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Contemporary Family Therapy · Thérapie familiale

Connexion : recommandations et techniques pour employer les outils d’internet au service des relations thérapeutiques en ligne. Expériences italiennes

Que faire d’un message WhatsApp reçu à minuit moins vingt, d’un courriel de détresse pendant les vacances ou d’une séance en visio devant une passoire à pâtes ? Gianmarco Manfrida, Valentina Albertini et Erica Eisenberg, du centre de thérapie relationnelle de Prato, tirent de leur pratique des règles pour la messagerie, le courriel, les groupes de thérapeutes, la visioconférence et les réseaux sociaux. Leur principe : le numérique prolonge le cadre, il ne le remplace pas.

Auteurs Gianmarco Manfrida, Valentina Albertini et Erica Eisenberg (Centro Studi e Applicazione della Psicologia Relazionale, Prato, Italie)Première publication Contemporary Family Therapy, 2 novembre 2017Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Connexion : recommandations et techniques pour employer les outils d’internet au service des relations thérapeutiques en ligne. Expériences italiennes, par Gianmarco Manfrida, Valentina Albertini et Erica Eisenberg, publié dans Contemporary Family Therapy (Springer) (2017), doi : 10.1007/s10591-017-9439-5, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau 1, une image d’emojis empruntée à un site tiers, n’est pas reproduit ; les échanges de messages sont présentés sous forme de dialogues. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Nous pensons que les nouvelles technologies de communication peuvent servir à compléter le traitement en face à face, mais qu’elles ne peuvent pas le remplacer.

Gianmarco Manfrida, Valentina Albertini et Erica Eisenberg

Résumé

L’article explore les différents types de relation thérapeutique qui peuvent se développer en ligne comme hors ligne grâce à des outils, logiciels et applications, qui permettent aux thérapeutes et aux personnes suivies d’entrer en contact en dehors du cadre traditionnel. Partant du constat qu’il est aujourd’hui pratiquement impossible d’entretenir une relation sans recourir à internet et au téléphone, il devient nécessaire de se demander comment l’espace en ligne peut devenir un prolongement utile du cadre thérapeutique. À partir d’une réflexion sur la spécificité de la relation thérapeutique en ligne, l’article analyse les meilleures façons d’utiliser les SMS et les courriels avec les personnes suivies. Il présente en outre des interactions propres aux discussions de groupe, par exemple pour coordonner une équipe thérapeutique réunissant plusieurs spécialistes. Il examine ensuite le cadre des séances par appel vidéo à travers la présentation d’un cas clinique. Enfin, il discute de la gestion des réseaux sociaux par les thérapeutes, en soulignant combien il importe que leur identité en ligne soit cohérente avec l’image hors ligne que les personnes suivies découvrent dans le cadre traditionnel du cabinet.

Mots-clés : psychothérapie en ligne, interventions par discussion de groupe, séances en ligne, courriels psychothérapeutiques, avantages et risques des technologies de communication, relation thérapeutique en ligne

Limites et utilité des relations thérapeutiques en ligne

Selon Marian Sandmeier (2016), une recherche récente sur l’App Store d’Apple a recensé 1 490 programmes conçus pour réduire l’anxiété, 2 193 pour aider dans les relations interpersonnelles et 948 applications de soutien face à la dépression. La plupart de ces applications s’inspirent de principes cognitivo-comportementaux ; d’autres offrent un soutien soit par des groupes d’entraide, soit par des groupes animés par des psychothérapeutes. « Nous avons la certitude que ces applications ne peuvent ni remplacer une thérapie en face à face, ni résoudre des problèmes de personnalité nés dans l’enfance, ni aider lors de crises graves comme un divorce, une maladie, la perte d’un être cher, ni même dans des situations occasionnelles non symptomatiques comme des crises de panique répétées et fréquentes, ou des troubles obsessionnels compulsifs » (Sandmeier 2016). Plutôt que de s’inquiéter de la concurrence de ces applications, les psychothérapeutes que les réseaux sociaux et la technologie intéressent peu devraient se demander si certains aspects de leur activité professionnelle pourraient être améliorés en utilisant, avec un savoir-faire psychothérapeutique, les technologies de l’information disponibles pour la communication à distance. Les thérapeutes de l’approche relationnelle en particulier, héritière d’une approche fondée sur la communication (Watzlawick et al. 1967), devraient avoir les compétences pour analyser les caractéristiques communicationnelles des nouvelles technologies et s’en servir pour accroître l’efficacité du traitement.

La possibilité de maintenir une communication ouverte avec les personnes suivies grâce aux technologies en ligne peut avoir divers effets, par exemple :

  • apporter un soutien dans des situations graves, urgentes ou critiques, en dehors des limites horaires imposées par les séances en présence ou les conversations téléphoniques ;
  • prolonger les interventions au-delà de la durée de la séance elle-même, en décodant le sens du message reçu dans le contexte du processus thérapeutique et en y répondant de manière appropriée ;
  • rassurer la personne suivie sur la disponibilité de la personne thérapeute ; les messages arrivent immédiatement, ou dès que le téléphone est allumé, sans obliger la personne thérapeute à répondre aussitôt ni à interrompre ses séances ou d’autres activités ;
  • étendre la force de la relation thérapeutique au-delà des limites horaires de la séance ; dans les moments difficiles, les personnes suivies peuvent se sentir encouragées, soutenues, contenues et aidées par la personne thérapeute, où qu’elle se trouve ;
  • réduire la fréquence des séances, et donc le coût pour les personnes suivies ;
  • protéger l’autonomie des thérapeutes, qui peuvent décider s’il faut répondre à un message, quand et comment. Les thérapeutes peuvent prendre le temps nécessaire pour réfléchir à un message, éventuellement en métacommuniquant, et contenir l’intrusivité potentiellement excessive d’une personne suivie ou ses tendances à agir de façon impulsive.

Le but de cet article est d’illustrer des aspects de la communication en ligne, en tant qu’instrument répondant aux objectifs décrits, dans le contexte de la relation thérapeutique en thérapie systémique relationnelle.

Relations en ligne et relations thérapeutiques en ligne

À l’ère des réseaux de personne à personne, les relations virtuelles ont fait l’objet de plusieurs critiques, mais la majorité des recherches scientifiques semble discréditer cette attitude répandue, en soulignant que la participation à des relations en ligne coïncide, dans bien des cas, avec une plus grande capacité à entrer en relation en présence (Rainie et Wellman 2012). Les nouvelles technologies sont un outil qui, bien géré, peut faciliter l’interaction sociale (et donc thérapeutique) : il vaut donc la peine de créer un espace de réflexion sur la manière dont elles peuvent être intégrées avec discernement dans nos relations personnelles et professionnelles.

Une étude sur l’usage de la messagerie en ligne par les adolescentes et adolescents aux États-Unis (Lenhart et al. 2010) a montré que, pour la jeune génération, les SMS ne sont pas considérés comme de l’« écrit » mais comme l’équivalent d’une « conversation », ce qui indique qu’aujourd’hui la différence entre communication écrite et orale s’efface peu à peu, du moins sur le téléphone portable. Les recherches sur ce qui pousse les jeunes à communiquer en ligne (Papacharissi et Rubin 2000) ont mis en évidence cinq motifs principaux : entretenir les relations et rester constamment en contact avec son cercle d’amitiés, y compris les personnes physiquement éloignées (Valkenburg et Peter 2007) ; faire de nouvelles rencontres (Leung 2001) ; la compensation sociale, c’est-à-dire compenser par la socialisation en ligne les difficultés de communication dans la vie réelle (McKenna et al. 2002) ; l’inclusion sociale et le besoin d’appartenir à un groupe (Mitchell et al. 2003) ; et le divertissement (Ferguson et Perse 2000).

Un travail important (Baiocco et al. 2011) compare deux hypothèses explicatives opposées pour interpréter le lien entre communication et socialisation en ligne et bien-être psychologique à la préadolescence et à l’adolescence : la théorie du désengagement et la théorie de la stimulation. La théorie du désengagement soutient que la communication en ligne a un effet négatif sur le bien-être psychologique parce qu’elle consomme du temps qui pourrait être consacré à améliorer la qualité des amitiés existantes, et qu’elle favorise chez les jeunes la tendance à nouer, avec des personnes inconnues, des relations éphémères et émotionnellement insignifiantes. L’hypothèse sous-jacente est qu’internet est un piètre « substitut virtuel » de la communication en face à face et offre une certaine compensation aux difficultés vécues dans les relations hors ligne (Lee Saunders et Chester 2008).

La théorie de la stimulation soutient au contraire que la communication en ligne enrichit le contexte relationnel de l’individu et favorise des occasions de croissance et d’adaptation. Des recherches ont montré (Valkenburg et Peter 2007), par exemple, que le temps passé sur la messagerie instantanée prédit la qualité et la quantité des relations interpersonnelles des enfants ainsi que leur bien-être psychologique. Les recherches se poursuivent, mais la théorie de la stimulation reçoit de plus en plus de confirmations (Laghi et al. 2013).

En psychothérapie, la communication en ligne est-elle une forme de désengagement, qui maintient une distance entre personnes suivies et thérapeutes, ou une stimulation, qui les relie plus étroitement ? Même s’il faut encore des recherches et un débat plus large, il ne fait aucun doute, pour nous qui sommes thérapeutes, que la théorie de la stimulation décrit bien mieux le cadre relationnel que la théorie du désengagement. La possibilité de communiquer par des moyens technologiques a déjà introduit dans la relation thérapeutique des éléments nouveaux et parfois vitaux. Selvini Palazzoli et al. (1978) ont créé une « fiche téléphonique », soulignant l’importance du premier contact avec la personne qui demande de l’aide et la nécessité de recueillir des données et de structurer l’entretien dès le tout premier contact téléphonique avec la famille. Il est impossible d’échapper à l’influence de la technologie ; il est donc fondamental d’explorer en profondeur comment la communication en ligne affecte les aspects relationnels du cadre.

Lire et écrire thérapeutiquement les messages WhatsApp, les SMS et les courriels

Quelle différence y a-t-il entre un SMS, un MMS, un iMessage ou un message WhatsApp ?

Les SMS et MMS permettent d’envoyer des messages texte et des photos vers d’autres appareils en utilisant le crédit téléphonique (Manfrida 2009) ; les iMessages permettent d’envoyer gratuitement des messages texte et des photos vers d’autres appareils iOS par wifi ; il en va de même pour WhatsApp et les applications de messagerie comparables, à cette différence près que ces applications sont disponibles sur iOS et sur d’autres systèmes d’exploitation comme Android, Windows Phone et BlackBerry.

Selon les données publiées par l’AGCOM, l’autorité italienne des télécommunications (2016), WhatsApp a détrôné les anciens SMS, dont l’usage a chuté de façon spectaculaire. En 2016, en Italie, l’usage des SMS traditionnels a baissé de 27,7 % par rapport à l’année précédente, pour atteindre 17,8 milliards de messages, soit une baisse de 75 % par rapport au maximum atteint en 2012 (72,2 milliards de SMS envoyés). Cette tendance à la baisse est constante depuis quatre ans : l’envoi de SMS classiques par téléphone a désormais été supplanté par la messagerie en ligne. Aujourd’hui, l’usage des SMS se limite surtout aux entreprises ou aux échanges qui exigent une certaine formalité, tandis que les iMessages, les messages WhatsApp et leurs équivalents servent à la communication personnelle et informelle avec les connaissances. Comme ils ne dépendent pas de la disponibilité d’un réseau wifi, les SMS traditionnels offrent en fait une meilleure garantie de réception ; en général, le premier contact avec un cabinet s’établit par SMS, et même lorsque l’aide est demandée pour un enfant, qui utiliserait spontanément WhatsApp, les parents à la recherche d’une aide spécialisée recourent au SMS traditionnel ; une fois la thérapie commencée, d’après notre expérience, le SMS est souvent remplacé par la messagerie WhatsApp. D’un autre côté, le SMS traditionnel protège la personne thérapeute du problème embarrassant que crée WhatsApp en partageant des informations sur la personne qui l’utilise, comme « vu à… » ou « message lu à… ». En effet, dès qu’un message WhatsApp a été ouvert, la personne qui a envoyé le message en est informée (sauf si cette fonction est désactivée) ; le temps qui s’écoule entre la lecture du message par la personne thérapeute et l’envoi d’une réponse peut donc être interprété, au sens relationnel, comme une disponibilité immédiate garantie ou comme un net manque d’intérêt, ce qui peut affecter la relation thérapeutique. Des choix comme désactiver l’accusé de lecture, décider quand ouvrir un message, quand le lire et quand y répondre acquièrent une valeur thérapeutique et impliquent que la personne thérapeute en accepte la responsabilité, qui doit être gérée dans le contexte relationnel, en cohérence avec les objectifs de la thérapie. Faut-il priver les personnes que nous suivons de la possibilité rassurante de voir que nous avons bien reçu leur message, ou cela nous engagera-t-il en permanence tout au long de la journée ? Tôt ou tard, de toute façon, il nous faudra répondre à ces messages et leur accorder toute notre attention thérapeutique.

Sur WhatsApp, il est possible d’ajouter une photo de profil ; si ces images et photos peuvent nous donner des informations sur les personnes que nous suivons, elles peuvent aussi, à l’inverse, en donner sur nous à nos contacts. Les thérapeutes doivent donc faire preuve d’une extrême prudence dans le choix d’une photo de profil, de peur qu’elle ne nuise à une bonne relation thérapeutique. Par exemple, une photo de sa famille heureuse en vacances peut avoir un effet sur la relation avec des personnes moins chanceuses ; des photos de ses enfants peuvent poser problème à des personnes qui essaient d’en avoir ; des images amusantes peuvent exposer au risque du ridicule lors des moments de conflit qui peuvent survenir en thérapie.

La manière dont sont rédigés les messages WhatsApp, les SMS et les courriels ne doit jamais être considérée à la légère, qu’il s’agisse des messages reçus ou envoyés par la personne thérapeute. Un texte écrit tout en majuscules, ou entrecoupé d’un excès de points de suspension, semble suggérer un diagnostic de personnalité histrionique, ne serait-ce que par le choix des caractères : un message peut donc déjà contenir une indication diagnostique (Manfrida et Eisenberg 2007 ; Manfrida 2009 ; Manfrida et Albertini 2014). Un message non signé adressé aux thérapeutes suggère que la personne suivie s’attend à être immédiatement reconnue ou, mieux encore, à être unique aux yeux de la personne thérapeute ; dans ce cas, répondre par un message qui relève l’absence de signature réintroduit aussitôt le principe de réalité dans la relation thérapeutique, tout en épargnant à la personne thérapeute l’effort d’identifier qui écrit en consultant son répertoire. Le fait que le nom de la personne qui écrit puisse souvent être identifié par le téléphone n’enlève rien à la portée de cette observation, car les personnes suivies ne devraient pas présumer qu’elles figurent dans le répertoire de leur thérapeute et, de toute façon, il est de bonne pratique, dans un contexte professionnel, de signer ses messages : la consigne de signer ses messages est toujours donnée lors de la première consultation.

Les messages contiennent parfois des incohérences et des contradictions, que la personne thérapeute peut relever immédiatement et examiner plus tard en thérapie, afin d’éveiller la curiosité de la personne suivie et de l’exercer à l’investigation psychologique.

L’usage « expressif » des messages, souvent structuré de manière rhétorique pour produire de l’effet, se manifeste aussi par la ponctuation, comme dans l’exemple suivant, où l’on voit bien que la patiente veut vraiment annoncer sa nouvelle de façon palpitante :

Patiente : Bonjour, c’est Cristina… J’ai une nouvelle… Je suis enceinte d’environ 8 semaines. Visiblement, je me suis trompée dans mes calculs !

Comme les personnes suivies, les thérapeutes doivent aussi faire des choix stylistiques au moment de répondre à un message, afin de le confirmer et de le renforcer par des éléments persuasifs. Par exemple, en répondant à un message qui annule un rendez-vous, la personne thérapeute peut choisir d’adopter un ton neutre, inquiet, voire indifférent, selon la signification qu’elle attribue à l’annulation, le moment du processus thérapeutique et l’intention qui guide l’intervention.

Utiliser le prénom de la personne suivie peut donner au message un caractère plus « personnalisé » et plus de chaleur à l’écrit. La place du prénom dans la phrase peut aussi exprimer différentes nuances de sens : par exemple, « John, tu as fait une bêtise » est plus amical et moins accusateur que « Tu as fait une bêtise, John ! », où la proximité de la fin de la phrase, surtout s’il y a un point d’exclamation, semble signifier un reproche plutôt qu’une solidarité consolatrice. La solidarité peut aussi être renforcée par la ponctuation : « John, tu as fait une bêtise… ».

On peut dire que la structure de la phrase, la distribution des mots, la ponctuation, la manière dont le son résonne chez la personne qui lit et d’autres ressources donnent aussi aux messages écrits ces aspects connotatifs du sens qui, dans la pragmatique de la communication, relèvent de la composante analogique du langage (Watzlawick et al. 1967).

Les thérapeutes devraient toujours signer leurs messages, en toutes lettres ou de leurs initiales ; ce n’est pas une simple question de forme ou de politesse. Terminer un message par « Dr E. (initiale) B. (nom en entier) » ou « GA (abréviation) » constitue un marqueur de contexte, qui indique qu’il s’agit d’un message inscrit dans une relation professionnelle et réduit le risque d’une familiarité excessive.

Si les thérapeutes ont le sentiment de recevoir trop de messages, ou s’il s’agit de souligner à des fins thérapeutiques l’asymétrie de la relation, ces messages peuvent être utilisés de plusieurs façons : répondre par un message qui relève l’excès de messages reçus ; choisir de ne pas répondre ; choisir de ne répondre qu’au bout d’un délai qui fasse comprendre à la personne suivie qu’elle en a trop fait ; ou conserver les messages et s’en servir à la séance suivante pour les travailler dans la relation thérapeutique. Choisir les mots appropriés pour produire l’effet psychologique souhaité chez la personne suivie exige aussi un investissement important : un simple encouragement peut être très différent selon qu’il s’exprime par un « Bravo ! » ou par un « À bientôt ». Une plaisanterie ou un trait d’esprit peut confirmer une compréhension mutuelle dans une situation précise, par exemple : « Félicitations, un résultat prestigieux qui vous vaudra du crédit et… de la clientèle ! ». Dans d’autres circonstances, il convient d’employer des expressions plus générales, par exemple : « Je me réjouis de ce si bon résultat ».

Les messages texte peuvent être enrichis d’émoticônes ou d’emojis (tableau 1) ; ces icônes plus ou moins joyeuses font partie d’un code partagé de communication des émotions et des humeurs. Les emojis sont en général ajoutés aux messages pour préciser l’état émotionnel de la personne qui écrit, afin d’éviter le risque d’un malentendu. Les mots « Je te déteste ! » prennent un autre sens lorsqu’ils sont suivis d’un visage souriant, grâce à la primauté du niveau analogique sur le niveau digital, non seulement dans la communication orale mais aussi dans la communication écrite (Watzlawick et al. 1967).

Tableau 1 — Utiliser les smileys (emojis)

Tableau non reproduit : dans l’original, il s’agit d’une image d’emojis et de leurs équivalents en caractères, empruntée à un site tiers (graphicsheat.com).

Quand on écrit des SMS, il est parfois difficile de transmettre des sentiments, et les emojis peuvent aider à résoudre ce problème. Certaines personnes préfèrent utiliser des caractères (présentés dans la colonne de droite du tableau 1) pour créer des images expressives, comme :-) ou :-(. « T’es une vraie peste ! :-) » est plus rassurant que « Tu es une vraie peste ! :-(:-(:-(8-[ ». Les manières créatives d’utiliser les emojis et les caractères soulignent l’importance que les humains accordent à l’aspect relationnel de la communication, assimilé dès la petite enfance dans le processus social de construction d’une réalité partagée.

Quelques exemples d’échanges sur WhatsApp

Tous les prénoms ont été modifiés et les circonstances altérées afin de préserver la confidentialité.

Premier exemple : Francesca

Francesca, 31 ans, est infirmière et en est à sa cinquième séance de thérapie. Elle a reçu un diagnostic de troubles dépressifs et de trouble de la personnalité borderline, et a fait une tentative de suicide par surdosage de médicaments. Elle vit seule ; la tentative de suicide a suivi la fin d’une relation amoureuse avec un homme très problématique, infidèle, violent, exigeant et despotique.

Lors d’une séance précédente, qui avait eu lieu deux jours avant cet échange, Francesca avait raconté que Richard l’avait recontactée et qu’elle éprouvait de grandes difficultés émotionnelles. Dans cette phase initiale de la thérapie, l’objectif de la personne thérapeute est de devenir un point de repère solide pour la patiente, puisqu’à ce stade précoce du processus il n’a pas encore été possible d’établir une alliance qui préviendrait la répétition des tentatives d’autoagression. Un élément alarmant tient à l’heure du premier message et à la mention de la journée passée au lit (ce qui signifie qu’elle n’est pas allée travailler et est restée seule chez elle toute la journée). Les messages de la personne thérapeute répondent à la demande de Francesca de ne pas être laissée seule ; en même temps, ils poursuivent le travail engagé lors de la dernière séance, où il avait été convenu de modifier l’image de Richard comme prince charmant unique et de chercher dans l’histoire et la personnalité de la patiente les causes de sa souffrance, afin de réduire sa réactivité à des stimuli extérieurs incontrôlables comme les allées et venues de Richard.

Francesca, mercredi 1er février, 23 h 40 : Je me suis toujours sentie en dehors de la vie sociale. Avec lui je me sentais normale. Même être trompée, c’est normal… L’orgueil n’a pas grand-chose à voir là-dedans…

Thérapeute, jeudi 2 février, 10 h : Donc la compétition ne te stimule pas, c’est ça ? Allons, Francesca… ne joue pas le rôle de la « folle amoureuse ».

Francesca, jeudi 2 février, 10 h 15 : L’orgueil compte, d’accord, mais c’est secondaire. C’est la solitude qui déclenche ces crises d’angoisse, alors je fais ce qu’il faut pour ne pas être seule. Si je le perds, je redeviens seule.

Thérapeute, jeudi 2 février, 11 h 05 : J’ai l’impression que la compagnie de Richard est trop exigeante et trop incertaine pour toi… Mais fais comme tu veux.

Francesca, jeudi 2 février, 18 h 56 : Je me sens aussi seule qu’il y a un an, avant de le rencontrer. Je suis restée au lit toute la journée. À quoi est-ce que je peux me raccrocher ?

Thérapeute, jeudi 2 février, 19 h 10 : Tu sais très bien qu’en attendant tu peux te raccrocher à moi, c’est pour ça que tu m’appelles et que tu m’écris… et c’est bien, tu peux compter sur moi, Francesca. Ensuite, on verra.

Deuxième exemple : Claudia

Claudia a 22 ans ; elle a commencé une thérapie deux ans avant cet échange parce qu’elle souffrait de boulimie ; une fois ce problème résolu, la thérapie s’est attachée aux difficultés de croissance et de développement qui bloquaient sa vie universitaire et affective. Le message fait suite à une période d’accompagnement visant son retour à l’université. Le message du thérapeute vise non seulement à saluer les résultats obtenus par la patiente, mais aussi à lui faire prendre confiance dans les qualités de caractère qu’elle croit ne pas avoir. En même temps, le thérapeute minimise sa part dans le résultat obtenu, accepte la demande affective exprimée par les « bisous » mais répond par un « cordialement » modérateur. En outre, le message confirme implicitement le rendez-vous suivant, en garantissant qu’il n’y a aucun risque que le thérapeute se retire si la patiente progresse.

Le message vise donc à apporter un soutien thérapeutique, mais il va au-delà de l’éloge d’un résultat positif isolé et étend sa portée à la réorganisation de la personnalité.

Claudia, samedi 1er avril, 18 h 46 : J’ai aussi réussi le français, et la prof qui m’avait recalée la dernière fois m’a même fait des compliments cette fois ! Je suis vraiment contente. À mercredi. Bisous.

Thérapeute, samedi 1er avril, 19 h 05 : Excellent, Claudia ! Je suis vraiment content pour toi. Tu as fait preuve de capacité, de détermination et de volonté, et tu en as été récompensée à juste titre. À mercredi. Cordialement.

Troisième exemple : Luigi

Le contact par message avait été convenu en séance avant le départ du patient ; il a permis à Luigi, qui souffre de crises de panique, d’affronter un voyage en avion avec sa petite amie et quelques autres proches. La réussite de cette initiative peut contribuer à accroître sa confiance en lui et réduire le risque de récidive des crises de panique, et aussi éviter l’apparition de problèmes dans la relation affective et dans le groupe social de référence. La réponse confirme l’intérêt protecteur de la personne thérapeute, sans faire peser trop de responsabilité sur la personne suivie, et replace ainsi l’expérience dans un cadre normal.

Luigi, dimanche 13 mars, 14 h 05 : Dr, bonjour, c’est Luigi, je viens d’arriver à l’aéroport de Budapest… tout va bien ici… le voyage s’est bien passé. Merci beaucoup ! Salutations !

Thérapeute, lundi 14 mars, 9 h 20 : Luigi, je me réjouis que le voyage se soit bien passé. Détends-toi et profite. À bientôt.

Quelques exemples de messages WhatsApp courants, par thème :

Médicaments

Personne suivie : Si j’augmentais la sertraline, quand devrais-je prendre le deuxième comprimé ?

Annulation

La réponse est amicale, tout en soulignant qu’il n’appartient pas à la seule personne suivie de fixer la date du prochain rendez-vous.

Personne suivie : C’est Tom, je suis malade. Le 15, ça me va, s’il n’y a pas de problème. Merci.

Réponse de la personne thérapeute : Tom, je regrette que tu sois malade. Appelle-moi avant 11 h 30 ou entre 13 h et 13 h 45 et nous fixerons notre prochain rendez-vous.

Information et suivi

Recevoir des messages qui portent sur les difficultés et les progrès permet à la personne thérapeute de suivre ce qui se passe entre les séances. Les thérapeutes y répondent avec implication, en apportant soutien et aide dans les moments les plus durs, tout en renforçant positivement les succès bien mérités.

A. Personne suivie (une semaine après la première rencontre) : Bonjour, il n’y a aucune amélioration, j’ai le moral à zéro et j’ai peur de ne pas m’en sortir.

Thérapeute : Je comprends votre incertitude et votre découragement, mais vous savez que votre entourage vous aime et qu’il n’y a aucune raison de vous sentir comme un chiot perdu dans une forêt de loups. Et puis les médicaments vont bientôt commencer à agir. Tenez bon !

B. Personne suivie : Bonjour, je voulais vous dire que tout s’est bien passé à Caserte. Excusez-moi d’envoyer ce message avec quelques jours de retard.

Thérapeute : Marcella, félicitations. Cela me fait très plaisir.

Psychothérapie

A. La personne thérapeute répond à la demande de réconfort et de soutien, tout en préparant la séance suivante : elle invite à un engagement plus fort et ouvre une discussion sur la relation thérapeutique elle-même, qui devrait être comprise comme un soutien ou comme une alliance pour le changement.

Personne suivie : Bonsoir Dr ! J’ai un peu le moral à zéro et j’aimerais recevoir, si vous le pouvez, un message de réconfort. Ma situation avec Mauro n’a pas changé. Merci, et pardon.

Thérapeute : Luciana, vous avez tout le réconfort et tout le soutien que je peux vous apporter, mais j’aimerais d’abord savoir pourquoi vous avez manqué la dernière séance, le 10 février : que s’est-il passé ?

B. Dans le message suivant, le thérapeute relève le ton dramatique qu’accentue l’écriture en majuscules, en contraste avec l’option que la patiente se donne de décider le matin même si elle viendra à l’heure prévue ou plus tard. Le thérapeute refuse la tentative de la patiente de se décharger de toute responsabilité, tout en lui garantissant sa disponibilité ; il crée aussi les conditions pour discuter, à la séance suivante, de la nécessité pour la patiente d’entreprendre activement le traitement de son alcoolisme au lieu de s’apitoyer sur elle-même et de réclamer de la pitié pour son incapacité. Le thérapeute choisit délibérément de répondre brièvement, uniquement en minuscules, pour souligner la dimension exhibitionniste du message de la patiente.

Patiente (la différence de casse reproduit l’original) : J’AI ÉTÉ EN PROIE À L’ANGOISSE TOUTE LA JOURNÉE. À LA FIN JE N’EN POUVAIS PLUS ET J’AI CÉDÉ À MON « AUTOTRAITEMENT » EN BUVANT DE LA LIQUEUR. J’AI TELLEMENT PLEURÉ. J’AI HONTE. JE VOULAIS VOUS LE DIRE.

PS J’ESPÈRE DORMIR UN PEU CETTE NUIT ET ÊTRE LÀ DEMAIN À 10 H 30, SINON JE VOUS APPELLERAI POUR LE CRÉNEAU DE 13 H.

Thérapeute : mettez votre réveil, anna, le créneau de 13 h n’est plus disponible.

C. Voici un échange très bref, qui suppose une réflexion ironique sur la répétition d’un problème dans la relation thérapeutique et qui pourrait avoir lieu dans n’importe quelle séance de thérapie.

Personne suivie : Il doit bien y avoir une raison si je tombe toujours malade deux jours avant un examen…

Thérapeute : Je commence à le penser moi aussi…

Personne suivie : C’est encourageant… !

Le courriel : aspects propres à la communication thérapeutique par courriel

À la différence des messages WhatsApp et des SMS, dont l’échange est perçu davantage comme une conversation, les courriels, en raison de leur longueur généralement plus grande, sont vécus davantage comme des lettres ; ils conviennent donc aux situations où la personne thérapeute et la personne suivie, du fait d’une distance physique ou temporelle, optent pour un échange de lettres plutôt que pour des rencontres en face à face. Si toutes les remarques générales faites à propos des SMS s’appliquent aussi aux courriels, ces derniers laissent plus de place au récit de la personne suivie et à la réponse de la personne thérapeute, et moins aux commentaires brefs qui, dans les SMS, renvoient directement aux séances. Au cours d’une thérapie, il est possible que les séances en face à face soient complétées par des SMS, des messages WhatsApp ou des échanges de courriels, selon les différents besoins d’expression, qui appellent différents modes de communication.

Si les séances en face à face et les SMS peuvent déjà être exigeants pour la personne thérapeute, un nombre excessif de courriels peut devenir vraiment difficile à gérer : les messages plus longs doivent nécessairement être réservés à des occasions peu fréquentes, et tout excès devrait être discuté en séance pour lui rendre sa signification thérapeutique.

Un exemple de thérapie par SMS et courriels

Nous décrivons un cas clinique mené avec le soutien des nouvelles technologies, en particulier les SMS et les courriels (texte rédigé avec le consentement de la patiente, après modification de tous les détails permettant de la reconnaître).

La patiente est une femme de 43 ans ; elle est comptable, divorcée, mère d’un fils de 15 ans et de deux chiens. Elle est en thérapie depuis plus de deux ans, à raison d’une séance toutes les deux semaines. Elle a d’abord consulté pour des troubles dépressifs et anxieux accompagnés d’idées autodestructrices, puis elle a commencé à travailler sur sa personnalité.

La patiente présente une situation clivée : d’un côté, elle est responsable, sérieuse, maternelle, fiable et précise ; de l’autre, elle passe à l’acte dans des conduites à risque, sous forme d’une promiscuité sexuelle mal maîtrisée, d’une consommation sporadique mais intense de stimulants et d’une forte exposition à des dangers inutiles. Elle se présente comme Mary ; au cours du traitement, il apparaît que son prénom complet est « Mary Magdalene » [Marie-Madeleine]. « Mary » est celle qui cherche sans cesse un amour romantique unique, à vivre avec un emportement adolescent ; en plus de s’occuper de ses parents âgés et de subvenir aux besoins de son fils, Mary a aussi adopté deux chiens errants. « Magdalene » est sa part pécheresse, désinhibée ; la séductrice brillante, fière de sa liberté et de son expérience. Ce clivage de la personnalité évoque à quiconque, dans l’Italie catholique, la Vierge Marie et la Madeleine repentie des Évangiles.

En plus des rencontres toutes les deux semaines, il y a des périodes où, en raison d’une pause pour les vacances ou d’une absence du thérapeute, la thérapie passe aussi par des SMS et des courriels. Le but est de maintenir un certain niveau d’implication dans la relation avec le thérapeute, ce qui facilitera le travail sur la personnalité.

10 juillet, 9 h 29. SMS de Maria

Pardonnez-moi si je vous dérange encore mais j’ai absolument besoin de votre conseil immédiat : la personne dont je vous ai parlé hier est un collègue. Il a 49 ans et il est incapable de construire une relation durable parce que (ce sont ses mots) il est constamment partagé entre le désir de sexe, d’amour et de liberté. … Le fait est qu’il y a entre nous, du moins pour l’instant, une entente très intense, et hier soir, Docteur, au lit, je me suis sentie ne faire qu’un avec cette personne. Nous avons fait l’amour d’une manière complètement enveloppante, en parlant, en riant… Et lui aussi a ressenti la même chose, même s’il continuait à dire qu’il se connaît. Si hier j’étais en crise, c’est encore pire maintenant. Je lui ai envoyé un message et il m’a répondu « gros bisou ». Qu’est-ce que je dois faire ? Aidez-moi s’il vous plaît. Maria.

10 juillet, 9 h 35. SMS du thérapeute

Pouvez-vous prendre ça TRÈS à la légère, et vous contenter de quelques rencontres avec peu d’investissement affectif ? La seule façon d’obtenir l’attention de ce genre de personne, c’est de fuir, de montrer que vous non plus ne voulez pas investir dans cette relation. Mais pouvez-vous le faire, ou est-ce le piège habituel pour Maria ? Demandez-vous si le jeu en vaut la chandelle, de toute façon nous en parlerons. gmm.

18 juillet, 7 h 46. SMS de Maria

La millionième déception. Ça n’avait aucun sens de continuer à se voir, mais le problème, c’est qu’il m’est vraiment entré dans la tête de façon incroyable. avec cette personne je suis en pleine crise. De toute façon, le plus gros problème, c’est que je ne me sens comprise par personne, pas même par vous, vous pensez que je me jette dans chaque relation parce que je me sens petite et moche… Ce n’est pas vrai, j’ai juste tellement d’amour à donner et je veux vraiment quelqu’un à mes côtés. Je me sens vraiment incomprise.

18 juillet, 9 h 56. SMS du thérapeute

Ne jouez pas avec moi aussi l’adolescente rebelle ou incomprise, je ne sous-estime ni votre souffrance ni votre colère, j’essaie de vous traiter en adulte, vous me le permettez ? gmm.

18 juillet, 10 h. SMS de Maria

Honnêtement, j’ai l’impression que vous ne me traitez pas en adulte mais en gamine idiote, c’est le moins qu’on puisse dire…

18 juillet, 10 h 05. SMS du thérapeute

Vous me trouvez trop dur… gmm

Une thérapie au long cours rencontre nécessairement des pauses de vacances ; pour les personnes suivies, cela peut représenter une séparation brève mais douloureuse et difficile. Compte tenu de la situation instable et du travail sur la personnalité récemment engagé, le thérapeute a donné à Maria son adresse électronique pour contenir d’éventuelles urgences. Pendant cette pause, l’un des chiens de Maria est tué dans un accident, ce qui ravive des sentiments de solitude et de perte, auxquels elle réagit en adoptant un autre chien errant quelques heures plus tard seulement.

Dans le courriel suivant, envoyé le 18 août (la dernière séance avait eu lieu le 21 juillet), le contenu comme le style d’écriture révèlent des aspects d’anxiété, des pensées confuses et accélérées et des attitudes histrioniques, par exemple dans l’usage excessif des points de suspension.

18 août. Courriel de Maria

Je me suis effondrée physiquement et psychologiquement… encore un chien… je me demande ce que je croyais qu’il pouvait m’apporter… Et puis… Elle aussi est partie… Sous une voiture… douleur atroce… Pliée en deux au milieu d’une route à pleurer pour ma petite chienne qui n’était plus là…. J’en ai tout de suite pris une nouvelle au refuge, un chien m’a mordue…

Ernesto allait de plus en plus mal… Sa femme se rapprochait de lui… Il aurait préféré que je sois là mais si sa femme était là on ne me laisserait pas entrer… Il ne m’a pas attendue… Je l’ai vu une fois mort… Je l’ai tenu dans mes bras… Je l’ai embrassé… Je lui ai acheté des roses rouges…. Ils les ont jetées sous mes yeux, ils m’ont traitée de pute, ils m’ont chassée de la maison d’Ernesto… Je n’étais pas là quand ils ont fermé le cercueil, je n’étais pas là quand ils l’ont enterré…

J’ai une douleur si immense en moi… Je ne crois pas que quelqu’un puisse comprendre…

Je mets toute mon énergie dans mon travail… beaucoup de travail, beaucoup de sacrifices, beaucoup de mots parce que je ne peux pas me taire, tellement de colère en moi…

Je suis sortie avec beaucoup d’hommes…

Je suis allée à Trieste pour une formation avec un collègue… Je suis aussi partie un week-end à Turin avec un type…

Tout ça jusqu’à il y a 15 jours… je rencontre ce dernier collègue… Un type bien… On s’entend vraiment bien et on passe des heures à parler… on fait l’amour avec un emportement unique… pas du sexe… De l’amour…

Je laisse tomber tout le reste…. Mais il ne veut pas de relation, il dit que c’est un coureur de jupons et qu’il ne veut pas d’attaches… Je m’effondre, j’ai mal, je le lui dis… Je ne veux plus le voir…. Mais au bout de deux jours on se revoit, on prend un verre, puis il vient chez moi mais ce n’est plus pareil… Il se rend compte que je suis triste… c’est vrai. Je suis plus détachée… Lui aussi est maussade… Il dit qu’il a le cafard… et nous voilà aujourd’hui…

Mais qu’est-ce que je fabrique…

Mon fils grandit… quel genre de mère je suis… est-ce que je peux lui donner un peu de sérénité ?

Je me rends compte que je suis insatisfaite… ces courses, à toujours chercher je ne sais quoi…

J’ai pris un autre chien… Du bonheur à la maison mais encore plus de soucis, de fatigue, l’envie de m’enfuir…

Le chaos… Rien que le chaos… L’épuisement… Tant d’épuisement… J’ai besoin d’aide… Beaucoup…

Maria.

18 août. Courriel du thérapeute

Chère Mary Magdalene,

Vous avez fait un résumé agité de votre histoire, et l’on voit facilement les sentiments qu’il y a derrière : l’espoir, la colère, la peur, votre effronterie provocante, la tendresse, la force… Ce sont tous des aspects qui vous appartiennent, aucun n’est sans valeur, mais avec tous les contrastes que vous portez en vous, il n’est pas surprenant que vos désirs restent insatisfaits. Il suffit d’un regard sur votre courriel : c’est un tourbillon qui coupe le souffle et laisse sans voix rien qu’à le lire, je n’imagine pas ce que cela doit être de le vivre. Je ne dis pas que vous tombez toujours sur les mauvais hommes ; je dis que s’ils conviennent à une part de vous, ils ne conviennent pas à l’autre, et que vous feriez mieux de travailler sur cette division que vous ressentez en vous, entre l’enfant qui désire être aimée librement, comme par un parent, sans avoir à s’engager, et l’adolescente audacieuse, rebelle, anticonformiste qui crie « je suis à moi et je fais ce que je veux ». J’aime ces deux visages, Mary comme Magdalene, mais ce serait bien de les avoir ensemble pour une fois ! Au lieu de cela, il semble que, quand vous vous sentez anxieuse, vous deveniez extrêmement active, afin d’obtenir une confirmation de vos compétences, qu’elles soient professionnelles, séductrices, sexuelles, parentales, relationnelles, adoptives de chiens, et ainsi de suite. Vous pouvez en tirer de la satisfaction, mais elle n’est que temporaire si une part de vous est nourrie pendant que l’autre meurt de faim.

Maintenant vous êtes en colère contre moi… parce que je vous dis de ne pas courir après cet homme qui a clairement fixé les limites dès le premier instant de votre rencontre ? Cela veut-il dire que je suis cruel au point de vouloir vous priver d’un rêve légitime, ou peut-être que je tiens à vous et que je voudrais vous épargner un cauchemar inutile ? Et de toute façon, si un homme vous dit qu’il est infidèle, ne vaudrait-il pas mieux lui répondre « vraiment ? Quelle chance ! Moi aussi, comme ça on ne se gênera pas », de sorte que, s’il veut davantage, il devra faire un pas et vous courir après, et que s’il ne le fait pas, très bien, ce sera un compagnon de jeu amusant jusqu’à ce que vous trouviez ailleurs ce dont vous avez besoin ?

Il y a dans votre colère envers moi quelque chose dont je ne suis pas sûr, Mary Magdalene ; est-ce parce que la dernière fois que nous nous sommes parlé, nous avons déplacé l’attention sur votre enfance ? Parce que j’ai parlé de vos parents ? Ou est-ce qu’avec moi aussi vous alternez entre le désir de protection et le défi ? Vos deux visages sont aussi présents dans la relation avec moi, et cela vous expose au risque de courir sur place, de n’être jamais présente dans la relation, parce que vous passez sans cesse de Mary à Magdalene ?

Je vous aime bien, et je souhaite vraiment vous aider ; me laisserez-vous le faire, même au prix de décevoir l’un de vos extrêmes ? D’ailleurs, le premier exercice nécessaire pour que vous trouviez un partenaire qui satisfasse les deux extrêmes, c’est d’être capable d’être pleinement présente en thérapie, avec vous-même et avec moi. Pouvez-vous le faire ?

Surtout maintenant, pendant cette pause des vacances, je suppose que vous devez vous sentir abandonnée par moi aussi, et que vous devez donc être en colère pour cette énième déception infligée par l’énième homme, le soussigné, qui est là en apparence puis disparaît tout à coup ? Avec une certaine confusion, le glissement des rôles et des émotions, ce qui est assez courant et utile si on peut les repérer et les travailler dans le traitement. Même dans un courriel, comme celui-ci ! Relisez votre courriel, soyez détective, ou psychologue… regardez tous les éléments qui me permettent de parler ainsi… et la prochaine fois que nous nous verrons, nous pourrons tout éclaircir ! À bientôt, Gmm.

Le retour de fin de séance par courriel dans le cadre de la thérapie familiale

En Italie, c’est depuis longtemps une pratique courante de conclure les séances de famille et de couple par un retour final, qui n’est pas discuté sur le moment avec les personnes présentes : Selvini Palazzoli et son groupe de Milan (1978) ont très bien décrit cette pratique, reprise par nombre de thérapeutes, en Italie comme à l’étranger.

Au Centre de thérapie familiale et de couple de Prato (Centro Studi e Applicazione della Psicologia Relazionale), où nous travaillons avec le miroir sans tain et l’enregistrement vidéo des séances, nous avons pris pour règle d’envoyer à chaque personne participante de plus de 12 ans le retour final que nous donnons à la fin de chaque séance. Comme les séances ont généralement lieu une fois par mois, envoyer aux personnes suivies un courriel contenant une forme de résumé de ce qui s’est passé pendant la séance est aussi un moyen de les maintenir impliquées dans le processus entre les séances. Il est aussi possible, avec le consentement des personnes concernées, de partager le retour de séance avec les thérapeutes qui voient individuellement des membres de la famille ou du couple, afin de coordonner le contenu et le calendrier des interventions thérapeutiques, tant auprès des membres pris individuellement qu’auprès du système conjugal ou familial.

Retour par courriel après une première séance de thérapie de couple

Dans votre récit, il y a eu des moments de souffrance sincère et profonde, et d’autres où la scène ressemblait à celle d’un feuilleton télévisé, avec en vedette un mâle hypermacho et une héroïne douce et geignarde. Titre du feuilleton : le bourreau et la victime. Vous jouez merveilleusement bien, mais votre drame n’a pas emporté notre entière conviction, même si nous percevons la souffrance chez l’un comme chez l’autre. Pour comprendre votre situation actuelle, nous pensons qu’il faut regarder votre histoire et nous demander ce que Rossana avait de si particulier à 21 ans pour parvenir à mettre le grappin sur un célibataire endurci de 27 ans, qui avait beaucoup d’expérience des femmes, de la drogue et du monde en général. Pourquoi l’avoir choisie pour opérer un changement aussi spectaculaire dans sa vie, qui allait aussi le conduire à s’installer dans une autre région ?

Et Rossana, à 21 ans, cherchait un prince charmant qui l’emmènerait loin de sa famille et de Naples, mais pourquoi identifier ce prince à un homme plus fait pour les forces spéciales ? Elle voulait aussi de l’affection, pas seulement des muscles… Quinze ans ont passé et bien des choses ont sûrement changé entre-temps. Aujourd’hui, avec vos enfants, vous êtes quatre, et les choses sont très différentes de l’époque où vous n’étiez que deux. Rossana a aussi beaucoup progressé dans son travail et dans sa thérapie individuelle, elle a moins besoin aujourd’hui d’une protection particulière, et cela crée une distance avec Roberto. Quoi qu’il en soit, le fait que votre situation de vie et vos croyances aient en partie changé ne veut pas dire qu’il n’y avait pas une attirance particulière au début de votre relation, et cette attirance peut refaire surface si vous parvenez à changer certaines des règles de votre manière d’être ensemble. L’une de ces règles pourrait être : moins de Rambo et moins de Petite Fille aux allumettes. Changeons le scénario, et peut-être cela vous permettra-t-il de vous retrouver, un peu différents mais semblables à ce que vous étiez.

Nous vous reverrons le 16 février à 17 h 30.

Retour par courriel après la sixième séance de thérapie familiale

Nous avons fait aujourd’hui une grande découverte, que nous espérons vous voir tous chérir. Vous êtes une famille, et plus précisément, les Pierrafeu ! Giovanni est Fred, l’homme des cavernes costaud vêtu d’une peau de léopard, qui hurle « Wilma, ma massue !!! ». Luisa est Wilma, l’épouse bien élevée, qui n’épargnera pas la massue si elle se met en colère. Mariangela est Dino, le bébé dinosaure trop affectueux qui saute sur Fred chaque fois qu’il rentre à la maison. Et puis il y a Pebbles, leur fille, toujours en retrait. Malgré la peau de léopard et la massue, Fred se révèle souvent être un grand enfant maladroit au bon cœur, qui a tendance à se fourrer dans des situations délicates dont Wilma doit le sortir. C’est peut-être pour cela que Fred a toujours peur de Wilma et de sa colère, et qu’il ne se sent à l’aise qu’avec son copain Barney. Je ne sais pas qui est votre Barney, peut-être votre père ? Chez vous, il y a maintenant une situation où personne ne se sent apprécié ni aimé, et où chacun fait tout son possible pour être encore moins appréciable et aimable. En vérité, Fred, pardon, Giovanni, s’attendrait à être aimé et choyé comme il l’était par sa famille d’origine. Comme Luisa, Mariangela et le reste du monde ne sont pas ses parents, mais des personnes qui ont besoin de lui, elles rechignent à le traiter comme un enfant gâté ; Giovanni se met en colère, il geint et se plaint un peu, et quand il le fait, les autres lui répondent sur le même registre.

Même si nous comprenons mieux cela maintenant, et nous espérons que vous aussi, nous ne savons pas si vous saurez mettre de côté vos exigences pour répondre aux besoins les uns des autres, mais nous l’espérons sincèrement, parce que les Pierrafeu ont une famille charmante, alors que votre vie ressemble souvent à un cauchemar.

Nous vous reverrons tous le 16 février à 14 h 30.

Les groupes de thérapeutes sur WhatsApp et par courriel

WhatsApp permet de créer des groupes de discussion ; ce peut être un outil utile pour communiquer rapidement avec un groupe de personnes et coordonner ainsi les interventions thérapeutiques entre les thérapeutes qui travaillent avec des membres d’une même famille (ou avec des personnes liées d’une manière ou d’une autre). Si cela expose, d’un côté, au risque d’une uniformité excessive des interventions, cela permet aussi aux thérapeutes de rester en contact et de s’entraider dans les moments critiques. En outre, les discussions de groupe permettent de partager des informations qui peuvent être précieuses lorsque les personnes suivies sont réticentes : même si les données obtenues auprès des collègues ne peuvent pas être utilisées en séance, elles aident à orienter la discussion vers ces sujets qu’on préfère éviter. Enfin, les groupes peuvent constituer une ressource en apportant un soutien émotionnel aux thérapeutes qui peuvent parfois se sentir dans l’incertitude ou traverser un moment particulièrement difficile, et que la participation de leurs collègues au processus peut rassurer. La condition sine qua non à faire respecter est le respect le plus strict de la confidentialité due aux personnes suivies : obtenir leur consentement et limiter la participation à la discussion de groupe aux thérapeutes qui interviennent directement dans le travail sur le cas.

Un exemple de discussion de groupe WhatsApp entre trois thérapeutes

Dans le cas suivant, une famille de trois personnes est suivie en thérapie individuelle par trois thérapeutes. Les trois personnes ont été orientées vers un traitement individuel sur le conseil d’une personne amie de la famille qui partage avec les thérapeutes une formation systémique relationnelle.

Dr Jim suit Terry, l’épouse de Victor (en thérapie avec Dr Gail) ; Bernard, le fils, est suivi par Dr Zack. Le mariage de Terry et Victor alterne des moments d’attachement intense et des moments de détachement indifférent et rancunier. Victor est le dernier à avoir demandé un traitement, surtout sous la pression de sa femme ; il est très renfermé, il ne parle à personne de ses activités ni de son histoire familiale, pas même à son fils. Un homme réticent, capable d’entrer à l’hôpital pour une opération sans que personne le sache, et de réapparaître quelques jours plus tard au club nautique.

Voici la transcription des messages échangés dans une discussion de groupe par les trois thérapeutes :

14 septembre, 11 h 39, Dr Gail : J’ai une mauvaise nouvelle : Victor (le mari) ne répond pas aux messages que je lui ai envoyés. À ce stade, j’ai le sentiment qu’il me sera impossible de l’impliquer. Je le regrette terriblement parce qu’il allait mieux. Je me fie au vieux dicton « il ne faut jamais dire jamais… » mais pour l’instant je dois me retirer. Si vous me le permettez, je continuerai à suivre l’évolution de ce cas dans cette discussion. À bientôt.

14 septembre, 15 h 35, Dr Jim : Dr Gail, Victor est un patient très difficile à impliquer, et vous avez réussi… attendons de voir ce qui se passe… Lundi 23, après avoir vu Terry, j’écrirai de nouveau dans ce groupe. Travailler ensemble est une belle occasion de croissance personnelle et professionnelle. Bises à tout le groupe !!

15 septembre, 15 h 52, Dr Gail : Waouh Dr Jim, vous devez avoir des superpouvoirs… Devinez qui m’a envoyé un message ?

15 septembre, 15 h 53, Dr Zack : Victor, j’imagine ?

15 septembre, 15 h 54, Dr Gail : Exactement !

15 septembre, 16 h 45, Dr Zack : Je le savais, vous avez réussi à l’impliquer, et c’est le genre à ne s’engager complètement avec personne mais à garder tout le monde… je vous embrasse.

15 septembre, 16 h 50, Dr Gail : C’est exactement lui : il garde tout le monde, même la sœur qui crée tant de problèmes. Je vous tiens au courant si j’arrive enfin à le voir. Je vous embrasse.

15 septembre, 16 h 58, Dr Jim : Gail, et tout le groupe, cette nouvelle me fait tellement plaisir ! Je savais que vous aviez réussi à l’impliquer. Vous avez vraiment construit une alliance thérapeutique avec lui. Dans l’attente des prochaines nouvelles, bises à tout le groupe !

24 septembre, 14 h 35, Dr Jim : Bonjour à tout le groupe, hier j’ai vu Terry ; Victor lui a dit qu’à cause de ses problèmes de santé (hospitalisation, opération, etc.) il avait manqué quelques séances avec Dr Gail. Terry (l’épouse) l’a pressé de reprendre les séances, parce que quand il y va, il se sent beaucoup mieux !! Je la revois lundi prochain ; s’il ressort quelque chose d’utile, je vous le dirai. Bises à tout le groupe.

24 septembre, 14 h 49, Dr Gail : S’il ne se défile pas, croisons les doigts, je devrais le voir demain… on se parle demain.

25 septembre, 16 h 18, Dr Gail : Bonjour le groupe ! Je viens de voir Victor et nous avons eu une très belle séance. Il m’a dit qu’il était devenu végétarien (ce qui veut dire qu’il a vraiment eu peur de mourir) et cela a ouvert une discussion sur toutes ses peurs, y compris celles qui concernent sa sœur folle. Il a dit qu’il aimerait qu’à l’avenir tout reste exactement comme maintenant et que rien de désagréable n’arrive JAMAIS. J’ai répondu que les mauvaises choses arrivent et j’ai ajouté qu’il saurait y faire face aussi bien que par le passé, et même mieux ! Maintenant, il peut se battre aux côtés de Terry, et il a reconnu qu’elle est un grand soutien pour lui. J’ai conclu en disant que collaborer avec sa femme est la meilleure façon de lui faire sentir qu’elle est aimée.

Je ne tiens rien pour acquis avec cet homme, donc je n’ai aucune certitude qu’il ne se défilera pas à l’avenir… mais j’ai une certaine assurance que ce que je lui ai dit aujourd’hui a fait mouche, puisqu’il est sorti de la séance nettement content.

Les séances par appel vidéo

Est-il possible de mener toute une thérapie en ligne, sans qu’il y ait jamais de rencontre directe, en face à face, entre la personne suivie et la personne thérapeute ? Sauf empêchement grave, par exemple une personne suivie confinée chez elle par la maladie, nous déconseillons un plan de thérapie qui ne comprenne pas de rencontres régulières en présence. Nous savons combien un traitement peut être difficile ; il importe donc de noter que la demande d’un traitement à distance peut masquer une tentative de rester à distance, sans jamais entrer dans le cabinet de la personne thérapeute, qu’il soit virtuel ou physique. La même réserve vaut pour la personne thérapeute qui peut, inconsciemment, rechercher une relation à distance pour se protéger d’une implication excessive.

Même les thérapies dont les protocoles s’appuient peu sur les aspects émotionnels et l’improvisation ont besoin d’une implication émotionnelle de base pour être fécondes : simplement voir ou écouter la personne thérapeute ne peut remplacer la proximité physique qui, à elle seule, aide à faire naître la confiance. Pour décider si la personne thérapeute est digne de confiance, si la séance n’est qu’une leçon de théorie sur mesure ou si elle peut être une occasion de changer de vie, il faut entendre le ton de sa voix, voir son expression de près et percevoir sa stature réelle, pas seulement celle que restitue un écran de 4 ou 7 pouces.

La présence physique compte plus encore lorsque le traitement vise non seulement à réduire les symptômes, mais aussi le trouble de la personnalité sous-jacent ; dans ce cas, l’alliance thérapeutique est, per se, l’outil thérapeutique le plus puissant (Cancrini 2006 ; Smith Benjamin 2003).

Pour des raisons fortuites (urgences, indisponibilité temporaire du lieu de consultation, etc.) ou en raison d’événements de vie particuliers (déménagement de la personne suivie ou de la personne thérapeute, maladie de l’une ou de l’autre, longues interruptions dues aux vacances), il peut être nécessaire de tenir parfois des séances à distance.

Dans ce cas, les outils de visioconférence peuvent être un instrument valable pour éviter l’interruption du travail thérapeutique et assurer une certaine continuité, de la manière la plus proche possible de l’habitude, en évitant la séquentialité des messages écrits et en maintenant le sentiment (l’illusion ?) d’un entretien direct. Malgré la commodité indéniable de ces moyens, la gestion du cadre en ligne devient un enjeu important. Les séances en ligne ne sont pas une simple transposition technique d’une séance en face à face (Mingione et al. 2016), puisqu’elles acquièrent de nouvelles dimensions communicationnelles.

D’abord et avant tout, le décor peut différer du cadre auquel la personne suivie et la personne thérapeute sont habituées ; dans le cabinet, chaque élément s’inscrit dans un contexte professionnel. En visioconférence, l’une des parties au moins se trouvera forcément dans un contexte différent de l’habitude. De nombreux éléments entreront donc dans le cadre et pourront demander une attention particulière : les tableaux accrochés au mur (du côté de la personne suivie, ils peuvent fournir un sujet pour la séance ; du côté des thérapeutes, ils peuvent révéler des aspects de leur vie privée qu’il vaudrait mieux ne pas partager), l’éclairage, les images, les photos de proches… sans parler des animaux domestiques.

La personne thérapeute peut entrer dans le monde de la personne suivie de manière plus directe que ce qui est possible en séance, et cet élément aussi demande une réflexion attentive et peut devoir être abordé pendant la séance elle-même.

Il est essentiel que la personne suivie et la personne thérapeute soient seules, dans une pièce qui garantisse la confidentialité pendant toute la durée de l’entretien, sans possibilité qu’un tiers entende par hasard ou, pire, entre dans la pièce pendant la séance. Il peut falloir plus de temps pour commencer la séance, car chacune des deux parties devra s’adapter au nouveau cadre ; après quelques minutes cependant, l’écart avec la séance habituelle s’atténuera, et disparaîtra peut-être complètement si une solide alliance de travail est déjà établie.

Une autre question importante concerne le paiement des séances. Nous avons souvent entendu parler de thérapeutes qui, à la suite de leur propre déménagement ou de celui de la personne suivie, poursuivent la thérapie en ligne en demandant des honoraires plus bas. D’un point de vue systémique, chaque action constitue une communication importante ; faire payer moins cher une séance en ligne qu’une séance en face à face dévalorise donc automatiquement la séance elle-même. La personne suivie recevra le message que 45 ou 60 minutes en ligne valent moins que 45 ou 60 minutes en présence. À partir de ce moment, le traitement sera dévalorisé comme un travail de seconde catégorie. Il se peut que des thérapeutes le vivent comme une perte, en pensant ne pas pouvoir offrir en ligne la même qualité de relation que dans leur cadre habituel ; c’est particulièrement vrai si ces thérapeutes estiment qu’une séance en ligne demande moins d’engagement, d’attention ou de participation qu’une séance en présence. Pour toutes ces raisons, il est essentiel que la personne thérapeute se demande avec soin s’il convient de poursuivre un traitement en ligne ou si, compte tenu de la dévalorisation financière et relationnelle du processus, il ne vaudrait pas mieux orienter la personne suivie vers une autre personne thérapeute.

Comme c’est l’usage pour les séances ordinaires, le rendez-vous de la séance en ligne suivante doit être fixé à la fin de la précédente ; pour les séances à distance, il faut tenir compte notamment des décalages horaires et des conditions de confidentialité nécessaires pour la personne suivie comme pour la personne thérapeute.

Comme la technologie permet aujourd’hui de faire une visioconférence non seulement depuis un ordinateur de bureau mais aussi depuis un smartphone ou une tablette, il importe que la personne thérapeute n’improvise pas le lieu de la séance. Il faut respecter la forme et les formalités pour remplacer la confidentialité, la continuité et la discrétion qu’offre habituellement le cabinet.

Un exemple de thérapie par visioconférence

Le patient a donné son consentement à la présentation d’une version modifiée du nom et des données de son histoire.

Nicolò est un beau jeune homme de 33 ans, habillé à la mode en vêtements décontractés de créateur ; il est adressé en thérapie par sa mère. Il se plaint d’aspects dépressifs, d’un sentiment d’instabilité et surtout d’une difficulté à prendre des décisions, ce que sa profession exige de lui. Il est né dans un quartier populaire et a passé beaucoup de temps au coin des rues dès l’âge de 6 ans, quand ses parents ont divorcé. Il a exercé de nombreux métiers (serveur, vendeur, livreur, organisateur de fêtes…) avant de trouver sa véritable vocation : il est devenu organisateur d’événements et un gestionnaire très efficace, a fondé sa propre entreprise et promeut ses produits par des vidéos formidables et bien faites. Il souligne avec fierté que, contrairement à bien des camarades d’enfance du même quartier populaire, qui ont fini dans la drogue et la délinquance, il a su se transformer en manager vraiment prospère, troublé seulement par quelques moments persistants et incompréhensibles d’insécurité et d’anxiété. Tandis que sa mère vit en Italie, dans une maison qu’il lui a achetée, il passe l’essentiel de son temps sur une île grecque, où il a récemment ouvert une nouvelle antenne de son entreprise, dont le siège était et reste en Croatie. Il vit avec sa petite amie, dont il apprécie beaucoup les qualités professionnelles et personnelles ; elle est aussi sa principale assistante et collaboratrice. La vie qu’ils mènent, fondée sur un travail saisonnier qui l’occupe surtout la nuit, entre fêtes et événements qui durent jusqu’à l’aube, crée des tensions dans leur relation par ailleurs affectueuse et complice, qui peine à se consolider.

En explorant les événements qui ont entouré l’ouverture de sa nouvelle antenne, qui coïncidait avec l’apparition de ses symptômes, il est apparu qu’en Croatie il avait subi de fortes pressions de la part d’une puissante entreprise concurrente qui voulait reprendre la sienne, ce qui a conduit Nicolò à transférer ses ressources dans une autre région, où la concurrence était moindre. Cela n’a toutefois pas suffi à réduire le sentiment d’instabilité qui l’envahissait, et il a développé la peur que cette concurrence le poursuive jusque dans son nouveau lieu d’implantation.

Après les premières séances, où nous avons exploré la peur de redescendre du statut d’étoile montante de l’économie touristique à celui de garçon du quartier populaire, nous avons commencé à travailler à la reconstruction de son estime de soi et à lui apporter un soutien psychologique. Nicolò doit retourner sur l’île grecque, et dès lors il devient de plus en plus difficile de le recevoir au cabinet du thérapeute ; il devient nécessaire de programmer des séances de 40 minutes au moyen d’un outil de visioconférence, d’abord tous les quinze jours, puis une fois par mois.

Lors de la première de ces rencontres en ligne, le thérapeute est chez lui ; derrière lui est accrochée l’affiche d’un congrès, dont un exemplaire est aussi accroché dans son cabinet. Il porte sa tenue de travail formelle, costume et cravate. Nicolò porte un vieux t-shirt sale ; il n’est pas rasé, assis à sa table de cuisine des années 1970, une passoire à pâtes accrochée derrière lui. Le thérapeute fait une remarque sur la différence avec l’apparence habituelle du jeune homme et apprend que le mobilier est celui avec lequel Nicolò a grandi dans la maison de sa mère, et qu’il l’a emporté en Grèce en déménageant. Cela amène Nicolò à s’ouvrir sur ses peurs : il a peur de l’échec, qui le renverrait, sans emploi, dans ce quartier misérable ; il a peur du succès, qui le séparerait encore davantage de ce monde auquel il se sent appartenir et, peut-être, de sa mère, avec qui il a grandi. Il vit constamment cette division entre la peur de revenir en arrière et la peur d’aller trop loin en avant, et il met ces peurs à distance en les attribuant à la persécution agressive et à la concurrence de sa rivale. En même temps, cette insécurité persistante, avec ses manifestations symptomatiques périodiques, lui sert de justification pour ne pas se séparer pleinement de sa mère, ne pas aller de l’avant et ne pas fonder sa propre famille. De fait, sa cohabitation heureuse avec sa petite amie est périodiquement interrompue par des ruptures pendant lesquelles il retourne chez sa mère.

La thérapie se poursuit avec d’excellents résultats, à raison de deux ou trois visioconférences pour chaque séance en face à face. L’usage de la visioconférence a permis à Nicolò de montrer au thérapeute son visage caché, et le thérapeute a pu intervenir tôt dans le processus sur une question de personnalité : la difficulté du jeune homme à devenir pleinement adulte, entravée par ses vieilles peurs de perte financière et affective.

Les thérapeutes et les réseaux sociaux

Nous savons qu’aujourd’hui encore le métier de thérapeute est un métier peu « social » : par exemple, il n’est pas recommandé qu’une personne thérapeute se connecte sur Facebook ou Instagram avec les personnes qu’elle suit, et il vaut mieux que son profil sur les réseaux sociaux garde une grande crédibilité et un haut niveau de confidentialité (imaginez-vous la réaction des personnes que vous suivez découvrant en ligne une photo de vous en bikini, ou en train de faire la fête au lycée ?). Il devient de plus en plus difficile de rester en dehors de l’univers des réseaux sociaux, puisque celui-ci s’est, d’une certaine façon, insinué dans la vie de tout le monde. Par « réseau social », nous entendons l’ensemble des logiciels et des plateformes qui favorisent la construction de réseaux et de liens virtuels permettant aux personnes inscrites de se connecter entre elles et de partager toutes sortes de contenus numériques (texte, audio, vidéo, etc.). Les réseaux sociaux exigent en général une forme d’inscription et la création d’un profil personnel protégé par un mot de passe ; il est aussi généralement possible d’y faire des recherches pour localiser et identifier d’autres personnes inscrites et les organiser en groupes. Les informations partagées varient d’un réseau à l’autre ; elles peuvent comprendre des données personnelles (orientation religieuse, affiliation politique, préférences sexuelles, etc.) et des données professionnelles.

Les réseaux sociaux n’utilisent pas seulement des contenus : ils peuvent en produire ; en ce sens, le web devient un environnement interactif à travers lequel on peut diffuser des idées, des liens et des contenus multimédias.

En raison de l’usage très répandu des réseaux sociaux, la sociologie a qualifié notre époque d’ère du réseau de personne à personne (Rainie et Wellman 2012) : les échanges sociaux ne se déroulent plus exclusivement au sein de systèmes prédéterminés comme la famille, les groupes, le voisinage, mais se vivent intensément avec des individus qui entrent dans le réseau d’une personne.

Comment gérer notre identité en ligne sans répercussions sur nos relations hors ligne et sur le cadre thérapeutique ?

Pour les réseaux professionnels comme LinkedIn, la personne inscrite est guidée pour remplir son profil en n’y ajoutant que des informations professionnelles ; ces réseaux sociaux deviennent des outils importants pour rassembler en un seul endroit toutes les informations que nous souhaitons rendre publiques sur nous-mêmes. Comme les blogs ou les sites personnels, ces réseaux permettent de contrôler les informations mises en ligne et de gérer son identité en ligne afin de maîtriser des informations qui pourraient devenir gênantes si elles étaient publiques. L’une des personnes qui signent cet article, par exemple, a un homonyme qui chante professionnellement et tient une page YouTube très active. Cette découverte s’est faite lors des premières séances avec un patient qui, grand amateur de karaoké, émaillait tout l’entretien de commentaires et de plaisanteries sur le chant (des remarques du genre « on se comprend, Dr ») que la personne thérapeute ne parvenait pas vraiment à comprendre. Après que cela a été rendu explicite lors de la deuxième séance, le patient a révélé qu’il avait cherché la personne thérapeute sur Google et que, ayant trouvé la page YouTube de cet homonyme, il avait supposé qu’il s’agissait de la même personne menant une double vie (costume et queue-de-cheval le jour ; paillettes et perruque rose la nuit). Le patient désirait tant être accepté et accueilli qu’avant même de commencer la thérapie il avait déjà repéré ces liens profonds avec la personne thérapeute !

C’est précisément pour cette raison, pensons-nous, qu’il est important que les thérapeutes disposent d’un espace virtuel (une page Facebook, un blog, un profil LinkedIn) dont le contenu et la diffusion restent sous leur contrôle.

Pour les réseaux sociaux comme Facebook, une page publique peut être pour une personne thérapeute un moyen de gagner en visibilité, si le contenu publié a du sens. La plupart des pages de thérapeutes fournissent des informations limitées et des phrases toutes faites qui ont peu à voir avec leur métier : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » est l’une des citations typiques qu’on peut lire sur un profil public de thérapeute, et c’est d’ailleurs l’une des phrases les plus citées du Petit Prince (de Saint-Exupéry 1943).

Quant à la gestion d’un profil privé, elle ne devrait pas poser de problème si la personne thérapeute maintient un haut niveau de confidentialité ; il reste de bonne pratique de faire preuve de prudence dans le choix des photos de profil.

Un autre problème important est le réseau des contacts en ligne. Il est très probable qu’une fois leurs coordonnées obtenues, des personnes susceptibles de consulter cherchent des informations en ligne sur la personne thérapeute, et il est possible qu’en consultant son profil Facebook elles découvrent une connaissance commune. Ce n’est pas propre aux relations en ligne, car cela peut arriver aussi dans la vie réelle, mais dans certains cas cela peut conduire à des situations qui doivent être discutées en thérapie. Par exemple, une patiente, ayant consulté la page Facebook de la personne qui la suivait, a découvert une connaissance commune avec qui elle avait de graves différends, à la fois professionnels et financiers. Cela l’a amenée à s’ouvrir lors de la deuxième séance en disant : « Si je choisis de venir ici, j’ai besoin de savoir que je peux parler de tout ce dont j’ai besoin. Le fait que X figure parmi vos contacts Facebook me fait me demander si je peux vous parler des très gros problèmes que j’ai avec X ». Cette ouverture s’est révélée un moment très important pour l’établissement de l’alliance thérapeutique et d’un contrat de thérapie.

Conclusions

La psychothérapie est le dernier des arts magiques, par lequel les humains tentent de se changer eux-mêmes, de changer les autres et la réalité de leur monde en se servant d’eux-mêmes et de leurs mots. Le monde cybernétique semble témoigner du triomphe de la science, un monde où chaque individu peut trouver, grâce à une application, la solution à son problème psychologique ou existentiel.

Il s’agit en réalité d’une opposition qui n’existe pas : que des séances se déroulent en face à face ne garantit pas leur efficacité, et l’existence de mille applications d’aide à soi-même ne témoigne pas de leur utilité (si elles fonctionnaient vraiment, il y en aurait moins).

La magie se sert d’outils techniques, comme les baguettes magiques, les amulettes, les écrans de fumée et les miroirs, et tout progrès dans la mise au point de ces outils peut simplifier le travail de qui pratique la magie comme celui de sa clientèle. La technologie peut aider chacune et chacun d’entre nous à gagner un peu de confiance, ne serait-ce que par effet placebo, face à de petits obstacles, lorsque ces outils peuvent nous rassurer. Nous pensons que les nouvelles technologies de communication peuvent servir à compléter le traitement en face à face, mais qu’elles ne peuvent pas le remplacer.

Sherry Turkle, qui enseigne les études sociales de la science et de la technologie au MIT, partage notre position ; Turkle s’inquiétait de la baisse de 40 % des capacités empathiques de la population étudiante observée au cours des trente dernières années, attribuée, dans une recherche menée à l’université du Michigan (Konrath et al. 2011), au développement des nouvelles technologies. En vérité, affirme Turkle, les psychothérapeutes « ont l’expertise du type de conversation dont la culture numérique a le plus besoin : le type d’échange qui est plus interpersonnel que transactionnel » (Turkle 2016).

Il est impossible de prévoir les développements incroyablement rapides de la technologie ; dans les années 1920, la proposition d’une personne technicienne d’une firme de pianos automatiques, qui vantait un instrument capable de reproduire 16 degrés d’intensité dynamique du son, fut rejetée par Artur Schnabel, figure majeure du piano, qui déclara : « Malheureusement, j’en utilise dix-sept » (Gaisberg 1947).

La variété des interactions qu’un être humain peut produire, malgré ses erreurs ou ses imperfections, sera toujours supérieure aux programmes et aux protocoles, qui limitent l’expressivité dans les concerts en direct comme dans la thérapie. Cette qualité interpersonnelle, que la rencontre en face à face apporte en surplus, aura toujours un temps d’avance sur les possibilités qu’offre une reproduction programmée.

Complexe Systémique : à retenir

Écrit en 2017, avant la généralisation de la visio, le texte vaut moins par ses données, il n’en a pas, que par sa grille de lecture : la pragmatique de la communication appliquée à la messagerie. Accusé de lecture, délai de réponse, signature, majuscules ou minuscules, tarif d’une séance en ligne : tout est message sur la relation, et l’héritage milanais se retrouve jusque dans le retour de fin de séance envoyé par courriel à chaque membre de la famille. Pour la clinique, plusieurs repères sont directement utilisables : signer ses messages comme marqueur de contexte, ramener en séance les excès d’écrits, ne pas baisser ses honoraires en ligne, soigner le décor de la visio, et tenir sur les réseaux sociaux une image cohérente avec celle du cabinet. La lecture critique porte sur deux points. Le ton de certaines réponses, ironique ou sèche, ne se comprend qu’adossé à une alliance solide et à un style personnel. Et le groupe WhatsApp où trois thérapeutes d’une même famille échangent des informations, même avec consentement, pose une question de triangulation et de confidentialité que l’article effleure à peine. À lire avec l’étude de Manfrida et Eisenberg sur les SMS en psychothérapie, et avec l’article sur l’alliance thérapeutique en thérapie de couple en ligne.

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Traduction non officielle en français de Connexion : recommandations et techniques pour employer les outils d’internet au service des relations thérapeutiques en ligne. Expériences italiennes, par Gianmarco Manfrida, Valentina Albertini et Erica Eisenberg, Contemporary Family Therapy, vol. 39, no 4 (2017), doi : 10.1007/s10591-017-9439-5, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau 1 non reproduit). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Connected: Recommendations and Techniques in Order to Employ Internet Tools for the Enhancement of Online Therapeutic Relationships. Experiences from Italy », publié dans Contemporary Family Therapy (2017) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Manfrida, G., Albertini, V., et Eisenberg, E. (2017). Connexion : recommandations et techniques pour employer les outils d’internet au service des relations thérapeutiques en ligne. Expériences italiennes (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/connexion-recommandations-et-techniques-pour-les-relations-therapeutiques-en-ligne (Œuvre originale publiée en 2017 dans Contemporary Family Therapy, 39(4), 314-328 (2017) ; republiée en 2017 par Contemporary Family Therapy, https://link.springer.com/article/10.1007/s10591-017-9439-5)

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