Frontiers in Psychology · Dialogue ouvert

Le premier projet pilote portugais d’intervention en dialogue ouvert

L’Alentejo, région la moins peuplée et la plus vieillissante du Portugal, aux taux de dépression et de suicide les plus élevés du pays, 1 psychologue pour 9 687 personnes : c’est là que la Fondation Romão de Sousa a monté, avec l’aval et l’argent du ministère de la Santé, la première équipe portugaise de dialogue ouvert, supervisée par Mary Olson. Sept personnes, 21 proches, 160 réunions de réseau en un an, dont 94 % en visioconférence, pandémie oblige. Le fonctionnement global s’améliore, les symptômes baissent, la médication ne bouge pas, et une corrélation embarrassante apparaît : plus il y a eu de séances, plus le réseau social est resté pauvre. L’équipe, avance l’étude, a peut-être remplacé le réseau qui manquait.

Auteurs Sofia Tavares (université d’Évora), Joana Ribeiro (ISPA), Sofia Graça, Bruna Araújo et João G. Pereira (Fondation Romão de Sousa), Mariana Puchivailo (FAE, Curitiba)Première publication Frontiers in Psychology, 7 septembre 2023Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Le premier projet pilote portugais d’intervention en dialogue ouvert, par Sofia Tavares, Joana Ribeiro, Sofia Graça, Bruna Araújo, Mariana Puchivailo et João G. Pereira, publié dans Frontiers in Psychology (2023), doi : 10.3389/fpsyg.2023.1175700, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les deux tableaux statistiques sont rendus en fiches. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Bien que corrélation n’implique pas causalité, ce résultat nous fait nous interroger, une fois de plus, sur la manière dont l’équipe a pu remplacer les personnes qui n’étaient pas disponibles, ou n’existaient même pas.

Sofia Tavares et ses collègues

Résumé

En 2020, la Direction générale de la santé (DGS), service central du ministère de la Santé au Portugal, a approuvé et cofinancé le premier programme de dialogue ouvert du pays. Le présent rapport vise à présenter les résultats préliminaires de la première année du projet, mis en œuvre dans la région intérieure nord de l’Alentejo.

L’équipe a accompagné en dialogue ouvert sept personnes au centre des préoccupations (PCP) et 21 membres de leur famille ou de leur réseau social ; quatre personnes extérieures, du travail social et de la psychologie, ont aussi pris part au projet comme membres du réseau de soutien. Au total, 160 réunions de réseau ont eu lieu, jusqu’à 27 par mois dans les périodes les plus chargées. Sur la base d’un protocole de recherche italien antérieur, développé par Pocobello et al. (manuscrit non publié), des données quantitatives et qualitatives ont été recueillies pendant et après les réunions cliniques impliquant les PCP et leur famille ou réseau social, par une approche multiméthode : entretien d’histoire clinique (par ex. données sociodémographiques générales, durée des symptômes non traités, motifs de la demande d’aide, hospitalisations et/ou traitements ou thérapies éventuels) et les échelles suivantes, appliquées toutes les cinq séances (CORE-OM, BSI, GAF et LSNS-6).

Les résultats préliminaires indiquent une amélioration du fonctionnement global et un élargissement de la taille et du soutien du réseau social, une diminution des symptômes, et une corrélation négative entre le nombre de séances et la LSNS-6. L’usage de médicaments est resté largement inchangé à la fin du projet.

En général, même avec un petit échantillon, les résultats sont jugés satisfaisants et semblent alignés sur la grande majorité des études sur le dialogue ouvert, qui depuis plusieurs décennies indiquent de façon constante de meilleurs taux de rétablissement que le traitement habituel, ainsi qu’une satisfaction accrue des personnes suivies. Nous espérons que les résultats présentés pourront stimuler de nouvelles recherches et aider à renforcer l’approche du DO.

1. Introduction

Le dialogue ouvert (DO) est une approche thérapeutique finlandaise et un système organisationnel de services de santé mentale visant à répondre aux crises psychiatriques. Le DO s’est inspiré du traitement adapté aux besoins d’Alanen (1997, 2009) et repose sur la thérapie psychodynamique, la thérapie familiale, les pratiques dialogiques et les approches de réseau. Des efforts ont été entrepris pour permettre une réponse immédiate dès le début d’une crise psychotique. Cette étude visait à créer un espace psychothérapeutique et dialogique, en particulier dans ce qu’on appelle les réunions de réseau, où la personne au centre des préoccupations (PCP) participerait avec sa famille et/ou son réseau de soutien. La priorité est donnée à une prise de décision transparente et partagée, dans un format dialogique (Altonen et al., 2011).

Le dialogue ouvert a connu plusieurs adaptations selon les contextes et les pays. Néanmoins, un ensemble de principes reste central pour une mise en œuvre fidèle de la pratique du DO : l’aide immédiate, la perspective du réseau social, la responsabilité, la souplesse, la mobilité, la tolérance à l’incertitude et le dialogisme (Seikkula et Olson, 2003 ; Pereira et al., 2019). L’équipe visait à créer un espace thérapeutique qui tolère l’incertitude tout en laissant la compréhension se déployer à partir de perspectives multiples, en permettant une résolution naturelle quand c’est possible (Olson et al., 2014). Les plans de traitement et les décisions sont pris en coparticipation et avec transparence.

Le DO a été systématiquement évalué au cours des trois dernières décennies (Lakeman, 2014 ; Freeman et al., 2019 ; Kantorski et Cardano, 2019 ; Cooper et al., 2020), avec des résultats prometteurs concernant le retour au travail et/ou aux études (Seikkula et al., 2006, 2011 ; Altonen et al., 2011 ; Alakare et Seikkula, 2022), la réduction des symptômes psychiatriques (Gordon et al., 2016), des rechutes (Seikkula et al., 2011), des jours d’hospitalisation (Altonen et al., 2011 ; Bergström et al., 2018), de l’usage des antipsychotiques et de l’attribution de prestations d’invalidité et de chômage (Bergström et al., 2018 ; Alakare et Seikkula, 2022). Des réseaux sociaux de mauvaise qualité et des retards d’assistance pendant les crises psychiatriques conduisent à une fréquence plus élevée d’hospitalisations et à une propension à l’usage d’antipsychotiques (Seikkula et al., 2001).

Le DO se présente comme une alternative aux perspectives traditionnelles fondées sur la triade problème-diagnostic-traitement (von Peter et al., 2019). Il est actuellement reconnu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme bonne pratique en cas de crise psychiatrique, ainsi que comme soutien au rétablissement et aux droits humains. Il figure aussi dans le recueil de bonnes pratiques du Conseil de l’Europe, dont l’objet est d’éradiquer les pratiques coercitives en santé mentale (Mosse et al., 2023). Cela renforce l’alignement du DO sur les droits humains, préoccupation mondiale dans le contexte de la santé mentale (von Peter et al., 2019).

Le Portugal était déjà connu comme l’un des pays européens à la plus forte prévalence de troubles mentaux (Direção Geral da Saúde, DGS, 2017) et, selon les données recueillies en 2020, le pays présentait la plus forte prévalence (23 %) de symptômes associés à des problèmes psychologiques (Entidade Reguladora da Saúde, ERS, 2023), ainsi que l’un des plus forts usages de psychotropes de l’Union européenne (Almeida et al., 2013). Il existe de sérieuses difficultés dans l’identification, le traitement et le suivi des adultes souffrant de troubles mentaux, ce qui se reflète dans l’usage excessif des urgences hospitalières et le taux élevé d’hospitalisations sous contrainte (ERS, 2023).

Ces problèmes sont aussi une conséquence de la rareté et du manque de ressources humaines en psychologie et en psychiatrie. Le nombre actuel de psychologues est bien inférieur au ratio recommandé de 1 psychologue pour 5 000 personnes, avec actuellement 1 pour 9 687 personnes (Ordem dos Psicólogos Portugueses, OPP, 2022). Ce problème laisse prévoir des contraintes dans l’accès à l’aide psychologique.

L’Alentejo présente le taux le plus élevé de dépression, d’anxiété et de suicide (ERS, 2023) du pays. Au total, 5,4 % de la population est analphabète, contre 3,8 % dans le reste du pays. C’est la région à la plus faible densité de population, à l’indice de vieillissement et de longévité le plus élevé, et l’un des taux de chômage les plus élevés du pays (Instituto Nacional de Estatística, INE, 2022b).

Dans ce contexte, le DO devrait être vu comme une nouvelle manière (respectueuse) de comprendre les problèmes de santé mentale et d’y répondre, accessible au système de santé portugais.

Le protocole de recherche visant à évaluer la transférabilité de l’approche du DO au contexte des services de santé mentale du nord de l’Alentejo comprenait différents niveaux d’évaluation : (1) les perceptions des responsables des services de santé mentale de la région ; (2) l’évaluation de l’impact de la formation au DO dans l’équipe clinique de la Fondation Romão de Sousa, ainsi que dans sa pratique clinique ; (3) l’évaluation de l’adhérence ; et (4) les résultats thérapeutiques.

La Fondation Romão de Sousa a constitué une petite équipe de crise DO composée de trois spécialistes de psychologie clinique, dont deux titulaires d’une spécialité avancée en psychothérapie et une personne titulaire d’un doctorat en psychothérapie chargée de la coordination, ainsi que d’une personne psychiatre. Toute l’équipe était formée au dialogue ouvert jusqu’au niveau praticien, avec des formations en Finlande, en Norvège, aux États-Unis et au Portugal. La supervision externe pendant le projet a été assurée par la professeure Mary Olson, de l’université Yale et de l’Institute for Dialogic Practice aux États-Unis. L’équipe opérait 5 jours par semaine, dans le but d’améliorer la qualité des services (psychiatriques, psychologiques et sociaux) pour la population en détresse psychique sévère, ainsi que l’autonomisation psychosociale et socioprofessionnelle et le renforcement des capacités des personnes au centre des préoccupations. Tout au long du programme, toutes les procédures garantissant la fidélité des pratiques de DO ont été adoptées, comme l’enregistrement vidéo de toutes les séances à des fins de supervision et d’audit.

La présente étude visait à analyser les résultats cliniques préliminaires de la première année du programme portugais de dialogue ouvert mis en œuvre dans l’intérieur nord de la région de l’Alentejo. Nous voulions savoir si les résultats du programme suivent la tendance internationale des résultats du DO, en particulier quant à l’amélioration du fonctionnement global des personnes participantes et à la réduction des symptômes psychopathologiques. Nous voulions aussi savoir si certaines variables sociodémographiques (par ex. le soutien du réseau social) sont liées aux résultats cliniques.

2. Matériel et méthodes

2.1. Plan de l’étude

Cette étude exploratoire est une cohorte observationnelle naturaliste de personnes adressées consécutivement, porteuses de diagnostics psychiatriques et traitées par l’approche du DO. Un plan de suivi prospectif a été utilisé, comparant les scores de base des résultats au niveau des personnes suivies toutes les cinq séances pendant 12 mois.

2.2. Échantillon

Dans l’échantillon initial, il y avait 11 personnes éligibles. Toutefois, en raison d’une perte d’intérêt et/ou d’incompatibilités avec la modalité des réunions, contraintes de se tenir en ligne du fait du confinement lié à la COVID-19, l’échantillon final s’est réduit à sept personnes.

2.3. Caractérisation sociodémographique et clinique

Pour participer, il fallait avoir entre 14 et 65 ans, présenter des symptômes psychotiques ou d’autres diagnostics de troubles mentaux sévères, se présenter volontairement aux services d’urgence, être en mesure de donner un consentement éclairé, et accepter que sa famille et d’autres réseaux sociaux participent aux réunions. L’échantillon final était composé de sept personnes, cinq femmes (71,4 %) et deux hommes (28,6 %) ; quatre avaient un emploi et/ou suivaient une formation, deux étaient au chômage (de courte durée dans un cas, de longue durée dans l’autre), et une personne était à la retraite.

Concernant l’hospitalisation, une seule personne (14,3 %) a déclaré une hospitalisation ou un hébergement dans une autre structure résidentielle avant de rejoindre le projet de dialogue ouvert. Concernant les tentatives de suicide, trois personnes (42,9 %) ont déclaré une tentative de suicide, et une personne (14,3 %) présentait des comportements d’automutilation. Concernant la médication, six personnes (85,7 %) étaient sous prescription psychiatrique au départ, établie hors de l’équipe de traitement et de recherche, plus précisément par les équipes qui les accompagnaient avant leur entrée dans le projet. Après l’entrée dans le traitement DO, c’est la personne psychiatre de l’équipe DO qui a pris la responsabilité de tout changement de médication, conformément à la prise de décision conjointe caractéristique du DO pendant les réunions de réseau. Il n’y a eu qu’une exception, où la personne psychiatre qui suivait déjà le cas a conservé la responsabilité de la prescription et a été invitée aux réunions de réseau. Concernant les relations sociales extrafamiliales, six personnes ont déclaré ne pas être satisfaites de leurs relations sociales.

2.4. Procédures de sélection et d’inclusion des personnes participantes

Les données ont été recueillies par échantillonnage non aléatoire (raisonné). Les personnes suivies en DO (puis participant à l’étude) ont été recrutées parmi les personnes ayant accès aux services de santé mentale à différents niveaux (par ex. unité d’hospitalisation et service de crise en santé mentale), par des structures communautaires comme la Commission de protection des enfants et des jeunes (CPCJ), le Centre de soutien familial et de conseil parental (CAFAP), l’Unité locale de santé du nord de l’Alentejo (ULSNA) ; par des dépliants distribués dans les pharmacies, les centres sociaux, la mairie ; par Internet ; et par la communauté thérapeutique Casa de Alba. Les orientations ont été largement faites par la famille et le réseau élargi de la personne demandeuse, ou par cette personne elle-même. Toutes les personnes qui ont volontairement accepté de participer au traitement DO ont aussi consenti à faire partie de l’échantillon de recherche. Toutefois, le traitement DO et la recherche étaient indépendants et exigeaient des formulaires de consentement séparés, de sorte qu’il n’était pas obligatoire de participer aux deux pour être éligible au traitement DO. Les personnes participantes avaient reçu des diagnostics variés, comme des troubles anxieux, des troubles affectifs, des troubles psychotiques, et d’autres situations comme des idées suicidaires, une dysrégulation émotionnelle, de graves difficultés relationnelles et dans le maintien des activités quotidiennes, et un degré modéré ou élevé de handicap psychosocial résultant de problèmes de santé mentale. Les diagnostics n’ont pas été posés par l’équipe clinique DO mais par des équipes cliniques des services de santé publics ou privés qui avaient déjà rencontré ces personnes.

Les critères d’éligibilité au projet pilote DO étaient d’avoir entre 14 et 65 ans, de présenter des symptômes psychotiques ou d’autres diagnostics de troubles mentaux sévères, de se présenter volontairement aux services d’urgence, d’être capable de donner un consentement éclairé, et d’accepter que la famille et d’autres réseaux sociaux participent aux réunions. L’équipe clinique a été formée au repérage des personnes susceptibles de participer et a évalué leur éligibilité à l’étude. Ses membres ont informé les personnes éligibles de la possibilité de prendre part à l’étude et, quand c’était possible, ont enregistré les motifs des refus éventuels. Une fois le consentement éclairé signé, l’inclusion était considérée comme complète. Les équipes clinique et de recherche DO étaient indépendantes, à l’exception de la personne chargée de la coordination, qui signe cet article en dernier et prenait part aux deux ; toutefois, la plupart des membres de l’équipe de recherche ont occupé ou occupent des postes à la Fondation Romão de Sousa, l’institution qui a conduit le projet clinique. Après avoir accepté de participer à la recherche, les personnes participantes ont rempli les questionnaires proposés pour suivre le processus. Les questionnaires, appliqués par l’équipe clinique DO, devaient être répétés toutes les cinq séances, mais les procédures de recueil se sont compliquées avec le début de la pandémie de COVID-19, et nous n’avons utilisé que les données de base et de fin de traitement. Conformément aux principes du DO, aucune fréquence de réunion ni aucun plan de traitement n’ont été imposés à l’avance. Ils ont plutôt été décidés conjointement à chaque réunion, selon les besoins de chaque personne. En raison de la pandémie de COVID-19, le cadre du programme a été adapté de force aux besoins du contexte, et les réunions et évaluations DO ont été menées à distance dès le deuxième mois du projet, bien qu’elles aient été initialement conçues pour se tenir dans un lieu choisi par la personne. À la fin du traitement, 151 réunions avaient eu lieu en ligne (94 %) et seulement neuf (6 %) en personne.

Cette recherche a été examinée et approuvée par le comité d’éthique de l’Universidade de Évora.

2.5. Instruments

La faisabilité du DO a été évaluée par un ensemble de données quantitatives et qualitatives, recueillies pendant et après les réunions cliniques impliquant les personnes au centre des préoccupations et leur famille ou leurs aidants, par une approche multiméthode : entretien d’histoire clinique (par ex. données sociodémographiques générales, durée des symptômes non traités, motifs de la demande d’aide, hospitalisations et/ou traitements ou thérapies éventuels) et les échelles d’autoévaluation suivantes, appliquées toutes les cinq séances : CORE-OM (Sales et al., 2012, original d’Evans et al., 2002), BSI (Canavarro, 1999, original de Derogatis et Spencer, 1982), GAF (Endicott et al., 1976), LSNS-6 (Ribeiro et al., 2012, original de Lubben et al., 2006), et un questionnaire de satisfaction. Dans cet article, nous ne présentons qu’une partie de ces données, à savoir celles relatives à la caractérisation sociodémographique et clinique des personnes participantes et à leurs résultats thérapeutiques.

Concernant les instruments, le Clinical Outcomes in Routine Evaluation, Outcome Measure (CORE-OM) comprend 34 items, sur une échelle de 0 à 4, répartis entre les domaines du bien-être, des problèmes et symptômes, du fonctionnement dans la vie et du risque pour soi et pour autrui, mesurant la détresse psychologique et les aspects essentiels du bien-être psychologique au cours de la semaine écoulée (Sales et al., 2012). Le seuil est de 1,25, des scores plus élevés signifiant une plus grande sévérité des symptômes et de la détresse.

Le Brief Symptom Inventory (BSI) portugais est un questionnaire d’autoévaluation portant sur la semaine écoulée et composé de 53 items, sur une échelle de 0 à 4, comprenant neuf dimensions : somatisation, obsession-compulsion, sensibilité interpersonnelle, dépression, anxiété, hostilité, anxiété phobique, idéation paranoïde et psychoticisme. L’échelle cherche à fournir des indices synthétiques des niveaux de symptômes psychopathologiques (Canavarro, 1999). Plus les scores sont élevés, plus le degré de symptomatologie est grand.

L’échelle d’évaluation globale du fonctionnement (GAF) est divisée en 10 sections et vise à évaluer l’altération causée par le trouble mental sur les symptômes psychologiques et le fonctionnement social et professionnel, c’est-à-dire dans quelle mesure les symptômes individuels affectent la vie quotidienne, sur une échelle de 0 à 100, un score de 100 attestant un fonctionnement supérieur sans symptômes altérant le fonctionnement ; de 61 à 70, quelques symptômes légers (par ex. humeur dépressive et insomnie légère), ou quelques difficultés de fonctionnement social, professionnel ou scolaire, mais un fonctionnement généralement bon, avec quelques relations interpersonnelles significatives ; de 41 à 50, des symptômes sérieux (par ex. idées suicidaires, rituels obsessionnels sévères et vols à l’étalage fréquents) ou toute altération sérieuse du fonctionnement social, professionnel ou scolaire ; et des scores inférieurs à 21 comme un certain danger de se blesser ou de blesser autrui (par ex. tentatives de suicide sans attente claire de mort, violence fréquente et excitation maniaque), ou l’incapacité occasionnelle à maintenir une hygiène personnelle minimale, ou une altération grossière de la communication (Endicott et al., 1976).

La Lubben Social Network Scale (LSNS-6 ; Ribeiro et al., 2012) vise à évaluer l’isolement social des personnes et à obtenir des informations sur le type de relations sociales, la taille du réseau et l’intimité avec les membres du réseau de soutien. La LSNS-6 comprend six items répartis en deux sous-échelles, la sous-échelle Famille et la sous-échelle Amis. Les scores vont de 0 à 30, sur une échelle de Likert en 5 points.

Le questionnaire de satisfaction était mesuré sur une échelle de 0 à 10.

2.6. Analyse des données

Un test t pour échantillons appariés a été réalisé pour l’exploration préliminaire des résultats cliniques généraux GAF, BSI, CORE-OM et LSNS-6, qui comprenaient les données de base et de fin de thérapie. Le test de Shapiro-Wilk a été réalisé pour vérifier la normalité de la distribution. En outre, nous avons réalisé une série de corrélations bivariées (Pearson) entre les variables âge, nombre de réunions, satisfaction, durée du programme et scores de la dernière période des instruments cliniques. Pour l’analyse statistique des données, IBM-SPSS 28.0 a été utilisé.

3. Résultats

Le tableau 1 résume les résultats de l’enquête, montrant les scores GAF, BSI, CORE-OM et LSNS-6, y compris les résultats de base et de dernière période, ainsi que les données statistiques.

Tableau 1 — Test t pour échantillons appariés pour la GAF, le BSI, le CORE-OM et la LSNS-6

  • GAF : base M = 57,71 (ET 10,468) ; fin M = 65,71 (ET 11,398) ; t = −2,506 ; ddl = 6 ; p = 0,023 ; g = 0,887.
  • BSI : base M = 1,585 (ET 0,744) ; fin M = 1,078 (ET 0,350) ; t = 1,921 ; ddl = 6 ; p = 0,052 ; g = 0,631.
  • CORE-OM : base M = 1,899 (ET 0,883) ; fin M = 1,252 (ET 0,343) ; t = 1,712 ; ddl = 6 ; p = 0,069 ; g = 0,562.
  • LSNS-6 : base M = 12,429 (ET 5,533) ; fin M = 13,429 (ET 4,315) ; t = −0,548 ; ddl = 6 ; p = 0,302 ; g = −0,194.

GAF, Global Assessment of Functioning ; BSI, Brief Symptom Inventory ; CORE-OM, Clinical Outcome Routine Evaluation, Outcome Measure ; LSNS, Lubben Social Network Scale ; M, moyenne ; ET, écart-type ; t, distribution t de Student ; ddl, degrés de liberté ; α = 0,05 ; p (unilatéral).

Les résultats du test GAF ont montré que les scores de fonctionnement global de l’échantillon ont augmenté de la base (M = 57,71 ; ET = 10,468) à la dernière période (M = 65,71 ; ET = 11,398) ; [t(6) = −2,506 ; p = 0,023 ; g = −0,887), avec une significativité statistique et un effet important selon le g de Hedges.

Les résultats du test BSI ont montré que les scores de symptomatologie pathologique des personnes participantes ont diminué de la base (M = 1,585 ; ET = 0,744) à la dernière période (M = 1,078 ; ET = 0,350) ; [t(6) = 1,921 ; p = 0,052 ; g = 0,631), marginalement non significatif statistiquement.

Les résultats du test CORE-OM ont montré que les scores de symptômes de détresse psychologique du groupe ont diminué de la base (M = 1,899 ; ET = 0,883) à la dernière période (M = 1,252 ; ET = 0,343) ; [t(6) = 1,712 ; p = 0,069 ; g = 0,562], ce qui n’était pas significatif statistiquement.

Les résultats du test LSNS-6 ont montré que la taille et le soutien du réseau social des personnes participantes ont augmenté de la base (M = 12,429 ; ET = 5,533) à la dernière période (M = 13,429 ; ET = 4,315) ; [t(6) = −0,548 ; p = 0,302 ; g = −0,194], sans toutefois être significatif statistiquement.

Le tableau 2 résume les résultats des corrélations bivariées entre les variables âge, nombre de réunions, satisfaction, durée du programme et scores de la dernière période des instruments cliniques.

Tableau 2 — Corrélations de Pearson entre les variables étudiées

  • Nombre de réunions : avec l’âge 0,440.
  • Satisfaction envers le programme (scores moyens) : avec l’âge 0,223 ; avec le nombre de réunions 0,014.
  • Durée du programme (en mois) : avec l’âge 0,355 ; avec le nombre de réunions 0,579 ; avec la satisfaction 0,590.
  • GAF (dernière période) : avec l’âge −0,323 ; avec le nombre de réunions −0,083 ; avec la satisfaction 0,041 ; avec la durée 0,537.
  • BSI (dernière période) : avec l’âge 0,160 ; avec le nombre de réunions 0,402 ; avec la satisfaction −0,661 ; avec la durée −0,104.
  • CORE-OM (dernière période) : avec l’âge 0,647 ; avec le nombre de réunions 0,177 ; avec la satisfaction −0,096 ; avec la durée −0,131.
  • LSNS-6 (dernière période) : avec l’âge −0,574 ; avec le nombre de réunions −0,896* ; avec la satisfaction 0,018 ; avec la durée −0,402.

GAF, Global Assessment of Functioning ; BSI, Brief Symptom Inventory ; CORE-OM, Clinical Outcome Routine Evaluation, Outcome Measure ; LSNS, Lubben Social Network Scale. * p < 0,01.

Une corrélation négative très forte a été trouvée entre le nombre de séances et le score LSNS-6 (r = −0,896 ; p < 0,01).

Le score moyen de satisfaction de l’échantillon était de 9,5 sur une échelle de 0 à 10, 10 étant le meilleur score. En outre, certaines personnes ont exprimé des mots de gratitude pour le soutien reçu de l’équipe clinique DO, par exemple : Je sens beaucoup de soutien ; « Je suis d’une nature très réservée et silencieuse et vous arrivez à me faire parler un peu et à faire sortir certains problèmes qui me touchent le plus ; j’aime beaucoup le soutien de toute l’équipe. Cela a été d’une grande aide pour moi et pour la famille pour surmonter les difficultés que nous vivons ; j’aime beaucoup l’équipe, elle m’a été d’une grande aide ; j’espère qu’elle continuera le bon travail qu’elle fait et qu’elle aidera plus de gens qui ont besoin d’aide comme moi ; engagement à aider les autres à résoudre leurs problèmes ».

À la fin du programme, les prescriptions psychiatriques ont été conservées par les personnes qui en avaient au début.

4. Discussion

Selon les données, l’approche du DO présente des résultats favorables, avec des niveaux accrus de fonctionnement global et de réseau social, ainsi qu’une symptomatologie réduite. L’augmentation des scores GAF, d’une symptomatologie modérée (de 51 à 60 ; généralement avec une prédominance d’affect plat et des difficultés sociales, professionnelles ou scolaires) à une tranche de scores plus élevée (de 61 à 70), atteste une symptomatologie moins sévère (comme une humeur dépressive et une insomnie légère), une tendance à l’amélioration des relations personnelles et un niveau de fonctionnement positif. En outre, une personne en arrêt maladie a repris le travail, et une autre s’est inscrite à l’université et a rejoint une formation au DO comme pair. Ces exemples individuels semblent étayer les mesures quantitatives qui indiquent une amélioration fonctionnelle. Parallèlement à ces résultats, nous avons aussi observé un élargissement de la taille du réseau social, bien que résiduel. La participation de la famille et/ou du réseau social au processus dialogique est fortement encouragée en raison de leur potentiel à devenir un appui actif, et leur participation est censée accroître la compréhension mutuelle. La tendance à des rechutes plus précoces chez les personnes à faible niveau de socialisation est connue (Johnstone et al., 1992, cité dans Seikkula et al., 2001), même si, parmi les premiers épisodes de crise psychiatrique, la taille du réseau s’est avérée semblable à celle de la population non clinique.

Les efforts doivent se poursuivre pour tenter de garantir que des facteurs comme les interactions sociales et familiales significatives ne soient pas négligés, en raison de leur importance pour le processus de rétablissement et la prévention des rechutes (McFarlane, 2016 ; Day et Petrakis, 2017 ; Johansen et al., 2021).

Les scores BSI et CORE-OM ont aussi diminué à la fin du projet, ce qui indique une moindre détresse psychologique dans l’échantillon et une plus grande capacité à éprouver du bien-être, bien que d’autres facteurs extérieurs à la thérapie aient pu y contribuer. Une corrélation négative très forte a été trouvée entre le nombre de séances suivies et le score final LSNS-6 et, du fait de la petite taille de notre échantillon, nous avons facilement constaté que les personnes qui ont assisté à plus de réunions DO ont obtenu un score plus faible à la LSNS-6 à la fin du programme. Bien que corrélation n’implique pas causalité, ce résultat nous fait nous interroger, une fois de plus, sur l’importance du soutien familial et social, et sur la manière dont l’équipe DO a pu, d’une certaine façon, remplacer les personnes qui n’étaient pas disponibles (ou n’existaient même pas). Bien que difficile, il est pertinent de projeter comment les services peuvent s’adapter à la réalité singulière de chaque personne, en cherchant à diminuer les perceptions de manque de soutien et à améliorer l’intégration dans la communauté de façon durable et épanouissante. Les données seront analysées plus avant à la recherche d’autres interactions possiblement significatives. Des résultats de suivi sont attendus, afin que davantage de conclusions sur les résultats à long terme du DO puissent être rapportées.

Parmi les limites de cette recherche, nous soulignons la petite taille de l’échantillon et les contraintes dues à la pandémie de COVID-19, qui ont pesé sur l’adhésion et la rétention des personnes participantes, les réunions ayant été migrées de force en ligne (94 %), et une partie de l’échantillon n’ayant pas pu répondre à certains besoins technologiques.

Au Portugal, 26,6 % de la population âgée de 16 ans ou plus ont rapporté un effet négatif de la pandémie de COVID-19 sur leur santé mentale en 2021 (INE, 2022a). Le projet s’étant déroulé pendant la première année de la pandémie, nous nous interrogeons sur les influences possibles qu’elle a pu avoir sur notre échantillon et sur l’impact qui en découle sur les résultats, bien que cela n’ait pas été évalué. La mesure non auto-rapportée (GAF) a été appliquée par l’ensemble de l’équipe clinique présente à la réunion de réseau, cotée en aveugle et immédiatement après la séance, le score le plus bas étant enregistré. L’objectif de l’usage de la GAF était d’accroître la confiance dans les mesures auto-rapportées en analysant leur concordance. La satisfaction n’a pas été évaluée, ni pour les membres du réseau de soutien ni pour l’équipe clinique. En outre, la satisfaction à l’égard des relations familiales et sociales n’a pas été évaluée après l’intervention. Par ailleurs, un questionnaire de satisfaction plus complet aurait donné un meilleur aperçu des aspects valorisés par les personnes suivies pendant le processus.

Une autre limite a été l’impossibilité d’accéder aux résultats du traitement habituel auprès de l’autorité locale de santé, afin qu’une comparaison puisse être faite. L’ERS (2023) identifie la nécessité d’améliorer les systèmes informatiques, qui manquent actuellement de systématisation de l’information concernant l’enregistrement et le suivi des personnes qui recourent au système de santé. Cet aspect semble essentiel à une caractérisation efficace de la population et aux procédures de suivi.

Malgré les faits alarmants concernant l’incidence plus élevée des problèmes de santé mentale dans cette région, il vaut de mentionner que des efforts sont faits pour contrer le manque enraciné d’investissement en santé mentale dans l’Alentejo.

En général, même avec un petit échantillon et avec les limites présentées, les résultats semblent alignés sur la grande majorité des études sur le dialogue ouvert, qui depuis plusieurs décennies indiquent de façon constante de meilleurs taux de rétablissement que le traitement habituel, ainsi qu’une satisfaction accrue des personnes suivies. Bien que toutes les différences de moyennes n’aient pas été statistiquement significatives, ces résultats préliminaires sont jugés satisfaisants et, convenant qu’il reste beaucoup à explorer sur le DO et les transformations que sa pratique peut apporter (Mosse et al., 2023), nous espérons que les résultats présentés ici pourront stimuler de nouvelles recherches et aider à renforcer l’approche du DO.

Nous supposons aussi que de futures études sur le dialogue ouvert pourraient inclure des personnes ayant des problèmes de santé mentale génériques, et pas seulement des psychoses, comme l’ont fait la plupart des études sur le dialogue ouvert jusqu’ici.

Enfin, nous pensons que les résultats des futurs essais cliniques aideront à clarifier les bénéfices du dialogue ouvert et à donner sens et signification à de petits rapports de ce type.

Complexe Systémique : à retenir

Sept personnes, pas de groupe de comparaison, des questionnaires prévus toutes les cinq séances et finalement recueillis deux fois, une seule mesure significative sur quatre : ce bref rapport ne prouve rien, et il le dit. Nous le publions pour trois raisons. C’est le seul texte lusophone du dossier, et le point de départ du dialogue ouvert au Portugal, pays qui nous lit. Il montre une adaptation honnête à la contrainte, un programme conçu pour aller chez les gens et forcé à l’écran dès le deuxième mois. Et il contient un résultat plus intéressant que les moyennes : la corrélation négative très forte entre le nombre de séances et la taille du réseau, dont l’équipe tire une hypothèse dérangeante, l’équipe qui devient le réseau, la même que Mosse observe à Londres et que Klatt décrit à Leipzig. Quand le réseau manque, le dialogue ouvert produit-il du lien ou en tient-il lieu ? À lire avec Mosse sur les réseaux réduits à l’équipe et Antoni, l’autre texte ibéro-américain du dossier.

Notes de l’original

Déclaration d’éthique. Les études impliquant des humains ont été approuvées par le comité d’éthique de l’université d’Évora. Elles ont été menées conformément à la législation locale et aux exigences institutionnelles. Le consentement éclairé écrit à la participation a été donné par les personnes participantes ou par qui les représente légalement, ainsi que pour la publication de toute image ou donnée potentiellement identifiable.

Conflit d’intérêts. La Fondation Romão de Sousa employait JP, SG et BA. Les autres membres de l’équipe de recherche déclarent que la recherche a été menée en l’absence de toute relation commerciale ou financière pouvant être interprétée comme un conflit d’intérêts potentiel.

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Traduction non officielle en français de Le premier projet pilote portugais d’intervention en dialogue ouvert, par Sofia Tavares, Joana Ribeiro, Sofia Graça, Bruna Araújo, Mariana Puchivailo et João G. Pereira, Frontiers in Psychology, vol. 14 (2023), doi : 10.3389/fpsyg.2023.1175700, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux en fiches). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « The first Portuguese Open Dialogue pilot project intervention », publié dans Frontiers in Psychology (2023) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Tavares, S., Ribeiro, J., Graça, S., Araújo, B., Puchivailo, M., & Pereira, J. G. (2023). Le premier projet pilote portugais d’intervention en dialogue ouvert (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/le-premier-projet-pilote-portugais-d-intervention-en-dialogue-ouvert (Œuvre originale publiée en 2023 dans Frontiers in Psychology, 14 (2023) ; republiée en 2023 par Frontiers in Psychology, https://www.frontiersin.org/journals/psychology/articles/10.3389/fpsyg.2023.1175700/full)

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