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Substance Abuse Treatment, Prevention, and Policy · Thérapie familiale

Le regard des équipes de terrain sur l’intervention familiale auprès de jeunes consommant des drogues illicites à Taïwan : une étude qualitative

À Taïwan, les jeunes qui consomment des drogues passent souvent du tribunal pour mineurs à l’institution fermée, et leur famille n’entre dans le dispositif que par des convocations et des cours de parentalité obligatoires. Vingt-huit personnes de terrain, de la police aux tribunaux en passant par l’école et le travail social, décrivent des parents difficiles à atteindre, un travail centré sur les jeunes et des pratiques plus fécondes quand elles sont volontaires et empathiques.

Auteurs Lanying Huang (Graduate School of Criminology, université nationale de Taipei, Nouveau Taipei, Taïwan)Première publication Substance Abuse Treatment, Prevention, and Policy, 26 avril 2022Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Le regard des équipes de terrain sur l’intervention familiale auprès de jeunes consommant des drogues illicites à Taïwan : une étude qualitative, par Lanying Huang, publié dans Substance Abuse Treatment, Prevention, and Policy (BioMed Central) (2022), doi : 10.1186/s13011-022-00460-8, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau 1 est présenté sous forme de liste ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

L’État devrait aider les parents à reconstruire une famille fonctionnelle, et non se substituer à la famille.

Lanying Huang

Résumé

Contexte. La comorbidité psychiatrique et les décès liés aux drogues chez les jeunes sont devenus une menace de santé publique à Taïwan. Dans un climat d’abstinence, le manque d’alternatives et de solutions de réhabilitation pour les jeunes en difficulté a conduit à éloigner nombre de mineurs de leur foyer pour les placer en institution fermée. L’intersection entre usage de substances illicites, comportements déviants et infractions pénales chez les jeunes sous main de justice complique l’élaboration de stratégies de réduction des risques destinées aux jeunes qui consomment. En outre, les relations entre les jeunes, leur famille et les équipes professionnelles peuvent être fragilisées par les mesures judiciaires coercitives et obligatoires. Comme une approche de réduction des risques suppose de limiter les effets négatifs non seulement pour les jeunes mais aussi pour leur famille, cette étude vise à explorer le regard que portent les équipes de terrain taïwanaises sur les programmes familiaux destinés aux jeunes qui consomment des drogues.

Méthode. Cette étude a adopté une approche qualitative. Par des entretiens en face à face et un groupe de discussion, des témoignages ont été recueillis auprès de 28 personnes ressources clés travaillant dans le champ de la délinquance juvénile. Les entretiens ont été transcrits et analysés à l’aide d’un logiciel d’analyse qualitative, NVivo10.

Résultats. Pour décrire leur travail auprès des jeunes qui consomment des drogues, les équipes de terrain se réfèrent volontiers à un « modèle centré sur les jeunes ». D’après leurs descriptions, les familles des jeunes qui ont besoin de services de traitement sont souvent vulnérables et défavorisées. Ces familles s’engagent rarement, faute de disposition au changement et de ressources. Bien qu’un cadre légal existe, les ressources, le personnel et les programmes permettant de mobiliser les parents et de les associer à l’intervention font défaut. Malgré ces obstacles, les équipes ont eu recours à diverses stratégies, avec un succès limité : réunions de parents, orientation vers des ressources, conseil aux parents, soutien lors des audiences, cours de parentalité facultatifs, information sur les substances illicites et visites à domicile. Elles ont aussi souligné que les interventions thérapeutiques sont plus efficaces que les interventions coercitives ou obligatoires, pour les jeunes comme pour leur famille.

Conclusions. Comme la plupart des équipes appliquent un principe de travail centré sur les jeunes, leur travail avec les parents relève de modèles centrés sur l’expertise professionnelle ou alliés à la famille. Il est donc suggéré de réaffecter les ressources au conseil aux parents et à un traitement intensif, plutôt qu’à l’éducation parentale obligatoire.

Mots-clés : adolescents, intervention familiale, drogue illicite, réduction des risques

Contexte

L’usage de drogues illicites chez les jeunes sous main de justice à Taïwan

La comorbidité psychiatrique et les décès liés aux drogues chez les jeunes sont devenus une menace de santé publique à Taïwan. De 2013 à 2017, l’Institut de médecine légale de Taïwan a enregistré au total 2 029 décès liés aux drogues, soit 2,8 fois le nombre de victimes d’homicide [1]. Parmi ces victimes, plus de 10 % (216) avaient moins de 24 ans. La toxicité des drogues illicites est devenue la première cause de décès établie par autopsie chez les enfants (moins de 14 ans) et les jeunes (de 15 à 24 ans) à Taïwan.

Comme bien d’autres pays, Taïwan a fait de l’abstinence l’objectif de sa politique des drogues, pour les adultes comme pour les jeunes. Dans ce contexte d’abstinence, Taïwan adopte une approche à double système, protection sociale et justice des mineurs, qui combine dissuasion et mesures de protection pour répondre à l’usage de drogues chez les jeunes. La loi sur la prévention et le contrôle des drogues illicites (Statute for the Prevention and Control of Illicit Drugs, ainsi renommée en 1998 à partir de la loi de 1955 sur la prévention des dangers des stupéfiants) représente la perspective traditionnelle et dominante de dissuasion et de sanction. La loi sur la protection du bien-être et des droits des enfants et des jeunes (Protective of Children and Youths Welfare and Rights Act, 2013~) comporte des dispositions visant à protéger les enfants et les jeunes des méfaits des substances, comme les obligations de signalement des services de première intervention et les responsabilités des parents en tant que tuteurs légaux. La loi sur la délinquance juvénile (Juvenile Delinquency Act, 1962~) fait de l’usage de substances non inscrites sur les listes une infraction de statut et prévoit des mesures de protection judiciaire pour l’usage de substances inscrites. L’âge minimal de la responsabilité pénale étant fixé à 18 ans, les jeunes de 12 à 18 ans, ainsi que les moins de 12 ans renvoyés devant le tribunal, relèvent d’une juridiction distincte pour mineurs.

D’après les données de la police, le nombre enregistré de jeunes consommant des drogues illicites a augmenté à partir de 2000 pour culminer en 2015 (1 939 personnes) [2]. En 2019, l’usage de substances illégales était le quatrième motif d’infraction chez les jeunes, après le vol, la fraude et les violences. Entre 2015 et 2017, près d’une infraction juvénile enregistrée sur cinq concernait l’usage de drogues illégales. Des enquêtes antérieures menées auprès de jeunes en détention provisoire ont relevé une prévalence de l’usage de substances illégales comprise entre 64,6 et 72,2 % [3–5], alors que dans d’autres enquêtes menées en milieu scolaire, la prévalence reste inférieure à 2 % [6, 7]. La kétamine et la méthamphétamine sont les substances les plus consommées chez les jeunes, et l’on observe aussi ces dernières années la popularité croissante des sachets de boisson mélangée café-thé au lait, qui contiennent souvent un mélange de plusieurs drogues [6, 8, 9]. L’intersection entre usage de substances illégales, comportements déviants et infractions pénales chez les jeunes sous main de justice complique l’élaboration d’une stratégie de réduction des risques pour les jeunes qui consomment à Taïwan.

Les jeunes, les familles, les drogues et l’intervention

La grande majorité des jeunes sous main de justice font l’objet de mesures de protection prononcées par les tribunaux pour mineurs. L’éducation corrective est censée être le dernier recours, réservée aux jeunes qui ne peuvent tirer profit d’autres mesures de protection. Pourtant, chaque année de 2012 à 2017, plus de 200 jeunes ont fait l’objet d’un placement en établissement de rééducation pour usage de substances illégales. Sur la même période, 4 820 jeunes au total ont fait l’objet d’une détention provisoire pendant l’instruction, et 10 410 ont comparu devant les tribunaux pour mineurs pour une infraction de statut liée à l’usage de substances non réglementées [2]. L’usage de substances illégales et non réglementées est devenu le principal motif de placement des jeunes en détention ou en établissement d’éducation corrective.

À Taïwan, le trop petit nombre d’alternatives ou de solutions de réhabilitation pour les jeunes en difficulté a conduit à éloigner nombre de mineurs de leur foyer pour les placer en institution fermée. Le nombre de jeunes en détention pour usage de substances illicites a culminé en 2013 à 1 067, soit un quart des jeunes en détention. Quelques études qualitatives ont tenté de décrire les dynamiques entre les jeunes, les tribunaux pour mineurs et les parents des jeunes sous main de justice [10–12]. Elles ont montré que la famille pèse fortement dans les décisions de placement des juges [12]. Si les jeunes en détention disposent en général d’un soutien familial plus faible, il arrive que les parents demandent au juge d’ordonner le placement de leur enfant en établissement de rééducation [13]. La révision de 2019 de la loi sur la délinquance juvénile, qui vise à réduire le recours à la détention punitive, met au jour le manque ancien de programmes familiaux dans les écoles, les tribunaux pour mineurs et les communautés locales. Comme une approche de réduction des risques suppose de limiter les effets négatifs non seulement pour les jeunes mais aussi pour leur famille, cette étude vise à explorer le regard que portent les équipes de terrain taïwanaises sur les programmes familiaux destinés aux jeunes qui consomment des drogues [14].

Revue de la littérature

Les jeunes et l’usage de substances illicites

Selon le Rapport mondial sur les drogues 2018 publié par l’ONU, les jeunes de 12 à 17 ans traversent une période critique de risque pour l’usage de substances [15]. Les personnes qui ont commencé à consommer plus tôt sont plus susceptibles de devenir des consommatrices chroniques [16] ou de développer des comportements plus problématiques [17–19]. En somme, pendant l’adolescence, stade où le risque est le plus élevé, le développement de la délinquance et l’usage nocif de substances illicites sont étroitement liés. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour réduire les risques pour la santé et limiter les probabilités d’escalade de la consommation, de polyconsommation et des problèmes associés [19–21].

Associer la famille au traitement des jeunes qui consomment des drogues

La littérature permet de dégager plusieurs éléments clés des programmes de traitement efficaces pour les jeunes qui consomment des substances, dont le traitement multidimensionnel, l’intervention thérapeutique et un traitement qui suit le principe risque-besoin-réceptivité (RBR) [22–26]. Du côté de l’identification des risques, un environnement familial chaotique et une parentalité inefficace figurent parmi les facteurs clés qui influent à la fois sur l’entrée précoce d’un ou d’une jeune dans la consommation et sur sa trajectoire, de cette entrée jusqu’à l’usage nocif de substances [15, 27]. Une enquête transversale récente menée en Europe montre que le risque d’usage de substances était le plus élevé en présence de quatre expériences adverses de l’enfance (ACE) ou plus [28]. Cela suggère que les programmes qui ciblent uniquement les jeunes ont de nombreuses limites, puisque le comportement des mineurs se forme dans leur environnement familial. L’importance de la dimension familiale pour l’efficacité des programmes a été soulignée [20, 29, 30]. Si le terme de famille désigne en général un ensemble plus large de membres qui cohabitent, ce sont le plus souvent les parents qui constituent les personnes clés de la famille des jeunes. C’est pourquoi la suite du texte emploie indifféremment « famille » et « parents ».

Pour les jeunes, les interventions de réduction des risques comprennent en général des plans de soins familiaux en plus de la prise en charge individuelle [31]. En Angleterre et au pays de Galles, la Commission indépendante sur la délinquance juvénile et les comportements antisociaux (Independent Commission on Youth Crime and Antisocial Behaviour) a désigné les programmes familiaux comme un levier clé de la prévention de la délinquance juvénile et de la réparation [32]. En Australie, le ministère de la Santé de Nouvelle-Galles du Sud insiste lui aussi sur les programmes centrés sur la famille, puisque la famille est la première source d’information et une ressource durable pour les plans de traitement [33, 34]. Le traitement qui associe la famille ne traite pas seulement les problèmes d’usage de substances, mais aussi les problèmes de développement ou de santé mentale, qui peuvent résulter de l’environnement et de la dynamique familiale. Travailler avec les familles est aussi considéré comme une méthode préférable pour mobiliser un public non volontaire, comme les jeunes qui consomment des substances [34].

Le traitement associant la famille est une pratique fondée sur des données probantes

Le traitement associant la famille est fondé sur des données probantes, puisque les études empiriques montrent, premièrement, que les programmes ciblant la famille sont plus efficaces que ceux qui ciblent l’individu ; deuxièmement, que les traitements thérapeutiques associant la famille améliorent l’efficacité du traitement et la satisfaction à son égard [35]. Pour les jeunes qui consomment des substances, la thérapie familiale est largement utilisée et montre de meilleurs effets thérapeutiques [30, 36–38]. En somme, les projets de traitement qui associent les membres de la famille, ou qui les soutiennent simplement, peuvent conduire à une meilleure prévention et à un traitement plus efficace [34, 39].

Les obstacles à la mobilisation des familles dans les programmes de traitement

Dans le guide de Vincent et al. [40], l’implication parentale fait partie des facteurs de réceptivité du principe RBR susceptibles d’influer sur la capacité d’un ou d’une jeune à progresser au cours des interventions. Les pratiques d’intervention devraient donc viser à la fois à repérer et à modifier les pratiques parentales déficientes et à améliorer l’implication parentale. Reste que mobiliser les familles dans les services d’intervention destinés à un ou une adolescente, et les y maintenir, peut se heurter à de nombreux obstacles [41, 42].

Tout d’abord, les caractéristiques des familles ciblées les rendent difficiles à joindre, et plus difficiles encore à accompagner. Ces environnements familiaux sont qualifiés de « à haut risque », ce qui fait du ou de la jeune ce qu’on appelle un crossover youth, c’est-à-dire une personne jeune suivie à la fois par la justice des mineurs et par le système de protection de l’enfance [43]. De nombreuses publications ont recensé les facteurs de risque parentaux associés à l’usage de substances chez les jeunes, comme l’expérience des substances illicites et les attitudes à leur égard, une parentalité déficiente, la violence conjugale et un manque de socialisation favorable au développement [44–46]. Une personne taïwanaise travaillant dans le social, C. Y. Lin, a un jour décrit les familles de mineurs en conflit avec la loi comme « chaotiques » [13]. Dans l’étude de Lin, les relations parents-enfants, au sein de familles déjà instables, sont caractérisées par une distance affective, des interactions négatives, des frontières floues et de nombreux conflits. De tous les facteurs de risque, l’usage de substances par un parent, ou le fait qu’un parent ne désapprouve pas cet usage, s’est révélé un puissant prédicteur de l’usage de substances chez les jeunes [47, 48].

L’évolution des interactions entre parents et jeunes, à mesure que les jeunes s’engagent dans la consommation, puis dans le système judiciaire, peut rendre l’intervention difficile. La relation parent-enfant peut aller de mal en pis quand les enfants commencent à consommer. À Taïwan, Lin a constaté que des jeunes qui consomment des substances déclarent avoir des comportements violents envers leurs parents lors des conflits familiaux [13]. Une étude taïwanaise sur un petit échantillon de familles concernées par l’usage de substances a montré que ces familles déclarent souffrir de dépression et d’anxiété [49]. Une enquête auprès de parents de jeunes en conflit avec la loi a également montré que ces parents disaient avoir besoin d’aide pour l’économie familiale, la réhabilitation de l’addiction, la recherche d’emploi, la communication familiale et les compétences parentales [10].

Les interactions entre parent et enfant se compliquent encore lorsque l’affaire est portée devant le tribunal. L’étude de Lin [13] décrit les contacts des parents avec le système de justice pénale comme humiliants et pesants, source d’impuissance et de stress. Les facteurs de risque familiaux non résolus continuent d’affecter les jeunes, même pendant la période de probation ou après leur sortie des établissements d’éducation corrective. Dans une revue de la littérature, l’équipe d’Anthony [50] a souligné que l’une des raisons majeures de la réincarcération des jeunes qui ont déjà connu l’incarcération est le retour auprès de membres de la famille dont la capacité d’intervention est limitée. Des entretiens qualitatifs menés à Taïwan auprès de jeunes relevant de la justice ont aussi montré qu’une mauvaise communication entre les jeunes et leurs parents pouvait entraîner la récidive et le retour en établissement d’éducation corrective [51]. À l’inverse, si les relations entre les parents et leurs enfants qui ont connu l’institution s’améliorent, ces jeunes sont plus susceptibles de rester au foyer, ce qui les protège de la récidive [12].

Modèle de préservation de la famille, décisions familiales et travail familial collaboratif

Les programmes de préservation de la famille ont été largement utilisés en protection de l’enfance, dans les traitements multisystémiques de la justice des mineurs et en santé mentale, pour renforcer les familles et prévenir le placement, la maltraitance et la délinquance [52]. L’un des modèles de service les plus connus est la conférence familiale (family group conferencing, FGC) en Nouvelle-Zélande. Pour changer la dynamique entre les jeunes, les familles et le système judiciaire, la loi néo-zélandaise de 1989 sur les enfants, les jeunes et leurs familles (Children, Young Persons, and Their Families Act 1989) intègre la FGC dans la procédure pour les jeunes de 14 à 17 ans. La FGC vise à placer la famille et la communauté, plutôt que les tribunaux, au cœur de l’aide apportée aux enfants et aux jeunes pour développer des comportements socialisés qui répondent à leurs besoins sociaux et psychologiques [53]. La FGC peut apporter davantage de soutien aux jeunes et à leur famille, tout en recourant davantage aux traitements dans la communauté et en associant les Maoris à la prise de décision. En langue maorie, Whānau Ora (la santé de la famille) vise à créer et à entretenir un mode de vie positif et sain. Les sanctions sont décidées dans les FGC de manière à favoriser le développement des enfants au sein de la famille [35].

En Australie et au Royaume-Uni, des équipes de la justice des mineurs ont appliqué un modèle de résolution de problèmes en six étapes pour mener un travail familial collaboratif auprès d’enfants et de jeunes relevant de la justice pénale [54]. Le personnel formé de la justice des mineurs mène ce travail familial collaboratif en six étapes : rôle et règles de base, identification des problèmes, choix des priorités, objectifs, exploration des problèmes et stratégies. En Nouvelle-Galles du Sud, le travail familial collaboratif fait partie de l’offre d’intervention courante et s’est révélé efficace pour réduire la récidive [55, 56]. Les équipes de Nouvelle-Galles du Sud ont indiqué que ce service améliorait la communication familiale et aidait la famille à résoudre les problèmes qui la préoccupaient le plus.

Objectif

L’organisation de la justice des mineurs à Taïwan a fourni un cadre permettant à la famille de s’engager dans l’intervention auprès des jeunes qui ont des problèmes d’usage de substances. La loi sur la justice des mineurs insiste sur le rôle et la responsabilité des parents dans la prise en charge et l’éducation de leurs enfants. Toutefois, des travaux taïwanais ont aussi souligné que, tout en faisant du tribunal le dernier recours, le système n’offre qu’un soutien limité aux parents dont les enfants pourraient avoir besoin d’un traitement. On peut donc se demander si le système actuel a adopté une forme d’intervention associant la famille pour les jeunes qui consomment des substances. Et si c’est le cas, quel modèle de traitement sous-tend la pratique actuelle ? Ensuite, la majorité de la littérature d’autres pays porte sur l’analyse de l’efficacité des projets familiaux. Or il s’avère difficile d’associer les parents au processus. La présente étude explorera donc, premièrement, le point de vue des équipes de terrain sur les familles et sur le traitement centré sur la famille ; deuxièmement, le processus et la stratégie d’inclusion des parents dans le traitement ; et troisièmement, les possibilités et les difficultés que rencontrent les équipes de terrain lorsqu’elles tentent d’associer les parents.

Méthode

Cette étude a adopté une approche qualitative, fondée sur des entretiens et des groupes de discussion pour recueillir les données sur le terrain. La chercheuse cherchait à comprendre les actions, les décisions, les croyances et les valeurs des équipes de première ligne, plutôt qu’à construire un modèle de cause à effet [57]. Des témoignages ont été recueillis auprès de 28 personnes ressources clés travaillant dans le champ de la délinquance juvénile, lors d’entretiens en face à face et d’un groupe de discussion. L’étude a eu recours à un échantillonnage raisonné pour choisir des personnes représentatives à interroger. Une liste de personnes susceptibles d’être interrogées a été établie au début du travail de terrain. Au total, 35 personnes ou institutions ont été contactées par courrier, par courriel et par des appels téléphoniques de relance, et sept ont refusé de participer. Tous les entretiens ont été menés entre décembre 2018 et janvier 2020, et un groupe de discussion (avec Worker10, Judge1, Advo1 et Advo2) s’est tenu en mai 2020. Les entretiens ont recueilli des expériences et des points de vue au niveau de la pratique, et le groupe de discussion a réuni des parties prenantes de différents horizons, au niveau de l’élaboration des politiques, pour examiner et vérifier les résultats provisoires et les propositions de la recherche. Le groupe de discussion avait pour but de favoriser le débat et d’accroître la densité et la profondeur de l’analyse. Les entretiens individuels, eux, permettaient aux personnes de terrain de garder la confidentialité et de s’exprimer librement. L’échantillon visait une diversité d’organisations gouvernementales et non gouvernementales. Il couvre des personnes travaillant dans les écoles, la police, les services sociaux, les tribunaux pour mineurs et les services correctionnels pour mineurs. Le travail social a été surreprésenté, parce que cinq des personnes de ce secteur sont rattachées à deux collectivités locales différentes, et cinq autres à cinq organisations à but non lucratif différentes, en tant que prestataires sous contrat. J’ai mis fin au recueil des données en mai 2020 pour deux raisons : d’une part, toutes les personnes susceptibles d’être interrogées qui avaient pu être contactées l’avaient été ; d’autre part, les nouveaux entretiens n’apportaient plus d’information nouvelle. Tout le recueil des données a été mené par la chercheuse seule, qui a travaillé trois ans comme officière de police et 17 ans comme enseignante-chercheuse à l’université, et qui mène des recherches qualitatives depuis deux décennies. Toutes les personnes interrogées ont participé volontairement à l’étude, avec un formulaire de consentement signé. Cette étude a été menée avec l’approbation et sous la supervision du comité d’éthique de la recherche de l’Université nationale de Taïwan (201807ES016).

Le guide d’entretien comprend trois parties : premièrement, des observations de première main sur la situation actuelle de l’usage de substances chez les jeunes ; deuxièmement, l’expérience du travail avec les jeunes qui consomment des substances illicites et avec leur famille, en particulier leurs parents ; et troisièmement, une réflexion sur la politique et la stratégie en matière de drogues, centrée sur le traitement dans son ensemble et sur le traitement associant la famille. Pour réduire le biais de désirabilité sociale, toutes les questions étaient d’abord ouvertes, afin de limiter les effets de demande ; ensuite, chaque personne participante a reçu un code correspondant à sa profession, pour garantir la confidentialité [58, 59]. Ainsi, Police1 à Police4 désignent les personnes interrogées de la police des mineurs, et Worker1 à Worker10 les personnes du travail social jeunesse issues d’organisations à but non lucratif et de comités de conseil aux mineurs. Une personne du personnel d’appui d’un service de protection sociale porte le code SW1. Les personnes chargées du suivi de cas au département de la Santé portent les codes Health1 à Health3. Au service de probation des mineurs, une personne chargée des enquêtes et une personne chargée de la protection portent les codes Probation1 et Probation2. Les personnes enseignantes du bureau de conseil scolaire portent les codes School1 à School4. Une personne travaillant dans un établissement correctionnel pour mineurs porte le code Correction1. Deux personnes engagées dans la défense des droits des jeunes portent les codes Advo1 et Advo2. Enfin, une personne siégeant comme juge au tribunal pour mineurs porte le code Judge1. Chaque entretien ou réunion a duré entre 1 h 17 et 3 h 15. La chercheuse a tenu un journal de recherche après chaque entretien. Tous les entretiens ont été enregistrés et transcrits pour être analysés à l’aide d’un logiciel d’analyse qualitative, NVivo 10.

Comme la présente étude visait à explorer l’état des lieux de l’intervention familiale auprès des jeunes qui consomment des drogues, j’ai adopté l’analyse thématique pour catégoriser et étiqueter les données [57, 60]. L’analyse thématique a l’avantage de créer des thèmes fondés sur une compréhension approfondie de l’expérience, des perceptions et des valeurs des équipes de terrain. Après avoir importé toutes les transcriptions d’entretien dans le logiciel, la chercheuse a lu l’ensemble du texte et créé des nœuds pour étiqueter les passages pertinents (codage ouvert). Ensuite, une personne assistante de recherche a été chargée de coder dix transcriptions dans NVivo 10, en les confrontant à la grille de codage initiale. Ces résultats de codage ont été discutés, examinés et comparés afin d’affiner et de consolider la grille de codage. Enfin, une nouvelle structure de codage a servi à recoder les 28 transcriptions. Chaque nœud a été réexaminé et affiné par allers-retours jusqu’à ce que tous les nœuds soient réorganisés et regroupés en cinq catégories (nœuds arborescents) : description des relations familiales (12 nœuds), expériences du travail avec la famille (13 nœuds), obstacles (2 nœuds), défis (11 nœuds) et suggestions pour les services aux familles (10 nœuds) (voir le tableau 1).

Tableau 1 — Structure de codage

Pour chaque thème : les nœuds correspondants.

  • Relations familiales. Difficiles à joindre, dysfonctionnelles, consommatrices de substances, passives, sans conscience du problème, en recherche active d’aide, sentiments mêlés, difficiles à faire évoluer, parentalité dure, classe moyenne, délinquance, mauvaise communication.
  • Expériences du travail avec la famille — prendre contact. Visite à domicile, conversation empathique.
  • Expériences du travail avec la famille — soutenir la famille. Orientation vers des ressources, réunions de parents, accompagnement au tribunal, information sur les substances.
  • Expériences du travail avec la famille — intervention familiale. Conseil aux parents, éducation parentale facultative, groupe de soutien aux familles, groupe parents-enfants, éducation parentale obligatoire, travail social distinct pour le ou la jeune et pour la famille, rencontres parents-enfants.
  • Obstacles. Les sanctions obligatoires affaiblissent la famille ; inefficacité de l’éducation parentale obligatoire.
  • Défis pour les programmes familiaux. Principe centré sur le ou la jeune, faibles ressources, pérennité des projets, le projet familial ne fonctionne pas, consentement parental, décision du tribunal excluant la famille, trop de ressources pour un traitement inefficace, dilemme de service, légitimité du service, éducation parentale pour les personnes handicapées, absence d’outils d’évaluation.
  • Suggestions pour les services aux familles. Plus de conseil familial et moins d’éducation obligatoire, davantage de projets familiaux, obligations parentales, prise de décision familiale, programmes de préservation de la famille dans les institutions, attention aux familles vulnérables, thérapie familiale, amélioration de la qualité de l’éducation obligatoire, information des parents en cas d’usage de substances des catégories 3 ou 4, options de programmes familiaux graduées.

Résultats

Les résultats sont présentés en quatre parties : premièrement, la description de la famille du point de vue des équipes de terrain ; deuxièmement, leurs attitudes et leurs opinions sur le travail avec la famille ; troisièmement, la stratégie de travail utilisée pour contacter la famille, la soutenir et intervenir auprès d’elle ; enfin, les problèmes rencontrés et les retours tirés de leur expérience.

Les attitudes des parents

La présente étude a montré que les parents peuvent être classés en cinq grands types : les parents difficiles à joindre ; les parents au fonctionnement défaillant ; les parents qui baissent les bras par découragement ; les parents qui ne désapprouvent pas l’usage de drogues ; et enfin les parents qui veulent intervenir mais ne savent pas comment.

Les parents difficiles à joindre

Quand on interroge les équipes sur le rôle de la famille dans leur travail avec les jeunes qui ont un usage problématique de drogues, les réponses sont en général négatives. Treize sources ont décrit les parents comme irresponsables, pour plusieurs raisons : indisponibilité, négligence ou distance. Les personnes interrogées ont indiqué qu’une partie des parents est le plus souvent absente du foyer et ne peut être jointe ni par leurs enfants ni par les équipes.

« Il y a une famille où le gamin voit rarement le parent (le père), parce que le père est avec sa copine. » (School1)

« Avant [l’audience], le parent était là. Mais une fois le jugement rendu, le parent se cache peut-être à cause de dettes, ou il est derrière les barreaux, etc. » (Probation2)

« En visite à domicile, on ne voit pas le parent. On voit juste l’enfant laissé seul à la maison. Le parent n’est jamais là. » (Worker6)

Le dysfonctionnement parental

Avant même que les équipes n’entrent en contact avec le ou la jeune, le fonctionnement de la famille s’est dégradé et les parents n’exercent qu’un contrôle ou une surveillance minimale sur leurs enfants. Ces familles sont décrites comme dysfonctionnelles, avec de faibles compétences parentales, d’où un manque de communication et de surveillance.

« Le fonctionnement familial est mauvais. Du coup, ils n’imposent guère de limites aux enfants. » (Police4)

« Je pense que c’est à cause de la famille […] un système de soutien familial défaillant. Leurs parents n’ont en général aucun contrôle sur leurs enfants. » (Worker8)

« La première fois qu’il est venu en consultation, il ne savait pas quoi dire à son père. » (Health2)

« La mère et le fils ne s’étaient pas parlé depuis longtemps. » (Health3)

La passivité parentale

Dans certains cas extrêmes, les parents ont renoncé à leurs enfants et ne veulent plus prendre part à leur vie. Il arrive que des jeunes quittent l’établissement d’éducation corrective et découvrent qu’il n’y a plus de foyer où rentrer.

« Il n’est pas rare que l’enfant sorte de l’établissement de rééducation et découvre que sa famille a disparu. » (Worker6)

« La plupart des parents ne se présentent même pas à l’école (si on les appelle), parce qu’ils en ont assez. » (School2)

« Ces parents dysfonctionnels me disent “Ne m’appelez plus”, ou “Pourquoi vous ne l’enfermez pas ?”, ou “Que la société le punisse”, ou “Il n’écoute rien ! J’ai tout essayé”. » (School3)

« Beaucoup de parents ont renoncé à leurs enfants. Alors ils disent des choses comme : “Enfermez-le ! Frappez-le fort !” » (Police4)

« Son père a l’habitude de se servir du tribunal comme d’un “bâton”, et quand sa fille est sortie de l’établissement et a recommencé à mal se conduire, il disait “on n’a qu’à la remettre dans l’établissement”. » (School4)

« Les parents se sentent impuissants face à leurs propres enfants. Ils finissent par nous demander, à nous ou à la police, d’intervenir pour faire peur à l’enfant et le faire obéir. » (Police4)

« En fait, une famille devient dysfonctionnelle à cause de ce que font les services sociaux, éducatifs et judiciaires. » (Advo2)

Les parents qui consomment des substances

Les équipes rapportent que des jeunes qu’elles suivent leur disent que leurs parents ou leur famille sont à l’origine de leur habitude de consommation. Une partie de ces jeunes a grandi en voyant les parents consommer des substances illicites et avait accès aux drogues par leurs parents et les amis de leurs parents. Dans ces cas, le parent peut mentir aux équipes sur le comportement de son enfant pour éviter une intervention.

« Le copain de sa mère est dealer. C’est donc lui qui lui a fourni la drogue. » (Health1)

« Les parents sont dealers. Certains sont en prison. » (Worker1)

« Son père est dealer. C’est pour ça que j’ai pensé que son placement en institution était une bonne chose. » (School4)

« Si les membres de sa famille consomment de la drogue, comment voulez-vous qu’il ne consomme pas ? » (Worker6)

« Quand on a des séances de consultation avec les mineurs, ils me disent que leurs parents consomment de la drogue. » (School3)

L’engagement parental

Des parents sont prêts à s’occuper de la consommation de drogues de leur enfant et participent activement au processus. Quand on leur fournit des ressources, ces parents utilisent fréquemment les services.

Les attitudes des équipes de terrain

Les attitudes à l’égard du travail avec la famille vont d’une focalisation sur les jeunes (approche centrée sur les jeunes) à l’idée que le travail avec la famille constitue une mesure importante.

Centré sur les jeunes, pas sur la famille

Dans le système actuel, le dispositif de soutien cible les jeunes et prête peu d’attention aux parents ou aux familles. Dix des 28 sources ont indiqué que leur public, ce sont les jeunes, pas leurs parents. Il arrive que les équipes ressentent un conflit d’intérêts à travailler avec les parents. En outre, l’expérience de celles et ceux qui essaient de contacter ou d’associer les parents est en général décrite comme épuisante, frustrante et décourageante. Tout cela peut dissuader les équipes de travailler avec les familles.

« En fait, on a peu d’occasions de travailler avec les parents. » (Worker5)

« Les parents, s’il faut en parler, c’est sans doute pendant les entretiens avec les jeunes qu’on les rencontre. Le suivi des contacts avec les parents est rare. » (Police2)

« Notre priorité, c’est de parler avec les élèves. Les parents, eux, repartent sans doute après le cours. On n’a pas l’occasion de discuter du cours avec eux. » (Probation2)

« C’est vraiment difficile d’essayer de changer leur style parental et leurs croyances. » (Health2)

Pour une partie des équipes de terrain, travailler avec la famille n’est efficace que lorsque la famille fonctionne bien et dispose de ressources. Ces équipes se montrent pessimistes quant à la possibilité de changer le comportement des parents. D’autres estiment que les jeunes s’en sortiraient peut-être mieux sans leurs parents à leurs côtés. D’autres encore pensent que, s’il est bon de travailler avec la famille, cela n’est pas très efficace pour réduire la consommation de drogues des jeunes. Une intervenante a fait valoir qu’elle n’adhère pas à la préservation de la famille, qui ne fonctionne pas dans bien des cas.

« Beaucoup d’ONG ou d’organisations excluent les familles sous prétexte que la famille est dysfonctionnelle et qu’elle est la cause de la délinquance des jeunes. » (Advo2)

« À mon avis, toutes les situations n’ont pas besoin d’être centrées sur la famille. Notre foyer intermédiaire accueille des enfants qui ne peuvent pas rester dans leur famille. » (Worker6)

Reconnaître l’importance du rôle des parents

Du côté de la probation, Probation2 a indiqué que le traitement fonctionne mieux lorsque les parents accompagnent leurs enfants aux audiences et coopèrent avec les décisions du tribunal, comme le placement en établissement de réhabilitation. Une autre personne a expliqué que son projet expérimental attribuait aux parents une personne référente en travail social, qui travaillait en étroite collaboration avec la personne référente du ou de la jeune pour améliorer la communication familiale. Ce contact intensif avec les parents a eu un certain effet sur le climat familial (Worker9).

« Le pouvoir de l’autorité est important. Mais les parents restent importants dans leur rôle parental. Parfois, on aimerait que les parents travaillent avec nous, au lieu d’ignorer les écarts de conduite de leurs enfants ou de mentir à ce sujet. » (Probation2)

« Personnellement, je passe plus de temps avec la famille à parler de ce qu’elle pense du comportement du jeune et à lui demander ce qu’elle a fait face à ça. Comment communiquent-ils ? » (Worker5)

Si un ou une jeune doit couper les liens avec ses pairs qui consomment, les parents peuvent avoir à faire beaucoup d’ajustements dans leur vie, jusqu’à déménager.

« On suggère aux parents, si c’est possible, de déménager dans un autre comté pour les services de réhabilitation de leurs enfants. Parfois, les parents acceptent. » (Health2)

Travailler avec les familles

Les stratégies couramment utilisées comportent trois niveaux de travail. Premièrement, les équipes font parfois, mais pas souvent, une visite à domicile. Deuxièmement, elles recourent à l’accompagnement au tribunal, à l’orientation vers des ressources et à l’information sur les substances pour soutenir la famille. Enfin, des services d’intervention familiale sont proposés sous forme de réunions de parents, de conseil aux parents et de cours de parentalité facultatifs.

Prendre contact

Prendre contact est la première étape du travail avec la famille. La plupart des équipes utilisent le téléphone. Le personnel des commissariats a l’occasion d’accompagner les parents et le ou la jeune pendant les auditions de police. Si des situations sont confiées à des ONG pour une enquête de protection de l’enfance, le personnel du travail social fait une visite à domicile.

« L’école n’appelle les parents que si leur enfant a des ennuis. » (School2)

« Pendant la visite à domicile, on observe la situation familiale. Bien sûr, on téléphone d’abord aux parents pour prendre rendez-vous. En observant leurs interactions, on évalue si on peut travailler avec la famille ou non. » (Worker6)

« De temps en temps, je prends contact avec la famille, je les appelle, et par ces conversations je leur fais comprendre comment va le jeune. » (Health2)

Soutenir la famille

Un tribunal pour mineurs peut orienter la famille vers les services sociaux pendant l’instruction de l’affaire. Si le ou la jeune ne va pas à l’école, la situation est confiée au personnel de suivi du comité de conseil aux mineurs. Lors du premier contact, les équipes essaient d’écouter les parents et de les aider à revenir sur leur conduite passée et à réfléchir à l’effet que leurs réactions ont pu avoir sur les jeunes. Le but est double : construire une relation avec les parents et les soutenir pour leur permettre de soutenir à leur tour leurs enfants pendant la procédure.

« L’enfant et le parent peuvent avoir beaucoup de questions. Si on peut assister à l’audience, ça nous permet de comprendre toute l’affaire et la procédure. Si le juge dit quelque chose, on le leur traduit et on le leur explique, en quelque sorte. » (Worker5)

Soutenir la famille, c’est aussi trouver des ressources, par exemple des aides sociales, pour répondre aux problèmes familiaux. Les centres de réhabilitation actuels exigent le consentement des tuteurs légaux et leur présence aux côtés de leurs enfants. C’est pourquoi de nombreuses personnes interrogées indiquent avoir orienté les parents vers des ressources médicales pour que ces parents conduisent leurs enfants en consultation ou en établissement de réhabilitation. Il arrive que les équipes accompagnent les parents et les jeunes jusqu’aux consultations. Dans certaines villes, des financements publics prennent en charge les frais de réhabilitation (Health1).

L’intervention familiale

Si l’équipe a réussi à construire une relation avec le parent, celui-ci peut la contacter pour demander conseil. Il devient alors possible de planifier un traitement ou une intervention. Les équipes saisissent toutes les occasions de rencontrer les parents pour discuter de la situation de leurs enfants, y compris dans la salle d’attente du tribunal ou lors d’une journée portes ouvertes d’un établissement d’éducation corrective. Au cours de ces conversations informelles, les équipes peuvent en profiter pour s’informer sur le comportement de l’enfant ou sur les interactions entre parents et enfant. Dans certains cas, elles ont l’occasion de faire un retour aux parents et d’apporter un regard différent sur les écarts de conduite de l’enfant :

« Si les parents veulent faire quelque chose mais ne savent pas comment, ils nous racontent beaucoup de choses sur ce qui les tracasse. Et on peut discuter de ce qu’il est possible de faire. » (Probation2)

Deux personnes travaillant dans une organisation à but non lucratif ont indiqué avoir récemment commencé à proposer un conseil gratuit aux parents des jeunes qu’elles suivent. Dans un tribunal pour mineurs en particulier, un conseil aux parents obligatoire avant le procès a été proposé grâce à un financement privé.

« On propose un conseil gratuit aux parents, pour qu’ils ne parlent pas seulement des problèmes de leurs enfants. On pense que les parents doivent travailler sur leurs propres problèmes avant de pouvoir aider leurs enfants. » (Worker6)

« Récemment… on s’est rendu compte que beaucoup de nos parents avaient eu une enfance difficile. On a beaucoup travaillé sur leurs propres problèmes, parce que s’ils vont mieux, ils traiteront mieux leurs enfants. » (Worker9)

« Notre tribunal n’a pas ordonné ensuite d’éducation parentale obligatoire. À la place, on a organisé un accompagnement psychologique (avant le procès, pour les parents), en leur disant que le tribunal paierait et qu’il fallait absolument y aller. » (Probation2)

D’autres services de traitement ont été mentionnés, comme les groupes de soutien aux familles, les groupes parents-enfants, les services aux parents et les réunions familiales. En raison de budgets et de ressources limités, les services prévus par la loi ne sont pas accessibles à toutes les familles qui en ont besoin.

« Les activités de groupe parents-enfants sont surtout conçues pour qu’ils accomplissent des tâches ou suivent des cours ensemble. » (Worker5)

« Le personnel du travail social de l’unité de police des mineurs contacte les parents et leur demande de venir avec leurs enfants pour des rencontres au commissariat. » (School3)

Ces stratégies sont en général thérapeutiques et empathiques, et ne consistent pas à reprocher aux parents leurs échecs.

Les problèmes rencontrés sur le terrain

Les équipes ont évoqué plusieurs problèmes. D’abord, elles jugent nuisibles les sanctions obligatoires, tant pour les enfants que pour les parents. Le traitement peut provoquer des conflits et des tensions entre le système, les jeunes et leur famille. L’expérience commune des familles est de se voir reprocher, encore et encore, les écarts de conduite de leurs enfants. Il arrive qu’on reproche aux parents de ne pas être à la hauteur. Ce climat hostile au sein du système rend en général le travail avec les parents plus difficile. Ensuite, même quand les équipes veulent travailler davantage avec la famille, les ressources sont rares.

La justice des mineurs est perçue comme un fardeau, parfois nuisible

Il est souvent dit que le traitement actuel des mineurs peut abîmer les relations parents-enfants. La loi sur la justice des mineurs donne aux parents la possibilité de participer à la procédure judiciaire. Cela signifie que les parents sont convoqués au tribunal ou priés d’accompagner leurs enfants aux rendez-vous de probation. Dans la pratique, toutefois, cela peut représenter un fardeau pour de nombreuses familles qui luttent pour survivre. Cela peut aggraver la relation entre parents et enfants, et entre les parents et le système judiciaire, car la procédure peut créer davantage de conflits que de réparation. La procédure judiciaire alourdit la charge qui pèse sur des parents souvent en situation de précarité socioéconomique. Probation2 a indiqué que les parents doivent payer l’éducation corrective et qu’il arrive que le parent demande au ou à la jeune de travailler pour rembourser l’argent après sa sortie de l’établissement.

« La première réaction des parents, c’est de reprocher aux enfants de leur faire perdre leur temps, de les obliger à aller à l’audience et à suivre des cours. » (Worker1)

« Si le parent a vécu des émotions négatives au tribunal pour mineurs, il risque de s’en prendre à ses enfants. » (Worker5)

« La plupart de nos traitements consistent à leur demander de venir au service, pas à apporter le traitement chez eux. » (Health3)

« Après l’éducation corrective, nos jeunes doivent trouver un travail et gagner leur vie. Et parfois, ils doivent rembourser les quelque 30 000 NT$ de leur éducation corrective, parce que leurs parents estiment qu’ils leur doivent cet argent. » (Probation2)

L’éducation parentale obligatoire est jugée inefficace

Les cours de parentalité sont censés « renforcer leur capacité à exercer leurs fonctions parentales » (loi sur la justice des mineurs, article 84). Ils sont conçus comme un dernier recours, lorsque les mesures de protection ont « du mal à produire les résultats souhaités », et non comme un élément d’un traitement intégré. Les parents voient donc l’éducation parentale comme une punition, et non comme une ressource pour leurs problèmes.

« L’éducation parentale, à mon avis, c’est punir le parent. Et 90 % des parents se plaignent : “Ce n’est pas moi qui ai fait des bêtises. Pourquoi je dois aller en cours ?” » (Worker6)

« Ils se disent : “C’est mon fils qui se drogue. Pourquoi je dois suivre des cours ? Pourquoi c’est moi qu’on punit ?” » (SW1)

« Les parents pensent que ce sont les enfants qui ont besoin d’un accompagnement, pas eux. » (Probation1)

Comme les parents ne suivent pas les cours de leur plein gré, il est difficile d’influer sur leurs comportements. En outre, les cours collectifs ne sont pas conçus pour des problèmes individuels.

« Comme c’est obligatoire, il faut venir. Mais en réalité, ça [l’éducation parentale] n’est pas efficace, parce qu’être en cours, pour eux, c’est une punition. Ils ont peut-être la tête ailleurs. » (Probation1)

« Ceux qui ont de faibles compétences parentales ne viennent en gros jamais. » (Worker6)

« Certains parents ont désespérément besoin de reconstruire leurs compétences parentales, mais ce sont justement ceux qui ne suivront jamais les décisions du tribunal. » (Probation2)

« Les parents disent : “Je travaille toute la journée, je suis ouvrier. Je suis épuisé après le travail. Et il faut que j’aille à l’éducation parentale le soir ?” » (Worker5)

Le placement ou la détention rendent plus difficile l’attachement à la famille

La détention ou l’éducation corrective séparent les enfants de leurs parents, ce qui risque de fragiliser encore des relations déjà distantes.

« Dans les établissements de rééducation, on voit que les parents de beaucoup d’enfants des comtés de Hualien ou de Taitung viennent rarement, parce que les heures de visite sont limitées et qu’il leur faut partir de chez eux très tôt, ou passer la nuit à Hsinchu la veille de la visite. » (Worker6)

« Si le tribunal prononce une éducation corrective, le mineur est envoyé dans l’un des trois établissements de Taoyuan, de Changhua ou du lycée Chengzheng. Comme Taoyuan et Chengzheng n’accueillent que des garçons, les filles sont envoyées à Changhua. » (Worker6)

Les retours des équipes de terrain

Après que l’autrice a présenté au groupe de discussion la pratique actuelle du travail avec les familles et ses obstacles, les personnes présentes ont convenu que renforcer le fonctionnement familial devait être un objectif clé du traitement. L’État devrait aider les parents à reconstruire une famille fonctionnelle, et non se substituer à la famille. Il faudrait davantage miser sur la prévention de l’usage de drogues et des autres écarts de conduite des jeunes, au moyen de programmes de développement familial précoces ciblant les familles vulnérables ou à haut risque. Ensuite, au niveau des municipalités, les services sociaux et les comités de conseil aux mineurs devraient développer des programmes centrés sur la famille, en multipliant les projets familiaux et en améliorant la formation du personnel. Le système de justice des mineurs, y compris les tribunaux et les établissements d’éducation corrective, peut s’inspirer du système de protection sociale, qui propose des services de préservation de la famille et de retour dans la communauté aux jeunes en placement [61, 62]. Les tribunaux pour mineurs des villes de Hsinchu et de Kaohsiung ont commencé à proposer un traitement avant le procès, sous forme de consultations familiales et de cours collectifs pour les familles, avec le soutien d’hôpitaux locaux et d’ONG. Leur expérience mériterait d’être étudiée pour développer des traitements familiaux plus efficaces.

Les équipes des ONG ont proposé que les services aux familles ciblent les familles défavorisées, qui tireront le plus de bénéfice du programme, qu’il s’agisse ou non d’un public non volontaire. Le personnel du travail social jeunesse, y compris celui des comités de conseil aux mineurs, devrait être formé à travailler avec un public non volontaire. Il est aussi suggéré que les services adaptés à la famille reposent sur une évaluation de l’environnement familial et communautaire du ou de la jeune. Les équipes de terrain devraient donc développer un modèle de travail de proximité, qui va vers les familles.

Discussion

Les résultats montrent que les équipes de terrain portent souvent un regard négatif sur les familles qu’elles rencontrent, ce qui peut les dissuader d’associer la famille à leur travail. Les contacts et la coopération actuels avec les parents relèvent encore d’une pratique centrée sur les jeunes. Il apparaît que les contacts et le dialogue sont en général aléatoires et non structurés, ce qui laisse penser que seuls quelques membres de la famille ont l’occasion de parler aux équipes. D’un autre côté, il ressort que les contacts informels fonctionnent parfois mieux que les réunions formelles, puisque le cadre juridique répressif exclut souvent les parents. En outre, les parents à qui l’on avait imposé une éducation parentale avaient en général le sentiment d’être punis par la loi sur la justice des mineurs parce que leurs enfants n’avaient pas progressé sous les mesures de protection.

En comparant ces résultats avec la littérature étrangère, je discute trois thèmes clés qui pourraient freiner la capacité des équipes de terrain à renforcer le travail avec les familles : le mythe des parents comme public non volontaire ; les obstacles au développement de projets familiaux ; et le débat entre approches centrées sur l’expertise professionnelle et approches centrées sur la famille.

La famille, un public volontaire ou non volontaire ?

Beaucoup de personnes interrogées percevaient la famille des jeunes comme un public non volontaire, qui aurait besoin d’une intervention familiale imposée par la loi pour s’impliquer, ce qui légitime l’éducation parentale obligatoire. Or il apparaît que l’intervention familiale peut être utilisée pendant l’instruction de l’affaire, pendant l’enquête préalable au procès ou après le jugement, lorsqu’elle est volontaire. Ce constat rejoint l’étude menée en Nouvelle-Galles du Sud, où l’équipe de Trotter [56] a observé que, sur 91 familles à qui une intervention familiale en six étapes avait été proposée alors que les jeunes étaient sous surveillance dans la communauté ou en probation après leur libération, près de la moitié (45 familles) avaient accepté de participer et 31 avaient mené à terme une intervention de 6 à 10 semaines. Cela suggère que, lorsque la participation de la famille est volontaire, l’intervention familiale peut être une option pour de nombreuses familles.

Les obstacles au développement de projets familiaux

Du côté des attitudes des équipes, il est intéressant de relever des points de vue opposés et contradictoires. Les équipes des ONG sont plus disposées à s’engager dans le travail avec les familles et à adopter le principe de préservation de la famille. À l’inverse, les équipes des services publics sont davantage tournées vers un modèle de travail centré sur les jeunes, et laissent à d’autres le travail avec les familles. Malheureusement, alors que les jeunes reçoivent souvent en parallèle des services de différentes structures, qui se concentrent de façon disproportionnée sur l’après-libération, le cloisonnement peut créer des lacunes dans le travail de proximité auprès des familles de jeunes en conflit avec la loi et de jeunes sous main de justice. Par exemple, dans la recherche-action sur le programme de proximité de soutien à la parentalité (2007 à 2014), le ministère de l’Éducation a exclu les jeunes en conflit avec la loi et les jeunes sous main de justice [42, 63]. Comme les pratiques associant la famille exigent une approche collaborative entre différentes professions, qui fait souvent défaut dans l’intervention auprès des jeunes qui consomment des substances [63], le manque de moyens humains ou financiers semble freiner la motivation et la volonté des équipes de développer des projets familiaux [63].

Centré sur l’expertise professionnelle ou sur la famille ?

La stratégie actuelle de travail avec les familles met l’accent sur des services proposés séparément aux jeunes ou aux parents. La plupart des approches s’appuient sur une théorie générale des systèmes qui insiste sur la modification des interactions familiales par la construction de la relation et l’orientation vers des ressources [64]. Les équipes recourent moins à la clarification, à la résolution de problèmes et aux techniques cognitivo-comportementales, ce qui rejoint ce que Trotter et Evans ont constaté en observant des entretiens de probation avec des jeunes [65]. Il semble que les équipes se concentrent souvent trop étroitement sur les méfaits de l’usage de drogues, plutôt que sur les besoins de santé plus larges des jeunes et de leur famille. Comparé à la FGC néo-zélandaise, qui associe les parents et les enfants à la prise de décision, ou au travail familial collaboratif en six étapes de Nouvelle-Galles du Sud, le travail actuel avec les familles à Taïwan ne parvient pas à associer les parents à la définition des problèmes et à la recherche de solutions. On demande aux parents de soutenir et de financer les propositions de traitement formulées par les équipes. Il semble que, dans les pratiques actuelles, le travail avec les familles ne soit pas passé d’un modèle de service centré sur l’expertise professionnelle à un modèle axé ou centré sur la famille. En s’inspirant de la pratique de protection de l’enfance, l’équipe de Huang a constaté que la prise de décision en équipe aide à construire un consensus sur le traitement dans 59 réunions sur 98 [66]. Après une prise de décision en équipe, les équipes rapportent que les parents et les familles coopèrent plus volontiers aux plans de traitement. Cela suggère que le travail avec les familles peut faire partie intégrante des interventions de réduction des risques destinées aux jeunes qui consomment des drogues.

Cette étude qualitative est exploratoire et descriptive. Les entretiens ont été menés dans le nord de Taïwan et se limitent aux expériences et aux points de vue de 28 personnes volontaires. Les pratiques peuvent donc varier dans d’autres régions de Taïwan selon les ressources sociales disponibles. En outre, la description des parents se limite aux familles suivies sur le terrain, et exclut celles qui ont les moyens de recourir à des cliniques ou à des thérapeutes privés. Bien que des mesures aient été prises pour réduire le biais de désirabilité sociale, comme les questions ouvertes et la confidentialité, l’autrice est pleinement consciente du risque de surestimer l’ampleur des programmes familiaux, puisque les personnes qui ont accepté de participer à l’étude sont peut-être celles qui souhaitent le plus impressionner la chercheuse par la qualité de leur travail.

Conclusions

Conformément aux résultats de recherches antérieures, cette étude confirme que la famille des jeunes qui consomment des drogues est une partenaire importante pour les équipes qui travaillent auprès des jeunes. Travailler avec ces familles est une pratique courante, qui consiste à prendre contact, à soutenir la famille et, dans certains cas, à proposer des interventions familiales, comme le conseil aux parents ou la psychoéducation. Comme la plupart des équipes appliquent un principe de travail centré sur les jeunes, leur travail avec les parents relève de modèles centrés sur l’expertise professionnelle ou alliés à la famille. Contrairement à la conférence familiale (Nouvelle-Zélande) ou au travail familial collaboratif (Nouvelle-Galles du Sud), qui renforcent le pouvoir d’agir de la famille en l’associant à l’identification et à la hiérarchisation des problèmes, à la définition des objectifs et à une prise de décision collaborative, nos pratiques actuelles mettent l’accent sur l’amélioration des interactions familiales et le renforcement des compétences parentales. Malheureusement, la procédure judiciaire repose sur des mesures coercitives et obligatoires, qui peuvent fragiliser des relations déjà tendues et vulnérables entre les jeunes, leur famille et les équipes professionnelles. Il apparaît aussi que la mise en œuvre des programmes familiaux est limitée par l’insuffisance des moyens humains et autres. Si toutes les familles ne se prêtent pas à une intervention familiale, le fait de mobiliser et d’évaluer la famille a été utile aux équipes pour planifier une stratégie de traitement améliorée. Il est donc suggéré de réaffecter les ressources pour inclure le conseil aux parents et un traitement intensif à des stades plus précoces, plutôt que l’éducation parentale obligatoire à des stades plus tardifs.

Complexe Systémique : à retenir

Cette étude éclaire un paradoxe familier aux équipes qui accompagnent des jeunes sous main de justice : tout le monde s’accorde à dire que la famille compte, mais le dispositif reste centré sur les jeunes, et la famille n’y entre que comme cause du problème, relais des décisions ou payeuse des mesures. Les personnes interrogées décrivent des parents introuvables ou à bout, qui consomment parfois à leur tour, et une éducation parentale obligatoire vécue comme une punition, qui entretient la honte plus qu’elle ne mobilise. À l’inverse, les échanges informels dans la salle d’attente du tribunal, le conseil gratuit aux parents ou l’attention portée à leur propre enfance ouvrent des portes. Pour la clinique systémique, la leçon rejoint les travaux sur l’aide contrainte : c’est souvent la coercition qui fabrique le « non-volontaire », et associer la famille à la définition du problème, comme le font les conférences familiales néo-zélandaises, change la donne. Les limites sont celles d’une étude exploratoire menée dans le nord de Taïwan, sans la parole des familles ni des jeunes, auprès de personnes volontaires peut-être soucieuses de montrer leur meilleur travail. À lire avec la thérapie familiale multidimensionnelle pour les jeunes adultes sous main de justice, et avec la thérapie familiale fondée sur l’attachement pour les usages de substances à l’adolescence.

Notes de l’original

Remerciements. Sans objet.

Contributions. L. H. a conçu et mené l’étude, recueilli et analysé les données, rédigé et révisé le manuscrit. L’autrice a lu et approuvé la version finale de ce manuscrit.

Financement. Ce travail a été soutenu par le ministère des Sciences et des Technologies de Taïwan, subvention MOST 107-2410-H-305-068-MY2.

Disponibilité des données. Les données utilisées ou analysées au cours de la présente étude sont disponibles auprès de l’autrice correspondante sur demande raisonnable.

Approbation éthique et consentement à la participation. Cette étude a été approuvée par le comité d’éthique de la recherche de l’Université nationale de Taïwan (201807ES016) le 30 août 2018. Toutes les personnes interrogées ont accepté de participer en signant un formulaire de consentement.

Consentement à la publication. Sans objet.

Liens d’intérêts. L’autrice déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

Note de l’éditeur. Springer Nature reste neutre à l’égard des revendications territoriales figurant dans les cartes publiées et les affiliations institutionnelles.

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Traduction non officielle en français de Le regard des équipes de terrain sur l’intervention familiale auprès de jeunes consommant des drogues illicites à Taïwan : une étude qualitative, par Lanying Huang, Substance Abuse Treatment, Prevention, and Policy, vol. 17 (2022), doi : 10.1186/s13011-022-00460-8, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Practitioners’ perspectives on family-based intervention for illicit drug-using adolescents in Taiwan: a qualitative study », publié dans Substance Abuse Treatment, Prevention, and Policy (2022) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Huang, L. (2022). Le regard des équipes de terrain sur l’intervention familiale auprès de jeunes consommant des drogues illicites à Taïwan : une étude qualitative (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/le-regard-des-equipes-de-terrain-sur-l-intervention-familiale-aupres-de-jeunes-consommant (Œuvre originale publiée en 2022 dans Substance Abuse Treatment, Prevention, and Policy, 17, 30 (2022) ; republiée en 2022 par Substance Abuse Treatment, Prevention, and Policy, https://substanceabusepolicy.biomedcentral.com/articles/10.1186/s13011-022-00460-8)

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