Psychology and Psychotherapy : Theory, Research and Practice · Famille

Une étude qualitative multiperspective des croyances causales sur la dépression à l’adolescence

Trente-quatre jeunes néerlandais en dépression clinique, leurs mères et leurs pères disent, chacun de leur côté, ce qui selon eux a causé la dépression, puis ce que l’enfant en pense selon eux. Au niveau du groupe, les explications se ressemblent : caractère, relations sociales, école, stress. Au sein de chaque famille, elles se recoupent peu, et les parents sous-estiment ce que l’enfant comprend de sa propre dépression.

Auteurs Wilma G. M. Wentholt, Loes H. C. Janssen, Mirjam C. M. Wever, Marieke S. Tollenaar et Bernet M. Elzinga (département de psychologie clinique, université de Leyde, et Leiden Institute for Brain and Cognition, Pays-Bas) ; Lisanne A. E. M. van Houtum (mêmes affiliations, et département de psychiatrie et psychologie de l’enfant et de l’adolescent, Erasmus MC – Sophia, Rotterdam) ; Lenneke R. A. Alink (Institute of Education and Child Studies, université de Leyde)Première publication Psychology and Psychotherapy: Theory, Research and Practice, 23 mai 2024Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Une étude qualitative multiperspective des croyances causales sur la dépression à l’adolescence, par Wilma G. M. Wentholt, Loes H. C. Janssen, Lisanne A. E. M. van Houtum, Mirjam C. M. Wever, Marieke S. Tollenaar, Lenneke R. A. Alink et Bernet M. Elzinga, publié dans Psychology and Psychotherapy: Theory, Research and Practice (Wiley) (2024), doi : 10.1111/papt.12528, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les trois tableaux sont présentés sous forme de listes (le tableau 1, aplati dans la source, a été réorganisé par groupe : jeunes, mères, pères) ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes ; la déclaration sur la disponibilité des données et le matériel supplémentaire en ligne (tableaux S1-S2, figures S1-S2) ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Le but n’est pas nécessairement que l’enfant et son ou ses parents partagent le même point de vue, mais plutôt que chaque personne comprenne le point de vue des autres et que la famille en parle.

Wilma G. M. Wentholt, Loes H. C. Janssen, Lisanne A. E. M. van Houtum, Mirjam C. M. Wever, Marieke S. Tollenaar, Lenneke R. A. Alink et Bernet M. Elzinga

Résumé

Objectifs. Cette étude visait à examiner : (1.1) les croyances causales relatives à la dépression à l’adolescence dans un échantillon de jeunes ayant une dépression clinique, ainsi que chez leurs mères et leurs pères ; (1.2) le recouvrement des croyances causales au sein des familles ; (2.1) les croyances causales que les mères et les pères prêtent à leur enfant (croyances causales « réfléchies ») ; (2.2) la justesse de ces croyances réfléchies, rapportées aux croyances causales de l’enfant.

Plan. Étude qualitative adoptant une approche intrafamiliale.

Méthode. Des jeunes ayant une dépression clinique actuelle (trouble dépressif caractérisé ou dysthymie ; N = 34) et leurs parents (N = 34 mères, N = 26 pères) ont été interrogés séparément sur leurs croyances quant aux causes de cette dépression. Les parents ont en outre été interrogés sur la façon dont ils percevaient les croyances causales de leur enfant (croyances causales réfléchies).

Résultats. Les croyances causales les plus souvent citées par les jeunes, les mères et les pères sont : les caractéristiques de l’enfant, les facteurs sociaux, l’école et diverses expériences stressantes. Le recouvrement parent-enfant était relativement faible, en particulier pour les thèmes de la perplexité, de l’effet cumulatif et des événements de vie stressants, alors qu’il était relativement élevé pour les thèmes des facteurs sociaux, de l’école et des expériences stressantes extérieures à la famille. Les croyances causales réfléchies des parents étaient relativement justes, mais ils tendaient à sous-estimer la compréhension qu’avait leur enfant des causes possibles de sa dépression. La justesse des croyances réfléchies des parents était particulièrement faible pour le thème de l’effet cumulatif et élevée pour les facteurs sociaux.

Conclusions. La diversité des croyances causales des jeunes et de leurs parents pourrait être mise à profit dans le cadre thérapeutique. La recherche future pourrait examiner si des conversations (accompagnées) favorisent l’accordage au sein des familles et l’efficacité du traitement.

Points clés pour la pratique

  • Chaque jeune ayant une dépression a son propre ensemble de croyances causales, qui peut différer sensiblement du point de vue de ses parents. Il est utile d’interroger l’enfant ainsi que les deux parents sur leurs croyances causales (et sur les croyances qu’ils prêtent à l’autre), pour comprendre les facteurs en jeu et le degré d’accordage au sein de la famille.
  • Beaucoup de croyances causales concernaient des expériences stressantes (dans divers domaines), et près d’un quart des jeunes ont décrit un sentiment de submersion face à l’accumulation d’expériences de vie (négatives). Les jeunes pourraient grandement bénéficier d’un soutien pour élaborer ces expériences dans un cadre thérapeutique, et il y a peut-être là une occasion précieuse d’associer les parents au soutien de leur enfant au quotidien, au-delà du cadre thérapeutique.
  • Interroger les croyances causales de façon structurée peut éclairer davantage ces croyances. Nous recommandons aux équipes cliniques de commencer par une question ouverte sur le sujet, d’utiliser ensuite une vue d’ensemble des facteurs de risque connus, puis de demander quels facteurs sont perçus comme causant la dépression et quels facteurs sont perçus comme l’entretenant.

Contexte

Les années d’adolescence sont marquées par de nombreux changements physiques, psychologiques, cognitifs, émotionnels et sociaux (par exemple Sawyer et al., 2012). Elles offrent de grandes possibilités (par exemple le développement émotionnel ; Sawyer et al., 2012), mais aussi des vulnérabilités, comme en témoigne la forte hausse des troubles dépressifs pendant cette période (par exemple Kessler et al., 2005). Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) décrit divers troubles dépressifs, dont « le trait commun est la présence d’une humeur triste, vide ou irritable, accompagnée de modifications somatiques et cognitives qui affectent significativement la capacité de fonctionnement de la personne » (American Psychiatric Association [APA], 2013, p. 155). À l’adolescence, chaque jeune cherche sa place dans le monde (social) qui l’entoure et tente d’établir son identité et un fonctionnement autonome (McCurdy et al., 2020 ; Smetana, 2010). Lorsqu’un trouble dépressif survient pendant cette phase du développement, il peut avoir un impact à long terme, par ses effets négatifs sur plusieurs domaines de la vie (par exemple des perturbations dans les domaines social, scolaire et familial ; Clayborne et al., 2019) et par un risque élevé de récidive plus tard dans la vie (Curry et al., 2011).

Les études épidémiologiques montrent que divers facteurs biologiques (par exemple la génétique, les structures neuronales, les neurotransmetteurs, le système immunitaire), cognitifs (par exemple les schémas et le style cognitifs, le pessimisme, le style ruminatif, le traitement de l’information) et sociaux (par exemple les événements de vie, la dynamique familiale, les difficultés relationnelles, un faible soutien social) constituent un risque de dépression (Dobson & Dozois, 2011). Les facteurs qui ressortent des études qualitatives sur les croyances des jeunes quant aux causes de leur propre dépression clinique concordent largement avec ces facteurs de risque connus (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017 ; Viduani et al., 2021 ; Wisdom & Agnor, 2007 ; Wisdom & Green, 2004). Les jeunes ont des croyances diverses quant aux causes de leur dépression, que l’on peut grossièrement regrouper en trois grandes catégories. La plus importante est celle des « adversités psychosociales », comme la maltraitance, le rejet ou le harcèlement par les pairs, les difficultés familiales, la pauvreté et la maladie (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017 ; Viduani et al., 2021 ; Wisdom & Green, 2004). Viennent ensuite les facteurs de personnalité (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017 ; Wisdom & Green, 2004) et, en troisième lieu, la vulnérabilité intergénérationnelle (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017 ; Wisdom & Agnor, 2007), souvent évoqués. Dans le registre de la vulnérabilité intergénérationnelle, certaines personnes participantes mettent l’accent sur des explications génétiques (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017), d’autres sur des explications sociales (interactions familiales, manières de faire face, événements négatifs) (Wisdom & Agnor, 2007). Outre ces trois grandes catégories, les pressions liées à l’adolescence elle-même (Wisdom & Green, 2004) et un déséquilibre hormonal (Midgley et al., 2017) sont parfois mentionnés. Enfin, deux thèmes transversaux apparaissent. D’un côté, une partie des jeunes évoque une accumulation progressive, un effet cumulatif des facteurs de stress (Bear et al., 2021 ; Wisdom & Green, 2004) ; d’autres peinent à saisir la moindre cause possible (perplexité ; Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017). Les jeunes citent souvent plusieurs croyances et proposent ainsi une explication multidimensionnelle (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017).

Selon l’approche écologique du développement humain de Bronfenbrenner, les enfants se développent en interaction bidirectionnelle étroite avec plusieurs systèmes qui les entourent, dont le système familial est l’un des plus proches de l’enfant (Bronfenbrenner, 1977). Même si les jeunes aspirent à l’autonomie (McCurdy et al., 2020), leurs parents sont les principales figures de soin et restent importants dans leur vie quotidienne et leur développement à long terme (par exemple Meeus, 2016). Par conséquent, les revues systématiques montrent qu’une implication intégrée des parents dans le traitement de la dépression à l’adolescence est bénéfique pour les effets du traitement et pour la dynamique familiale (par exemple une baisse des conflits) (Dardas et al., 2018). Par ailleurs, une étude quantitative montre que les croyances causales des proches aidants (partenaires de vie et autres membres de la famille) jouent un rôle dans l’observance du traitement chez l’adulte, l’observance étant plus faible lorsque la dépression est attribuée à des problèmes cognitifs ou d’attitude (Sher et al., 2005). Cela laisse penser que les croyances causales des parents pourraient elles aussi jouer un rôle dans le traitement de la dépression à l’adolescence. À notre connaissance, aucune étude qualitative n’a porté sur les croyances causales des parents au sujet de la dépression clinique de leur propre enfant à l’adolescence, ni sur leur compréhension des croyances causales de leur enfant. On ignore donc dans quelle mesure les parents partagent des croyances causales semblables à celles de leur enfant ou ont des vues très différentes sur les causes de sa dépression.

Des croyances causales partagées et/ou une compréhension juste, par les parents, des croyances causales de leur enfant pourraient renforcer le soutien que les jeunes perçoivent de leurs parents, alors que des désaccords sur le sujet peuvent être source de tensions et de conflits. Or un faible soutien et des conflits fréquents se sont révélés liés à la dépression à l’adolescence, et même prédictifs de celle-ci (Restifo & Bögels, 2009). Aucune recherche n’a encore examiné le recouvrement parent-enfant des croyances causales ni la justesse des croyances causales que les parents prêtent à leur enfant ; c’est ce que se propose de faire la présente étude, au vu de leur pertinence clinique possible.

Il est particulièrement utile d’examiner qualitativement les croyances causales relatives à la dépression clinique à l’adolescence, en complément de la recherche quantitative. Les personnes qui ont ou ont eu une expérience vécue de la dépression ont un regard personnel sur leur propre trouble, qui peut nourrir la thérapie comme la recherche. Le traitement psychologique de la dépression est en général efficace, mais les tailles d’effet sont faibles (Cuijpers et al., 2009) et les effets des différents types de traitements psychologiques individuels semblent comparables (Cuijpers et al., 2011). Pour la dépression à l’adolescence en particulier, une implication intégrée des parents semble toutefois bénéfique à l’efficacité du traitement (Dardas et al., 2018). Il pourrait être utile d’intégrer, dans la recherche comme dans la pratique clinique, le point de vue de la personne adolescente en soin ainsi que celui de son ou ses parents ; les croyances causales personnelles se sont révélées influencer la préférence de traitement, l’observance et les résultats (Hagmayer & Engelmann, 2014). Une étude incluse dans la revue de Hagmayer et Engelmann (2014) a par exemple montré que la thérapie interpersonnelle était plus efficace que la thérapie cognitivo-comportementale chez les personnes qui voyaient dans un conflit interpersonnel une cause de leur dépression (Carter et al., 2011). Intégrer le point de vue propre de la personne patiente pourrait donc profiter à la recherche sur l’efficacité des traitements. Avant d’étudier les bénéfices d’une prise en compte des croyances causales dans le traitement, il faut des recherches qualitatives sur les croyances causales des jeunes comme de leurs parents.

La présente étude

Par cette étude qualitative, nous visons à apporter un éclairage nouveau sur les croyances causales relatives à la dépression à l’adolescence, selon une approche familiale multiperspective, dans un échantillon de jeunes ayant une dépression clinique et de leurs mères comme de leurs pères. Plus précisément, nous visons à examiner : (1.1) les croyances causales des jeunes, de leurs mères et de leurs pères au sujet de la dépression de l’enfant ; (1.2) dans quelle mesure les croyances causales des jeunes, de leurs mères et de leurs pères se recoupent au sein des familles ; (2.1) les suppositions des mères et des pères quant aux croyances causales de leur enfant (croyances causales réfléchies) ; (2.2) et dans quelle mesure les croyances causales réfléchies des mères et des pères sont justes.

Méthode

Personnes participantes

Cette étude s’inscrit dans le projet néerlandais à deux générations et multiméthode « Relations and Emotions in Parent-Adolescent Interaction research » (RE-PAIR) de l’université de Leyde. L’objectif général de l’étude RE-PAIR est d’examiner la relation bidirectionnelle entre les interactions parent-enfant et la dépression à l’adolescence, en comparant des familles dont l’enfant, à l’adolescence, ne présente pas de psychopathologie à des familles dont l’enfant présente un trouble dépressif caractérisé (TDC) actuel ou une dysthymie (ci-après « jeunes ayant une dépression »). La présente étude ne porte que sur les familles de jeunes ayant une dépression.

Les familles ont été recrutées par l’intermédiaire de structures de soins en santé mentale de la région de Leyde et par des annonces. Les équipes de santé mentale informaient les familles éligibles de l’existence de l’étude et mettaient l’équipe de recherche en contact avec les familles intéressées. Les familles étaient informées et soumises à un premier tri par téléphone (vérification rapide des critères d’inclusion et d’exclusion), puis un rendez-vous était fixé pour l’entretien diagnostique de l’enfant au moyen du Kiddie-Schedule for Affective Disorders and Schizophrenia – Present and Lifetime (K-SADS-PL ; Reichart et al., 2000). Si tous les critères d’inclusion et d’exclusion étaient remplis, les étapes suivantes de l’étude (voir la procédure) étaient programmées. Les critères d’inclusion pour les jeunes étaient : diagnostic principal de TDC ou de dysthymie (vérifié au moyen du K-SADS-PL), âge compris entre 11 et 17 ans au moment de l’inclusion, vie commune et participation avec au moins une figure parentale principale, et scolarisation (en cours ou achevée) dans le secondaire ou l’enseignement supérieur. Les jeunes et leur(s) parent(s) devaient maîtriser suffisamment le néerlandais. Lorsque la situation familiale s’y prêtait, les deux figures parentales principales étaient invitées à participer à l’étude. Lorsque plus de deux adultes s’occupaient de l’enfant, la famille et l’équipe de recherche désignaient les deux adultes ayant les contacts les plus fréquents avec l’enfant. Toutes les familles où deux parents ont participé comptaient une mère et un père. Les familles étaient exclues si l’enfant commençait un traitement antidépresseur (les doses stables étaient admises), si la sécurité ne pouvait être garantie en raison de tendances suicidaires (les idées suicidaires ne constituaient pas un critère d’exclusion) ou d’automutilations graves, et en cas de diagnostic comorbide actuel de déficience intellectuelle, de psychose, de trouble des conduites alimentaires, de trouble lié à l’usage de substances ou de trouble du spectre de l’autisme. Ces troubles comorbides constituaient des critères d’exclusion en raison de leur impact sur le fonctionnement cognitif et comportemental dans les interactions sociales, ce qui importe au regard de l’intérêt du projet global pour les interactions parent-enfant. Au total, 70 familles jugées éligibles ont été contactées, dont 34 ont été incluses et ont participé à la présente étude.

Au total, 35 familles de jeunes ayant une dépression (N = 35) et leurs parents (N = 62) ont participé à RE-PAIR entre juillet 2018 et février 2022. Parmi ces 35 familles, une (avec n = 2 parents) avait d’abord été recrutée comme famille témoin en bonne santé, mais l’entretien K-SADS-PL a révélé un TDC actuel chez l’enfant. Les données d’entretien qualitatif utiles à la présente étude n’étaient donc pas disponibles pour cette famille. L’échantillon total comprenait ainsi 34 familles de jeunes ayant une dépression (N = 34, 79,4 % de filles), leurs mères (N = 34, 97,1 % de mères biologiques) et leurs pères (N = 26, 92,3 % de pères biologiques). La majorité des jeunes avaient un diagnostic principal de TDC (n = 27) et sept un diagnostic principal de dysthymie. Les caractéristiques démographiques de l’échantillon sont présentées dans le tableau 1. Chaque jeune avait sollicité une aide professionnelle, mais nous avons observé une grande variété dans le type d’aide sollicitée (du travail social scolaire jusqu’à la psychologie agréée) et dans le type et la fréquence des séances (de l’inscription en liste d’attente à des séances hebdomadaires ou bimensuelles pendant un an et demi) (tableau 1). Aucune des familles n’avait bénéficié d’interventions de soutien à la parentalité ni d’un traitement familial dans le cadre de la dépression du ou de la jeune.

Tableau 1 — Caractéristiques démographiques des personnes participantes

Valeurs : M (ET) ou % (n) ; étendue entre crochets.

Jeunes (N = 34)

  • Âge le jour de la recherche. 15,67 (1,51) [12,65–18,09].
  • Sexe biologique, féminin. 79,4 (27).
  • Scolarité. Enseignement professionnel court (VMBO) : 17,6 (6) ; enseignement général moyen (HAVO) : 17,6 (6) ; enseignement préuniversitaire (VWO) : 35,3 (12) ; enseignement professionnel secondaire (MBO) : 14,7 (5) ; enseignement professionnel supérieur (HBO) : 5,9 (2) ; autre : 8,8 (3).
  • Origine, européenne blanche. 64,7 (22).
  • Parents divorcés ou séparés. 47,1 (16).
  • Symptomatologie dépressive (PHQ-9). 20,06 (4,75) [9,00–27,00].
  • Psychopathologie comorbide actuelle (K-SADS-PL). Trouble(s) anxieux : 44,1 (15) ; autre(s) trouble(s) (TDAH, TOC, trouble des conduites) : 8,8 (3) ; trouble(s) anxieux et autre(s) trouble(s) : 11,8 (4) ; aucun trouble comorbide : 34,3 (12).
  • Aide professionnelle ou traitement. Jamais, mais actuellement en liste d’attente ou en cours d’admission : 41,2 (14) ; dans le passé, séances avec une personne thérapeute agréée : 26,5 (9) ; actuellement, séances avec une personne thérapeute agréée : 32,4 (11).
  • Événements de vie stressants (LES). Perte stressante : 0,29 (0,46) [0,00–1,00] ; menaces stressantes pour la santé : 0,85 (1,35) [0,00–6,00] ; difficultés relationnelles ou situationnelles stressantes : 2,29 (1,71) [0,00–6,00].
  • Childhood Trauma Questionnaire (CTQ-SF). Maltraitance émotionnelle : 8,71 (3,70) [5,00–18,00] ; négligence émotionnelle : 11,06 (3,32) [5,00–19,00] ; score total : 35,38 (7,41) [24,00–56,00].

Mères (N = 34)

  • Âge. 47,90 (4,89) [36,51–54,95].
  • Scolarité. Lycée : 29,4 (10) ; enseignement professionnel secondaire (MBO) : 17,6 (6) ; enseignement professionnel supérieur ou université (HBO, WO) : 52,9 (18).
  • Origine, européenne blanche. 79,4 (27).
  • Symptomatologie dépressive (PHQ-9). 5,74 (5,47) [0,00–26,00].
  • Indication de troubles psychiques (MINI). Trouble(s) psychique(s) actuel(s) : 38,2 (13) ; TDC ou dysthymie actuels : 20,6 (7) ; trouble(s) psychique(s) passé(s) : 55,9 (19) ; TDC ou dysthymie passés : 38,2 (13).

Pères (N = 26)

  • Âge. 53,16 (5,09) [42,28–64,64].
  • Scolarité. Lycée : 11,5 (3) ; enseignement professionnel secondaire (MBO) : 26,9 (7) ; enseignement professionnel supérieur ou université (HBO, WO) : 61,5 (16).
  • Origine, européenne blanche. 76,9 (20).
  • Symptomatologie dépressive (PHQ-9). 4,08 (4,56) [0,00–21,00].
  • Indication de troubles psychiques (MINI). Troubles psychiques actuels : 26,9 (7) ; TDC ou dysthymie actuels : 3,8 (1) ; troubles psychiques passés : 34,6 (9) ; TDC ou dysthymie passés : 26,9 (7).

Note : le PHQ-9, la LES, le K-SADS, le CTQ-SF et le MINI sont décrits dans le matériel supplémentaire de l’article. Les troubles anxieux comorbides incluent le TSPT. Les troubles comorbides excluent les troubles « probables » et les troubles en rémission (partielle). Le score total au CTQ-SF exclut les items de minimisation. Abréviations : TDAH, trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité ; TDC, trouble dépressif caractérisé ; TOC, trouble obsessionnel-compulsif.

Procédure et mesures

La participation à l’étude RE-PAIR comprenait quatre volets : des questionnaires en ligne, une journée de recherche au laboratoire, 14 jours consécutifs d’évaluation écologique momentanée et une séance d’IRM fonctionnelle. Tous les frais de déplacement étaient remboursés. Les jeunes recevaient une compensation financière de 15 à 35 euros et les parents de 73 à 103 euros, selon les volets auxquels ils avaient participé. La présente étude n’utilise que les données de l’entretien qualitatif mené pendant la journée de recherche et celles des questionnaires en ligne. Les données des autres volets de l’étude sont présentées ailleurs (Janssen et al., 2020, 2021, 2023, 2024 ; van Houtum, van Schie et al., 2023 ; van Houtum, Wever, et al., 2023 ; van Houtum et al., 2021, 2022 ; Veenman et al., 2024 ; Wever, van Houtum, Janssen, Spruit, et al., 2022 ; Wever, van Houtum, Janssen, Wentholt, et al., 2022 ; Wever et al., 2021, 2023, 2024).

Des entretiens qualitatifs semi-structurés ont été menés et enregistrés par des membres de l’équipe ayant reçu une formation (en doctorat) et par des membres de l’équipe d’assistance à la recherche (en licence de psychologie clinique et de psychologie de l’enfant et de l’adolescent), à la fin de la journée de recherche, dans un lieu calme et isolé, avec chaque membre de la famille séparément. L’entretien abordait plusieurs sujets, dont les croyances causales relatives à la dépression de l’enfant. Pour recueillir ces croyances, nous commencions par une question ouverte : « Selon vous, quelles sont les causes possibles de vos symptômes dépressifs (ou de ceux de votre enfant) ? » (désignées ci-après comme « croyances causales spontanées »). Nous remettions ensuite aux personnes participantes une vue d’ensemble des facteurs de risque de la dépression à l’adolescence établis scientifiquement, fondée sur les travaux de Hansson et al. (2010) (présentée dans le tableau S1), et nous leur demandions : « Des études scientifiques ont identifié plusieurs causes possibles. En regardant cette vue d’ensemble, voyez-vous des facteurs qui auraient pu jouer un rôle causal dans vos symptômes dépressifs (ou dans ceux de votre enfant) ? » (désignées ci-après comme « croyances causales suggérées »). Enfin, nous demandions aux parents : « Selon vous, qu’est-ce que votre enfant considère comme causes possibles ? » (désignées ci-après comme « croyances causales réfléchies »). Les enregistrements audio des entretiens complets ont été transcrits au moyen du logiciel Amberscript (Amberscript, 2022), anonymisés, puis vérifiés et corrigés manuellement, de façon indépendante, par l’équipe d’assistance à la recherche.

L’étude RE-PAIR a été approuvée en mai 2018 par le comité d’éthique médicale du centre médical universitaire de Leyde (NL62502.058.17) et menée conformément à la déclaration d’Helsinki et à la loi néerlandaise sur la recherche médicale impliquant des êtres humains (WMO). Les personnes participantes ont signé un consentement éclairé, et les deux parents titulaires de l’autorité parentale ont signé un consentement éclairé supplémentaire lorsque l’enfant avait moins de 16 ans.

Analyses qualitatives

Nous avons utilisé le logiciel ATLAS.ti (ATLAS.ti Scientific Software Development GmbH, 2022) et suivi la méthode de la théorie ancrée pour l’analyse thématique des données qualitatives (codage ouvert, axial et sélectif), selon une démarche itérative (Boeije, 2010). Trois personnes en licence ont codé trois entretiens, élaboré un premier arbre de codage (codage ouvert et axial) et discuté les thèmes avec les responsables du codage (WW et BE). Quatre entretiens ont été codés au moyen de cet arbre de codage pour recueillir davantage d’informations sur les thèmes pertinents. Les thèmes ont été discutés avec les responsables du codage et l’arbre de codage a été révisé. Six personnes en licence ont ensuite été formées à cet arbre de codage et ont codé deux fois l’ensemble des 94 entretiens, en deux cycles de codage itératif au cours desquels aucune ne codait plusieurs entretiens d’une même famille. Les points obscurs et les questions étaient consignés et discutés avec les responsables du codage. Les informations issues de ce codage et des réunions d’intervision ont servi à réviser l’arbre de codage. Enfin, une personne en licence a été formée au système, a codé trois entretiens d’entraînement, et le codage de neuf entretiens (codés en double par WW) a été discuté en profondeur avec la personne qui signe l’article en premier (WW). Cette personne a codé les 85 entretiens restants (94 entretiens au total, moins les neuf codés en double), a consigné les points obscurs et a recherché le consensus avec les responsables du codage. L’arbre de codage final et les règles de codage complémentaires figurent dans la section des résultats supplémentaires.

Recouvrement intrafamilial et justesse parentale des croyances causales réfléchies

Pour chaque dyade mère-enfant et père-enfant, nous avons calculé deux scores : un score de recouvrement intrafamilial des croyances causales et un score de justesse des croyances causales réfléchies des parents, rapportées aux croyances causales de leur propre enfant. Les scores de recouvrement intrafamilial reposaient sur la partie spontanée de l’entretien, afin d’approcher les croyances idiosyncrasiques des personnes participantes. Les parents étaient interrogés sur leurs croyances causales réfléchies après avoir vu la vue d’ensemble suggérée dans le cadre de leurs propres croyances causales. C’est pourquoi les scores de justesse reposaient sur les croyances causales réfléchies des parents rapportées à l’ensemble (parties spontanée et suggérée de l’entretien) des croyances causales de leur propre enfant.

Les scores de recouvrement intrafamilial et de justesse parentale ont été calculés séparément, mais de manière analogue. Chaque thème principal mentionné uniquement par l’enfant ou par le parent au sein de la dyade recevait zéro point, et chaque thème principal mentionné à la fois par l’enfant et par le parent au sein de la dyade recevait un point. Les thèmes principaux mentionnés ni par l’enfant ni par le parent n’entraient pas dans les scores de recouvrement et de justesse. La somme de ces scores par thème principal était divisée par le nombre total de thèmes principaux mentionnés (par l’enfant et/ou par le parent). Le score de recouvrement intrafamilial allait d’une absence de recouvrement des croyances causales (score moyen de zéro) à un recouvrement complet pour chaque thème mentionné (score moyen de un). Le score de justesse intrafamiliale allait de croyances causales réfléchies parentales entièrement inexactes (score moyen de zéro) à des croyances causales réfléchies parentales entièrement justes (score moyen de un). En outre, pour chaque thème principal, nous avons représenté le recouvrement et la justesse intrafamiliaux par des diagrammes de Venn proportionnels aux surfaces, au moyen d’une application en ligne (https://eulerr.co/) fondée sur le paquet R eulerr (version 6.1.1) (Larsson, 2021).

Résultats

L’analyse thématique a permis d’identifier 12 grands thèmes, comprenant au total 39 sous-thèmes (tableau S2). Une brève description et la fréquence de tous les thèmes et sous-thèmes figurent dans le tableau S2 et dans les résultats supplémentaires. Le tableau S1 présente les thèmes relatifs à la partie suggérée de l’entretien. Les statistiques descriptives de la durée des entretiens, du nombre de thèmes et de sous-thèmes (réfléchis ou non) et des scores de recouvrement et de justesse intrafamiliaux sont présentées dans le tableau 2. Nous avons attribué à chaque famille un second numéro, aléatoire, afin de garantir l’anonymat dans les extraits cités.

Tableau 2 — Statistiques descriptives des entretiens qualitatifs

Valeurs : M (ET) [étendue], pour les jeunes (N = 34), les mères (N = 34) et les pères (N = 26).

  • Durée de l’entretien complet, en minutes. Jeunes : 13 (5) [5–33] ; mères : 27 (12) [10–62] ; pères : 27 (12) [8–57].
  • Croyances causales, nombre de thèmes spontanés. Jeunes : 2,65 (1,50) [1,00–7,00] ; mères : 3,82 (1,29) [2,00–8,00] ; pères : 3,31 (1,76) [1,00–7,00].
  • Croyances causales, nombre total de thèmes. Jeunes : 3,68 (1,68) [1,00–9,00] ; mères : 5,29 (1,75) [2,00–10,00] ; pères : 5,23 (1,70) [1,00–9,00].
  • Croyances causales, nombre de sous-thèmes spontanés. Jeunes : 3,44 (2,12) [1,00–9,00] ; mères : 5,30 (1,85) [2,00–11,00] ; pères : 4,54 (2,77) [1,00–10,00].
  • Croyances causales, nombre total de sous-thèmes. Jeunes : 5,27 (2,70) [2,00–14,00] ; mères : 8,70 (3,28) [4,00–16,00] ; pères : 7,85 (3,33) [1,00–14,00].
  • Nombre total de thèmes des croyances causales réfléchiesa. Mères : 2,42 (1,36) [1,00–6,00] ; pères : 1,78 (1,04) [0,00–4,00].
  • Nombre total de sous-thèmes des croyances causales réfléchiesa. Mères : 2,97 (2,02) [1,00–8,00] ; pères : 2,00 (1,17) [0,00–4,00].
  • Score de recouvrement des dyades enfant-parent. Mères : 0,31 (0,19) [0,00–0,80] ; pères : 0,22 (0,25) [0,00–1,00].
  • Score de justesse des croyances causales réfléchies des parentsa. Mères : 0,34 (0,23) [0,00–1,00] ; pères : 0,23 (0,20) [0,00–0,67].

Note : les thèmes ne comportant qu’un sous-thème (« Perplexité », « Effet cumulatif », « Manque perçu de compréhension/de soutien ») ont été comptés à la fois dans le nombre de thèmes principaux et dans celui des sous-thèmes. Spontané = croyances causales de la partie spontanée de l’entretien ; total = ensemble des croyances causales des parties spontanée et suggérée de l’entretien ; croyances causales réfléchies = suppositions des mères et des pères quant aux croyances causales de leur enfant. Les scores de recouvrement reposent sur la partie spontanée de l’entretien, les scores de justesse sur l’entretien complet des jeunes (spontané et suggéré). a Données manquantes pour les croyances causales réfléchies de n = 3 mères et n = 3 pères. Pour cette partie, n = 31 mères et n = 23 pères, issus de n = 33 familles.

Croyances causales spontanées des jeunes, des mères et des pères (objectif 1.1)

Compte tenu du grand nombre de thèmes, nous nous concentrerons sur les cinq premières croyances causales des différents membres de la famille (tableau 3), qui incluent les thèmes « Social », « Caractéristiques de l’enfant », « Stress dans le contexte familial », « Événement de vie stressant », « École », « Intergénérationnel », « École » et « Puberté ». Les cinq premières croyances causales spontanées des jeunes, des mères et des pères étaient relativement semblables pour les thèmes « Social », « Caractéristiques de l’enfant » et les expériences stressantes (tableau 3). « Social » (premier thème des jeunes) et « Caractéristiques de l’enfant » (premier thème des parents) étaient globalement les thèmes de croyances causales les plus souvent cités (résultats supplémentaires) par les jeunes comme par les parents. Le thème « Social » regroupait des propos sur des expériences interpersonnelles négatives d’intensité variable, depuis des expériences sociales de la vie quotidienne, comme « mes amitiés me semblent un peu, euh, déséquilibrées […] Comme si moi je comprenais ce qui se passe dans la tête des gens dont je suis amie, mais qu’eux ne me comprenaient pas » (n° 100, fille), jusqu’à des expériences graves, comme « eh bien, euh, en gros j’ai été harcelée par la personne qui m’entraînait pendant une année entière. Elle savait retourner les choses, faire croire que c’était ma faute » (n° 156, fille). Le thème « Caractéristiques de l’enfant » regroupait des propos sur des caractéristiques liées à l’enfant (et à sa personnalité) et présentes dans tous les contextes, depuis des propos précis comme « il a toujours été sensible, ce qui le rend peut-être plus vulnérable aux moments difficiles […] Il se fait des soucis qui ne sont pas de son âge » (n° 184, mère d’un garçon) jusqu’à des propos plus généraux comme « c’est tout simplement dans son caractère » (n° 29, père d’une fille).

Tableau 3 — Les cinq premières croyances causales par type de membre de la famille

Thèmes classés du 1er au 5e, avec le pourcentage de personnes qui les citent.

  • Jeunes (N = 34), spontanées. 1. Social (41,2) ; 2. Événement de vie stressant (38,2) ; 3. Caractéristiques de l’enfant (35,3) ; 4. École (35,3) ; 5. Stress dans le contexte familial (32,3).
  • Jeunes (N = 34), total. 1. Social (52,9) ; 2. Événement de vie stressant (52,9) ; 3. Stress dans le contexte familial (50,0) ; 4. Caractéristiques de l’enfant (50,0) ; 5. École (47,1).
  • Mères (N = 34), spontanées. 1. Caractéristiques de l’enfant (85,3) ; 2. Stress dans le contexte familial (50,0) ; 3. Social (47,1) ; 4. Puberté (41,2) ; 5. École (35,3).
  • Mères (N = 34), total. 1. Caractéristiques de l’enfant (91,2) ; 2. Social (67,6) ; 3. École (64,7) ; 4. Stress dans le contexte familial (61,8) ; 5. Intergénérationnel (58,8).
  • Mères, réfléchiesa. 1. Caractéristiques de l’enfant (45,2) ; 2. Social (41,9) ; 3. Stress dans le contexte familial (32,3) ; 4. Événement de vie stressant (25,8) ; 5. École et Perplexité (22,7 chacun).
  • Pères (N = 26), spontanées. 1. Caractéristiques de l’enfant (57,7) ; 2. Intergénérationnel (42,3) ; 3. Stress dans le contexte familial (38,5) ; 4. Social (34,6) ; 5. Usage des médias (30,8).
  • Pères (N = 26), total. 1. Caractéristiques de l’enfant (76,9) ; 2. Social (76,9) ; 3. Intergénérationnel (69,2) ; 4. Stress dans le contexte familial (65,4) ; 5. Événement de vie stressant (57,7).
  • Pères, réfléchiesa. 1. Caractéristiques de l’enfant (30,4) ; 2. Social (26,1) ; 3. Stress dans le contexte familial (26,1) ; 4. Événement de vie stressant (21,7) ; 5. Perplexité (21,7).

Note : spontanées = croyances causales de la partie spontanée de l’entretien ; total = ensemble des croyances causales des parties spontanée et suggérée de l’entretien ; réfléchies = suppositions des mères et des pères quant aux croyances causales de leur enfant. a Données manquantes pour les croyances causales réfléchies de n = 3 mères et n = 3 pères. Pour cette partie, n = 31 mères et n = 23 pères, issus de n = 33 familles.

Les expériences de vie stressantes constituaient une troisième croyance causale importante pour les jeunes, les mères et les pères. Le thème « Stress dans le contexte familial » (parmi les cinq premiers des jeunes, des mères et des pères) regroupait des propos sur des expériences stressantes (souvent chroniques) dans le cadre familial, par exemple « surtout à cause du divorce de mes parents et de la situation difficile avec mon père » (n° 177, fille) et « elle a grandi dans une famille où on se disputait beaucoup, euh, je pense qu’on pourrait parler de violence psychologique intrafamiliale. Et euh, bon, à un moment c’était tous les jours, et elle a tiré la sonnette d’alarme, elle n’en pouvait plus » (n° 45, mère d’une fille). Les personnes participantes citaient aussi des « Événements de vie stressants » aigus et précis (parmi les cinq premiers des jeunes), comme « elle a vu son père se faire menotter et emmener par la police » (n° 83, mère d’une fille) et « j’ai vu ma grand-mère mourir chez elle, elle a fait une crise cardiaque. J’étais là du début à la fin, elle est tombée par terre et ma mère paniquait » (n° 20, fille).

Le thème « École » était lui aussi souvent cité par les jeunes (parmi les cinq premiers), les mères (parmi les cinq premiers) et les pères (sixième). Ce thème regroupait des propos sur la pression de la réussite scolaire et sur d’autres facteurs de stress du milieu scolaire, par exemple « ça n’allait déjà pas très bien à l’école et je ne me sentais pas bien. Et puis tous les profs et ma mère étaient sur mon dos. C’est devenu trop, et je m’en fichais complètement » (n° 72, fille).

Le thème « Intergénérationnel » était souvent cité par les mères et les pères (au deuxième rang) et regroupait des propos explicites où l’on reconnaissait certaines caractéristiques (allant de propos vagues à une dépression clinique précise) chez des membres de la famille et/ou les attribuait à une hérédité génétique. Les jeunes citaient rarement le thème « Intergénérationnel » de manière spontanée, alors que près de la moitié des jeunes le citaient une fois la vue d’ensemble présentée : « je pense que c’est aussi une affaire génétique, et que les gens suivent l’exemple qu’on leur donne » (n° 95, père d’une fille).

Le thème « Usage des médias » figurait parmi les cinq premières croyances causales spontanées des pères, mais pas parmi celles des mères et des jeunes. Ce thème regroupait des propos sur les effets négatifs de l’usage des médias, comme : « si on passe beaucoup de temps sur Instagram à voir les trucs sympas des autres, ça peut vraiment lui brouiller la vue » (n° 58, père d’une fille). Le thème « Puberté », à l’inverse, figurait parmi les cinq premières croyances causales spontanées des mères, mais pas parmi celles des pères et des jeunes. Ce thème regroupait des propos sur la puberté et les turbulences qui l’accompagnent, par exemple « d’abord, je pense, son âge et les variations hormonales, ce genre de choses » (n° 54, mère d’une fille).

Recouvrement intrafamilial (objectif 1.2)

Pour présenter visuellement la distribution des scores de recouvrement (figure 1a), nous avons classé les parents selon que leurs croyances causales ne recoupaient pas du tout celles de leur enfant, les recoupaient modérément (score de recouvrement de 0,01 à 0,49) ou fortement (score de recouvrement de 0,50 ou plus). Les pères avaient en moyenne un score de recouvrement plus faible que les mères (tableau 2), présentaient plus souvent une absence totale de recouvrement et moins souvent un recouvrement modéré avec leur enfant (figure 1a).

Deux histogrammes comparant mères et pères : (a) nombre de parents sans recouvrement, avec un recouvrement modéré ou élevé de leurs croyances causales avec celles de leur enfant ; (b) nombre de parents dont les croyances causales réfléchies sont sans justesse, d’une justesse modérée ou élevée
Figure 1. (a) Fréquences du recouvrement intrafamilial des croyances causales, par catégorie. (b) Fréquences de la justesse intrafamiliale des croyances causales réfléchies, par catégorie. Note : aucun = recouvrement ou justesse nuls ; modéré = recouvrement ou justesse de 0,01 à 0,49 ; élevé = recouvrement ou justesse ≥ 0,50. (Schéma original en anglais.)

Nous avons représenté le recouvrement intrafamilial pour les thèmes de croyances causales par des diagrammes de Venn (les cinq premiers thèmes à la figure 2 ; tous les thèmes à la figure S1). L’examen de ces diagrammes de Venn a fait apparaître des configurations de recouvrement, que nous présentons dans cette section du plus faible au plus fort recouvrement. Les thèmes transversaux « Perplexité » et « Effet cumulatif » étaient ceux dont le recouvrement parent-enfant était le plus faible (figure S1). « Perplexité » indique que la personne participante ne comprenait pas la cause de la dépression, et « Effet cumulatif » qu’elle désignait explicitement l’accumulation de plusieurs facteurs comme cause de la dépression. Ces thèmes étaient importants pour les jeunes, mais moins souvent cités par leurs parents. Une jeune fille, par exemple, a dit « c’était une accumulation de petites choses […] il y en a eu de plus en plus, ça a provoqué beaucoup de stress et ça [les symptômes dépressifs] s’est aggravé » (n° 156), alors qu’aucun de ses parents n’a explicitement mentionné cet « Effet cumulatif ». Les familles où le parent (ou les deux) ne présentaient aucun recouvrement avec leur enfant (n = 3) concernaient toujours des jeunes qui n’exprimaient qu’un sentiment de « Perplexité », « je ne sais vraiment pas » (n° 1, fille), alors que leur(s) parent(s) citaient plusieurs croyances causales, mais pas la « Perplexité ». Le recouvrement parent-enfant était également relativement faible pour « Événement de vie stressant », surtout lorsque les jeunes évoquaient des événements extérieurs au contexte familial, comme : « ma copine et moi, on a rompu, et euh, il y a eu un braquage au travail » (n° 53, cité par un garçon, mais pas par sa mère). Les cas de recouvrement parent-enfant concernaient plus souvent des événements internes au contexte familial, comme le décès d’un grand-parent.

Cinq diagrammes de Venn (caractéristiques de l’enfant, social, événement de vie stressant, stress dans le contexte familial, intergénérationnel) montrant combien de jeunes, de mères et de pères citent chaque thème et leurs recoupements
Figure 2. Diagrammes de Venn du recouvrement intrafamilial des croyances causales spontanées pour les cinq premiers thèmes. (Schéma original en anglais.)

Nous avons relevé un recouvrement parent-enfant relativement élevé pour « Social », « École » et « Stress hors du contexte familial », ainsi qu’un recouvrement mère-enfant relativement élevé (mais un recouvrement père-enfant faible) pour « Caractéristiques de l’enfant » et « Stress dans le contexte familial » (figure 2 ; figure S1). Les membres d’une même famille se rejoignaient souvent en citant comme croyances causales « [je n’avais/elle n’avait] pas vraiment d’amis » (n° 131, cité par une fille et sa mère, mais pas par son père) et « l’isolement social [dû à la pandémie de COVID-19] » (n° 120, cité par une fille, sa mère et son père).

Croyances causales que les parents prêtent à leur enfant, par thème (objectif 2.1)

Les données sur les croyances causales que les parents prêtent à leur enfant manquaient pour certains parents (n = 3 mères, n = 3 pères), d’où un échantillon de 31 mères et 23 pères issus de 33 familles. Compte tenu du grand nombre de thèmes, nous nous concentrerons sur les cinq premières croyances causales réfléchies des différents membres de la famille (tableau 3), qui incluent les thèmes « Social », « Caractéristiques de l’enfant », « Stress dans le contexte familial », « Événement de vie stressant », « École », « École » et « Perplexité ». Les cinq premières croyances causales réfléchies (tableau 3) étaient presque identiques chez les mères et chez les pères, et ces thèmes figuraient aussi parmi les cinq premiers (au total) des jeunes. Le premier thème des croyances causales réfléchies des parents était « Caractéristiques de l’enfant » ; ils disaient par exemple : « Peut-être son estime de soi, je pense qu’elle sait ou qu’elle sent qu’elle accorde beaucoup d’importance à ce que les autres disent d’elle » (n° 102, père d’une fille) ou « elle pense vraiment qu’il lui manque une substance chimique dans le cerveau » (n° 191, mère d’une fille). « Social » et « Stress dans le contexte familial » étaient les deuxième et troisième thèmes des croyances causales réfléchies des parents. Par exemple, un père d’une fille a dit « je pense qu’elle parlera du rejet par les autres, du fait d’avoir peu d’amis » (n° 89), et une mère d’une fille « et euh, je pense que [enfant] dira que sa famille [qui vit à l’étranger] lui manque beaucoup » (n° 102). En quatrième lieu, les parents citaient les « Événements de vie stressants » comme croyance causale réfléchie. Par exemple, les deux parents d’une fille ont dit « elle parlera […] de situations qui ressemblent à des agressions » (n° 120), et les deux parents d’un garçon « il parlera de ce qui est arrivé à une personne de son groupe d’amis [suicide] » (n° 138). En cinquième lieu, les parents citaient « École » comme croyance causale réfléchie. Un père, par exemple, a dit « hmm oui, peut-être les problèmes à l’école » (n° 102, fille). Enfin, « Perplexité » figurait parmi les cinq premiers thèmes des croyances causales réfléchies des parents. Une mère, par exemple, a dit « [enfant] a dit récemment qu’elle n’avait aucune raison d’être déprimée, donc elle ne sait pas pourquoi » (n° 112, fille). Ce thème ne figurait pas parmi les cinq premiers (au total) des jeunes, mais il était tout de même souvent cité par les jeunes (26,5 % ; tableau S2).

Justesse intrafamiliale (objectif 2.2)

Les scores de justesse par catégorie sont présentés visuellement à la figure 1b. Les parents citaient moins souvent les thèmes principaux réfléchis, et citaient en moyenne moins de thèmes réfléchis que les jeunes n’en citaient comme leurs propres croyances causales (au total) (tableau 2). Les pères avaient en moyenne un score de justesse plus faible que les mères (tableau 2), étaient un peu plus souvent entièrement inexacts et moins souvent très justes (figure 1b). Nous avons représenté la justesse intrafamiliale pour les thèmes de croyances causales réfléchies par des diagrammes de Venn (figure S2). L’examen de ces diagrammes de Venn a fait apparaître des configurations de justesse, que nous présentons dans cette section de la plus faible à la plus forte. Les familles où le parent (ou les deux) avaient des croyances causales réfléchies entièrement inexactes étaient des familles où le ou les parents disaient que leur enfant aurait du mal à citer des croyances causales (« Perplexité » ; deux familles), ne disaient rien des croyances causales de leur enfant mais développaient leur propre point de vue (une famille), ou citaient des thèmes entièrement différents de ceux de leur enfant (trois familles). En outre, aucune mère ni aucun père n’a supposé, à juste titre, que son enfant citerait un « Effet cumulatif » comme croyance causale, alors que près d’un quart des jeunes ont explicitement cité ce thème. Une jeune fille, par exemple, a dit « eh bien euh, c’est parce que ma situation à la maison a changé […] ça s’est dégradé à partir de là […] C’est une accumulation du passé, l’école primaire, des gens proches de moi qui m’ont laissée tomber et abandonnée, ce genre de choses, et le changement de ma situation à la maison. Une combinaison de tout ça » (n° 89), alors qu’aucun de ses parents n’a explicitement mentionné cet effet cumulatif lorsqu’on les a interrogés sur les croyances causales de leur fille. La justesse des croyances causales réfléchies des parents était également faible pour « Intergénérationnel ». Il faut toutefois garder à l’esprit que seuls deux jeunes ont cité ce thème spontanément, et que la plupart ne l’ont cité qu’après la présentation de la vue d’ensemble.

Plusieurs thèmes présentaient une justesse modérée des croyances causales réfléchies des parents. Les thèmes « Perplexité » et « Caractéristiques de l’enfant » étaient cités par à peu près autant de jeunes (comme croyances causales) que de parents (comme croyances causales réfléchies). Toutefois, au niveau intrafamilial, les mères et les pères étaient à peu près aussi souvent inexacts que justes dans leur reflet de ces thèmes, sauf pour le reflet par les mères des « Caractéristiques de l’enfant » (plus souvent juste qu’inexact). Les thèmes « Stress dans le contexte familial », « École » et « Événement de vie stressant » étaient sous-estimés par les parents : nettement moins de parents citaient ces thèmes comme croyances causales réfléchies que de jeunes ne les citaient comme croyances causales. Toutefois, les parents qui citaient ces thèmes avaient relativement souvent raison de penser que leur enfant les avait cités. Les pères étaient remarquablement justes lorsqu’ils retenaient « Stress hors du contexte familial » comme croyance causale réfléchie.

Les parents étaient particulièrement justes dans leurs croyances causales réfléchies pour les thèmes « Social » et « Usage des médias ». Le thème « Usage des médias » était une croyance causale importante pour les pères, de leur propre point de vue, mais aucune mère ni aucun père ne l’a retenu comme croyance causale réfléchie lorsqu’on les interrogeait sur le point de vue de leur enfant, et, de fait, personne parmi les jeunes n’a cité ce thème. « Social » était un thème important pour les jeunes (n = 18) et, pour la majorité de ces jeunes (n = 13), l’un des parents ou les deux avaient justement cité ce thème comme croyance causale réfléchie.

Résultats exploratoires d’intérêt clinique

Trois observations utiles dans le contexte clinique méritent d’être mentionnées. Premièrement, la vue d’ensemble des facteurs de risque connus a aidé les jeunes à formuler leurs croyances causales. On le voit à la forte hausse du thème « Intergénérationnel » entre la partie spontanée et la partie suggérée de l’entretien (tableau S2). En outre, trois jeunes n’avaient exprimé qu’un sentiment de « Perplexité » dans la partie spontanée de l’entretien, sans croyance causale précise. Ces trois jeunes ont cité une croyance causale (en l’occurrence « Intergénérationnel ») ou davantage lorsque la vue d’ensemble leur a été présentée. Deuxièmement, les personnes participantes citaient certains thèmes comme facteurs d’entretien ou d’aggravation plutôt que comme causes directes de la dépression. C’était le cas des thèmes « Caractéristiques de l’enfant », « Stress hors du contexte familial », « Événement de vie stressant » et « École ». Par exemple : « Je ne peux pas citer de causes, seulement des choses qui ont une influence. Comme le manque de sommeil, le stress […] et les disputes et les trucs bizarres qui arrivent, ça l’aggrave. Et rater des choses, ou les choses qui tournent mal, ça peut la déclencher. Je commence à me sentir nul et je deviens déprimé » (n° 25, garçon) et « elle a pris un retard terrible à l’école, la pression a augmenté […] Je pense que ça, euh, a provoqué comme une déconnexion. Je ne pense pas que ce soit la cause en soi, mais ça ne l’a vraiment pas aidée » (n° 191, père d’une fille). Troisièmement, nous avons observé que les familles ayant des scores de justesse particulièrement élevés (n = 7 au total, dont n = 4 familles monoparentales) étaient souvent des familles dont l’enfant suivait actuellement un traitement (n = 5, dont n = 4 familles monoparentales). Les parents de ces familles indiquaient de façon relativement juste « Stress dans le contexte familial » et « Événement de vie stressant ».

Discussion

Cette étude visait à examiner qualitativement, dans une perspective intrafamiliale, les croyances causales relatives à la dépression à l’adolescence chez des jeunes ayant une dépression clinique, ainsi que chez leurs mères et leurs pères. Le premier résultat clé est que les principaux thèmes, la personnalité et diverses expériences sociales et stressantes, étaient semblables chez les jeunes et chez leurs parents, et concordaient avec les études qualitatives antérieures menées auprès de jeunes (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017 ; Viduani et al., 2021 ; Wisdom & Green, 2004). Un deuxième résultat, plus remarquable, est que, si l’on regarde les croyances causales au sein des familles, le recouvrement entre les croyances des jeunes et celles de leur(s) propre(s) parent(s) était relativement faible. Ainsi, au sein d’une même famille, l’enfant pouvait voir la dépression comme le résultat de traits de personnalité et d’événements stressants, alors que la mère la voyait comme le résultat de la puberté et de facteurs scolaires. Troisièmement, les parents formulaient avec une justesse modérée les croyances causales de leur propre enfant, mais ils tendaient à les sous-estimer, au sens où l’enfant citait davantage de thèmes (par exemple l’école, les expériences sociales, l’intergénérationnel et les traits de personnalité) que ne s’y attendait son parent (par exemple l’école et les expériences sociales). Nous avons relevé une grande variété de croyances causales sur la dépression à l’adolescence, des expériences stressantes aux turbulences de la puberté. Cette variété concorde avec les travaux qualitatifs antérieurs (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017 ; Viduani et al., 2021 ; Wisdom & Green, 2004) et avec l’abondance des facteurs de risque mis en évidence par la recherche épidémiologique (par exemple Dobson & Dozois, 2011). Les trois grandes catégories (adversités psychosociales, facteurs de personnalité, vulnérabilité intergénérationnelle) des études qualitatives antérieures sur le point de vue des jeunes s’étendent ainsi au point de vue de leurs parents, qu’il s’agisse des propres croyances des parents sur la ou les causes de la dépression de leur enfant ou des croyances qu’ils pensaient être celles de leur enfant.

Les adversités psychosociales constituaient une croyance causale majeure des personnes participantes, dans la présente étude comme dans les travaux antérieurs (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017 ; Viduani et al., 2021 ; Wisdom & Green, 2004). Les thèmes du stress dans et hors du contexte familial, des événements de vie stressants et des facteurs sociaux pourraient être regroupés en une grande catégorie générique des adversités psychosociales. Presque tous les jeunes ont cité une ou plusieurs de ces adversités, et un quart des jeunes ont décrit un sentiment de submersion face à l’accumulation d’expériences de vie (négatives). La présente étude ajoute deux thèmes importants à cette liste de facteurs de stress : l’école et les contraintes liées à la pandémie de COVID-19. On peut discuter de la pertinence du terme d’adversité à propos de l’école, mais il s’agit clairement d’un facteur de stress pour les jeunes, que leurs parents reconnaissent dans la présente étude. Beaucoup de personnes participantes vivaient l’école comme problématique, soit en termes généraux, soit plus précisément en termes de réussite (sous pression). Aux Pays-Bas, les jeunes ressentent une pression et un stress scolaires croissants au fil du temps (De Looze et al., 2020). La généralisation à d’autres pays appelle la prudence, car une étude internationale un peu plus ancienne indique que la perception de la pression scolaire a à peine changé entre 1994 et 2010 (Klinger et al., 2015). Quelle que soit l’évolution dans le temps, la recherche méta-analytique montre que la pression scolaire est liée à une dépression accrue (symptômes et niveaux cliniques), avec quelques indices d’un effet orienté, les symptômes dépressifs suivant la pression scolaire (revue de Steare et al., 2023). D’un autre côté, les problèmes de concentration et l’impact des symptômes sur le fonctionnement, notamment scolaire, sont pris en compte dans le diagnostic d’une dépression clinique (APA, 2013). Le stress scolaire et les symptômes dépressifs s’influencent donc probablement dans les deux sens, et ce stress est un facteur important à prendre en compte dans la recherche sur la dépression à l’adolescence et dans son traitement.

Les contraintes liées à la pandémie de COVID-19 ont été codées comme facteur de stress extérieur à la famille et peuvent être considérées comme une adversité psychosociale. À partir du premier confinement néerlandais (mars 2020), 22 familles ont participé, et les contraintes liées au COVID-19 ont été citées comme croyance causale par 27,3 % des jeunes, 31,8 % des mères et 22,2 % des pères de ces familles (tableau S2). Le thème ne figurait donc pas parmi les cinq premières croyances causales et il était souvent cité comme facteur d’aggravation plutôt que comme cause directe. La recherche méta-analytique montre une hausse modérée et stable des symptômes dépressifs entre l’avant et le pendant de la pandémie de COVID-19 (Ludwig-Walz et al., 2022 ; Madigan et al., 2023), mais un faible niveau de certitude des preuves pour les taux de dépression cliniquement significative (Ludwig-Walz et al., 2022). Les enseignements de notre travail qualitatif, combinés aux méta-analyses existantes, laissent penser que les contraintes liées à la pandémie ne sont pas (perçues comme) une cause majeure de dépression clinique à l’adolescence. Pour autant, les effets de ces contraintes ne peuvent être ignorés, car leurs effets (perçus) d’aggravation des symptômes dépressifs sont clairement établis.

La présente étude retrouve la deuxième grande catégorie, celle des facteurs de personnalité, déjà mise en évidence (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017 ; Wisdom & Green, 2004), avec une variété de sous-thèmes. La troisième grande catégorie, la vulnérabilité intergénérationnelle (Bear et al., 2021 ; Midgley et al., 2017 ; Wisdom & Agnor, 2007), n’a été que partiellement retrouvée. Cette catégorie était un thème important pour les parents de la présente étude, mais seuls deux jeunes l’ont citée spontanément. Ce nombre a nettement augmenté après la présentation aux jeunes de la vue d’ensemble des facteurs de risque connus. La majorité des personnes participantes citaient simultanément des facteurs familiaux et l’hérédité génétique, retenant ainsi en partie une explication biologique. Deux conclusions intéressantes peuvent être tirées. Dans la présente étude, les parents, mais pas les jeunes, voient dans la vulnérabilité intergénérationnelle une croyance causale idiosyncrasique importante quant à la dépression de leur enfant. Par ailleurs, l’utilisation d’une vue d’ensemble servant de support semble précieuse dans les entretiens avec des jeunes. Cela concorde avec une étude sur le diabète pédiatrique, dans laquelle une liste de questions-supports aidait les jeunes à poser des questions et à participer davantage aux consultations médicales (Pembroke et al., 2022). Les jeunes (comme les adultes) peuvent avoir du mal à formuler leur point de vue sur certains sujets. Certains symptômes d’une dépression clinique ont pu rendre la chose plus difficile encore dans le présent échantillon (par exemple le manque de motivation et de concentration, une faible estime de soi). Nous recommandons d’utiliser une vue d’ensemble pour soutenir les jeunes (et les parents) pendant un entretien.

Enfin, la présente étude ajoute le thème de l’usage des médias à la liste des croyances causales, dans une perspective familiale. C’était une croyance causale importante pour les pères, mais pas pour les jeunes ni pour les mères, dans la présente étude. Les travaux qualitatifs antérieurs sur les croyances causales des jeunes sont ainsi retrouvés, au sens où les jeunes n’ont pas cité ce thème. Les médias (sociaux) sont de plus en plus présents dans la société actuelle, et l’usage des médias à l’adolescence est lié, en données transversales, aux symptômes dépressifs des jeunes (méta-analyse d’Ivie et al., 2020), mais les effets orientés restent incertains. Par ailleurs, l’usage des médias à l’adolescence s’est révélé lié à une augmentation des conflits parent-enfant (par exemple Yang & Zhang, 2021). L’usage des médias était un sujet important pour les pères, mais pas pour les jeunes ni pour les mères dans la présente étude, ce qui indique des points de vue différents sur la question. Si les croyances causales (réfléchies) des jeunes, des mères et des pères étaient globalement semblables au niveau du groupe, il existait d’importants écarts au sein des familles. Le recouvrement des croyances causales entre les jeunes et leurs parents était relativement faible. En outre, les parents formulaient avec une justesse modérée les croyances causales de leur propre enfant, mais ils tendaient à les sous-estimer, au sens où l’enfant citait davantage de thèmes que ne s’y attendait son ou ses parents. Le recouvrement et la justesse étaient particulièrement faibles pour les thèmes transversaux ; le recouvrement parent-enfant était relativement élevé pour les facteurs sociaux et scolaires, alors que la justesse parentale n’était relativement élevée que pour les facteurs sociaux. Les parents et les jeunes partageaient donc largement des croyances causales portant sur des facteurs de stress ou des expériences de nature chronique, extérieurs au contexte familial et affectant la vie quotidienne des jeunes. Ces facteurs étaient peut-être plus visibles, les parents ayant connaissance des expériences sociales et scolaires de leur enfant et de leur retentissement émotionnel. Pour les expériences sociales, les parents connaissaient même avec justesse le regard que leur enfant portait sur la question. Il semble que ce sujet soit particulièrement abordé au sein des familles et/ou remarqué par les parents.

Deux autres observations notables ont été faites. Premièrement, certaines personnes participantes décrivaient spontanément des thèmes (par exemple les contraintes liées au COVID-19) et des symptômes de la dépression (par exemple une vision négative de soi, l’insomnie, un fonctionnement scolaire désorganisé) comme des facteurs qui entretiennent ou aggravent la dépression, plutôt que comme des causes qui la précèdent. Cette perspective rejoint l’approche par modélisation en réseau, qui s’intéresse à la manière dont les symptômes s’influencent mutuellement plutôt qu’aux causes qui précèdent la dépression (Fried et al., 2017 ; van Borkulo et al., 2015). Deuxièmement, les familles dont les parents avaient des croyances causales réfléchies particulièrement justes (score de justesse ≥ 0,50) concernaient souvent des jeunes qui suivaient actuellement un traitement auprès d’une personne psychologue agréée. Les parents de ces familles indiquaient de façon relativement juste le stress dans le contexte familial ou les événements de vie stressants. Ce n’était pas le cas pour les scores de recouvrement. La présente étude repose sur un plan transversal, et l’on ne sait pas si la forte justesse a précédé ou suivi le début du traitement. D’un côté, la thérapie peut favoriser la compréhension, par les parents, du point de vue de leur enfant sur ces expériences stressantes. De l’autre, les parents étaient peut-être plus conscients de l’impact de ces expériences stressantes tel que leur enfant le ressentait, et ont pu favoriser le début d’une thérapie.

Forces et limites

La principale force de cette étude est son approche pionnière, qui rend compte qualitativement des croyances causales relatives à la dépression à l’adolescence du point de vue de jeunes ayant une dépression clinique ainsi que de leurs mères et de leurs pères. C’est aussi la première étude qualitative sur les croyances causales réfléchies des parents, sur le recouvrement intrafamilial des croyances causales et sur la justesse des croyances causales réfléchies des parents ; elle apporte ainsi des éclairages nouveaux et substantiels à la recherche antérieure.

Les résultats doivent être interprétés à la lumière de deux caractéristiques importantes de l’échantillon. L’ensemble des jeunes de l’échantillon avait sollicité un traitement, et environ la moitié avait reçu au moins un début de traitement, dans le passé ou au moment de l’étude. Les croyances causales ont pu être influencées par le traitement (ou par la démarche pour l’obtenir). Deuxièmement, les jeunes présentant certaines comorbidités actuelles étaient exclus (voir la section Méthode). Les résultats ne peuvent donc pas être simplement généralisés aux familles de jeunes ayant une dépression avant toute demande d’aide et/ou présentant l’une des comorbidités actuelles énumérées plus haut. Enfin, il faut garder à l’esprit le caractère descriptif de la méthode employée pour le recouvrement et la justesse intrafamiliaux : aucune conclusion ne peut être tirée sur les causes ni sur les conséquences de ces niveaux de recouvrement et de justesse.

Implications cliniques et perspectives

Les résultats de la présente étude peuvent se traduire en trois implications cliniques principales. Premièrement, il est utile d’interroger (séparément) l’enfant ainsi que ses deux parents sur leurs points de vue quant aux causes. Quelques grands thèmes comparables apparaissent au niveau du groupe, mais la présente étude met surtout en lumière la variété des expériences des jeunes ayant une dépression clinique et de leurs parents. En outre, le niveau de recouvrement parent-enfant et la justesse des croyances causales réfléchies des parents variaient considérablement d’une famille à l’autre. Concrètement, il est utile d’interroger l’enfant ainsi que les deux parents sur leurs croyances causales (et sur les croyances qu’ils prêtent à l’autre), afin d’obtenir une vue plus complète des facteurs en jeu et du degré d’accordage au sein des familles. Le but n’est pas nécessairement que l’enfant et son ou ses parents partagent le même point de vue, mais plutôt que chaque personne comprenne le point de vue des autres et que la famille en parle. La recherche future pourrait examiner les effets d’une discussion des croyances causales en thérapie. Interroger activement l’enfant sur ses croyances causales et les intégrer au traitement (par exemple par la décision partagée) pourrait répondre à ses préoccupations personnelles et améliorer la satisfaction à l’égard du traitement et son efficacité. Par ailleurs, la recherche future pourrait vérifier si des interventions (familiales) peuvent favoriser l’accordage des croyances causales (réfléchies) des jeunes et de leurs parents, si les jeunes vivent cet accordage comme soutenant, et si un meilleur accordage profiterait au bien-être des jeunes et/ou des parents.

Deuxièmement, beaucoup de croyances causales concernaient des expériences stressantes (sous des formes diverses), et près d’un quart des jeunes ont spontanément décrit un sentiment de submersion face à l’accumulation d’expériences de vie (négatives). Les jeunes pourraient grandement bénéficier d’un soutien pour élaborer les expériences de vie (négatives) dans un cadre thérapeutique et renforcer leurs capacités de régulation émotionnelle. En outre, il y a peut-être là une occasion précieuse de favoriser la compréhension, par les parents, des facteurs de stress que vit leur enfant, et d’associer les parents au soutien de leur enfant au quotidien. Presque tous les parents (à une famille près) citaient plusieurs thèmes comme croyances causales réfléchies, et ils savent peut-être déjà (implicitement) que l’effet d’accumulation de ces expériences est difficile pour leur enfant ; la recherche future pourrait examiner si les jeunes gagneraient à parler explicitement de ce sujet dans un cadre thérapeutique et/ou familial.

Troisièmement, l’utilisation d’une vue d’ensemble des facteurs de risque connus (tableau S1) peut aider les jeunes (et les parents) à formuler leurs croyances causales. Pour commencer, il convient de poser une question ouverte sur le sujet, afin de ne pas influencer les croyances et l’apport idiosyncrasiques de l’enfant. Dans un second temps, il est utile de présenter la vue d’ensemble. Les jeunes peuvent d’abord avoir du mal à formuler leurs pensées et y parvenir mieux face à une vue d’ensemble. En outre, la présente étude montre qu’une partie des jeunes et des parents distingue spontanément les facteurs causaux des facteurs d’entretien ou d’aggravation. Interroger de façon structurée les facteurs causaux et les facteurs d’entretien peut apporter des éclairages supplémentaires aux membres de la famille comme aux équipes cliniques.

Conclusion

En conclusion, cette étude qualitative intrafamiliale sur les croyances causales relatives à la dépression à l’adolescence met en lumière trois messages clés. Premièrement, les croyances causales des jeunes ayant une dépression clinique et de leurs parents sont très variées. Quelques grands thèmes comparables apparaissent au niveau du groupe, mais les variations sont importantes d’une famille à l’autre et d’une personne à l’autre au sein d’une même famille. Dans la recherche scientifique, il importe donc de distinguer ces niveaux. Des conversations (accompagnées) au sein des familles sur le point de vue de chaque membre peuvent les aider à mieux se comprendre et à mieux se soutenir. Deuxièmement, beaucoup de thèmes renvoyaient à une forme d’expérience stressante. Les thèmes précis de ces expériences stressantes concordent avec la recherche antérieure, la présente étude ajoutant le thème du stress propre au milieu scolaire. Troisièmement, les parents du présent échantillon tendaient à sous-estimer les croyances causales de leur enfant : les jeunes citaient des thèmes plus souvent que leur(s) propre(s) parent(s) ne s’y attendaient. C’était surtout le cas des expériences stressantes, de l’intergénérationnel et de l’effet cumulatif. De futures études pourraient examiner si l’intégration des croyances causales dans le traitement de la dépression à l’adolescence améliore les résultats du traitement, et si des interventions (de soutien à la parentalité) peuvent accroître l’accordage des croyances causales réfléchies des parents et le niveau de soutien perçu par l’enfant.

Complexe Systémique : à retenir

Ce que l’étude rend visible, c’est moins le contenu des explications que leur répartition dans la famille. Au niveau du groupe, jeunes, mères et pères racontent à peu près la même histoire : caractère, relations sociales, école, stress. Au sein de chaque famille, les récits se recoupent peu, et les parents sous-estiment surtout ce que l’enfant perçoit de l’accumulation des difficultés, ou sa perplexité de ne pas savoir. Les pères mettent en avant les écrans, que les jeunes ne citent jamais. Pour la clinique systémique, l’intérêt est double. Interroger séparément chaque membre sur ses hypothèses causales, puis sur celles que chaque personne prête aux autres, ouvre un espace de métacommunication où le but n’est pas l’accord mais la compréhension mutuelle. Et la distinction spontanée entre causes et facteurs d’entretien rejoint une lecture circulaire du symptôme plutôt que linéaire. Les limites sont nettes : plan transversal, familles néerlandaises déjà en demande de soins, scores de recouvrement purement descriptifs. À lire avec l’étude norvégienne sur les croyances familiales sur la maladie, et avec la méta-analyse sur l’implication de la famille dans la psychothérapie de la dépression de l’enfant et de l’adolescent.

Notes de l’original

Contributions. Wilma G. M. Wentholt : conceptualisation, enquête, rédaction de la version initiale, méthodologie, analyse formelle, visualisation, administration du projet. Loes H. C. Janssen : conceptualisation, relecture et révision, enquête. Lisanne A. E. M. van Houtum : conceptualisation, enquête, relecture et révision. Mirjam C. M. Wever : conceptualisation, enquête, relecture et révision. Marieke S. Tollenaar : conceptualisation, relecture et révision. Lenneke R. A. Alink : relecture et révision. Bernet M. Elzinga : conceptualisation, relecture et révision, obtention du financement, méthodologie, supervision.

Remerciements. L’équipe remercie chaleureusement toutes les familles participantes, les équipes cliniques partenaires et les personnes étudiantes qui ont prêté leur concours, et tout particulièrement Annelot van Geffen, Willemijn Cobben, Veerle Bastiaansen et Elif Uyanik pour leur aide dans (la coordination du) codage des entretiens. L’étude est soutenue par une bourse de recherche personnelle attribuée à Bernet Elzinga par l’Organisation néerlandaise pour la recherche scientifique (NWO-VICI ; Unravelling the Impact of Emotional Maltreatment on the Developing Brain, 453-15-006).

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts, réel ou potentiel.

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Traduction non officielle en français de Une étude qualitative multiperspective des croyances causales sur la dépression à l’adolescence, par Wilma G. M. Wentholt, Loes H. C. Janssen, Lisanne A. E. M. van Houtum, Mirjam C. M. Wever, Marieke S. Tollenaar, Lenneke R. A. Alink et Bernet M. Elzinga, Psychology and Psychotherapy: Theory, Research and Practice, vol. 97, no 3, p. 477-497 (2024), doi : 10.1111/papt.12528, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « A qualitative, multi‐perspective study on causal beliefs about adolescent depression », publié dans Psychology and Psychotherapy: Theory, Research and Practice (2024) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Wentholt, W. G. M., Janssen, L. H. C., van Houtum, L. A. E. M., Wever, M. C. M., Tollenaar, M. S., Alink, L. R. A., et Elzinga, B. M. (2024). Une étude qualitative multiperspective des croyances causales sur la dépression à l’adolescence (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/une-etude-qualitative-multiperspective-des-croyances-causales-sur-la-depression (Œuvre originale publiée en 2024 dans Psychology and Psychotherapy: Theory, Research and Practice, 97(3), 477-497 (2024) ; republiée en 2024 par Psychology and Psychotherapy: Theory, Research and Practice, https://bpspsychub.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/papt.12528)

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