Journal of Solution Focused Practices · Recherche empirique
Un centre pour pères de Colorado Springs, quinze semaines de groupe, des hommes souvent envoyés par le tribunal ou les services sociaux. Johnny Kim et son équipe voulaient tester une chose simple : le programme habituel, enrichi de questions orientées vers les solutions, fait-il mieux que le programme habituel ? La pandémie a bousculé le plan. Les groupes ont dû basculer en ligne, et l’étude a fini par comparer trois choses : le programme standard en présence, le programme enrichi commencé en salle et fini à distance, et le programme enrichi entièrement en ligne. Résultat inattendu : la version en ligne fait aussi bien que la version en présence, et c’est le groupe hybride, bousculé en plein milieu, qui fait moins bien. Les auteurs ne cachent rien des limites, groupes non équivalents, effets impossibles à démêler. Un article utile à qui organise des groupes de parents, et à qui veut savoir ce que la recherche appelle, honnêtement, une étude pilote.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Solution-Focused Brief Therapy-Enhanced Fatherhood Curriculum Pilot Study: A Comparison of Delivery Methods in Response to the COVID-19 Pandemic, par Johnny Kim, In Young Park, Jennifer Bellamy, Susan Burt, Gary Grambort, Sarah Locklear et Ken Sanders, publié dans Journal of Solution Focused Practices (2022), doi : 10.59874/001c.75000, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, les cinq tableaux étant rendus en fiches, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les chiffres des tableaux ont été relus sur le rendu des pages. Cette traduction n’a été réalisée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
De nombreux programmes de paternité proposent des groupes de pairs fondés sur un curriculum, mais les preuves de leur efficacité sont limitées et les études antérieures soulignent les difficultés de recrutement et de rétention des participants. Cette étude pilote visait à tester l’efficacité d’un curriculum de paternité standard enrichi par la thérapie brève orientée vers les solutions (TBOS), selon un devis quasi expérimental. Les critères de résultat comprenaient l’implication paternelle et les compétences parentales, mesurées immédiatement après l’intervention. Un échantillon de 92 pères (âge moyen 35,2 ans) participant à un programme de paternité a été recruté. En raison de la COVID-19, les groupes de traitement ont été déplacés vers un format en ligne. Des tests t pour échantillons indépendants et appariés ont servi à détecter les différences entre groupes, et les tailles d’effet g de Hedges ont aussi été calculées pour examiner l’ampleur des effets du traitement. Bien que le curriculum de groupe enrichi par la TBOS n’ait pas surpassé le curriculum de comparaison, la version en ligne du curriculum enrichi s’est révélée équivalente au curriculum en présence. Ces résultats nouveaux suggèrent que les groupes de pères en ligne peuvent être aussi efficaces que les groupes en présence, ce qui pourrait accroître les possibilités d’accès et de participation aux programmes de paternité.
Mots-clés : thérapie brève orientée vers les solutions, paternité, implication paternelle, traitement contrôlé randomisé, intervention en ligne
Les pères et leur rôle de parents sont une cible d’intervention importante pour améliorer le bien-être des enfants et des familles. Au cours des dernières décennies, des études ont établi des liens clairs et constants entre une paternité positive et le bien-être de l’enfant, sur des indicateurs économiques (Black et al., 2003 ; Newland, 2015), comportementaux (Amato & Gilbreth, 1999 ; McMunn et al., 2017) et cognitifs (Roggman et al., 2004 ; Rollè et al., 2019 ; Tamis-Lemonda et al., 2004), dans des populations diverses, y compris les pères jeunes, non mariés, de diverses origines raciales et ethniques, et à faible revenu. Offrir des soutiens à la parentalité par des programmes de paternité représente une occasion de renforcer le bien-être des enfants et des familles dans une variété de domaines. Cependant, le recrutement et la rétention dans les programmes de paternité restent un défi constant. Une « prochaine étape » importante pour le champ est d’identifier des stratégies et des interventions qui améliorent l’engagement des pères dans les programmes, ainsi que leurs attitudes paternelles et leur implication dans l’éducation de leurs enfants. Cette étude pilote a donc été conçue pour tester l’efficacité d’un curriculum de paternité standard enrichi par la thérapie brève orientée vers les solutions (TBOS) pour améliorer l’implication paternelle, les compétences parentales et la construction de solutions, selon un devis quasi expérimental.
Il reste un grand besoin de développer des approches innovantes et étayées par des preuves au service des pères et de leurs familles, surtout dans les sous-groupes mal desservis dont les besoins et les difficultés exigent probablement des services et des soutiens plus ciblés. Par exemple, un groupe de pères aux besoins particuliers, mais sur lequel peu de recherches guident la pratique, est celui des pères qui font la transition de la prison vers leur communauté et leur famille. Ces pères affrontent des obstacles importants à l’emploi et ont souvent été séparés de leur famille pendant des mois, voire des années, ce qui rend l’emploi et le rétablissement des relations familiales particulièrement difficiles (Dallaire, 2007 ; Murray & Farrington, 2008). Un autre sous-groupe qui a besoin de services plus efficaces et ciblés est celui des pères ayant un passé de violence. Le risque pour les enfants et les familles, y compris la maltraitance et la violence conjugale (par exemple Kitzmann et al., 2003), rend difficile la participation aux programmes de paternité traditionnels, en particulier pour ceux à qui le tribunal interdit tout contact avec leur famille. Pris ensemble, ces groupes mal desservis représentent une large part des pères ayant besoin de services de paternité responsable.
Il n’existe pas de programme de paternité responsable de référence fondé sur les preuves, mais de nombreux programmes utilisent des curriculums de groupe de pairs comme pièce importante de leur offre de services. Toutefois, peu de curriculums ont fait l’objet d’études d’efficacité rigoureuses, surtout parmi ceux conçus pour soutenir les pères à faible revenu. De plus, peu d’efforts ont été faits pour développer une approche de l’engagement des pères dans des services clés comme les groupes de pairs qui soit éclairée par la recherche ou la théorie comportementale. Des stratégies ponctuelles pour accroître l’engagement des pères dans les services ont été identifiées dans le champ, dont les incitations, l’apport des services là où sont les pères (école, domicile, travail) et la fourniture de transport, entre autres (Heinrichs, 2006 ; Sandstrom et al., 2015). Ces stratégies sont utiles selon les témoignages, mais il existe peu de recherches rigoureuses pour établir l’efficacité de l’une d’elles, seule ou combinée.
Une approche prometteuse pour améliorer l’implication familiale, éclairée par la recherche et la théorie comportementales, est la TBOS. La TBOS est un modèle de thérapie fondé sur les preuves, développé pour offrir une alternative davantage fondée sur les forces aux services traditionnels centrés sur les problèmes. L’approche plus positive, de construction de solutions, de la TBOS la rend particulièrement adaptée au travail avec les pères à faible revenu servis par les programmes de paternité, dont beaucoup sont mandatés par un tribunal (Kim et al., 2021). La TBOS fonctionne aussi bien avec des familles et des relations familiales diverses (mariés, non mariés, non résidents) et avec ceux que peuvent décourager des services qui tendent à se concentrer sur les comportements négatifs des pères (Kim, 2014). La TBOS est issue de la théorie des systèmes familiaux et de la thérapie familiale, et opère en fournissant des stratégies par lesquelles les individus et les familles déplacent leur façon de percevoir leurs problèmes, se concentrent sur les objectifs qu’ils désirent et explorent les façons dont ils ont réussi à atteindre leurs objectifs par le passé (De Jong & Berg, 2008). L’un des éléments clés de l’approche TBOS est d’aider collaborativement les clients à identifier des solutions à leurs problèmes et de laisser le client être l’expert pour identifier quels sont les problèmes et comment les résoudre au mieux (Kim, 2008). Il y a donc un accent plus fort sur la construction de solutions avec les clients, qui consiste à poser des questions différentes qui mènent à des effets différents, plus positifs (Jordan & Turns, 2016).
La TBOS peut aussi être une intervention efficace pour une variété de résultats de santé mentale et de bien-être avec des clients mandatés ou résistants aux services, en créant une approche plus collaborative des besoins des clients (Kim & Franklin, 2015). Plusieurs revues systématiques et méta-analyses ont montré que la TBOS a des effets de traitement positifs, petits à moyens, pour les problèmes de comportement intériorisés, les problèmes de comportement extériorisés et les problèmes familiaux (Gingerich et al., 2012 ; Gingerich & Peterson, 2013 ; Kim, 2008). Plus récemment, un essai contrôlé randomisé auprès de familles suivies par le système de protection de l’enfance a montré que la TBOS aidait efficacement les parents pour les problèmes liés à l’abus de substances, le trauma, le bien-être de l’enfant et le bien-être familial (Kim et al., 2018 ; 2019). Les participants à l’étude avaient tous des enfants placés hors du domicile avec un objectif de réunification dans le plan d’intervention, ainsi qu’un abus d’alcool ou de drogue chez un parent. Les résultats ont montré des effets positifs pour le groupe TBOS grâce aux techniques de construction de solutions, qui amplifiaient les forces des clients et aidaient les parents à décrire un futur préféré où le problème a disparu (Kim et al., 2018 ; 2019).
Étant donné les bénéfices d’une implication paternelle positive, le besoin d’un meilleur engagement des pères dans les programmes de paternité, et les recherches prometteuses qui soutiennent le potentiel de la TBOS pour améliorer l’implication paternelle et la construction de solutions, cette étude a été conçue pour évaluer l’efficacité d’un curriculum de groupe de pairs enrichi par la TBOS pour les pères, afin d’améliorer la construction de solutions, l’implication paternelle dans les familles et les compétences parentales des pères. Les pères participants ont été recrutés dans un organisme de services sociaux de proximité (le Center on Fathering, CoF) qui propose divers curriculums et programmes pour pères visant à renforcer les familles. Les questions de recherche et les hypothèses de l’étude sont les suivantes :
Pour répondre aux questions de recherche, cette étude pilote a utilisé un devis quasi expérimental (QED) pré-test/post-test décalé dans le temps, où deux groupes de pères participant à un curriculum de paternité en groupe dans un même organisme de services sociaux ont été inscrits successivement dans l’étude. Le premier groupe de pères recruté a servi de groupe de comparaison et a reçu les services habituels [le curriculum de paternité standard du Center on Fathering (CoF)]. Les pères du groupe de comparaison ont été recrutés et inscrits entre août et décembre 2018. Ensuite, le personnel de l’organisme a été formé au curriculum de paternité enrichi par la TBOS. Après la formation, le groupe de traitement a été recruté de février à novembre 2020. Ce devis a permis d’établir des tendances préliminaires sur les résultats en peu de temps, de minimiser la contamination entre conditions, et de maximiser les occasions empiriques d’examiner la faisabilité et la fidélité du programme (Guterman et al., 2018).
Le CoF est un programme de paternité qui dessert la région métropolitaine de Colorado Springs et fait partie du département des services sociaux (DHS) du comté d’El Paso. Le CoF travaille avec des familles en lien avec le tribunal ou suivies par le DHS, ainsi qu’avec des familles qui veulent améliorer leur façon d’élever leur enfant. Les critères d’inclusion étaient : des pères (a) inscrits aux programmes de paternité du CoF, (b) âgés de 18 ans ou plus, et (c) ayant consenti à participer à l’étude.
Les pères ont été recrutés dans l’étude par le personnel du CoF, selon son processus habituel de recrutement et d’interaction. Tous les pères entrés dans le curriculum de paternité pendant la période d’inscription se sont vu proposer de participer à l’étude. S’ils acceptaient, le clinicien d’accueil de l’organisme leur donnait des informations sur l’étude et passait en revue avec eux les formulaires de consentement. Les participants recevaient des cartes-cadeaux de 25 $ pour avoir rempli les mesures de pré-test et de 30 $ pour celles de post-test. L’approbation du comité d’éthique (IRB) de l’University of Denver a été obtenue avant la collecte des données.
Tous les cliniciens et directeurs cliniques qui délivraient le curriculum étaient des employés du CoF, de niveau licence ou master, sans formation préalable à la TBOS. Les pères participants ont rempli les mesures de pré-test le premier jour du curriculum et celles de post-test lors du dernier cours. Après la collecte des données du groupe de comparaison, les cliniciens du CoF ont été formés à la TBOS pendant 2 journées complètes par le premier auteur, expert de la TBOS. Le premier auteur et les cliniciens du CoF ont aussi travaillé à intégrer les techniques de la TBOS au curriculum standard pour concevoir le curriculum de groupe de pairs enrichi par la TBOS. Une fois ce curriculum finalisé, le recrutement et la collecte des données du groupe de traitement ont commencé. Les curriculums étaient proposés tout au long de l’année de façon échelonnée, pour que les pères n’attendent pas plus de quelques semaines avant de commencer un groupe.
Le CoF propose un curriculum standard de paternité responsable, fondé sur les compétences, sur 15 semaines. Le groupe se réunit chaque semaine pendant 90 minutes, avec une taille moyenne de 15 pères. Le CoF conduit actuellement 6 à 8 curriculums par an, servant environ 90 pères chaque année. Le curriculum standard aborde la relation père-enfant et les compétences parentales pour améliorer la relation familiale et l’implication paternelle. Parmi les grands thèmes couverts : l’importance du rôle des pères, la communication familiale, la gestion de la colère, le développement de l’enfant, l’attachement parent-enfant, le jeu, la discipline et l’estime de soi. Le curriculum standard peut être proposé à des pères de tout âge et de toute situation familiale (pères mariés ou non, vivant ou non avec leurs enfants).
Le curriculum standard du CoF s’appuie sur un curriculum éclairé par les preuves, développé en continu depuis vingt ans par Ken Sanders, ancien responsable de programme du CoF. Quand le CoF a commencé à le proposer au milieu des années 1990, l’un des seuls curriculums bien diffusés utilisés à la fois avec des mères et des pères jeunes, à faible revenu et célibataires était le curriculum MELD. Une étude sur sept sites du curriculum MELD a montré des améliorations des attitudes et des croyances des participants sur des mesures liées à la parentalité et au soin des enfants, dont des attentes plus appropriées quant aux capacités des enfants, une empathie accrue et une moindre valeur accordée aux châtiments corporels (Treichel, 1995). Le curriculum du CoF a enrichi le curriculum MELD à partir de données locales, dont des groupes de discussion, des données d’évaluation et les retours continus du personnel et des participants. Ces améliorations étayées comprenaient des activités interactives, des mises à jour et des exemples utilisant la technologie, et davantage de contenus fondés sur les forces. Le curriculum a été évalué en interne par des données pré-post et a montré des améliorations des compétences, attitudes et comportements parentaux.
Les stratégies de la TBOS ont été utilisées avec des populations difficiles à servir pour traiter le fonctionnement familial (Kim et al., 2018). La TBOS est une intervention fondée sur les preuves qui s’appuie sur les ressources et les motivations des clients pour s’éloigner du discours sur le problème et se concentrer davantage sur ce qu’ils veulent, en explorant les façons dont ils ont réussi à atteindre leurs objectifs par le passé. Les objectifs sont importants pour le processus de changement et sont créés en coopération avec les participants (Kim & Franklin, 2015). Les cliniciens utilisent diverses techniques de questionnement de construction de solutions : questions d’exception, questions d’échelle, questions relationnelles, question du miracle, compliments, première tâche formelle (faire davantage de ce qui marche déjà) et définition d’objectifs (De Jong & Berg, 2008). Ces techniques aident les clients à définir ce qu’ils veulent pour l’avenir et les conduisent dans un processus de visualisation, d’imagination et de planification d’étapes précises vers l’objectif désiré. Plus de détails sur la TBOS et sur ce qui la distingue d’autres interventions étayées se trouvent dans le manuel de traitement de la SFBTA (Bavelas et al., 2013).
Les chercheurs ont collaboré avec le CoF pendant 6 mois pour développer ce nouveau curriculum de paternité TBOS. Aucun des thèmes hebdomadaires ni des contenus centraux du curriculum standard n’a changé, sauf l’adaptation de davantage de questions de construction de solutions dans la façon dont les cliniciens animent les discussions et les activités interactives. Au début, les cliniciens du CoF ont reçu une formation intensive de 2 jours à la TBOS pour apprendre l’approche du modèle théorique ainsi que les techniques spécifiques de la TBOS utilisées pour aider les clients à identifier des solutions et un futur préféré. Ils ont appris à utiliser ces techniques pour aider les pères à identifier des solutions à leurs problèmes et à décrire en détail à quoi ressemble leur futur préféré quand ils sont au meilleur d’eux-mêmes. Ensuite, l’équipe de recherche et celle du CoF ont passé en revue chacune des 15 semaines du curriculum et identifié des façons d’intégrer les techniques de la TBOS dans les discussions, les activités de réflexion et les activités interactives. Ces compétences de construction de solutions ont été intégrées au curriculum pour soutenir leurs efforts d’engagement. Enfin, chaque clinicien a pu conduire un curriculum de paternité TBOS complet pour pratiquer les nouvelles compétences ainsi que les nouvelles discussions et activités. Le premier auteur, qui avait dirigé la formation, a rencontré les cliniciens du CoF une heure par mois pour compléter la formation, apporter des consultations et des révisions. Des informations supplémentaires et des exemplaires du curriculum de paternité enrichi par la TBOS peuvent être demandés au Center on Fathering du département des services sociaux du comté d’El Paso.
La pandémie de COVID-19 a surgi au début de la phase de traitement de l’étude, ce qui a obligé le CoF à suspendre tous ses services. Les deux premiers groupes de traitement enrichis par la TBOS s’étaient réunis en présence avant que le CoF n’arrête les cours, conformément aux ordonnances de santé publique de l’État visant à empêcher la propagation du virus. Les groupes s’étaient réunis pendant près de la moitié des 15 séances avant de passer à des cours à distance pour terminer. Le premier groupe de traitement a suivi 8 séances sur 15 en présence, le second 6 sur 15. Le CoF a suspendu les cours une semaine pour trouver un moyen de continuer à les proposer en sécurité. Pendant cette pause, le CoF a décidé de délivrer à distance le curriculum hebdomadaire de paternité TBOS par visioconférence Webex.
La pandémie ayant interrompu le démarrage du curriculum du groupe de traitement, deux types différents de curriculum enrichi par la TBOS ont été proposés aux participants du groupe de traitement : (a) deux groupes hybrides (n = 22), délivrés d’abord en présence et terminés en ligne, et (b) cinq groupes en ligne (n = 20). Toutes les réunions en ligne ont eu lieu sur la plateforme de visioconférence Webex. Les cinq groupes en ligne ont tout de même tenu leur premier et leur dernier cours en présence, en respectant la distanciation sociale, sur un grand parking, pour que les pères puissent remplir les formulaires d’accueil et d’évaluation sur papier. Sinon, le reste des cours s’est déroulé en ligne. Les groupes étaient proposés tout au long de l’année de façon échelonnée, pour que les pères n’attendent pas plus de quelques semaines avant de commencer.
Les mesures de cette étude couvraient chacune des trois questions de recherche. Deux d’entre elles (compétences de construction de solutions et implication paternelle) ont été recueillies au post-test pour tous les groupes, de comparaison, hybrides et en ligne. Une mesure (attitudes parentales), qui évaluait les attitudes parentales du père, a été recueillie au pré-test et au post-test.
Les compétences de construction de solutions des pères, l’un des construits clés de la TBOS, ont été mesurées par le Solution-Building Inventory (SBI ; Smock et al., 2010). Le SBI comprend 14 items qui évaluent la capacité du participant à identifier des solutions et des exceptions aux problèmes ainsi que l’espoir en l’avenir (par exemple « Je suis capable de générer des solutions », « J’ai la capacité de me concentrer sur ce que je veux voir se produire dans ma vie »). Les participants ont utilisé une échelle de Likert en 5 points pour évaluer leur degré d’accord (1 = pas du tout d’accord à 5 = tout à fait d’accord). Un score moyen du SBI a été calculé, un score plus élevé indiquant de meilleures compétences de construction de solutions. La mesure a montré une fiabilité élevée dans notre échantillon, avec α = 0,93 pour les groupes de comparaison, α = 0,90 pour les groupes hybrides et α = 0,87 pour les groupes en ligne.
L’implication paternelle a été évaluée par les 11 items de l’échelle d’engagement paternel du Fatherhood Research and Practice Network (FRPN ; Dyer et al., 2015). La FRPN mesure la capacité d’une personne à s’impliquer dans les soins et les activités cognitives avec des items (par exemple « Combien de fois avez-vous nourri (l’enfant) ou lui avez-vous donné le biberon ? ») notés sur une échelle de fréquence en 5 points allant de 1 = jamais, 2 = 1 à 2 jours par mois, 3 = 3 à 4 jours par mois, 4 = 2 à 3 jours par semaine, 5 = tous les jours ou presque. Pour cette étude, les réponses ont été moyennées, un score plus élevé indiquant une plus grande implication des pères dans les familles. La mesure présente une forte cohérence interne (α = 0,89) et une bonne validité convergente, discriminante et de critère (Bavolek & Keene, 2010). Elle a aussi montré une forte fiabilité dans notre échantillon (α = 0,96 pour le groupe de comparaison, α = 0,93 pour le groupe hybride et α = 0,96 pour le groupe en ligne).
Les attitudes parentales ont été mesurées par l’Adult Adolescent Parenting Inventory, version 2 (AAPI-2), qui comprend 40 items évaluant les connaissances sur la parentalité et les attitudes éducatives (Conners et al., 2006). La mesure comporte cinq construits : (a) les attentes envers les enfants, (b) l’empathie parentale envers les besoins des enfants, (c) le recours aux châtiments corporels, (d) les rôles familiaux parent-enfant et (e) le pouvoir et l’indépendance des enfants (Conners et al.). Chaque item est noté sur une échelle de Likert en 5 points, de 1 = pas du tout d’accord à 5 = tout à fait d’accord. Pour cette étude, le score moyen a été utilisé, un score plus élevé indiquant des attitudes parentales plus positives. La mesure a montré des propriétés psychométriques adéquates dans des échantillons de parents culturellement divers, avec des coefficients de fiabilité élevés allant de α = 0,80 à 0,89 (Lawson et al., 2015 ; Park, 2011). Elle a aussi montré une forte fiabilité dans nos échantillons (α = 0,81 pour le groupe de comparaison, α = 0,76 pour le groupe hybride et α = 0,78 pour le groupe en ligne).
Une analyse de puissance a priori pour une puissance de 0,80 avec un α bilatéral de 0,05, pour un modèle à mesures répétées, a montré que 198 participants sont nécessaires pour une petite taille d’effet (η² = 0,01) ; 34 participants au total sont requis pour une taille d’effet moyenne (η² = 0,06) ; et 16 participants au total pour une grande taille d’effet (η² = 0,14 ; Kim et al., 2018).
Des analyses univariées et bivariées ont été conduites pour répondre aux questions de recherche. Des analyses descriptives (distributions de fréquences, moyennes et écarts-types) ont été menées. Les analyses bivariées comprenaient des tests du chi carré et des tests t pour échantillons indépendants afin de tester les différences statistiquement significatives entre le groupe de comparaison et les groupes de traitement (curriculum standard du CoF contre curriculum enrichi par la TBOS) sur les variables démographiques des pères. Les différences d’implication paternelle et de compétences de construction de solutions entre le groupe de comparaison et les groupes de traitement ont été calculées par des tests t pour échantillons indépendants. La significativité statistique a été définie par une probabilité p < 0,05. Pour évaluer l’ampleur du changement des attitudes parentales après 10 mois par rapport à la ligne de base, nous avons utilisé des tests t pour échantillons appariés entre pré-test et post-test dans chaque groupe.
Étant donné la nature pilote de cette étude et la puissance réduite due au nombre relativement faible de participants, les tailles d’effet sont particulièrement utiles pour évaluer si l’intervention fournit des indices d’effets prometteurs justifiant de futures études. L’ampleur des tailles d’effet observées sur les trois variables de résultat a été estimée par le g de Hedges avec correction du biais de petit échantillon, pour obtenir les estimations les plus prudentes. Les tailles d’effet ont été interprétées selon les repères de Cohen (1988) (0,2 = petit effet ; 0,5 = effet moyen ; 0,8 = grand effet). Des intervalles de confiance à 95 % ont été calculés pour examiner la significativité de chaque taille d’effet (Shadish & Haddock, 1994). Les données ont été analysées avec Stata 14.0.
Les statistiques descriptives des variables figurent au tableau 1. L’âge moyen des pères participants était de 36,0 ans (ET = 9,0) dans le groupe de comparaison, 34,6 (ET = 7,0) dans le groupe hybride et 33,6 (ET = 9,0) dans le groupe en ligne. La majorité des participants des trois groupes étaient blancs, célibataires ou jamais mariés, employés à temps plein, et titulaires d’un diplôme supérieur au lycée. Les tests du chi carré de Pearson et les tests t pour échantillons indépendants n’ont révélé aucune différence statistiquement significative de caractéristiques démographiques entre le groupe de comparaison et les groupes de traitement, sauf pour l’aide financière et l’implication dans la justice pénale.
Tableau 1. Caractéristiques de l’échantillon (n = 92)
Trois groupes : comparaison, curriculum standard du CoF (n = 50) ; traitement TBOS hybride (n = 22) ; traitement TBOS en ligne (n = 20). Effectifs (ou moyenne) et pourcentages (ou écart-type), puis p.
Âge (moyenne, ET) : 36,0 (9,0) / 34,6 (7,0) / 33,6 (9,0) ; p = 0,27.
Origine : Blancs 37 (74,0 %) / 15 (68,2 %) / 13 (65,0 %) ; Noirs 6 (12,0 %) / 3 (13,6 %) / 3 (15,0 %) ; Autochtones d’Alaska 1 (2,0 %) / 0 / 0 ; Asiatiques ou insulaires du Pacifique 1 (2,0 %) / 0 / 0 ; Latinos ou Hispaniques 4 (8,0 %) / 4 (18,2 %) / 3 (15,0 %) ; p = 0,51.
Situation matrimoniale : mariés 10 (20,0 %) / 2 (9,1 %) / 5 (25,0 %) ; séparés 10 (20,0 %) / 7 (31,8 %) / 4 (20,0 %) ; divorcés 8 (16,0 %) / 6 (27,3 %) / 5 (25,0 %) ; célibataires ou jamais mariés 19 (38,0 %) / 7 (31,8 %) / 5 (25,0 %) ; p = 0,62.
Niveau d’études : inférieur au lycée 21 (42,0 %) / 11 (50,0 %) / 7 (35,0 %) ; supérieur au lycée 27 (54,0 %) / 11 (50,0 %) / 12 (60,0 %) ; p = 0,66.
Emploi à temps plein : 34 (68,0 %) / 15 (68,2 %) / 16 (80,0 %) ; p = 0,64. Aide financière : 18 (36,0 %) / 5 (22,7 %) / 4 (20,0 %) ; p = 0,00. Implication dans la justice pénale : 32 (64,0 %) / 10 (45,5 %) / 5 (25,0 %) ; p = 0,01.
Différences de construction de solutions et d’implication paternelle selon le groupe de traitement. Les résultats du test t pour échantillons indépendants entre le groupe de comparaison et le groupe hybride figurent au tableau 2. Il y avait une différence significative de compétences de construction de solutions entre les deux groupes (t(64) = 2,22*, p < 0,05), le groupe de comparaison affichant des scores moyens plus élevés (M = 61,1, ET = 6,6) que le groupe hybride (M = 57,1, ET = 7,5). La taille d’effet de cette différence était moyenne (g de Hedges = −0,58, [IC : −1,10, −0,07] ; Shadish & Haddock, 1994). De même, la différence d’implication des pères dans les activités de soin entre les deux groupes était significative (t(67) = 2,08*, p < 0,05), le groupe de comparaison (M = 57,1, ET = 7,5) montrant une implication paternelle plus élevée que le groupe hybride (M = 57,1, ET = 7,5). Le g de Hedges pour l’implication dans les activités de soin indiquait une taille d’effet moyenne (g de Hedges = −0,54 ; [IC : −1,05, −0,03]). Il n’y avait pas de différence significative d’implication dans les activités cognitives entre les deux groupes (t(68) = 1,54, p = 0,06), bien que le groupe de comparaison (M = 10,1, ET = 2,6) ait obtenu des scores légèrement plus élevés que le groupe hybride (M = 9,0, ET = 2,8).
Tableau 2. Test t indépendant entre groupe de comparaison et groupe hybride (n = 72)
Pour chaque variable : comparaison (n = 50) M (ET) ; hybride (n = 22) M (ET) ; t ; p ; g de Hedges [IC 95 %].
Compétences de construction de solutions : 61,1 (6,6) ; 57,1 (7,5) ; 2,22* ; < 0,05 ; −0,58 [−1,10, −0,07].
Implication paternelle dans les activités de soin : 18,4 (5,5) ; 15,3 (5,9) ; 2,08* ; < 0,05 ; −0,54 [−1,05, −0,03].
Implication paternelle dans les activités cognitives : 10,1 (2,6) ; 9,0 (2,8) ; 1,59 ; 0,06 ; −0,41 [−0,92, 0,09].
Note. ET = écart-type ; IC = intervalle de confiance ; *p < 0,05. Complexe Systémique : dans le texte des auteurs, la moyenne d’implication dans les soins du groupe de comparaison est donnée comme « M = 57,1, ET = 7,5 », identique à celle du groupe hybride ; le tableau 2 donne 18,4 (5,5) contre 15,3 (5,9). Nous reproduisons les deux tels qu’imprimés.
Entre le groupe de comparaison et le groupe en ligne. Les résultats du test t indépendant sur les compétences de construction de solutions entre le groupe de comparaison et le groupe en ligne figurent au tableau 3. Il n’y avait pas de différence significative de compétences de construction de solutions (t(61) = 1,29, p = 0,21), bien que le groupe en ligne (M = 63,2, ET = 5,6) ait obtenu un score plus élevé que le groupe de comparaison (M = 61,1, ET = 6,6). Il n’y avait pas non plus de différence significative d’implication paternelle, ni dans les activités de soin [t(63) = −1,23, p = 0,23] ni dans les activités cognitives [t(64) = −1,98, p = 0,06], entre ces deux groupes. Aucune des tailles d’effet entre groupes n’était statistiquement significative d’après l’IC à 95 %.
Tableau 3. Test t indépendant entre groupe de comparaison et groupe en ligne (n = 42)
Pour chaque variable : comparaison (n = 50) M (ET) ; en ligne (n = 20) M (ET) ; t ; p ; g de Hedges [IC 95 %].
Compétences de construction de solutions : 61,1 (6,6) ; 63,2 (5,6) ; 1,29 ; 0,21 ; 0,13 [−0,39, 0,65].
Implication paternelle dans les activités de soin : 18,4 (5,5) ; 16,4 (5,6) ; −1,23 ; 0,23 ; −0,35 [−0,87, 0,17].
Implication paternelle dans les activités cognitives : 10,1 (2,6) ; 8,4 (3,2) ; −1,98 ; 0,06 ; −0,61 [−1,14, 0,08].
Note. ET = écart-type ; IC = intervalle de confiance ; *p < 0,05.
Entre le groupe hybride et le groupe en ligne. Les résultats du test des différences de compétences de construction de solutions entre le groupe hybride et le groupe en ligne figurent au tableau 4. Il y avait une différence significative entre les deux groupes (t(63) = −1,23, p < 0,01), montrant que le groupe en ligne obtient un score plus élevé (M = 63,2, ET = 5,6) que le groupe hybride (M = 57,1, ET = 7,5). Il n’y avait pas de différence significative d’implication paternelle dans les activités de soin et cognitives entre les deux groupes. La taille d’effet pour les compétences de construction de solutions était de 0,90, ce qui indique une grande taille d’effet entre le groupe hybride et le groupe en ligne (g de Hedges = 0,90, [IC : 0,25, 1,58]).
Tableau 4. Test t indépendant entre groupe hybride et groupe en ligne
Pour chaque variable : hybride (n = 22) M (ET) ; en ligne (n = 20) M (ET) ; t ; p ; g de Hedges [IC 95 %].
Compétences de construction de solutions : 57,1 (7,5) ; 63,2 (5,6) ; 2,94* ; < 0,01 ; 0,90 [0,25, 1,58].
Implication paternelle dans les activités de soin : 15,3 (5,9) ; 16,4 (5,6) ; 0,60 ; 0,55 ; 0,19 [−0,43, 0,82].
Implication paternelle dans les activités cognitives : 9,0 (2,8) ; 8,4 (3,2) ; −0,60 ; 0,55 ; −0,19 [−0,83, 0,43].
Note. ET = écart-type ; IC = intervalle de confiance ; *p < 0,05. Complexe Systémique : le texte des auteurs donne t(63) = −1,23 pour cette comparaison, le tableau 4 donne t = 2,94* ; nous reproduisons les deux tels qu’imprimés.
Les résultats des tests t appariés sur les attitudes parentales dans les trois groupes figurent au tableau 5. Dans le groupe de comparaison, il y avait une amélioration significative des attitudes parentales des pères entre le pré-test (M = 31,7, ET = 6,5) et le post-test (M = 34,3, ET = 7,1 ; t(47) = −2,71*, p < 0,05). Il n’y avait pas d’augmentation significative des attitudes parentales entre le pré-test (M = 31,9, ET = 4,1) et le post-test (M = 33,7, ET = 6,0) dans le groupe hybride (t(15) = −1,34, p = 0,20). Par ailleurs, les résultats du pré-test (M = 31,5, ET = 4,5) et du post-test (M = 35,1, ET = 6,5) indiquaient que le groupe en ligne s’était amélioré en attitudes parentales (t(19) = −2,85*, p < 0,05). Pour le groupe de comparaison, la taille d’effet intra-groupe était de 0,37, illustrant un petit effet de traitement (g de Hedges = 0,37, [IC : 0,30, 0,46]). Le groupe hybride TBOS avait aussi une taille d’effet intra-groupe illustrant un petit effet (g de Hedges = 0,32, [IC : 0,15, 0,51]). Pour le groupe en ligne TBOS, la taille d’effet intra-groupe indiquait un effet moyen (g de Hedges = 0,61, [IC : 0,38, 0,89]). Les attitudes parentales des trois groupes présentaient un intervalle de confiance à 95 % ne contenant pas zéro, ce qui indique que les participants se sont significativement améliorés du pré-test au post-test sur leurs compétences parentales. Aucune des tailles d’effet entre groupes n’était statistiquement significative d’après l’IC à 95 %.
Tableau 5. Test t apparié sur les attitudes parentales et tailles d’effet
Groupe de comparaison (a) : pré-test 31,7 (6,5) ; post-test 34,25 (7,1) ; taille d’effet intra-groupe 0,37 [0,30, 0,46].
Groupe TBOS hybride (b) : pré-test 31,9 (4,1) ; post-test 33,69 (6,0) ; taille d’effet intra-groupe 0,32 [0,15, 0,51].
Groupe TBOS en ligne (c) : pré-test 31,5 (4,5) ; post-test 35,05 (6,5) ; taille d’effet intra-groupe 0,61 [0,38, 0,89].
Tailles d’effet entre groupes (IC 95 %) : a-b 0,22 [−0,27, 0,73] ; b-c −0,37 [−0,99, 0,23] ; a-c −0,11 [−0,63, 0,40].
Note. ET = écart-type ; IC = intervalle de confiance.
Cette étude a été conçue pour explorer l’efficacité du curriculum de paternité enrichi par la TBOS pour améliorer les compétences de construction de solutions, l’implication paternelle dans les familles, et les compétences et connaissances parentales. Le devis quasi expérimental a été interrompu par la pandémie de COVID-19 et le format de l’intervention a dû être ajusté pour une délivrance en ligne. Malgré les difficultés des restrictions liées à la COVID-19, l’organisme de proximité a pu basculer vers une modalité de traitement TBOS en ligne, ce qui n’avait jamais été fait, et a permis à l’équipe de recherche d’examiner si ce curriculum enrichi pouvait être délivré en ligne. Ce changement imprévu a permis de tester un curriculum de paternité délivré au format standard en présence, un curriculum hybride réuni en présence puis en ligne avec le contenu enrichi par la TBOS, et un curriculum enrichi par la TBOS en ligne.
Malgré l’interruption de l’étude, nous notons quelques résultats intrigants. Dans l’ensemble, les trois groupes ont montré des améliorations du pré-test au post-test sur la mesure AAPI, ce qui suggère que le curriculum de paternité utilisé au CoF aide les pères à améliorer leurs attitudes parentales. Ces améliorations des compétences et des connaissances parentales ont aussi été observées dans le groupe de pères qui a reçu le curriculum enrichi par la TBOS en version hybride et en ligne. Les résultats des tests t appariés sur la mesure AAPI étaient aussi statistiquement significatifs pour les trois groupes, indiquant des améliorations significatives des attitudes parentales du pré-test au post-test.
De plus, les participants du groupe de comparaison ont montré des scores plus élevés de compétences de construction de solutions et d’implication paternelle dans les activités de soin que ceux du groupe hybride. Comme il y avait un pourcentage plus élevé de pères mariés et socio-économiquement avantagés dans le groupe de comparaison que dans le groupe hybride (par exemple pères mariés : 20,0 contre 9,1 %, tableau 1), une partie de ces différences peut être attribuable à la plus grande proportion de pères mariés dans le groupe de comparaison. Il existe en effet des indices que l’effet d’interventions sur les compétences et connaissances parentales peut différer selon le statut socio-économique (SSE) des pères (par exemple Winter et al., 2012). Un autre facteur qui brouille la comparaison est que le groupe hybride devait être délivré en présence avec le curriculum enrichi par la TBOS, mais a dû subir un changement brusque et non planifié de structure et de mode de délivrance des contenus, ce qui a pu réduire son efficacité. En outre, le pays traversait une crise majeure de santé publique et économique qui a très certainement pu affecter les participants du groupe hybride et les résultats de l’étude.
De même, le groupe en ligne a surpassé le groupe hybride sur les compétences de construction de solutions et l’implication des pères dans les activités de soin. La comparaison des résultats d’implication paternelle entre les deux groupes de traitement enrichis par la TBOS (hybride contre en ligne) indiquait une tendance où les pères obtenaient de meilleurs scores dans le groupe en ligne que leurs homologues du groupe hybride au post-test. Il n’y avait pas de différence significative entre le groupe de comparaison et le groupe en ligne sur les compétences de construction de solutions et l’implication paternelle, et ce résultat non planifié suggère que les groupes de paternité responsable pourraient être délivrés avec succès dans un format entièrement en ligne. À notre connaissance, c’est la première étude à démontrer des résultats équivalents entre des groupes de soutien à la paternité en présence et en ligne.
Enfin, la pandémie de COVID-19 nous a permis d’apprendre certains des défis et des occasions liés à l’intégration de la technologie pour délivrer un curriculum de paternité en groupe. Par exemple, certains défis logistiques consistaient à s’assurer que les participants avaient accès à un ordinateur personnel, une tablette ou un smartphone, ainsi qu’à une connexion internet stable. De même, des difficultés ont été rencontrées pour recueillir les adresses électroniques des participants afin d’envoyer les informations de connexion à la visioconférence, et pour expliquer comment accéder aux services de visioconférence et les utiliser. Si le contenu du curriculum n’a pas changé, le personnel a dû créer des supports de cours électroniques et aider les participants avec les versions électroniques des devoirs. Le personnel a trouvé un peu plus difficile de recueillir les devoirs hebdomadaires obligatoires en ligne qu’en présence. De plus, ne pas pouvoir voir le langage corporel ou les expressions faciales de ceux qui n’avaient pas de vidéo a rendu les discussions de groupe plus difficiles à animer en ligne.
Cependant, la délivrance en ligne du curriculum enrichi par la TBOS a aussi apporté des occasions que cette étude a permis de découvrir. Parmi elles, un accès plus facile au curriculum pour les participants disposant de peu de moyens de transport, et la commodité de ne pas avoir à se rendre sur le site de l’organisme. Proposer le curriculum en ligne a facilité la participation des pères qui sortaient du travail ou vivaient dans une autre partie de la ville. Le curriculum en ligne a aussi rendu la participation plus commode pour certains pères qui gardaient leurs enfants. Le CoF a également constaté que son groupe hybride avait un faible taux d’abandon compte tenu des difficultés de la pandémie, comparable à celui de ses groupes en présence. Surtout, l’organisme de proximité a pu développer une version en ligne de son curriculum standard qu’il peut mettre en œuvre dans une offre de cours plus robuste pour les futurs participants.
Malgré les résultats significatifs de cette étude, plusieurs limites méritent d’être notées. La principale est que le devis était quasi expérimental et qu’il a été interrompu par la pandémie. Il n’a donc pas été possible de tester le curriculum enrichi par la TBOS en présence comme prévu à l’origine. De plus, le groupe de comparaison et les groupes de traitement différaient de façon non aléatoire à la ligne de base sur quelques variables démographiques et socio-économiques (SSE) (aide financière et implication dans la justice pénale), ce qui a pu affecter l’efficacité du programme. Des études antérieures indiquent que les groupes de parents à faible SSE obtiennent des scores de résultats parentaux plus élevés (compétences, connaissances) après une intervention que leurs homologues à SSE élevé (Gardner et al., 2010 ; Mackenzie et al., 2004), car ils tendent à être plus ouverts au contenu du programme. S’il est possible que le groupe de comparaison de notre étude ait bénéficié de l’intervention davantage que le groupe de traitement d’une façon ou d’une autre, l’étude actuelle ne permet pas de le savoir. Un test plus rigoureux de l’intervention par un devis d’essai contrôlé randomisé, ou un devis quasi expérimental plus large avec des groupes plus équivalents, est nécessaire pour clarifier ces relations. Il y avait aussi comparativement moins de participants dans les deux groupes de traitement modifiés (hybride et en ligne) que dans le groupe de comparaison, ce qui peut diminuer la puissance statistique. En outre, nous ne pouvons pas démêler les effets de l’enrichissement par la TBOS de ceux du format en ligne ou de l’impact de la pandémie. Il est possible, par exemple, que le curriculum standard du CoF n’ait pas été aussi efficace en ligne sans l’enrichissement par la TBOS. De futures recherches sont nécessaires pour isoler les effets de l’enrichissement par la TBOS et de la délivrance en ligne. Par ailleurs, deux résultats d’intérêt (compétences de construction de solutions et implication paternelle) n’ont été mesurés qu’une fois, après le curriculum, ce qui limite notre capacité à examiner des changements significatifs du pré-test au post-test. Les recherches futures devraient réduire le risque de biais d’attrition et accroître la généralisabilité en évaluant ces mesures avant et après les cours de groupe. Enfin, cette étude n’a évalué les effets de l’intervention qu’immédiatement après la fin du curriculum, ce qui rend difficile de conclure sur les effets à long terme des programmes de paternité du CoF et du traitement TBOS sur les résultats paternels.
Malgré ses limites, cette étude pilote offre quelques enseignements importants sur le potentiel des programmes de paternité responsable à être proposés en ligne pour améliorer l’accès, tout en obtenant des effets similaires sur les résultats. La participation à des groupes de paternité responsable en présence peut être difficile à cause des horaires de travail, des responsabilités familiales ou du manque de transport. Les résultats de notre étude apportent un soutien préliminaire au curriculum de paternité enrichi par la TBOS en ligne, qui offre aux cliniciens et aux administrateurs de programmes des options de modes de délivrance. Par exemple, proposer des cours en ligne utilisant des contenus numériques et des applications peut aider à accroître l’accès des clients aux programmes par les plateformes et technologies numériques pendant cette pandémie de COVID (Halpin & Collier, 2014) et au-delà. Les résultats de notre étude montrent que l’intégration de techniques de la TBOS au curriculum standard du CoF et sa délivrance en ligne peuvent aussi apporter des bénéfices aux participants en matière de compétences de construction de solutions, d’engagement parental et de compétences parentales ; davantage de recherches sont toutefois nécessaires pour confirmer cette approche.
Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts. Le financement a été assuré par la bourse Professional Research Opportunities for Faculty (PROF) de l’University of Denver.
Complexe Systémique : à retenir
Ce que l’étude voulait prouver, elle ne le prouve pas : le curriculum enrichi ne fait pas mieux que le curriculum standard. Ce qu’elle découvre par accident est plus utile : un groupe de pères entièrement en ligne obtient les mêmes résultats qu’un groupe en salle, et c’est le groupe interrompu en plein milieu qui souffre. Leçon systémique autant que méthodologique : le cadre compte plus que la technique, et un cadre stable, même à distance, vaut mieux qu’un cadre cassé. Les auteurs listent leurs limites sans fard, groupes non équivalents, effets impossibles à démêler, mesures uniques ; nous avons signalé en place deux incohérences entre le texte et les tableaux. À lire avec la nouvelle paternité vue par la thérapie familiale, et avec l’étude bolivienne sur les travailleurs de la protection des familles, autre pilote avant-après aux mêmes prudences.
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Contacts
Johnny Kim : johnny.kim@du.edu · In Young Park : inyoung.park@du.edu · Jennifer Bellamy : jennifer.bellamy@du.edu · Susan Burt : susanburt@elpasoco.com · Gary Grambort : arygrambort@elpasoco.com · Sarah Locklear : Sarah@consciousevolutioncounseling.com · Ken Sanders : krsanders@comcast.net
Traduction française non officielle de Solution-Focused Brief Therapy-Enhanced Fatherhood Curriculum Pilot Study: A Comparison of Delivery Methods in Response to the COVID-19 Pandemic, par Johnny Kim, In Young Park, Jennifer Bellamy, Susan Burt, Gary Grambort, Sarah Locklear et Ken Sanders, publié dans Journal of Solution Focused Practices, vol. 6, n° 1 (2022), article 5, p. 38-51, doi : 10.59874/001c.75000, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence, les tableaux étant rendus en fiches. Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Solution-Focused Brief Therapy-Enhanced Fatherhood Curriculum Pilot Study: A Comparison of Delivery Methods in Response to the COVID-19 Pandemic », publié dans Journal of Solution Focused Practices (2022) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Kim, J., Park, I. Y., Bellamy, J., Burt, S., Grambort, G., Locklear, S., & Sanders, K. (2022). Un programme de paternité enrichi par la TBOS : étude pilote comparant les modes de délivrance face à la pandémie de COVID-19 (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/un-programme-de-paternite-enrichi-par-la-tbos-etude-pilote-comparant-les-modes-de-delivrance-face-a-la-covid-19 (Œuvre originale publiée en 2022 dans Journal of Solution Focused Practices, vol. 6, n° 1 (2022), article 5, p. 38-51 ; republiée en 2022 par Journal of Solution Focused Practices, https://journalsfp.org/article/75000)
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