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Red Sistémica · Psychothérapie

Scripta… volant ! Usage et utilité des messages SMS en psychothérapie

Les messages SMS envoyés depuis les téléphones portables peuvent représenter une ressource thérapeutique : ils garantissent que l’on puisse joindre les thérapeutes, permettent d’apporter un soutien dans les situations graves, prolongent la force de la relation thérapeutique en étendant l’intervention au-delà du terme de la séance et rendent possible un espacement des rencontres. Pour explorer ces fonctions, l’équipe a examiné l’ensemble des messages reçus pendant trois à quatre mois par deux thérapeutes aux caractéristiques différentes, ainsi que leurs réponses.

Auteurs Gianmarco Manfrida, psychiatre, psychologue et psychothérapeute, directeur du Centre d’études et d’application de la psychologie relationnelle de Prato ; Erica Eisenberg, psychologue et psychothérapeute, enseignante au même centrePublication Red Sistémica, 2023Traduction Complexe Systémique, avec l’accord de Red Sistémica

« Abrège tes raisonnements, car aucun n’est agréable s’il est long. »

Miguel de Cervantes (1547-1616)

« Words are as sunbeams : the more they are condensed, the deeper they burn. » (Les mots sont comme des rayons de soleil : plus ils sont condensés, plus ils brûlent en profondeur.)

Robert Southey (1774-1843)

Résumé

Les messages SMS envoyés par les téléphones portables peuvent représenter une ressource thérapeutique : ils permettent de garantir que l’on puisse joindre les thérapeutes, d’apporter un soutien dans les situations graves, de prolonger la force de la relation thérapeutique en étendant l’intervention au-delà du terme de la séance, et de rendre possible une réduction de la fréquence des rencontres.

Pour explorer ces fonctions, nous avons examiné tous les messages reçus sur une période de trois à quatre mois par deux thérapeutes aux caractéristiques différentes. Une analyse quantitative des messages reçus, qui tient compte des caractéristiques des messages et des personnes qui les envoient, est suivie d’un examen plus détaillé qui inclut les réponses des thérapeutes et prend en considération l’échange de messages.

Les conclusions, outre qu’elles confirment l’hypothèse d’un usage consciemment psychothérapeutique des messages SMS dans le cadre d’une thérapie, semblent aussi mettre en valeur la souplesse de l’outil SMS, qui donne l’impression de se prêter aussi bien à des fins de communication pratique qu’à des fins de soutien ou d’intervention thérapeutique, selon le cas, à la fois concis et incisif.

Un instrument bon marché, rapide et efficace

Les SMS, messages écrits de cent soixante caractères au maximum, envoyés par l’intermédiaire des téléphones portables, représentent aujourd’hui l’une des modalités de communication les plus économiques, les plus rapides et les plus efficaces. Entrés dans l’usage des jeunes au point de créer des formes linguistiques particulières, riches en abréviations et en symbolismes condensés, accompagnées de frimousses (émoticônes) qui ajoutent une nuance de signification non verbale, ils paraissent à beaucoup un élément presque folklorique de la communication actuelle : en réalité, le trafic de SMS est très élevé et représente une source de revenus considérable pour les compagnies de téléphonie mobile. Les messages, à de rares exceptions près liées au trafic ou à des zones résiduelles non couvertes par le signal, arrivent immédiatement ; ils coûtent moins cher qu’un appel ; ils franchissent les frontières nationales ; ils restent archivés dans la mémoire du portable avec l’heure d’envoi et le numéro de téléphone de l’expéditeur ; et ils peuvent être effacés, conservés ou transférés à d’autres.

Cet instrument peut-il avoir une utilité, une place dans la pratique psychothérapeutique ? Nous estimons qu’il l’a déjà trouvée dans la pratique de la plupart des thérapeutes, et que cette pratique encore non codifiée exige une enquête de vérification susceptible de promouvoir un usage correct et profitable de cette nouvelle possibilité de communication.

La possibilité de maintenir une communication ouverte avec les personnes suivies par le biais des SMS peut permettre :

1

Soutenir hors des heures de consultation

Apporter un soutien dans les situations graves, urgentes ou de décompensation, en dehors des limites horaires de la rencontre ou de la conversation téléphonique.

2

Poursuivre l’intervention

Continuer l’intervention au-delà du terme de la séance, en déchiffrant la signification du message reçu à l’intérieur du processus psychothérapeutique et en y répondant de manière congruente.

3

Garantir la joignabilité

Garantir que les thérapeutes soient joignables, puisque les messages arrivent immédiatement ou au rallumage du portable s’il était éteint, mais sans l’obligation de répondre aussitôt, en interrompant d’autres séances ou d’autres activités.

4

Prolonger la relation thérapeutique

Prolonger la force de la relation thérapeutique au-delà des limites horaires de la séance – et donc du cadre habituel –, afin que la personne suivie puisse se sentir stimulée, soutenue ou freinée ; en tout cas aidée et accompagnée dans les moments de difficulté, où qu’elle se trouve.

5

Espacer les séances

Réduire la fréquence des séances, avec une diminution des coûts pour les personnes suivies.

6

Préserver l’autonomie thérapeutique

Sauvegarder l’autonomie des thérapeutes, qui peuvent décider si, quand et comment répondre, en réfléchissant calmement à la question, éventuellement aussi en métacommuniquant, et en gardant ainsi le contrôle sur d’éventuels excès d’indiscrétion ou tendances à agir de manière impulsive.

Le propos de ce travail est d’illustrer les caractéristiques de l’usage des SMS, entendus comme un instrument répondant aux objectifs décrits, à l’intérieur des processus thérapeutiques.

Ce que dit la littérature

La littérature sur la relation, plus ou moins substitutive, plus ou moins intégratrice, entre psychothérapie et instruments informatiques fondés sur Internet – chats, courrier électronique, blogs, jeux de rôle et visioconférences – est abondante (10, 1, 9, 18, 19, 21, 5) ; dans le champ des thérapies relationnelles, Luciano L’Abate (14, 15) a mené un travail pionnier, approfondi jusqu’à la conception et à l’expérimentation de modalités et d’instruments capables de réduire au minimum l’interaction en face-à-face.

Le matériel concernant l’usage des messages SMS est en revanche rare ; souvent, la presse spécialisée et les médias de masse signalent, sur un ton plus ou moins alarmiste, les risques de la dépendance (baptisée infomanie) (25).

Mais il existe aussi des comptes rendus d’expériences où les SMS ont été utilisés en médecine pour réduire l’anxiété des proches de personnes devant subir une intervention chirurgicale (11), pour améliorer le taux de présence aux consultations ambulatoires (7, 17), pour administrer l’accompagnement médicamenteux de personnes diabétiques (13) et pour favoriser la communication en présence de déficiences auditives (20).

Le phénomène juvénile des SMS a été étudié pour ses caractéristiques d’usage et de langage (6, 2, 12) et pris en considération par la psychanalyse pour ses significations de mise à distance de la relation directe avec l’autre, y compris dans l’éventuelle relation thérapeutique (26) ; un usage thérapeutique du portable dans des cas de troubles phobiques lors de la conduite automobile avait été proposé par Flynn dès 1992 (8).

En ce qui concerne l’utilisation des SMS, nous disposons de quelques indications à des fins de counseling grâce à la description de l’activité d’un service d’écoute destiné aux jeunes à Lecco, où la modalité d’accès préférée s’est révélée être celle des SMS (3). Un véritable usage thérapeutique des SMS, fût-ce sous la forme d’un renforcement standardisé, est attesté par une recherche néo-zélandaise significative sur l’utilisation des messages comme support d’un programme de sevrage tabagique (22). Cette recherche montre qu’après six semaines, un groupe de personnes qui fumaient, inclus dans un programme de réception de SMS de conseil et d’encouragement présentait un taux d’abandon de la nicotine deux fois supérieur à celui du groupe de comparaison ; les résultats positifs se maintenaient à six mois de distance. Certains sites Internet approfondissent sérieusement la question du rapport entre psychothérapie et Internet (24, 28, 29, 4), l’un d’entre eux s’occupant également des SMS (27).

Méthode de l’enquête

Nous nous sommes proposé d’examiner sous divers angles tous les messages, sans en exclure aucun, envoyés à deux thérapeutes par leur patientèle pendant un laps de temps assez long (trois à quatre mois), ainsi que les réponses correspondantes. Le choix de viser un nombre élevé de messages, une période prolongée et un nombre limité de thérapeutes a été fait pour réduire la variabilité qu’aurait induite l’implication d’un plus grand nombre de professionnels, par excès de styles thérapeutiques et communicationnels distincts ; les deux thérapeutes, un psychiatre et une psychologue, tous deux spécialisés en psychothérapie, partagent le même type d’approche relationnelle et utilisent habituellement les SMS en pleine conscience et avec une intentionnalité thérapeutique. En effet, ce n’est pas l’usage occasionnel des SMS comme modalité de communication pratique, commune à toute personne qui utilise un portable, qui nous intéresse, mais leur utilisation consciente par les personnes suivies et par les thérapeutes à l’intérieur d’une relation et d’un processus de thérapie. Les deux thérapeutes emploient depuis des années le téléphone portable comme instrument de travail, en donnant leur numéro à toute leur patientèle et en répondant personnellement à tous les contacts ; pour leur vie personnelle, privée et familiale, ils disposent d’un autre numéro, réservé, qui peut rester accessible même lorsque celui du travail est coupé.

Les messages expédiés par les personnes suivies ont été étudiés dans leur ensemble, mais aussi séparés par thérapeute et traduits en pourcentages, en ce qui concerne :

1

Le nombre

Le nombre total de messages reçus par chaque thérapeute.

2

Le sexe de la personne qui écrit

La répartition des messages selon le sexe de la personne qui les envoie.

3

Le contenu

Le contenu, distingué en quatre catégories.

4

Le diagnostic

Le diagnostic, selon quatre grandes aires psychopathologiques.

5

Les caractéristiques d’urgence

La présence, dans le message, d’indications de risque grave et immédiat.

6

L’horaire et le jour d’envoi

L’heure d’envoi, et le jour d’envoi distingué en jour ouvrable, veille de jour férié et jour férié.

La mise en relation des messages reçus avec les réponses envoyées par les thérapeutes a permis, en outre, de compléter les indications quantitatives de cette première phase d’enquête par une évaluation qualitative, en dégageant quelques suggestions pour un usage thérapeutique de la correspondance par SMS.

Les messages reçus, de même que les réponses, ont été déchargés chaque semaine sur un ordinateur par les thérapeutes ; ceux-ci, au moment du début de la recherche, n’étaient pas informés des paramètres qui allaient être étudiés, mais seulement de la nécessité de conserver tous les messages reçus et leurs propres réponses.

Les personnes qui ont envoyé les messages ne constituent une population sélectionnée sous aucun angle parmi la clientèle des deux thérapeutes : ce sont seulement celles qui ont eu recours, dans la période examinée, à cette modalité de contact. Les instructions qu’elles ont reçues sont également les mêmes que celles données à toute la clientèle dès le premier entretien : elles prévoient que les thérapeutes aient leur portable éteint les jours fériés ou de vacances et qu’ils répondent directement aux appels téléphoniques de 9 h 30 à 20 h les jours ouvrables et les veilles de jours fériés ; que, en tout état de cause, même ces jours-là, dans des conditions qui le rendent inévitable, le portable puisse rester éteint pendant des périodes plus ou moins prolongées. Dans ce cas, si elles le préfèrent, les personnes suivies peuvent envoyer un SMS, avec l’assurance que, dès que possible, le message sera lu et recevra une réponse par SMS ; même les jours fériés et pendant les vacances, les thérapeutes contrôlent deux fois par jour les messages entrants et, le cas échéant, y répondent.

L’examen quantitatif ne concerne que les messages envoyés par les personnes suivies, puisqu’il n’était pas possible d’obtenir des paramètres qui rendent également évaluables les réponses des thérapeutes, conditionnées dans leurs contenus, leurs horaires et leurs caractéristiques par les premiers ; en revanche, les échanges de messages ont été soumis à l’analyse, en examinant le lien entre le type de sollicitation et la réponse à l’intérieur de la relation thérapeutique. Il a été demandé aux thérapeutes de motiver la réponse envoyée ; les résultats de cette partie de l’enquête seront exposés sous forme d’exemples commentés d’échanges de SMS typiques.

Analyse quantitative des SMS reçus par les thérapeutes

Nombre de messages SMS et répartition par sexe

Le thérapeute A, psychiatre, a reçu 112 messages (91 de 18 patientes et 21 de 7 patients) en quatre mois, avec une moyenne de 0,93 message par jour ; la thérapeute B, psychologue, a reçu en trois mois 53 messages (42 de 20 patientes et 11 de 6 patients), avec une moyenne de 0,59 message par jour.

112
SMS reçus en quatre mois par le thérapeute A (psychiatre)
53
SMS reçus en trois mois par la thérapeute B (psychologue)
51
personnes ayant écrit au total, sur sept mois cumulés

Tableau 1 – Nombre total de personnes suivies et par sexe ; nombre total de SMS et par sexe de la personne qui écrit ; moyenne quotidienne de SMS reçus. (Les huit tableaux de l’article original se présentaient sous forme d’images, aujourd’hui indisponibles ; leurs légendes sont conservées ici, les données chiffrées étant reprises dans le corps du texte.)

Le rapport numérique entre hommes et femmes reflète la composition de la clientèle des deux professionnels.

La moyenne quotidienne des SMS, apparemment basse, est en réalité calculée sur le nombre total de jours, y compris les jours non ouvrables, des sept mois pris en considération au total. On peut relever que le thérapeute A, médecin psychiatre et psychothérapeute, avec un nombre équivalent de personnes suivies et une répartition similaire par sexe, reçoit près de 40 % de messages de plus que la thérapeute B, psychologue psychothérapeute.

Tableau 2 – SMS par sexe de la personne qui écrit : pourcentage sur le total des SMS et moyenne par personne.

Il semble que les patientes fassent un plus grand usage de la possibilité de communication offerte par les SMS, en envoyant 40 % de messages de plus que les hommes ; mais un examen plus approfondi permet d’exclure que le nombre plus élevé de messages reçus par le thérapeute A, un homme, par rapport à B, une femme, dépende du sexe du thérapeute ou de celui des personnes qui écrivent.

Tableau 3 – Tableau par thérapeute, avec la distribution numérique des messages par personne.

Le tableau met en évidence une distribution différente, entre les deux thérapeutes, du nombre de messages reçus : A reçoit un seul message de la moitié des personnes suivies par rapport à B, tandis que certaines personnes lui en envoient beaucoup plus (de 8 à 23 chacune !), phénomène qui ne se vérifie pas dans la patientèle de B.

Contenu des messages

Le contenu des messages a été classé en quatre grandes catégories selon le thème : M (questions sur les médicaments), A (annulation de rendez-vous), S (sollicitation d’un rendez-vous, y compris pour un contact téléphonique), I (demande ou communication d’informations concernant la thérapie), Ps (message en lien avec des interventions thérapeutiques menées lors des séances, et élaboration de celles-ci).

Tableau 4 – SMS par contenu : nombre et pourcentage sur le total.

Il apparaît que, bien que l’un des thérapeutes soit médecin psychiatre, les messages concernant les médicaments sont rares, moins nombreux que ceux qui annulent ou sollicitent des rendez-vous ; le contenu des SMS est en tout cas lié surtout aux interventions réalisées durant les séances de psychothérapie et aux faits qui s’y rapportent.

Diagnostic

Il a été demandé aux deux thérapeutes de répartir les personnes suivies qui avaient écrit entre quatre grandes aires diagnostiques : troubles de l’humeur, de l’idéation, névrotiques et de la personnalité. Le choix de ne pas recourir à une évaluation externe ou à l’usage de tests diagnostiques se justifie par la décision de ne pas interférer avec le processus thérapeutique ; la limitation à ces quatre grandes aires diagnostiques devrait de toute façon réduire les risques liés à la subjectivité de l’évaluation et à l’implication dans la relation.

Tableau 5 – SMS par aires diagnostiques et par thérapeute.

Les cas suivis par le thérapeute A, psychiatre en plus d’être psychothérapeute, sont évalués comme appartenant à des aires diagnostiques susceptibles de présenter des troubles sinon plus graves, du moins exposés à des crises aiguës plus fréquentes ; la thérapeute B, psychologue, suit elle aussi des personnes de ce type, mais en moins grand nombre.

Urgences

Ont été considérés comme urgents par une évaluation externe, sur la base d’un examen du contexte (horaire, jour de la semaine, présence d’autres messages), du contenu et de la manière dont celui-ci est exprimé dans le message, les SMS qui présentaient des indications de risque grave et immédiat pour la santé de la personne qui écrit ou d’autrui : intentions suicidaires, menaces de violence, intention de passer à des comportements indésirables.

Tableau 6 – SMS présentant des caractéristiques d’urgence.

Le thérapeute A reçoit des SMS présentant des caractéristiques d’urgence de la part de personnes différentes, au moins une fois par mois, phénomène qui ne se vérifie pas chez la thérapeute B. Le fait que les urgences concernent des personnes diverses, et non des modalités répétitives de contact, conduit à les considérer comme méritant d’être prises au sérieux.

Horaires

Les SMS portent sous le texte l’indication de l’heure d’envoi. Puisque les thérapeutes assurent une joignabilité téléphonique de 9 h à 20 h, une analyse a été faite des messages envoyés hors horaires, de 20 h à 9 h, et des personnes qui les ont envoyés. Ont été considérés en particulier le poids en pourcentage des messages reçus par chacun des thérapeutes ; le nombre de personnes ayant écrit rapporté au total de chaque thérapeute ; la fréquence maximale et minimale du recours aux messages hors horaires. Les thérapeutes ont généralement répondu le lendemain matin.

Tableau 7 – SMS envoyés hors horaires (après 20 h et avant 9 h) : nombre et pourcentages des messages et des personnes ayant écrit, par thérapeute.

On ne détecte pas de différences significatives entre les deux thérapeutes dans la réception de messages « hors horaires » quant au nombre de personnes ayant écrit ; A reçoit plus de messages que B, mais cela tient à un petit nombre de personnes qui envoient une quantité plus élevée de messages.

Jours fériés et veilles de jours fériés

Outre l’heure, les SMS sont accompagnés de l’indication du jour d’envoi. Puisque les thérapeutes ne travaillent ni le samedi, ni le dimanche, ni durant les périodes de vacances, et qu’ils conviennent avec les personnes suivies d’une disponibilité téléphonique jusqu’à 20 h le samedi et d’une réception de messages les autres jours, nous avons inclus dans la recherche un examen des messages arrivés les veilles de jours fériés et les jours fériés, où la disponibilité des professionnels est réduite ou nulle, afin de voir si cela entraînait quelque variation indiquant une fonction particulière des SMS dans la relation thérapeutique lorsque les possibilités de contact sont réduites. On a donc effectué pour chaque thérapeute, en pondérant de manière différenciée les jours de vacances pris dans la période examinée, un comptage total et un comptage distinct des SMS des veilles de jours fériés et des jours fériés ; une évaluation en pourcentage du nombre des messages sur le total reçu ; un décompte du nombre de personnes ayant eu recours à cette ressource de communication.

Tableau 8 – SMS envoyés les veilles de jours fériés et les jours fériés : nombre et pourcentages par thérapeute.

On observe que le thérapeute A reçoit beaucoup plus de messages les veilles de jours fériés et les jours fériés, presque quatre fois plus que B ; les personnes qui lui en envoient sont plus nombreuses ; le pourcentage sur le total des messages est presque double.

Dans l’ensemble, on peut conclure que le thérapeute A – psychiatre en plus d’être psychothérapeute, homme et plus âgé – reçoit, à patientèle égale, davantage de messages durant la semaine et surtout hors horaires, les veilles de jours fériés et les jours fériés, ainsi que des messages présentant des caractéristiques d’urgence, comparativement à B, psychologue psychothérapeute, femme et plus jeune. La différence tient à un nombre plus élevé de messages envoyés par certaines personnes, relevant de catégories diagnostiques qui impliquent une plus grande gravité clinique ; en revanche, elle est indépendante du sexe de la personne qui écrit et de celui du thérapeute. Le contenu des messages est lui aussi différent : peu concernent des prescriptions de médicaments, A recevant plutôt un plus grand nombre de communications relatives au déroulement et au parcours de l’intervention psychothérapeutique, davantage orientées dans le sens d’une demande de « prolongation » des séances.

Étant donné que le thérapeute A tend en général à voir sa patientèle moins fréquemment que la thérapeute B, et qu’une bonne partie de celle-ci est affectée de pathologies plus graves exigeant souvent des interventions urgentes, on peut penser que ce même thérapeute A utilise les SMS comme confirmation ou contrôle du processus thérapeutique avec plus d’assiduité que B, qui en fait plus souvent un usage orienté vers la gestion pratique de la thérapie et vers un soutien psychologique.

À retenir

Les écarts observés entre les deux thérapeutes ne tiennent ni au sexe du thérapeute ni à celui de la personne qui écrit, mais à la gravité clinique des situations suivies et à l’espacement des séances. Deux usages distincts et également légitimes du SMS se dessinent : l’un plutôt tourné vers la confirmation et le contrôle du processus thérapeutique, l’autre vers la gestion pratique de la thérapie et le soutien psychologique.

Cette hypothèse de deux usages possibles, distincts et légitimes, des SMS ne peut être confirmée que par un examen qualitatif des échanges, en comparant quelques messages reçus par chacun des deux thérapeutes et les réponses qu’ils y ont apportées.

Exemples d’échanges de SMS entre personnes suivies et thérapeutes

Premier exemple : la patiente Francesca et le thérapeute A

Il s’agit d’une infirmière de 31 ans, à sa cinquième consultation de psychothérapie pour des troubles dépressifs, avec une tentative de suicide par ingestion de médicaments et un trouble de la personnalité borderline. Elle vit seule ; la tentative de suicide fait suite à la fin d’une relation amoureuse avec un homme très problématique, infidèle et violent, mais aussi exigeant et despotique.

Échange de messages

F., mercredi 01/02, 23 h 40 : Je me suis toujours sentie en dehors de la vie sociale. Avec lui je me sentais normale. Être trompée aussi, c’est normal… L’orgueil n’est pas si important.

A., jeudi 02/02, 10 h : En effet, la concurrence ne la stimule pas, n’est-ce pas ? Allons, Francesca… Ne jouez pas les amoureuses folles.

F., jeudi 02/02, 10 h 15 : L’orgueil est important, mais il est secondaire. C’est la solitude qui provoque les crises d’angoisse, alors j’agis pour ne pas être seule. Si je le perds, je me retrouve seule.

A., jeudi 02/02, 11 h 05 : Celle de Richard me paraît une compagnie bien trop compromettante et incertaine pour vous… Mais faites comme bon vous semble.

F., jeudi 02/02, 18 h 56 : Je me sens seule comme un an avant de le connaître. Je passe toute la journée au lit. À quoi puis-je me raccrocher ?

A., jeudi 02/02, 19 h 10 : Vous savez parfaitement qu’en attendant vous pouvez vous raccrocher à moi. De fait, vous m’appelez et vous m’écrivez… et vous faites bien, vous pouvez compter sur moi, Francesca. Nous verrons ensuite.

Lors d’une rencontre deux jours plus tôt, F. avait rapporté que Richard s’était de nouveau rapproché d’elle et qu’elle éprouvait de graves difficultés émotionnelles ; l’objectif de A est de rester une référence, y compris entre les séances, dans une phase initiale de la relation thérapeutique où l’on n’a pas encore pu établir un lien assez solide pour offrir des garanties contre la répétition de comportements auto-agressifs. Un facteur d’alarme est l’horaire du premier message, ainsi que la mention, dans le troisième, de la journée passée au lit, c’est-à-dire sans aller travailler et seule chez elle. Les messages du thérapeute répondent à la demande de F. de ne pas être laissée seule ; en même temps, ils poursuivent une ligne d’intervention entamée lors du dernier entretien, qui vise à modifier l’image de Richard en prince charmant unique et irremplaçable, et à chercher dans les caractéristiques de personnalité et dans l’histoire de la patiente les motivations de son mal-être, comme façon de réduire sa réactivité à des stimuli extérieurs incontrôlables tels que les allées et venues de Richard.

Deuxième exemple : la patiente Claudia et la thérapeute B

Échange de messages

C., samedi 01/04, 18 h 46 : J’ai réussi aussi en français, et la professeure qui m’avait recalée la fois précédente m’a félicitée. Je suis contente. À mercredi. Je vous embrasse.

B., samedi 01/04, 19 h 05 : Bravo, Claudia ! Je suis très contente. Vous avez fait preuve de capacité, de détermination et de volonté, et vous avez été récompensée à juste titre. À mercredi. Bien affectueusement.

Claudia a 22 ans, elle est en thérapie depuis deux ans pour des crises de boulimie ; ce problème ayant été éliminé, la thérapie s’est orientée depuis un an vers la résolution de problèmes de croissance qui ont bloqué le développement de la vie de Claudia, aussi bien dans le domaine des études que dans celui des relations sociales et affectives. Le message répond à une période de soutien à la reprise de l’assiduité universitaire. La thérapeute ne veut pas seulement valoriser le résultat obtenu par la patiente, mais lui faire acquérir, à travers lui, une plus grande confiance dans des qualités de caractère dont elle se sent dépourvue. En même temps, la thérapeute minore son propre rôle dans l’obtention du résultat, accepte une relation partiellement adoptive, sollicitée à travers l’embrassade, mais la tempère par un bien affectueusement ; elle confirme le rendez-vous suivant, en garantissant implicitement que, pour le moment, il n’y a pas de risque qu’elle se retire si la patiente progresse.

Le message vise donc un soutien thérapeutique qui dépasse le résultat positif et s’étend à une réorganisation du caractère.

Troisième exemple : la patiente Tilde et le thérapeute A

Échange de messages

T., jeudi 26/01, 20 h 10 : Docteur, à propos de ce médicament, en ai-je besoin ? Pourrait-il me servir à redonner à mon cerveau de la sérotonine, de l’adrénaline… ?

T., vendredi 27/01, 9 h 38 : Mais comment se résout le problème de la dépersonnalisation, avec les tics qui apparaissent quand je suis stressée ?

T., vendredi 27/01, 14 h 10 : Docteur, mon hystérie est-elle liée à la démence ?

T., vendredi 27/01, 18 h 22 : Docteur, si je n’arrête pas de parler, est-ce parce que je suis folle ?

A., vendredi 27/01, 18 h 32 : Vous n’êtes pas folle, Tilde, mais vous êtes très agaçante…

Tilde a présenté des troubles délirants de transformation corporelle, actuellement contenus par une défense rigide fondée sur des rituels obsessionnels ; en thérapie depuis quelques mois, elle demande sans cesse des garanties, sur un mode obsessionnel, au thérapeute, qui ne répond pas à tous les messages mais seulement à certains, dans une tentative – une fois contenus les troubles de l’idéation – de rendre moins rigides des défenses compulsives, très limitantes également pour la vie quotidienne. La réponse de A vise, d’un côté, à fournir la garantie recherchée ; de l’autre, en lien avec l’absence de réponse aux SMS précédents, à favoriser un meilleur contrôle de l’anxiété.

Quatrième exemple : le patient Luigi et la thérapeute B

Échange de messages

L., dimanche 13/03, 14 h 05 : Docteur, bonjour, c’est Luigi, je viens d’arriver à l’aéroport de Budapest… ici tout va bien… le voyage s’est plutôt bien passé. Merci beaucoup ! Bien à vous !

B., lundi 14/03, 9 h 20 : Luigi, je suis heureuse que le voyage se soit bien passé. Soyez tranquille et amusez-vous. À bientôt.

La liaison par SMS convenue lors de la séance précédant le départ permet au patient, qui souffre d’attaques de panique, d’affronter un voyage en avion avec sa compagne et quelques proches. La réussite de l’entreprise peut contribuer à accroître la confiance en soi du patient et à réduire les risques de récidive des attaques de panique, en évitant aussi l’apparition de problèmes dans la relation affective et dans le groupe social de référence. La réponse de la thérapeute confirme son intérêt protecteur, sans charger le patient de trop de responsabilités, ramenant ainsi l’expérience traversée à un cadre de normalité.

Quelques exemples de SMS parmi les plus fréquents, par type de contenu

Médicaments

Échange de messages

Une patiente à A : Si je devais augmenter la sertraline, quand devrais-je prendre le deuxième comprimé ?

Annulation

Échange de messages

Un patient à B : C’est T., je suis malade. Le 15 me conviendrait s’il n’y a pas de problème. Merci.

B. au patient : T., je suis désolée que vous soyez malade. Appelez-moi avant 11 h 30 ou de 13 h à 13 h 45 et je vous donnerai le prochain rendez-vous.

La réponse de la thérapeute est accueillante, mais elle souligne qu’il ne revient pas au patient de décider de la date et de l’heure des rendez-vous, en l’invitant à convenir ensemble de la nouvelle date.

Information et contrôle

Échange de messages

Un patient de A (une semaine après la première rencontre) : Bonjour, il n’y a pas d’amélioration, je suis abattu et j’ai peur de ne pas y arriver.

A. au patient : Je comprends l’incertitude et le découragement, mais vous savez qu’ici tout le monde vous veut du bien et qu’il n’y a pas de raison de vous sentir comme un petit chien perdu dans une forêt de loups. De plus, d’ici peu les médicaments feront eux aussi leur effet. Courage !

Une patiente à B : Bonjour, je voulais vous dire qu’à Caserte tout s’est bien passé. Pardonnez-moi de vous envoyer ce message avec quelques jours de retard.

B. à la patiente : Toutes mes félicitations, Marcella. J’en suis très heureuse.

Aux messages qui les informent de difficultés et de progrès, en permettant un contrôle de ce qui se passe entre les séances, les thérapeutes répondent par une participation qui soutient les personnes suivies dans les moments les plus durs et les renforce positivement dans ceux d’une réussite méritée.

Psychothérapie

Échange de messages

Une patiente à B : Bonjour, Docteur ! Comme je suis un peu abattue, je vous serais reconnaissante de m’envoyer, si possible, un SMS d’encouragement. Ma situation avec Mauro n’a pas changé. Merci et pardon.

B. à la patiente : Luciana, je vous donne tout mon encouragement et tout mon soutien, mais j’aimerais d’abord savoir comment il se fait que vous n’êtes pas venue au rendez-vous du 10/02, ce qui vous est arrivé.

La thérapeute accepte la demande d’encouragement, mais elle annonce le thème de la prochaine séance, invitant la patiente à un engagement plus grand et amorçant une intervention sur la relation thérapeutique, entendue comme soutien ou comme alliance en vue d’un changement.

Échange de messages

Une patiente à A : J’AI ÉTÉ ANXIEUSE TOUTE LA JOURNÉE. À LA FIN JE N’EN POUVAIS PLUS ET J’AI CÉDÉ À MON AUTOTHÉRAPIE EN BUVANT DE LA LIQUEUR D’AMANDE. J’AI ÉNORMÉMENT PLEURÉ. J’EN AI HONTE. JE VOULAIS VOUS LE DIRE. P.-S. J’ESPÈRE DORMIR CETTE NUIT ET VOUS VOIR DEMAIN À 10 H 30, SINON JE VOUS APPELLERAI POUR LE CRÉNEAU DE 13 H.

A. à la patiente : Mettez le réveil, Annarita : le créneau de 13 h n’est plus disponible.

Le thérapeute relève le caractère dramatique, accentué jusque dans l’écriture en majuscules du message, qui contraste avec la réserve consistant à se garder jusqu’au lendemain matin le privilège de venir à l’heure fixée ou plus tard : il refuse de déresponsabiliser la patiente, tout en lui garantissant sa disponibilité, et crée les prémisses pour proposer lors de la séance suivante la nécessité de se soigner véritablement de l’alcoolisme, plutôt que de s’apitoyer sur soi et de se faire plaindre pour sa propre incapacité. Il choisit à dessein de répondre très brièvement et en n’utilisant que des minuscules, afin de souligner la composante exhibitionniste du message reçu.

Échange de messages

Un patient à A : Il doit bien y avoir une raison si je tombe toujours malade 2 jours avant l’examen…

A. au patient : Je commence moi aussi à en douter…

Le patient à A : C’est encourageant… !

Voici un échange très bref qui met en jeu une réflexion ironique sur la répétition d’un problème et sur la relation thérapeutique, réflexion qui pourrait avoir lieu au cours de n’importe quelle séance de thérapie.

Demande de rendez-vous, pour une rencontre ou pour une conversation téléphonique

Échange de messages

Un patient à A : Pouvez-vous me donner un rendez-vous téléphonique ?

A. au patient : Appelez maintenant.

Une patiente à B : Docteur, cela vous convient-il que je vienne jeudi à 17 h 45 ? Je vous envoie un message parce que je ne voudrais pas vous déranger, au revoir, Gioia.

B. à la patiente : Gioia, jeudi je suis complète. Appelez-moi demain de 10 h à 12 h pour fixer un autre rendez-vous. Bien affectueusement.

L’écriture thérapeutique des SMS

La manière dont les SMS sont écrits ne doit jamais être considérée comme fortuite, aussi bien pour ceux qui arrivent que pour ceux qui sont envoyés par les thérapeutes.

Dans l’exemple précédent, l’un des messages, écrit tout en majuscules, paraît tout à fait cohérent avec un diagnostic de personnalité histrionique, tant par les caractères que par les contenus : il comporte donc déjà une suggestion diagnostique.

Beaucoup de messages, en outre, arrivent aux thérapeutes sans signature, comme si la personne prétendait être immédiatement reconnue ou, mieux encore, être unique dans la relation thérapeutique ; dans ce cas, une réponse qui se borne à signaler l’absence de signature rétablit aussitôt un principe de réalité dans la relation, tout en épargnant le travail d’identifier l’envoi en recourant au répertoire.

Parfois les messages reçus contiennent des incohérences et des contradictions qui peuvent être immédiatement signalées et examinées ensuite en thérapie, de manière à créer une activation chez la personne suivie et à l’entraîner à l’investigation psychologique.

Un usage expressif, sinon consciemment rhétorique, des SMS est également attesté par l’usage de la ponctuation, comme dans l’exemple suivant, où l’on voit combien la patiente cherche à communiquer la nouvelle de manière saisissante :

Échange de messages

Une patiente de A : Bonjour, c’est Cristina… j’ai une nouvelle… je suis enceinte d’environ huit semaines. J’ai manifestement mal fait mes comptes !

Côté thérapeutique aussi, chaque SMS reçu demande des choix stylistiques de réponse adaptés au contenu, de façon à le confirmer et à le renforcer par des éléments persuasifs (16) : pour répondre à une annulation, par exemple, on peut choisir un ton neutre, ou préoccupé, ou même indifférent, selon la signification attribuée à l’annulation, le moment du processus thérapeutique et les intentions quant à l’intervention.

Recourir au prénom de la personne peut être une manière de donner une plus grande personnalisation au message, en rendant moins froide la parole écrite. La place du prénom dans le message peut exprimer des nuances de signification différentes : par exemple, Giovanni, vous avez fait une bêtise est plus compréhensif et moins accusateur que Vous avez fait une bêtise, Giovanni !, où la contiguïté avec la fin de la phrase, plus encore s’il y a un point d’exclamation, semble impliquer une remontrance plutôt qu’une solidarité consolatrice. Cette dernière peut à son tour être accentuée simplement par l’usage de la ponctuation : Giovanni, vous avez fait une bêtise… On peut dire que l’organisation de la phrase, la distribution des mots, la ponctuation, la sonorité qui résonne en nous à la lecture et d’autres ressources donnent également au message écrit cet aspect connotatif des significations que la pragmatique de la communication attribue à la composante analogique du langage (23).

À retenir

Rien n’est fortuit dans un SMS : les majuscules, l’absence de signature, la ponctuation, la place du prénom sont autant de marqueurs analogiques. En thérapie, on choisit donc, à chaque message, un ton et une forme ; la signature, en toutes lettres ou en initiales, fonctionne comme un marqueur de contexte qui rappelle que l’échange se déroule dans une relation professionnelle.

Signer toujours ses messages, en toutes lettres ou par des initiales, n’est donc pas seulement une dette de courtoisie et un signe d’éducation : une conclusion telle que Dr E. B. (initiale du prénom, nom en toutes lettres) ou G. A. (initiales) représente en tout cas un marqueur de contexte, indiquant qu’il s’agit d’un message s’inscrivant dans une relation professionnelle, ce qui réduit les risques d’un excès de familiarité.

Lorsque l’on estime, en tant que thérapeute, recevoir trop de messages, ou que l’on veut souligner à des fins thérapeutiques le déséquilibre de la relation, on peut employer diverses manières : répondre par un SMS qui souligne l’excès, ne pas répondre, ou ne répondre qu’après un délai suffisant pour faire craindre à la personne d’avoir exagéré, conserver les messages dans la mémoire du portable et les utiliser lors de la séance suivante pour en faire un thème de travail sur la relation…

En thérapie, le choix des termes appropriés pour créer chez la personne suivie l’effet psychologique voulu est un engagement, de degré variable, mais qu’il ne faut pas sous-estimer : un simple encouragement n’est en effet pas le même selon qu’il est exprimé par Bravo ! ou par À bientôt. Une plaisanterie ou un commentaire enjoué peuvent confirmer une entente particulière dans certaines situations : par exemple, Félicitations, un résultat prestigieux qui vous apportera du crédit… et des clients ! ; dans d’autres, il est opportun d’employer des expressions plus générales, par exemple : Je suis heureux que vous ayez obtenu un si bon résultat.

Une histoire à travers les SMS

Sur la base de ce qui a été dit à propos de l’usage non fortuit des messages, il devrait être possible de voir l’histoire thérapeutique en évolution en réunissant tous les SMS envoyés par une même personne sur une période prolongée, parallèlement aux séances de thérapie, ainsi que les réponses thérapeutiques.

Exemple : Luciano, 43 ans, est un chef d’entreprise affecté de troubles narcissiques de la personnalité, avec des réactions impulsives et risquées occasionnelles, en phase dépressive à la suite d’une séparation houleuse qui pourrait compromettre sa situation professionnelle et économique ; il a deux jeunes enfants que leur mère a l’intention d’emmener dans une autre région, perspective de perte qu’il ne parvient pas à accepter.

Échange de messages

Luciano à A, 27/01, 17 h 21 : C’est plus fort que moi, je ne peux pas me contrôler, je n’y arrive pas : voir mes enfants jouer au gymnase, heureux et sereins, et penser qu’il y a quelqu’un qui fait tout pour les éloigner de moi, en imaginant que loin de moi ils iront bien, cela me coupe le souffle, cela me tue. Je pleure à l’idée qu’il y a de fortes chances que cela puisse arriver. Je sais, je dois être fort et toujours souriant, mais chaque jour c’est plus difficile.

Réponse de A, 27/01, 18 h 02 : Vous combattez par amour pour vos enfants, autant que pour survivre ; tenez bon et ne faites pas de bêtises, ils ont besoin de vous. Vous n’êtes pas engagé dans une course de cent mètres, mais dans un marathon.

Luciano, 29/02, 15 h 40 : Bonjour ! J’ai traversé une période de confusion extrême, je m’excuse de ne pas vous avoir appelé. Quand puis-je le faire ? Bien à vous.

Réponse de A, 29/02, 19 h 05 : Appelez maintenant, si vous voulez.

Luciano, 25/04, 2 h 43 : J’ai passé un dimanche serein, seul chez moi, et une belle soirée avec des amis… Je fais le compte à rebours en attendant de pouvoir être avec mes enfants. C’est une belle sensation, bonne nuit et surtout : bon réveil !

Luciano, 30/04, 11 h 12 (message non signé) : Le juge a décidé que les enfants resteraient ici, et que je pourrais être davantage avec eux… Ce n’est pas fini, mais c’est une grande victoire. Je suis très heureux !

Réponse de A, 01/05, 10 h 23 : Félicitations, vraiment : vous avez fait ce qui ne vous est pas facile, rester tranquille et tenir bon, et votre ténacité a été récompensée. Continuez !

La seconde séquence de messages présente une évolution narrative cohérente, quoiqu’elle consiste en des échanges espacés dans le temps, et un sens thérapeutique fondé sur la proposition d’une histoire de rachat altruiste et souffrant, adressée à un homme et père déprimé et confus. Les messages ponctuent l’évolution de l’histoire développée dans les séances de thérapie, en s’y intégrant, en la renforçant, en la résumant et en la relançant dans les moments de difficulté, mais aussi en la synthétisant en une morale qui annonce un approfondissement, en thérapie, du travail sur le trouble de la personnalité.

Un cas limite

Cet échange de messages, envoyés à une troisième thérapeute, se rapporte à une situation qui n’a rien d’inhabituel, mais qui est de nature à alarmer particulièrement les thérapeutes les plus jeunes. Il s’agit de SMS envoyés de manière anonyme, par ordinateur, avec des messages d’amour émanant d’un présumé patient.

Échange de messages

Xxxxadsl.it, mercredi 18/05, 15 h 42 : Comme tu es belle, Diletta… heureux celui qui peut te parler… t’effleurer… t’aimer… sois tranquille, je ne suis qu’un admirateur, rien de plus. (Le message n’est pas signé et le numéro de téléphone n’est pas localisable.)

Xxxxadsl.it, vendredi 21/05, 0 h 19 : Aimer davantage… c’est une douce folie et aussi un peu de ma faute… car je t’aime davantage… Adieu, Diletta. (Le message n’est pas signé et le numéro n’est pas localisable. Le contenu du message est un passage d’une chanson.)

Xxxxadsl.it, vendredi 21/05, 0 h 19 : Qu’est-ce qu’aimer… c’est écouter en silence la lune et se perdre… et souffrir sans faire de bruit… aimer, c’est toi, lent réveil… (Le message, toujours anonyme, poursuit le texte de la chanson précédente.)

Xxxxadsl.it, samedi 22/05, 8 h 40 : Je te voudrais, je te voudrais, et je vendrais même mon âme… je te voudrais avec un grand V… je te voudrais tant que je n’en peux plus… Bon dimanche. (Le message, selon les mêmes modalités, reproduit un passage d’une autre chanson, d’une autre plume.)

Depuis un numéro de portable, dimanche 22/05, 15 h 18 : Bonjour, Docteur, je suis Jacopo, un de vos anciens patients. Je vous écris ce message pour vous supplier de me pardonner : je suis l’auteur des messages anonymes que vous avez reçus… pardon et encore pardon, à vous comme à votre mari. Je suis encore dans une crise terrible et, dans les moments les plus désespérés, je me raccroche aux quelques beaux souvenirs que j’ai. Vous ne recevrez plus aucun autre message de ma part. Je le jure. Je suis prêt à réparer si j’ai causé un quelconque dommage. Excusez-moi encore. Salutations distinguées. Jacopo Bianchi.

La thérapeute à Jacopo, lundi 23/05, 9 h : Je comprends que le fait d’aller mal puisse vous conduire à chercher un « anesthésique » ou une « nourrice » plutôt qu’une aide thérapeutique. Ne perdez pas espoir, mais cherchez cette dernière, avant toute autre chose. Dr Diletta Rossi.

La thérapeute attend le lundi matin pour envoyer sa réponse, afin de ne pas donner l’impression d’avoir été trop perturbée personnellement ou dans sa vie familiale. Elle sait qu’elle a apporté, quoiqu’elle fût à l’époque jeune et peu expérimentée, une aide significative au patient, et elle formule une réponse qui l’aide à reprendre les fils d’un discours thérapeutique interrompu.

Jacopo est un jeune homme dont la thérapeute citée a suivi le cas jusqu’à il y a deux ans. Obèse (environ 120 kg pour 165 cm), il souffrait d’attaques de panique très graves avec agoraphobie ; inscrit avec d’excellents résultats dans une école de soins infirmiers, il avait soudain interrompu ses études et toute relation sociale. Il n’était jamais sorti avec une fille ; la famille s’était sporadiquement trouvée prise dans de graves difficultés.

Dans la thérapie est rapidement apparue une situation grave, compliquée par l’abus d’alcool (la nuit et seul), la réduction progressive de toute activité sociale et l’apparition d’idées de référence. Il s’était parfois présenté à la séance les deux bras couverts de coupures nettes et profondes, en déclarant des intentions suicidaires.

Troisième enfant, né à la suite et en compensation de la mort prématurée, à 5 ans, d’une sœur prénommée Jacopina, il avait toujours été un garçon modèle, gentil et bon, surprotégé par des parents bouleversés par la mort de leur fille. La sœur aînée avait quitté la maison, avec beaucoup de difficultés de désengagement, deux ans plus tôt. La psychothérapie avait duré environ deux ans ; Jacopo n’avait pas repris ses études, mais il avait renoué quelques amitiés. Il s’occupait d’un petit chien et aidait parfois son père aux travaux des champs ; il faisait des courses pour le compte de ses parents.

Il n’avait plus d’attaques de panique, ne se coupait plus et ne buvait plus d’alcool ; l’obésité, elle, persistait.

Les symptômes les plus aigus une fois surmontés, au début d’un approfondissement du travail sur les troubles de la personnalité, Jacopo s’était mis à dire qu’il ne venait que parce qu’il était amoureux de la thérapeute et, après quelques mois, il avait abandonné en disant qu’il préférait s’arrêter. Les parents, à ce moment-là, avaient eux aussi interrompu les contacts.

La thérapeute observe le mal-être derrière les contenus et les horaires d’envoi des messages, et elle utilise l’occasion offerte pour reproposer la possibilité de reprendre la thérapie, fût-ce avec d’autres, plutôt que de se confier à des fantasmes ou à d’infantiles espérances d’adoption affective. En effet, Jacopo cherche la solution de son problème d’autonomie personnelle réduite – auquel correspond un grave trouble de la personnalité – dans le fantasme d’être sauvé par l’amour d’une femme angélique, version masculine du rôle du prince charmant des contes pour petites filles.

La thérapeute surmonte ainsi l’inquiétude créée par les messages anonymes en les utilisant pour redéfinir le transfert du patient.

Des incidents de ce genre sont assez courants dans la vie des psychothérapeutes, et laisser son numéro de portable aux personnes suivies peut inquiéter les thérapeutes en début de carrière ; d’un autre côté, il est pire d’être joignable sur le téléphone du domicile ou d’y trouver des messages anonymes. Le portable est toujours, et en tout cas, un téléphone de travail, moins privé que la ligne fixe ; il peut s’éteindre facilement, et il est également possible d’avoir sur le même appareil deux numéros, l’un privé et l’autre public, avec même des sonneries différentes.

Conclusions

Les messages que l’on peut envoyer et recevoir au moyen du téléphone portable peuvent représenter une ressource significative pour les psychothérapeutes ; il s’agit d’une manière économique et synthétique de communiquer, presque en temps réel. Il y a quelques années, il a semblé que la diffusion d’Internet allait bouleverser complètement la façon de faire de la psychothérapie, en dépassant le modèle fondé sur le dialogue en face-à-face ; aujourd’hui, nous pouvons constater qu’il peut exister différentes modalités d’inclure des courriers électroniques et des exercices thérapeutiques dans le déroulement des thérapies (14), et même de construire des sections d’un programme de formation pour psychothérapeutes, en Norvège et en Amérique latine, en tirant parti d’une interaction virtuelle ; mais aussi que la relation thérapeutique exige une implication personnelle qui se passe difficilement de la rencontre directe et proche de deux personnes ou plus.

Le message SMS n’oblige pas à utiliser un ordinateur portable ni à s’installer devant un ordinateur fixe ; il n’implique pas le risque de disperser le contenu dans des courriers électroniques d’une longueur excessive ; il garantit que l’on puisse joindre immédiatement les thérapeutes, tout en leur laissant la liberté de contrôler les temps et les modalités de la réponse ; il n’oblige pas à consacrer des temps trop longs à lire et à déchiffrer les communications reçues, puis à organiser et à écrire les réponses.

Certes, il ne remplace pas les rencontres thérapeutiques, mais il peut permettre de les espacer dans le temps, et il peut prolonger et renforcer leur action au-delà des limites étroites de l’heure de la séance.

De plus, il permet de gérer des situations à risque en offrant une possibilité de contact rapide dans les urgences ; de surveiller la prise de médicaments dans les phases initiales du traitement ; et de soutenir les personnes suivies qui tentent de surmonter des difficultés créées par les symptômes dans la vie réelle, en participant à distance, de manière peu intrusive, à leurs efforts de changement. On peut en faire un usage différencié selon les besoins de la personne suivie et les objectifs thérapeutiques, en faisant prévaloir des aspects de soutien, de contrôle et de stimulation, ou en introduisant à chaud, avec rapidité et pouvoir de synthèse, des éléments interprétatifs, humoristiques ou, en tout cas, dotés d’un pouvoir de redéfinition qui, à eux seuls, peuvent déjà avoir une valeur psychothérapeutique.

Le problème du développement possible d’une dépendance excessive envers la thérapie, désormais accessible presque en permanence, comme si le portable en venait à représenter un cordon ombilical psychologique, n’est pas supérieur à celui qu’induirait un plus grand nombre de rencontres directes pour gérer la même situation, et il constitue un risque constant de la relation thérapeutique.

Comme tous les instruments utiles, les SMS demandent, à qui en fait un usage conscient en thérapie, de l’attention, de la promptitude, de l’engagement et de la responsabilité ; ils récompensent cet effort par une plus grande efficacité et par une économie de temps de contact direct avec chaque personne suivie, ce qui permet d’élargir la patientèle et de réduire les coûts des thérapies, avec des bénéfices pour tout le monde, en fin de compte, non seulement économiques mais aussi sociaux.

Notes de l’original

1. Psychiatre, psychologue, psychothérapeute. Directeur du Centre d’études et d’application de la psychologie relationnelle, Prato.

2. Psychologue, psychothérapeute. Enseignante du Centre d’études et d’application de la psychologie relationnelle, Prato.

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Cet article est la traduction française de « ¡SCRIPTA… VOLANT! USO Y UTILIDAD DE LOS MENSAJES SMS EN PSICOTERAPIA », publié par Red Sistémica (première parution : Red Sistémica). Traduit et republié avec l’accord de la revue.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Manfrida, G. M., & Eisenberg, E. (2023). Scripta… volant ! Usage et utilité des messages SMS en psychothérapie (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/scripta-volant-usage-et-utilite-des-messages-sms-en-psychotherapie (Œuvre originale publiée en 2023 dans Red Sistémica ; republiée en 2023 par Red Sistémica, https://redsistemica.ar/2023/02/10/scripta-volant-uso-y-utilidad-de-los-mensajes-sms-en-psicoterapia/)

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