Journal of Marital and Family Therapy · Thérapie familiale
L’intelligence émotionnelle a conquis la culture ; pas la pensée systémique. William J. Doherty et son équipe (universités du Minnesota, Brigham Young et d’Hawaï) proposent de nommer une capacité que la thérapie peut développer : comprendre les triangles, les loyautés et les tiers qui pèsent sur un couple, et savoir y agir. Familles recomposées, maladie, conflits idéologiques : l’article montre où les modèles dyadiques s’arrêtent, et esquisse une mesure et un programme de formation.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de L’intelligence des systèmes familiaux en thérapie de couple et de famille, et au-delà, par William J. Doherty, Adam R. Fisher et Nathan R. Hardy, publié dans Journal of Marital and Family Therapy (Wiley) (2026), doi : 10.1111/jmft.70136, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Pour ce qui est du fonctionnement familial, l’intelligence émotionnelle est une brique importante, mais elle est loin d’être tout l’édifice.
William J. Doherty, Adam R. Fisher et Nathan R. Hardy
Résumé
Cet article présente l’intelligence des systèmes familiaux comme une capacité qui va au-delà de l’intelligence émotionnelle et porte sur la manière dont les individus comprennent les difficultés familiales et y répondent efficacement, de façon à favoriser la santé personnelle et relationnelle. Après avoir défini le concept général d’intelligence systémique, nous définissons l’intelligence des systèmes familiaux et distinguons un niveau dyadique et un niveau multilatéral. Nous soutenons que les modèles de thérapie de couple sont parfois insuffisants lorsque les couples font face à des questions qui engagent des systèmes familiaux plus larges. Nous illustrons ces idées dans trois domaines où les dynamiques impliquant des tiers sont centrales : les familles recomposées, les familles confrontées à la maladie et les différences idéologiques. Nous décrivons un premier travail sur une mesure de l’intelligence des systèmes familiaux fondée sur la performance, en vue d’une évaluation utilisable à grande échelle au service de la recherche et de la formation. Nous concluons sur les implications pour renforcer la formation des thérapeutes à la compétence systémique et pour influencer la culture au sens large.
Mots-clés : thérapie de couple, intelligence émotionnelle, systèmes familiaux, thérapie familiale médicale, dynamiques multilatérales, évaluation fondée sur la performance, familles recomposées, pensée systémique, intelligence systémique, formation
Cet article introduit dans le champ de la thérapie de couple et de famille le concept d’intelligence des systèmes familiaux, en prolongeant des idées développées auparavant pour les sciences de la famille (Doherty 2024). L’idée de base est que l’intelligence des systèmes familiaux va au-delà de l’intelligence émotionnelle : elle décrit la capacité d’une personne à comprendre les interactions de couple et de famille telles qu’elles se déploient dans la vie quotidienne, et à y répondre efficacement, de façon à favoriser la santé personnelle et relationnelle. Bien qu’elle s’appuie sur les théories fondatrices de la thérapie familiale, l’intelligence des systèmes familiaux est une capacité personnelle que l’on peut développer chez les personnes suivies, et non une approche d’intervention.
Après avoir défini le concept général d’intelligence systémique et l’idée particulière d’intelligence des systèmes familiaux, nous distinguons les niveaux dyadique et multilatéral des systèmes familiaux et soutenons que le second peut parfois être nécessaire pour comprendre et traiter les relations dyadiques. Nous appliquons ces idées aux dynamiques des familles recomposées et aux familles aux prises avec la maladie et avec des différences idéologiques. Enfin, nous décrivons un premier travail sur une mesure de l’intelligence systémique à des fins de recherche et de formation, et nous discutons des implications d’un élargissement des objectifs des thérapies d’orientation systémique : renforcer l’intelligence systémique, en thérapie et dans la culture au sens large.
Contestant la conception strictement cognitive et unitaire de l’intelligence, Gardner (1983) a proposé que l’intelligence comporte différents types, dont l’un qu’il a appelé intelligence intrapersonnelle, c’est-à-dire la capacité à se comprendre soi-même et à comprendre ses émotions. Par la suite, Salovey et Mayer (1990) ont proposé un modèle complet de l’intelligence émotionnelle, définie comme la « capacité à observer ses propres sentiments et émotions et ceux d’autrui, à les distinguer et à utiliser cette information pour guider sa pensée et ses actions » (p. 189). Au cours des décennies suivantes, l’intelligence émotionnelle est devenue un concept fécond et largement utilisé, en recherche comme en application, dans de nombreux domaines (par ex. Chen et al. 2025 ; Joseph et Newman 2010).
Le terme d’intelligence émotionnelle est entré dans la culture générale par le best-seller de Goleman (1995), Emotional Intelligence: Why It Can Matter More Than IQ. Goleman soutenait que l’intelligence émotionnelle est un facteur décisif dans les relations personnelles et la performance au travail (voir aussi Srivastava 2013). Ses écrits pour le grand public ont été suivis par ceux de nombreuses autres plumes (par ex. Bradbury 2023). L’intelligence émotionnelle a été appliquée aux familles par des livres qui accompagnent les parents dans le développement de l’intelligence émotionnelle de leurs enfants (par ex. Tobias et Elias 2000). Dans toute cette littérature, l’accent principal a porté sur la compréhension et la régulation de ses propres émotions, et sur la capacité à lire les émotions des autres et à y répondre efficacement. Aussi utile que ce concept ait été pour la recherche et pour le public, nous pensons qu’il est limité par sa focalisation sur l’émotion, au détriment relatif des interactions sociales et comportementales et du contexte social (Doherty 2024). Pour ce qui est du fonctionnement familial, l’intelligence émotionnelle est une brique importante, mais elle est loin d’être tout l’édifice.
La pensée systémique a été introduite dans le monde de la thérapie par des figures pionnières de la thérapie familiale comme Gregory Bateson (1972), Murray Bowen (1976) et Salvador Minuchin (1974). Une idée fondamentale était que les interactions entre les personnes prennent une vie propre et influencent les actions et leurs issues au-delà des caractéristiques des individus. Les interactions triangulaires, en particulier, deviennent les briques des dynamiques familiales, et changer ces dynamiques peut être nécessaire pour libérer les individus des problèmes de leur vie. À l’exception de Bowen, cependant, dont le modèle d’intervention s’attachait à aider les personnes à comprendre comment les dynamiques de leur famille d’origine se rejouent aujourd’hui, les modèles fondateurs de la thérapie familiale se centraient davantage sur la connaissance des systèmes familiaux par la personne thérapeute que sur la manière dont les personnes suivies comprenaient leurs propres systèmes. Les résultats visés étaient l’amélioration du fonctionnement familial et individuel, non la compréhension par la famille des dynamiques de ses systèmes. Dans cet article, nous nous appuyons sur le socle des théories des systèmes familiaux pour en formuler les implications pour le développement personnel, sous la forme de l’intelligence des systèmes familiaux.
Nous partons du concept général d’intelligence systémique, introduit dans la littérature universitaire par Saarinen et Hämäläinen (2007), spécialistes finlandais de la théorie des organisations, pour décrire la capacité d’un individu à comprendre des organisations complexes et à y agir de manière constructive. (La personne qui signe en premier le présent article employait le terme d’intelligence systémique dans la formation des thérapeutes avant de découvrir les travaux publiés de Hämäläinen et Saarinen.) Le besoin d’un concept d’intelligence systémique est né d’une critique de l’accent mis par la psychologie sur l’intelligence émotionnelle, jugée trop individualiste et intrapsychique pour rendre compte de ce dont les personnes ont besoin pour être efficaces dans des organisations complexes. Hämäläinen et Saarinen se sont appuyés sur l’abondante littérature de la théorie des systèmes remontant à von Bertalanffy (1968), sans toutefois montrer de familiarité avec la théorie des systèmes familiaux. Leur innovation a consisté à formuler l’intelligence systémique non comme une théorie des systèmes ou un ensemble de pratiques professionnelles, mais comme une capacité humaine que l’on peut cultiver pour aider les personnes à être plus efficaces dans les systèmes où elles sont insérées.
Dans une critique analogue des limites de l’intelligence émotionnelle, Doherty (2024) a soutenu que des individus peuvent avoir un haut niveau d’intelligence émotionnelle tout en manquant d’une lucidité comparable sur leurs propres systèmes relationnels. Cela explique un phénomène que connaissent les thérapeutes de couple : des personnes engagées de longue date dans une thérapie individuelle, qui ont une compréhension fine de leur vie émotionnelle intérieure, manquent souvent d’une compréhension élémentaire de leur propre contribution aux schémas relationnels qui les font souffrir. Par exemple, des personnes qui ont acquis une lucidité intrapsychique endossent parfois, auprès de leur partenaire, un rôle de thérapeute dont on ne veut pas ; la réaction habituelle est l’opposition, démontrant ainsi qu’elles ne sont pas aussi éclairées qu’elles le croient, avec toute la thérapie dont elles ont bénéficié. L’intelligence émotionnelle que ne vient pas équilibrer une intelligence des systèmes interpersonnels peut déformer les relations.
Dans cet article, nous traitons l’intelligence systémique comme une capacité humaine englobante, et l’intelligence des systèmes familiaux comme son application aux systèmes intimes et familiaux. Saarinen et Hämäläinen (2007) ont proposé la définition suivante de l’intelligence systémique et décrit la manière dont elle se manifeste :
Par intelligence systémique, nous entendons un comportement intelligent dans le contexte de systèmes complexes faits d’interactions et de rétroactions. Une personne qui agit avec intelligence systémique s’engage avec succès et de manière productive dans les mécanismes de rétroaction globaux de son environnement. Elle se perçoit comme partie d’un tout, perçoit l’influence du tout sur elle-même comme sa propre influence sur le tout. En observant sa propre interdépendance dans cet environnement riche en rétroactions, elle est capable d’agir intelligemment.
(p. 1)
On notera que le concept comporte une composante cognitive (comprendre les dynamiques systémiques) et une composante comportementale (agir efficacement au sein d’un système).
Nous pensons que ce concept général d’intelligence systémique est le plus utile lorsqu’on l’applique à des systèmes particuliers, comme la recherche l’a fait pour les systèmes économiques et écologiques (Törmänen et al. 2022 ; Sweeney et Sterman 2007). Pour ce qui est de cette intelligence propre à un domaine, la capacité à penser et à agir intelligemment au sein d’une entreprise ou d’un système politique ne se transposerait pas nécessairement à son propre système familial, et inversement (même si l’on pourrait soutenir que saisir les principes systémiques dans un contexte aide à apprendre à les appliquer dans d’autres). Toute personne thérapeute a déjà suivi des personnes qui évoluent dans leur univers professionnel avec lucidité, nuance et habileté, tout en restant complètement désemparées devant les dynamiques de leur propre couple et de leur famille. Et, en toute justice, bien des thérapeutes à la solide intelligence des systèmes familiaux perdraient vite pied s’il leur fallait diriger une grande entreprise.
Pour le domaine familial, nous définissons l’intelligence des systèmes familiaux comme la capacité à comprendre les dynamiques des interactions familiales et à agir efficacement au sein de ces relations. (Le terme de famille peut s’appliquer largement aux relations proches qui comportent une histoire, une interdépendance et un engagement.) Les postulats centraux sont ici que les personnes diffèrent non seulement par leurs rôles au sein d’un système familial, mais aussi par leur capacité à comprendre ce système et à y agir, et qu’une thérapie d’une grande finesse systémique peut aider les personnes non seulement à résoudre leurs problèmes relationnels immédiats, mais aussi à développer une plus grande intelligence des systèmes familiaux et à mieux affronter les difficultés à venir. Autrement dit, le rôle des thérapeutes est idéalement non seulement de résoudre des problèmes, mais aussi de bâtir des capacités d’intelligence des systèmes familiaux. Puisque cette capacité peut se développer avec le temps, la thérapie peut être un agent important de développement personnel dans les périodes de détresse.
On notera que l’intelligence des systèmes familiaux a une dimension cognitive et une dimension comportementale : comprendre les schémas de sa famille, et être capable d’agir efficacement à la lumière de ces schémas. Cela soulève la question de savoir si les individus doivent être capables de conceptualiser et de formuler des notions systémiques complexes. Nous pensons que les individus peuvent avoir une connaissance implicite aussi bien qu’explicite des systèmes familiaux. On peut avoir des intuitions fondées sur l’expérience sans toujours pouvoir les expliquer en termes conceptuels. Ce point concorde avec la recherche sur l’intuition sociale, c’est-à-dire la manière dont les personnes apprennent les régularités comportementales de leur monde social sans forcément pouvoir formuler le fondement de leurs jugements (voir Lieberman 2000). L’intelligence des systèmes familiaux n’exige donc pas l’usage de concepts systémiques explicites. Comme l’a illustré Doherty (2024),
l’aphorisme « le sang parle au sang », quand il s’agit de négociations difficiles avec la belle-famille, traduit une compréhension de l’attachement différencié et des dynamiques de loyauté. Les couples qui conviennent que la personne liée par la relation familiale d’origine doit prendre la main dans les conversations potentiellement tendues avec la famille d’origine font peut-être preuve d’intelligence systémique sans en formuler une explication conceptuelle explicite.
(p. 736)
L’intelligence des systèmes familiaux suppose donc une compétence éclairée pour agir efficacement dans son système familial, la part « éclairée » pouvant être explicite ou intuitive. Dans cette perspective, la compréhension cognitive seule ne suffit pas, de même que la conscience émotionnelle de soi sans autorégulation ne suffit pas à l’intelligence émotionnelle. À l’inverse, se contenter de suivre les indications d’une personne thérapeute, par exemple pour établir une meilleure frontière entre le sous-système parental et le sous-système des enfants, ne renforce pas nécessairement l’intelligence des systèmes familiaux si le parent ne comprend pas pourquoi cette frontière est importante et en quoi elle faisait défaut jusque-là. Cet exemple rejoint la question évoquée plus haut : les modèles de thérapie familiale aident-ils les personnes à comprendre ce qui se passe dans leur famille, dans le mouvement même où ces dynamiques changent ?
Nous introduisons ensuite une distinction entre l’intelligence liée aux systèmes dyadiques et celle liée aux systèmes multilatéraux dans les familles, une différence qui a d’importantes implications conceptuelles et cliniques.
L’intelligence des systèmes dyadiques (ci-après intelligence dyadique) désigne la capacité à comprendre les couples et les autres relations proches de personne à personne, et à y agir efficacement. L’intelligence des systèmes familiaux multilatéraux (ci-après intelligence de niveau familial) englobe à la fois les relations dyadiques et des dynamiques plus larges impliquant trois membres de la famille ou davantage. Si les deux niveaux sont systémiques, leur portée diffère.
Le champ de la thérapie de couple s’intéresse aux propriétés émergentes des relations dyadiques, qui transcendent les dynamiques psychologiques de chacun des membres du couple. Les thérapeutes de couple aident les partenaires à comprendre comment le couple co-crée des schémas tels que demande-retrait ou évitement du conflit, et leur montrent comment infléchir ensemble ces schémas dans des directions plus saines. Quelles que soient les orientations théoriques qui sous-tendent les modèles de thérapie de couple, tous soulignent l’importance du système interactionnel du couple, qui transcende les dynamiques psychologiques individuelles (Lebow et Snyder 2023 ; Snyder et Lebow 2024). Autrement dit, malgré des différences dans le poids qu’ils accordent aux problèmes psychologiques individuels comme sources des difficultés du couple, tous les modèles de thérapie de couple préparent les thérapeutes à évaluer les schémas d’interaction actuels et à intervenir sur eux comme voie essentielle de guérison. Cela contraste avec l’approche de thérapeutes d’orientation individuelle, qui traitent les couples surtout en fonction de leurs problèmes psychologiques individuels, avec une attention limitée à leurs dynamiques systémiques interpersonnelles.
De même que l’intelligence dyadique constitue un saut important au-delà de l’intelligence émotionnelle, il en va de même pour l’intelligence de niveau familial. Nous soutenons que les relations multilatérales exigent un degré de compréhension et de compétence interpersonnelle supérieur à ce que requièrent les relations de personne à personne. Cette distinction reflète une idée centrale de la thérapie familiale systémique (Bowen 1976 ; Minuchin 1974) : la véritable pensée systémique commence avec les triades, qui mettent en jeu les complexités des triangles, des coalitions, des frontières intergénérationnelles et des loyautés concurrentes. Mathématiquement, une dyade comporte une seule relation bilatérale, alors qu’une triade implique six relations : trois relations bilatérales, plus trois relations triangulaires où chaque individu est en relation avec la relation entre les deux autres. Par exemple, un enfant est en relation non seulement avec chacun de ses parents, mais aussi avec la relation entre ses parents. Les membres d’une famille ont des liens non seulement les uns avec les autres, par une série de relations dyadiques, mais aussi avec les schémas relationnels en cours entre les membres de la famille (dans des relations triadiques et au-delà).
Pour faire sentir le saut de complexité entre dyades et triades, prenons une analogie bien connue de l’astrophysique. Comme l’explique Montgomery (2019), dans les systèmes composés de deux corps célestes en interaction, comme une planète et une étoile, leurs mouvements peuvent être prédits avec une grande précision par la physique classique. Mais lorsqu’un troisième corps entre dans le système, les interactions deviennent exponentiellement plus complexes. Le « problème à trois corps » désigne la difficulté de prédire le mouvement de trois corps en interaction gravitationnelle, qui engendre des propriétés non linéaires et émergentes rendant la prédiction extrêmement difficile. Le scénario à trois corps ne livre généralement qu’un éventail d’issues probables, non une trajectoire exacte unique. Cela illustre les dynamiques particulières qui surgissent lorsqu’un tiers interagit de façon significative avec un système dyadique. De nouveaux outils sont nécessaires pour comprendre ce qui se passe.
Pour des raisons compréhensibles, la plupart des modèles de thérapie de couple se centrent sur les schémas de communication dyadique, les dynamiques d’attachement et la résolution de problèmes entre les deux partenaires qui se présentent en thérapie (voir Lebow et Snyder 2023). La thérapie de couple a accordé moins d’attention aux relations avec des tiers susceptibles d’influencer le fonctionnement d’un couple : relations avec les enfants, les parents, la fratrie, les ex-conjoints, les amitiés proches, les employeurs ou d’autres professions du soin. Nous proposons que la gestion des tensions de couple liées à ces tiers peut bénéficier d’une forme d’intelligence qualitativement différente de celle des relations à deux.
Autrement dit, de même que l’intelligence émotionnelle ne suffit pas pour naviguer dans des interactions dyadiques complexes, l’intelligence dyadique, c’est-à-dire la capacité à se co-réguler, à s’accorder et à collaborer avec une personne proche, ne suffit souvent pas lorsque le problème relationnel engage des dynamiques systémiques multilatérales plus larges. Le conflit persistant qui oppose l’un des membres du couple à un enfant adulte, par exemple, peut creuser des fossés dans la relation conjugale ; il faudra peut-être alors que ce membre du couple change sa manière de faire, non seulement avec l’autre, mais aussi avec cet enfant adulte. Il en va de même lorsqu’une ancienne conjointe ou un ancien conjoint, par jalousie, cherche à saper le nouveau mariage de l’ex : la focalisation dyadique de la thérapie de couple traditionnelle pourrait ne pas suffire à guider la manière dont la personne thérapeute aborde une situation qui appelle à poser des limites à un tiers. Une personne compétente en thérapie de couple pourrait apporter ce type d’aide, mais l’intervention devrait alors être guidée par un cadre plus large qu’un modèle de thérapie de couple.
Pour illustrer ce à quoi ressemble concrètement l’intelligence systémique de niveau familial, et ce qui peut échapper lorsque la thérapie reste centrée sur le niveau dyadique, nous commençons par l’exemple des familles recomposées.
Les familles recomposées sont des creusets de complexité systémique (Bray et Easling 2005 ; Hetherington, Ganong et Coleman 2017 ; Papernow 2023). L’ambiguïté des rôles, les conflits de loyauté et le poids des héritages y sont fréquents et profondément entremêlés. Un beau-parent peut être vu à la fois comme une menace et comme une figure qui prend soin ; les enfants peuvent se trouver à cheval entre fratrie, demi-fratrie et quasi-fratrie. Les schémas de communication sont souvent éprouvés par des histoires complexes et avivés par une ambiguïté persistante sur les rôles acceptables pour les différents membres de la famille, d’une génération à l’autre. Ces dynamiques vont bien au-delà des schémas dyadiques, même lorsque la situation clinique se présente, comme c’est souvent le cas, comme un problème de couple. Et il va sans dire que ces dynamiques sont bien plus complexes que ce dont l’intelligence émotionnelle peut rendre compte.
Dans les familles recomposées, le parent biologique a envers ses enfants une loyauté et un sentiment de responsabilité antérieurs, que la personne qui partage désormais sa vie ne ressent pas de la même manière. Il peut en résulter que les demandes de priorité relationnelle venant de cette personne soient vécues comme créant un conflit de loyauté. Dans un exemple clinique, un couple a connu un conflit lancinant après s’être marié et installé dans la maison du mari avec ses deux enfants adolescents. L’épouse, dont le travail l’obligeait à se lever tôt le matin, avait du mal à s’endormir à cause du volume de la musique des adolescents. Lorsqu’elle leur demandait de baisser le son parce qu’elle avait besoin de dormir, cela ronchonnait, le volume baissait un moment, puis remontait de plus belle. Lorsqu’elle s’en plaignait à son mari, il disait comprendre son besoin de sommeil, mais que les enfants avaient besoin de leur musique pour se détendre et que le volume ne lui semblait pas excessif. (Il évitait le conflit avec ses enfants, en partie parce qu’il se sentait coupable de leur avoir fait traverser un divorce difficile.) L’intervention clinique ne découlait pas ici seulement d’un modèle dyadique de thérapie de couple, même s’il y avait clairement beaucoup à travailler dans la dynamique du couple, mais aussi d’une perspective multilatérale des systèmes familiaux. En l’occurrence, le mari devait assumer le rôle de parent qui fait autorité, redéfinir sa relation avec ses enfants et, dans cette situation, exiger de ses enfants le respect du besoin de sommeil de sa femme. Ce fut l’intervention clinique initiale, un mouvement triangulaire qui a ouvert la voie à la suite du travail avec le couple.
Comme l’a souligné Doherty (2024), sans intelligence de niveau familial, les problèmes des familles recomposées peuvent être réduits à une ou plusieurs « brebis galeuses » à l’origine des problèmes, au premier rang desquels les « marâtres », ou à des défaillances de la relation de couple. Nous avons travaillé avec des couples remariés dont le seul problème sérieux tenait à la coparentalité des beaux-enfants, et non au reste de leur relation de couple. Dans un cas, un couple qui fonctionnait bien par ailleurs comptait un psychologue pour enfants doté de solides capacités dyadiques pour entrer en relation avec des adolescents, mais qui ne parvenait pas à comprendre pourquoi ses nouveaux beaux-enfants ne l’acceptaient pas. Il s’est avéré que ces enfants en voulaient à leur mère d’avoir divorcé de leur père et d’avoir fait entrer quelqu’un de nouveau dans le foyer. Tout était en place pour que ces enfants gardent leurs distances avec un beau-parent, quel que soit le niveau de fonctionnement du couple et quelles que soient les connaissances et l’habileté du beau-père dans la relation avec des adolescents. Comprendre ces dynamiques systémiques, qui n’avaient pas fait partie de la formation du mari comme psychologue pour enfants, l’a aidé à ne pas prendre personnellement les réactions des enfants et a aidé les deux conjoints à comprendre combien de temps il faudrait pour créer une nouvelle famille. Ils avaient renforcé leur intelligence systémique de niveau familial.
Aucun couple n’est une île lorsqu’une maladie grave entre dans sa vie. Nous nous appuyons ici sur la littérature de la thérapie familiale médicale pour soutenir que l’on fait face au mieux à une maladie grave et chronique lorsque l’intelligence systémique de niveau familial est mobilisée (McDaniel et al. 2014 ; Rolland 2019 ; Mendenhall et al. 2018). La maladie apporte de nouveaux rôles et de nouvelles relations, certains internes, comme la personne aidante et la personne aidée, d’autres externes, comme la personne malade et les équipes de soins médicaux, le tout en interaction. Les facteurs de stress et les adaptations qui en résultent ne peuvent être réduits à la vie émotionnelle des individus concernés, ni aux relations de couple ou aux autres relations dyadiques de la famille. Par exemple, la manière dont un couple fait face peut dépendre du soutien de tiers, d’autres membres de la famille, qui apporte non seulement de l’aide, mais aussi de nouveaux triangles relationnels à négocier.
Lorsqu’un couple ou une famille a besoin de soins médicaux continus pour l’un de ses membres, ses frontières doivent s’ouvrir à des équipes extérieures qui interagissent de différentes manières avec la personne malade et les membres de la famille. Cela crée des occasions d’interactions soutenantes comme non soutenantes, qui se répercutent dans les relations de couple et de famille. Dans un cas, la mère se sentait prise entre la prudence préconisée en consultation pédiatrique au sujet d’un enfant asthmatique et très allergique exposé aux poils de chat lors des anniversaires chez des amis, et le désir du père que l’enfant mène une vie normale. (Le couple était en désaccord permanent sur ce point.) L’intervention systémique a consisté à faire accompagner la mère par le père à la consultation médicale, où les trois parties ont élaboré un compromis. Cela a modifié le travail d’équipe du couple et sa collaboration avec l’équipe médicale.
Certains membres de la famille développent des compétences systémiques face aux métiers de l’aide et aux organisations de santé, tandis que chez d’autres dominent la confusion et la frustration. Mettre l’accent sur l’intelligence de niveau familial comme capacité applicable aux dynamiques internes et aussi aux interactions avec les systèmes médicaux et autres ouvre la voie à des interventions thérapeutiques bien développées par les thérapeutes de la thérapie familiale médicale (McDaniel et al. 2014). Comme pour les personnes vivant en famille recomposée, se centrer uniquement sur l’intelligence émotionnelle ou sur l’intelligence dyadique ne suffirait pas à un traitement optimal.
Les engagements idéologiques sont ancrés dans les familles, les communautés et les institutions. De l’appartenance religieuse (par ex. les mariages interreligieux) aux opinions politiques (par ex. les couples ou les fratries adultes partagés entre démocrates et républicains aux États-Unis), ces différences impliquent souvent des tiers et leurs préoccupations. Par exemple, on peut attendre d’enfants adolescents ou adultes une prise de parti dans les désaccords de leurs parents sur la religion ou la politique. Le clergé ou des membres d’une congrégation très soudée peuvent exprimer leur position à l’égard du membre du couple qui ne pratique pas. Ajoutant une couche de complexité émotionnelle, certaines personnes éprouvent un sentiment de trahison lorsque ces différences apparaissent après le mariage, par exemple lorsque l’une des deux personnes change de croyances et d’appartenance religieuses. C’est alors toute la structure morale et relationnelle de la famille qui se réorganise. Ces changements peuvent introduire une nouvelle complexité systémique dans différents domaines, comme la parentalité : quelle idéologie sera transmise aux enfants ? Comment la famille va-t-elle gérer les coalitions autour de ces idéologies ? Comment aborder les triangles lorsqu’ils impliquent les grands-parents ?
Les grands modèles de thérapie de couple pourraient envisager ce type de conflit idéologique en termes normatifs : par exemple comme des « problèmes perpétuels » dans la méthode Gottman (Gottman et Gottman 2024), ou simplement comme des « différences » dans l’analyse DEEP de la thérapie de couple comportementale intégrative (Christensen et al. 2020). Dans les deux cas, le problème est pensé de façon dyadique. Nous soutenons que cette question est souvent étroitement liée à des dynamiques familiales et communautaires plus larges, avec des sentiments de loyauté et de trahison qui engagent ces tiers.
Lorsque nous travaillons avec des couples où l’une des deux personnes a changé d’appartenance religieuse, nous tentons de passer d’une lecture individuelle, centrée principalement sur les sentiments, à une lecture dyadique en termes de « conflit conjugal interreligieux », puis à une lecture plus systémique en termes de « réorganisation » de la famille. Nous encourageons les deux parents à éviter de s’allier avec leurs enfants et à s’accorder en tant que couple sur la manière de gérer les désaccords qui surviennent devant leurs enfants. Les couples peuvent reconnaître que leurs enfants se rangeront peut-être du côté de l’un ou l’autre parent à différents moments, et éviter la tentation de durcir leurs convictions face à l’anxiété relationnelle de la famille. L’enjeu est ici que le niveau de compréhension des systèmes familiaux, parce qu’il ajoute des dynamiques comme les frontières intergénérationnelles, la différenciation du soi et la triangulation, peut améliorer le traitement des couples divisés sur le plan idéologique.
Le développement futur du concept d’intelligence des systèmes familiaux passe par une évaluation à des fins de recherche et de formation. Nous décrivons ici notre première approche de cette tâche (nous prévoyons de publier d’autres travaux après avoir testé une mesure). Heureusement, il existe une abondante littérature sur la mesure de l’intelligence émotionnelle dont on peut s’inspirer (voir la revue d’O’Connor et al. 2019). Une distinction clé dans cette littérature oppose la compétence émotionnelle évaluée par autoquestionnaire (la manière dont une personne pense gérer les émotions) aux tests de performance (évaluant généralement le niveau de complexité émotionnelle dont une personne fait preuve en analysant des vignettes de personnes dans des situations émotionnellement difficiles). Pour nos besoins, la mesure de la performance est préférable, en raison des doutes sur l’exactitude des autoévaluations de la compréhension systémique.
En outre, nous voulons développer une mesure qui puisse être cotée de manière fiable avec l’aide de l’IA, afin qu’elle soit utilisable en clinique et pas seulement par des équipes de recherche passées par une longue formation au codage. (Voir Elyoseph et al. 2023 pour un exemple réussi de codage fiable par ChatGPT d’une mesure de performance de la conscience émotionnelle.) Enfin, nous envisageons une mesure qui permette d’évaluer l’intelligence des systèmes familiaux des thérapeutes comme du grand public, afin qu’elle puisse servir à des fins de formation.
Notre équipe a d’abord construit 16 vignettes décrivant des conflits impliquant trois personnes ou plus dans un système familial. Ces scénarios portent notamment sur les conflits après un divorce, la belle-famille, les familles recomposées, les interactions avec le système médical, les ruptures de lien familiales et les traditions des fêtes. Chaque vignette présente le scénario, puis pose deux questions à la personne répondante : « 1. Selon vous, qu’est-ce qui contribue principalement aux problèmes dans cette situation ? » et « 2. À votre avis, que faudrait-il pour remédier à la situation ? » La consigne demande de ne pas se contenter de proposer une aide extérieure (comme une consultation), car nous cherchons les idées propres des personnes participantes.
Les réponses aux deux questions de chaque vignette sont ensuite codées selon leur niveau de complexité systémique (allant de l’absence totale d’analyse au niveau individuel, puis au niveau dyadique, puis au niveau multilatéral). À noter : la cotation ne repose pas sur un modèle particulier de la théorie des systèmes familiaux, mais sur le niveau de complexité des réponses. Nous élaborons actuellement un guide de codage et analysons des données pilotes issues du grand public et de thérapeutes. À terme, nous entraînerons ChatGPT avec le guide de codage et des cas types, selon un processus itératif dont la recherche antérieure suggère qu’il peut produire une cotation fiable et accroître considérablement l’utilité de la mesure (Elyoseph et al. 2023).
Des revues récentes des travaux d’intervention auprès des couples et des familles soulignent la nécessité, pour le champ, d’aborder des problèmes multisystémiques complexes et d’élargir le développement et la formation à la mesure de cette complexité (Snyder et Balderrama-Durbin 2020 ; Stanton et Welsh 2012). De notre point de vue, cela signifie aider les personnes en formation à circuler avec souplesse entre intelligence individuelle, dyadique et de niveau familial, la plus grande lacune actuelle se situant au niveau des systèmes familiaux décrit dans cet article. La principale lacune actuelle n’est pas la capacité des personnes en formation à nommer des concepts systémiques, mais leur capacité à rendre opérationnelle la pensée multilatérale lorsque des tiers bien réels (enfants, ex-partenaires, famille élargie, écoles, équipes médicales, congrégations, milieux de travail) exercent une pression sur le système relationnel central. Kaslow et al. (2019) résument ainsi ce type de posture de formation :
Conformément à ce qu’affirment d’autres spécialistes de l’enseignement et de la formation, nous convenons qu’il est crucial que les personnes en formation et en exercice pensent et agissent comme des psychologues du couple et de la famille… Quelle que soit l’orientation théorique, cela exige de développer la capacité à penser de manière systémique, conformément à la théorie générale des systèmes. La pensée systémique offre à la fois un cadre et un lexique pour décrire et comprendre les facteurs et les interrelations qui éclairent les comportements adaptatifs et dysfonctionnels des systèmes, et nous fournit une feuille de route pour rester à l’écoute des facteurs biopsychosociaux qui influencent les contextes et les systèmes sociaux et relationnels… Apprendre à penser de manière systémique nécessite généralement un changement épistémologique dans la manière de voir le monde et de comprendre le comportement humain, qui s’éloigne d’une perspective psychologique individualiste pour aller vers une conceptualisation contextuelle du comportement et des interactions humaines.
(p. 4)
On notera que cet appel à améliorer la formation ne fait pas la distinction entre systèmes dyadiques et systèmes multilatéraux. Concrètement, nous suggérons que la formation vise au moins quatre compétences pouvant s’enseigner, qui feraient progresser le champ au-delà de sa focalisation actuelle sur les systèmes dyadiques : (1) l’évaluation des systèmes, c’est-à-dire identifier les systèmes pertinents, leurs membres clés et les triangles, coalitions et processus de frontière actifs ; (2) la formulation systémique du cas, c’est-à-dire relier le cycle présenté par le couple aux schémas multilatéraux dans différents contextes ; (3) l’intervention multilatérale, c’est-à-dire coordonner les négociations de frontières et des contacts structurés avec des tiers lorsque c’est approprié (par ex. coparents, famille élargie, écoles ou équipes médicales), tout en maintenant un cadre clair de thérapie de couple ; et (4) la personne thérapeute comme actrice systémique, c’est-à-dire la vigilance à son propre positionnement, à sa réactivité et à ses schémas d’alliance face aux pressions multilatérales. Ces compétences peuvent se développer par des exercices structurés qui demandent aux personnes en formation d’établir une carte des systèmes en parallèle d’une formulation dyadique, de repérer les points de levier pour faire évoluer les schémas multilatéraux, et de pratiquer de brefs jeux de rôle incluant des dilemmes avec des tiers (par ex. un conflit de coparentalité avec un ex-partenaire, un conflit de loyauté en famille recomposée ou un appel de concertation avec un médecin).
La supervision est un lieu naturel pour ce travail, car la supervision est elle-même un système multilatéral (personnes suivies, personne en formation, supervision). Le visionnage de vidéos peut porter non seulement sur le processus dyadique, mais aussi sur la manière dont la personne thérapeute repère les triangles, les mouvements de frontière et les changements d’alliance à mesure qu’ils émergent, et y répond. La compétence peut être évaluée par des grilles fondées sur des cas, par des présentations de cas structurées exigeant une hypothèse multilatérale explicite, ou par des mises en situation simulées où les personnes en formation doivent faire la preuve d’un suivi systémique et choisir des interventions à la fois efficaces et responsables sur les plans éthique et relationnel.
Au total, mettre l’accent sur l’intelligence systémique dans la formation peut aider le champ à conserver ses points forts dans le processus dyadique tout en gagnant en agilité face aux réalités multilatérales que les couples apportent en thérapie.
Nous proposons ensuite trois implications possibles des idées présentées dans cet article, qui vont du système clinique aux systèmes sociaux et culturels plus larges.
De même que certaines formes importantes de psychothérapie individuelle (notamment psychodynamiques et humanistes) peuvent être vues comme renforçant implicitement l’intelligence émotionnelle, en tant que capacité qui dépasse les objectifs particuliers du traitement, nous suggérons que l’un des résultats de la thérapie de couple et de famille pourrait être le renforcement de l’intelligence des systèmes familiaux, en plus de la résolution des problèmes relationnels immédiats. Nous pensons que cette capacité accrue des personnes suivies à comprendre et à agir efficacement face aux difficultés futures, au-delà de celles traitées en thérapie, est déjà un résultat implicite de nombreuses formes de thérapie de couple et de famille. Dans le domaine de la thérapie de couple, la thérapie centrée sur les émotions, la méthode Gottman et la thérapie de couple comportementale intégrative, malgré leurs nombreuses différences, aident toutes les couples à repérer et à suivre leurs schémas d’interaction problématiques, une capacité qui porte vraisemblablement ses fruits pour la manière dont le couple fera face à l’avenir. Autrement dit, une plus grande intelligence des systèmes dyadiques peut être vue comme un résultat, en termes de résilience, d’une thérapie de couple réussie. Précisons-le : nous ne proposons pas que tous les modèles de thérapie de couple se donnent pour objectif déclaré de renforcer l’intelligence des systèmes dyadiques, mais nous suggérons qu’il s’agit d’un résultat indirect d’une thérapie de couple réussie pour de nombreux couples.
Les modèles de thérapie familiale présentent davantage d’ambiguïté quant à la promotion de l’intelligence des systèmes familiaux. Beaucoup des modèles classiques (structural, stratégique, Palo Alto) se centraient sur l’intervention directe de la personne thérapeute sur les problèmes actuels, en insistant moins sur la compréhension par les membres de la famille de leurs dynamiques. Le modèle de Bowen offre l’argument le plus fort en faveur du renforcement de l’intelligence des systèmes familiaux, parce qu’il se centre sur l’exploration des schémas familiaux intergénérationnels et sur l’apprentissage de la différenciation par rapport aux relations fusionnelles et aux triangles malsains. Au-delà des modèles classiques, des adaptations contemporaines, comme les modèles de thérapie familiale médicale et de thérapie des familles recomposées évoqués dans cet article, aident plus explicitement les personnes à comprendre leur dynamique interne (et, dans le cas de la thérapie familiale médicale, leurs interactions avec les systèmes de prestataires de soins) et améliorent ainsi leur capacité à faire face plus efficacement aux difficultés une fois la thérapie terminée, lorsque surgissent de nouveaux stress de la vie. Par exemple, des personnes pourraient être capables d’identifier un schéma d’interaction, comme des rôles de surfonctionnement et de sous-fonctionnement dans lesquels elles ont tendance à tomber sous l’effet de facteurs de stress externes, et de formuler comment elles résisteraient concrètement à ce schéma.
Quel pourrait être l’avantage pratique de considérer une plus grande intelligence des systèmes familiaux comme un résultat souhaitable de la thérapie de couple et de famille, et, selon nous, de la thérapie individuelle qui se centre sur des problèmes de couple et de famille ? Cela pourrait attirer davantage l’attention sur ce que nous considérons comme le principal bénéfice de l’intelligence des systèmes familiaux, à savoir le renforcement de la résilience, ou de la capacité à s’adapter et à résoudre les problèmes qui surgiront à l’avenir. Ce serait une hypothèse vérifiable si les études de résultats examinaient non seulement les critères fonctionnels traditionnels, mais aussi la compréhension qu’ont les personnes suivies de leurs dynamiques systémiques, puis si cette compréhension prédisait une bonne adaptation à long terme. Par exemple, on pourrait évaluer la compréhension qu’ont les personnes suivies des dynamiques systémiques qui ont changé grâce à la thérapie, et leur vision de la manière dont elles aimeraient gérer les stress et les difficultés à venir en tant que couple. Une autre possibilité de mesure serait l’outil que nous développons (décrit plus haut), qui mesure l’intelligence globale des systèmes familiaux appliquée à des vignettes portant sur les expériences d’autres familles. L’essentiel serait de savoir si de tels indicateurs d’intelligence des systèmes familiaux sont associés à de meilleurs résultats de fonctionnement à court et à long terme.
Une autre implication possible du concept d’intelligence des systèmes familiaux serait de diffuser les idées et les pratiques systémiques dans toute la société. Il existe un large consensus parmi les spécialistes d’histoire et de sociologie sur l’influence culturelle des modèles de thérapie individuelle, peut-être parce qu’ils s’accordent bien avec la culture occidentale individualiste (Aubrey et Travis 2015 ; Bellah et al. 1985 ; Rieff 1987). Mais les thérapies d’inspiration systémique semblent avoir eu beaucoup moins d’impact au niveau culturel. En tant que société, nous apprenons aux enfants le langage de l’émotion, mais pas celui des systèmes. Livres, podcasts et vidéos courtes des réseaux sociaux offrent pléthore d’analyses psychologiques et des termes relationnels élémentaires comme « problèmes de communication », mais guère d’idées systémiques pour comprendre les problèmes relationnels. Par exemple, on recourt relativement peu à des notions comme les schémas d’interaction dyadiques et familiaux, les stratégies de prise de perspective et de désescalade pendant un conflit, et le rôle des triangles et des coalitions dans les problèmes relationnels chroniques. Un exemple en est la compréhension de l’adaptation au remariage et à la vie en famille recomposée, où les explications par les beaux-enfants ingrats et la méchante marâtre ont la vie dure dans la culture. Malheureusement, nous pensons que le même déficit de compréhension se retrouve souvent en thérapie individuelle, comme l’a documenté une étude sur la fréquence à laquelle, selon les personnes suivies, les thérapeutes qui les suivaient en individuel se centraient sur la psychopathologie de la personne partenaire, jamais rencontrée en séance (Doherty et Harris 2022). Nous pensons que des thérapeutes d’orientation individuelle nourris de l’approche systémique peuvent aider les personnes suivies à mieux comprendre comment elles sont prises dans des schémas d’interaction de couple problématiques ou confrontées à une triangulation déroutante avec leur famille, et à agir plus efficacement pour changer leur participation à ces schémas.
D’autres thérapeutes d’orientation systémique ont appelé avant nous à une meilleure compréhension des systèmes dans la culture au sens large (Bateson 1972 ; Bowen 1976 ; Minuchin et al. 1967). Cependant, l’emploi du terme « intelligence » présente un avantage stratégique : il présente la pensée et l’action systémiques comme une capacité personnelle (compréhension et efficacité comportementale) que l’on peut développer, et pas seulement comme une grille théorique utile en thérapie. De même que l’acquisition de l’intelligence émotionnelle est devenue un objectif valorisé dans la culture au sens large (comme en témoigne la prolifération des livres et des podcasts de développement personnel), gagner en intelligence des systèmes familiaux pourrait-il devenir tout aussi populaire et valorisé ? Cela rejoint l’attachement traditionnel des États-Unis au développement personnel et suggère que l’intelligence des systèmes familiaux est une capacité qui vaut d’être cultivée, parce qu’elle contribue à une vie épanouie. Sur le plan du cadrage culturel, de même que l’intelligence émotionnelle a été appelée QE dans les écrits grand public (par ex. Stein et Book 2011) et dans la littérature universitaire lorsqu’il s’agit de la mesurer (Dawda et Hart 2000), désigner l’intelligence des systèmes familiaux par SQ et l’intelligence dyadique par RQ (pour intelligence relationnelle) pourrait peut-être renforcer leur attrait. Que de telles étiquettes soient adoptées et se révèlent utiles ou non, l’essentiel est que la compréhension des systèmes et le fonctionnement efficace en leur sein peuvent être présentés comme une forme d’intelligence pratique que toute personne peut aspirer à développer tout au long de sa vie.
Comme nous l’avons dit, les figures pionnières de la thérapie familiale espéraient que leurs idées feraient une différence à l’échelle de la société. Le concept d’intelligence des systèmes familiaux ouvre une nouvelle possibilité pour ce type d’impact plus large, en donnant aux personnes les connaissances et les compétences nécessaires pour comprendre et traiter des problèmes qui touchent la société. Nous proposons l’exemple de l’application des principes et des pratiques de la thérapie de couple dans le travail de l’association nationale à but non lucratif Braver Angels sur la polarisation politique entre « rouges » et « bleus » aux États-Unis (Doherty et Mendenhall 2024 ; voir aussi Laszloffy et Platt 2024). Le modèle d’atelier de Braver Angels, et en particulier la conception et les activités de son atelier Rouge/Bleu, utilise les éléments centraux suivants de la thérapie de couple, formulés par Benson et al. (2012) dans leur chapitre sur les mécanismes de changement communs aux différents modèles de thérapie de couple.
Au cours de cet atelier expérientiel fondé sur ces principes, les personnes participantes en viennent à voir comment chaque camp contribue au problème de la polarisation ; elles apprennent à écouter plutôt qu’à réagir immédiatement face à des opinions qui les dérangent, s’exercent à l’autocritique de leur propre camp, apprennent à formuler leurs points de vue et leurs questions d’une manière que les autres puissent recevoir, et énoncent les points forts de leur propre camp tout en écoutant comment les autres voient les points forts de leur position politique. Une description des activités précises qui suscitent ces réactions figure dans Baron et al. (2025). Un essai contrôlé randomisé mené par une équipe de recherche extérieure a montré que cet atelier réduisait les attitudes polarisées et stéréotypées des personnes participantes et influençait au moins à court terme les comportements dans un sens positif (Baron et al. 2025). Bien que le cadre de Braver Angels utilise principalement des concepts de systèmes dyadiques issus de la thérapie de couple, l’un des ateliers clés porte sur la manière dont les personnes qui améliorent leurs relations avec l’« autre » politique peuvent apprendre à gérer la pression de leurs pairs, qui les voient comme déloyales : une perspective triangulaire, donc, sur le travail de dépolarisation.
Bien sûr, il importe de rester modeste quant à la capacité des idées issues de la thérapie de couple et de famille et de l’intelligence des systèmes familiaux à changer le monde. Plus important est de savoir comment une grille systémique plus large peut aider les thérapeutes à accompagner les personnes suivies lorsque leurs interactions familiales sont influencées par de vastes forces systémiques comme la polarisation. Les thérapeutes peuvent s’intéresser aux grandes questions sociales lorsqu’elles touchent directement la vie personnelle et relationnelle des personnes suivies, comme c’est de plus en plus le cas avec la polarisation politique (McCown et Chamberlain 2025). Et il arrive que les thérapeutes puissent s’aventurer, avec humilité, à appliquer ce que nous savons aux problèmes plus larges eux-mêmes.
Lorsqu’on introduit un nouveau concept, il importe de dire clairement ce qu’il n’est pas (les frontières et les limites du concept) et d’esquisser les prochaines étapes de son développement.
Premièrement, l’intelligence des systèmes familiaux ne relève pas du savoir théorique, à la manière dont la théorie des systèmes familiaux a fonctionné dans notre champ ; elle relève d’un savoir pratique sur la manière dont les personnes comprennent leurs relations de couple et de famille et peuvent fonctionner efficacement dans ces systèmes relationnels. De la même manière, l’intelligence émotionnelle n’est pas seulement la conscience émotionnelle de soi, mais aussi la capacité à s’autoréguler émotionnellement et à répondre aux émotions des autres. L’intelligence des systèmes familiaux s’apparente davantage à une sagesse pour faire face à la complexité relationnelle qu’à un savoir conceptuel. Nul besoin de savoir réciter les bases de la théorie des systèmes familiaux pour faire preuve d’intelligence des systèmes familiaux.
Deuxièmement, l’intelligence des systèmes familiaux n’est pas un trait fixe, qui serait élevé ou faible chez un individu tout au long de sa vie adulte, mais une capacité développementale qui peut croître de l’enfance à l’âge adulte et s’étendre pour englober les nouvelles formes familiales et les nouvelles étapes de vie qu’une personne rencontre. Un piège à éviter est la création d’une nouvelle hiérarchie figée des compétences. Une même personne peut avoir différents niveaux d’intelligence systémique à différents moments de sa vie et dans les différentes formes familiales qu’elle rencontre. Comme nous l’avons dit, la thérapie peut renforcer l’intelligence des systèmes familiaux des personnes à mesure qu’elles apprennent à gérer une crise familiale.
Troisièmement, l’intelligence des systèmes familiaux n’est pas indépendante de la culture ; la complexité familiale se manifeste dans des environnements sociaux différents, qui ont leurs propres normes culturelles en matière de relations familiales. Nous suggérons que l’intelligence des systèmes familiaux comporte des dimensions universelles, comme la capacité à gérer les relations familiales intergénérationnelles, et des dimensions propres à chaque culture, comme le fait de fonctionner dans le cadre de normes conjugales traditionnelles ou égalitaires, et avec des liens familiaux à différents types de systèmes extérieurs. Ce qui peut constituer une gestion efficace d’une crise familiale dans une culture peut mal passer dans une autre. Cependant, dans chaque culture, les personnes varient vraisemblablement dans leur capacité à comprendre avec finesse ce qui se passe et comment y faire face, autrement dit dans leur intelligence des systèmes familiaux telle qu’elle se joue dans leur propre contexte. Par exemple, dans les cultures non occidentales qui accordent une grande place aux relations avec la belle-famille, la compréhension particulière et les pratiques efficaces pour bien fonctionner en tant que membre de la famille peuvent différer de manière importante de celles des cultures plus centrées sur la famille nucléaire. L’essentiel est la manière dont les personnes évaluent les complexités des normes culturelles, quelles qu’elles soient, dans lesquelles elles vivent, et agissent en conséquence. Comment se débrouillent-elles avec des autorités, des loyautés et des obligations différenciées qui vont plus loin que les personnalités individuelles ou les liens dyadiques ? C’est là que réside l’intelligence des systèmes familiaux.
Quatrièmement, le concept ne suggère pas que les idées d’un modèle particulier sur les systèmes relationnels constituent l’étalon de l’intelligence des systèmes familiaux. Autrement dit, celle-ci ne se signale pas par l’usage d’une terminologie particulière, mais par la complexité avec laquelle une personne formule les questions de couple et de famille, en particulier selon qu’elle formule la compréhension et l’action en termes strictement individuels ou aussi en termes dyadiques, triadiques et au-delà. Des concepts systémiques précis, comme les schémas d’interaction comportementale par opposition aux dynamiques d’attachement, ou les questions de frontières par opposition aux schémas intergénérationnels, ne sont pas essentiels à l’intelligence des systèmes familiaux ; ce qui compte, c’est l’usage d’idées et de pratiques de niveau dyadique et de niveau familial, quelle que soit leur filiation dans les modèles thérapeutiques. Il en va de même pour la pratique des thérapeutes : une pratique peut être éclairée par l’approche systémique même avec des modèles théoriques et pratiques très différents.
Cinquièmement, l’intelligence des systèmes familiaux ne se tient pas seule, à part, comme forme de savoir et de comportement efficace. Elle s’appuie sur l’intelligence émotionnelle et serait impossible sans elle (pour une discussion approfondie de ce point, voir Doherty 2024). Et ces deux formes d’intelligence sont influencées par des forces biologiques, sociales et culturelles qui dépassent leur champ immédiat. L’intelligence des systèmes familiaux n’est pas la réponse aux problèmes humains complexes ; c’est une sorte de capacité humaine de résolution de problèmes à laquelle on n’a pas prêté assez d’attention.
Enfin, même si nous avons plaidé, sur les plans conceptuel et clinique, pour la distinction entre intelligence des systèmes dyadiques et intelligence des systèmes de niveau familial, nous ne voulons pas laisser entendre que les thérapeutes de couple qui utilisent des modèles dyadiques ne peuvent pas être efficaces dans les situations où interviennent des tiers. Certains couples trouveront peut-être d’eux-mêmes comment gérer leurs problèmes systémiques plus larges une fois qu’ils auront traité leurs questions dyadiques. Ou bien la personne thérapeute de couple pourra utiliser efficacement des concepts et des outils qui dépassent ceux de son modèle dyadique. (De même, nous pensons qu’il est possible de promouvoir l’intelligence des systèmes familiaux en thérapie individuelle.) Cependant, nous pensons que les thérapeutes gagneraient à recourir à des conceptualisations de cas et à des interventions explicites de niveau familial dans le travail avec des personnes et des couples fortement influencés par leur système familial plus large.
Il serait particulièrement intéressant, à l’avenir, d’explorer la manière dont l’intelligence des systèmes familiaux se développe de l’enfance à l’âge adulte. Peut-être l’intelligence émotionnelle vient-elle en premier, dans les premières étapes de la vie, et l’intelligence des systèmes familiaux se développe-t-elle ensuite, à mesure que les individus prennent davantage conscience des complexités relationnelles. Une question connexe est de savoir comment elle pourrait être enseignée directement, plutôt que seulement par un accompagnement lors des transitions et des événements de la vie.
Nous espérons apprendre dans quelle mesure les thérapeutes voient les schémas d’interaction dyadiques et de niveau familial dans la vie des personnes suivies, et à quelle fréquence ces schémas sont ramenés aux caractéristiques des individus. Cela rejoint l’outil de mesure que nous développons, que nous prévoyons d’utiliser à la fois auprès de thérapeutes et du grand public. Cela rejoint aussi la formation, où nous voulons savoir dans quelle mesure les personnes en formation peuvent intégrer les idées et les pratiques systémiques à leurs modèles de thérapie actuels. Viennent ensuite les questions décisives, celles du « et alors ? » pour la thérapie : cela change-t-il les résultats que la personne thérapeute utilise des concepts et des outils systémiques de niveau familial, et pour quels types de situations ? Accroître l’intelligence des systèmes familiaux pour renforcer la résilience change-t-il les résultats à long terme ? Ce sont des questions que la recherche peut explorer.
Au-delà du domaine clinique, nous voulons explorer si l’idée d’une capacité humaine distinctive à comprendre son monde intime et à y agir efficacement pourrait trouver un écho culturel dans une culture individualiste centrée sur le développement personnel, mais dépourvue de subtilités systémiques. Et pourrait-elle inspirer des interventions sociales utiles, comme on l’a vu avec Braver Angels ? Ce but plus large reflète les aspirations des figures pionnières des thérapies systémiques : influencer la société en faisant prendre conscience que nous co-créons nos mondes sociaux et que nous pouvons les changer si nous agissons ensemble.
Complexe Systémique : à retenir
L’article donne un nom à ce que beaucoup de thérapeutes systémiques font sans le dire : aider les familles à voir leurs propres triangles, pour qu’elles puissent s’en servir une fois la thérapie finie. L’apport clinique est net pour la thérapie de couple : quand le conflit tient à un enfant adolescent, à une ancienne relation, à une équipe médicale ou à une paroisse, travailler seulement la dyade ne suffit pas, et le premier geste utile peut être triangulaire. Deux réserves, que l’équipe signale en partie elle-même. Parler d’« intelligence » risque de reloger dans l’individu une compétence qui est d’abord relationnelle, et de créer une nouvelle hiérarchie des familles « douées » et des autres. Et la mesure annoncée, cotée à terme par une IA, reste à construire et à valider : pour l’heure, c’est un programme, non un résultat. L’idée la plus féconde est ailleurs : faire de la lucidité systémique un résultat attendu de la thérapie, au même titre que la disparition du symptôme. À lire avec l’article sur l’intelligence émotionnelle en thérapie, et avec l’article sur la place des beaux-parents.
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Traduction non officielle en français de L’intelligence des systèmes familiaux en thérapie de couple et de famille, et au-delà, par William J. Doherty, Adam R. Fisher et Nathan R. Hardy, Journal of Marital and Family Therapy, vol. 52, no 2 (2026), doi : 10.1111/jmft.70136, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence. Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Family Systems Intelligence in Couple and Family Therapy—And Beyond », publié dans Journal of Marital and Family Therapy (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
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Doherty, W. J., Fisher, A. R., et Hardy, N. R. (2026). L’intelligence des systèmes familiaux en thérapie de couple et de famille, et au-delà (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/l-intelligence-des-systemes-familiaux-en-therapie-de-couple-et-de-famille-et-au-dela (Œuvre originale publiée en 2026 dans Journal of Marital and Family Therapy, 52(2) (2026) ; republiée en 2026 par Journal of Marital and Family Therapy, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jmft.70136)
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