Behavioral Sciences · Famille

Un programme de réminiscence grands-parents–petits-enfants pour les familles américaines d’origine asiatique : réflexions intergénérationnelles et culturelles des dyades participantes

Et si c’étaient les petits-enfants qui menaient l’entretien ? Au Texas, des grands-parents d’origine chinoise, vietnamienne ou indienne ont raconté leur vie, six semaines durant, à un petit-enfant, après une courte formation. Douze dyades décrivent ensuite ce qui s’est passé : des histoires de famille jamais dites, des leçons de vie transmises, des différences entre générations enfin nommées, et un lien qui se resserre.

Auteurs Ling Xu, Soeun Jang et Jaclyn E. Kirsch (School of Social Work, université du Texas à Arlington, États-Unis), Qinzheng Xu (économie industrielle, School of Business, East China University of Political Science and Law, Shanghai, Chine) et Darren Yang (Grapevine High School, Grapevine, Texas, États-Unis)Première publication Behavioral Sciences, 22 juillet 2026Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Un programme de réminiscence grands-parents–petits-enfants pour les familles américaines d’origine asiatique : réflexions intergénérationnelles et culturelles des dyades participantes, par Ling Xu, Soeun Jang, Qinzheng Xu, Jaclyn E. Kirsch et Darren Yang, publié dans Behavioral Sciences (MDPI) (2026), doi : 10.3390/bs16071248, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; le résumé est découpé selon ses rubriques ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

La réminiscence intergénérationnelle rapproche efficacement les générations en revisitant l’histoire familiale et les racines culturelles.

Ling Xu, Soeun Jang, Qinzheng Xu, Jaclyn E. Kirsch et Darren Yang

Résumé

Contexte. La solidarité intergénérationnelle entre grands-parents et petits-enfants est une tradition ancienne qui renforce les liens familiaux et soutient le bien-être psychologique des personnes âgées, en particulier dans les familles asiatiques. En s’appuyant sur les théories du développement tout au long de la vie, du lien social et de l’identité narrative, un programme de réminiscence intergénérationnelle a été conçu pour favoriser le bien-être émotionnel et approfondir les liens entre générations dans les familles américaines d’origine asiatique.

Méthode. Cette étude a examiné de manière qualitative les réflexions de 12 dyades grand-parent–petit-enfant ayant suivi le programme jusqu’au bout. Les grands-parents ont participé à six séances hebdomadaires d’une heure de bilan de vie et de réminiscence guidés, en présentiel ou en ligne, animées par leurs petits-enfants. Après l’intervention, des entretiens individuels ont été menés avec les membres des dyades. Les données d’entretien ont été examinées selon l’analyse thématique en six étapes de Braun et Clarke.

Résultats. Trois thèmes ont émergé, décrivant l’expérience que les personnes participantes ont faite du récit et de l’apprentissage intergénérationnels. Le premier, l’engagement dans l’histoire et les récits familiaux, rendait compte du plaisir de partager et de découvrir des récits familiaux, de mettre au jour des histoires jusque-là inconnues et de développer une curiosité pour ses ancêtres. Le deuxième thème, la transmission de sagesse et de leçons de vie, reflétait le partage intergénérationnel de conseils professionnels, de conseils pratiques pour la vie, de points de vue sur la résilience, et une plus grande reconnaissance de sa propre situation. Le troisième thème, la compréhension intergénérationnelle et culturelle, mettait en évidence une conscience accrue des différences entre générations, le respect des points de vue culturels et personnels et des liens émotionnels renforcés.

Conclusions. Les résultats concordent avec la théorie de la transmission culturelle, la théorie de la solidarité intergénérationnelle et les théories psychologiques de la réminiscence et de la formation de l’identité. Les réflexions des grands-parents comme des petits-enfants suggèrent que la réminiscence intergénérationnelle rapproche efficacement les générations en revisitant l’histoire familiale et les racines culturelles. Les enseignements tirés et des recommandations pour de futures interventions culturellement adaptées auprès des familles américaines d’origine asiatique sont discutés.

Mots-clés : thérapie par la réminiscence ; grand-parent–petit-enfant ; bien-être psychologique ; relations intergénérationnelles ; identité narrative ; familles américaines d’origine asiatique ; réflexion culturelle

1. Introduction

1.1. Les personnes âgées américaines d’origine asiatique

La population américaine d’origine asiatique forme l’un des groupes ethniques à la croissance la plus rapide aux États-Unis, et la proportion de personnes âgées devrait y passer de 4,6 % en 2019 à 8 % d’ici 2060 (Administration for Community Living, 2020). Malgré cette croissance démographique, les personnes âgées américaines d’origine asiatique rencontrent des difficultés émotionnelles et psychologiques particulières, souvent négligées. Les valeurs culturelles asiatiques qui mettent l’accent sur la cohésion familiale, l’autonomie et l’endurance peuvent contribuer à l’anxiété, à une moindre estime de soi et à la détresse émotionnelle (Guo et al., 2015, 2016 ; Sastry et Ross, 1998). Les difficultés de santé mentale peuvent être perçues comme des signes de faiblesse personnelle, ce qui peut renforcer la stigmatisation intériorisée et dissuader les personnes de chercher de l’aide (Yang et Woo, 2025).

Les personnes âgées américaines d’origine asiatique recourent aussi moins aux services formels de santé mentale que la population blanche du même âge. Des obstacles comme une maîtrise limitée de l’anglais, la stigmatisation culturelle des soins psychiques et la préférence pour les pratiques de guérison traditionnelles contribuent à des besoins de santé mentale durablement non satisfaits (Kramer et al., 2002). Ces difficultés sont pourtant rarement explorées sous un angle intergénérationnel, malgré la place centrale des relations familiales dans les cultures asiatiques. Renforcer le bien-être émotionnel et la proximité entre générations est particulièrement pertinent pour la santé mentale des personnes âgées américaines d’origine asiatique, car l’isolement émotionnel, l’affaiblissement des liens familiaux et le manque d’occasions d’expression qui ait du sens sont étroitement liés à la détresse psychologique et au faible recours aux services de santé mentale dans cette population (Abe-Kim et al., 2007 ; Dong et al., 2012 ; G. Kim et al., 2011 ; Li et Dong, 2018).

1.2. Les enjeux intergénérationnels dans les familles immigrées asiatiques

Si la cohésion familiale et l’interdépendance sont des valeurs centrales dans de nombreuses cultures asiatiques, ces idéaux ne se traduisent pas toujours par une proximité émotionnelle ou une communication efficace dans les familles immigrées américaines d’origine asiatique. En contexte migratoire, cette apparente contradiction reflète un écart entre de fortes attentes culturelles de proximité familiale et la réalité vécue d’une communication intergénérationnelle façonnée par la migration, l’acculturation et les différences de langue (L. Choi, 2022 ; Ho et Birman, 2010 ; S. Y. Kim et al., 2013 ; Tsai-Chae et Nagata, 2008). Dans les familles américaines d’origine asiatique, les relations entre grands-parents et petits-enfants sont façonnées par des facteurs culturels, générationnels et liés à l’acculturation, qui peuvent être à la fois sources d’occasions et de tensions (Bhandari, 2019 ; Xu et al., 2018). Les écarts d’acculturation, issus de différences de valeurs culturelles, d’attentes sociales ou de normes de comportement, sont souvent à l’origine de malentendus. Les grands-parents qui conservent les traditions culturelles de leur pays d’origine peuvent valoriser le collectivisme, la piété filiale et le respect des coutumes établies, tandis que les petits-enfants qui ont vu le jour aux États-Unis penchent parfois vers des perspectives plus individualistes (Y. Choi et al., 2013 ; Foner et Dreby, 2011 ; Hwang, 2006 ; Xu et al., 2018). Ces contrastes peuvent nourrir des convictions divergentes sur les rôles, les obligations et les comportements appropriés au sein de la famille (L. Choi, 2022 ; Sung, 2001 ; Zhang et Slaughter-Defoe, 2009).

La distance émotionnelle perçue peut encore compliquer les liens intergénérationnels. Alors que les grands-parents expriment parfois leur affection par des actes chargés de sens dans leur culture, les petits-enfants peuvent y voir un manque d’ouverture émotionnelle (L. Choi, 2022 ; Guo et al., 2015 ; Louie, 2006). Les barrières linguistiques restent aussi un obstacle majeur : beaucoup de grands-parents maîtrisent mal l’anglais, tandis que les petits-enfants maîtrisent parfois moins bien la langue d’origine de la famille. Ces écarts linguistiques restreignent la communication nuancée, entravent la transmission des savoirs culturels et peuvent creuser la distance entre générations (Louie, 2006 ; Tse, 2001). Il importe aussi de souligner que ces dynamiques intergénérationnelles ne sont pas uniformes d’une famille américaine d’origine asiatique à l’autre et peuvent varier selon l’origine nationale, l’histoire migratoire et le contexte culturel, les schémas observés dans les familles sino-américaines différant de manière importante de ceux des familles d’origine indienne, vietnamienne ou d’autres groupes américains d’origine asiatique. Prises ensemble, ces dynamiques soulignent la nécessité de programmes culturellement adaptés qui favorisent la communication, la compréhension et la proximité émotionnelle entre générations.

1.3. L’approche par la réminiscence intergénérationnelle

La réminiscence consiste en des réflexions structurées sur des événements, des expériences et des récits de vie passés, souvent soutenues par des supports comme des photographies ou de la musique (Pinquart et Forstmeier, 2012). En tant qu’intervention, la réminiscence s’est montrée capable de réduire les symptômes dépressifs (Chen et al., 2012 ; Karimi et al., 2010 ; Song et al., 2014) et d’améliorer le bien-être émotionnel et social des personnes âgées (Meléndez et al., 2015 ; Pinquart et Forstmeier, 2012 ; Pishvaei et al., 2015 ; Woods et al., 2018). Associée à un engagement intergénérationnel, la réminiscence peut apporter des bénéfices supplémentaires en renforçant les relations et en offrant des occasions structurées de transmission culturelle et d’histoire de vie (Chung, 2009 ; Manohar et al., 2023). Les données suggèrent que la réminiscence intergénérationnelle réduit l’isolement social des deux générations, améliore les attitudes d’une génération envers l’autre et développe l’empathie et la compréhension mutuelle (Gardiner et al., 2018 ; Webster et McCall, 1999).

Cependant, la plupart des programmes de réminiscence intergénérationnelle existants associent des personnes âgées à des bénévoles de l’université plutôt qu’à des membres de leur famille (Gerritzen et al., 2020). Rares sont les interventions qui mobilisent directement grands-parents et petits-enfants, malgré le contexte relationnel naturel et la pérennité qu’offrent les modèles familiaux. Faire des petits-enfants des partenaires de conversation dispense de recourir à des équipes professionnelles formées, réduit le coût des programmes et offre de réelles occasions de resserrer les liens familiaux, ce qui est particulièrement utile dans les contextes communautaires ou aux ressources limitées.

1.4. La présente étude

Pour combler ces lacunes, un programme de bilan de vie en six séances, fondé sur la thérapie par la réminiscence, a été conçu pour les personnes âgées américaines d’origine asiatique, en s’appuyant sur les théories du développement tout au long de la vie, du lien social et de l’identité narrative. Les grands-parents ont participé chaque semaine à des conversations de réminiscence menées par l’un de leurs petits-enfants, dans le but de renforcer le bien-être émotionnel et la proximité entre générations. Le projet d’ensemble reposait sur un devis à méthodes mixtes. Des données quantitatives (questionnaires avant et après l’intervention) et qualitatives (réflexions hebdomadaires et entretiens après l’intervention) ont été recueillies pour évaluer l’évolution du bien-être et des dynamiques relationnelles. Le détail de la conception de l’intervention figure dans le protocole publié (Xu et al., 2023).

Le but du présent article est d’explorer la manière dont des personnes âgées américaines d’origine asiatique et leurs petits-enfants vivent un programme intergénérationnel fondé sur la réminiscence, avec une attention particulière aux dynamiques relationnelles et à la continuité culturelle, telles qu’elles se reflètent dans l’expérience des dyades participantes. À cette fin, la présente analyse porte exclusivement sur les résultats qualitatifs des entretiens menés après l’intervention, conçus pour recueillir les réflexions d’ensemble des personnes participantes sur le changement relationnel, le bien-être émotionnel et la construction de sens culturel après le programme. Les réflexions hebdomadaires ont surtout servi de données de processus, pour soutenir la fidélité de l’intervention et l’engagement des personnes participantes ; elles ne sont donc pas au centre de la présente analyse.

2. Matériel et méthodes

2.1. Déroulement de l’intervention

Pour garantir la cohérence et la fidélité de la mise en œuvre du programme, les petits-enfants ont reçu une séance de formation structurée et un manuel d’intervention avant de commencer les conversations de bilan de vie. La formation, d’environ une heure, était dispensée en ligne en petits groupes d’un ou deux petits-enfants. Le manuel d’intervention était adapté des cadres de réminiscence élaborés par Watt (Watt, 1996) et par Watt et Cappeliez (Watt et Cappeliez, 2000), qui intègrent des éléments de réminiscence intégrative (centrée sur la construction de sens, l’identité et la continuité de la vie) et de réminiscence instrumentale (qui puise dans les expériences passées pour faire face aux difficultés présentes). Cette approche combinée visait à favoriser l’acceptation de soi, la résolution des conflits, la réconciliation, un sentiment de sens et de valeur personnelle, et la capacité à se remémorer et à appliquer des stratégies d’adaptation passées.

La formation présentait aux petits-enfants les six thèmes du bilan de vie et leur donnait des repères pour animer avec leurs grands-parents des conversations riches de sens, respectueuses et culturellement sensibles. L’intervention comprenait six séances hebdomadaires d’environ une heure, avec un thème structuré par semaine : (1) les grands tournants de la vie ; (2) l’histoire familiale ; (3) les réalisations personnelles et professionnelles ; (4) l’histoire de ses goûts et de ses aversions ; (5) les expériences de stress et les stratégies d’adaptation ; (6) des réflexions sur le sens et le but de la vie.

Ces thèmes étaient conçus pour favoriser l’introspection, susciter le récit et faciliter le lien intergénérationnel. Les objectifs ultimes étaient de renforcer le bien-être émotionnel des personnes âgées et la proximité relationnelle entre grands-parents et petits-enfants. Pour maintenir l’engagement et l’assiduité, l’équipe de recherche passait chaque semaine un bref appel de suivi à chaque dyade. Ces appels, d’environ cinq minutes, permettaient de répondre aux questions, d’apporter une aide technique et d’assurer le bon déroulement des séances. Des questionnaires avant et après l’intervention ont été administrés à l’ensemble des personnes participantes, et des entretiens ont été menés avec un échantillon de convenance de dyades à la fin du programme.

2.2. Personnes participantes

Les personnes participantes ont été recrutées en continu dans l’aire métropolitaine de Dallas–Fort Worth (DFW). Les critères d’éligibilité exigeaient que les personnes âgées s’identifient comme américaines d’origine asiatique et soient d’ascendance chinoise, coréenne, vietnamienne ou indienne. Les personnes âgées participantes avaient 65 ans ou plus et soit signalaient elles-mêmes des difficultés cognitives, soit étaient décrites comme en ayant par les personnes qui s’occupaient d’elles. Chaque personne âgée devait avoir au moins un petit-enfant de 18 ans ou plus ayant la volonté et la capacité de participer. La sévérité des troubles cognitifs n’a pas été évaluée formellement. Cependant, toutes les personnes âgées participantes étaient en mesure de donner un consentement éclairé et de communiquer efficacement pendant les entretiens, ce qui indique un fonctionnement cognitif globalement normal, avec au plus un trouble cognitif léger ou des plaintes cognitives subjectives. Pour faciliter une communication riche pendant les séances de réminiscence, les deux membres de chaque dyade devaient maîtriser au moins une langue commune (l’anglais ou une langue d’origine). Cette exigence garantissait la fluidité des conversations, leur pertinence culturelle et la possibilité de s’engager authentiquement dans le récit.

Une stratégie d’échantillonnage de convenance a été utilisée pour les entretiens menés après l’intervention. L’échantillon final comprenait 12 dyades ayant mené l’intervention à son terme, consenti aux entretiens et été disponibles pour y participer, soit environ la moitié des 26 dyades inscrites à l’étude. L’échantillon d’entretien comprenait une famille vietnamienne, une famille vietnamienne et chinoise et une famille indienne, les neuf autres dyades étant des familles sino-américaines (voir les tableaux 1 et 2).

Tableau 1 — Données démographiques des grands-parents

Pour chaque famille : âge ; niveau d’études ; genre ; origine ; situation conjugale ; années aux États-Unis ; mode de vie ; santé perçue.

  • Famille 1. 75 ans ; lycée ; F ; chinoise ; veuve ; 50 ans aux États-Unis ; vit seule ; santé très bonne.
  • Famille 2. 88 ans ; lycée ; F ; chinoise ; veuve ; 36 ans ; vit seule ; santé passable.
  • Famille 3. 77 ans ; lycée ; F ; chinoise ; mariée ; 35 ans ; vit en couple ; santé très bonne.
  • Famille 4. 86 ans ; licence ; M ; chinoise ; veuf ; 20 ans ; vit seul ; santé passable.
  • Famille 5. 83 ans ; licence ; M ; chinoise ; marié ; 10 ans ; vit en couple ; santé bonne.
  • Famille 6. 86 ans ; sans diplôme du secondaire ; F ; vietnamienne ; mariée ; 15 ans ; vit avec ses enfants ; santé passable.
  • Famille 7. 82 ans ; lycée ; F ; indienne ; mariée ; 38 ans ; vit en couple ; santé passable.
  • Famille 8. 72 ans ; sans diplôme du secondaire ; F ; vietnamienne ; mariée ; 43 ans ; vit en couple ; santé bonne.
  • Famille 9. 87 ans ; lycée ; F ; chinoise ; mariée ; 20 ans ; vit en couple avec ses enfants ; santé bonne.
  • Famille 10. 83 ans ; licence ; M ; chinoise ; veuf ; 19 ans ; vit seul ; santé très bonne.
  • Famille 11. 78 ans ; diplôme de troisième cycle ou professionnel ; F ; chinoise ; mariée ; 33 ans ; vit en couple ; santé très bonne.
  • Famille 12. 72 ans ; lycée ; F ; chinoise ; mariée ; 4 ans ; vit en couple ; santé très bonne.

Note : genre : M = masculin, F = féminin (de même dans le tableau 2). Pour la situation conjugale, l’original indique M (married) ou W (widowed), ici accordés au genre indiqué.

Tableau 2 — Données démographiques des petits-enfants

Pour chaque famille : âge ; niveau d’études ; genre ; origine ; naissance aux États-Unis ; distance géographique avec le grand-parent ; santé perçue.

  • Famille 1. 18 ans ; lycée ; F ; chinoise/vietnamienne ; oui ; autre État des États-Unis ; santé excellente.
  • Famille 2. 26 ans ; licence ; F ; chinoise ; oui ; même État ; santé bonne.
  • Famille 3. 20 ans ; études supérieures en cours ou inachevées ; F ; chinoise ; oui ; même État ; santé bonne.
  • Famille 4. 20 ans ; études supérieures en cours ou inachevées ; F ; chinoise ; oui ; autre État des États-Unis ; santé très bonne.
  • Famille 5. 26 ans ; licence ; M ; chinoise ; non ; autre État des États-Unis ; santé très bonne.
  • Famille 6. 21 ans ; études supérieures en cours ou inachevées ; F ; vietnamienne ; oui ; même État ; santé bonne.
  • Famille 7. 25 ans ; études supérieures en cours ou inachevées ; M ; indienne ; oui ; autre État des États-Unis ; santé bonne.
  • Famille 8. 22 ans ; licence ; M ; vietnamienne ; oui ; même État ; santé bonne.
  • Famille 9. 19 ans ; études supérieures en cours ou inachevées ; F ; chinoise ; oui ; même État ; santé bonne.
  • Famille 10. 18 ans ; lycée ; F ; chinoise ; oui ; même ville ; santé excellente.
  • Famille 11. 21 ans ; études supérieures en cours ou inachevées ; F ; chinoise ; oui ; même maison ; santé bonne.
  • Famille 12. 18 ans ; lycée ; M ; chinoise ; oui ; autre État des États-Unis ; santé très bonne.

2.3. Recueil des données et guide d’entretien

L’étude a été approuvée par le comité d’éthique institutionnel (IRB) de l’établissement de l’équipe de recherche (IRB no 20200210). L’intervention s’est déroulée entre janvier 2021 et décembre 2022, et les entretiens ont été menés dans le mois qui a suivi l’intervention. Comme cet article présente les résultats qualitatifs des entretiens menés après l’intervention, seules les procédures de recueil des données d’entretien qualitatif sont décrites ci-dessous.

À la fin du programme en six séances, des entretiens semi-structurés ont été menés par Microsoft Teams avec les dyades (séparément avec le grand-parent et avec le petit-enfant) qui avaient suivi l’intervention de six semaines. Les entretiens ont été conduits par trois personnes bilingues formées, recrutées comme assistantes de recherche (AR) pour le projet, chacune menant les entretiens avec les personnes participantes d’un groupe d’origine donné (chinois, vietnamien ou indien). Les entretiens avec le grand-parent et le petit-enfant se déroulaient séparément, dans la langue choisie par la personne (l’anglais ou une langue d’origine). Ils exploraient les changements perçus dans le bien-être émotionnel, l’évolution des relations intergénérationnelles et les réflexions sur l’identité culturelle et l’héritage familial. Les entretiens duraient de 45 à 60 min et fournissaient des éclairages riches et détaillés sur l’expérience des dyades. Ce format structuré mais souple assurait la cohérence entre entretiens tout en permettant aux personnes participantes de partager en profondeur leurs expériences personnelles.

2.4. Analyse des données

Les transcriptions d’entretiens ont été examinées selon l’analyse thématique en six étapes de Braun et Clarke (Braun et Clarke, 2006), qui offre un cadre systématique et rigoureux pour repérer des régularités dans des données qualitatives. L’analyse de contenu des transcriptions a été réalisée avec Atlas.ti version 23 (ATLAS.ti Scientific Software Development GmbH, 2023, Berlin, Allemagne).

  • Familiarisation : l’équipe de recherche a lu les transcriptions à plusieurs reprises et pris des notes préliminaires pour acquérir une compréhension d’ensemble du corpus. Ce processus a fait apparaître des échanges récurrents sur l’histoire familiale, les conseils donnés, les différences culturelles et le changement relationnel.
  • Génération des codes initiaux : deux membres de l’équipe (qui signent cet article) ont codé indépendamment, ligne par ligne, les segments de données pertinents pour les objectifs de recherche, selon une démarche inductive. Le codage initial a saisi les réflexions des personnes participantes liées au récit, aux réactions émotionnelles, à la transmission des valeurs et aux interactions intergénérationnelles.
  • Recherche des thèmes : les mêmes personnes chargées du codage qu’à l’étape précédente ont organisé les codes en catégories conceptuelles plus larges, comme découvrir l’histoire familiale, partager des leçons de vie ou composer avec les différences générationnelles et culturelles ; des thèmes potentiels reflétant des régularités communes aux dyades ont été repérés en réunion d’équipe.
  • Révision des thèmes : les thèmes émergents ont été examinés au regard des extraits codés et de l’ensemble du corpus, pour garantir leur cohérence interne et leur adéquation aux données.
  • Définition et dénomination des thèmes : par des révisions successives et des discussions d’équipe, les thèmes ont été affinés, clarifiés et définis de manière à saisir des aspects distincts et substantiels de l’expérience des personnes participantes.
  • Rédaction du rapport : les thèmes finaux ont été synthétisés en un récit analytique étayé par des citations illustratives des personnes participantes.

Dans ce processus d’analyse, aucun livre de codes a priori fondé sur un cadre théorique n’a été élaboré avant la lecture des transcriptions. La réflexivité a été entretenue par des discussions d’équipe régulières, qui examinaient comment le parcours disciplinaire des membres de l’équipe et leur expérience antérieure auprès de familles américaines d’origine asiatique pouvaient influencer les décisions d’analyse. Les stratégies visant à renforcer la fiabilité comprenaient la triangulation entre membres de l’équipe, la révision itérative des codes et des thèmes, et la tenue d’une trace des décisions d’analyse. La saturation des données a été atteinte lorsqu’aucun nouveau thème n’émergeait et que les régularités thématiques étaient constantes d’une dyade à l’autre.

3. Résultats

L’analyse a fait apparaître trois thèmes principaux, qui rendent compte de l’expérience que les personnes participantes ont faite du récit et de l’apprentissage intergénérationnels. Le premier thème, l’engagement dans l’histoire et les récits familiaux, reflétait le plaisir d’entendre parler de l’enfance des grands-parents, de leurs relations familiales et de leurs expériences culturelles, ainsi que la curiosité pour des aspects jusque-là inconnus de l’histoire familiale. Le deuxième thème, la transmission de sagesse et de leçons de vie, mettait en lumière les conseils partagés par les grands-parents, notamment des conseils professionnels, des stratégies de résilience, des attitudes positives face à la vie et une reconnaissance plus profonde de sa propre situation. Le troisième thème, la compréhension intergénérationnelle et culturelle, soulignait la reconnaissance des différences entre générations, le respect des points de vue culturels et personnels, et des liens familiaux renforcés, vécus comme une source de soutien significative. Ensemble, ces thèmes montrent comment le récit favorise la croissance personnelle, approfondit le lien intergénérationnel et renforce la conscience et l’appréciation culturelles au sein des familles.

Bien que les trois thèmes aient été présents chez les grands-parents comme chez les petits-enfants, le point de vue des petits-enfants est plus souvent illustré dans les citations présentées. Cela tient au fait que les petits-enfants manifestaient en général plus de disponibilité et d’enthousiasme pour partager leur expérience lors des entretiens, tandis que les grands-parents avaient d’autres occasions de donner leur avis à travers les questionnaires avant et après l’intervention. De ce fait, les récits des petits-enfants en entretien mettaient plus souvent l’accent sur les apprentissages, le changement relationnel et l’impact personnel. En outre, les résultats reflètent surtout l’expérience de dyades grand-parent–petit-enfant sino-américaines, les familles vietnamiennes et indiennes étant moins représentées, et doivent être interprétés à la lumière de cette composition de l’échantillon. Les résultats qualitatifs reflètent principalement les bénéfices perçus et les réflexions des personnes participantes après l’intervention ; moins de récits décrivaient des difficultés, des tensions ou des expériences négatives pendant les conversations.

3.1. Thème 1 : l’engagement dans l’histoire et les récits familiaux

3.1.1. Le plaisir des récits familiaux

Les petits-enfants appréciaient d’entendre leurs grands-parents raconter la vie de famille, les expériences d’enfance et les relations entre frères et sœurs.

Celle sur la « vie de famille », c’est la semaine 2. L’enfant, son enfance à elle. C’est ce que j’ai préféré. Depuis toute petite, en fait, j’aime l’écouter me raconter des histoires, et certaines choses, elle les répétait, certaines histoires étaient nouvelles. … Je suis fille unique, alors je crois que c’est juste l’idée d’avoir des frères et sœurs et d’avoir, enfin, de voir comment elle fait avec eux. … Je trouve ça intéressant, tout simplement, et j’aime écouter ces choses-là. Et j’aime un peu voir la vie dans laquelle elle a grandi et la comparer avec ce que j’ai maintenant, et à quel point ma vie est différente côté environnement, côté culture. Et voir aussi, je crois, l’impact de la façon dont elle traite les situations autour d’elle, genre euh certains des effets de la culture. (Famille 1, petite-fille, 18 ans)

3.1.2. La découverte d’une histoire familiale inattendue ou inconnue

Les petits-enfants découvraient des aspects jusque-là inconnus de l’éducation, des difficultés et des points de vue de leurs grands-parents.

Je crois que ça m’a permis de mieux comprendre comment ma mère a été élevée et les différentes relations familiales que ma grand-mère avait à l’époque. J’ai ressenti les mêmes émotions qu’elle à ce moment-là, de la frustration et de la colère envers les gens qui avaient profité d’elle. Même si je pensais en savoir beaucoup sur l’enfance de ma mère, ma grand-mère m’a donné son point de vue et ce qu’elle aurait pu faire autrement. (Famille 3, petite-fille, 20 ans)

Les grands-parents disaient en outre avoir eu l’occasion de raconter leur vie plus en détail à leurs petits-enfants.

Les enfants peuvent poser beaucoup de questions, et j’ai répondu à beaucoup d’entre elles. Elle (ma petite-fille) a dit qu’il y avait beaucoup de choses dont je ne parlais pas à la maison avant. On communiquait surtout par écrit, mais cette fois j’en ai partagé un peu plus, et je suis allée un peu plus loin. (Famille 3, grand-mère, 77 ans)

3.1.3. La curiosité et l’envie d’en apprendre davantage

Les petits-enfants exprimaient le désir d’en savoir plus sur les influences culturelles, les relations familiales et les leçons de vie.

J’aimerais en savoir plus sur son idée de la culture, sur la façon dont, à son avis, la culture influence ses actions, quand elle était encore en Chine, quand elle est arrivée, a immigré ici, et plus tard dans sa vie, quand elle est en interaction avec, avec moi ou avec d’autres gens. J’ai l’impression que ce serait une discussion très intéressante à avoir avec elle. (Famille 6, petit-fils, 21 ans)

J’adorerais en entendre plus sur les frères et sœurs de ma grand-mère en Chine ; sur la façon dont elle a connu mon grand-père et a fini par se marier, genre des leçons sur une relation de couple réussie, en quelque sorte. (Famille 9, petite-fille, 19 ans)

3.2. Thème 2 : la transmission de sagesse et de leçons de vie

3.2.1. Conseils professionnels et pratiques

Les grands-parents partageaient leurs réflexions sur l’éthique du travail, l’ordre des priorités, l’honnêteté et le leadership.

Dans ma carrière, j’ai appris à diriger des gens et à faire avancer les choses. J’en ai beaucoup parlé avec elle (ma petite-fille). Grâce à ça, j’ai compris que l’honnêteté est la qualité la plus importante, et que les paroles et les actes doivent être en harmonie. Comme ça, on est en paix, et les autres aussi. Si on dit une chose aujourd’hui et qu’on en fait une autre demain, ou qu’on passe d’un style chinois un jour à un style américain le lendemain, ça crée de la confusion et ça finit en désordre. Alors je crois que le plus important, c’est d’être cohérent dedans et dehors, et de traiter les autres avec honnêteté. Je veux vraiment qu’elle apprenne ça de mon expérience. (Famille 3, grand-mère, 77 ans)

J’ai dit à [mon petit-fils] que, pour les choses que je veux faire, je trouve nécessaire de les classer par priorité. Faire d’abord les tâches les plus importantes, puis passer à la suivante, en s’attaquant à chaque tâche l’une après l’autre. Et je ne devrais pas me laisser influencer par les distractions extérieures. (Famille 5, grand-père, 83 ans)

3.2.2. L’attitude face à la vie et la croissance personnelle

Les leçons sur l’optimisme, la confiance en soi et la résilience étaient mises en avant.

Ben, elle m’a un peu appris que, genre, d’être plus positive sur les choses ? Parce que si t’es pas positive, ben tu vas pas vraiment t’amuser. Si tu prends un truc de façon positive, tu peux trouver que c’est en fait amusant. (Famille 10, petite-fille, 18 ans)

Sa principale leçon, c’était d’avoir confiance en soi, de pouvoir croire en soi, qu’on va s’en sortir, et que si on a besoin d’aide, il faut demander de l’aide, genre il y a des gens qui sont prêts à être là pour t’aider si tu en as besoin, mais surtout, c’est croire en soi et croire en ça. (Famille 4, petite-fille, 20 ans)

3.2.3. Résilience et adaptation

Les personnes participantes soulignaient ce qu’elles avaient appris de la capacité de leurs grands-parents à surmonter les difficultés et à affronter l’adversité.

Parce que certaines de ses situations étaient, je crois, traumatisantes. Mais pour elle, c’était genre, oh, je suis passée par là. Pas de problème. Alors je crois qu’elle veut que je sache que je peux traverser n’importe quoi. Je me suis rendu compte que souvent l’école n’apprend pas à faire face aux situations de la vraie vie. Et ma grand-mère m’a appris que, quelle que soit la situation dans la vraie vie, il faut se préparer et s’adapter. (Famille 11, petite-fille, 21 ans)

Je crois que je me suis senti, un peu déterminé, parce qu’elle est comme, comme un modèle, je dirais, parce que sa vie a été beaucoup plus dure que la mienne. Et elle a dû se sortir de beaucoup de situations, ce que j’ai le luxe de ne pas avoir à faire. Mais je me suis senti déterminé à travailler dur, juste à travailler dur et à faire mieux dans ma vie. (Famille 12, petit-fils, 18 ans)

3.2.4. Reconnaissance et prise de recul

Les personnes participantes développaient, au contact de leurs grands-parents, une reconnaissance pour leur situation actuelle et pour le soutien familial.

Ma grand-mère, à l’époque, [comparé à] tout le monde, ils étaient pauvres. Personne n’avait de chambre. Ils avaient juste une pièce avec un seul lit en bois, et tout le monde dormait dans ce lit. Alors ça ouvre les yeux, de voir à quel point j’ai une meilleure vie qu’elle. Et pour combien de choses je n’ai pas à travailler, par rapport à celles pour lesquelles je dois travailler. (Famille 11, petite-fille, 21 ans)

3.3. Thème 3 : la compréhension intergénérationnelle et culturelle

3.3.1. Les différences entre générations

Des différences entre générations dans les priorités, les manières d’aborder la vie et l’apprentissage étaient relevées.

Quand je leur suggère de faire plus d’efforts pour apprendre le chinois, ils ont l’air de penser que ce n’est pas si important ni prioritaire pour le moment. Moi, je trouve quand même que c’est assez nécessaire, alors je donne des exemples pour appuyer mon point de vue. Mais ils n’ont pas l’air de le prendre très au sérieux. (Famille 5, grand-père, 83 ans)

Mon grand-père voulait consacrer genre 100 % de sa vie à travailler dur et à se battre pour réussir. Mais dans ma génération, c’est plutôt, ouais, peut-être que je vais passer 70 % de mon temps à travailler dur et à me battre pour réussir. Les 30 % qui restent, plutôt à profiter de la vie. (Famille 5, petit-fils, 26 ans)

J’aurais été plus décidée dans beaucoup de situations, mais elle, elle pensait un peu à la situation d’ensemble, et c’est un peu comme ça qu’elle vit sa vie, et souvent elle néglige ses propres sentiments ou sa propre identité, je crois. Et je pense que c’est là que mes idées diffèrent, genre, je ne crois pas pouvoir satisfaire tous les autres et me faire du mal à long terme. (Famille 6, petite-fille, 21 ans)

3.3.2. Respect culturel et compréhension mutuelle

Les personnes participantes réfléchissaient à la manière de composer avec les différences culturelles et de respecter le point de vue de l’autre.

Quand il change d’emploi ou prend d’autres décisions, j’espère qu’il le fait avec prudence, mais lui trouve que ce n’est pas grave et ne s’inquiète pas, il a son propre point de vue. Par moments, on a des divergences d’opinion là-dessus. Mais dans l’ensemble, je respecte leurs choix, que ce soit ma fille, mon gendre ou mon petit-fils. Je partage quand même mes opinions ou mes expériences passées, même si elles ne s’appliquent pas forcément à eux. (Famille 10, grand-père, 83 ans)

3.3.3. Des liens familiaux renforcés

Les personnes participantes reconnaissaient la famille comme une source de soutien, de conseils et d’identité partagée.

J’ai appris que, genre, chaque fois que tu as des soucis ou des problèmes dans ta vie, tu as toujours, genre, ta famille sur qui compter. Avant, je pensais sans doute que si tu avais vraiment besoin d’aide, tu pouvais sans doute aller voir genre quelqu’un en thérapie ou un truc comme ça. Mais je ne sais pas pourquoi, je n’avais jamais pensé à la famille comme à un système de soutien quand on a des problèmes. (Famille 12, petit-fils, 18 ans)

4. Discussion

La présente étude a exploré l’expérience de dyades grand-parent–petit-enfant engagées dans des conversations de réminiscence intergénérationnelle, en montrant comment les récits familiaux favorisent la croissance personnelle, la compréhension culturelle et le lien entre générations. Trois thèmes principaux ont émergé de l’analyse qualitative : l’engagement dans l’histoire familiale, la transmission de sagesse et de leçons de vie, et la compréhension intergénérationnelle et culturelle. Ces résultats soulignent le rôle multiple des grands-parents, qui façonnent non seulement le développement individuel de leurs petits-enfants, mais aussi la continuité de la culture et des valeurs familiales. Comme la majorité des personnes participantes appartenaient à des familles sino-américaines, les résultats doivent être lus comme reflétant le plus directement l’expérience de ce groupe, tout en apportant des éclairages qui peuvent être pertinents, sans s’appliquer uniformément, pour d’autres familles américaines d’origine asiatique.

Ces résultats concordent avec la théorie de la transmission culturelle, qui porte sur la manière dont les valeurs, les croyances et les comportements culturels se transmettent d’une génération à l’autre. Selon cette théorie, dans les familles immigrées, les grands-parents jouent un rôle important dans la transmission de l’héritage culturel, mais cette transmission est souvent mise à l’épreuve par le contexte social plus large dans lequel se fait la socialisation des petits-enfants (Cavalli-Sforza et Feldman, 1981). La théorie souligne que des facteurs comme les barrières linguistiques, l’influence de la culture d’accueil et les attitudes de chaque génération envers l’identité culturelle peuvent déterminer dans quelle mesure la culture d’origine est préservée ou modifiée. Par ailleurs, ces résultats confirment aussi la théorie de la solidarité intergénérationnelle, qui examine les liens entre membres de la famille de différentes générations en mettant l’accent sur des dimensions comme la solidarité affective (proximité émotionnelle), la solidarité consensuelle (valeurs partagées) et la solidarité fonctionnelle (échange de soutien). Dans les familles immigrées asiatiques, les valeurs culturelles relatives aux obligations familiales et aux attentes de respect et de soutien envers les aînés peuvent façonner la solidarité intergénérationnelle. Cependant, le niveau de valeurs partagées ou de proximité émotionnelle peut varier selon l’orientation culturelle de chaque génération, entraînant des degrés variables de solidarité ou de conflit intergénérationnels (Bengtson et Roberts, 1991).

4.1. Les grands-parents, relais essentiels de la culture

L’un des résultats les plus saillants est le rôle des grands-parents comme principaux relais de transmission du savoir culturel et de l’héritage familial. Dans de nombreuses familles immigrées asiatiques, les grands-parents sont des relais culturels essentiels, qui apportent la connaissance des traditions, des coutumes et de la langue d’origine, qui sans cela pourraient se diluer ou se perdre au fil des générations. Les grands-parents ressentent souvent une forte responsabilité de transmettre des valeurs, une morale et des pratiques culturelles, comme le respect des aînés, la persévérance et les valeurs communautaires, qui font partie intégrante de leur héritage. Cette transmission peut donner aux petits-enfants un sens plus profond de l’histoire familiale, en les ancrant dans des valeurs qui persistent malgré les pressions de l’acculturation. Dans cette étude, les petits-enfants décrivaient de manière constante le plaisir et la curiosité éprouvés en écoutant des récits sur l’enfance de leurs grands-parents, leurs relations familiales et leurs expériences de vie. Ces récits ouvraient une fenêtre sur le contexte culturel et historique des générations précédentes, permettant aux petits-enfants de situer leur propre vie dans un cadre familial et social plus large. Par exemple, une personne participante racontait comment des histoires de frères et sœurs et de routines d’enfance lui avaient révélé des normes culturelles et des dynamiques familiales jusque-là inconnues, ce qui montre la richesse d’expérience vécue que portent les grands-parents. Ces résultats concordent avec des recherches antérieures montrant que, dans les familles immigrées, les grands-parents sont souvent les dépositaires de la mémoire culturelle, de l’histoire familiale et des pratiques qui façonnent l’identité familiale des jeunes générations, malgré les pressions de l’acculturation (Cavalli-Sforza et Feldman, 1981 ; L. Choi, 2022 ; Fivush, 2019 ; Guo et al., 2015). Prolongeant cette littérature, le contexte familial de la réminiscence semblait approfondir cette transmission en inscrivant l’apprentissage culturel dans des échanges dyadiques chargés de sens émotionnel.

4.2. La transmission des valeurs et des traditions

Au-delà du savoir culturel, les conversations ont révélé la transmission de valeurs, de leçons morales et de stratégies de vie des grands-parents aux petits-enfants. Les personnes participantes citaient souvent des conseils sur l’éthique professionnelle, l’ordre des priorités, l’honnêteté et l’intégrité comme des leçons essentielles transmises lors de ces dialogues intergénérationnels. En outre, les grands-parents incarnaient des attitudes face à la vie, en mettant l’accent sur l’optimisme, la confiance en soi et l’importance de la résilience face à l’adversité. Ces enseignements dépassaient les conseils pratiques et englobaient des cadres éthiques et relationnels plus larges, que les personnes participantes pouvaient intégrer à leurs propres prises de décision. Ces résultats concordent avec des recherches antérieures selon lesquelles le récit intergénérationnel est un mécanisme clé de socialisation, par lequel les membres plus âgés de la famille transmettent aux jeunes générations un raisonnement moral, une éthique du travail et des valeurs culturellement ancrées (Bengtson et Roberts, 1991 ; Cavalli-Sforza et Feldman, 1981 ; Silverstein et al., 2025). Dans les familles immigrées, cette transmission des valeurs est particulièrement marquée, car les grands-parents servent souvent de points d’ancrage de la continuité au milieu des évolutions des normes et des attentes liées à l’acculturation (Foner et Dreby, 2011 ; Guo et al., 2015).

4.3. Renforcer les liens familiaux par la continuité culturelle

Lorsque grands-parents et petits-enfants s’engagent ensemble dans des pratiques culturelles, comme découvrir des histoires de famille, le lien familial se renforce. Cette expérience culturelle partagée consolide une identité familiale collective et crée un sentiment d’appartenance qui traverse les générations. Le processus du récit a lui aussi joué un rôle crucial dans le renforcement des liens intergénérationnels. Découvrir les histoires de famille favorisait l’empathie, la compréhension et le respect mutuel entre générations. Les personnes participantes notaient qu’entendre le récit personnel des difficultés et des réussites de leurs grands-parents approfondissait leur estime pour les membres de leur famille et les amenait à comprendre de manière plus nuancée le point de vue de leurs grands-parents. L’expérience avait aussi profondément marqué les petits-enfants, à la découverte d’une histoire familiale inconnue et inattendue qui les aidait à affermir leur regard sur la famille et sur les valeurs culturelles en général. Les réactions émotionnelles allaient de l’empathie à l’admiration, et aboutissaient dans l’ensemble à un lien plus profond et à une intimité émotionnelle. De telles expériences favorisaient la proximité émotionnelle et donnaient aux petits-enfants l’occasion de réfléchir à leurs propres relations familiales, en comblant les écarts entre générations. Des études antérieures suggèrent de même que les récits familiaux partagés et le récit intergénérationnel renforcent la proximité émotionnelle et la cohésion familiale en favorisant l’empathie, la compréhension mutuelle et un sentiment d’identité partagée entre générations (Bengtson et Roberts, 1991 ; Fivush, 2019 ; Foner et Dreby, 2011). Par rapport aux programmes intergénérationnels impliquant des personnes extérieures à la famille (Chung, 2009 ; Gerritzen et al., 2020), le contexte dyadique familial a pu amplifier la portée relationnelle et la pérennité de ces liens. Si les petits-enfants évoquent souvent ce que leur ont appris les conseils de leurs grands-parents et les changements perçus dans leur proximité relationnelle, ces résultats représentent des réflexions subjectives recueillies après l’intervention, et non un changement comportemental ou relationnel démontré à long terme.

4.4. Construire une résilience intergénérationnelle

Un thème particulièrement notable était le développement de la résilience d’une génération à l’autre. Les résultats montrent souvent que les deux générations tirent un bénéfice émotionnel de cette résonance, car elle favorise la résilience et le bien-être psychique. Pour les petits-enfants, connaître l’héritage culturel de leur famille et voir la résilience à l’œuvre dans les récits de leurs grands-parents apporte un sentiment de but et de force. Pour les grands-parents, partager leurs expériences apporte un sentiment de valeur et d’utilité, ce qui réduit les sentiments d’isolement ou de déracinement. Les petits-enfants observaient et intériorisaient les stratégies de leurs grands-parents pour faire face à l’adversité, dont la persévérance, la capacité d’adaptation et la régulation émotionnelle. En partageant des expériences d’épreuves surmontées, les grands-parents incarnaient la résilience d’une manière concrète et parlante pour les plus jeunes de la famille. Les personnes participantes disaient se sentir inspirées pour affronter leurs propres difficultés avec plus de confiance et de détermination, ce qui indique que ces échanges intergénérationnels avaient un impact sur leur croissance personnelle. Dans ce contexte, la résilience n’est pas seulement un trait individuel, mais un processus relationnel et culturellement ancré, facilité par la transmission d’un savoir d’expérience et de repères éthiques (Ungar, 2019). Conformément aux cadres de la résilience qui insistent sur les ressources relationnelles et culturelles, les récits d’adversité des grands-parents offraient aux petits-enfants des modèles culturellement ancrés pour faire face et donner du sens (Ungar, 2019). Ce résultat rejoint aussi les données montrant que les échanges intergénérationnels peuvent amortir le stress et soutenir le bien-être psychique des différentes générations, en particulier dans les familles marquées par les difficultés liées à la migration (El-Khalil et al., 2025).

4.5. Implications pratiques

Les résultats de l’étude ont des implications pratiques pour les programmes visant à renforcer les relations intergénérationnelles. Les interventions qui facilitent un récit ou un dialogue structuré entre grands-parents et petits-enfants peuvent renforcer la continuité culturelle, la proximité relationnelle et le soutien émotionnel au sein des familles. Par exemple, des programmes éducatifs ou sociaux centrés sur la famille pourraient encourager les personnes âgées à partager des récits qui transmettent à la fois un contexte historique et une sagesse personnelle, favorisant ainsi l’apprentissage et la résilience intergénérationnels. Le trauma intergénérationnel a des conséquences documentées sur plusieurs générations pour les systèmes familiaux, affectant le bien-être psychique, les schémas relationnels et l’identité culturelle d’une génération à l’autre (El-Khalil et al., 2025). Des données émergentes suggèrent que renforcer les liens intergénérationnels pourrait servir de mécanisme protecteur, les interventions qui ciblent le lien entre générations étant associées à une moindre transmission des séquelles du trauma et à une amélioration du bien-être (Isobel et al., 2019). Enfin, ces résultats soulignent l’intérêt de tenir compte du contexte culturel et familial dans la conception des interventions destinées aux personnes âgées comme aux plus jeunes membres de la famille, puisque les bénéfices mutuels s’étendent à la formation de l’identité, aux stratégies d’adaptation et à la satisfaction de vie.

4.6. Limites et perspectives

Si l’étude apporte des éclairages riches sur l’apprentissage intergénérationnel, plusieurs limites doivent être soulignées. Premièrement, la taille de l’échantillon était limitée, et les personnes participantes venaient surtout de familles où existait déjà un certain engagement entre grands-parents et petits-enfants. Même si le format structuré de la réminiscence a introduit des occasions intentionnelles et guidées de bilan de vie, d’expression émotionnelle et de réflexion intergénérationnelle, la mesure dans laquelle ces bénéfices diffèrent pour des familles où l’engagement de départ est plus faible mérite d’être étudiée.

Deuxièmement, l’échantillon était composé en majorité de familles sino-américaines, ce qui limite la transférabilité des résultats à d’autres groupes américains d’origine asiatique, qui ont des histoires culturelles, linguistiques et migratoires distinctes. Si les familles américaines d’origine asiatique partagent certaines valeurs culturelles générales, les expériences intergénérationnelles ne sont pas uniformes et peuvent varier selon l’origine nationale, l’histoire migratoire et le contexte culturel. En outre, l’échantillon était géographiquement limité à l’aire de DFW, ce qui ne reflète peut-être pas l’expérience des familles asiatiques d’autres régions des États-Unis ou d’autres pays. De futures recherches pourraient explorer une population plus diverse, issue de différentes origines asiatiques et de différents lieux, afin d’améliorer la généralisation.

Troisièmement, les données déclaratives peuvent être sujettes à des biais de rappel ou de désirabilité sociale. Les personnes participantes ont pu mettre en avant les aspects positifs de l’expérience par désirabilité sociale. Cette tendance peut être renforcée par des normes culturelles, présentes dans de nombreuses familles asiatiques, qui valorisent l’harmonie, le respect des aînés et l’évitement du conflit ouvert, ce qui peut décourager l’évocation explicite de tensions, de gêne ou d’insatisfaction dans les interactions intergénérationnelles.

Quatrièmement, comme les données ont été recueillies peu après l’intervention, l’étude ne permet pas de savoir si les changements perçus dans les relations ou les apprentissages se sont maintenus dans le temps. Des devis longitudinaux pourraient examiner comment les interactions intergénérationnelles influencent le développement dans le temps. En outre, la sévérité des troubles cognitifs n’a pas été mesurée formellement, ce qui limite notre compréhension de la manière dont différents niveaux de difficulté cognitive ont pu influencer la participation ou l’interprétation des résultats qualitatifs.

Enfin, bien que l’étude ait reposé sur un devis dyadique, les entretiens avec grands-parents et petits-enfants ont eu lieu séparément, avec des guides d’entretien différents, ce qui a limité notre capacité à comparer directement, au sein de chaque dyade, la manière dont chaque membre avait vécu des conversations précises. De futures études pourraient recourir à des entretiens en binôme ou conjoints et à des questions alignées, pour examiner plus complètement les convergences et les divergences des points de vue dyadiques et du changement relationnel.

5. Conclusions

Dans l’ensemble, l’étude montre que les grands-parents jouent un rôle central dans la transmission de la culture, des valeurs et de la résilience aux jeunes générations. Par le partage de récits personnels et d’expériences vécues, les petits-enfants découvrent l’histoire familiale, développent des compétences de vie et renforcent leurs liens relationnels. Ces résultats soulignent l’importance du dialogue intergénérationnel comme mécanisme de continuité culturelle, de développement éthique et de résilience psychologique, et mettent en lumière l’importance des grands-parents comme figures éducatives, modèles et dépositaires de la culture au sein du système familial. Si les résultats mettent en avant les bénéfices pour les jeunes générations, la réminiscence intergénérationnelle a aussi soutenu le bien-être émotionnel des personnes âgées en favorisant une expression riche de sens et un lien relationnel renforcé, deux éléments étroitement liés à la santé mentale au grand âge. Ensemble, ces résultats soulignent la valeur bidirectionnelle de la réminiscence intergénérationnelle, pour les grands-parents comme pour les petits-enfants.

Complexe Systémique : à retenir

Le dispositif mérite l’attention des thérapeutes familiaux : plutôt que de confier la mémoire des aînés à des bénévoles hors de la famille, le programme confie à un petit-enfant le soin de mener l’entretien avec son grand-parent, avec un guide en six thèmes, des tournants de la vie aux stratégies face au stress. On reconnaît là une parenté avec le génogramme raconté ou l’entretien transgénérationnel, mais déplacée dans la famille elle-même, sans thérapeute dans la pièce. Ce que rapportent les dyades est surtout relationnel : découvrir l’enfance d’une grand-mère éclaire celle de sa propre mère, une différence de valeurs devient un sujet de conversation au lieu d’un malentendu, et la famille apparaît comme une ressource à laquelle on n’avait pas pensé. Les limites sont nettes : douze dyades déjà proches, surtout sino-américaines, des entretiens réalisés peu après le programme, une parole des petits-enfants plus présente que celle des aînés, et peu de place pour les tensions, que la norme d’harmonie a pu taire. L’outil reste simple, peu coûteux, et transposable en consultation comme en prévention. À lire avec l’article sur le savourage relationnel avec les familles américaines d’origine asiatique, et avec l’article sur le trauma intergénérationnel en migration forcée.

Notes de l’original

Financement. Cette recherche a été financée par le Rutgers University Asian Resource Centers for Minority Aging Research Center, au titre de la subvention NIH/NIA P30-AG0059304. Son contenu relève de la seule responsabilité de l’équipe de recherche et ne représente pas nécessairement les positions officielles des NIH.

Contributions. Conceptualisation : L.X., J.E.K. et D.Y. ; méthodologie : L.X., J.E.K. et S.J. ; validation : L.X. ; analyse formelle : L.X. et Q.X. ; enquête : L.X. ; ressources : L.X. ; gestion des données : L.X. ; rédaction de la version initiale : L.X., S.J. et Q.X. ; relecture et révision : L.X., J.E.K., Q.X. et D.Y. ; visualisation : L.X. ; supervision : L.X. ; administration du projet : L.X. ; obtention du financement : L.X. L’ensemble de l’équipe signataire a lu et approuvé la version publiée du manuscrit.

Comité d’éthique. L’étude a été menée conformément aux lignes directrices de la Déclaration d’Helsinki et approuvée par le comité d’éthique institutionnel de l’université du Texas à Arlington (protocole no 2020-0210, approuvé le 14 juillet 2020).

Consentement éclairé. Le consentement éclairé de toutes les personnes impliquées dans l’étude a été obtenu. Le formulaire de consentement les informait que l’étude donnerait lieu à des articles fondés sur les informations recueillies, sans aucune donnée permettant de les identifier.

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche ne déclare aucun conflit d’intérêts.

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Traduction non officielle en français de Un programme de réminiscence grands-parents–petits-enfants pour les familles américaines d’origine asiatique : réflexions intergénérationnelles et culturelles des dyades participantes, par Ling Xu, Soeun Jang, Qinzheng Xu, Jaclyn E. Kirsch et Darren Yang, Behavioral Sciences, vol. 16, no 7, 1248 (2026), doi : 10.3390/bs16071248, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés sous forme de listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Grandparent–Grandchild Reminiscence Program for Asian American Families: Intergenerational and Cultural Reflection from Dyad Participants », publié dans Behavioral Sciences (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Xu, L., Jang, S., Xu, Q., Kirsch, J. E., et Yang, D. (2026). Un programme de réminiscence grands-parents–petits-enfants pour les familles américaines d’origine asiatique : réflexions intergénérationnelles et culturelles des dyades participantes (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/un-programme-de-reminiscence-grands-parents-petits-enfants-pour-les-familles-americaines (Œuvre originale publiée en 2026 dans Behavioral Sciences, 16(7), 1248 (2026) ; republiée en 2026 par Behavioral Sciences, https://www.mdpi.com/2076-328X/16/7/1248)

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