Journal of Marital and Family Therapy · Thérapie familiale

Le regard des familles sur la thérapie familiale : une revue systématique qualitative

Qu’est-ce qui aide, et qu’est-ce qui gêne, quand une famille vient en thérapie ? L’équipe néo-zélandaise d’Elif Todd a rassemblé onze études qualitatives dans lesquelles parents et jeunes racontent leurs séances. La relation avec la personne thérapeute arrive en tête, puis les techniques qui font circuler la parole, une conduite collaborative et le fait de venir ensemble. Ce qui nuit : devoir se livrer trop tôt, sentir un parti pris, ne voir aucun progrès au début.

Auteurs Elif Todd (cabinet libéral, Palmerston North, Nouvelle-Zélande), Rachael Pond (Institute of Education, université Massey, Palmerston North) et Kitt Coomber (responsable de l’orientation, Awatapu College, Palmerston North)Première publication Journal of Marital and Family Therapy, 30 avril 2025Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Le regard des familles sur la thérapie familiale : une revue systématique qualitative, par Elif Todd, Rachael Pond et Kitt Coomber, publié dans Journal of Marital and Family Therapy (Wiley) (2025), doi : 10.1111/jmft.70024, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les cinq tableaux sont présentés sous forme de listes (les tableaux 3 et 5, grilles à cocher, sont regroupés par question et par thème) ; les deux figures sont reprises avec leur texte original en anglais. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

La manière d’être de la personne thérapeute n’affecte pas seulement directement la qualité de la relation thérapeutique, mais aussi l’efficacité de son usage des techniques thérapeutiques, quel que soit le modèle.

Elif Todd, Rachael Pond et Kitt Coomber

Résumé

Cette revue systématique qualitative visait à synthétiser et à discuter le point de vue des membres des familles sur les facteurs aidants et non aidants des séances de thérapie familiale (TF), afin d’éclairer la mise en œuvre des interventions de TF et la formation. Onze études répondaient aux critères d’éligibilité ; elles ont fait l’objet d’une évaluation critique et d’une synthèse thématique. Quatre thèmes en sont ressortis : les qualités de la personne thérapeute qui contribuent à l’alliance thérapeutique, l’usage des techniques thérapeutiques par les thérapeutes, la conduite de l’intervention et l’engagement de la famille dans le processus. Parmi les facteurs aidants figuraient la chaleur, la bienveillance et la sollicitude sincère de la personne thérapeute ; sa manière d’entrer en lien avec la famille, sensible, respectueuse et sans jugement ; un usage efficace de techniques thérapeutiques qui favorisent la réflexion sur soi, l’expression des émotions, la communication et la prise de perspective ; des séances menées de façon collaborative, avec une participation active de la famille ; l’attention portée aux forces et aux ressources de la famille ; et un format adapté à ses besoins. Parmi les facteurs non aidants figuraient le fait de devoir se livrer avant le bon moment, une personne thérapeute qui prend le parti d’un membre de la famille, un processus thérapeutique qui ne correspond pas aux besoins de la famille et des progrès insuffisants au début. Les implications pour la pratique et pour la recherche future sont discutées.

Mots-clés : expériences des clients, points de vue des clients, conseil familial, thérapie familiale, qualitatif, revue systématique

1. Introduction

La thérapie familiale (TF) s’attache à des dynamiques émotionnelles, psychologiques, comportementales et relationnelles difficiles. Elle est efficace pour les troubles anxieux et les troubles de l’humeur, les problèmes de comportement, les troubles de l’attachement, les difficultés relationnelles, le rétablissement après une maltraitance ou une négligence dans l’enfance, les abus de substances, les problèmes somatiques, le premier épisode psychotique et la schizophrénie (Carr 2009, 2019 ; Lebow 2020). Les théories familiales posent que la source de la détresse de la personne désignée comme cliente (celle dont les difficultés ont amené les membres de la famille en TF) est relationnelle, causée par des schémas d’interaction problématiques (Reiter 2018 ; Walrond-Skinner 2014). La TF vise à produire des changements systémiques qui débouchent sur des résultats positifs et sur le bien-être de toutes les personnes du système (Gurman et Kniskern 2014 ; Lebow 2018).

Les personnes qui recourent aux services déclarant que plus de la moitié de leurs raisons d’entreprendre une thérapie tiennent à des conflits familiaux, les approches de TF comptent aujourd’hui parmi les modalités les plus pratiquées dans le champ de la santé mentale à travers le monde (Hecker et Wetchler 2015 ; Phipps 2019). Cook et al. (2010) ont constaté que la thérapie systémique familiale était le deuxième modèle le plus pratiqué après la thérapie cognitivo-comportementale, 49 % des personnes interrogées y recourant, ce qui montre que la pensée systémique et la pratique d’interventions familiales se sont diffusées chez un large éventail de spécialistes de la santé mentale. Les premières écoles et théories de la TF ont évolué en de nombreuses approches, dont la thérapie familiale stratégique, la thérapie systémique familiale de Bowen, des approches humanistes et expérientielles comme le modèle de communication de Satir et la thérapie familiale centrée sur les émotions de Johnson, et des approches postmodernes comme les thérapies familiales narratives et orientées vers les solutions (Borsca et Stratton 2016 ; Gehart 2018).

1.1 La recherche en thérapie familiale

La recherche sur l’efficacité de la TF s’est développée depuis les années 1980 (Gladding 2015 ; Kaslow 2011). À mesure que l’accent mis sur les traitements validés empiriquement grandissait, des interventions familiales intégratives complètes et largement diffusées, ainsi que des approches manualisées comme la thérapie familiale fonctionnelle (Functional Family Therapy, FFT), ont été élaborées (Heatherington et al. 2015). Ces approches de TF intégratives et manualisées s’adressent à des populations et à des motifs de consultation précis, comme le trouble des conduites à l’adolescence, les difficultés comportementales et émotionnelles, les abus de substances et les troubles alimentaires (Kaslow 2000 ; Pote et al. 2003), et elles comptent parmi les interventions familiales les plus étudiées (Asen 2002 ; Sexton et al. 2003).

Par exemple, de nombreuses données montrent que la FFT améliore les comportements extériorisés à l’adolescence et réduit les conflits familiaux (Hartnett et al. 2017 ; Robbins et al. 2016), et que la thérapie multisystémique (Multisystemic Therapy, MST) diminue les comportements antisociaux et améliore les compétences parentales, les relations familiales et le soutien social (Henggeler et Schaeffer 2016 ; Sawyer et Borduin 2011). Il existe aussi une recherche abondante sur l’efficacité de la thérapie familiale stratégique brève pour modifier les schémas d’interaction familiale qui laissent place aux comportements problématiques à l’adolescence (Szapocznik et al. 2012), et de la thérapie familiale multidimensionnelle pour réduire l’agressivité, la délinquance et la consommation de substances et améliorer la santé mentale ainsi que le fonctionnement scolaire et familial (van der Pol et al. 2017). En Aotearoa/Nouvelle-Zélande, où travaille l’équipe de recherche, la MST s’est révélée réduire significativement la délinquance et améliorer le fonctionnement familial et l’assiduité scolaire (Russell 2008). Pae Whakatupuranga, une version adaptée de la FFT qui intègre les cadres de référence et les approches thérapeutiques du te ao Māori et du Pasifika, a également été jugée efficace pour les familles māori comme non māori (Heywood et Fergusson 2016). À l’inverse, certaines recherches contestent l’efficacité de ces modèles manualisés et pointent des risques de rigidité (Davies 2019 ; Littell et al. 2021) et de biais des équipes de recherche (Weisman et Montgomery 2019).

Si certaines interventions ont fait l’objet de nombreuses études d’efficacité, d’autres approches de TF, comme la TF psychodynamique, la thérapie des relations d’objet et la TF narrative, disposent en comparaison d’une base de recherche limitée, ce qui réduit leurs chances de figurer sur les listes de traitements validés empiriquement (Katafiasz et al. 2019 ; Larner 2004). Il en résulte une division entre interventions bien étudiées et interventions peu étudiées, et la crainte que certaines thérapies soient de moins en moins pratiquées tandis que d’autres s’imposent comme modalités de référence dans le monde (Heatherington et al. 2015 ; Lebow 2020).

En outre, la plupart des recherches en TF sont quantitatives et centrées sur les résultats : elles examinent l’efficacité théorique (comment bien faire la TF), l’efficacité en pratique (comment la faire bien) et l’efficience (comment la faire vite et à moindre coût) (Baucom et Crenshaw 2019 ; Sexton et Datchi 2014). De nombreuses méta-analyses et revues, par exemple Goger et Weersing (2022), Peris et al. (2021) et Stith et al. (2022), ainsi que des revues à méthodes mixtes combinant données quantitatives et qualitatives, par exemple Byrne et al. (2020) et Helps et Le Coyte Grinney (2021), font état de résultats favorables de la TF pour diverses difficultés, comme l’anxiété, les idées suicidaires, les troubles alimentaires, les troubles liés à l’usage de substances, les comportements violents et la schizophrénie, et pour divers formats de TF, comme la téléconsultation et les dispositifs en ligne.

Bien que la recherche en TF en soit venue à intégrer les points de vue cognitifs, culturels et émotionnels des personnes, ces points de vue sont généralement étudiés de manière quantitative, au moyen d’échelles et d’inventaires, par exemple Pinsof et al. (2008) et Tilden et Wampold (2017). La recherche qualitative sur les processus, qui vise à produire des « données issues de la pratique » sur la manière dont la TF fonctionne, passe surtout par des méthodes d’observation ou par des méthodes qui analysent le discours thérapeutique en séance et les processus de changement, par exemple Lebensohn-Chialvo et al. (2019) et Ray et al. (2019). S’il existe des études sur l’expérience de la TF rapportée par les personnes suivies, la plupart portent sur les résultats plutôt que sur l’expérience vécue en séance, par exemple Hopkins et al. (2017) et O’Neill (2017). À ce jour, deux revues systématiques de recherches qualitatives sur la TF ont été publiées. L’une a synthétisé l’expérience de personnes suivies dans un large éventail de séances conjointes, y compris des séances de couple et multifamiliales (Chenail et al. 2012). Ses résultats confirment la recherche sur les facteurs communs, sur ce qui fait le succès d’une thérapie en général, ainsi que sur les facteurs communs propres à la thérapie de couple et à la TF. Elle aborde en outre la dimension d’une alliance au sein de la famille. L’autre revue systématique a examiné spécifiquement l’expérience des personnes suivies face aux équipes réfléchissantes dans divers contextes cliniques (Harris et Crossley 2021).

1.2 Justification, objectif et questions de la revue

Vu la place qu’occupe la TF, il importe que le champ entende les voix des membres des familles, partenaires actifs des interventions de TF, et en tire des enseignements. Comprendre ce que les personnes suivies vivent comme utile ou non pendant les séances est particulièrement important pour les thérapeutes qui travaillent avec les familles, pour les personnes qui enseignent la TF et le conseil, et pour les personnes en formation à la TF. Plus de dix ans après la publication de la revue systématique de Chenail et al. (2012), le moment est venu d’explorer à nouveau la question. Le but de cette revue systématique est donc de fournir une vue d’ensemble actuelle et complète du point de vue des personnes suivies sur ce qui aide et ce qui n’aide pas pendant les séances de TF. Elle vise en outre à aider les thérapeutes qui pratiquent la TF à repérer leurs points forts et leurs besoins de développement. Ses résultats peuvent aussi être utiles en thérapie individuelle, lorsqu’on souhaite inclure des membres de la famille dans le processus thérapeutique. La question de la revue porte précisément sur ce que les membres des familles vivent comme aidant et non aidant pendant les séances de TF. Cette revue ne décrit pas les différents types de TF et ne les distingue pas, car elle s’intéresse à l’expérience de la TF en général.

1.3 Positionnement de l’équipe de recherche

L’équipe de recherche, qui réunit deux personnes exerçant le conseil (E.T. et K.C.) et une universitaire (R.P.), partage un engagement : comprendre comment les personnes et les familles vivent les processus thérapeutiques et leur donnent sens. Avec un ancrage dans les approches systémiques et relationnelles, nous reconnaissons l’importance d’amplifier la voix des jeunes, des adultes et des familles plutôt que de leur imposer des présupposés professionnels. Notre expertise commune couvre le conseil individuel, de couple et familial, le conseil en milieu scolaire, le développement humain et la méthodologie des revues systématiques qualitatives, ce qui nous permet de relier théorie et pratique. Nous accordons de la valeur à la recherche qui renforce la réactivité, l’inclusivité et la profondeur relationnelle de la thérapie, et qui consolide en fin de compte le soutien thérapeutique offert à des personnes et à des familles diverses.

2. Méthodes

Nous avons mené une revue systématique parce que les revues systématiques repèrent, évaluent et combinent les données de toutes les études pertinentes qui cherchent à répondre à une question précise, ce qui accroît la généralisabilité et la transférabilité des résultats (Boland et al. 2017). Elles limitent aussi les biais de l’équipe de recherche en suivant une série explicite d’étapes structurées (Liberati et al. 2009).

Le regard épistémologique qui guide cette revue s’enracine dans le constructivisme social, selon lequel la réalité et la connaissance se construisent par l’expérience et l’interaction sociale (Barbosa da Silva 2008 ; Waller et al. 2016). Les personnes comprennent et construisent le sens d’un phénomène donné à travers leur expérience et leur réflexion (Adom et al. 2016). Dans cette perspective, la revue cherche à explorer les expériences et les perceptions subjectives de la TF chez les personnes qui ont participé aux études qualitatives. La recherche qualitative explore des points de vue divers sur des phénomènes complexes et nuancés, et fournit des informations approfondies, riches et détaillées sur les facteurs contextuels, les significations subjectives et les processus (Creswell 2013).

Les revues systématiques qualitatives ont un avantage net pour explorer la profondeur et la richesse de l’expérience humaine subjective du phénomène étudié : elles approfondissent la compréhension par la synthèse d’études primaires individuelles (Flemming et Noyes 2021). Nous avons donc employé une méthodologie systématique qualitative pour repérer, analyser et synthétiser les résultats d’études qualitatives ayant recueilli l’expérience vécue, les perceptions et les interprétations de personnes participant à une TF, afin de comprendre les aspects aidants et non aidants de la TF du point de vue des personnes qui la vivent. Les résultats des revues systématiques qualitatives peuvent en outre aider à conceptualiser des cadres théoriques et des interventions, à nourrir les politiques et les recommandations de pratique, et à orienter la recherche (Saini et Shlonsky 2012). C’est un autre objectif de cette revue.

2.1 Critères d’inclusion et d’exclusion

La présente revue systématique a inclus des études qualitatives portant sur toute approche de TF ; les études éligibles devaient toutefois explorer l’expérience ou le point de vue de personnes ayant suivi une TF récente (dans les deux ans environ précédant le recueil des données, pour limiter le biais de mémoire) ou en cours, avec au moins deux membres de la famille assistant ensemble à la majorité des séances, les entretiens pouvant être menés séparément ou conjointement. Le recueil de données auprès d’une seule personne suffisait pour l’inclusion. Les études éligibles devaient aussi avoir été publiées entre le 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2021 dans une revue à comité de lecture (pour garantir la fiabilité des résultats et le respect des normes éthiques). En raison de contraintes de temps et de moyens, seules les études publiées en anglais étaient éligibles. Les études devaient avoir été publiées après la date limite d’éligibilité de la revue systématique de Chenail et al. (2012), pour éviter les doublons et répondre à la recommandation de cette équipe d’approfondir ce domaine d’étude.

Comme la revue portait sur l’expérience vécue en séance, nous avons exclu des phénomènes comme l’orientation vers la thérapie, la demande d’aide ou les résultats. Ont aussi été exclus : les programmes en hospitalisation ou en établissement résidentiel, en milieu scolaire et communautaire, d’éducation parentale et de psychoéducation ; les groupes de soutien ; la participation d’enfants de moins de 6 ans à la recherche, car ces enfants demandent en général d’autres méthodes d’entretien qualitatif (Platt 2016) ; les interventions ou pratiques particulières non généralisables à la plupart des contextes de TF (par exemple, l’usage du miroir sans tain, les équipes de thérapeutes et les équipes réfléchissantes) ; les interventions familiales pour les troubles alimentaires (par exemple, celles où la composante familiale visait la réduction des symptômes par des responsabilités parentales, comme la planification des repas) ; les thérapies individuelles ou de couple appliquant des modèles de TF ; et les TF dont les membres de la famille assistaient toujours séparément aux séances.

2.2 Stratégie de recherche documentaire

La première autrice a interrogé de manière approfondie et systématique les bases EBSCO-Discovery Service (dont PsycInfo et Web of Science) et Scopus en mai 2022, avec l’appui de deux spécialistes de la documentation de l’université. En coordination avec la personne qui signe en troisième, elle a révisé la stratégie de recherche et l’a appliquée de nouveau en juin et en septembre 2022. Les termes de recherche, présentés au tableau 1, reposaient sur le cadre SPIDER (Cooke et al. 2012) et ont été utilisés selon de multiples combinaisons. La première autrice a aussi parcouru les sommaires des revues de TF pertinentes et dépouillé à la main les listes de références des articles pertinents, pour repérer les études que les recherches dans les bases auraient pu manquer.

Tableau 1 — Termes de recherche SPIDER

  • Échantillon. client*, participant*, member*, famil*, child*, parent*, patient*, “young person*”, caregiver*, consumer*, “service user*”, adolescen*, teen*
  • Phénomène d’intérêt. attitude*, experience*, perspective*, perception*, feeling*, evaluation*, view*, thought*, voice*
  • Intervention. “family intervention*”, “family therap*”, “family counsel*”, “family psychotherap*”, “system* therap*”, “family therapy technique*”, “family therapy activit*”, “family therapy tool*”
  • Plan d’étude. qualitative, phenomenolog*, interview*, “thematic analys*”, “grounded theor*”
  • Évaluation. satisfaction, engagement, interaction*, participation, refusal, dropout, evaluation, assessment, preference*, barrier*, persever*
  • Type de recherche. qualitative

Les termes de recherche sont laissés en anglais, langue dans laquelle les bases ont été interrogées.

2.3 Évaluation critique

Pour évaluer de manière critique la qualité globale et la rigueur méthodologique des études retenues, la première autrice a utilisé une version modifiée de la grille du Critical Appraisal Skills Program (CASP) (Long et al. 2020). Cet outil très utilisé fournit des grilles structurées pour apprécier la qualité et la fiabilité des synthèses de données qualitatives en santé et en sciences sociales. Il comprend 10 questions qui aident à repérer les limites susceptibles d’affecter la qualité d’une revue. En coordination avec la personne qui signe en deuxième, la première autrice a évalué chaque étude avec la grille CASP modifiée, en examinant des critères comme l’objectif et le plan de recherche, la sélection des personnes participantes, l’adéquation de la méthodologie et de l’analyse des données, la clarté et la crédibilité des résultats, les biais possibles et d’autres considérations éthiques ; elle a consigné systématiquement les réponses pour chaque critère et classé les études selon leur qualité globale. Ce processus d’évaluation a éclairé l’interprétation des résultats en faisant ressortir les forces et les limites méthodologiques.

2.4 Extraction et synthèse des données

La première autrice a extrait et mis en tableau les caractéristiques des études (comme les données sociodémographiques des personnes participantes, le modèle de TF, le recueil et l’analyse des données) et leurs résultats ; les deux autres membres de l’équipe les ont relus. Pour la synthèse des données, deux méthodes ont été retenues : la synthèse thématique de Thomas et Harden (2008) et l’analyse thématique réflexive de Braun et al. (2019), la première pour sa manière de rassembler des études qualitatives hétérogènes (Lockwood et al. 2017), la seconde pour ses étapes clairement définies et l’accent qu’elle met sur la réflexivité (ici par un journal réflexif détaillé). Les recommandations PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses) ont été suivies pour respecter les normes de présentation. La première autrice a réalisé la synthèse et l’analyse des données, et les deux autres membres de l’équipe ont examiné ces processus de manière critique. Une relecture et des retours de pairs de la recherche ont aussi été sollicités et pris en compte tout au long du travail. Pour la synthèse, la première autrice a lu et relu les articles pour se familiariser avec les données, puis, en gardant à l’esprit les questions de la revue, elle a codé les citations pertinentes des personnes participantes (constructions de premier ordre) et les interprétations des équipes de recherche (constructions de second ordre) tirées de la section des résultats de chaque article. Celles-ci ont été disposées dans des colonnes adjacentes pour éviter l’anecdotisme et les déformations, comme le recommandent Popenoe et al. (2021). Le processus d’analyse a été itératif, non linéaire. Au départ, les données ont été codées de manière inductive. Après le codage de plusieurs études, la première autrice a élaboré un dictionnaire de codes comprenant une liste de codes affinés, ce qui a ajouté une dimension de codage déductif. La liste a évolué au fil du codage, à mesure que la compréhension des données et l’engagement avec elles s’approfondissaient (Braun et Clarke 2021). Chaque extrait a reçu au moins un code et a été marqué comme expérience positive (aidante), négative (non aidante) ou neutre. Les extraits ont aussi été marqués comme se rapportant aux parents ou les personnes qui s’occupent de l’enfant (désormais : « parents ») ou aux enfants et aux jeunes, adolescence comprise (désormais : « jeunes »).

À mesure que le codage avançait, plusieurs thèmes possibles se sont dessinés ; le codage et la génération des thèmes ont donc eu lieu en même temps. Au cours de ce processus, la première autrice s’est efforcée d’écarter les biais possibles en codant de manière réflexive toutes les données pertinentes, en restant attentive à toute interprétation préconçue. L’analyse ayant été réalisée par une seule personne, le codage et la génération initiale des thèmes ont été effectués deux fois, pour garantir la fidélité aux données, comme le recommandent Popenoe et al. (2021). La première autrice a ensuite regroupé les codes en catégories générales, c’est-à-dire en thèmes et sous-thèmes initiaux, dont certains avaient été générés pendant le codage. Si la plupart des codes s’inscrivaient dans ces thèmes, quelques codes restaient isolés. Une fois les thèmes et sous-thèmes initiaux revus et vérifiés quant à leur exactitude et à leur cohérence avec les données, ils ont été nommés. La personne qui signe en deuxième a examiné ces thèmes et sous-thèmes de manière critique, et des ajustements mineurs ont été apportés.

2.5 Considérations éthiques

Aucune donnée primaire n’ayant été recueillie, la revue n’avait pas besoin de l’approbation du comité d’éthique humaine de l’université Massey ; nous avons déposé à la place une déclaration de recherche à faible risque. Nous avons néanmoins examiné avec soin les questions éthiques propres aux revues systématiques qualitatives. Pour limiter les biais, nous avons cherché à rester dans l’ouverture à des interprétations plus larges, qui reflètent la complexité des expériences familiales, en veillant à inclure et à représenter tous les points de vue des personnes participantes pertinents pour les objectifs de la recherche, à présenter de manière juste et respectueuse le travail des équipes des études primaires, et à garder notre attention sur les points de vue qui remettaient en question nos propres convictions. Chaque étude a fait l’objet d’une relecture de ses résultats, pour s’assurer qu’aucune expérience des personnes participantes n’avait été omise par inadvertance. Nous avons pris en compte plusieurs points de vue, ceux des signataires de la présente revue et d’autres collègues, pour travailler sur nos positions et nos biais personnels au moyen de relectures individuelles et entre pairs, de réflexions, de discussions, de retours et d’un journal réflexif, de manière régulière. À chaque étape, la première autrice s’est engagée dans une réflexion critique continue sur ses présupposés théoriques et personnels, pour éviter de chercher dans les données des éléments de confirmation, tout en examinant avec soin la manière dont la connaissance était produite et à qui elle pouvait profiter, ou éventuellement nuire.

3. Résultats

3.1 Sélection des études

La figure 1 présente le processus de sélection sous la forme d’un diagramme de flux PRISMA (Page et al. 2021). La recherche dans les bases et le dépouillement manuel ont permis de repérer 1790 études, dont 1032 restaient après suppression des doublons. La première autrice a examiné leurs titres et leurs résumés et a retenu 75 études pertinentes pour une lecture du texte intégral. Elle a contacté les équipes d’études potentielles pour obtenir les informations manquantes et lever les incertitudes. Un article supplémentaire, publié en 2021, a été fourni par la personne qui signait une étude repérée. Au total, 64 études lues en texte intégral ont été exclues parce qu’elles ne remplissaient pas un ou plusieurs critères d’inclusion ou d’exclusion (la figure 1 indique les principaux). Onze articles étaient éligibles et ont été retenus pour la revue systématique.

Diagramme de flux PRISMA du processus de sélection des études : 1790 études repérées, 1032 après suppression des doublons, 75 lues en texte intégral, 11 retenues
Figure 1. Diagramme de flux du processus de sélection des études (schéma original en anglais).

3.2 Caractéristiques des études

Le tableau 2 présente les caractéristiques des 11 études. Sept venaient d’Angleterre, et les quatre autres de Malte, de Chine, d’Écosse et des États-Unis. Les études étaient hétérogènes quant aux approches de TF, aux populations, ainsi qu’à la durée et à la fréquence des interventions. Deux études ne rapportaient que le point de vue des jeunes, et deux autres que celui des parents. Deux paires d’études étaient liées : Bunting et al. (2021) ont rapporté le point de vue des jeunes, et Fox et al. (2016) celui des parents, sur la même intervention ; de même, Paradisopoulos et al. (2015) ont rapporté le point de vue des jeunes, et Kaur et al. (2017) celui des parents, sur la même intervention. La recherche de Gilson et Abela (2021) était la seule étude de cas, portant sur une seule famille.

Tableau 2 — Tableau d’extraction des données : synthèse des caractéristiques des études

Pour chaque étude : auteurs, année et lieu ; personnes participantes (nombre, âge, genre, appartenance ethnique ou pays d’origine), côté enfants et jeunes puis côté parents ; objectif ; modèle de thérapie familiale (TF) ; recueil et analyse des données.

  • 1. Bunting et al. (2021), Angleterre. Étude liée : Fox et al. (S3). Enfants et jeunes : n = 7 ; 14 à 18 ans ; f = 4, m = 3 ; origines samoane, kényane/soudanaise, géorgienne, noire britannique (n = 2), marocaine, britannique. Parents : non interrogés. Objectif : explorer l’expérience de la thérapie multisystémique (MST) chez des jeunes de minorités ethniques, y compris les aspects de l’intervention qui ont facilité ou freiné l’engagement et le changement. Modèle : MST, jusqu’à 3 fois par semaine pendant 3 à 5 mois (20 à 60 séances)a ; séances individuelles, de couple et familiales selon les besoins de la famillea. Données : analyse par théorisation ancrée d’entretiens individuels semi-directifs de 40 à 90 minutes, 3 à 24 mois après la clôture du suivi (abandon ou intervention menée à terme).
  • 2. Collyer et al. (2021), Angleterre. Enfants et jeunes : n = 10 ; 10 à 16 ans ; f = 3, m = 7 ; origine blanche/blanche britannique (n = 8), noire/noire britannique (n = 2). Parents : n = 19, données sociodémographiques non rapportées. Objectif : comprendre les facteurs liés à l’abandon en thérapie familiale fonctionnelle (FFT), en explorant l’expérience de familles qui ont mené la FFT à terme et de familles qui l’ont abandonnée. Modèle : FFT ; nombre moyen de séances : n = 10 familles ayant suivi les trois phases de la FFT en 3 à 6 mois, n = 4 familles ne les ayant pas toutes suivies. Données : analyse thématique d’entretiens individuels semi-directifs après la participation, en personne ou par téléphone.
  • 3. Fox et al. (2016), Angleterre. Étude liée : Bunting et al. (S1). Enfants et jeunes : non interrogés. Parents : n = 7 personnes de minorités ethniques qui s’occupent de l’enfant et ont mené la thérapie à terme ; de la quarantaine à la soixantaine ; f = 6, m = 1 ; pays d’origine : Rwanda, Jamaïque, Israël, Ghana (n = 2), Chine, Irlande. Objectif : comprendre ce qui a favorisé ou freiné l’engagement et le changement du point de vue de personnes de minorités ethniques qui s’occupent de l’enfant, et relier ces éléments aux structures de la MST qui guident l’évaluation, la planification du traitement et l’intervention. Modèle : MST, jusqu’à 3 fois par semaine pendant 3 à 5 mois (20 à 60 séances)a ; séances individuelles, de couple et familiales selon les besoins de la familleb. Données : analyse par théorisation ancrée d’entretiens semi-directifs de 60 à 90 minutes, 0 à 12 mois après l’intervention.
  • 4. Gilson et Abela (2021), Malte. Enfants et jeunes : n = 3c ; 7 à 14 ans ; f = 1, m = 2 ; famille maltaise. Parents : n = 2, la mère (quarantaine) et le père (quarantaine). Objectif : explorer l’alliance thérapeutique entre la personne thérapeute et une famille qui traverse un trauma relationnel. Modèle : TF systémique ; séances individuelles, de couple et familiales, avec tout ou partie des membres de la famille ; la thérapie n’était pas terminée au moment du recueil des données. Données : étude de cas narrative ; System for Observing Family Therapy Alliance, mise en récit et analyse transversale de brefs entretiens avec les enfants (individuels ou conjoints, on ne sait) et d’un entretien avec les parents.
  • 5. Kaur et al. (2017), Angleterre. Étude liée : Paradisopoulos et al. (2015). Enfants et jeunes : non interrogés. Parents : n = 12 personnes qui s’occupent de l’enfant ; de la trentaine à la cinquantaine ; f = 11, m = 1 ; origine blanche britannique (n = 11), noire britannique caribéenne (n = 1). Objectif : étudier le point de vue des personnes qui s’occupent de l’enfant pendant et après la thérapie, pour déterminer comment les familles parviennent au changement et le maintiennent grâce à la MST. Modèle : MST, jusqu’à 3 fois par semaine pendant 3 à 5 mois (20 à 60 séances)d ; séances individuelles, de couple et familiales selon les besoins de la familled. Données : analyse par théorisation ancrée d’entretiens semi-directifs de 45 à 81 minutes, 5 à 21 mois après l’interventione.
  • 6. Liu et al. (2020), Chine. Enfants et jeunes : n = 12f ; 16 à 18 ans ; f = 10, m = 2. Parents : n = 24 (12 mères, 12 pères). Objectif : explorer l’expérience de la TF chez des jeunes souffrant de dépression en Chine et chez leurs familles. Modèle : thérapie familiale systémique de Milan, 10 à 11 séances de 90 minutes toutes les 2 à 3 semaines, sur 5 à 6 mois ; les deux parents assistaient à la TF avec l’adolescent ou l’adolescente. Données : analyse thématique d’entretiens familiaux semi-directifs d’environ 90 minutes après l’intervention.
  • 7. McPherson et al. (2017), Écosse. Enfants et jeunes : n = 12 ; âge stratifié : 11 à 13 ans et 14 à 17 ans ; f = 6, m = 6. Parents : n = 14 (11 mères, 3 grands-mères). Objectif : explorer les points de vue et l’expérience des familles et des équipes de terrain sur la mise en œuvre de la FFT, et repérer les principaux obstacles et leviers d’une mise en œuvre réussie. Modèle : FFT ; les personnes participantes avaient suivi les trois phases du traitement en 3 à 6 mois. Données : analyse thématique d’entretiens individuels semi-directifs, 0 à 18 mois après l’intervention.
  • 8. Morino (2019), Angleterre. Enfants et jeunes : n = 4 ; 10 à 14 ans ; f = 2, m = 2 ; origine blanche = 3, noire = 1. Parents : non précisé. Objectif : explorer le point de vue des personnes suivies et des thérapeutes sur le processus de changement pendant une psychothérapie systémique pour des enfants présentant un trouble des conduites, dans le cadre des services de santé mentale de l’enfant et de l’adolescent (CAMHS), afin de dégager des idées pour le travail thérapeutique futur. Modèle : psychothérapie à domicile fondée sur la théorie des systèmes et sur divers modèles de TF (narratif, orienté vers les solutions, structural, systémique de Milan), intégrant une psychoéducation sur la parentalité et les compétences sociales ; autres détails (nombre et fréquence des séances) non fournis. Données : analyse par théorisation ancrée d’entretiens de 90 minutes avec la famille ou avec le parent, en milieu de thérapie (à partir de la sixième séance).
  • 9. Paradisopoulos et al. (2015), Angleterre. Étude liée : Kaur et al. (2017). Enfants et jeunes : n = 8 ; 13 à 18 ans ; f = 5, m = 3 ; origine blanche britannique (n = 5), noire britannique caribéenne (n = 1), mixte (n = 2). Parents : non interrogés. Objectif : élaborer une théorie de ce qui a contribué à des améliorations durables chez des jeunes ayant suivi une MST, ainsi que des difficultés rencontrées, et la comparer à la littérature existante sur le processus de changement. Modèle : MST, jusqu’à 3 fois par semaine pendant 3 à 5 mois (20 à 60 séances)a ; séances individuelles, de couple et familiales selon les besoins de la famillea. Données : analyse par théorisation ancrée d’entretiens semi-directifs, 5 à 21 mois après l’interventione.
  • 10. Thompson et al. (2011), États-Unis. Ensemble : n = 38 (19 familles ; dans chacune, une personne jeune et une personne qui s’occupe d’elle ont été interrogées). Enfants et jeunes : 12 à 16 ans ; f = 13, m = 6 ; origine latino (n = 10), blanche (n = 6), noire (n = 3). Parents : mères (n = 12), pères (n = 3), grands-mères (n = 2), tantes (n = 1), oncles (n = 1) ; 29 à 63 ans ; origine latino (n = 10), blanche (n = 6), noire (n = 3). Objectif : examiner la perception, par des jeunes en difficulté et par les personnes qui s’en occupent, du recours au jeu familial et aux activités expérientielles pendant les séances de TF. Modèle : TF orientée vers les solutions et activités expérientiellesg ; jusqu’à 12 séances de 60 à 90 minutes. Données : entretiens familiaux semi-directifs au domicile des familles, environ 3 mois après l’intervention ; entretiens enregistrés et transcrits.
  • 11. Tighe et al. (2012), Angleterre. Enfants et jeunes : n = 16 ; 13 à 17 ans ; f = 2, m = 14 ; origine noire (n = 9), blanche (n = 8), mixte (n = 3), asiatique (n = 1). Parents : n = 22 (19 mères, 1 père, 1 couple). Objectif : étudier le point de vue des familles sur les forces et les limites du modèle de prestation de la MST et sur ce qui a aidé ou freiné un changement positif. Modèle : MST ; nombre moyen de séances : 33 (7 à 68) ; durée de la thérapie : 23 semaines (13 à 36). Données : analyse thématique d’entretiens individuels semi-directifs (60 minutes pour les parents, 30 minutes pour les jeunes, de 19 à 43), environ 2 mois après l’intervention.

Notes : a Source de l’information : deuxième équipe de recherche, par courriel. b Source de l’information : équipe de recherche principale, par courriel. c Famille de quatre enfants ; les réponses d’un enfant ont été exclues, son âge étant hors des critères d’inclusion. d Source de l’information : troisième équipe de recherche, par courriel. e Seules ont été interrogées les familles ayant obtenu des changements positifs (aucune nouvelle condamnation, scolarisation ou formation en cours, et maintien au domicile) à la fin de leur intervention MST menée à terme (selon les trois résultats finaux définis par la MST). f Toutes les familles participantes étaient des familles chinoises à enfant unique, dont l’adolescent ou l’adolescente avait reçu un diagnostic de trouble dépressif majeur, premier épisode dépressif sans rémission. g Au début de chaque séance familiale, une activité faisant appel à des interactions expérientielles et à des exercices de développement des compétences était menée ; elle portait sur des difficultés que la famille avait repérées, comme la gestion de la colère, la résolution de problèmes, l’amélioration de la communication, la consommation de substances, l’expression des sentiments, l’adaptation, etc. f, féminin ; m, masculin.

Comme le montre le tableau 2, plus de la moitié des études portaient sur une intervention de TF manualisée : cinq sur la MST et deux sur la FFT. Dans trois études, le modèle était la thérapie familiale systémique (l’une intégrant plusieurs autres modèles thérapeutiques), et dans une étude, la thérapie familiale orientée vers les solutions. Au total, 210 membres de familles ont contribué aux études retenues : 119 parents (69 femmes, 22 hommes et 28 dont le genre n’était pas rapporté) et 91 enfants (46 filles et 45 garçons). Lorsqu’il était rapporté, l’âge des parents allait de 29 à 69 ans. L’âge des enfants allait de 7 à 18 ans. Dans toutes les études, la personne désignée comme cliente était une personne jeune.

3.3 Qualité des études

Comme le montre le tableau 3, trois études étaient de haute qualité et satisfaisaient à tous les items de la grille CASP modifiée (Long et al. 2020). Cinq étaient de qualité moyenne et trois de qualité plus faible. Les études ont été jugées de qualité moyenne ou faible parce qu’elles ne justifiaient pas suffisamment la stratégie de recrutement, ne recueillaient et ne rapportaient que des données à sens unique (ce qui était aidant ou positif), ne décrivaient pas suffisamment le processus d’analyse des données, ou ne discutaient pas les résultats de manière assez détaillée. En outre, plusieurs études ne discutaient pas de manière adéquate la relation entre l’équipe de recherche et les personnes participantes ; on ne savait donc pas clairement si l’influence de ce rôle ou les biais possibles avaient été pris en compte. Deux études ne mentionnaient pas de considérations éthiques ; on suppose toutefois qu’elles ont respecté les exigences éthiques, puisqu’elles ont été publiées dans des revues à comité de lecture. Malgré ces différences de qualité, toutes les études apportaient des contributions importantes et ont été jugées précieuses.

Tableau 3 — Évaluation de la qualité des études au moyen de la grille CASP modifiée

Pour chaque question de la grille, les études qui n’y satisfont pas pleinement ; toutes les autres y satisfont (✓). Numéros des études comme au tableau 2.

  • 1. Y a-t-il un énoncé clair de la recherche ? Oui pour les 11 études.
  • 2. La méthodologie qualitative est-elle appropriée ? Oui pour les 11 études.
  • 3. Le plan de recherche était-il approprié pour répondre aux objectifs de la recherche ? Oui pour les 11 études.
  • 4. La stratégie de recrutement était-elle appropriée aux objectifs de la recherche ? En partie (S) : Fox et al. (2016) ; oui pour les autres.
  • 5. Les données ont-elles été recueillies de manière à traiter la question de recherche ? Pas clair (U) : Fox et al. (2016), Paradisopoulos et al. (2015) ; oui pour les autres.
  • 6. La relation entre l’équipe de recherche et les personnes participantes a-t-elle été suffisamment prise en compte ? Non (✗) : Bunting et al. (2021), Fox et al. (2016), Paradisopoulos et al. (2015) ; en partie (S) : Collyer et al. (2021), Gilson et Abela (2021), Kaur et al. (2017), Tighe et al. (2012) ; oui : Liu et al. (2020), McPherson et al. (2017), Morino (2019), Thompson et al. (2011).
  • 7. Les questions éthiques ont-elles été prises en considération ? Non (✗) : Fox et al. (2016), Paradisopoulos et al. (2015) ; oui pour les autres.
  • 8. L’analyse des données était-elle suffisamment rigoureuse ? Pas clair (U) : Bunting et al. (2021), McPherson et al. (2017) ; oui pour les autres.
  • 9. Y a-t-il un énoncé clair des résultats ? En partie (S) : Fox et al. (2016) ; oui pour les autres.
  • 10. Quelle est la valeur de la recherche ? Précieuse (V) pour les 11 études.
  • Qualité globale. Haute (★★★) : Liu et al. (2020), Morino (2019), Thompson et al. (2011) ; moyenne (★★) : Collyer et al. (2021), Gilson et Abela (2021), Kaur et al. (2017), McPherson et al. (2017), Tighe et al. (2012) ; faible (★) : Bunting et al. (2021), Fox et al. (2016), Paradisopoulos et al. (2015).

Notes : ✓ = oui (item traité de manière adéquate) ; ✗ = non (item non traité de manière adéquate) ; S = en partie ; U = pas clair (informations insuffisantes). Pour la question 10 : V = précieuse ; S = assez précieuse. Qualité globale : ★ = faible ; ★★ = moyenne ; ★★★ = haute.

3.4 Synthèse des données

Comme le montre le tableau 4, malgré l’hétérogénéité des modalités et des formats d’intervention, de nombreux résultats clés se recoupaient nettement. Quatre grands thèmes ont été dégagés : les qualités de la personne thérapeute qui contribuent à l’alliance thérapeutique (AT), l’usage des techniques de conseil et de thérapie par les thérapeutes, la conduite de l’intervention et l’engagement de la famille dans le processus. Les thèmes et les sous-thèmes associés sont présentés à la figure 2 et exposés ci-dessous, illustrés par des citations des personnes participantes. Tous les thèmes et sous-thèmes s’appliquaient à la fois aux jeunes et aux parents ; les mots « familles » et « personnes participantes » sont donc employés indifféremment pour rapporter leurs points de vue. Lorsqu’un point de vue ne concerne qu’un groupe particulier, c’est indiqué. Les citations sont signalées par « J » pour une personne jeune et par « P » pour un parent.

Tableau 4 — Tableau d’extraction des données : synthèse des résultats

Résultats de chaque étude (domaines, catégories, thèmes et sous-thèmes) ; les intitulés de thèmes sont en italique, suivis de leurs sous-thèmes.

  • 1. Bunting et al. (2021). Comprendre la culture familiale : comprendre et respecter la culture, et la connaître ; aborder les points de vue divergents sur le fait de vouloir une aide extérieure. Tenir compte des différences culturelles au sein de la famille : reconnaître le rôle des différences culturelles et d’acculturation dans les difficultés présentées par la personne jeune ; faire preuve de sensibilité culturelle et faciliter la prise de perspective ; différences de pratiques disciplinaires. Comprendre les valeurs et croyances culturelles propres à la personne jeune : voir son identité comme un mélange culturel ; exploration de l’identité par la personne thérapeute, qui permet de la partager avec les parents ; compréhension, respect et connaissance de la culture par la personne thérapeute. Reconnaître les différences culturelles dans la relation thérapeutique et y réfléchir : les thérapeutes abordent leur propre appartenance ethnique et leur identité culturelle.
  • 2. Collyer et al. (2021). Engagement relationnel : définition du problème ; équilibre de l’alliance ; ouverture. Perception de l’utilité : crédibilité ; pertinence. Obstacles pratiques : commodité et accessibilité.
  • 3. Fox et al. (2016). Créer une position partagée : la personne thérapeute « rejoint » la famille et s’aligne sur elle ; avoir des objectifs communs. Construire une alliance thérapeutique : qualités appréciées chez la personne thérapeute ; construire une relation de travail positive. Tenir compte de la différence culturelle : une compréhension sur le plan culturel ; approche culturellement sensible de la personne thérapeute ; compréhension et respect de la différence ; prendre en compte le rôle de la culture dans les difficultés. Travailler dans une relation sûre et de confiance : établir une relation de confiance avec la personne thérapeute ; un soutien pour oser essayer de nouvelles choses ; travailler en collaboration. Donner du pouvoir d’agir au parent : adopter une approche fondée sur les forces ; se centrer sur les réussites ; aide de la personne thérapeute pour gérer le déséquilibre de pouvoir dans la famille et en dehors. Plus de communication au sein de la famille et avec l’extérieur : plus de communication positive entre parents et jeunes ; plus de communication positive entre la famille et les autres services. La personne thérapeute comme médiatrice culturelle : faciliter la prise de perspective ; négocier les différences culturelles dans la famille ; aide pour replacer le comportement des jeunes dans le contexte de la culture britannique ; la personne thérapeute comme point de repère culturel.
  • 4. Gilson et Abela (2021). La « manière d’être » de la personne thérapeute est la clé de l’engagement : capacité d’intuition ; capacité d’autoréflexivité ; capacité à garder une marge de manœuvre dans l’espace dialogique ; capacité à maintenir la neutralité. Consolider les alliances en créant des espaces conjoints et séparés. Une approche créative fondée sur le jeu aide à construire les alliances. Peser les avantages et les inconvénients d’impliquer les enfants. Rendre la thérapie signifiante pour tout le monde. Faire preuve de compassion envers les parents. Naviguer dans une alliance avec l’école et le service de santé mentale.
  • 5. Kaur et al. (2017). Transformer la relation à l’aide : de l’ambivalence à la confiance ; qualités et approche facilitantes de la personne thérapeute MST ; possibilités renouvelées de demander de l’aide à l’avenir. L’alliance entre parent et thérapeute comme modèle utile : la sécurité de la relation facilite la prise de risque ; vivre une relation de collaboration. La personne thérapeute soutient une alliance familiale : faciliter les liens au sein de la famille ; valoriser les objectifs de la famille. Privilégier une histoire positive : accepter les différences ; respecter l’indépendance ; reconnaître les exceptions et les forces de mon enfant. Plus de communication positive dans les relations : plus de communication avec l’école ; maintenir une communication ouverte et expressive dans la famille. Partager la responsabilité du changement : reconnaître les rôles de chacun ; doser mon propre apport.
  • 6. Liu et al. (2020). Facteurs qui soutiennent la formation de l’alliance thérapeutique : les traits de personnalité de la personne thérapeute ; son professionnalisme ; la similitude entre la personne thérapeute et sa clientèle. Les attitudes systémiques de la personne thérapeute : perspective non pathologisante ; manière non autoritaire ; respect et acceptation inconditionnels. Orientation de la thérapie systémique : favoriser le développement individuel à l’adolescence ; faciliter l’expression et la circulation des émotions. Techniques de thérapie systémique efficaces. Stratégies pour traiter les problèmes du moment : gérer les situations de crise ; faire face aux difficultés scolaires.
  • 7. McPherson et al. (2017). Engagement des familles : confiance et honnêteté ; voir le besoin et vivre le changement ; points de vue des proches ; influences psychosociales et culturelles. Structure et conduite : la souplesse est essentielle ; le travail et les devoirs peuvent être amusants ; intervention à domicile.
  • 8. Morino (2019). Bonne relation thérapeutique : avoir quelqu’un à qui parler ; reconnaissance et légitimation ; communication active et style thérapeutique : bonne relation avec les enfants. Bon accès : se voir proposer de l’aide quand c’est nécessaire ; langage accessible ; prendre conscience de ses propres capacités. Ressources : confiance ; connaissances, conseils, informations et aide pratique ; demander de l’aide. Le sentiment d’agir sur sa vie, face au désespoir, à l’absence de choix, à l’absence de voix dans ses propres affaires : un changement dû à sa propre action, face à un changement hors de son contrôle ; pouvoir maîtriser la situation, face à l’incapacité de la maîtriser ; une histoire de réussite cohérente, face à une histoire de réussite fragmentée ; le temps : les enfants finissent par dépasser leurs mauvais comportements.
  • 9. Paradisopoulos et al. (2015). L’alliance thérapeutique, modèle de relations sûres et de confiance : créer un contexte de sécurité, de confiance et de collaboration ; réviser ses attentes envers la MST et la personne thérapeute ; avoir le choix et la maîtrise dans la MST : développer un sentiment d’agir par soi-même. Mieux se connaître et connaître les autres, et reconnaître sa responsabilité : prendre personnellement la responsabilité du changement ; reconnaître l’effet du comportement sur soi et sur les autres. Accroître la conscience systémique : plus de réflexivité et de prise de perspective ; repérer les schémas d’interaction peu utiles et accroître la communication positive ; aider les autres à prendre conscience et à comprendre. Reconnaître les progrès et célébrer les réussites : remarquer les changements positifs chez soi et dans la famille ; être réaliste sur l’ampleur du changement. Avoir des solutions de rechange : l’apport continu des stratégies et des techniques : avoir des stratégies pour maîtriser ses émotions ; créer une structure et une routine. Repérer un avenir souhaité et le préparer : reconnaître et poursuivre ses passions : se forger une identité ; laisser le passé derrière soi ; détermination et persévérance ; travailler à être une famille.
  • 10. Thompson et al. (2011). Réactions positives aux activités : partager ouvertement ; amusant, divertissant ; application à la vie quotidienne ; interactions familiales enrichies ; accès à des prises de conscience. Réactions négatives aux activités : certaines activités improductives ; atmosphère superficielle, surtout quand l’activité ne correspondait pas à l’humeur de la famille ; pas assez de conseils et d’orientation de la part de la personne thérapeute ; certaines règles d’activité difficiles à suivre, qui compliquaient les choses ; malaise face au contenu émotionnel suscité par les activités ; les mêmes sujets revenaient malgré la variété des activités ; l’intérêt de certaines activités n’était pas clair.
  • 11. Tighe et al. (2012). À la convenance de la famille : au domicile familial ; en s’adaptant à l’emploi du temps de la famille. Approche globale : travailler avec les systèmes autour de la personne jeune : travailler avec les parents pour agir sur la personne jeune ; travailler avec les systèmes au-delà du foyer (école, famille élargie, autres services) ; encourager les activités et les relations prosociales. Approche orientée vers les solutions et pratique, aux bénéfices observables : voir du changement dès le début ; aide pratique, soutien concret ; psychoéducation : conseils, orientation et idées neuves ; appliquer des stratégies parentales comportementales : contrats, récompenses et conséquences. Une relation thérapeutique solide : une approche centrée sur la personne et collaborative : la personne thérapeute sait entrer en lien avec la famille, simple, facile à qui parler ; empathie, compréhension et sollicitude sincère ; sans jugement et sans reproche ; collaborative, un travail d’égal à égal. La personne thérapeute comme source de soutien : compagnie, conseil, motivation, médiation : le parent a quelqu’un à ses côtés, une compagnie ; quelqu’un à qui parler, un conseil ; des encouragements à persévérer dans les stratégies, une motivation ; faciliter la communication et la compréhension, une médiation ; une parentalité assurée et ferme : un sentiment de force, de mieux maîtriser la situation.
Schéma des quatre thèmes et de leurs sous-thèmes : qualités de la personne thérapeute et alliance thérapeutique, techniques de conseil et de thérapie, conduite de l'intervention, engagement de la famille dans le processus
Figure 2. Thèmes et sous-thèmes (schéma original en anglais).

Le tableau 5 présente la contribution des études aux thèmes et aux sous-thèmes.

Tableau 5 — Contribution des études à la synthèse

Pour chaque thème et sous-thème, les études qui y contribuent.

  • Thème 1 : qualités de la personne thérapeute qui contribuent à l’alliance thérapeutique. Bunting, Collyer, Fox, Gilson, Kaur, Liu, McPherson, Morino, Paradisopoulos, Tighe.
  • Entrer en lien avec le système familial. Bunting, Collyer, Fox, Gilson, Kaur, Liu, McPherson, Morino, Paradisopoulos, Tighe.
  • Faire confiance aux récits des familles, les respecter et les valider. Bunting, Collyer, Fox, Gilson, Kaur, Liu, McPherson, Morino, Paradisopoulos, Tighe.
  • Conscience et sensibilité culturelles. Bunting, Fox, Liu.
  • Thème 2 : usage des techniques de conseil et de thérapie par les thérapeutes. Bunting, Collyer, Fox, Gilson, Liu, McPherson, Morino, Paradisopoulos, Thompson, Tighe.
  • Compétences d’entretien. Collyer, Fox, Gilson, Liu, McPherson, Morino, Paradisopoulos.
  • Faciliter la communication, l’expression des émotions et la prise de perspective. Bunting, Collyer, Fox, Gilson, Liu, Paradisopoulos, Tighe.
  • Intégrer des activités expérientielles. Gilson, Liu, McPherson, Thompson.
  • Thème 3 : conduite de l’intervention. Collyer, Fox, Gilson, Kaur, Liu, McPherson, Morino, Paradisopoulos, Tighe.
  • Processus collaboratifs, fondés sur les forces et psychoéducatifs. Collyer, Fox, Gilson, Kaur, Liu, McPherson, Morino, Paradisopoulos, Tighe.
  • Format de l’intervention. Collyer, Gilson, Kaur, Liu, McPherson, Morino, Tighe.
  • Thème 4 : engagement de la famille dans le processus. Bunting, Collyer, Gilson, McPherson, Morino, Paradisopoulos, Tighe.
  • Partager ses difficultés. Collyer, Gilson, Morino, Paradisopoulos, Tighe.
  • Venir en thérapie en famille. Bunting, Collyer, Gilson.
  • Voir des progrès dès le début. Collyer, McPherson, Morino, Tighe.

4. Thème 1 : les qualités de la personne thérapeute qui contribuent à l’AT

Comme le fait apparaître le tableau 5, c’est le thème le plus fréquent, avec 10 études contributrices. Les familles ont désigné une relation thérapeutique sûre et soutenante comme un élément essentiel d’une thérapie efficace, un facteur déterminant pour poursuivre la thérapie. Les qualités et les caractéristiques de la personne thérapeute ressortaient comme les principaux facteurs qui influencent la force de ce lien.

4.1 Entrer en lien avec le système familial

Dans toutes les études sauf une10, les familles ont rapporté que la manière dont leur thérapeute s’engageait avec elles avait un effet significatif sur le processus thérapeutique. Des caractéristiques comme la chaleur, la bienveillance, l’empathie, la sincérité, la fiabilité et le sens de l’humour aidaient les familles à se sentir à l’aise et en confiance dans le processus. Une personne jeune a déclaré : « La praticienne FFT nous traitait comme des personnes plutôt que comme un travail… elle était gentille, chaleureuse et amicale. »7 Cela influençait en retour leur degré d’aisance et d’ouverture en séance. Les familles appréciaient les thérapeutes qui voulaient apprendre à les connaître et qui se souciaient de leur bien-être et de résultats positifs. Pour une mère, c’est ce qui l’a motivée à faire le travail : « Et parce qu’elle y tenait tant, je devais m’y donner à 100 %. »11 Le soutien offert par les thérapeutes en dehors des séances, en particulier en situation de crise, donnait aux familles le sentiment d’être prises en considération et soutenues. Par exemple, un père a été réconforté par la réponse de la personne thérapeute lorsque sa fille a révélé avoir des pensées de mort : « … j’essaierai de t’en empêcher parce que ta sécurité me tient à cœur. Si tu as d’autres impulsions de te faire du mal à l’avenir, [contacte-moi]. »6 En outre, les familles appréciaient la capacité des thérapeutes à entrer ainsi en lien avec tous les membres de la famille, en créant des « alliances simultanées » avec chaque membre de la famille et en honorant ces alliances, même lors des séances où tous les membres n’étaient pas présents.

4.2 Faire confiance aux récits des familles, les respecter et les valider

Dans ces 10 études, les personnes participantes ont dit combien le fait de se sentir comprises et reconnues leur donnait confiance dans le processus thérapeutique et de l’espoir pour l’avenir. Elles se sentaient validées lorsque les thérapeutes reconnaissaient leur expérience au lieu de la considérer comme anormale, imaginaire ou pathologique.

Mes parents ont essayé de me réconforter, en me disant de ne pas m’inquiéter, comme si mes peurs étaient une erreur. Ça me met mal à l’aise et ça me culpabilise. Mais [le thérapeute] m’a dit : « Tu as le droit de t’inquiéter ; on peut faire autre chose pour lâcher cette inquiétude », et j’ai pu me détendre ; c’est comme s’il était plus proche de ce que je ressentais.6

(J)

L’importance de ce regard sans jugement et non pathologisant vaut aussi pour le système familial : elle aide les familles à aborder le problème comme une question systémique.

Nous sommes une famille, nous avons des points de vue différents. Elle n’a pas fait de lui le problème, elle a pris en compte toute la famille.4

(P)

En outre, les familles appréciaient les thérapeutes qui les voyaient comme partie d’un système plus large (par exemple la famille élargie et l’école), qui tenaient compte de ces personnes dans le processus, et qui faisaient le lien entre les familles et les systèmes de soutien extérieurs. Les familles appréciaient cette « approche des systèmes écologiques », qui aidait à dissiper l’image de la famille comme système pathologique. Lorsque les récits des familles étaient crus et respectés, leur confiance dans leur capacité à opérer et à maintenir des changements augmentait. De plus, le respect de leur vision du monde, de leurs valeurs, de leurs émotions et de leurs attentes envers la thérapie donnait aux personnes participantes un sentiment de pouvoir d’agir et leur permettait d’essayer de nouvelles manières d’être. Beaucoup ont décrit comment elles recréaient ce type de relation avec les membres de leur famille. À l’inverse, certaines personnes participantes se sont senties incomprises : « J’avais l’impression qu’elle passait vraiment à côté de ce qu’on voulait dire. Elle regardait un tout petit bout de la chose, pas l’ensemble »2 (J). De plus, les plus jeunes enfants ont exprimé le souhait d’être associés de manière plus significative4.

4.3 Conscience et sensibilité culturelles

Comme l’indique le tableau 5, trois études ont rapporté que les familles appréciaient les thérapeutes qui comprenaient, valorisaient et respectaient leur culture, ce qui contribuait à une attitude positive envers le processus.

Elle a respecté ma culture… C’était important. Si elle n’avait pas pris cette voie, je n’aurais pas travaillé avec elle.3

(P)

Les familles appréciaient les thérapeutes qui considéraient la culture familiale en rapport avec leur propre culture et qui discutaient, dès le début de la thérapie, des significations possibles des différences culturelles. Cela renforçait la confiance envers la personne thérapeute et le processus. Des parents appréciaient de pouvoir consulter la personne thérapeute, dans cette relation de confiance, sur ce qui est approprié selon la culture et l’âge en matière de comportement. Certaines personnes participantes préféraient une personne thérapeute de culture ou d’origine proche, en disant que cela les aiderait à se sentir mieux comprises.

Comme elle venait d’un milieu semblable, elle n’avait pas de parti pris… elle comprenait à la fois mes parents et moi… Je pense qu’une personne britannique [blanche] aurait moins compris.1

(J)

En outre, des parents disaient qu’une personne thérapeute d’une culture proche pourrait plus facilement les bousculer. Si des jeunes craignaient qu’une personne thérapeute de culture proche ne se laisse manipuler par leurs parents, d’autres estimaient qu’une personne thérapeute d’une autre culture ne réussirait pas forcément comme médiatrice culturelle, et redoutaient que leurs parents ne comprennent pas, ou refusent d’admettre, que les différences culturelles jouaient un rôle dans les problèmes. Enfin, quelques personnes participantes se disaient neutres sur ce point : ce qui comptait, selon elles, c’était la formation et l’approche de la personne thérapeute, en particulier la prise en compte de la culture des personnes suivies et l’effort pour s’en instruire.

5. Thème 2 : l’usage des techniques de conseil et de thérapie par les thérapeutes

C’est un autre thème fréquent, avec des contributions de 10 études, comme le montre le tableau 5. Il renvoie aux compétences et aux techniques thérapeutiques qui permettent aux membres de la famille de communiquer autrement et plus en profondeur, de mieux se comprendre soi-même et mutuellement, et de voir leurs difficultés sous un autre jour.

5.1 Compétences d’entretien

Comme l’indique le tableau 5, les familles de sept études appréciaient les thérapeutes qui écoutaient activement, reformulaient, reflétaient, vérifiaient leur compréhension, accordaient à tous les membres de la famille le même « temps et espace », et employaient un langage adapté à l’âge, simple et sans jargon. Une personne jeune a déclaré : « Elle donne sa chance à tout le monde… Quand je parle, elle m’écoute et elle n’écoute personne d’autre. »4 La manière calme de parler des thérapeutes avait un effet positif sur la capacité d’écoute des jeunes. Leurs questions efficaces conduisaient à des réflexions et à des prises de conscience profondes, entraînaient les personnes participantes dans le processus et les aidaient à faire des liens avec des questions non résolues. Par exemple, une mère a dit : « Elle m’a même posé des questions qui m’ont aidée à réfléchir à des expériences passées. Aujourd’hui je comprends que c’est sans doute pour ça que je suis fatiguée, parce que toute ma vie j’ai dû m’occuper des autres. »4 Des questions efficaces aidaient aussi les personnes participantes à reconnaître leurs propres savoirs et leurs forces, et les incitaient à imaginer leurs propres solutions.

Il est très, très doué pour ça. Et à un moment c’était très agaçant, parce que je lui demandais conseil et que c’est moi qui répondais [rires]. Mais ça m’a fait comprendre que si je cherche assez, je peux trouver les réponses…8

(P)

Une étude3 a mentionné l’importance, pour les thérapeutes, de s’abstenir de faire des suppositions et de vérifier plutôt les points de vue et les significations propres aux personnes suivies.

5.2 Faciliter la communication, l’expression des émotions et la prise de perspective

Les familles de sept études (voir le tableau 5) ont relevé la compétence des thérapeutes à aider objectivement les membres de la famille à se transmettre leurs pensées et leurs émotions, ce qui modifiait sensiblement la circulation émotionnelle en séance.

Je commence à parler et elle écoute, puis on réfléchit ensemble, puis elle reprend ce que j’ai dit avec ses propres mots et elle le dit d’une manière que mes parents peuvent comprendre.4

(J)

Certaines personnes participantes ont remarqué le questionnement circulaire, une technique stratégique de TF qui aide les membres de la famille à voir selon de multiples points de vue. Il facilitait la prise de perspective, en permettant aux membres de la famille d’envisager plusieurs points de vue. Comme l’a dit une personne jeune :

[Le thérapeute] posait beaucoup de questions intéressantes. Il a demandé à mon père : « Pourriez-vous deviner ce que votre fils pense de votre relation avec votre femme », ou : « Quel genre de suggestions pensez-vous que votre fils aimerait que vous lui donniez ? » Ces questions étaient très éclairantes et nous ont permis de penser du point de vue des autres.6

Les personnes participantes jugeaient en général que les thérapeutes faisaient preuve d’objectivité pour faciliter la prise de perspective ; des membres des familles estimaient toutefois que les thérapeutes avaient tendance à prendre le parti de la personne jeune et à rejeter la faute sur le parent, ce qui entamait leur crédibilité. Certaines personnes participantes ont observé le recours au recadrage, une technique thérapeutique qui permettait aux familles de voir leurs difficultés sous un autre angle. En aidant les familles à recadrer leurs histoires, les thérapeutes permettaient aux parents de réviser le récit construit autour de la personne jeune pour qu’il soit moins saturé par le problème, en attribuant des réinterprétations et des significations positives à des comportements jusque-là jugés problématiques et inacceptables.

Ne prenez pas l’idée que « son cerveau ne peut pas fonctionner » comme un obstacle… voyez quels aspects positifs cela peut apporter. On dirait que sa dépression peut apporter un calme temporaire à notre famille.6

(P)

De même, les jeunes voyaient autrement les comportements de leurs parents. Par exemple, le recadrage leur permettait de réinterpréter comme des tentatives de lien et de protection des comportements jusque-là jugés contrôlants. Cette compétence conduisait aussi à des prises de conscience sur ses propres comportements, aidant les membres de la famille à aller vers l’acceptation des différences et des besoins, et à développer des schémas familiaux qui favorisaient la conscience des limites ainsi que la croissance et la différenciation individuelles. Dans les familles biculturelles, le recadrage facilitait les conversations sur les influences culturelles qui pèsent sur les besoins et les comportements. Recadrer les comportements « problèmes » aidait les membres de la famille à comprendre les efforts de chacun pour s’orienter entre plusieurs contextes culturels.

5.3 Intégrer des activités expérientielles

Quatre études (voir le tableau 5) ont contribué à ce sous-thème, à des degrés divers. L’étude10 consacrée uniquement au point de vue des familles sur les activités expérientielles utilisées en TF a apporté la contribution la plus importante. Les activités comprenaient le dessin, des sculptures en argile, des exercices de visualisation, des cartes et des schémas de la famille et de la communauté, et des jeux interactifs. Les familles décrivaient les activités expérientielles comme amusantes et divertissantes : une manière agréable de commencer les séances, de gagner en énergie et en spontanéité, de se détendre et de s’ouvrir, et d’encourager les sentiments positifs et la participation. Les activités offraient aux membres de la famille des occasions de profiter les uns des autres ; ces interactions positives étaient bien accueillies, à l’opposé des conversations saturées par le problème.

Les personnes participantes remarquaient que les activités leur permettaient de partager des pensées et des émotions qu’elles n’auraient pas partagées dans des séances centrées sur la parole. Elles se retrouvaient à discuter de sujets importants sans l’avoir prévu : « … on faisait en fait autre chose et puis tout est sorti au milieu de l’activité »10 (J). Parler des problèmes familiaux dans le cadre d’un jeu évitait la colère et les explosions, et permettait aux membres de la famille d’interagir de manière respectueuse et calme, ce qui aidait à désamorcer les problèmes. Lorsque les problèmes n’étaient pas personnalisés, les familles pouvaient les aborder de manière constructive.

[L’activité] met presque le problème au milieu… ce n’est pas qu’on le regarde en disant « toi, ton problème » [en pointant du doigt], ce n’est pas toi en particulier… le problème est plutôt au milieu.10

(P)

Les activités de développement des compétences en communication et en résolution des conflits aidaient les membres de la famille à s’exercer à de nouvelles manières d’être ensemble. Certaines personnes participantes ont dit conserver le matériel et les objets des activités (par exemple des boîtes à soucis) comme rappels visuels, physiques ou métaphoriques, et comme sources de motivation pour ces compétences nouvellement acquises.

Certaines personnes participantes ont décrit une expérience émotionnelle plus profonde pendant les activités. Ces expériences thérapeutiques d’une grande intensité émotionnelle conduisaient à une meilleure compréhension de soi et des autres, et aidaient à accroître l’empathie et la motivation à établir de nouvelles interactions et de nouvelles manières d’être ensemble. À l’opposé des dynamiques conflictuelles habituelles à la maison, ces activités les aidaient à voir des aspects et des traits positifs en soi et chez les membres de sa famille, ce qui modifiait leur point de vue. Si la plupart des membres des familles décrivaient les activités expérientielles comme précieuses, une partie les trouvait improductives et artificielles. De plus, lorsqu’elles ne correspondaient pas à l’humeur ou aux besoins de la famille, lorsque les règles étaient complexes, ou lorsque le temps de reprise était trop long, les activités perdaient leur pertinence et leur valeur thérapeutique. Si des jeunes exprimaient un malaise face au contenu émotionnel que suscitaient les activités, celles-ci étaient aussi considérées comme partie intégrante du processus thérapeutique.

6. Thème 3 : la conduite de l’intervention

Comme l’indique le tableau 5, 10 études ont contribué à ce thème, qui rassemble le point de vue des familles sur la manière dont la TF était conduite : par exemple le cadre, le contenu et le processus (quel que soit le modèle de TF).

6.1 Des processus collaboratifs, fondés sur les forces et psychoéducatifs

Les familles de neuf études (voir le tableau 5) appréciaient une approche qui les considérait comme des contributrices actives, compétentes et partenaires à égalité, dans un processus où les forces et les ressources de la famille étaient affirmées. En outre, les familles appréciaient les informations, les stratégies et les ressources fournies par les thérapeutes : elles leur donnaient de l’assurance et des options, et soutenaient les progrès thérapeutiques.

D’abord, une approche collaborative, dans laquelle familles et thérapeutes travaillaient ensemble à repérer les besoins, à fixer les objectifs et à décider du contenu, des méthodes, du rythme et des pistes de solution du traitement, donnait aux personnes participantes confiance dans leur rôle au sein du processus et un sentiment de maîtrise de leurs difficultés. Lorsque cette dimension collaborative faisait défaut et que l’axe du travail thérapeutique ne correspondait pas aux besoins et aux objectifs de la famille, les personnes participantes jugeaient l’intervention hors de propos et perdaient confiance dans la possibilité d’un changement.

… ce n’étaient pas des solutions pratiques, c’étaient des choses dont on se disait juste : bon, ce n’est pas vraiment pratique… c’était plutôt une solution pour famille parfaite, et ce n’est évidemment pas ce qu’on est, c’est bien pour ça qu’on a consulté.2

(P)

Ensuite, les familles appréciaient beaucoup une approche qui renforçait ce qui fonctionnait et qui se centrait sur les schémas positifs et les forces. Cette perspective faisait naître l’espoir et donnait du pouvoir d’agir. Lorsque les thérapeutes motivaient et encourageaient, les parents avaient l’espoir que les choses puissent s’améliorer et étaient plus enclins à persévérer. Par exemple, une mère a dit qu’elle avait pu reprendre la main sur sa situation parce qu’elle avait été « … remise aux commandes par la personne thérapeute, qui [lui] a fait prendre conscience de [sa] propre capacité à garder la maîtrise… »8 Un autre parent a dit :

Elle n’arrêtait pas de me rappeler mes forces… J’avais l’impression d’être une merde, mais elle me disait, vous voyez : « Regardez, pensez à ce que vous avez fait. »… Elle vous félicite… J’ai eu le sentiment qu’on me portait, qu’on me soutenait, qu’on m’encourageait.11

Enfin, les personnes participantes appréciaient les thérapeutes qui partageaient avec honnêteté et ouverture leurs connaissances et leur expertise professionnelles sur les difficultés de la famille. Des thérapeutes qui menaient des discussions ouvertes sur la santé mentale et qui offraient une psychoéducation sur les symptômes permettaient aux membres de la famille de mieux comprendre, et les soulageaient de l’anxiété née des incertitudes. Les personnes participantes appréciaient aussi qu’on leur donne des compétences et des outils pour les aider à communiquer, à repérer les déclencheurs, à réguler leurs émotions et à gérer les conflits en dehors des séances.

C’était juste les choses qu’on me disait de faire, genre monter dans ma chambre, me calmer, genre écrire ce que je ressens, ce genre de trucs.9

(J)

Une stratégie particulière, le contrat comportemental, qui établit des règles, des récompenses et des conséquences cohérentes pour aider à retirer la tension émotionnelle des conflits, a été désignée comme un facteur de changement, surtout lorsque les enfants étaient plus jeunes. Les familles dont les enfants étaient à la fin de l’adolescence disaient que, même si la compréhension mutuelle était plus efficace que l’établissement de contrats, ceux-ci « … permettaient d’engager le processus de négociation et d’accord… et ça, pour moi, c’était vraiment quelque chose d’assez important »5 (P). Des jeunes ont dit que, malgré une première réaction négative aux contrats comportementaux, la clarté et la structure qu’ils apportaient avaient fini par leur plaire.

6.2 Le format de l’intervention

Comme l’indique le tableau 5, sept études ont fait état du point de vue des personnes participantes sur le format de la thérapie, notamment le lieu des séances et la manière dont les thérapeutes répondaient aux demandes des familles, par exemple quelques séances individuelles. Un parent a déclaré : « Je pense qu’il y a certaines choses que (mon fils) aurait sans doute dites si je n’avais pas été là. »2 Si la plupart des familles suivies à domicile citaient ce point comme un facteur de poursuite des séances, des jeunes trouvaient que l’environnement du domicile les détournait du contenu : « On ne se concentre pas autant chez moi. Si c’était dans une bibliothèque, je me concentrerais plus. »7 Plusieurs familles ont évoqué les limites du format de l’intervention quant à la fréquence des séances. Une étude1 a examiné le point de vue des familles sur la fin de la thérapie : si la plupart des parents estimaient que la thérapie s’était terminée au bon moment, d’autres la trouvaient trop précoce ou trop abrupte et décrivaient comme préférable une fin progressive, avec quelques séances de suivi et/ou la possibilité de contacter la personne thérapeute pour un conseil. Enfin, plusieurs personnes participantes ont dit qu’elles auraient aimé quelques séances individuelles pour soutenir et compléter les séances familiales.

7. Thème 4 : l’engagement de la famille dans le processus

Comme le présente le tableau 5, six études ont contribué à ce thème, qui rassemble les points de vue des personnes participantes sur le fait de « s’ouvrir » dans un cadre thérapeutique, sur les séances individuelles par rapport aux séances familiales, et sur les premiers signes de progrès.

7.1 Partager ses difficultés

Cinq études (voir le tableau 5) ont rapporté le point de vue des personnes participantes sur les occasions de parler de leurs soucis et de leurs difficultés : elles décrivaient un sentiment de libération et d’allègement par l’expression, ce qu’un parent a décrit comme « … décharger une partie de mes affaires sur quelqu’un d’autre »11. Une autre mère a raconté ceci au sujet de son jeune enfant, qui se plaignait de maux de ventre persistants :

… juste après avoir dit ce qui l’agace à la maison, il est venu me dire à l’oreille : « la douleur est partie ».4

Si s’ouvrir et s’engager dans des conversations difficiles conduisait souvent à des prises de conscience, certaines personnes participantes ont dit ressentir de la gêne et de l’anxiété à l’idée de s’ouvrir. Elles craignaient en outre d’être jugées ou blâmées si elles parlaient ouvertement de leurs difficultés, en particulier de leur manière d’être parent.

Je pense qu’on a peur de s’entendre dire qu’on est une mauvaise mère ou qu’on a fait quelque chose de mal.2

(P)

Cette gêne s’atténuait souvent après les premières séances, une fois la relation thérapeutique construite.

7.2 Venir en thérapie en famille

Plusieurs personnes participantes ont exprimé une préférence pour une thérapie qui s’adresse au système familial plutôt que de se centrer sur une personne1,2,4. Même si elles étaient parfois plus complexes et plus inconfortables, les séances familiales étaient un facteur important de progrès thérapeutique.

C’est une chose d’écouter le son d’un seul instrument, c’en est une autre d’écouter une symphonie. Elle a adopté une approche globale.4

(P)

Les parents appréciaient la conscience que les séances familiales leur donnaient de leur part dans le problème et de ce qu’il leur était possible de changer, en soulignant l’inefficacité d’une thérapie antérieure (individuelle) qui les tenait à l’écart du processus thérapeutique4. Plusieurs personnes participantes ont aussi rapporté que la présence du père, ou son absence, avait un effet important. Une mère a dit que l’engagement du père l’avait remplie d’espoir et de courage4. Une personne jeune, qui n’avait pas mené l’intervention à terme, a dit : « Je pense que mon père aurait dû venir, à 100 %. Ça aurait été bien de travailler avec mon père. »2

Certaines personnes participantes ont rapporté que venir en famille était important parce que cela leur permettait d’entendre les récits des autres membres de leur famille. Cela les aidait à développer compréhension et empathie, et à prendre conscience des effets de leurs propres comportements sur le système familial.

Je crois que j’ai juste comme fait une pause et que j’ai pensé à toutes les choses que j’avais faites et à comment ma mère l’avait pris, quand j’écoutais ma mère parler à [la personne thérapeute] et se mettre à pleurer et tout. Je ne savais pas vraiment que ça faisait autant de mal à ma famille.11

(J)

À l’inverse, des jeunes2,11 ressentaient un malaise et ne s’engageaient ni avec la personne thérapeute ni dans le processus, que ce soit en séance familiale ou individuelle.

De toute façon je ne suis pas quelqu’un qui communique bien, c’est un de mes problèmes… J’ai aussi des problèmes d’anxiété et avec elle j’étais vraiment mal à l’aise.2

(J)

En outre, une étude4 a rapporté que les plus jeunes enfants étaient en détresse pendant les séances avec toute la famille (dans un cas jusqu’à la dissociation), en particulier lorsque des membres de la famille se disputaient et qu’il leur était impossible de contester des récits inexacts.

7.3 Voir des progrès dès le début

Comme l’indique le tableau 5, quatre études ont rapporté que les signes de progrès précoces et les changements positifs, comme une meilleure communication, du temps passé ensemble en famille et de meilleures compétences parentales, renforçaient l’engagement et la motivation à poursuivre la TF.

Juste, à chaque séance ça allait mieux et ça aidait…7

(J)

À l’inverse, les familles vivaient déception et désengagement lorsque l’axe du travail ne correspondait pas à leurs besoins, que le but et les bénéfices possibles n’étaient pas clairs et/ou qu’elles ne voyaient pas de progrès dès le début.

8. Discussion

Cette revue systématique avait pour but d’explorer le point de vue des personnes suivies sur ce qui aide et ce qui n’aide pas pendant les séances de TF. Onze études qualitatives ont fourni les données de l’analyse. Les données ont été synthétisées en quatre thèmes généraux : les qualités de la personne thérapeute qui contribuent à l’AT, l’usage des techniques de conseil et de thérapie par les thérapeutes, la conduite de l’intervention et l’engagement de la famille dans le processus. Les résultats et leurs implications sont discutés ci-dessous.

8.1 Les qualités de la personne thérapeute qui contribuent à l’AT

L’élément aidant le plus cité était l’AT, ce qui confirme les recherches antérieures (Sprenkle et al. 2013 ; Wampold et Imel 2015). Premièrement, les qualités et les caractéristiques de la personne thérapeute, sa manière d’être, avaient un effet direct sur cette relation, en accord avec la littérature existante (D’aniello et Fife 2020). La recherche existante confirme aussi le lien entre le sentiment de sécurité et de confiance des personnes suivies et des caractéristiques de la personne thérapeute comme la bienveillance, l’empathie et une sollicitude sincère pour le bien-être de la famille et les résultats de la thérapie (Sackett et Cook 2022).

Deuxièmement, lorsque les thérapeutes exprimaient sur l’expérience de la famille un regard sans jugement, respectueux et validant, les personnes participantes se sentaient soulagées, motivées et pleines d’espoir. Les familles trouvaient aidant que les thérapeutes considèrent le système familial comme le client, plutôt que de viser le changement chez la personne désignée comme cliente. De plus, situer la famille dans une série de systèmes qui ne fonctionnaient pas bien à ce moment-là aidait à dissiper l’image d’une « famille à problèmes », comme le confirme la littérature existante (W. Y. Lee 2020).

Troisièmement, le respect des thérapeutes pour les valeurs, les modes de vie et les visions du monde de leur clientèle influait sur l’AT. Si peu d’études ont contribué aux résultats sur les facteurs culturels ethniques, raciaux et géographiques, certaines personnes participantes issues de contextes biculturels faisaient davantage confiance à une personne thérapeute d’origine ethnique identique ou proche, avec l’attente d’être mieux comprises. Des jeunes craignaient qu’une personne thérapeute d’appartenance raciale ou ethnique proche fasse preuve de parti pris et/ou échoue à mener la médiation culturelle. Malgré ces préférences et ces craintes, ce qui comptait le plus pour les personnes participantes, c’était que les thérapeutes fassent preuve de compétence et de sensibilité culturelles, ce qui confirme des recherches antérieures (Friedlander et al. 2011).

Ces résultats ont plusieurs implications importantes pour la pratique et pour la formation. D’abord, comme une relation thérapeutique solide pèse fortement sur la manière dont les personnes suivies perçoivent un processus thérapeutique positif, et que les caractéristiques et les qualités de la personne thérapeute agissent directement sur cette relation, il importe que les programmes de formation mettent l’accent sur les processus interpersonnels et intègrent à la formation et à la pratique les résultats de recherche sur la dimension du soi du thérapeute (self-of-the-therapist ; Sprenkle et al. 2009). La manière d’être de la personne thérapeute (sa façon de considérer les personnes qu’elle accompagne et d’interagir avec elles) n’affecte pas seulement directement la qualité de la relation thérapeutique, mais aussi l’efficacité de son usage des techniques thérapeutiques, quel que soit le modèle (Davis et Hsieh 2019 ; Holyoak et al. 2021). Il est donc crucial que les thérapeutes pratiquent la réflexion sur soi et la conscience de soi, et s’engagent dans un développement personnel et professionnel continu et dans la supervision.

Ensuite, comme la TF suppose de multiples relations dans la pièce, il est nécessaire que les thérapeutes créent des alliances simultanées et témoignent la même attention et le même respect à chaque personne comme au système familial. Cela a déjà été rapporté (Friedlander et al. 2011) et confirme les résultats de Chenail et al. (2012). De plus, il importe d’honorer les alliances multiples même lorsque toutes les parties du système ne sont pas présentes (Sprenkle et al. 2013).

Enfin, il importe que les thérapeutes apprennent à connaître la culture familiale, valorisent les différences culturelles et tiennent compte de la complexité des loyautés et des contraintes culturelles (D’Aniello et al. 2016). Comme la compétence culturelle englobe tous les aspects culturels des familles et des personnes qui les composent, il est impératif que les thérapeutes se forment dans ce domaine, pour éviter que des biais ne jettent une ombre sur l’AT (Pakes et Roy-Chowdhury 2007).

8.2 L’usage des techniques de conseil et de thérapie par les thérapeutes

Les résultats soulignent l’importance d’un usage efficace des techniques et des compétences thérapeutiques. Une écoute attentive et empathique, et des questions qui conduisaient à la réflexion, à la prise de conscience et à la compréhension, ont été jugées aidantes. Les familles décrivaient le recadrage, qui leur offrait d’autres manières de voir leurs difficultés, comme une technique aidante. Le questionnement circulaire, que les thérapeutes utilisaient pour faciliter la prise de perspective, a aussi été décrit comme bénéfique. Comme l’ont également montré des recherches antérieures, il ne suffit pas que les thérapeutes accueillent et valident plusieurs points de vue ; ce qui rend possibles la prise de conscience et le changement, c’est la compétence qui permet aux autres membres de la famille de les voir et de les accueillir à leur tour (Chenail et al. 2012).

Bien que la terminologie des techniques mentionnées n’ait été employée que par les équipes des études primaires, et non par les personnes participantes, les familles en remarquaient la nature et l’utilité. Cela soulève la question de savoir si d’autres techniques de TF bien connues, comme les mises en acte (reenactments), le déséquilibrage, le suivi (tracking), les ordalies ou les génogrammes, étaient utilisées. Bien qu’elles viennent de modèles particuliers, ces techniques utiles de TF sont souvent employées dans plusieurs approches (E. Lee et al. 2018 ; W. P. Russell et Breunlin 2019). Une recommandation, pour la pratique comme pour la formation, serait de viser la maîtrise de l’apprentissage et de la pratique de ces techniques.

Certaines personnes participantes ont cité des cas où les efforts de la personne thérapeute pour faciliter la prise de perspective n’avaient pas produit les résultats souhaités, en particulier lorsque les discussions portaient sur la culture de la famille et sur celle du « pays d’accueil ». Les familles des études contributrices ont rapporté que, lorsque la personne thérapeute prenait le parti d’un membre de la famille, souvent la personne jeune, le reste de la famille se sentait mis en cause et se mettait sur la défensive ; cela nuisait à l’AT et à la crédibilité de la personne thérapeute. Une implication importante pour la pratique est d’avoir conscience du risque de parti pris envers une personne du système, qui mène à une perte de confiance. Les thérapeutes doivent veiller à ce que le soutien apporté à la personne jeune ne prenne pas la forme d’un blâme envers le ou les parents (Friedlander et al. 2011), éviter la triangulation en séance, et remarquer et réparer toute rupture de la relation, en offrant des voies d’expression équilibrées et équitables (Chenail et al. 2012 ; Helimäki et al. 2022a).

La présente revue a aussi montré que les activités expérientielles qui déplaçaient l’attention de la personne vers le système familial étaient aidantes. Diverses tâches amusantes et intéressantes, qui amenaient les membres de la famille à communiquer et à collaborer, conduisaient à des interactions positives et à l’expression des émotions. Même si le contenu émotionnel suscité créait parfois un malaise, celui-ci était jugé nécessaire. Les activités étaient jugées non aidantes lorsqu’elles ne correspondaient pas aux besoins ou à l’humeur de la famille, semblaient superficielles, avaient des règles complexes ou prenaient trop de temps. Les rappels matériels des activités (par exemple des profils de personnalité familiaux, des pierres représentant les facteurs de stress de la vie, etc.) étaient aussi décrits comme aidants. Si le recours aux activités en séance de TF est courant, c’est un domaine peu étudié. La littérature existante sur le sujet porte surtout sur la manière d’impliquer les enfants en séance (Sori 2006). S’il existe de nombreux livres et articles proposant une foule d’activités thérapeutiques structurées, leur usage responsable est souvent insuffisamment souligné (Brown 2018 ; Yalom et Leszcz 2005) ; les thérapeutes ont donc la responsabilité de garantir, dans leur pratique, la sécurité face à toute forme de préjudice.

8.3 La conduite de l’intervention

Une conduite collaborative de l’intervention, dans laquelle la famille est placée comme experte de sa propre vie, dans le respect de ses besoins, de ses objectifs et de ses préférences, allait de pair avec l’engagement et la confiance dans le processus. Contrairement à certains résultats de recherche qui suggéraient que la posture du « thérapeute expert » était préférable et que les approches collaboratives n’étaient « qu’une idée conceptuelle » (Bischoff et McBride 1996, p. 125), de nombreuses recherches récentes confirment l’intérêt d’une conduite collaborative (Gehart 2018). Cela suggère une évolution de la dynamique de pouvoir et du sentiment d’appropriation au cours des deux dernières décennies, et confirme les théories des facteurs communs selon lesquelles le rôle de la personne en thérapie est un facteur clé du changement (Wampold 2015). Les résultats suggèrent que les familles perdaient confiance et se désengageaient lorsque leurs préférences n’étaient pas suffisamment prises en compte et que l’intervention ne correspondait pas à leurs besoins et à leurs objectifs, ce qui leur masquait les bénéfices qu’elles pouvaient en tirer. Cela confirme les résultats antérieurs de Chenail et al. (2012). De plus, un regard fondé sur les forces, qui affirmait et renforçait les forces et les ressources de la famille, en encourageant et en motivant les familles, s’est révélé aidant. Cela aussi confirme la recherche existante (Sackett et Cook 2022).

Ces résultats suggèrent qu’une approche collaborative, guidée par les retours des personnes suivies, est préférée ; elle demande de garder en vue leurs objectifs actuels et de vérifier constamment avec elles ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas (Holyoak et al. 2021). Ils soulignent en outre une implication importante pour la pratique : placer la famille en position d’« égale », en particulier lorsque les interventions sont menées dans des contextes où l’on risque de voir d’emblée les thérapeutes en position d’expertise, par exemple lorsque la famille a été orientée vers la thérapie ou dans des traitements manualisés comme ceux de cette revue. En outre, les familles qui ont connu la marginalisation et l’oppression sociale sont plus susceptibles de s’engager dans une thérapie si on leur propose un style d’intervention collaboratif et égalitaire (Fraenkel 2006). Dans le contexte d’Aotearoa/Nouvelle-Zélande, c’est une considération importante pour les thérapeutes qui travaillent avec des systèmes familiaux et communautaires touchés par la colonisation, comme les familles māori. S’il est nécessaire de garder l’attention sur la résilience et le potentiel de la famille, il importe de ne pas minimiser ses préoccupations et ses expériences douloureuses ; les thérapeutes doivent donc veiller à équilibrer ces éléments.

Les familles trouvaient aussi aidant que les thérapeutes transmettent des connaissances et des informations dans un langage adapté à l’âge et sans jargon. De même, l’entraînement à des outils comme la communication affirmée, la parentalité et la régulation émotionnelle était apprécié. L’implication pour la pratique est d’intégrer le partage de connaissances aux séances (Sackett et Cook 2022), ce qui renforce encore le caractère égalitaire de la relation.

Enfin, les aspects pratiques de la thérapie ont été discutés. Si, pour certaines familles, les séances à domicile expliquaient leur persévérance, des jeunes les trouvaient source de distraction. Ces jeunes n’avaient en outre pas voix au chapitre dans la planification des séances, ce qui créait du ressentiment et du désengagement. Même si les séances à domicile ne sont pas possibles pour beaucoup de thérapeutes, la souplesse pour mener les séances là où la famille se sent à l’aise et en sécurité devrait faire l’objet d’une conversation (Synder et McCollum 1999). En outre, des familles ont fait part de préoccupations sur la manière dont la thérapie avait pris fin. Ces aspects demandent une réflexion collaborative, pour que le lien sûr et de confiance, long à établir, ne s’interrompe pas brutalement mais s’estompe progressivement et en sécurité (Lebow et Gurman 1995).

8.4 L’engagement de la famille dans le processus

Si une relation thérapeutique sûre permettait aux personnes suivies d’être elles-mêmes et de partager leur histoire, leur demander de le faire avant que cette relation ne soit établie les mettait en détresse, en particulier les jeunes (par exemple Collyer et al. 2021). L’implication pour la pratique est d’observer les signes de confort et de sécurité des personnes suivies et d’apprécier ce qu’elles ressentent à l’idée d’aborder des sujets difficiles et des expériences douloureuses, en respectant le fait que le temps et le nombre de séances nécessaires pour se sentir en sécurité varient d’une personne à l’autre.

Les familles ont souligné l’intérêt de venir aux séances en famille. Cela confirme les résultats de Chenail et al. (2012). Elles ont en outre exprimé une préférence pour une combinaison de séances avec toute la famille, avec la famille élargie, avec des sous-groupes familiaux (par exemple la mère et l’enfant, la fratrie, etc.) et de séances individuelles ; les thérapeutes doivent reconnaître cette demande et s’efforcer de proposer ces options lorsque c’est possible. Il leur faut aussi une vigilance particulière lorsque de jeunes enfants sont présents en séance, pour que leur voix soit entendue et prise en compte, tout en évaluant leur niveau de stress ; la littérature existante le confirme (Stith et al. 2022).

8.5 Forces, limites et recommandations pour la recherche future

Une force notable de cette revue est sa synthèse d’une littérature récente, la plupart des études ayant été publiées au cours des dernières années, ce qui accroît la pertinence des résultats pour la pratique actuelle. La littérature incluse est pour l’essentiel de bonne qualité et fournit des données fiables. Une recommandation pour la prochaine vague de revues systématiques serait d’inclure les résultats d’études qualitatives et quantitatives.

La revue a plusieurs limites. D’abord, une limite importante de cette étude est le manque de données synthétisables sur les éléments non aidants des séances familiales, certaines études n’ayant rapporté que des résultats positifs (ce que les familles trouvaient aidant). Cela soulève la question d’un biais des équipes de recherche. Lorsque la relation entre l’équipe de recherche et les personnes participantes n’était pas claire, l’impartialité et la franchise de leurs points de vue ont pu être affectées, par exemple lorsque le processus de TF n’en était qu’à ses débuts et se poursuivait. En outre, le point de vue des familles qui avaient abandonné était peu représenté. Il est impératif que la recherche future s’attache à donner la parole aux personnes suivies en TF sans les orienter vers des résultats apparemment biaisés.

Ensuite, bien que la personne désignée comme cliente ait été une personne adolescente ou jeune dans toutes les études retenues, la participation des jeunes y était plus faible (de 24 %). Malgré cela, les jeunes ont relevé des expériences non aidantes deux fois plus souvent que les parents (20 % contre 11 % du total des réponses). La recherche future devrait explorer comment cette désignation comme « membre de la famille qui pose problème » influe sur le point de vue et l’expérience des jeunes dans le processus de TF. De plus, dans deux études, les membres de la famille ont été interrogés ensemble, ce qui soulève des questions sur l’influence de la présence des parents sur l’ouverture de leurs enfants. Les résultats de cette revue s’appliquaient à tous les membres de la famille, même si la participation des parents aux études était plus forte. Il importe de comprendre le point de vue authentique des enfants et des jeunes sur la TF ; la recherche future devrait recruter davantage d’enfants et de jeunes comme personnes participantes, et formuler les questions de recherche de manière à mieux comprendre leur expérience propre de la TF. Elle devrait aussi chercher à dégager les meilleures pratiques pour inclure les jeunes enfants dans la TF et pour y impliquer les enfants plus âgés et les jeunes. Ces implications confirment la littérature existante (Helimäki et al. 2022b ; Sori 2006).

Troisièmement, la revue se limite aux articles en anglais publiés dans des revues à comité de lecture, ce qui introduit un biais de publication. En outre, si les études couvraient plusieurs pays (dont des pays où l’anglais n’est pas la langue principale) et incluaient des personnes de plusieurs appartenances ethniques, toutes sauf une avaient été menées dans des pays occidentaux, ce qui limite la généralisabilité et l’applicabilité à des contextes non occidentaux. S’il est probable que les résultats se généralisent en partie au contexte d’Aotearoa/Nouvelle-Zélande, on ne peut pas présumer qu’ils s’appliquent aux familles autochtones et māori.

Quatrièmement, les familles participantes ne sont pas représentatives de toutes les familles susceptibles de consulter en TF. D’autres études, portant sur des familles de types variés, comme les familles LGBTQ+, recomposées, monoparentales, interraciales et de milieux socio-économiques divers, devraient être menées pour déterminer si les résultats peuvent être généralisés.

Enfin, une seule personne a assumé la responsabilité principale de chaque étape de la revue systématique. C’est moins souhaitable que la réalisation indépendante de chaque étape par deux personnes ; les deux autres membres de l’équipe ont toutefois examiné le processus et les résultats de manière critique.

9. Conclusion

Cette revue systématique qualitative a analysé la littérature récente sur l’expérience de la TF chez les personnes suivies. Malgré des différences de modèles de TF, de pays, de caractéristiques des personnes participantes et de contextes, les études rapportaient des perceptions comparables de ce que les familles trouvaient aidant et de ce qu’elles trouvaient non aidant. L’élément aidant de la TF le plus souvent relevé était l’effet d’une relation thérapeutique sûre et soutenante sur le processus thérapeutique. Les caractéristiques et les qualités des thérapeutes qui leur permettaient d’entrer en lien avec le système familial, ainsi que leurs approches sans jugement, respectueuses et culturellement sensibles, contribuaient de manière significative à cette alliance, ce qui souligne l’importance du développement personnel et professionnel de thérapeutes aux compétences relationnelles très efficaces et d’une bonne conscience de soi. Deuxièmement, les techniques et les compétences thérapeutiques employées par les thérapeutes en séance ont été jugées aidantes. Leurs compétences d’entretien, leur manière de faciliter les changements de perspective et les activités expérientielles intégrées aux séances pour faciliter la communication, l’expression des émotions et la prise de conscience ont été jugées aidantes, ce qui souligne l’importance d’une formation au conseil comportant des volets fondés sur les compétences, qui intègrent diverses techniques de TF. Troisièmement, les familles appréciaient d’avoir une influence sur le contenu, le format et le processus de la thérapie, de voir leurs forces et leurs ressources renforcées, et de recevoir des informations et des stratégies, ce qui souligne l’importance de processus thérapeutiques collaboratifs. Enfin, le fait de partager ouvertement leurs préoccupations en famille et les résultats positifs observés après les premières séances ont été jugés aidants. Les familles ont aussi relevé plusieurs aspects non aidants des séances de TF, par exemple lorsqu’on attendait d’elles qu’elles se livrent avant de se sentir à l’aise ; lorsque le processus, le format, le contenu ou les solutions proposées ne répondaient pas à leurs besoins ; lorsqu’elles ne constataient pas assez de progrès dans les premières étapes ; et lorsque les thérapeutes prenaient parti ou ne parvenaient pas à gérer les conflits en séance.

Complexe Systémique : à retenir

Cette revue a le mérite de déplacer la question habituelle : non plus « quel modèle marche ? », mais « qu’est-ce que les familles disent avoir vécu en séance ? ». La réponse est peu spectaculaire, et d’autant plus utile : la manière d’être de la personne thérapeute, des alliances simultanées tenues avec chaque membre, un questionnement circulaire et des recadrages qui font circuler les points de vue, une conduite collaborative, des progrès visibles tôt. Les écueils sont tout aussi cliniques : pousser à se livrer avant que le lien soit établi, glisser du soutien au jeune vers la mise en cause des parents, laisser les plus petits exposés aux disputes. Deux réserves pour une lecture systémique. Sept études sur onze portent sur des modèles manualisés (MST, FFT), souvent menés au domicile, assez loin de la consultation systémique ordinaire. Et les jeunes, pourtant désignés comme « le problème », sont moins interrogés que les parents, alors que leurs réponses comptent deux fois plus d’expériences négatives. Le codage, enfin, repose sur une seule personne. À lire avec l’étude sur ce qui aide selon le niveau d’engagement des personnes suivies, et avec l’anatomie du recadrage relationnel en thérapie familiale.

Notes de l’original

Note de l’original. Pour faciliter la lecture, les études retenues sont désignées en exposant, selon leur numéro dans le tableau 2.

Remerciements. L’équipe de recherche remercie les deux spécialistes de la documentation de l’université Massey qui ont contribué à l’élaboration d’une stratégie de recherche documentaire complète. Publication en libre accès permise par l’université Massey, dans le cadre de l’accord entre Wiley et l’université Massey, via le Council of Australian University Librarians.

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Traduction non officielle en français de Le regard des familles sur la thérapie familiale : une revue systématique qualitative, par Elif Todd, Rachael Pond et Kitt Coomber, Journal of Marital and Family Therapy, vol. 51, no 3 (2025), doi : 10.1111/jmft.70024, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Client Perspectives of Family Therapy: A Qualitative Systematic Review », publié dans Journal of Marital and Family Therapy (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Todd, E., Pond, R., et Coomber, K. (2025). Le regard des familles sur la thérapie familiale : une revue systématique qualitative (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/le-regard-des-familles-sur-la-therapie-familiale-une-revue-systematique-qualitative (Œuvre originale publiée en 2025 dans Journal of Marital and Family Therapy, 51(3), e70024 (2025) ; republiée en 2025 par Journal of Marital and Family Therapy, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jmft.70024)

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