Cette version a été traduite de l'anglais par Complexe Systémique avec l'aide de l'intelligence artificielle. En cas de doute, la version originale fait foi.
PLOS Global Public Health · Couple
Comment prévenir les violences conjugales chez les jeunes femmes des quartiers informels de Durban ? Plutôt que d’imposer un programme, l’équipe d’Andrew Gibbs l’a co-construit pendant quinze mois avec quatre jeunes femmes du quartier. Contre l’avis des spécialistes, elles ont demandé une intervention courte, à vivre en couple. Le récit, honnête, en montre les apports comme les angles morts.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Zethembe : une intervention de couple co-construite pour de jeunes couples hétérosexuels des quartiers informels d’Afrique du Sud, par Andrew Gibbs, Zama Khoza, Sivuyile Khaula, Smanga Mkhwanazi, Jenevieve Mannell et Laura Washington, publié dans PLOS Global Public Health (Public Library of Science) (2025), doi : 10.1371/journal.pgph.0004332, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est présenté sous forme de liste ; les figures supplémentaires (arbres à problèmes et à solutions, théorie du changement) ne sont pas reproduites ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Le processus a aussi permis aux jeunes femmes de contester les savoirs reçus des universitaires et des équipes de terrain.
Andrew Gibbs, Zama Khoza, Sivuyile Khaula, Smanga Mkhwanazi, Jenevieve Mannell et Laura Washington
Résumé
Les interventions efficaces contre les violences faites aux femmes et aux filles dans les quartiers informels urbains sont rares. Pour combler cette lacune, nous avons mené un processus de co-construction d’une intervention réunissant quatre jeunes femmes (âgées de 18 à 25 ans) vivant dans un quartier informel urbain, des universitaires et des partenaires associatifs. En suivant l’approche 6SQuID (6 Steps in Quality Intervention Development, six étapes pour développer des interventions de qualité), nous avons parcouru ces étapes ensemble à l’aide de méthodes participatives, en aidant les jeunes femmes à penser de manière critique et à interroger leur réalité vécue, à repérer les causes des violences dans leur vie et à déterminer où un changement leur semblait possible. Nous avons co-créé Zethembe Couples Care et l’avons « prétesté » auprès de 17 personnes (certaines venues en couple). Enfin, l’équipe universitaire et l’équipe de terrain ont révisé l’intervention et sa théorie du changement. Le processus de co-construction a apporté une série d’enseignements : construire la confiance et aider les jeunes femmes à réfléchir à leur réalité vécue et à la comprendre a pris beaucoup de temps (12 mois sur 15), ce qui a limité le temps disponible pour élaborer l’intervention. Le processus a aussi permis aux jeunes femmes de contester les savoirs reçus des universitaires et des équipes de terrain, ce qui a conduit à une intervention de couple centrée sur la communication et la résolution de problèmes, là où elles estimaient le changement possible ; mais il se peut qu’elles n’aient pas pu envisager suffisamment la nécessité d’agir sur les déterminants structurels de la violence. L’intervention Zethembe Couples Care doit maintenant faire l’objet d’un pilote à plus grande échelle pour être développée davantage et évaluée formellement.
Les violences faites aux femmes et aux filles (VFFF) sont répandues dans le monde entier [1]. Les quartiers informels urbains, zones où les logements ont été construits illégalement, avec un accès faible ou nul aux services de base, connaissent généralement des taux de VFFF plus élevés que les autres communautés [2,3], en partie du fait de la pauvreté et de la désorganisation sociale. En Afrique du Sud, des données nationalement représentatives estiment la prévalence de la violence entre partenaires intimes (VPI) au cours de l’année écoulée à 15-17 % chez les femmes de 18 à 44 ans [4] ; dans la province du KwaZulu-Natal, où se situe cette étude, la VPI au cours de l’année écoulée était de 10 % [4]. Pourtant, dans une étude menée dans des quartiers informels de Durban, en Afrique du Sud, 65 % des femmes déclaraient avoir subi des VPI au cours des 12 derniers mois [5].
S’il existe des interventions bien évaluées qui préviennent la VPI, notamment en travaillant avec des femmes qui subissent des violences ainsi qu’avec des hommes auteurs [6,7], on dispose encore de peu de données sur ce qui fonctionne pour prévenir la VPI chez les jeunes femmes vivant dans des quartiers informels urbains [6,8]. La recherche actuelle avance diverses raisons au manque d’interventions efficaces auprès des jeunes femmes, interventions qui se sont généralement attachées à agir sur les normes de genre et à renforcer les moyens de subsistance [6]. Certains travaux suggèrent que les jeunes femmes manquent d’« espace » pour produire du changement, compte tenu des contraintes de la pauvreté et du contrôle masculin qu’elles subissent, tandis que d’autres indiquent que les niveaux élevés de mauvaise santé mentale qu’elles connaissent doivent être pris en charge d’abord, avant que des changements plus larges puissent advenir dans leur vie [6,9].
Une autre raison possible du manque d’interventions efficaces contre la VPI pour les jeunes femmes vivant dans des quartiers informels urbains est que ces interventions n’ont pas été co-construites entre jeunes, équipes de terrain et universitaires, d’où des interventions qui ne résonnent pas avec la vie des jeunes femmes [10,11]. Cette critique rejoint celle qui a été adressée aux interventions de prévention du VIH conçues « d’en haut », qui ne résonnaient pas avec la réalité vécue de leurs bénéficiaires, ce qui les a rendues inefficaces [12]. La co-construction des interventions pousse l’argument plus loin en suggérant que les interventions conçues par des spécialistes se concentrent sur les « facteurs de risque » de mauvaise santé [11], au lieu de repérer les domaines où les jeunes femmes peuvent agir, et agissent effectivement, dans leur vie quotidienne, et de s’appuyer sur ces domaines en renforçant les stratégies qu’elles utilisent déjà pour se mettre en sécurité [11]. Il en résulte un décalage entre ce que l’on propose aux personnes participant à l’intervention et les domaines où elles peuvent produire du changement dans leur vie. La co-construction cherche aussi à créer un espace où différentes formes de savoir, « local », associatif et universitaire, sont également valorisées [13], ce qui produit des interventions plus efficaces.
La co-construction ne fait pas l’unanimité. L’inclusion et les rôles des personnes « potentiellement bénéficiaires » varient considérablement [14]. De plus, la « participation » à ces processus peut n’être que partielle, certaines personnes choisissant de garder le silence [14]. Par ailleurs, les processus de co-construction sont souvent difficiles en raison de leur coût élevé et de leur longueur [15,16]. Enfin, une réelle inquiétude demeure : le pouvoir n’est jamais réparti équitablement entre les groupes [17].
Dans cet article, nous décrivons la co-construction d’une intervention contre la VPI, menée avec des jeunes femmes vivant dans des quartiers informels urbains de Durban, en Afrique du Sud, sur 15 mois (de 2020 à 2021). Il s’agissait d’un projet commun entre Project Empower, une organisation non gouvernementale (ONG) expérimentée dans le travail avec les jeunes dans ces milieux, et des universitaires du South African Medical Research Council et de l’University College London. Nous décrivons trois étapes du processus : i) le recrutement des jeunes femmes appelées à participer au processus de co-construction, ii) le processus de co-construction lui-même, et iii) l’intervention finale et la théorie du changement qui en sont issues.
Les quartiers informels urbains continuent de croître en Afrique du Sud : on en estime le nombre à 520 à Durban, soit environ 25 % de l’ensemble des ménages [18]. Ces quartiers mêlent généralement des logements « formels » (c’est-à-dire des maisons planifiées, construites en briques et officiellement raccordées aux services de base) et des cabanes en bois et en tôle. Les quartiers informels bénéficient notamment de peu de raccordements publics à l’eau et à l’électricité, même si le gouvernement sud-africain y fournit désormais souvent des services de base sous la forme de blocs provisoires de toilettes et de douches.
Il est clairement établi que les quartiers informels urbains sont des espaces où le VIH, la mauvaise santé mentale et la violence communautaire sont fréquents [5]. En Afrique du Sud, la prévalence du VIH est la plus élevée parmi les personnes vivant dans les quartiers informels urbains [19]. Des recherches antérieures ont aussi montré que près de la moitié des jeunes (18-30 ans) des quartiers informels de Durban pourraient souffrir de dépression [5].
Les jeunes, toutefois, quittent souvent les communautés rurales pour s’installer dans les quartiers informels, en quête de nouvelles possibilités et pour échapper au contrôle des parents ou des adultes [20]. Cette migration interne est souvent circulaire : les jeunes vont et viennent entre le foyer rural et la ville au gré de leur recherche d’emploi, pour des périodes plus ou moins longues, en rentrant « à la maison » dans l’intervalle. Le chômage des jeunes reste élevé. En 2020 (avant la pandémie de COVID-19), on estimait que, parmi les 15-34 ans, 41 % n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation [21].
Le quartier informel précis où nous avons travaillé, à Durban, comprenait quelques maisons formelles abandonnées, entourées de cabanes, près de la côte et à distance de marche d’industries légères et d’usines qui offraient peu de possibilités d’emploi. Il y avait une vieille aire de jeux en béton, ainsi que des toilettes et des douches publiques partagées, le tout en mauvais état. L’eau provenait de bornes-fontaines situées au centre du quartier. Aucun terrain de sport ni espace de loisirs n’était facilement accessible. La majorité de la population du quartier avait migré depuis des zones rurales du KwaZulu-Natal, et beaucoup vivaient avec des frères et sœurs ou d’autres membres de la famille élargie. Quelques personnes vivaient avec leur partenaire. Beaucoup de jeunes femmes avaient aussi leurs propres enfants.
Le projet était structuré en trois phases : le recrutement de jeunes femmes pour travailler avec l’équipe, la phase de co-construction et une phase finale de consolidation de l’intervention.
Pour trouver les personnes qui allaient co-construire l’intervention, nous avons recruté des jeunes femmes d’un quartier informel urbain qui répondaient aux critères d’inclusion : ne pas travailler ni être scolarisée actuellement, et être âgée de 18 à 25 ans. Une fois sélectionnées, elles seraient embauchées par Project Empower comme jeunes associées de recherche paires (Youth Peer Research Associates, YPRA) et rémunérées pour leur participation pendant la durée du projet. Le processus de recrutement était conçu pour repérer des personnes qui s’engageraient dans le travail et en reconnaîtraient l’importance au-delà de leur intérêt personnel. Il comprenait des ateliers et des échanges informels, souvent par WhatsApp, sur plusieurs semaines. Pendant le recrutement, il y avait peu de relances lorsque des participantes abandonnaient, ce qui était interprété comme le signe qu’elles ne pouvaient pas, ou ne voulaient pas, s’impliquer. Le recrutement des jeunes femmes a commencé le 7 septembre 2020 et s’est achevé le 2 octobre 2020.
La démarche de co-construction a été guidée par le processus 6SQuID [22] d’élaboration d’interventions complexes (tableau 1). Dans ce projet, le travail s’est arrêté à l’étape 5 en raison de contraintes de financement et de temps. Pendant 15 mois, nous, YPRA, Project Empower et universitaires, avons cherché à mener à bien la démarche 6SQuID à l’aide de multiples méthodologies (tableau 1). Ces méthodologies étaient itératives et ont évolué au fil du projet, en fonction des étapes précédentes et de la manière dont les YPRA réagissaient aux activités.
Tableau 1 — Méthodologies utilisées pour mener à bien les étapes 6SQuID dans le projet Zethembe
Une fois le processus de co-construction achevé, l’équipe de terrain et l’équipe universitaire ont rédigé une théorie du changement (TdC) finale pour décrire pleinement l’intervention. Cette TdC s’appuyait sur un cadre d’évaluation réaliste [24] décrivant les mécanismes d’impact : elle reliait explicitement le contexte de l’intervention, les mécanismes du changement et les résultats, afin de décrire pleinement la façon dont nous envisageons l’effet de l’intervention sur la vie des jeunes. Cela permet de reconnaître la manière dont les interventions peuvent façonner le changement dans la vie des personnes, et ce cadre a déjà servi à décrire des interventions de prévention de la violence [25].
Tout au long des trois étapes, l’équipe (Project Empower et universitaires) a tenu des réunions téléphoniques hebdomadaires pour discuter du projet, ainsi que des réunions en présentiel. Deux personnes de Project Empower chargées de l’animation ont travaillé en étroite collaboration avec les YPRA. Le premier animateur était un homme noir, de quelques années plus âgé que les YPRA, qui avait une grande expérience de l’animation et du travail dans les quartiers informels. La seconde animatrice était une femme noire, à peine plus âgée que les YPRA. Elle avait déjà animé des activités de groupe, mais pas directement avec des jeunes femmes de quartiers informels. Pendant les réunions et les processus de co-construction, nous prenions des notes, discutions des activités et des enseignements, et réfléchissions aux matériaux produits (par exemple, tableaux de papier, cartes), afin de permettre une réflexion sur l’ensemble du projet.
L’étude a reçu l’approbation du comité d’éthique du South African Medical Research Council (EC023-7/2020) ainsi que de celui de l’UCL (9663/004). Toutes les personnes participantes avaient plus de 18 ans et ont donné leur consentement éclairé écrit avant de participer. Elles pouvaient consulter une personne psychologue qualifiée.
Le recrutement des YPRA a commencé par un atelier de deux jours en septembre 2020, auquel des femmes ont été invitées par l’intermédiaire des contacts communautaires antérieurs de Project Empower ; il s’est déroulé du 7 septembre au 2 octobre 2020. Au total, 35 personnes sont venues au premier atelier ; certaines étaient cependant encore scolarisées (l’enseignement se faisait toujours par rotation en raison des règles liées à la COVID-19) et ont été priées de ne pas revenir le lendemain. Pendant l’atelier, nous avons encouragé les femmes à parler de questions générales concernant leur vie dans le quartier.
Après l’atelier de deux jours, nous avons créé un groupe WhatsApp pendant deux semaines. WhatsApp a été choisi parce qu’il consomme peu de données, qu’il est sécurisé et très utilisé par les jeunes. Dans la discussion de groupe, Project Empower a posé des questions sur les grandes difficultés que rencontraient les jeunes femmes dans le quartier. À ce stade, aucun forfait de données mobiles n’était fourni. Le groupe WhatsApp servait à évaluer l’intérêt durable des personnes pour la question générale, ainsi que leur capacité à communiquer par WhatsApp, puisque le projet utiliserait beaucoup ce moyen de communication. Nous savions que cela pouvait exclure les personnes sans téléphone portable, ou celles pour qui le téléphone était une source de conflit et de contrôle [26] ; mais, comme il nous faudrait probablement communiquer par moments via WhatsApp en raison de la COVID-19, nous avions besoin que les personnes soient joignables. À l’issue de ce processus, six femmes restaient régulièrement en contact. Elles ont été invitées à une « journée à la plage », une expérience plus informelle, pour construire la relation entre les jeunes femmes et la personne chargée de l’animation.
L’équipe de terrain et l’équipe universitaire ont finalement sélectionné quatre femmes, nommées YPRA. Elles avaient entre 20 et 24 ans. L’une n’avait pas terminé sa scolarité, deux avaient achevé l’enseignement secondaire (matric) et la troisième avait suivi brièvement des études supérieures. Elles ont été choisies pour assurer une diversité de parcours : deux avaient migré vers le quartier informel de Durban où nous travaillions, après être nées dans le KwaZulu-Natal rural et dans l’Eastern Cape rural. Les deux autres étaient nées à Durban, mais pas précisément dans ce quartier informel. Elles avaient aussi des personnalités différentes : deux étaient plus extraverties et assurées, les deux autres plus réservées. Les YPRA n’ont pas été choisies spécifiquement pour avoir subi des violences dans leurs relations intimes, même si c’était le cas de certaines.
Les YPRA ont ensuite suivi un programme d’intégration de deux semaines. La première semaine visait à fournir les informations de base sur le projet, un aperçu de la méthodologie et une présentation de la place de ce travail dans le champ plus large des VFFF. La seconde semaine visait à construire la confiance et la cohésion du groupe, et à aider les femmes à réfléchir davantage aux questions du VIH, des VFFF et des difficultés que rencontrent les jeunes femmes. Elle s’inspirait des idées de Freire et de Boal [27,28], ainsi que d’interventions manualisées comme Stepping Stones [29].
Pendant douze mois, nous (YPRA, Project Empower, universitaires) avons travaillé à co-construire une compréhension du problème (la VPI) et de ses déterminants sous-jacents, en élaborant une TdC. Project Empower a aidé les YPRA à penser de manière critique, à interroger leur réalité vécue et les difficultés qu’elles rencontraient ; cela a aussi produit de « nouvelles » données qui ont permis à l’équipe universitaire et à l’équipe de terrain de mieux comprendre la vie des jeunes femmes.
La première activité des YPRA a été un processus de création d’artefacts pendant la période de Noël (décembre 2020 à janvier 2021), selon une approche modifiée de photo-élicitation. Il était demandé aux YPRA d’envoyer à une personne de l’équipe d’animation de Project Empower des photos, des messages ou des notes vocales lorsqu’il se passait quelque chose d’intéressant ; c’était à elles de définir ce qu’était « quelque chose d’intéressant ». Après les vacances, Project Empower a mené des entretiens avec les YPRA sur leurs 10 photographies, messages ou notes vocales préférés. Ces entretiens ont permis aux YPRA de réfléchir et ont apporté un surcroît de sens à l’équipe de terrain et à l’équipe universitaire.
Les YPRA ont ensuite réalisé une activité modifiée de complétion d’histoire [30], fusionnée avec l’exercice de la « rivière de la vie » de Stepping Stones [29]. Dans notre processus, les YPRA devaient raconter la vie d’une jeune personne fictive qui leur ressemblait, à travers la métaphore d’une rivière. Nous (universitaires et équipe de terrain) pensions que cela permettrait plus facilement aux YPRA d’externaliser les problèmes et de parler d’expériences difficiles, puisque le groupe était encore en train de construire la confiance. Créer des personnages fictifs s’est toutefois révélé difficile. Les YPRA avaient du mal à concevoir d’autres vies et revenaient rapidement à une réflexion sur leur propre vie. Elles hésitaient aussi à partager une trop grande partie de leur propre rivière de la vie, en raison des informations sensibles qu’elle contenait, et cette activité de groupe est vite devenue une activité individuelle, chaque YPRA travaillant et partageant avec une personne de l’équipe d’animation de Project Empower.
Les YPRA ont aussi mené d’autres activités pour réfléchir à leur vie et fournir des données à l’équipe universitaire. Elles ont notamment établi la chronologie de leurs activités hebdomadaires et cartographié les relations importantes (intimes et non intimes) de leur vie. À chaque activité, il était possible de discuter en groupe de ce qui en ressortait ; Project Empower aidait les YPRA à réfléchir à leur vie, et l’équipe d’animation encourageait la discussion sur la dimension genrée de la vie des femmes.
Comme le projet portait centralement sur la VPI, nous (universitaires et équipe de terrain) estimions nécessaire que les YPRA réfléchissent directement aux conflits dans les relations intimes. Il leur a été demandé de créer quatre scénarios, deux montrant des relations conflictuelles et deux montrant de bonnes relations. Les YPRA ont décidé elles-mêmes de ce qu’était une relation conflictuelle ou une bonne relation. Ces scénarios ont ensuite été joués et filmés, puis revus et discutés, selon une méthodologie de « théâtre de l’opprimé » [27], la personne chargée de l’animation insistant sur la nécessité de prendre en compte le rôle du « genre ». Cela a permis une discussion ciblée sur les stratégies qu’utilisent les jeunes femmes pour faire face aux conflits. Les YPRA ont cependant eu du mal à imaginer de « bonnes » relations entre pairs : elles ont plutôt mis en scène des couples mariés plus âgés et idéalisés, qui ne vivaient pas dans leur quartier, comme seule référence de « bonnes » relations.
Pendant ces processus de réflexion et de recueil de données, les YPRA ont été aidées à construire une TdC pour représenter les liens entre les problèmes qu’elles avaient repérés et la VPI. Pour en donner une représentation visuelle, on a utilisé l’approche de l’« arbre à problèmes » [31,32]. Dans l’analyse par arbre à problèmes, le tronc est le problème (la VPI), les racines sont les causes sous-jacentes, et les feuilles et les branches les conséquences. L’arbre à problèmes des YPRA (voir la figure S1, en annexe en ligne) a été élaboré sur plusieurs séances. Le premier arbre à problèmes était (selon nous, universitaires et équipe de terrain) trop large et trop peu précis (par exemple, il désignait le « téléphone portable » comme un problème, sans expliquer plus clairement pourquoi le « téléphone portable » pouvait être lié à la VPI). Il a donc été refait, à la demande de l’équipe de terrain et de l’équipe universitaire, en mettant l’accent sur les liens entre les facteurs sous-jacents et la VPI.
Enfin, les données produites par les YPRA ont été analysées « formellement » par les membres universitaires de l’équipe de recherche, qui ont utilisé l’analyse thématique [23] pour synthétiser rapidement les données des YPRA portant sur le « risque » et les « stratégies de sécurité », puis ont créé une série de cartes mentales qui en rendaient compte. Le résultat a été présenté aux YPRA pour qu’elles le passent en revue. Les YPRA étaient en général d’accord avec l’analyse (mais pas toujours) et ont ensuite apporté quelques modifications mineures à leur TdC. Lors de leurs retours à la personne chargée de l’animation chez Project Empower, les YPRA ont dit que ce processus leur avait permis de voir comment les activités qu’elles avaient faites s’inscrivaient dans le projet global, ce qui leur donnait un sentiment de progression et de lien.
Pour repérer les facteurs de risque modifiables, nous avons organisé une série d’ateliers. D’abord, à partir de l’arbre à problèmes des YPRA (figure S1), nous l’avons retourné en « arbre à solutions » (figure S2) et avons discuté avec les YPRA de ce qui pouvait être fait pour agir sur les causes profondes figurant dans l’arbre à problèmes. Les YPRA ont envisagé un large éventail de solutions possibles, depuis des solutions sur lesquelles elles n’avaient aucune prise (par exemple, un meilleur accès à des terrains de sport et à des parcs, qui aurait exigé une intervention des pouvoirs publics) jusqu’à celles que des femmes comme elles pouvaient, selon elles, mettre en œuvre dans leur propre vie (par exemple, des conversations). La discussion entre les YPRA et Project Empower a conduit à se concentrer sur trois domaines précis : les compétences de résolution des conflits, la communication et les compétences parentales. Les YPRA estimaient que ces domaines étaient importants pour elles et qu’elles pouvaient agir sur eux.
Les étapes 3 et 4 du processus 6SQuID ont fusionné. Le mécanisme du changement désigne les ingrédients actifs de l’intervention, c’est-à-dire, pour l’essentiel, la théorie du changement de comportement, tandis que le mode de mise en œuvre désigne la manière dont ces ingrédients actifs seront délivrés (par exemple, en groupe, en individuel). Il a été difficile de distinguer ces étapes en travaillant avec les YPRA, car le mode de mise en œuvre influait aussi sur le mécanisme du changement.
Au fil des discussions avec les YPRA, il est apparu clairement qu’à leurs yeux les facteurs de risque modifiables repérés, compétences de résolution des conflits, communication et compétences parentales, étaient tous des problèmes qu’il valait mieux traiter avec leur partenaire masculin. Lorsque nous avions auparavant conçu des interventions pour des jeunes de quartiers informels urbains, nous, universitaires et équipe de terrain, avions évité les interventions de couple pour ce public, compte tenu des recherches qui soulignent le caractère fluide, multiple et complexe des relations intimes des jeunes dans ces milieux [33,34]. De plus, de nombreuses interventions de prévention de la VPI centrées sur le couple exigeaient que les couples soient mariés ou vivent ensemble depuis au moins six mois [par ex., 35], ce qui était rare chez les jeunes vivant dans des quartiers informels urbains. Après discussion et réflexion, et après avoir écouté la logique que les YPRA avançaient pour justifier ce choix, nous avons accepté que l’intervention porte sur les couples.
Les YPRA estimaient aussi qu’une intervention devait être courte, idéalement 5 séances de 2 à 3 heures chacune, pour garantir la présence. Là encore, cela contrastait fortement avec nos travaux antérieurs, où les interventions étaient longues : par exemple, l’intervention Stepping Stones and Creating Futures représentait 63 heures de contact (11 séances de 3 heures), ce qui avait posé des problèmes d’assiduité [36]. Là encore, nous (universitaires et équipe de terrain) y avons réfléchi et avons convenu que le but était de créer une intervention qui soutienne les jeunes plutôt que d’imposer nos solutions.
Sur la base des facteurs de risque modifiables repérés et du besoin d’une intervention courte centrée sur le couple, l’équipe universitaire et de terrain a mené une revue rapide des interventions efficaces pour réduire la violence en travaillant avec les couples, ou centrées sur les compétences de communication, la résolution de problèmes, ou la place des enfants dans la relation de couple. Pour ce faire, nous avons recherché des articles et des revues publiés, consulté des spécialistes et cherché les manuels disponibles sur ces sujets, et nous avons retenu cinq séances possibles tirées d’interventions efficaces. Parmi ces cinq séances figurait une séance de Stepping Stones [29] sur les attentes genrées dans les relations. Stepping Stones a montré un large éventail d’effets positifs sur la transformation des normes de genre et des relations [37]. Une autre séance venait d’Indashikyiwra et portait sur les relations saines et la compréhension des émotions [35]. Indashikyiwra a été évaluée au Rwanda auprès de couples hétérosexuels cohabitants et a montré des réductions significatives de la VPI [35]. Une troisième s’inspirait de Bandebereho, une intervention visant à favoriser l’engagement des hommes auprès des enfants [38], qui s’est montrée efficace pour réduire la VPI, et la quatrième utilisait des méthodologies de résolution de problèmes [39], dont l’efficacité contre l’humeur dépressive a été démontrée [40].
L’intervention a été testée et modifiée de deux manières : d’abord avec les YPRA, ensuite avec d’autres jeunes.
Le test en salle des séances a permis d’obtenir rapidement les retours des YPRA. Comme les YPRA étaient toutes des femmes, nous avons fait venir quelques jeunes hommes du même quartier, qui n’étaient pas leurs partenaires mais avaient un âge proche du leur (22 à 30 ans). Après chaque séance, nous discutions de ce qui leur avait plu ou non, et pourquoi. À la fin de l’ensemble des séances, le groupe a été scindé en deux (hommes/femmes) pour une discussion finale sur les séances.
Le test en salle a mis au jour certaines difficultés. La séance sur l’éducation des enfants a été difficile à animer. Les YPRA ont expliqué qu’elles voyaient souvent peu leurs enfants, qui étaient gardés par d’autres personnes, souvent des grands-parents dans des communautés rurales ; il a été convenu de supprimer cette séance. Pendant la séance consacrée aux compétences de gestion des problèmes, les YPRA parlaient de manière générale des difficultés qu’elles repéraient, plutôt que de difficultés précises. Au fil des séances, les personnes ont parlé plus concrètement de leurs problèmes, et l’activité de résolution de problèmes a été transformée en exercice « à faire à la maison ». Enfin, à partir des retours des YPRA, nous avons introduit un « bocal de soin du couple », car elles souhaitaient poursuivre les exercices en dehors de l’espace de l’intervention. Ce bocal proposait des sujets simples dont les couples pouvaient parler, des gestes de reconnaissance envers leur partenaire, des activités à faire ensemble, et encourageait à parler ouvertement de sexualité ; tous étaient peu coûteux ou gratuits.
Le mode de mise en œuvre a aussi été finalisé lors du test en salle. Il a été convenu avec les YPRA que les séances seraient animées par un binôme (un homme et une femme). Il y aurait au maximum cinq séances de 2 h 30 chacune, idéalement réparties sur trois semaines. Les séances auraient lieu dans le quartier, avec des jeunes (de 18 à 25 ans).
Pour obtenir d’autres retours et modifier l’intervention, nous avons mené un petit « prétest » de l’intervention auprès de jeunes. Il a été demandé aux YPRA de recruter dans leur quartier des couples hétérosexuels dont la femme avait entre 18 et 25 ans, n’était pas scolarisée et n’avait pas d’emploi formel. L’intervention s’est tenue dans un petit shebeen (débit de boissons informel) qui vendait de l’alcool le soir, mais était « fermé » en fin de matinée et l’après-midi, au moment où se déroulait l’intervention. Au lieu d’être répartie sur trois semaines, l’intervention a été menée sur une semaine de chaleur de janvier 2021, par crainte d’un pic de COVID-19 et de l’imposition de nouvelles règles de confinement. Les personnes participantes recevaient 200 rands (environ 8,70 £) par séance suivie.
Au total, 17 personnes sont venues le premier jour (9 femmes et 8 hommes), la plupart âgées de 18 à 25 ans (et toutes majeures). Quatre étaient de « vrais » couples (soit 8 personnes), et l’un de ces « vrais » couples avait un bébé de quelques mois seulement. Les autres semblaient faire semblant d’être en couple, ce que l’équipe d’animation a repéré au fait que ces « couples » ne connaissaient pas vraiment les détails de la vie l’un de l’autre, n’avaient pas de complicité naturelle, etc. Le deuxième jour, un autre « vrai » couple a commencé à venir. Au cours de la semaine, la fréquentation a progressivement diminué et, le dernier jour, 10 personnes restaient (3 couples, plus quatre autres personnes). Certains jeunes hommes ont été appelés au dernier moment pour du travail à la tâche (travail occasionnel et informel), et certaines jeunes femmes avaient d’autres engagements.
Le prétest a apporté plusieurs enseignements clés qui ont conduit à modifier la TdC et l’intervention. Premièrement, les jeunes couples appréciaient l’espace que créait l’intervention, car ils avaient rarement l’occasion de parler de leur relation ou de clarifier leurs attentes. Deuxièmement, les personnes participantes appréciaient le « triangle cognitivo-comportemental » (pensées, émotions, actions), présenté dans l’une des séances, comme un outil qui les aidait à clarifier leurs émotions et leurs comportements et qui leur donnait l’occasion de discuter des problèmes et des difficultés rencontrés dans leur vie. Elles avaient cependant du mal à parler des émotions, en particulier des émotions positives ; l’équipe d’animation y a consacré beaucoup de temps et, dans la révision, davantage de temps a été réservé aux émotions positives. Troisièmement, il existait une forte attente de monogamie dans les relations, alors que celle-ci était rarement effective. Ce décalage entre les normes de monogamie et la réalité des partenariats multiples se traduisait, pendant les activités de l’intervention, par des silences et des non-dits, et il nous fallait aborder cette question plus directement. Enfin, l’activité de résolution de problèmes « à faire à la maison » n’a pas été réalisée et devait être réintroduite sous forme de séance à part entière.
À partir des retours du prétest, l’équipe universitaire et de terrain a révisé l’intervention et sa TdC. Cette formalisation permet de mener ultérieurement un pilote de l’intervention (étape 6 de 6SQuID). La TdC révisée de Zethembe Couples Care (figure S3) met l’accent sur la façon dont les réalités structurelles pèsent sur les relations sociales et intimes des jeunes, au point que les relations intimes deviennent des lieux de conflit. Le conflit était façonné par le manque de confiance et de communication, par une capacité limitée à résoudre les problèmes ensemble, ainsi que par la domination masculine dans la prise de décision. En réponse, l’intervention cherchait à agir sur trois domaines :
Nous avons décrit le processus de co-construction d’une intervention avec des jeunes femmes vivant dans des quartiers informels urbains. Dans ce projet, des jeunes femmes ont travaillé en étroite collaboration avec l’équipe de terrain et l’équipe universitaire pour co-construire une intervention qui associe la compréhension qu’avaient les YPRA des lieux et des manières où un changement leur semblait possible, et les connaissances scientifiques et pratiques de l’équipe de terrain et de l’équipe universitaire sur ce qui peut rendre efficaces les interventions de prévention de la VPI. Ce travail a abouti à l’intervention Zethembe Couples Care. Dans cette discussion, nous réfléchissons aux bénéfices et aux difficultés de la co-construction en tant que processus.
Le processus de co-construction a permis aux YPRA de contester les savoirs de l’équipe de terrain et de l’équipe universitaire, le plus nettement en demandant que l’intervention cible les couples. La co-construction des savoirs et la contestation des savoirs universitaires sont au cœur de la co-construction [13,41] et réorientent les rapports de pouvoir [41]. Dans ce processus, l’équipe universitaire et de terrain a réfléchi et modifié sa position à partir des discussions et des retours des YPRA, en intégrant leurs points de vue et leurs façons de comprendre.
Malgré cette fusion des savoirs et la co-création d’une intervention de couple, plusieurs difficultés sont apparues pendant le prétest. Peu de « vrais » couples sont venus. De plus, la complexité des relations intimes des jeunes, avec des partenaires multiples qui se chevauchent, rendait souvent les discussions tendues pendant les séances. Certaines de ces difficultés faisaient partie du processus de « modification » et d’ajustement, et sont attendues dans tout processus d’élaboration d’une intervention. Mais il se peut aussi que nous ayons accordé trop de poids à l’« expérience vécue », sans intégrer suffisamment les savoirs de l’équipe de terrain et de l’équipe universitaire.
L’intervention co-construite agissait sur des facteurs que les YPRA jugeaient importants et susceptibles de changer, en particulier les compétences de communication et de relation centrées sur la dyade du couple. Cela suggère que la co-construction peut mettre en lumière des espaces d’agentivité à la disposition des personnes, que l’on ne voit pas souvent dans les processus de recherche habituels [11]. À l’inverse, les interventions antérieures destinées aux jeunes femmes des quartiers informels s’attachaient davantage à agir sur la privation structurelle de pouvoir des femmes, en particulier la pauvreté, mais elles n’ont pas réussi à réduire les VPI subies par les femmes elles-mêmes [6,8,11]. Ces différences d’accent pourraient être liées à la « rationalité limitée » [42] : les YPRA ont fait des choix et des évaluations concernant l’intervention à partir des informations dont elles disposaient, et se sont donc concentrées sur de petites victoires dans des espaces où elles avaient une certaine maîtrise. Pourtant, en privilégiant cette analyse et cette approche de l’intervention, nous avons peut-être minimisé l’importance d’agir sur les déterminants structurels, et oublié combien de multiples perspectives peuvent servir à comprendre le problème [41] et les solutions possibles.
Tout au long du processus de co-construction, il a fallu beaucoup de temps pour construire la confiance entre les YPRA et entre les YPRA et l’équipe d’animation ; or la confiance est déterminante pour un processus de co-construction efficace [43]. Cela tient peut-être aux confinements successifs liés à la COVID-19 pendant le projet, à la nature du sujet, qui a donné lieu à des discussions jugées très sensibles, et/ou au manque de confiance des YPRA elles-mêmes, compte tenu de leurs expériences passées. La longueur de la co-construction a posé problème, car elle a réduit le temps disponible pour élaborer l’intervention.
Une dernière difficulté tient au fait que, bien qu’il s’agisse d’un processus de co-construction, c’est nous, l’équipe universitaire et de terrain, qui avons établi et piloté l’ensemble du processus. Nous avons fixé les activités et les calendriers et pris les décisions finales sur l’intervention Zethembe Couples Care, y compris la TdC. La difficulté de partager le pouvoir de manière égale dans les processus de co-construction est clairement reconnue [17] ; elle tient en partie aux calendriers des projets et des financements [16], mais elle reflète aussi une difficulté persistante de la co-construction.
Cette étude présente une série de limites et de forces. Nous n’avons pas mené d’évaluation formelle du processus de co-construction, qui aurait comporté des entretiens avec toutes les personnes impliquées (YPRA, universitaires et équipe de terrain) pour comprendre leur expérience de ce processus. De plus, nous avons travaillé avec un petit nombre de YPRA, ce qui réduit la généralisabilité de leurs points de vue et a pu limiter notre compréhension de la vie des jeunes femmes. Cependant, comme nous avons travaillé avec un petit nombre de YPRA dans la durée, cela a permis aux YPRA une réflexion bien plus approfondie ; de plus, nous, universitaires et équipe de terrain, avons pu nous appuyer sur nos recherches antérieures pour apporter un contexte et une compréhension plus larges. Malgré ces limites, l’étude a des forces : nous avons travaillé étroitement et en détail avec les YPRA pendant toute la durée du projet, en répondant à leurs préoccupations et à leur compréhension du sujet, et nous avons cherché à souligner, dans cette analyse, à la fois les aspects positifs et négatifs de cette approche.
Le processus de co-création de Zethembe Couples Care entre jeunes femmes, équipe de terrain et universitaires a atteint certains idéaux de la co-construction, notamment la contestation des savoirs universitaires par des jeunes et une intervention cherchant à s’appuyer sur les espaces où les jeunes femmes se sentaient capables d’agir ; mais il a aussi mis en évidence les difficultés propres à de tels processus. Parmi ces difficultés figuraient la définition persistante du programme par l’équipe universitaire et de terrain, et la possible surévaluation des savoirs « locaux » au détriment d’une fusion des savoirs scientifiques et locaux. Les travaux futurs doivent mener à bien la sixième étape de 6SQuID, afin de vérifier que Zethembe Couples Care est faisable, acceptable pour les personnes participantes et que les données d’efficacité sont suffisantes, avant de procéder à une évaluation formelle de l’intervention pour voir si elle peut réduire les VPI subies par les femmes.
Complexe Systémique : à retenir
Ce texte intéresse moins par son résultat, une intervention de couple en cinq séances qui reste à tester, que par la manière dont il raconte sa fabrication. Les jeunes femmes ont déplacé la cible : là où les spécialistes visaient la pauvreté et les normes de genre, elles ont choisi la communication, la résolution des problèmes et le couple, c’est-à-dire l’endroit où elles se sentaient capables d’agir. On reconnaît une intuition systémique : partir de la marge de manœuvre réelle plutôt que des facteurs de risque. Mais l’équipe a l’honnêteté d’en voir le revers : la « rationalité limitée » peut faire perdre de vue les déterminants structurels, et les partenariats multiples, peu dits, rendent la notion même de « couple » instable. On retiendra aussi la confiance qui prend douze mois sur quinze, et le pouvoir qui reste du côté de l’équipe qui fixe le calendrier. Pas de données d’efficacité ici, ni d’évaluation du processus. À lire avec l’article sur le test en salle dans l’adaptation culturelle participative, et avec l’article sur la co-construction de Padres Ayudando a Padres.
Notes de l’original
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.
Remerciements. L’équipe remercie les jeunes associées de recherche paires qui ont travaillé avec elle tout au long du projet et lui ont apporté leurs précieux éclairages.
Financement. Ce travail a été soutenu par la Sexual Violence Research Initiative (SVRI, à AG, JM et LW). Un soutien supplémentaire a été reçu du South African Medical Research Council (à AG), d’une bourse UKRI Future Leaders Fellowship (MR/S033629/1 à JM) et du UKRI Global Challenges Research Fund (MR/T029803/1 à AG, LW et SM). Les financeurs n’ont joué aucun rôle dans la conception de l’étude, la collecte et l’analyse des données, la décision de publier ou la préparation du manuscrit.
Références
Devries KM, Mak JYT, García-Moreno C, Petzold M, Child JC, Falder G, et al. Global health. The global prevalence of intimate partner violence against women. Science. 2013;340(6140):1527–8. https://doi.org/10.1126/science.1240937
Tomita A, Cuadros DF, Gibbs A. Syndemics of intimate partner violence among women in HIV endemic South Africa: geospatial analysis of nationally representative data. Sci Rep. 2022;12(1):18083. https://doi.org/10.1038/s41598-022-20230-7
Daruwalla N, Kanougiya S, Gupta A, Gram L, Osrin D. Prevalence of domestic violence against women in informal settlements in Mumbai, India: a cross-sectional survey. BMJ Open. 2020;10(12):e042444. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2020-042444
DHS. South Africa demographic and health survey 2016; 2018.
Gibbs A, Jewkes R, Willan S, Washington L. Associations between poverty, mental health and substance use, gender power, and intimate partner violence amongst young (18–30) women and men in urban informal settlements in South Africa: A cross-sectional study and structural equation model. PLoS One. 2018;13(10):e0204956. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0204956
Kerr-Wilson A, Gibbs A, McAslan Fraser E, Ramsoomar L, Parke A, Khuwaja H, et al. What works to prevent violence against women and girls? A rigorous global evidence review of interventions to prevent violence against women and girls. Pretoria, South Africa: What Works to Prevent Violence Against Women and Girls; 2020.
Keith T, Hyslop F, Richmond R. A systematic review of interventions to reduce gender-based violence among women and girls in sub-Saharan Africa. Trauma, Violence, & Abuse. 2022;23(1):1–20. https://doi.org/10.1177/15248380211068136
Gibbs A, Willan S, Misselhorn A, Mangoma J. Combined structural interventions for gender equality and livelihood security: a critical review of the evidence from southern and eastern Africa and the implications for young people. Journal of the International AIDS Society. 2012;15(Supp. 1):17362.
Gibbs A, Washington L, Abdelatif N, Chirwa E, Willan S, Shai N, et al. Stepping stones and creating futures intervention to prevent intimate partner violence among young people: cluster randomized controlled trial. J Adolesc Health. 2020;66(3):323–35. https://doi.org/10.1016/j.jadohealth.2019.10.004
Meinck F, Pantelic M, Little M, Nittas V, Bustaman A, Picker V, et al. Interventions to prevent and reduce gender-based violence among young people living with, or most affected by, HIV in low-and middle income countries. International AIDS Conference; Amsterdam; 2018.
Mannell J, Willan S, Shahmanesh M, Seeley J, Sherr L, Gibbs A. Why interventions to prevent intimate partner violence and HIV have failed young women in southern Africa. J Int AIDS Soc. 2019;22(8):e25380. https://doi.org/10.1002/jia2.25380
Campbell C. Letting them die: why HIV interventions fail. Oxford: James Currey; 2003.
Bhakuni H, Abimbola S. Epistemic injustice in academic global health. Lancet Glob Health. 2021;9(10):e1465–70. https://doi.org/10.1016/S2214-109X(21)00301-6
Brear M. Silence and voice in participatory processes – causes, meanings and implications for empowerment. Community Dev J. 2018;55(2):349–68. https://doi.org/10.1093/cdj/bsy041
Green G, Boaz A, Stuttaford M. Public participation in health care: exploring the Co-production of knowledge. Front Sociol. 2019;4:73.
Brear MR, Hammarberg K, Fisher J. Community participation in health research: an ethnography from rural Swaziland. Health Promot Int. 2020;35(1):e59–69. https://doi.org/10.1093/heapro/day121
Stevanovic M, Weiste E, Uusitalo L-L. Challenges of client participation in the co-development of social and health care services: imbalances of control over action and the management of the interactional agenda. SSM - Qual Res Health. 2022;2:100136. https://doi.org/10.1016/j.ssmqr.2022.100136
HDA. Informal Settlements – KwaZulu-Natal. Durban: HDA; 2011.
Gibbs A, Reddy T, Dunkle K, Jewkes R. HIV-Prevalence in South Africa by settlement type: a repeat population-based cross-sectional analysis of men and women. PLoS One. 2020;15(3):e0230105. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0230105
Gibbs A, Campbell C, Nair Y, Maimane S. What do Youth Want? The mismatch between youth aspirations and participatory HIV/AIDS programmes. African Journal of AIDS Research. 2010.
SA S. Quarterly labour force survey: quarter 1 2020. Pretoria; 2020.
Wight D, Wimbush E, Jepson R, Doi L. Six steps in quality intervention development (6SQuID). J Epidemiol Community Health. 2016;70(5):520–5. https://doi.org/10.1136/jech-2015-205952
Braun V, Clarke V. Using thematic analysis in psychology. Qual Res Psychol. 2006;3:77–101.
Pawson R, Tilley N. Realistic evaluation. London: Sage Publishers; 1997.
Lowe H, Dobbin J, Kiss L, Mak J, Mannell J, Watson D, et al. Mechanisms for the prevention of adolescent intimate partner violence: a realist review of interventions in low- and middle-income countries. PLOS Glob Public Health. 2022;2(11):e0001230. https://doi.org/10.1371/journal.pgph.0001230
Gibbs A, Willan S, Jewkes R. Cellphones and romantic relationships of young women in urban informal settlements in South Africa. Cult Health Sex. 2022;24(10):1380–94. https://doi.org/10.1080/13691058.2021.1953609
Boal A. Theater of the oppressed. Pluto Press; 2000.
Freire P. Pedagogy of the oppressed. New York: Continuum; 1973.
Welbourn A. Stepping Stones: A training package in HIV/AIDS, communication and relationship skills. London: Strategies for Hope, 1995.
Clarke V, Braun V, Frith H, Moller N. Editorial introduction to the special issue: using story completion methods in qualitative research. Taylor & Francis; 2019.
Gibbs A, Gumede D, Adeagbo O, Sikweyiya Y, Chirwa E, Mkhwanazi S, et al. Adaptation and pre-test of a shortened stepping stones and creating futures intervention focused on HIV for young men in rural South Africa. PLOS Glob Public Health. 2023;3(2):e0001632. https://doi.org/10.1371/journal.pgph.0001632
Mannell J, Tevaga P, Heinrich S, Fruean S, Chang SL, Lowe H, et al. Love Shouldn’t Hurt - E le Sauā le Alofa: co-designing a theory of change for preventing violence against women in Samoa. Glob Public Health. 2023;18(1):2201632. https://doi.org/10.1080/17441692.2023.2201632
Dunkle KL, Jewkes R, Nduna M, Jama N, Levin J, Sikweyiya Y, et al. Transactional sex with casual and main partners among young South African men in the rural Eastern Cape: prevalence, predictors, and associations with gender-based violence. Soc Sci Med. 2007;65(6):1235–48. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2007.04.029
Willan S, Ntini N, Gibbs A, Jewkes R. Exploring young women’s constructions of love and strategies to navigate violent relationships in South African informal settlements. Culture Health Sexuality. 2019.;21(1):1–15.
Dunkle K, Stern E, Chatterji S, Heise L. Effective prevention of intimate partner violence through couples training: a randomised controlled trial of Indashyikirwa in Rwanda. BMJ Glob Health. 2020;5(12):e002439. https://doi.org/10.1136/bmjgh-2020-002439
Gibbs A, Dunkle K, Washington L, Sikweyiya Y, Willan S, Shai N, et al. Factors associated with young people’s attendance at an IPV prevention intervention in informal settlements in South Africa: a prospective analysis. Global Public Health. 2019:1–12.
Skevington SM, Sovetkina EC, Gillison FB. A systematic review to quantitatively evaluate “Stepping Stones”: a participatory community-based HIV/AIDS prevention intervention. AIDS Behav. 2013;17(3):1025–39. https://doi.org/10.1007/s10461-012-0327-6
Doyle K, Levtov RG, Barker G, Bastian GG, Bingenheimer JB, Kazimbaya S, et al. Gender-transformative Bandebereho couples’ intervention to promote male engagement in reproductive and maternal health and violence prevention in Rwanda: findings from a randomized controlled trial. PLoS One. 2018;13(4):e0192756. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0192756
van’t Hof E, Stein DJ, Marks I, Tomlinson M, Cuijpers P. The effectiveness of problem solving therapy in deprived South African communities: results from a pilot study. BMC Psychiatry. 2011;11:156. https://doi.org/10.1186/1471-244X-11-156
Malouff JM, Thorsteinsson EB, Schutte NS. The efficacy of problem solving therapy in reducing mental and physical health problems: a meta-analysis. Clin Psychol Rev. 2007;27(1):46–57. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2005.12.005
Filipe A, Renedo A, Marston C. The co-production of what? Knowledge, values, and social relations in health care. PLoS Biol. 2017;15(5):e2001403. https://doi.org/10.1371/journal.pbio.2001403
Simon HA. Bounded rationality. Utility Probab. 1990:15-8.
Mannell J, Washington L, Khaula S, Khoza Z, Mkhwanazi S, Burgess RA, et al. Challenges and opportunities in coproduction: reflections on working with young people to develop an intervention to prevent violence in informal settlements in South Africa. BMJ Glob Health. 2023;8(3):e011463. https://doi.org/10.1136/bmjgh-2022-011463
Traduction non officielle en français de Zethembe : une intervention de couple co-construite pour de jeunes couples hétérosexuels des quartiers informels d’Afrique du Sud, par Andrew Gibbs, Zama Khoza, Sivuyile Khaula, Smanga Mkhwanazi, Jenevieve Mannell et Laura Washington, PLOS Global Public Health, vol. 5, no 4 (2025), doi : 10.1371/journal.pgph.0004332, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau en liste, déclarations regroupées dans les notes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Zethembe: a co-developed couples intervention for young heterosexual couples in informal settlements in South Africa », publié dans PLOS Global Public Health (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Gibbs, A., Khoza, Z., Khaula, S., Mkhwanazi, S., Mannell, J., et Washington, L. (2025). Zethembe : une intervention de couple co-construite pour de jeunes couples hétérosexuels des quartiers informels d’Afrique du Sud (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/zethembe-une-intervention-de-couple-co-construite-pour-de-jeunes-couples-heterosexuels (Œuvre originale publiée en 2025 dans PLOS Global Public Health, 5(4), e0004332 (2025) ; republiée en 2025 par PLOS Global Public Health, https://journals.plos.org/globalpublichealth/article?id=10.1371/journal.pgph.0004332)
Pour aller plus loin