconté que l’autre membre du couple n’avait « jamais montré de signes d’utiliser mon identité comme une arme. Je garde tout de même une certaine prudence, à cause de la façon dont les systèmes juridiques peuvent mal interpréter ou amplifier les biais ».
La plupart des personnes participantes ne craignaient pas que leur partenaire utilise leur identité de genre comme une arme. Plus de la moitié ont souligné leur confiance envers leur partenaire, qui connaissait leurs qualités de parent. Un parent a déclaré : « Je n’ai pas d’inquiétude à ce sujet, vu la manière dont ma partenaire m’honore, me respecte, me traite et me voit. J’ai confiance : elle ne s’en servira jamais contre moi, d’aucune façon. » Quelques parents ont simplement dit ne pas envisager de divorcer, si bien que la question ne se posait pas. Un parent a déclaré : « Je ne vois simplement pas de divorce se profiler de sitôt. Les tensions initiales [liées à mon identité de genre ou à ma transition] ont été réglées très tôt et nous vivons normalement maintenant, donc il est peu probable que ce soit un sujet, et encore moins que ce soit retourné contre moi. » Plus de 10 % des personnes participantes ont dit ne pas s’inquiéter parce que leur partenaire était aussi trans ou queer (« Nous sommes deux personnes non binaires » ; « Personne dans notre couple n’est hétéro, donc il n’y a aucune chance que ça arrive »).
Quelques parents ont relevé que, malgré leur identité trans ou non binaire, la loi les considérait comme « la mère » (par exemple du fait d’avoir donné naissance à leur enfant et d’en être la mère biologique légale), et ne s’attendaient pas à subir de discrimination. Quelques parents ont affirmé leurs qualités de parent, avec la conviction que ce serait une considération essentielle. Un parent estimait que la voix de ses enfants couvrirait toute tentative de l’autre membre du couple d’utiliser son identité de genre contre ce parent.
Sur les neuf personnes participantes en divorce ou en séparation avec l’autre parent d’un ou de plusieurs de leurs enfants, trois ont fait part de leur crainte que cet autre parent utilise leur identité de genre contre elles pour obtenir la garde. L’une d’elles a expliqué : « Comme l’autre parent est hétéro, il pourrait jouer la carte du genre pour obtenir la garde principale de notre enfant. » Un autre parent a déclaré : « La personne avec qui j’étais en couple a fait par le passé des remarques voilées sur “ce qui est le mieux pour les enfants”, surtout quand j’ai commencé ma transition. J’ai peur que cette personne se range au discours anti-trans si la garde légale devait un jour être réexaminée. » Enfin, dans un cas, l’ex-partenaire avait « déjà invoqué ma transidentité pour expliquer pourquoi je ne devrais pas avoir la garde exclusive de notre fille ».
Les personnes participantes sans inquiétude décrivaient des relations coparentales positives et une reconnaissance de leur identité de genre, l’une d’elles précisant : « Elle est trans, elle aussi. » Un parent a déclaré : « La séparation s’est faite en très bons termes. Nous pensons l’un comme l’autre que le mieux pour l’enfant, c’est que nous soyons là tous deux dans sa vie, alors c’est là-dessus que nous nous concentrons. Je n’ai jamais reçu de menaces à cause de mon identité de genre ni de quoi que ce soit. » Un autre parent était rassuré par « une relation de coparentalité respectueuse ; [l’ex] a toujours reconnu mon identité et fait passer le bien-être de notre enfant avant toute divergence personnelle ».
Les parents trans de cette étude ont exprimé d’importantes inquiétudes quant au fait que leur identité de genre puisse conduire des personnes de quatre domaines d’interaction (soins, école, voisinage et famille) à les signaler aux services sociaux, en partie en raison du climat sociopolitique actuel. Les données quantitatives ont montré que des composantes de la visibilité trans (à savoir être une personne trans en couple avec une personne trans), ainsi que des facteurs du contexte social comme le milieu urbain et l’environnement juridique de l’État, présentaient le schéma d’association le plus fort avec les inquiétudes parentales, tous domaines de signalement confondus. Les données qualitatives ont révélé comment différentes appartenances intersectionnelles, bien que n’étant pas des prédicteurs statistiquement significatifs dans nos régressions, pesaient sur les inquiétudes des personnes participantes, les parents expliquant comment le stigmate lié à leur identité trans, mais aussi à leur origine ethnoraciale et à leurs faibles revenus, nourrissait leurs craintes.
Le constat que les parents trans en couple avec une personne trans éprouvaient des inquiétudes accrues quant à leur vulnérabilité à un signalement aux CPS par le personnel scolaire comme par le personnel soignant, est important, car il indique, en creux, que les parents trans en couple avec une personne cis peuvent bénéficier d’une couche de protection et de privilège qui les préserve du stress d’une surveillance plus intense (Siegel 2024). Il est possible qu’un membre du couple qui est cis serve de filet de sécurité en étant le visage de la famille lors des interactions ou des situations où le fait d’être trans fait se sentir en insécurité ou vulnérable. Il se peut aussi, tout simplement, que les parents trans en couple avec une personne trans soient en état d’alerte accru dans ces contextes parce que leur propre vigilance se conjugue à celle de leur partenaire, de sorte que le stress minoritaire lié à la crainte d’une surveillance et d’une mise en cause se cumule pour les deux parents. La recherche future pourra explorer cette question.
Notre constat selon lequel les parents de jeunes enfants avaient plus de chances que les parents d’enfants plus âgés de craindre des signalements aux CPS par le personnel des écoles et des crèches ainsi que par le personnel soignant reflète probablement leur compréhension du fait que les jeunes enfants, de manière générale, sont sous davantage de « regards » (CWIG 2023). Cela peut aussi refléter leur conscience du stigmate renforcé par des discours politiques et sociaux qui présentent les jeunes enfants comme innocents et devant être « sauvés » d’adultes déviants (Snaider 2024), et la réalité selon laquelle les jeunes enfants sont les plus susceptibles d’être retirés par les CPS (Annie E. Casey Foundation 2024). Plusieurs parents ont mentionné l’instruction à domicile comme moyen de réduire leur visibilité et de garantir la sécurité, la tranquillité et l’intimité de leur famille. Cette option peut être particulièrement attrayante pour les parents de jeunes enfants, qui peuvent juger faibles les inconvénients d’une sortie de la scolarité formelle au regard des risques d’exposition à un personnel enseignant et de crèche potentiellement enclin au jugement, acteurs puissants tenus de signaler tout « tort » soupçonné.
Si les craintes et les expériences décrites par la population étudiée ont pu naître avant l’élection de Donald Trump pour un second mandat, elles ont clairement été exacerbées par sa campagne, par la rhétorique qui l’accompagnait et par les politiques qu’il proposait. Les parents ont expliqué comment ces stigmatisations structurelles, à savoir la montée de la rhétorique anti-trans et les politiques anti-trans proposées ou adoptées, créaient un environnement moins sûr pour vivre leur identité, utiliser les ressources nécessaires, demander de l’aide et faire part de leurs difficultés, dans la mesure où ces parents avaient conscience que leurs multiples vulnérabilités pouvaient être retournées contre leur famille. Ces inquiétudes étaient présentes même chez des personnes qui n’avaient pas subi de discrimination directement, mais qui réagissaient à des récits de discriminations infligées à d’autres.
Les personnes participantes reconnaissaient que les difficultés de santé mentale auxquelles elles faisaient face, en partie du fait d’expériences directes et indirectes de stress minoritaire et de discrimination, pouvaient servir de motif pour les juger inaptes. Ces résultats font écho à d’autres travaux qui montrent que les personnes LGBTQ+ marginalisées en raison de leur origine ethnoraciale et de leur classe sociale, en particulier, peuvent éprouver des craintes accrues de surveillance et de contrôle (Goldberg et Frost 2025) et peuvent taire des aspects essentiels de leur identité et de leur expérience, ce qui risque d’amplifier leur détresse, mais peut aussi les protéger de la discrimination (Suppes et al. 2021). Puisque les parents trans des États hostiles aux personnes trans avaient plus de chances de craindre un signalement aux CPS par le personnel soignant que les parents des États qui reconnaissent les identités trans, il est clairement nécessaire que le personnel soignant affiche explicitement son engagement à offrir des soins sans biais aux personnes trans, en reconnaissant que les parents trans en particulier peuvent hésiter à recourir aux soins dans un contexte de discours anti-trans local, étatique et national.
Les efforts des parents trans pour se protéger d’une stigmatisation et d’une surveillance potentielles, par exemple en cherchant à réduire leur visibilité en tant que personnes trans et en limitant leur accès aux soins et aux soutiens en santé mentale, se heurtaient à la conscience que ces efforts avaient un coût, notamment la douleur de cacher qui l’on est et le renoncement à des services nécessaires. Les parents trans de cette étude ont fait état de niveaux élevés de difficultés de santé mentale : 60 % déclaraient un diagnostic actuel d’anxiété et 50 % un diagnostic actuel de dépression, soit des taux plus élevés que ceux rapportés chez les personnes trans en général, et dans les contextes cliniques en particulier. Par exemple, à partir des données de dossiers médicaux électroniques, Wanta et al. (2019) ont constaté que 58 % de la patientèle trans avait au moins un diagnostic psychiatrique, contre 14 % de la patientèle cis ; plus précisément, 31 % des personnes trans (contre 6 % des personnes cis) avaient un trouble anxieux, et 31 % des personnes trans (contre 5 % des personnes cis) une dépression majeure. L’échantillon actuel connaît donc des niveaux élevés de détresse, probablement influencés au moins en partie par le climat sociopolitique actuel, en accord avec des recherches récentes (Goldberg et Sears 2025).
Nous n’avons pas posé de question sur le déménagement comme stratégie pour répondre à ces craintes, mais nos données quantitatives soulignent le poids du contexte juridique de l’État dans les inquiétudes des parents, et d’autres équipes de recherche ont fait état d’un nombre croissant de parents trans et de parents d’enfants trans qui quittent tout pour s’installer dans des lieux plus sûrs (Abreu et al. 2022 ; Goldberg et Sears 2025 ; Pyne et al. 2015 ; Lopez et al. 2025). Cependant, compte tenu du rôle du revenu et d’autres dimensions du privilège (par exemple la mobilité professionnelle) dans la capacité des personnes LGBTQ+ à déménager, alors que les politiques et la rhétorique anti-LGBTQ+ ont un impact de plus en plus national (Goldberg et al. 2024), il est probable que beaucoup de nos personnes participantes ne verraient pas là une option accessible. Les possibilités qu’ont les parents trans de faire face à des environnements structurellement stigmatisants ou d’y échapper sont ainsi inévitablement limitées par leur accès aux ressources, des ressources généralement restreintes pour les personnes participantes à notre étude, dont la plupart dépendaient financièrement des services publics.
Cette étude montre clairement les effets profondément négatifs du climat politique actuel sur les parents trans et leurs enfants. La multiplication des politiques et de la rhétorique anti-trans a créé un environnement d’anxiété et de méfiance croissantes, à l’égard du voisinage, des membres de la communauté, du personnel enseignant, des membres de la famille, du personnel soignant et des ex-partenaires. Sur fond d’intensification des sentiments anti-trans (Kemp 2024) et de stéréotypes non vérifiés présentant les parents trans comme « inaptes » (Hafford-Letchfield et al. 2019 ; Massey et al. 2021), les parents trans de cette étude ont exprimé un ensemble de craintes et d’expériences qui soulignent comment le CWS pourrait servir moins à protéger les enfants qu’à déterminer quels types de parents et de familles sont jugés acceptables dans un environnement donné (Goldberg et Frost 2025 ; Polikoff et Spinak 2021). Même chez les parents qui n’avaient pas personnellement subi de discrimination, la conscience d’un risque de discrimination était profonde et immédiate, et beaucoup soulignaient combien le fait de connaître des cas de discrimination (par exemple par les médias) avait affecté leur sentiment de sécurité.
Il convient de noter que l’étude a aussi mis en évidence plusieurs facteurs qui renforcent la résilience des parents trans. L’environnement juridique de l’État influait significativement sur la peur d’un signalement au CWS, les parents des États plus protecteurs ayant moins peur. Ce résultat rejoint des travaux antérieurs sur les adultes trans (Goldberg et Sears 2025) et les parents d’enfants trans (Abreu et al. 2022) en soulignant les effets du climat juridique de l’État sur le sentiment de vulnérabilité et la détresse qui y est associée. En outre, les données qualitatives ont montré que la bienveillance des ex-partenaires aidait à dissiper les inquiétudes quant à une possible réduction de la garde, ce qui souligne la nécessité pour les professions juridiques d’orienter vers des arrangements de coparentalité respectueux et coopératifs, qui protègent et consolident le droit de chacun des deux parents à ses enfants (Minter 2018, 2019).
Cette étude comporte plusieurs limites. L’échantillon de parents trans disponible sur Prolific, et en particulier celui qui a répondu à ce questionnaire, peut ne pas représenter pleinement l’éventail des identités et des expériences des parents trans aux États-Unis. L’étude s’est aussi déroulée dans un contexte politique très particulier, où le « Big Beautiful Bill » occupait l’actualité, ce qui a pu accentuer l’attention portée à la perte de financements du filet de protection sociale et les inquiétudes qui en découlent (Evans 2025). De plus, la taille de l’échantillon ne suffisait pas pour évaluer pleinement de nombreux facteurs intersectionnels qui ont pu influer sur les inquiétudes des parents quant à la surveillance selon les contextes, ce qui devra être évalué par de futures recherches. En outre, la dichotomisation grossière de l’origine ethnoraciale en blanc ou racisé a limité notre capacité à tester des différences ethnoraciales. De même, l’usage de variables de résultat et de prédicteurs dichotomiques a réduit notre capacité à détecter de petits effets. De fait, nous n’avons pas trouvé de résultats significatifs pour certains effets attendus (par exemple, vivre dans un État aux politiques moins favorables aux personnes trans n’était pas lié à la peur d’un signalement par l’école), ce qui justifie de nouvelles recherches sur des échantillons plus larges, avec des mesures plus fines et plus ciblées.
Les professions de l’accompagnement familial, de la santé comportementale et les autres professions de santé et de services à la collectivité doivent s’efforcer de comprendre et de prendre en compte les craintes des parents trans et les efforts déployés pour protéger leur famille, à l’heure où la confiance dans l’efficacité du système juridique états-unien s’effrite (Copeland 2025). En particulier, les équipes professionnelles devraient s’attacher à suivre les évolutions des politiques locales et fédérales susceptibles d’affecter les parents trans et queers, y compris leur santé mentale et leur capacité et leur volonté d’accéder aux ressources, et engager au niveau de leur organisation une réflexion sur les implications de ces politiques pour la sécurité des familles et sur la meilleure façon d’y répondre. En outre, les parents trans ayant souvent d’autres appartenances vulnérables, les organisations et les personnes qui travaillent avec ces parents devraient prendre la mesure de leurs inquiétudes, tout à fait fondées, quant à une victimisation possible de leur famille comme de leur propre personne.
Les données montrent que beaucoup de personnes trans, y compris des parents trans et des parents d’enfants trans, craignent activement que les démarches qu’elles ont entreprises pour leur transition légale, ou pour améliorer leur expérience des soins et des services sociaux (par exemple en indiquant leurs pronoms et leur genre dans les dossiers médicaux électroniques), n’accroissent désormais leur visibilité et leur vulnérabilité face aux torts systématiques d’un régime ouvertement oppressif (Queerdoc 2025). Chez les parents trans d’enfants mineurs, cette peur s’est clairement intensifiée (Lang 2025). Les inquiétudes rapportées par nos personnes participantes au sujet de la demande d’aide et de la révélation de leur identité complètent et nuancent ces résultats émergents.
Les données de cette étude ont été recueillies au cours des cinquième et sixième mois de la seconde présidence Trump, avant que des informations ne révèlent que le FBI envisageait de classer les personnes trans parmi les « extrémistes violents nihilistes », et avant la mise en ligne, sur des sites web du gouvernement fédéral, d’un bandeau citant les soins d’affirmation de genre (qualifiés de « mutilation de genre ») parmi les raisons pour lesquelles la population ne pouvait pas accéder à leurs prestations SNAP pendant la fermeture des services fédéraux de 2025 (Monteil 2025a, 2025b). D’autres études indiquent que les parents trans éprouvent une angoisse croissante à mesure que les droits civiques s’érodent, que les actes exposant aux médias les dossiers médicaux privés de jeunes trans sont dépénalisés (Raymond 2025) et que le gouvernement cherche à obtenir les dossiers médicaux des personnes qui suivent des soins d’affirmation de genre ainsi que l’identité du personnel soignant qui les prodigue (Associated Press 2025). Enfin, à mesure que l’accès aux soins d’affirmation de genre pour adultes et leur disponibilité se restreignent, les parents trans risquent de redouter des interruptions structurelles de leur transition médicale, qui accroîtraient leur visibilité dans leur milieu de vie et, avec elle, leur vulnérabilité et les risques personnels encourus.
Le contexte politique actuel amène à se demander si les bonnes pratiques établies jusqu’ici pour recueillir des données sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre (par exemple Waad et Johnson 2025) ne risquent pas désormais de faire plus de mal que de bien, et si la consignation du statut de minorité sexuelle ou de genre dans les systèmes de santé et dans divers systèmes publics ne risque pas d’entraîner la criminalisation des identités ainsi que le retrait d’enfants (Lewis et al. 2025). Les équipes de recherche doivent de même se préoccuper non seulement de la sécurité des données de leurs études, mais aussi de la manière dont leurs recherches pourraient être détournées par des acteurs malveillants (Wuest 2025).
Les craintes des parents trans risquent de s’accroître à mesure que davantage de gouvernements d’États adoptent des lois criminalisant l’usage des toilettes et des vestiaires (par exemple la loi House Bill 752 de l’Idaho, 2026). Ces interdictions n’affectent pas seulement la sécurité et le bien-être des personnes trans : elles accroissent aussi l’isolement forcé des parents, puisque des États cherchent à criminaliser l’accès aux espaces publics où les parents emmènent couramment leurs enfants, comme les aires de jeux, les piscines et les bibliothèques. Avec la montée d’un contrôle soutenu par les États à l’encontre des personnes soupçonnées d’être trans dans les toilettes (par exemple le House Substitute for Senate Bill 244 du Kansas, 2026), et les sanctions alarmantes encourues en cas de condamnation, une anxiété et un isolement accrus chez les parents trans sont des conséquences probables. En outre, les parents trans doivent désormais envisager qu’en cas d’arrestation, leurs enfants auront probablement affaire aux CPS et que, en cas d’incarcération, une détransition forcée les menace, du fait du recul des mesures de protection en prison (Ferguson 2025). Les professions de la santé mentale doivent être attentives aux menaces graves auxquelles les parents trans font face, et chercher à leur offrir à la fois reconnaissance et soutiens stratégiques.
Sous la seconde présidence Trump, les attaques contre les droits et le bien-être des personnes trans aux États-Unis ont accru la vulnérabilité que connaissaient déjà beaucoup de parents trans. Notre recherche montre comment des facteurs individuels et contextuels, comme la visibilité trans, le fait d’avoir de jeunes enfants, de vivre en milieu urbain et l’environnement politique de l’État, peuvent influer sur le sentiment de vulnérabilité des parents et sur la crainte associée d’une mise en cause et d’un signalement aux services de protection de l’enfance en raison de leur identité, et non en raison de véritables préoccupations quant à leur capacité parentale ou à leur relation avec leurs enfants. Ayant montré comment ces inquiétudes peuvent réduire la disposition des parents trans à recourir aux systèmes médicaux et aux services sociaux, nous soulignons l’urgence de déterminer comment rendre les systèmes sociaux plus sûrs afin de faciliter l’accès des parents trans aux services nécessaires, pour leur propre compte comme pour leurs enfants.
Complexe Systémique : à retenir
Ce texte intéresse directement les thérapeutes de famille, parce qu’il décrit un paradoxe que la clinique voit mal : les lieux censés aider, école, soins, services sociaux, deviennent pour ces parents des lieux de risque, et l’aide qu’on ne demande pas finit par peser sur toute la famille. Lu de façon systémique, le résultat le plus parlant est relationnel : ce sont les couples formés de deux personnes trans, plus visibles, qui s’inquiètent le plus, et un membre du couple qui est cis semble servir de bouclier. Pour la pratique, trois repères : ne pas lire la prudence de ces parents comme de la résistance ou de la méfiance pathologique, expliciter d’emblée les limites de la confidentialité et l’obligation de signalement, et réfléchir à ce que l’on consigne dans les dossiers. Les limites sont celles d’une enquête en ligne : échantillon recruté sur une plateforme, questions construites par l’équipe, codage qualitatif mené d’abord par une seule personne, et un contexte, les premiers mois du second mandat Trump, difficile à transposer. Ce sont des craintes rapportées, non des signalements mesurés. À lire avec l’article sur la maltraitance institutionnelle dans la protection de l’enfance, et avec l’étude sur l’altérisation vécue par des personnes LGBTQ+ en thérapie de couple.
Notes de l’original
1 Dans cet article, nous distinguons le « système de protection de l’enfance » (child welfare system, ou child welfare services ; CWS) et les « services de protection de l’enfance » (child protective services ; CPS). Bien que ces termes soient parfois employés indifféremment pour désigner les services publics chargés de protéger les enfants et de donner la priorité à leur sécurité, le CWS désigne plus souvent le système global, centré sur la stabilité familiale et la fourniture de ressources et de services, tandis que les CPS désignent en général la branche réactive, chargée des enquêtes, du CWS (Child Welfare Information Gateway 2025).
Financement. L’équipe de recherche n’a rien à déclarer.
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Traduction non officielle en français de « Je me protège pour éviter la protection de l’enfance » : les craintes des parents trans face à la demande d’aide et aux services sociaux, par Abbie E. Goldberg, Elizabeth R. Boskey, JuliAnna Z. Smith et Ariel K. Berman, Family Relations, publication en ligne anticipée (2026), doi : 10.1111/fare.70269, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « “I Self‐Protect to Avoid Child Protection”: Transgender Parents' Fears of Help‐Seeking and Social Service Systems », publié dans Family Relations (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Goldberg, A. E., Boskey, E. R., Smith, J. Z., et Berman, A. K. (2026). « Je me protège pour éviter la protection de l’enfance » : les craintes des parents trans face à la demande d’aide et aux services sociaux (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/je-me-protege-pour-eviter-la-protection-de-l-enfance-les-craintes-des-parents-trans (Œuvre originale publiée en 2026 dans Family Relations, e70269, publication en ligne anticipée (2026) ; republiée en 2026 par Family Relations, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/fare.70269)
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