Cette version a été traduite de l'anglais par Complexe Systémique avec l'aide de l'intelligence artificielle. En cas de doute, la version originale fait foi.
Journal of Solution Focused Practices · Article conceptuel
Une seule réplique de cliente, « J’espère avoir plus de bons jours que de mauvais… on m’a diagnostiqué un TOC… », découpée en sept « occasions », et dix personnes de dix pays pratiquant l’approche, de Santiago à Taipei et de Roussé à Toronto, invitées à choisir chacune sa réponse et à la justifier. Joel Simon, coauteur de la méthode avec Lance Taylor, et Enrique Puebla publient la transcription de leur rencontre en ligne de novembre 2021 : la plupart choisissent la même phrase, personne ne rate le diagnostic, et le débat se déplace vite vers la langue, la question du miracle en coréen, « Que faites-vous de votre vie ? » en allemand, et vers ce que la thérapie orientée solutions fait d’un TOC annoncé : demander ce qu’il a d’utile.
Traduction non officielle en français. Cet article est la traduction de Opportunities Analysis: An International Discussion, de Joel Simon et Enrique Puebla, publié dans le Journal of Solution Focused Practices (2024), doi : 10.59874/001c.126583, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. La grille du projet et les deux analyses d’exemple, présentées en tableaux dans l’original, sont rendues en fiches. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Résumé. Sur la base des travaux de Joel Simon et Lance Taylor, dix personnes pratiquant l’orientation vers les solutions se sont portées volontaires pour réaliser une analyse des occasions à partir d’un énoncé imposé. En novembre 2021, le groupe de volontaires s’est réuni en ligne pour discuter et comparer leurs résultats. Les personnes participantes venaient de divers pays : Chili, États-Unis, Taïwan, Afrique du Sud, Allemagne, France, Singapour, Bulgarie, Nouvelle-Zélande et Canada. Cet article présente la transcription de cette conversation et démontre la cohérence de la pratique orientée vers les solutions et son adaptabilité à différentes cultures et langues.
Mots-clés : analyse des occasions, microanalyse, réponse du thérapeute, cultures et langues
Un groupe de personnes pratiquant l’orientation vers les solutions s’est porté volontaire pour réaliser une analyse des occasions à partir d’un énoncé réel de cliente au cours d’une séance de thérapie. Ces analyses ont donné au groupe l’occasion de se réunir et de discuter de son intérêt commun pour la pratique orientée vers les solutions. En novembre 2021, le groupe s’est réuni en ligne. La conversation qui en a résulté est présentée dans cet article.
Un article de Taylor et Simon (2014) dans le Journal of Systemic Therapies exposait une procédure d’analyse des énoncés des clients. Les auteurs y notent :
Au cours d’une seule séance de thérapie, les clients fournissent une myriade d’énoncés, dont chacun pourrait être l’objet d’une réponse du thérapeute… Quelle que soit la théorie ou le modèle qui informe la pratique d’un thérapeute, il doit prendre des décisions sur la façon de répondre à un client. La question est : qu’est-ce qui informe cette décision ? (p. 62)
L’analyse des occasions a été développée, en partie, pour aider les thérapeutes à décider à quelle partie d’un énoncé répondre, et comment y répondre. Après la publication de l’article, plusieurs personnes qui pratiquent et enseignent l’orientation vers les solutions ont trouvé dans l’article un outil utile pour s’aider elles-mêmes, et aider d’autres personnes, à maintenir une posture de construction de solutions.
L’analyse des occasions proposait une procédure simple. À partir de la vidéo d’un énoncé d’une conversation thérapeute-client, lister les différentes occasions contenues dans l’énoncé, choisir de préférence l’une de ces occasions, et donner une raison de ce choix fondée sur les principes de construction de solutions.
Énoncé : « Nous définissons l’“énoncé” comme un tour de parole, une portion de parole typiquement suivie d’un silence et/ou d’un changement de locuteur » (Taylor & Simon, 2014, p. 65).
Occasion : « Une occasion est une action du client qui peut être interprétée comme une exception au problème ou comme l’indice de possibilités plus porteuses d’espoir » (Taylor & Simon, 2014, p. 66).
Construction de solutions : « La conversation collaborative entre clients et thérapeutes qui identifie et amplifie les occasions en changement significatif » (Taylor & Simon, 2014, p. 66).
L’intérêt d’Enrique pour la microanalyse s’est éveillé il y a plus de dix ans, peu après qu’il s’est intéressé à la thérapie brève orientée vers les solutions. À l’époque, il avait Joel pour mentor. Il se souvient d’avoir lutté avec le défi de réévaluer sa propre approche clinique à la lecture des travaux de Steve de Shazer et d’Insoo Kim Berg, qui ont co-développé le modèle. Il se souvient que, sous la direction de Joel, il a commencé à mettre en œuvre les techniques du modèle et à en incorporer progressivement les fondements dans la base de son approche.
En 2013, la Solution-Focused Brief Therapy Association (SFBTA) lui a accordé une bourse pour assister à son congrès annuel. Il a trouvé cette expérience « monumentale », parce qu’« elle m’a donné l’occasion de rencontrer en personne ceux que j’avais lus et admirés, dont mon mentor, Joel Simon ». Pendant le congrès, il a participé à l’atelier sur l’analyse des occasions animé par Joel et Lance Taylor. Il a ensuite suivi l’atelier post-congrès animé par Janet Beavin Bavelas et l’équipe de l’université de Victoria, où il a découvert la microanalyse de la communication en psychothérapie.
Ce qui a particulièrement intrigué Enrique fut l’application pratique par Joel et Lance qui, par un exercice utilisant des enregistrements de la pratique d’Enrique, a permis d’identifier les occasions offertes par les personnes accompagnées de co-construire des solutions. Il a constaté qu’il développait ainsi sa capacité à écouter la clientèle et à lui répondre dans une perspective de construction de solutions.
Au-delà des techniques, il a compris l’importance de l’écoute centrée sur la personne accompagnée et son impact sur la pratique clinique. Il a compris comment la clinique orientée vers les solutions parvenait à co-construire le changement avec les personnes accompagnées. Cette révélation l’a motivé à découvrir de nouvelles façons de poser des questions qui co-construisent le changement.
Aujourd’hui, Enrique utilise l’analyse des occasions comme partie intégrante de l’amélioration continue de sa pratique clinique. Il l’utilise avec des collègues, dont plusieurs pratiquent l’orientation vers les solutions et d’autres connaissent moins bien le modèle. Cet exercice sert d’introduction utile pour les personnes qui ne connaissent pas la thérapie brève orientée vers les solutions. L’analyse des occasions leur permet de découvrir le large éventail d’alternatives disponibles quand on se concentre sur l’écoute de ce qui est utile à la clientèle. Enrique a constaté que les équipes cliniques deviennent plus attentives aux façons dont la clientèle donne aux thérapeutes des indices pour des conversations de construction de solutions.
Enrique avait proposé à Joel l’idée de réunir un groupe de spécialistes de la clinique venant de divers pays pour discuter et comparer une analyse des occasions. Enrique voulait emprunter un concept au livre More Than Miracles (2007), qui documentait des conversations sur le modèle entre spécialistes de l’orientation vers les solutions. Enrique espérait centrer spécifiquement la conversation sur l’analyse des occasions.
Dans le cas de notre projet, un message a été posté sur la liste de diffusion orientée vers les solutions pour demander des volontaires disposés à examiner un énoncé selon la procédure d’analyse des occasions. Douze personnes ont été retenues ; certaines connaissaient déjà le processus, pour d’autres l’analyse des occasions était nouvelle. Toutes ont reçu le même énoncé à analyser, avec les occasions déjà identifiées, sous ce format.
Grille du projet de microanalyse des occasions
Thérapeute : Quels sont vos meilleurs espoirs ?
Énoncé : « OK, j’y ai réfléchi. Ce n’est pas la première fois que je fais une thérapie. C’est la deuxième fois que je viens en thérapie de mon plein gré. Les autres fois, j’y étais forcée. J’espère, en quelque sorte, avoir plus de bons jours que de mauvais. On m’a diagnostiqué un TOC. Mon anxiété a empiré. Alors j’espère, au bout du compte, sentir mes déclencheurs et vraiment empêcher une anxiété de se produire. »
Occasions : 1. OK, j’y ai réfléchi. 2. Ce n’est pas la première fois que je fais une thérapie. 3. C’est la deuxième fois que je viens en thérapie de mon plein gré. 4. J’espère, en quelque sorte, avoir plus de bons jours que de mauvais. 5. On m’a diagnostiqué un TOC. 6. Mon anxiété a empiré. 7. Alors j’espère, au bout du compte, sentir mes déclencheurs et vraiment empêcher une anxiété de se produire. Pour chacune : actions possibles, puis intervention préférée et justification.
En novembre 2021, un groupe de dix personnes s’est réuni en ligne pendant une heure et demie, avec plusieurs pays représentés : Chili, États-Unis, Taïwan, Afrique du Sud, Royaume-Uni, Allemagne, France, Singapour, Bulgarie, Nouvelle-Zélande, Danemark et Canada. La conversation a été enregistrée, et ce qui est présenté dans cet article en est la transcription.
Si le but de l’exercice d’analyse des occasions était de donner un point de départ à notre conversation, et pas nécessairement de discuter les analyses elles-mêmes, nous incluons deux des analyses comme exemples de la façon dont l’exercice a été abordé.
Analyse de Leah Davcheva (Bulgarie)
1. OK, j’y ai réfléchi. a) Vous avez… oui… b) C’est bien. Et en quoi votre réflexion vous a-t-elle été utile ? c) Oui, et comment saurez-vous que votre temps ici a été bien employé ?
2. Ce n’est pas la première fois que je fais une thérapie. a) Vraiment ? Qu’avez-vous apprécié la ou les fois précédentes ? b) Sur une échelle de 10 à 1, à quel point cela a-t-il été utile jusqu’ici ? c) Quelle différence ces fois précédentes ont-elles faite ? Quoi d’autre ? d) Oui, et qu’espérez-vous obtenir aujourd’hui ?
3. C’est la deuxième fois que je viens en thérapie de mon plein gré. a) … venue en thérapie de votre plein gré. b) Comment en êtes-vous arrivée là ? Pouvez-vous m’en dire plus ? c) Comment votre entourage a-t-il réagi à votre choix ?
4. J’espère avoir plus de bons jours que de mauvais. a) Supposez que vous vous endormiez ce soir et qu’un miracle se produise. Le miracle, c’est que les mauvais jours ont disparu. Vous ne le savez pas parce que vous dormez. Que remarqueriez-vous en premier demain ? Quoi d’autre ? b) Que feriez-vous différemment ? c) À quoi ressemblerait une journée idéale pour vous ?
5. On m’a diagnostiqué un TOC. a) En avez-vous parlé à quelqu’un d’autre ? b) Quelle est la meilleure façon pour nous de travailler ensemble ? c) De quoi devons-nous parler pour que cette séance soit utile ?
6. Mon anxiété a empiré. a) Comment gérez-vous la situation ? b) Quel conseil la personne dont vous êtes le plus proche vous donnerait-elle, selon vous ? c) Que faudrait-il pour que vous soyez plus à l’aise ? d) Qu’aimeriez-vous faire dans votre vie qui vous donnerait le sentiment d’être en paix avec vous-même et les autres ?
7. Alors j’espère sentir mes déclencheurs et empêcher une anxiété de se produire. a) C’est une situation difficile, mais il faut bien commencer par quelque chose. Avez-vous déjà une idée de ce que pourrait être votre prochain pas ? b) Qu’est-ce qui vous fait penser que c’est atteignable ? c) Supposez que vous puissiez sentir vos déclencheurs. Comment le saurez-vous ? d) Que dit votre intuition ? Quelle serait, selon vous, une bonne ligne de conduite ? e) Dans quelles situations y arrivez-vous déjà ?
Intervention préférée et justification : 7d. Orientée vers l’avenir ; encourage la personne à se fier à son propre jugement ; reconnaît les qualités de la personne.
Analyse de Lilian Ing (Singapour)
1. OK, j’y ai réfléchi. a) Qu’avez-vous pensé ? b) On dirait que vous avez travaillé là-dessus ? c) Je suis curieuse d’entendre ce que vous avez pensé.
2. Ce n’est pas la première fois que je fais une thérapie. a) Mmh. b) Dites-m’en plus. c) Dites-moi ce qui a marché pour vous quand vous avez « fait » une thérapie.
3. C’est la deuxième fois que je viens en thérapie de mon plein gré. a) Mmh. b) Dites-m’en plus. c) Dites-moi ce qui a marché pour vous la deuxième fois.
4. J’espère avoir plus de bons jours que de mauvais. a) Vous espérez avoir plus de bons jours que de mauvais. b) Et supposez que vous ayez plus de bons jours que de mauvais, quelle différence remarqueriez-vous ? c) Et supposez que vous ayez plus de bons jours que de mauvais, que remarqueriez-vous à propos des bons jours ?
5. On m’a diagnostiqué un TOC. a) Mmh. b) En quoi le fait d’avoir ce diagnostic vous aide-t-il ? c) En quoi le fait de le savoir vous aide-t-il ?
6. Mon anxiété a empiré. a) Comment gérez-vous cela ? b) Que faites-vous pour le gérer ? c) Qu’est-ce qui vous aide quand votre anxiété empire ?
7. Alors j’espère sentir mes déclencheurs et empêcher une anxiété de se produire. a) Et supposez que vous soyez capable de sentir vos déclencheurs et d’empêcher l’anxiété de se produire, que remarqueriez-vous ? b) Et supposez que vous y arriviez, que remarqueriez-vous ? c) Et supposez que vous soyez capable de le faire, que remarqueriez-vous, à la place de l’anxiété ?
Intervention préférée et justification : 1c ou 4c. Toutes deux se centrent sur les espoirs et emmèneraient la séance dans une direction complètement différente. Cela pourrait ensuite conduire à la question du miracle ou aux échelles, au lieu de laisser la cliente s’enfoncer dans des expériences négatives. On garderait la maîtrise de la séance et pourrait la garder pleine d’espoir, en se centrant sur les moments où le problème ne se produisait pas, plutôt qu’en aidant la cliente à faire face au diagnostic et aux difficultés. Cela aiderait la cliente à devenir plus confiante, à sortir de la case du problème diagnostique et à voir que le problème ne se produit pas tout le temps et qu’il existe une possibilité de changement, déjà en cours.
Joel Simon : Joel pratique le travail social clinique depuis plus de 46 ans, dans divers cadres hospitaliers et ambulatoires. Il est praticien, formateur, conférencier et consultant orienté vers les solutions depuis plus de 32 ans. Joel a suivi trois formations avancées au Brief Family Therapy Center (BFTC). Il est membre fondateur de la Solution-Focused Brief Therapy Association. Il exerce actuellement en pratique privée, où il propose formation, supervision et consultation orientées vers les solutions. Joel a cosigné plusieurs articles sur l’orientation vers les solutions, dont deux avec Insoo Kim Berg, et il est l’auteur ou le coauteur de quatre livres sur des sujets orientés vers les solutions. Il a reçu le prix Steve de Shazer en 2014. Joel vit dans la région de la moyenne vallée de l’Hudson, dans l’État de New York.
Enrique Puebla : Enrique Puebla est psychologue, titulaire d’une licence de psychologie, d’un master de pédagogie appliquée à l’enseignement supérieur, d’un diplôme de troisième cycle en psychothérapie systémique orientée vers les solutions et d’un diplôme de psychologie clinique et de la santé. Il a plus de 10 ans d’expérience clinique. Enrique a contribué aux livres Historias de cambio: el enfoque sistémico en acción (2018) et Manual de terapia sistémica breve (2014), avec un chapitre intitulé « Microanalyse des occasions en thérapie brève orientée vers les solutions ». Il vit à Punta Arenas, au Chili.
Lilian Ing : Lilian est psychologue clinicienne agréée, superviseure clinique et coach professionnelle certifiée (ICF). Elle a plus de 25 ans d’expérience professionnelle, non seulement en pratique clinique et en supervision, mais aussi en leadership et en développement organisationnel. Elle a travaillé à l’international dans des entreprises, la fonction publique et en pratique privée. Elle est associée à plusieurs cabinets de conseil internationaux. Elle est certifiée en TBOS et en coaching orienté vers les solutions, et siège au conseil international de Solution Focus in Organizations (SFIO). Elle a contribué à des publications et des livres sur la psychothérapie, l’adoption, le conseil, la conduite du changement et le coaching, publiés au Royaume-Uni et à Singapour. Lilian vit à Singapour.
Haesun Moon : Haesun est directrice exécutive du Canadian Centre for Brief Coaching à Toronto et titulaire d’un doctorat en éducation des adultes et développement communautaire de l’université de Toronto. Elle enseigne à l’université de Toronto et à l’Institute of Coaching affilié à la Harvard Medical School. Haesun est l’autrice de Coaching A to Z: The Extraordinary Use of Ordinary Words et de Foundations of Brief Coaching. Haesun vit à Toronto, au Canada.
Matthias Schwab : Matthias est titulaire d’un master de psychologie. Il est thérapeute, coach, formateur et superviseur orienté vers les solutions en pratique privée. Il siège au comité éditorial du Journal for Solution Focused Practices. Il soutient des « sculptures sociales » au sein de la Free International University et du Solution-Focused Collective. Matthias vit à Ansbach, en Allemagne.
Wei-Su Hsu : Wei-Su Hsu est professeure retraitée du département de psychologie de l’éducation et de conseil de la National Taiwan Normal University, à Taïwan. Elle se consacre depuis plus de vingt ans à la promotion de la TBOS par des conférences, des formations, des consultations et la supervision de personnes exerçant le conseil à Taïwan et en Chine. Elle est l’une des fondatrices et la consultante honoraire du Taiwan Solution-Focused Center. Elle vit à Taïwan.
Leah Davcheva : Leah indique que son parcours professionnel relève de la linguistique, de l’éducation interculturelle, de l’OS et du Host Leadership. Elle vit en Bulgarie.
Marie-Christine Cabié : Marie est psychiatre, exerçant en hôpital public, en soins ambulatoires, en réhabilitation psychosociale et en pratique privée. Elle s’est d’abord formée à la thérapie familiale systémique, à l’hypnose, à l’EMDR et à la microanalyse des entretiens en face à face. Elle a publié des livres en français. Marie indique s’intéresser à la TBOS depuis 1988, quand elle a rencontré Steve de Shazer à Paris. Elle est membre fondatrice de l’EBTA. Marie est corédactrice de la revue Thérapie familiale et directrice de la collection « Relations ». Elle est formatrice et superviseure en TBOS, en thérapie familiale systémique et en hypnose ericksonienne. Marie a écrit des articles et des livres en français et traduit des articles de Steve de Shazer, Yvonne Dolan, Gale Miller, Allan Wade et Barry Duncan. Elle vit en France.
Naomi Whitehead (Royaume-Uni) et Anne-Marie Wulf (Danemark) ont aussi participé à la discussion.
Avant la réunion, chaque personne participante a reçu un énoncé à analyser. Une fois les analyses terminées et renvoyées, toutes ont reçu celles des autres avant la conversation.
Ce qui suit est fondé sur la transcription de la discussion du 21 novembre 2021. Parce que les conversations sont informelles et reflètent spontanément la pensée du moment plus qu’une présentation formelle, la conversation a été éditée. L’espoir et le désir sont d’améliorer la lisibilité sans affecter le sens. Un projet de transcription a été envoyé à chaque personne participante pour recueillir toute modification garantissant que les significations correspondent à leur intention initiale.
Joel : Je voudrais commencer par recueillir les réactions et les réflexions de chacun sur le fait même de passer par ce processus de microanalyse. Nous partirons de là et ouvrirons la discussion. Quelle est votre expérience de l’analyse ?
Leah : Je me souviens que c’était un exercice d’imagination. Personnellement, je n’ai jamais eu un tel cas. C’était aussi un merveilleux mélange de ce que je savais déjà et de la façon dont j’improvisais ce que je dirais, en imaginant ce que la cliente dirait. C’était donc très agréable : appliquer ce que je sais déjà et créer quelque chose de nouveau.
Joel : Haesun, je sais que tu t’en es emparée et que tu as commencé à l’utiliser dans ton enseignement aussi. Tu as donc de l’expérience de l’analyse des occasions. Qu’est-ce que cela a été pour toi de la faire ?
Haesun : Plus je la faisais, plus je voyais d’occasions. Je me suis dit : « Il faut que j’arrête. » C’était vraiment si riche de voir ce que tous les autres avaient fait aussi. Il y a des schémas clairs que nous suivons tous. C’est très rassurant, parce qu’il y a cette fidélité inter-juges, « Oh, tu fais quelque chose de semblable », dans une direction semblable. Je crois donc que c’est quelque chose de vraiment, vraiment rassurant. Ce n’est pas quelque chose qu’on trouve facilement dans d’autres modalités. Cela montre clairement que notre orientation est semblable dans la pratique orientée vers les solutions.
Marie : Quand j’ai fait l’exercice, je l’ai trouvé très intéressant et déroutant à la fois. C’était un très grand énoncé, et nous devions réagir à des morceaux de l’énoncé sans pouvoir rien changer ensuite. Je suis d’accord avec toi, Haesun, parce que nous travaillons tous dans la même direction.
Joel : Matthias, tu en as envoyé une deuxième. Tu avais une réflexion particulière sur le processus. Peux-tu en parler un peu ?
Matthias : Dès qu’on commence à dire quelque chose, ou dès qu’on commence à orienter dans une direction, l’interaction part ailleurs. L’exercice en lui-même est donc difficile et artificiel, parce qu’on ne sait pas comment ça continue. Maintenant, en lisant toutes les réponses, je trouve intéressant, c’est ce que Haesun disait, qu’il y ait quelques occasions choisies par la plupart des autres.
Joel : Celle qui a été le plus choisie tournait autour de la définition de ce qu’est un bon jour. J’ai aussi trouvé intéressant que quelques personnes disent qu’elles choisiraient deux interventions. Ce n’est pas ainsi que vont les conversations. On choisit une intervention, et la personne répond. Puis on répond à cette réponse. Cette réponse n’est peut-être pas la seconde qu’on aurait choisie. Je l’utilise aussi en formation et en supervision. On peut commencer à demander « Pourquoi as-tu fait cela ? » plutôt que « Pourquoi ferais-tu cela ? » Cela devient le présent plutôt que l’avenir. Enrique, Haesun et moi avions déjà fait des occasions. Pour qui était-ce le premier contact avec les occasions ?
Leah : Pour moi, c’était la première fois. J’ai trouvé cela limitant, parce que nous ne savons pas comment la conversation ira. En même temps, en restant dans les limites, je me suis sentie libre d’improviser. C’est pour cela que c’était intrigant. Même si je suis consciente que les vraies conversations sont spontanées.
Joel : Voyez-vous là un exercice précieux ?
Marie : C’était la première fois que je le faisais de cette façon. J’ai trouvé cela très intéressant, et je crois que je l’utiliserai en formation. Ce que je faisais quand j’apprenais l’orientation vers les solutions, c’était réécrire des séances entières. C’était une occasion de réfléchir à ce que je devrais dire et de chercher les occasions de ce que je pourrais dire maintenant. Je le faisais donc en réécrivant des séances, mais je trouve cette façon-ci très intéressante.
Matthias : C’est peut-être trop évident pour être dit, mais l’exercice est presque identique à ma façon générale d’être en séance. On cherche toujours la prochaine réponse possible. Cela fonctionne de façon assez semblable.
Haesun : Ce que je trouve souvent très utile quand je fais cela dans le cadre de l’exercice, comme beaucoup d’entre vous le disent, c’est que les praticiens débutants, quand ils apprennent, ont cette envie de produire une réponse correcte. Cet exercice vous libère de la formation de « la réponse correcte », et permet au contraire de réfléchir aux différentes réponses possibles. Que ce soit orienté vers les solutions ou non est secondaire par rapport à toutes les occasions différentes que nous pouvons choisir dans ce récit. Je trouve cela très libérateur pour beaucoup de praticiens. Certains disent qu’on peut aller jusqu’à « supposez que rien ne change dans votre vie, quel est le pire qui puisse arriver ? » C’est une option. Je crois qu’il est utile de voir toutes les options différentes en formation.
Enrique : Pour moi, je veux juste dire que cet exercice, comme l’orientation vers les solutions, est un art. Par analogie, quand on apprend la guitare, on apprend un accord ; il faut placer ses doigts sur la guitare très lentement. Avec la pratique, on arrive à jouer vite. Cet exercice, c’est faire de l’orientation vers les solutions très lentement, en prenant le temps de réfléchir et d’observer toutes les alternatives. C’est donc une très belle façon de voir comment nous travaillons.
Joel : Le projet est né d’une suggestion d’Enrique. Il se référait au livre More than Miracles (2007). Il aimait l’idée qu’un groupe de personnes se réunisse pour une conversation entre professionnels. Il pensait que ce serait une bonne idée de le faire avec les occasions. Ce qui m’intéresse, c’est ce que cela dit : nous sommes répartis dans le monde, dans des pays différents, tous à pratiquer l’orientation vers les solutions. Qu’est-ce que cela dit de la pratique de l’orientation vers les solutions, en relisant les analyses les uns des autres ?
Matthias : Probablement que si on le fait en anglais, ça se ressemble beaucoup [rires généraux]. Quel est l’impact de la langue sur le processus, sur la culture ? Quand nous faisons l’exercice en anglais, nous sommes tous dans le cadre de la culture de langue anglaise. C’est automatiquement incorporé. Ce serait peut-être différent en allemand. En allemand, on aurait peut-être d’autres occasions, parce que chaque langue offre d’autres tournures, des métaphores, des aperçus et des sens intéressants qui peuvent être touchés ou non. Cela rend vraiment les traductions impossibles.
Joel : Si c’était en allemand, en quoi la co-construction serait-elle différente ?
Matthias : Pas en général, mais dans le détail. Un exemple : Steve de Shazer a commencé une conversation que j’ai observée par « Bonjour, que faites-vous de votre vie ? » C’est une question très simple, mais très profonde. « Dites-moi, que faites-vous de votre vie ? » On ne peut pas vraiment poser une question semblable en allemand. Si on essaie de la traduire, elle sonnera aussitôt comme, sinon impolie, du moins comme mettant beaucoup de pression sur le client. Ce n’est pas le cas en anglais ; du moins tel que je le comprends. Ce n’est pas une bonne option pour commencer en allemand dans la plupart des contextes. Autre exemple, poser la question des meilleurs espoirs en allemand est beaucoup plus compliqué. Ça ne sonne pas élégant. Ça sonne bizarre, mais on peut le faire. Les gens suivent ; j’ai essayé. Parfois je choisis de l’utiliser quand même.
Joel : Je me souviens d’un de nos congrès de thérapie brève orientée vers les solutions où Lance Taylor animait un atelier et posait la question « De quoi êtes-vous fier ? » Il y avait quelqu’un du Japon. Il a dit : « Nous ne poserions jamais cette question. Cela ne ferait tout simplement pas partie de notre culture. » Enrique a évoqué l’analogie avec la musique. Peu importe le pays où l’on est, la notation musicale est la même. Nous pouvons avoir des idées différentes de ce qui constitue une mélodie, mais nous partageons la même structure. Dans quelle mesure s’agit-il d’une structure partagée ? Tu as raison, Matthias, il y a des différences culturelles, mais partageons-nous le même langage ?
Enrique : Le même jeu de langage.
Leah : Je fais du coaching orienté vers les solutions en anglais et en bulgare. Je le fais en anglais avec des gens de différents pays. Les questions que je pose semblent naturelles aux gens. Rien n’indique « Oh, c’est une question difficile » ou « Je n’ai jamais entendu cette question ». Ce que j’ai entendu, c’est « Oh, c’est une question intéressante ». En bulgare, j’ai le même problème avec la question des meilleurs espoirs. Elle ne passe pas bien en bulgare ; linguistiquement, c’est inhabituel. Cette nouveauté de la question, le caractère inattendu de la question, développe la curiosité et la surprise. Pour moi, c’est un effet très positif. Je ne crois pas que la culture nationale compte tant que cela. C’est l’expérience de la personne qui entre en jeu. Chaque fois que je travaille avec des gens de Bulgarie, ils répondent différemment. Cela dépend peut-être de leur aisance avec les questions et de leur confort avec la nouveauté. Quand je le fais avec des équipes, c’est merveilleux. Parce qu’il y a toujours quelqu’un dans l’équipe qui accueille la nouveauté. Cela a un effet positif sur les autres, qui accueillent peut-être moins bien les questions.
Haesun : Je parle couramment le coréen et l’anglais. J’ai des amis qui parlent aussi couramment le coréen et l’anglais. J’ai une amie qui est aussi orientée vers les solutions. Alors nous jouons à ce jeu : pouvons-nous faire cela en coréen ? Nous avons du mal à continuer, parce qu’en coréen, traduit directement entre deux personnes qui parlent la même langue, c’est presque comme si on utilisait un livre traduit. Je n’utilise pas les meilleurs espoirs comme question, c’est un type de question ou une direction de question, donc je ne demande jamais « quels sont vos meilleurs espoirs ». Je demande la raison de leur venue et ce qu’ils veulent voir de différent. Je l’ai traduit en coréen, mais ça sonne presque faux. Mon amie dit : « Eh bien, ce n’est pas bien fait » en coréen. C’est vraiment drôle, parce que je connais l’orientation vers les solutions et elle aussi. Nous n’arrivons vraiment pas à tenir cette conversation en coréen. Je me demande ce que ce serait d’avoir la conversation en anglais puis dans votre langue maternelle.
Joel : Je me souviens d’une conversation sur le mot « miracle » et sur la façon dont il se traduit.
Haesun : En coréen, « miracle » sonne bizarre. J’ai un livre qui est une version traduite d’Interviewing for Solutions (2002) en coréen. Je le montre à mes parents, et ils disent : « Je ne comprends tout simplement pas ce que ça dit. »
Joel : Ma première fois au BFTC, c’était en 1994. Quand on allait au BFTC, le premier soir, Insoo et Steve organisaient une soirée pizza chez eux. Nous étions assis à discuter de la traduction de la question du miracle. Il y avait un groupe de Corée, là pour un mois. Quelqu’un a demandé à Insoo de traduire la question du miracle en coréen. Quand elle a eu fini, on a demandé aux Coréens comment elle s’en était sortie. Ils ont dit que les mots étaient justes, mais qu’elle utilisait ses mains, et qu’eux ne parlent jamais avec les mains. Je n’utilise pas non plus la question des meilleurs espoirs. Ma question préférée est : « Que voulez-vous qui soit différent et meilleur du fait de notre travail ensemble ? » Je propose que nous regardions les analyses et discutions de ce que chacun a fait.
Haesun : J’ai lu le travail de tout le monde, et c’était si intéressant. J’adore que beaucoup d’entre vous aient juste répondu « OK » ou « mmh ».
Matthias : J’adore voir les similitudes entre praticiens orientés vers les solutions. Mais la même tâche avec des personnes d’autres approches serait aussi intéressante.
Joel : Matthias, tu parles de la façon dont les gens utilisent les questions ?
Matthias : Si des praticiens de différentes approches faisaient le même exercice, verrions-nous différents jeux de langage se jouer ? Ce serait peut-être amusant à voir.
Joel : Comment ferais-tu ?
Matthias : Probablement la même approche. Il suffirait de trouver quelqu’un qui utilise une approche différente et de lui demander de faire la même chose.
Joel : Une chose dont Lance et moi avons parlé, c’est que nous faisons l’analyse des occasions dans une orientation vers les solutions. Supposons que vous soyez psychanalyste. Vous pourriez probablement le faire dans cette perspective, ou en TCC, ou en Gestalt, ou dans n’importe lequel des 300 à 500 modèles différents qui existent.
Enrique : C’est une structure.
Joel : Oui.
Enrique : C’est un outil qu’on peut utiliser avec d’autres modèles.
Lilian : Je crois que la façon dont nous nous exprimons, une tournure de phrase, n’est qu’une expression de notre personnalité. J’ai regardé celle de Harry (Harry Korman avait initialement réalisé l’analyse et comptait se joindre à la conversation. Il n’a malheureusement pas pu être présent ce jour-là), par exemple, et Harry est très concis dans ce qu’il dit. Toutes ses réponses sont presque monosyllabiques. Je ne pourrais tout simplement pas faire cela. Je suis une personne expansive. Je me demande si c’est une expression de notre personnalité. C’est la beauté de la chose : cela vous donne l’occasion de vous exprimer.
Joel : Mon expérience est que les nouveaux venus à l’orientation vers les solutions, selon qu’ils ont été influencés par Insoo ou par Steve, commencent par imiter l’un ou l’autre. Par exemple, des gens des États-Unis se mettent à parler l’anglais d’Insoo, influencé par le coréen. Moi, j’ai probablement davantage canalisé Steve et adopté son minimalisme. Je crois qu’il y a un moment où l’on devient à l’aise avec le modèle. Je crois que sa propre personnalité commence à remonter, comme tu le suggérais, Lilian. On commence à se servir de soi-même au service de la thérapie. Je regarde la tienne, Leah. J’ai regardé la première, « OK, j’y ai réfléchi… ». Une que j’ai vraiment aimée parmi celles que tu proposais était : « Oui, et comment saurez-vous que votre temps ici a été bien employé ? »
Leah : J’utilise cette question tout le temps, avec presque tout le monde.
Joel : J’ai commencé à appeler ce genre de questions des « questions d’invitation ». Quand nous commençons une séance, ce que nous voulons, c’est inviter les gens dans un jeu de langage de construction de solutions. L’idée est d’arriver à la question du miracle aussi vite que possible. Je crois donc, Leah, que ta question est une façon d’inviter les gens dans une conversation de construction de solutions.
Leah : Je pense aux présupposés. Nous ne sommes pas censés supposer des choses, mais nous supposons tout le temps. Même cette question, « Comment saurez-vous que votre temps ici a été bien employé ? », je les invite avec un présupposé. Le présupposé est qu’il existe une possibilité de bien employer le temps. J’ai regardé la première réponse de chacun et j’ai noté ce qui était commun. J’ai noté ce que nous partagions. Je m’intéressais aux présupposés que nous faisions tous. Par exemple, « À quoi ressemblerait une journée idéale pour vous ? » Il y a un présupposé qu’il y aura une journée idéale.
Joel : Une des choses que j’enseigne, c’est que nous avons bel et bien des présupposés. Nous pouvons nous demander, et il y a eu des débats là-dessus, si nous avons une théorie. Il existe un terme, le « choix lexical ». On peut reconnaître l’approche de quelqu’un rien qu’en regardant comment va la conversation. Je crois que les présupposés transmettent le choix lexical du thérapeute.
Leah : Il y a une discussion philosophique : qu’est-ce qu’un présupposé, qu’est-ce qu’un principe, qu’est-ce qu’un truisme ? « Présupposé » sonne du côté négatif. « Principe » n’a pas cette nuance. Tous ensemble, ils font une théorie, j’imagine.
Joel : En posant la question, Leah, « Comment saurez-vous que votre temps ici a été bien employé ? », que dit-elle de ton présupposé ?
Matthias : Bonne question.
Leah : Mon présupposé est que nous visons tous les deux à employer le temps utilement. Je les invite dans une sorte de contrat. Nous voulons tous les deux passer un moment utile.
Joel : Leah, ta proposition sur la question du miracle. Tu as fait du miracle la disparition des mauvais jours. Je me demandais ce qui t’a fait choisir cela plutôt que le miracle « Vous avez plus de bons jours » ?
Leah : Je ne sais pas ce que je pensais à ce moment-là. Maintenant, je regarde ce que la cliente dit, « J’espère avoir plus de bons jours que de mauvais. » J’ai dit que les mauvais jours ont disparu. On se connecte en utilisant son langage.
Lilian : Pour certaines personnes, ce serait peut-être un pas trop grand. Elles ont de si mauvais jours que c’est un pas dans la bonne direction, un préalable aux bons jours. En parlant des mauvais jours, on peut passer aux bons jours.
Matthias : Cela suggère qu’on peut laisser partir les mauvais jours, leur dire adieu. Puis la question du miracle demande quelque chose auquel on n’a habituellement pas pensé. Il peut être difficile de commencer par quelque chose de nouveau. Il est peut-être plus facile de répondre si on formule ainsi ; pour approcher lentement cet espace ouvert d’idées toutes nouvelles.
Joel : Matthias, je crois que tu tiens quelque chose. Dans la plupart des cas, quand on demande aux gens ce qu’ils veulent de différent, ils commencent par le négatif, ce qu’ils ne veulent pas. Erickson disait quelque chose comme : « Et vous savez, n’est-ce pas… » De cette façon, il disait le négatif et la personne n’avait pas à penser le négatif. De même, « Les mauvais jours ont disparu » : maintenant, nous n’avons plus à parler du négatif.
Matthias : Ce que je fais habituellement quand je pose la question du miracle, c’est inclure « et les problèmes qui vous ont amené ici ont tous disparu », ou quelque chose de ce genre. C’est une façon de reconnaître le problème. C’est une façon importante de l’inclure [le problème] pour éviter de devenir « solution-forcé ».
Joel : Mon sentiment est que cela exclut de parler des mauvais jours. Nous avons déjà fait référence aux mauvais jours.
Wei-Su : Je suis impressionnée par le choix final de Haesun. J’aime sa réponse. Elle a résumé les bons jours et les proches de la cliente. Puis elle les réunit dans la question du miracle.
Joel : Je m’intéressais particulièrement à la façon dont les gens ont traité « On m’a diagnostiqué un TOC ».
Enrique : J’ai trouvé cette partie de l’énoncé intéressante. Elle inclut beaucoup de situations où les clients parlent de leurs diagnostics.
Joel : Oui. Elle a dit que parfois la thérapie était forcée, et d’autres fois choisie. Puis elle utilise l’expression « avoir plus de bons jours que de mauvais ». Je crois que c’est pour cela que la majorité a choisi celle-là.
Enrique : C’est comme un bonbon.
Joel : Oui, oui. On l’entend. Ça vous saute aux yeux. Wei-Su a commenté ce que Haesun avait fait.
Haesun : Tu sais, je trouve, Joel, que c’est intéressant, parce que quand je regarde vraiment les enregistrements d’Insoo, de Steve et de tous ces autres praticiens, j’ai été très frappée par le nombre de formulations : résumer, paraphraser, faire écho. Je crois que les gens ont en fait tendance à s’appuyer beaucoup sur ce qu’il faut demander plutôt que sur ce qu’il faut écouter. Quand Insoo, Steve et Peter De Jong font de l’orientation vers les solutions, ils ont une sorte de résumé ou de formulation, qui préserve le langage du client, avant de poser une autre question. Sinon, ce qui finit par arriver, si on pose juste une autre question, c’est que les gens reviennent toujours répéter ce qu’ils ont déjà dit, parce qu’ils peuvent avoir le sentiment de ne pas avoir été entendus. Je trouve utile de leur demander : « C’est ce que vous avez dit vouloir, c’est bien ça ? » En général, ils disent oui, et j’ai alors le sentiment de pouvoir construire dessus.
Joel : Oui, je constate que j’utilise davantage de calibrages.
Haesun : Exactement. Comme là, je dis « oui ». Et puis tu dis « oui », et tu hoches la tête.
Joel : La question est : « Sommes-nous sur la même longueur d’onde ? » Haesun, je m’intéresse à ta réponse à « On m’a diagnostiqué un TOC ». Tu as dit : « OK, un TOC, qu’y a-t-il eu d’utile à recevoir ce diagnostic ? » Intéressant. Parle un peu de ta réflexion.
Haesun : Je ne veux pas supposer que je sais ce qu’elle entend par TOC.
Joel : Même l’expression « On m’a diagnostiqué un TOC » suggère qu’elle suppose que je sais ce que cela veut dire.
Haesun : Je crois que très souvent nous supposons que les clients pensent que, parce que c’est un diagnostic, ce doit être mauvais ou difficile à traiter. Je crois que c’est juste notre présupposé. J’ai eu en fait beaucoup de gens qui viennent et disent : « Enfin, j’ai un diagnostic. » Ils sont peut-être contents d’avoir un diagnostic.
Joel : Je crois que cela se reflète dans l’intervention possible : « OK, un TOC, qu’y a-t-il eu d’utile à recevoir ce diagnostic ? »
Haesun : J’ai appris en faisant l’analyse des occasions qu’il y a un présupposé, et qu’il exige une réponse explicite de la personne. Je m’amuse beaucoup, en fait, à regarder les gens travailler avec les réponses. Dans ce cas, j’ai le présupposé que le diagnostic pourrait être utile.
Joel : C’est quelque chose que je me souviens avoir entendu dire par Insoo : les questions que nous posons obtiennent de l’information, et elles donnent aussi de l’information. Elles disent au client ce qui nous intéresse.
Leah : Supposez que vous demandiez « qu’est-ce qu’un TOC ? » Elle pourrait se mettre à décrire les symptômes. Que feriez-vous ?
Haesun : Je crois que je demanderais simplement : « Quelle partie de cela vous parle ? » Ou : « Avec quelle partie êtes-vous d’accord ? »
Joel : Marie, peux-tu développer un peu ce que tu entendais par externalisation du TOC, puis question du miracle ?
Marie : Je crois que certains clients croient qu’ils sont leur diagnostic. Ils disent : « Eh bien, j’ai un TOC. » Il semble n’y avoir aucune différence entre leur identité et leur diagnostic. J’utilise l’externalisation pour différencier l’identité de la personne et le diagnostic. Quand j’utilise la question du miracle, je peux faire cette différenciation. Je peux demander : « S’il se produit un miracle cette nuit, et que vous gérez très bien le TOC, du mieux que vous pouvez, comment le saurez-vous demain ? »
Matthias : Wei-Su, tu as suggéré de demander si la cliente est d’accord avec le diagnostic, ou comment ses amis et sa famille seraient d’accord. Je me demande quelle était ton idée en posant cette question.
Wei-Su : Je veux simplement savoir quelle est la perception de la cliente sur le diagnostic de TOC. Peut-être est-elle d’accord qu’elle a un TOC. J’ai constaté, surtout avec les enfants : comment les parents savent-ils que leur enfant a un problème quelconque ? Peut-être que les parents décriront une action de l’enfant qui ne relève pas du diagnostic, c’est juste l’inquiétude des parents. L’enfant a peut-être un problème, mais il n’a peut-être pas besoin d’être diagnostiqué.
Enrique : Matthias, je veux t’interroger sur ton action possible où tu écris : « Attendre, attendre, ouvert à accueillir n’importe quoi ? » Veux-tu dire que tu utilises le silence ?
Matthias : C’était certainement l’idée. Je trouve les discussions sur le diagnostic peu utiles. J’attends donc de voir où la conversation va naturellement. L’idée est qu’en faisant une pause, on indique qu’on a entendu, mais qu’on guette encore la prochaine partie intéressante.
Enrique : Cela me rappelle le manuel de traitement de la SFBTA (2013). Il y a un dialogue entre Harry Korman et une cliente. Dans la discussion qui suit, il est noté : « Plutôt que de dire quelque chose, le thérapeute s’est installé dans une posture d’écoute et a regardé directement la cliente, attendant qu’elle en dise plus sur un aspect d’une solution » (p. 6).
Joel : Je lui ai dit : « Alors, quels morceaux de cette chose que vous appelez TOC voudriez-vous garder ? » Cela a mené à une conversation très intéressante. Elle aime nettoyer et trouve cela agréable. À un moment, je lui ai demandé si elle serait prête à suivre une suggestion, avant de prendre la pause. Elle a accepté, puis a dit : « Attendez, attendez. Je reprends ça. J’ai vu une autre thérapeute, et elle voulait que je touche des chaussettes sales sans gants. Je ne suis pas prête à toucher des chaussettes sales sans gants. » Elle a ajouté que toucher des chaussettes sales avec des gants ne la dérangeait pas. Ma réponse a été : « Oui, mais ça dérangeait la thérapeute. »
Il ne nous reste que quelques minutes. Lilian doit aller dormir, parce qu’il est presque minuit chez elle. Des réflexions finales sur cet exercice ? Quelque chose que quelqu’un voudrait ajouter ou dire ?
Haesun : Je veux vous demander à tous les deux, en fait. Joel et Enrique, en voyant l’analyse de chacun, quels schémas avez-vous remarqués ?
Enrique : J’ai trouvé une communauté des choix préférés. Cela m’a rappelé la cohérence du modèle. Peu importait, semble-t-il, que nous soyons dans des pays différents ou de cultures différentes. L’important, ce sont les principes derrière les questions. Nous semblons suivre les mêmes présupposés et principes orientés vers les solutions.
Joel : Je suis d’accord avec Enrique. J’ai aussi été frappé par la cohérence de chacun avec le modèle. Chacune de ces interventions aurait fonctionné. Je crois que c’est notre façon d’écouter, comme thérapeutes orientés vers les solutions : ce qui nous saute aux yeux quand nous répondons aux énoncés des clients. Je crois que la différence entre quelqu’un de nouveau dans l’orientation vers les solutions, qui tend à être si centré sur la question, et ceux qui pratiquent depuis un moment, c’est que ces derniers tendent à aller au-delà de la réflexion sur la question. Ils se mettent à penser à ce que le client dit, et nous laissons la curiosité conduire les questions posées. Par exemple, quand la cliente parle de vouloir plus de bons jours que de mauvais, je suis devenu curieux ; je veux en savoir plus sur les bons jours.
Enrique : Cela me rappelle aussi l’analyse des occasions et le fait de regarder à la fois le contenu positif et le contenu négatif. La recherche parle de la cohérence du modèle. Par exemple, la façon dont les thérapeutes brefs orientés vers les solutions répondent de manière cohérente au contenu positif.
Leah : Dans mon dernier projet de recherche, j’ai étudié les occasions que les locuteurs du ladino, la langue d’héritage des Juifs séfarades, se créaient en utilisant le ladino dans diverses situations. À rebours de la tendance dominante qui étudie le ladino comme une langue gravement menacée, je voulais voir si, et quels, bénéfices en tirent ceux qui choisissent de le parler. Et si la recherche est un champ très différent de la thérapie ou du coaching, ma part de praticienne a influencé mon choix de travailler sur le versant des occasions de l’usage de la langue plutôt que sur les détails de sa mort continue.
Joel : C’est une différence intéressante, entre pourquoi la langue meurt et pourquoi elle vaut d’être préservée.
Leah : Il est utile de savoir de quelles occasions les gens ont profité en parlant ladino.
Joel : Je m’intéressais particulièrement à la façon dont vous avez réfléchi au choix de cet énoncé.
Enrique : J’ai trouvé que l’énoncé était magnifique pour cela, parce qu’il inclut beaucoup de situations semblables qui peuvent survenir pendant une séance : parler du diagnostic et parler des expériences précédentes de thérapie.
Joel : Je veux vous remercier tous, en particulier d’avoir supporté les décalages horaires (surtout Lilian).
En relisant la transcription, plusieurs idées ont émergé qui méritent d’être soulignées :
D’un point de vue co-constructif, ignorer le diagnostic a du sens : pourquoi créer des réalités autour de la pathologie ? Mais l’un des présupposés inhérents à la pratique de la TBOS est que tout ce que la personne accompagnée dit est utile, et que le travail de la pratique orientée vers les solutions est de s’en servir. Ce qui est intéressant dans cette conversation, c’est la façon dont les thérapeutes abordent directement le diagnostic et l’utilisent pour en changer le sens.
Le sujet de conversation de ce passage est la cliente qui déclare, dans l’échantillon, « On m’a diagnostiqué un TOC ». Haesun dit qu’elle aurait demandé en quoi recevoir ce diagnostic avait été utile. Elle ajoute qu’elle ne veut pas supposer que, parce qu’il y a un diagnostic, cela signifie que c’est « mauvais ou difficile à traiter… Ils sont peut-être contents d’avoir un diagnostic ». Marie explique qu’elle utilise l’externalisation « pour différencier l’identité de la personne et le diagnostic ». Elle ajoute qu’elle utiliserait le diagnostic comme une façon de poser la question du miracle.
Wei-Su dit qu’elle demanderait à la cliente sa perception du diagnostic, surtout avec les parents d’un enfant désigné pour la thérapie. Elle suggère qu’il est possible de co-construire avec les parents un sens différent du diagnostic, peut-être en réduisant le pouvoir de l’étiquette.
Joel a demandé à la cliente : « Alors, quels morceaux de cette chose que vous appelez TOC voudriez-vous garder ? » Nous trouvons cette phrase intéressante à plusieurs niveaux. Elle renvoie à l’usage de l’externalisation par Marie : « quels morceaux de cette chose que vous appelez TOC ». Il y a ensuite la suggestion qu’il y a peut-être quelque chose d’utile dans le diagnostic. En même temps, elle suggère qu’il existe des exceptions à la perception traditionnelle du diagnostic comme pathologie.
Ce qui est commun à ce passage, c’est la façon dont chaque thérapeute aborde directement le diagnostic et s’en sert pour inviter la cliente dans une conversation de construction de solutions.
Dans leur article original, Taylor et Simon (2014) déclarent :
Les deux auteurs sont praticiens et formateurs en thérapie brève orientée vers les solutions. À ce titre, notre intérêt n’est pas seulement d’affiner nos propres capacités à écouter les clients et à leur répondre d’une manière cohérente avec les principes de construction de solutions, mais aussi de développer un processus de formation qui apprenne aux stagiaires à mieux écouter avec des « oreilles de construction de solutions » (p. 67).
Cet article ajoute une fonction supplémentaire à l’analyse des occasions : tester la cohérence du modèle avec un panel international. Dans leur article, Jordan et al. (2013) déclarent :
Les résultats pour les thérapeutes TBOS étaient entièrement congruents avec leur modèle et entre eux, au moins sur une caractéristique importante analysée ici. Globalement et individuellement, ils ont produit significativement plus d’énoncés positifs que négatifs, ce qui soutient l’approche de la TBOS centrée sur une perspective positive (p. 55-56).
Cet exercice soutient l’observation de cette étude. Il y a clairement, tout au long de la discussion, une insistance sur la façon dont les conversations orientées vers les solutions se centrent sur la construction de solutions. L’article original (Taylor & Simon, 2014) notait qu’un résultat positif d’une analyse des occasions est qu’elle peut donner lieu à des discussions intéressantes sur la pratique de la thérapie brève orientée vers les solutions. La conversation issue d’un exercice relativement simple semble le confirmer.
Les auteurs remercient les personnes qui ont pris le temps et la peine de préparer cet exercice et d’y participer : Lilian Ing, Naomi Whitehead, Haesun Moon, Anne-Marie Wulf, Matthias Schwab, Wei-Su Hsu, Leah Davcheva et Marie-Christine Cabié.
Soumis le 23 janvier 2024, accepté le 22 novembre 2024.
Complexe Systémique : à retenir
Le dispositif est modeste et c’est sa force : une réplique, sept occasions, dix personnes qui pratiquent, et la question de ce qu’elles font pareil et différent. Le résultat annoncé, la cohérence du modèle par-delà les cultures, est en partie un artefact, puisque l’exercice se fait en anglais entre personnes formées à la même école, et Matthias Schwab le dit dans un éclat de rire. Mais la conversation vaut par ses détails : la question du miracle qui sonne faux en coréen, « que faites-vous de votre vie ? » impossible en allemand, Insoo qui traduit avec les mains, et surtout le passage sur le diagnostic, où quatre thérapeutes montrent quatre façons de prendre un TOC annoncé sans le nier ni s’y soumettre : en demander l’utilité, l’externaliser, interroger la perception, ou demander quels morceaux garder. C’est une leçon de clinique plus précise que bien des traités. La présence de Marie-Christine Cabié, psychiatre parisienne et traductrice de de Shazer, rappelle que l’approche a une histoire en français. À lire avec ce que les personnes accompagnées disent aider, selon Żak et la microanalyse de Godat et Czerny.
Références
De Shazer, S. (1985). Keys to solutions in brief therapy. Norton.
De Shazer, S. (1988). Clues: Investigating solutions in brief therapy. Norton.
De Shazer, S. (1991). Putting differences to work. Norton.
De Shazer, S., & Dolan, Y. (2007). More than miracles: The state of the art of solution-focused brief therapy. The Haworth Press.
Jordan, S. S., Froerer, A., & Bavelas, J. B. (2013). Microanalysis of positive and negative content in solution-focused brief therapy and cognitive behavioral therapy expert sessions. Journal of Systemic Therapies, 32(3), 46-59. https://doi.org/10.1521/jsyt.2013.32.3.46
Taylor, L., & Simon, J. (2014). Opportunities: Organizing the solution-focused interview. Journal of Systemic Therapies, 33(4), 62-78. https://doi.org/10.1521/jsyt.2014.33.4.62
Walter, J., & Peller, J. (1992). Becoming solution-focused in brief therapy. Brunner/Mazel.
Traduction non officielle en français de Opportunities Analysis: An International Discussion, de Joel Simon et Enrique Puebla, publié dans le Journal of Solution Focused Practices, vol. 8, n° 2 (2024), doi : 10.59874/001c.126583, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (grilles en fiches). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Opportunities Analysis: An International Discussion », publié dans Journal of Solution Focused Practices (2024) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Simon, J., & Puebla, E. (2024). L’analyse des occasions : une discussion internationale (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/l-analyse-des-occasions-une-discussion-internationale (Œuvre originale publiée en 2024 dans Journal of Solution Focused Practices, vol. 8, n° 2 (2024) ; republiée en 2024 par Journal of Solution Focused Practices, https://journalsfp.org/article/126583)
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