Cette version a été traduite de l'anglais par Complexe Systémique avec l'aide de l'intelligence artificielle. En cas de doute, la version originale fait foi.
Systemic Practice and Action Research · Pratique systémique
Chypre, automne 2006 : trente mois après le rejet du plan Annan, 26 personnes engagées pour la paix, chypriotes grecques et turques, se retrouvent en présence et à distance pour comprendre pourquoi le fossé entre les deux communautés se creuse. Avec le processus de conception dialogique structurée, elles proposent 120 facteurs et construisent une carte des causes profondes : les médias et les intérêts particuliers y pèsent plus que l’absence de vision.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Une évaluation systémique de la situation après l’issue négative du référendum à Chypre, par le processus de conception dialogique structurée, par Yiannis Laouris, Marios Michaelides, Mustafa Damdelen, Romina Laouri, Derya Beyatli et Aleco Christakis, publié dans Systemic Practice and Action Research (Springer) (2009), doi : 10.1007/s11213-008-9111-y, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; les figures restent en anglais, avec des légendes traduites ; les deux formules de la section sur les indices de complexité sont reprises de l’original. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les différences ne passent pas entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs, mais entre des idéologies différentes.
Yiannis Laouris, Marios Michaelides, Mustafa Damdelen, Romina Laouri, Derya Beyatli et Aleco Christakis
Résumé
Cet article présente les résultats du premier d’une série de co-laboratoires organisés par des figures pionnières de la paix à Chypre, trente mois après l’issue négative du référendum sur le plan de réunification de l’île proposé par le secrétaire général de l’ONU. Ce co-laboratoire visait à aider un groupe diversifié de personnes pionnières et militantes de la paix, désengagées et déçues, représentant les communautés turque et grecque de Chypre, à élaborer une compréhension commune des facteurs qui contribuent à l’élargissement perçu du fossé entre les deux communautés divisées de l’île. Le co-laboratoire a été organisé selon l’approche du processus de conception dialogique structurée (structured dialogic design process, SDDP), dans un environnement de communication riche fondé sur le web. Les causes profondes de l’élargissement du fossé sont discutées et comparées à celles qu’avait dégagées, douze ans plus tôt, un co-laboratoire semblable qui recourait à la méthodologie du Management interactif.
Mots-clés : Chypre, paix, référendum, processus de conception dialogique structurée, sagesse collective, loi de l’action requise, co-laboratoires, Management interactif, dialogue, conception de systèmes sociaux, agora, démocratie, Skype, Claripoint, parties prenantes, technologie de la démocratie, communauté d’apprentissage
Les négociations menées sous l’égide de l’ONU entre les responsables politiques des communautés grecque et turque de Chypre (Chypriotes turcs et Chypriotes grecs, ci-après CT et CG) ont abouti à la rédaction d’un plan global de règlement du problème chypriote. Ce plan, connu sous le nom de plan Annan, a été soumis à deux référendums distincts, de part et d’autre de l’île, le 24 avril 2004. L’issue négative du référendum sur la proposition de l’ONU pour régler le problème chypriote, qui s’éternise, et pour réunifier l’île a laissé derrière elle un climat de déception et d’impuissance. Elle a aussi rendu très flou tout pas suivant qui pourrait ou devrait être fait pour sortir de l’impasse. Au moment où cet article est préparé, plus de trente mois ont passé depuis le référendum, et pourtant la classe politique chypriote comme l’opinion publique restent fortement polarisées et nettement agitées. Deux ans après que les médias chypriotes grecs ont publiquement terni la réputation de figures pionnières de la paix en affirmant qu’elles avaient reçu du gouvernement des États-Unis des millions de dollars pour soutenir et promouvoir le plan Annan, la Chambre des représentants a décidé, par l’intermédiaire de sa commission des institutions, d’enquêter sur les allégations visant des Chypriotes « choisis » durant la période qui a précédé le référendum. Des personnes qui avaient consacré des années de leur vie à construire la confiance et la coopération entre les deux communautés se sont retrouvées « sous enquête », traitées en traîtres. De telles allégations accentuent encore la division, entre les communautés comme à l’intérieur de chacune. Dans le Nord, les foules qui avaient soutenu le « oui » se sentent trahies par la partie grecque1. Elles se sentent aussi déçues par leur propre direction politique, qui n’a pris aucune initiative concrète pour relancer le dialogue et bâtir la confiance. La polarisation chasse de l’agenda quotidien le dialogue constructif et la sagesse. C’est dans ce climat qui se dégrade qu’a été lancé le processus de dialogue authentique que documente cet article.
L’initiative présentée ici est née d’une équipe de six figures pionnières de la paix, de longue date, qui ont décidé de se réunir (physiquement) en septembre 2006 pour discuter de la situation politique à Chypre après le référendum et explorer les moyens de ranimer leur rêve d’une île réunifiée. Ces six personnes étaient membres du groupe pour la paix largement connu sous le nom de groupe des formateurs en résolution des conflits (conflict resolution trainers group, CRTG), qui, entre 1994 et 1997, avait réussi à inspirer et à mobiliser quelques milliers de Chypriotes pour œuvrer à la paix et à la réconciliation. Ce noyau de 32 CG et CT avait auparavant participé à de nombreuses séances de résolution de problèmes, de leadership, de gestion de projet et de conception centrées sur les efforts de construction de la paix à Chypre. Le groupe avait ainsi acquis une véritable expertise dans l’application des méthodes de résolution des conflits pour faciliter un dialogue authentique. Entre l’automne 1994 et l’été 1995, Benjamin Broome (boursier Fulbright, auparavant en poste à l’université George Mason) a animé leurs séances en utilisant une méthode de dialogue structuré assistée par ordinateur, connue sous le nom de Management interactif (Interactive Management, IM ; Christakis 1973 ; Broome et Chen 1992 ; Warfield et Cardenas 1994 ; pour une revue récente et des applications dans le monde, voir Christakis et Bausch 2006). Le Management interactif est une méthode soutenue par la technologie qui vise à faire progresser la démocratie dans les organisations en encourageant le dialogue ouvert et en le plaçant au centre. Il s’appuie sur les travaux d’Alexander Christakis et de John Warfield, qui ont étudié et développé la méthode à l’université de Virginie et à l’université George Mason. Pendant neuf mois, le groupe des formateurs en résolution des conflits s’est réuni chaque semaine, en réunions communautaires séparées (au Nord et au Sud). Au terme de ces neuf mois, il était parvenu à élaborer des cartes des obstacles très détaillées, présentées à l’annexe 1. La question déclenchante qui a guidé ce premier travail était : « Quels sont les obstacles auxquels nous devons faire face en nous engageant dans nos efforts de construction de la paix à Chypre ? » En réponse à cette question, les CG ont produit 67 réponses et les CT 87. Ces facteurs ont été structurés selon la méthodologie de l’IM pour produire les cartes des causes profondes de l’annexe 1. Le groupe a ensuite appliqué la même méthodologie pour produire une carte de vision commune, qui lui a servi de feuille de route pendant la décennie suivante2 (Broome 1997, 1998, 2001, 2005 ; Damdelen 1998 ; Laouris 2004 ; Laouris et Laouri 2008 ; Uludag 2006). À l’été 1995, le groupe CRTG s’est ouvert aux communautés et a invité davantage de personnes à le rejoindre. Des centaines de Chypriotes ont pris part à ses ateliers de résolution des conflits. Fin 1997, plus de 2 000 personnes avaient été initiées à la méthodologie de l’IM et avaient eu l’occasion de rencontrer des membres de l’autre communauté et d’échanger avec ces personnes dans le cadre d’un dialogue structuré. Lors d’un atelier bicommunautaire tenu en octobre 1997, le CRTG a recensé tous les groupes pour la paix nouvellement créés et leurs activités respectives (voir l’annexe 2). Le recours au dialogue structuré a permis au groupe pionnier du CRTG de montrer à leurs communautés élargies et au monde entier que, même si des différences importantes peuvent exister entre les communautés de parties prenantes, le dialogue structuré dégageait un large terrain commun sur lequel bâtir la paix dans l’île (Broome 1996). Le CRTG estimait que l’un des principaux obstacles à l’édification d’une culture de paix dans l’île tenait au fait que seul un petit nombre de Chypriotes avaient eu l’occasion de participer à un dialogue pour la paix bien structuré. Selon le groupe, cela privait la population de la possibilité de mieux comprendre la situation politique et de s’engager dans un dialogue constructif. Elle n’avait pas eu l’occasion d’évaluer de façon critique les options et les compromis. En conséquence, son intérêt pour la réunification de l’île restait faible. (Pour des revues et analyses anciennes des efforts de construction de la paix à Chypre, voir Anastasiou 2000 ; Broome 1998, 2001 ; Gumpert et Drucker 1997 ; Hadjipavlou-Trigeorgis 1993 ; Laouris 1998, 2000, 2004.)
L’objectif premier du co-laboratoire présenté ici était d’élaborer une compréhension commune des facteurs qui contribuent à la dissonance perçue entre les deux communautés. Une comparaison critique de ces facteurs avec ceux obtenus dix ans plus tôt permettrait de voir si des années de travail pour la paix avaient réussi à produire une transformation tangible de la société. Un objectif secondaire était de reconcevoir le SDDP en tirant parti du web et d’autres technologies virtuelles, afin de réduire le temps et le coût nécessaires pour obtenir les résultats souhaités. L’équipe de recherche espérait que le recours aux technologies modernes permettrait (a) la participation à distance de personnes situées en divers lieux, (b) le découpage du processus en séquences asynchrones plus courtes, ce qui le rendrait plus maniable et plus accessible à la diversité de parties prenantes qu’exige un dialogue discipliné sur des questions complexes, et (c) une réduction sensible du temps et du coût nécessaires pour obtenir des résultats raisonnables en matière de diagnostic et d’accord sur un plan d’action collaboratif. Les résultats liés à cet objectif secondaire, ainsi que l’ancrage scientifique de la nouvelle méthodologie dans la cybernétique, ont été publiés dans un article technique (Laouris et Christakis 2007).
Une version hybride (c’est-à-dire combinant interactions virtuelles et en présence, ainsi que communication synchrone et asynchrone) de la méthodologie du processus de conception dialogique structurée (SDDP) a été choisie pour mettre en œuvre le co-laboratoire. Un co-laboratoire SDDP type est expressément conçu pour aider des groupes hétérogènes de parties prenantes à traiter des questions complexes en un temps raisonnablement limité (Banathy 1996 ; Warfield et Cardenas 1994). Il permet d’intégrer les contributions de personnes aux opinions, aux parcours et aux points de vue divers, grâce à un processus structuré, inclusif et collaboratif (pour une revue complète de la méthodologie, voir Christakis et Bausch 2002, 2006). La méthodologie SDDP a été préférée à d’autres options pour trois raisons. D’abord, les personnes qui signent l’article (également membres de la KMT) ont une grande expérience de la méthode. Elles l’ont utilisée dans de nombreux autres forums analogues pour faciliter le changement organisationnel et social (p. ex. Hays et Michaelides 2004 ; Laouris 2004 ; Laouris et Christakis 2007 ; Laouris et Michaelides 2007 ; Laouris et al. 2007). Ensuite, le fait qu’une version antérieure de la méthode (connue sous le nom de Management interactif, voir « Introduction ») ait été largement appliquée à Chypre pour traiter la même question permettrait des comparaisons. La question déclenchante de cette étude était « Quels facteurs contribuent au fossé croissant entre les deux communautés de Chypre ? », alors qu’en 1994 elle était « Quels sont les obstacles auxquels nous devons faire face en nous engageant dans nos efforts de construction de la paix à Chypre ? ». En outre, l’équipe prévoyait qu’il serait plus facile de tester le modèle hybride avec des personnes qui avaient une grande expérience de la méthodologie SDDP. Enfin, la méthode a été jugée adaptée à ce groupe précis, puisque toutes les personnes participantes étaient des figures expérimentées de la paix, qui connaissaient bien le problème politique en jeu comme la méthodologie du dialogue structuré.
Les personnes qui signent cette contribution étaient aussi membres de l’équipe de gestion des connaissances (Knowledge Management Team, KMT). La KMT comptait en outre quatre membres internationaux qui ne signent pas cet article. Quatre des signataires (en première, troisième, quatrième et cinquième position) ont aussi pris part au dialogue : ces quatre personnes ont apporté des idées et participé aux phases de regroupement et de structuration du SDDP. Cet article reflète donc un consensus d’interprétation des résultats entre les membres de la KMT, l’équipe d’animation et des représentants des personnes participantes. La première version de l’article a été envoyée à toutes les personnes participantes pour qu’elles y contribuent. Cette version finale intègre des commentaires, des interprétations et des idées de pratiquement toutes.
Le co-laboratoire présenté ici a aussi servi à réviser la méthode SDDP en exploitant la puissance et le potentiel des technologies de communication virtuelle. La figure 1 illustre le processus adopté. Il combinait activités synchrones et asynchrones, ainsi que réunions physiques et virtuelles, en plénière ou en petits groupes.

Pour permettre des comparaisons objectives entre les données recueillies lors de ce co-laboratoire et celles de co-laboratoires analogues antérieurs, nous utilisons les mesures définies ci-dessous.
L’indice de complexité situationnelle (situational complexity index, SCI) est défini ainsi :
SCI = DK(N − 7)/R(R − 1)
où V est le nombre d’idées ayant reçu au moins une voix, N le nombre total d’idées, K le nombre de connexions distinctes dans la carte, R le nombre d’idées dans la carte, et D = (V − 5)/(N − 5).
Le Spreadthink (ST), ou dispersion des points de vue, est défini ainsi :
ST = (V − 5)/(N − 5) × 100
Si toutes les personnes participantes choisissent les cinq mêmes facteurs, le ST est nul. Si elles choisissent l’ensemble des N facteurs, leur degré de désaccord est maximal, soit 100 %.
L’effet des priorités erronées est défini ainsi :
L’effet des priorités erronées (erroneous priorities effect, EPE, découvert par Dye 1999) désigne le fait que les préférences individuelles quant à l’importance des facteurs liés à la situation problématique, exprimées par un vote avant l’examen des relations entre ces facteurs, peuvent se révéler « erronées » si, au bout du compte, ces facteurs ne sont pas jugés collectivement comme les plus influents. On peut le démontrer en calculant l’influence cumulée des facteurs les plus influents et en la comparant à l’influence des facteurs qui ont reçu le plus de voix pour leur importance relative.
Les résultats, présentés en détail ci-dessous, découlent d’une combinaison d’interactions asynchrones et synchrones qui se sont déroulées entre le 20 septembre et le 29 décembre 2006. Le tableau de l’annexe 3 (tableau 2) recense tous les événements, synchrones et asynchrones, afin de donner une image claire non seulement de la période sur laquelle se sont étalés le dialogue et la collecte des données correspondantes, mais aussi du temps investi au total. Ce dernier point est utile pour évaluer l’efficacité du modèle SDDP virtuel nouvellement mis au point, puisque c’était l’objectif secondaire fixé au début de ce travail.
Le processus a nécessité 11 h d’événements synchrones réunissant le groupe élargi des personnes participantes et la KMT (phases 9, 14 et 16). Des groupes plus restreints ont consacré 8 h 30 à discuter d’abord de leur vision (phases 1 et 5), à constituer la KMT et à choisir les personnes à inviter (phase 3), et à produire un regroupement provisoire des facteurs (phase 8). La KMT a investi 7 h 25 supplémentaires (phases 2, 3, 4, 6, 7, 10, 11, 12 et 15) en séances synchrones et asynchrones entre ses membres, plus 4 h pour la préparation du rapport (phase 17). Le nombre total d’heures-personnes investies dans le projet a dépassé 218 h (calculé comme le temps total investi par toutes les personnes impliquées). Le temps consacré à l’analyse détaillée et à la préparation de la présente publication dépasse le cadre de cet article et n’est pas indiqué.
Le groupe comptait 24 Chypriotes et 2 universitaires des États-Unis qui ont passé environ un an dans l’île pour leur mémoire de master. Quatorze étaient CG et dix CT. Vingt et une personnes basées dans l’île ont participé en présence, et cinq à distance (par des moyens de communication virtuelle). Toutes avaient une expérience pertinente et avaient auparavant contribué de façon importante au processus de paix chypriote. Douze étaient membres du CRTG. Plus d’un tiers avaient une grande expérience de la méthodologie SDDP et avaient déjà animé des séances SDDP. Sept ont une activité universitaire et ont publié leurs propres idées et résultats de recherche sur le problème chypriote. Quatre travaillent dans les affaires. Huit sont des femmes et dix-huit des hommes. Quinze avaient entre 40 et 55 ans et onze entre 25 et 40 ans. Le fait que le dialogue authentique se soit étalé sur trois mois et ait associé des personnes à distance grâce aux technologies du web a fait varier la composition du groupe d’une séance à l’autre. Si 26 personnes ont apporté leurs idées au début du processus, onze seulement sont restées actives tout au long du dialogue (huit en présence et trois à distance). Des cinq personnes qui ont participé à distance à la production des idées, trois seulement ont pris part à la phase de structuration au moyen des technologies virtuelles. L’antenne internationale de la KMT est restée stable et active tout au long du processus. Ses cinq membres ont supervisé le processus.
Les détails méthodologiques et l’ancrage scientifique de l’usage des technologies de communication virtuelle pour réduire le temps et le coût nécessaires à l’obtention de résultats raisonnables ne sont pas exposés ici. Les personnes intéressées peuvent se reporter à l’article technique publié auparavant (Laouris et Christakis 2007). La figure 1 résume le processus et le tableau 2 de l’annexe 3 recense le temps investi dans chaque sous-processus.
Comme l’indique le tableau 2 de l’annexe 3, à l’échéance, seules 11 personnes avaient répondu. Elles avaient proposé 61 facteurs. À minuit le même jour, le nombre de personnes participantes était passé à 17 et celui des facteurs à 99. Au cours des deux jours suivants, le nombre de personnes proposant des idées a atteint 26, et leurs contributions sont passées à 107 facteurs. La discussion qui a eu lieu pendant la phase de regroupement a conduit à supprimer (en les fusionnant avec d’autres) trois facteurs (non présentés ici) et à en ajouter quelques autres. Le nombre de facteurs s’est stabilisé à 120 (un facteur porte le numéro « 121 » en raison de la suppression de facteurs de numéro inférieur). Comparé à des démarches semblables de mobilisation de parties prenantes, ce nombre est assez impressionnant (voir « Discussion »). La figure 2 présente tous les facteurs proposés, regroupés en 20 catégories (voir « Regroupement et hiérarchisation des réponses »). Le tableau de l’annexe 4 récapitule tous les facteurs proposés par le groupe comme contribuant à l’élargissement perçu du fossé et ayant reçu au moins une voix.

Une équipe plus restreinte de quatre personnes, jugées bien au fait de la situation, s’est réunie pendant 4 h pour élaborer une première version du schéma de regroupement et trouver des noms distincts pour les différentes catégories. Elle a regroupé en 20 catégories les 107 facteurs alors disponibles. Lors de la première réunion plénière virtuelle qui a suivi, 12 personnes (8 présentes physiquement et 4 à distance) ont consacré 4 h 40 à passer en revue de façon très détaillée le processus de regroupement. Comme la phase habituelle de production des idées avait été sautée (les idées ayant été recueillies hors ligne, par courriel), cette première réunion de l’ensemble du groupe a servi à clarifier les éléments et à discuter de leur sens, afin de mieux comprendre la situation et les points de vue des unes et des autres. La discussion a conduit à supprimer (en les fusionnant avec d’autres) trois facteurs et à en ajouter quelques-uns. Le total a atteint 120. Dix facteurs ont été déplacés dans d’autres catégories. Cinq personnes absentes ont été invitées à apporter des précisions et à reformuler leurs contributions pour les rendre plus claires. La figure 2 présente les catégories obtenues à l’issue du regroupement.
Les personnes participantes ont été invitées à choisir leurs cinq facteurs favoris, c’est-à-dire ceux qu’elles jugeaient les plus importants. Les 26 personnes ont toutes pu voter, même si toutes n’ont pas réussi à participer à la structuration. Les résultats du vote ont servi à sélectionner les facteurs de la phase de structuration suivante. Le tableau de l’annexe 4 indique le nombre de voix obtenues par chaque facteur. Quarante-sept facteurs ont reçu au total 130 voix. Lors de la réunion synchrone en présence suivante, le groupe n’a réussi à structurer que 11 facteurs. Le processus ayant pris du retard, la question a été discutée entre les membres de la KMT, qui ont décidé de programmer neuf autres facteurs pour le travail final de structuration. Toutefois, pour que l’arbre obtenu soit aussi complet que possible et tienne compte de tous les points de vue, la KMT a appliqué des règles fondées scientifiquement pour sélectionner les derniers facteurs. La ligne directrice reposait sur deux règles : (a) veiller à ce que, si possible, tous les regroupements soient représentés ; (b) choisir des facteurs qu’une équipe de personnes averties considérerait comme des causes profondes possibles, c’est-à-dire proposer des facteurs susceptibles d’apparaître dans les couches inférieures de la carte.
La figure 3 présente la carte d’influence obtenue. Vingt facteurs ont été structurés sur sept couches. L’interprétation des résultats est faite dans la « Discussion ».

Il est juste, en ouvrant cette discussion, de dire que les six figures pionnières de la paix qui ont lancé l’initiative, et le groupe élargi des 26 personnes militantes qui ont pris part au co-laboratoire qui a suivi, ont réussi à produire une carte riche des obstacles qui décrivent la situation politique à Chypre après le référendum, telle que ce groupe la perçoit. En réponse à la question déclenchante « Quels facteurs contribuent au fossé croissant entre les deux communautés de Chypre ? », le groupe a proposé 120 facteurs. Ces facteurs ont été répartis en 20 regroupements. Avec 17 facteurs, le regroupement « Politique intransigeante » était de loin le plus important. « Pas de vision / pas d’espoir » et « S’éloigner l’un de l’autre » arrivaient en deuxième et troisième position, avec dix facteurs chacun. Les trois catégories suivantes comptaient sept facteurs chacune : « Perceptions », « Rôles non constructifs des médias » et « Domination de la politique partisane » (pour le détail, voir la figure 2). Le groupe a ensuite produit un schéma d’influence entre 20 de ces facteurs (figure 3), qui intégrait les 20 facteurs structurés sur sept niveaux. Les causes profondes portent surtout sur le rôle négatif des médias et de la classe politique, ainsi que sur l’affaiblissement des ONG. À la connaissance de l’équipe de recherche, c’est le premier groupe à avoir consacré autant de temps et d’énergie à l’impasse du problème chypriote après l’issue négative des référendums. Le total des heures-personnes investies pour mener à bien ce dialogue structuré a dépassé 218 h ! Ce chiffre n’inclut pas le temps consacré par l’équipe de recherche à l’analyse des résultats et à la rédaction de cette publication. Les personnes participantes ont fait preuve de la clairvoyance et de l’engagement que requiert le processus de conception structurée. Ce travail préparatoire les place en bonne position pour poursuivre l’analyse de la situation. L’équipe de recherche, comme les 26 personnes participantes, s’attend à ce que toutes les parties qui souhaitent une résolution du problème chypriote doivent fonder leurs initiatives sur des bases solides et sur une analyse détaillée de la situation actuelle. Le rapport de ce co-laboratoire a été envoyé : (a) aux 26 personnes participantes ; (b) à 20 à 30 personnes invitées qui n’ont pas pu participer ; (c) à l’ensemble des responsables politiques et des instances dirigeantes des partis ; (d) aux personnes impliquées dans les négociations ; (e) à des analystes politiques ; (f) à une sélection de personnes représentant le monde des médias (surtout celles qui accordent du prix à ce type d’analyse) ; (g) à des universitaires d’autres pays qui travaillent sur ce problème depuis vingt ans ; (h) à l’ONU et aux missions diplomatiques étrangères à Chypre. Si l’on considère que les études scientifiques consacrées à la période postréférendaire se comptent sur les doigts d’une main, la valeur de ce travail est indispensable pour toutes les parties prenantes intéressées.
Une application type du SDDP à un problème de société complexe comporte quatre phases :
Les travaux à venir doivent donc porter sur les phases 3 et 4. Au moment de la rédaction, plusieurs SDDP de suivi avaient déjà eu lieu.
Avant d’aborder l’analyse et la discussion des résultats de ce co-laboratoire, quelques précisions s’imposent, en particulier pour les personnes qui connaissent moins cette méthodologie. Il est impératif de lire les divers énoncés proposés par les personnes participantes en gardant toujours à l’esprit qu’ils reflètent des perceptions individuelles. L’une des exigences de base du SDDP est la loi de l’autonomie requise de Tsivacou (1997). Cette loi oblige l’animation à protéger l’autonomie et l’authenticité de chaque personne participante. Chacune est libre de formuler ses idées comme elle l’entend. Les autres peuvent demander des clarifications, mais n’ont pas le droit de porter de jugement de valeur ni de demander la reformulation ou l’amélioration des énoncés d’autrui. Leur seule possibilité, en cas de désaccord avec une idée, est de proposer un énoncé différent. Il est donc possible que la formulation précise de certains énoncés ne satisfasse pas tout le monde. Toutefois, si aucune autre proposition n’a été faite et que l’énoncé a été jugé important lors du vote, il apparaît dans la carte dans sa version authentique. Il est possible qu’un énoncé légèrement différent ait été proposé sans recueillir assez de voix pour accéder à la phase de cartographie des causes profondes. On peut aussi imaginer qu’une personne en léger désaccord avec la formulation d’un énoncé se soit abstenue d’en proposer un autre pour éviter une dispersion prévisible des voix, qui aurait pu faire qu’aucun des deux n’entre dans l’arbre.
Le travail présenté ici constitue probablement le premier effort collectif sérieux et fondé scientifiquement, depuis avril 2004, pour explorer la situation dans laquelle Chypre est retombée après l’issue négative du référendum. Explorer la structure d’influence des facteurs qui contribuent à l’élargissement perçu du fossé entre les deux communautés divisées est important pour au moins deux raisons, discutées en détail dans les sections suivantes.
Premièrement, selon le nombre et le type de personnes qui prennent part au dialogue structuré, la structure d’influence des facteurs peut intégrer une variété de points de vue dans une compréhension d’ensemble de la situation problématique actuelle. Il est tout naturel que chaque personne perçoive la situation d’un point de vue limité. L’application du SDDP pour faciliter un dialogue démocratique structuré permet aux parties prenantes d’intégrer une variété de points de vue sur une situation problématique donnée. Une perspective beaucoup plus complète et sphérique émerge ainsi. Bien sûr, pour que la carte obtenue ait une valeur pratique et générale, l’organisation doit garantir la participation d’acteurs capables d’apporter cette variété de points de vue. Dans le cas du présent co-laboratoire, pratiquement toutes les personnes participantes étaient des figures pionnières de la paix. La carte obtenue ne peut donc pas être lue comme une carte universelle qui intégrerait les points de vue et les perspectives de l’ensemble de la société chypriote. Il s’agit d’un travail de groupe conçu spécialement pour aider un groupe diversifié de personnes pionnières et militantes de la paix, désengagées et déçues, à élaborer une compréhension commune des facteurs qui contribuent à l’élargissement perçu du fossé entre les deux communautés divisées de Chypre. Selon la première loi du SDDP (la loi de la variété requise proposée par Ashby 1958), une problématique objectivement équilibrée exige que le groupe de travail inclue toutes les parties prenantes et incarne tous les points de vue. La recherche d’une solution durable au problème chypriote ne peut s’appuyer que sur les connaissances et la sagesse produites collectivement par la communauté des parties prenantes, et sur la prise en compte des problèmes et des obstacles tels que les perçoivent toutes les personnes concernées. Si l’objectif est d’explorer la situation actuelle telle que la perçoit l’ensemble de la société, un travail supplémentaire est nécessaire dans plusieurs directions3 :
Si l’objectif est d’explorer des options et de concevoir des stratégies et des feuilles de route (comme l’exige une application type du SDDP), il est nécessaire que des co-laboratoires de suivi remédient à ces faiblesses.
Deuxièmement, la définition de la problématique est un préalable à un SDDP de suivi centré sur les options d’action et les solutions. Parvenir à une compréhension commune de la problématique avant toute autre action aide à éviter l’erreur, chez les parties prenantes (au niveau de la classe politique et de la diplomatie comme à celui de la société civile), de se centrer prématurément sur les options d’action. L’un des facteurs qui rendent difficile le traitement de situations complexes, comme la situation actuelle à Chypre, est la tendance à se focaliser sur les mérites de points de vue, de stratégies ou d’options particuliers sans prendre d’abord le temps de comprendre collectivement, de façon adéquate, l’ensemble du système de problèmes. Cela peut pousser les personnes qui détiennent un pouvoir de décision sur la situation de conflit à s’enfermer dans des disputes insolubles sur des détails, sans grande possibilité de progrès. Cette tendance a effectivement été observée à Chypre ces derniers mois. Par exemple, la discussion autour de l’ouverture éventuelle d’un point de passage supplémentaire au centre de la vieille ville a non seulement détourné l’attention du public vers des détails secondaires du problème, mais elle décourage aussi les personnes qui travaillent à une solution globale et durable. Le plus souvent, les discussions sur le problème chypriote portent sur les détails techniques de ce que la théorie des systèmes appellerait des non-problèmes, c’est-à-dire des questions qui n’existeraient même pas dans le cadre d’une solution définitive. En commençant par mieux saisir comment les facteurs proposés, qui contribuent à l’élargissement perçu du fossé, sont liés les uns aux autres, on prépare le terrain à une approche plus créative et plus fondamentale de l’examen du mérite relatif des options d’action et des solutions possibles.
Les personnes participantes ont proposé 120 facteurs susceptibles de contribuer à l’élargissement perçu du fossé. Ce nombre est relativement élevé par rapport à des co-laboratoires analogues portant sur des situations complexes semblables. Par exemple, dans deux co-laboratoires très proches de celui-ci, tenus en 1994 avec une question déclenchante semblable et une composition semblable, le nombre de facteurs produits était de 67 pour les CG et de 87 pour les CT. Dans trois co-laboratoires récents, qui associaient des réseaux européens de spécialistes de la diffusion à grande échelle des technologies à haut débit (www.Cost219.org ; Laouris et Michaelides 2007 ; www.Cost298.org ; Laouris, Michaelides et Sapio 2007, 2008) et un groupe australien consacré à la démocratie et aux Lumières, animés par la même KMT et combinant eux aussi événements synchrones et asynchrones, le nombre de facteurs était respectivement de 64, 82 et 49. D’après 81 applications menées au cours des années 1980, le nombre moyen d’observations nécessaires pour décrire de façon adéquate un problème complexe est de 64 (Warfield 1995). Le nombre accru de facteurs dans ce co-laboratoire de relance du processus de paix peut s’expliquer par deux raisons. La première pourrait être que la frustration des personnes participantes face au statu quo actuel se traduit par un effort accru pour comprendre la situation afin d’explorer des moyens de sortir de l’impasse.
La seconde raison pourrait tenir au fait que la plupart des personnes participantes connaissaient très bien la situation et avaient donc beaucoup d’idées à apporter. Bien sûr, on pourrait aussi soutenir que le problème, tel qu’il se présente aujourd’hui, est plus complexe que dans sa version de 1994. L’indice de complexité situationnelle, présenté plus haut, est de 17,5 pour ce co-laboratoire, contre des valeurs bien plus faibles pour tous les autres co-laboratoires du tableau comparatif 1. Outre le nombre d’idées produites, l’étendue de ces facteurs était elle aussi assez grande. Les facteurs ont été répartis en 20 catégories distinctes. Ces catégories couvraient des questions sur tout un spectre sociologique, du technique et logistique au culturel et/ou psychologique profondément enraciné. Le Spreadthink était de 47 %, signe que le degré d’accord entre les personnes participantes est en réalité plus faible qu’on ne l’aurait attendu (d’autant qu’on pourrait critiquer la validité globale de cette étude, puisque toutes les personnes participantes étaient des personnes reconnues pour leur engagement en faveur de la paix). Il est également intéressant d’observer que leur désaccord est plus élevé que dans les deux études antérieures (où il était de 27,4 % et de 37,8 respectivement pour les CG et les CT). Dans les travaux antérieurs, il existait aussi une différence importante entre CG et CT, le désaccord étant plus marqué au sein du groupe CT. Que le Spreadthink global de la présente étude soit supérieur à ces deux valeurs doit néanmoins être pris comme un signal d’alarme : les personnes participantes manifestent un grand degré de désaccord entre elles. C’est une raison supplémentaire pour laquelle d’autres SDDP associant d’autres groupes pourraient éclairer davantage le problème et aider les Chypriotes à converger vers un consensus plus large.
Tableau 1 — Comparaison des descripteurs scientifiques de différents co-laboratoires
Le tableau compare le nombre total d’idées produites, le nombre de regroupements, le nombre de couches de la carte, l’indice de complexité situationnelle (CSI) et le Spreadthink (ST) de ce co-laboratoire avec cinq autres. Pour l’interprétation des données, se reporter au texte.
Les causes profondes dominantes, dans la couche la plus profonde (couche 7), semblent être :
Facteur 72 : Les médias, marionnettes des partis politiques, et
Facteur 47 : les intérêts personnels et financiers de la classe politique et des gens ordinaires des deux côtés
Fait intéressant, des facteurs semblables étaient apparus comme causes profondes douze ans plus tôt, lorsque le CRTG avait mis en œuvre le SDDP pendant neuf mois pour étudier pratiquement la même question (annexe 1). La question déclenchante de 1994 était : « Quels sont les obstacles auxquels nous devons faire face en nous engageant dans nos efforts de construction de la paix à Chypre ? » Par exemple, dans la communauté chypriote grecque, il s’agissait de C36 : existence d’une culture de l’affrontement propagée par les médias de masse, et dans la communauté chypriote turque de F42 : intérêts économiques individuels au maintien du statu quo. Rapprochés des facteurs de la couche VI,
Facteur 18 : Les responsables de chaque côté ne veulent pas partager le pouvoir
Facteur 58 : Affaiblissement des ONG dans le nord de Chypre, ONG faibles dans le sud, qui sont réprimées
ces facteurs autorisent à conclure que les plus grands obstacles se situent toujours du côté des responsables politiques et des médias. Savoir si cela tient à une idéologie ou à une ligne politique différente, ou simplement au fait de faire passer des intérêts personnels avant le bien commun, et/ou à la corruption politique, est une question qui demande davantage d’analyse et de discussion. Par exemple, le président de la République de Chypre, M. Tassos Papadopoulos, a été accusé par ses adversaires d’avoir appelé à voter « NON » au référendum en partie parce qu’un « OUI » lui aurait coûté son poste de président. Au moins un ouvrage soutient que, pour justifier son choix et détourner l’attention du public, il a accusé ses adversaires d’avoir reçu des fonds de l’ONU et des États-Unis4 pour faire subir un lavage de cerveau au public afin qu’il accepte le plan Annan (Droushiotis 2005). Les médias ont emboîté le pas à la diabolisation des ONG inaugurée par le Président. Même la diplomatie onusienne n’a pas répondu aux accusations du Président à son encontre et s’est abstenue de soutenir la société civile pour éviter l’escalade. Tout aussi décevante a été la réponse ambivalente du parti de gauche AKEL : ce pionnier historique du rapprochement est resté un observateur pathétique ; son secrétariat général a soutenu le Président, tandis que sa communication officielle s’est contentée de déclarations timides en faveur de la société civile, simplement pour prendre date au cas où l’histoire chercherait à attribuer des responsabilités. En conséquence, selon la rédaction en chef du journal Politis (Politis, 15/10/2004 et numéros suivants), la société civile, déjà extrêmement faible, a été assassinée.
De la même manière, les adversaires du dirigeant chypriote turc, M. Mehmet Ali Talat, lui reprochent de n’avoir pris aucune initiative concrète pour relancer les négociations de paix pendant la période postréférendaire. Ces adversaires lui reprochent aussi d’avoir, après sa victoire électorale, coupé tous les liens avec les forces politiques qui l’avaient porté au pouvoir, et en particulier avec les personnes qui avaient organisé les manifestations massives contre le régime Denktash. De plus, lorsque des ONG chypriotes turques ont été invitées à participer en tant qu’observatrices au Parlement européen, l’épouse de M. Talat a tenté de les utiliser pour promouvoir leur programme politique de reconnaissance et d’embargo, en leur demandant de refuser de participer sous l’égide de la République, ce qui les privait de l’occasion de défendre les intérêts de la société civile au niveau européen (S. Uludag 2007, communication personnelle). Selon la même source, lorsque l’armée turque s’en prend aux ONG dans le Nord (par exemple les attaques contre les activités de l’ONG ENORASIS dans le Nord), les autorités suivent au lieu de se lever pour défendre leur population. Du fait de l’affaiblissement et de la diabolisation de la société civile, lorsque des ONG d’une communauté cherchent des partenaires dans l’autre, elles n’en trouvent pas.
En conclusion, l’observation des personnes participantes au présent co-laboratoire, selon laquelle la classe politique (comme des gens de tous horizons) accorderait plus de valeur à ses intérêts personnels et financiers qu’au bien commun et à la résolution du problème chypriote, n’est peut-être pas injustifiée. Cet argument prend plus de poids encore si l’on considère la confusion qu’elle entretient sur ce que chaque partie cherche réellement à obtenir. Créer la confusion semble être une stratégie délibérée : proposer des solutions irréalisables ou inapplicables ; dire une chose et en sous-entendre une autre. La culture destructrice de l’affrontement propagée par les médias de masse (cause profonde dans les cartes de 1994 ; annexe 1) contribue certainement à détourner la population de l’objectif de réunification de l’île. Il est intéressant de noter que les groupes jugés plus vulnérables à la propagande des médias (les jeunes, la population féminine et les personnes les moins instruites) ont davantage voté « NON » au référendum, manifestent des niveaux plus élevés de nationalisme et de racisme, et adhèrent moins que d’autres groupes à la solution fédérale ou à la réunification de l’île (voir les détails ci-dessous). La découverte faite dans ce co-laboratoire a orienté les personnes engagées pour la paix dans la bonne direction. Plusieurs projets visant les médias ont vu le jour. Au moment de la publication de ce rapport, au moins deux grandes initiatives consacrées aux médias ont été lancées. La première, intitulée « New media landscape now », vise à aider un ensemble de journalistes progressistes, de longue date ou en début de carrière, ainsi que des activistes des médias des deux côtés, à imaginer un paysage médiatique idéal dans une Chypre unie. Le rapport de ce travail est consultable en ligne (NML Wiki Report 2008). La seconde initiative vise davantage la création de médias communautaires. Des personnes représentant sept ONG se réunissent régulièrement pour tenter de s’accorder sur une stratégie de création d’un centre des médias répondant à leurs besoins. L’ONU a été sollicitée pour financer l’initiative. Les perspectives de ces deux initiatives sont jugées assez prometteuses.
La plupart des débats publics télévisés et des articles de presse vont dans le sens de la thèse selon laquelle même le statu quo actuel est préférable à un règlement risqué. Une enquête réalisée deux semaines après le référendum (Christophorou et Webster 2004) a montré que la réunification n’était la solution préférée que d’une courte majorité de 51,4 % de la population chypriote grecque. Plus inquiétant peut-être, 28,2 % des Chypriotes grecs choisissaient la division de l’île, soit sous la forme du maintien de la situation actuelle, soit sous celle de deux États séparés. Plus surprenant encore, la division permanente était défendue par les groupes les plus jeunes (18-24 ans et 25-34 ans), à 41 % et 35,4 %, tandis que le soutien le plus faible à la séparation était exprimé par le groupe le plus âgé, celui des 55-65 ans (10,2 %). Des proportions élevées de personnes ayant fait des études secondaires (30,9 %), vivant à Limassol (34,3 %) et dans les zones rurales (33,5 %) choisissaient la division de l’île.
En somme, le maintien du statu quo actuel semble aggraver la situation, et la population juge, pour la première fois dans l’histoire de l’île, la situation actuelle satisfaisante. La population se sent « bien » ainsi et ne voit pas pourquoi elle devrait agir pour changer les choses (facteur 12, couche III : le confort des deux communautés). Dans le même temps, elle ne perçoit aucun risque d’aggravation dans un avenir prévisible. L’une des raisons pourrait être que la population a soudain compris qu’on attendrait d’elle des changements majeurs dans sa vie. Par exemple, certaines personnes devraient travailler et vivre avec une autre communauté ; la classe politique devrait apprendre à partager le pouvoir ; avec l’unification, il faudrait partager les ressources, et la vie pourrait devenir moins confortable ; pour obtenir ce qu’on possédait de l’autre côté, il faudrait renoncer à ce qu’on a maintenant, etc. Pour la communauté CG en particulier, les évolutions de fait la convainquent qu’elle ne pourra jamais vraiment récupérer ses biens, ce qui la rend indifférente (p. ex. facteur 60, couche IV : l’aménagement massif de biens chypriotes grecs dans le nord de Chypre, et le facteur de la couche III : la formalisation du processus de passage). De même, dans le Nord, la population a le sentiment que, malgré tous ses efforts, le but recherché reste lointain. Le mode de vie est confortable tel qu’il est, et une croyance largement partagée veut que ce soit là la solution. Beaucoup de gens choisissent tout simplement, délibérément et consciemment, de ne plus s’en soucier.
La « taïwanisation » du Nord est déjà en cours. Au moment de la publication, nombre des énoncés et des craintes exprimés lors des co-laboratoires sont devenus réalité. Deux facteurs du regroupement « Cimenter la division » sont parvenus aux niveaux II et IV de la carte des obstacles. Pourtant, nous n’avons toujours pas d’idée claire de la façon dont la population se représente l’économie du règlement. Par exemple, sur la question foncière, on craint toujours que les prix baissent à Paphos (dans le sud) ou augmentent dans les zones du nord. La communauté CT se précipite pour tirer profit, même à court terme, des biens CG dans le Nord, ce qui complique encore le problème. Ces spéculations n’aident pas. Ce que la population ne comprend pas, c’est que la concurrence est mondiale et ne se joue pas entre le Nord et le Sud. Ce n’est pas Paphos contre Kyrenia ; c’est Chypre face aux îles Canaries. Les valeurs élevées des biens dans le Sud pourraient servir une négociation dans laquelle CG comme CT manifesteraient une préférence pour des biens dans le Nord, parce qu’il serait plus facile de les indemniser. D’autres soutiennent que l’idée qu’une solution ferait baisser les prix n’est qu’un mythe.
Deux facteurs se sont hissés juste sous le sommet de la carte d’influence. Il s’agit de :
Facteur 100 : L’enseignement officiel des deux côtés
Facteur 99 : L’implication de la Turquie
Ce résultat était probablement attendu. La raison en est que les facteurs 100 et 99, au moins, sont hors de portée et dépassent les capacités non seulement des personnes participantes à ce co-laboratoire (et des autres personnes militantes de la paix au sein de la société civile), mais probablement aussi de nombreuses autres parties prenantes. Autrement dit, que « l’implication de la Turquie » ne soit pas apparue comme une cause profonde ne doit pas être interprété à tort comme si elle n’en était pas une. Nul ne peut prétendre qu’un acteur ou une action issus de Chypre pourraient changer radicalement « l’implication de la Turquie », du moins dans un avenir prévisible. Les influences négatives produites par le « système éducatif officiel » des deux côtés sont probablement plus tangibles, mais là encore, il s’agit de quelque chose qu’on ne peut transformer en peu de temps. Il est intéressant de noter que, dans l’enquête de Christophorou et Webster (2004), la solution fédérale n’était approuvée que par 7,5 % du groupe le plus jeune, tandis que les 45-54 ans (20,9 %), les personnes ayant fait des études supérieures (17,0 %), celles de niveau socio-économique plus élevé (21 %) et les hommes (17,6 %) présentaient les taux les plus hauts. Ce constat est un défi pour les personnes qui travaillent dans l’éducation. La situation pourrait être différente des deux côtés. Par exemple, on pourrait soutenir que la communauté CT aurait davantage de moyens de changer son système éducatif, parce qu’elle dispose d’une large majorité au Parlement et que ce système a une histoire plus courte. Dans le même temps, toute tentative de changement se heurterait très probablement à la résistance du gouvernement turc et/ou de l’armée turque. Un exemple récent en est l’intervention du régime de M. Talat pour reporter l’initiative d’un groupe d’étude travaillant à la mise à jour des manuels d’histoire. Le tableau est différent dans la communauté CG. Un processus officiel visant à transformer entièrement le système éducatif a récemment été lancé. Même si ce processus concerne l’ensemble du monde éducatif et ambitionne de hisser le système éducatif du pays aux normes européennes, il ne tient pas suffisamment compte des aspects qui touchent directement à la relation entre les deux communautés. Il viole aussi des principes éthiques fondamentaux ainsi que la loi de l’action requise, puisqu’il n’associe pas les personnes dont la vie sera affectée à un dialogue authentique et sincère (voir ci-dessous ; voir aussi Laouris et al. 2008). Néanmoins, le simple fait que le nouveau programme mette l’accent sur le multiculturalisme, joint au fait que le ministère de l’Éducation a déclaré 2008 année de l’éducation multiculturelle, donne certainement aux personnes pionnières de l’éducation à la paix les moyens d’agir. Le processus de transformation de l’éducation pourrait s’avérer utile, par exemple, pour les personnes qui s’efforcent de mettre à jour les manuels d’histoire en en retirant la haine et les références qui ne correspondent pas à des faits réels. Toutefois, là encore, les évolutions dans ce domaine sont relativement lentes, la volonté politique du gouvernement actuel n’est pas si évidente, les parties prenantes ne participent pas au processus et le rôle des personnes engagées pour la paix est limité. C’est pourquoi l’équipe de recherche recommande l’application de la technologie SDDP, en particulier lorsqu’il s’agit de transformer le système éducatif. En fondant ses arguments sur la logique et l’éthique de la conception décrites par le professeur Bela H. Banathy (2000)5, sur l’axiome d’Özbekhan6 et sur la loi de l’action requise7 (Laouris et al. 2008), l’équipe met actuellement en œuvre plusieurs SDDP dans lesquels des personnes enseignantes, des élèves, des parents et des technocrates du ministère de l’Éducation travaillent ensemble à imaginer les écoles idéales de demain (Wittig et Laouris 2008).
Les facteurs situés au sommet de l’arbre sont généralement de toute évidence importants, mais moins influents. Par exemple, le facteur 1, « L’absence d’espoir porté par une vision claire d’un avenir uni », ferait un beau titre pour la carte. Lors du vote, il est arrivé deuxième pour le nombre de voix reçues. C’est un bon exemple de l’effet des priorités erronées : des facteurs qui reçoivent beaucoup de voix se révèlent, lorsqu’ils sont jugés collectivement, ne pas être les plus influents. Si nous devions agir sur les obstacles qui ont reçu le plus de voix, nous ne pourrions pas progresser. La méthode SDDP permet de découvrir les causes profondes réelles. Elles servent de points de levier optimaux. Toute action qui s’attaque à ces obstacles est la plus efficace.
Il n’est pas surprenant que le facteur 1 se soit hissé au sommet de la carte. Les personnes participantes à ce co-laboratoire avaient déjà élaboré une vision il y a plus de dix ans. Leur engagement continu dans le travail pour la paix montre à l’évidence que cette vision partagée les guide depuis. Elles ne voient donc pas l’absence d’une « vision claire d’un avenir uni » comme un obstacle influent. Elles savent que, sans vision, on perd aussi toute motivation (d’où le facteur 6, l’absence totale de toute incitation à œuvrer pour la paix et la réunification).
À première vue, il était assez surprenant que les idées suivantes restent dans la couche supérieure, et n’aient donc pratiquement aucune influence :
Facteur 6 : L’absence totale de toute incitation à œuvrer pour la paix et la réunification
Facteur 7 : Le fait qu’au sein de la société CG, les personnes engagées dans des activités pour la paix soient stigmatisées comme traîtres
Facteur 8 : Le recul du soutien étranger aux initiatives des personnes qui bâtissent la paix
Facteur 10 : Les personnes dotées d’esprit critique se sont retirées du processus
Le facteur 7 (le fait qu’au sein de la société CG, les personnes engagées pour la paix soient stigmatisées comme traîtres), le facteur 10 (les personnes dotées d’esprit critique se sont retirées du processus) et le facteur 8 (le recul du soutien étranger aux initiatives des personnes qui bâtissent la paix) sont des conséquences inévitables de la situation problématique ; ce ne sont pas des causes profondes. Avec l’absence complète de toute initiative de paix sur le terrain et la victimisation de quiconque s’implique dans des projets de paix, il est tout naturel que les relations intergroupes disparaissent elles aussi (c’est-à-dire le facteur 26).
On pourrait soutenir que des figures pionnières de la paix comme celles qui ont participé à cette étude et proposé ces idées auraient voté précisément pour ces quatre idées comme décisives pour toute tentative de relancer le processus de paix. Nous prolongeons donc la discussion sur ce point. En prenant le résultat au pied de la lettre, on peut affirmer que l’absence d’incitation à œuvrer pour la paix, le fait que, surtout dans la société CG, les personnes engagées soient stigmatisées comme traîtres, et le recul du soutien étranger n’ont absolument aucune influence sur l’impasse actuelle. Autrement dit, même si ces obstacles disparaissaient de la scène, le problème chypriote ne progresserait pas de façon notable. Ce raisonnement est compatible avec le fait que toute la vie politique de l’île est actuellement dominée par les positions de la ligne présidentielle. Fait intéressant, si l’on avait interrogé individuellement ces mêmes figures de la paix, certaines auraient accordé une importance écrasante aux facteurs ci-dessus (réf. : communication personnelle avec des spécialistes de l’ONU ayant mené de tels entretiens). Il est tout naturel que certaines personnes incriminent l’absence d’incitations (facteur 6) et de soutien étranger (facteur 8). Ces points de vue personnels biaisés sont le fruit de leur frustration. Toutefois, lorsqu’elles travaillent collectivement à construire un arbre d’influence, la sagesse collective l’emporte. Le groupe ne considère pas ces facteurs comme suffisamment influents. La méthodologie SDDP de construction de l’arbre d’influence permet de mobiliser les points de vue et l’esprit critique de nombreuses personnes pour déterminer quels sont les obstacles premiers. Il est très important que les acteurs engagés dans un dialogue de groupe restent attachés à apporter des idées et des réflexions non biaisées. C’est d’ailleurs tout à l’honneur des personnes participantes à ce co-laboratoire de ne pas avoir désigné les facteurs 6 et 8 comme causes profondes. Un parallèle intéressant tient à l’observation que, dans les années 1994-1997 aussi, le travail des figures pionnières de la paix s’est déroulé dans un environnement d’absence totale d’incitations. Non seulement leurs efforts courageux n’avaient aucune possibilité de soutien financier, mais la société dans son ensemble les considérait déjà comme des traîtres. Une différence pourrait tenir au fait qu’aujourd’hui, après les accusations publiques selon lesquelles des personnes engagées pour la paix auraient été rémunérées pour promouvoir le OUI lors du référendum, leur travail pour la paix ne peut plus se faire dans l’ombre. On pourrait toutefois y voir un avantage de l’époque. Cela oblige toutes les personnes intéressées et engagées dans l’effort de mettre les deux communautés en dialogue continu et constructif à travailler plus en transparence, et à affronter les réactions des personnes aux points de vue opposés et à y répondre. Une autre différence est que, les années précédentes, divers diplomates souhaitaient rencontrer des figures pionnières de la paix, écouter leurs idées et leur apporter un soutien moral. Aujourd’hui, parce que la ligne politique dominante du gouvernement est hostile à ces initiatives, les diplomaties étrangères se retiennent d’approcher les personnes engagées pour la paix et de travailler avec elles, pour éviter tout malentendu et/ou toute attaque du gouvernement. Cela rend bien sûr le travail des personnes qui bâtissent la paix plus difficile encore.
L’année 2004 a été un jalon majeur de l’histoire récente de Chypre. La classe politique et l’opinion publique n’ont pas réussi à mettre fin à leur longue lutte pour la paix, la coexistence et la croissance dans le cadre européen. Elles n’ont pas non plus réussi à montrer la voie à l’échelle mondiale en innovant dans la manière de parvenir à la paix. Si Chypre avait réussi à résoudre son problème par un processus combinant négociations de paix politiques et contributions et participation de la population, l’ONU aurait été considérablement renforcée pour mener des actions analogues dans d’autres régions du monde. Les raisons de l’échec du processus doivent être cherchées à différents niveaux, et d’abord (a) à l’ONU elle-même, (b) du côté des directions politiques à Chypre, en Turquie et en Grèce, et (c) chez les personnes pionnières de la paix elles-mêmes. Le présent co-laboratoire a surtout traité, et donc mis au jour, des problèmes situés soit au sein de la direction politique chypriote et de ses médias, soit dans la société civile au sens large. Nous limitons donc notre discussion et nos recommandations à ce dernier ensemble.
Jusqu’à récemment, le camp Papadopoulos, soutenu par des groupements nationalistes CG et par le chef de l’Église orthodoxe grecque de Chypre, propageait l’idée que le statu quo était une solution préférable au plan Annan. Toutefois, la propagande de M. Papadopoulos selon laquelle, après le « NON » au référendum, il parviendrait à retourner la situation et à présenter à la population CG une proposition nettement meilleure que le plan Annan s’est révélée être à tout le moins une erreur historique d’appréciation. La manière dont évoluent, devant les juridictions européennes, les aspects juridiques de la question foncière montre en particulier clairement que le statu quo n’est pas une situation acceptable. La population comprend que ce qu’on lui a promis n’est pas en train de se réaliser. Le Président a demandé à la population de lui donner un « NON » pour se battre en faveur d’une meilleure proposition. Il a présenté le problème comme un problème purement juridique. Il découvre à présent que le droit peut aussi jouer en faveur des CT. Par exemple, Mike Tymvios, propriétaire de l’établissement Acapulco et de nombreuses parcelles à Karavas et à Lapithos, se voit aujourd’hui promettre des terres à Larnaca (affaire Tymvios 2003), et les analystes estiment que le gouvernement chypriote devra se conformer aux décisions de la juridiction européenne. Pendant des années, les CG ont eu le sentiment d’avoir le droit de leur côté. Avec l’effondrement de la diplomatie et des arguments de M. Papadopoulos, la population (surtout les personnes déplacées) se retrouve sans autre choix que de prendre son destin en main. Si l’agenda politique ne change pas très vite, les Chypriotes se retrouveront dans une situation où CT et CG se traîneront mutuellement devant la juridiction européenne pour résoudre le problème chypriote, et où l’UE jouera un rôle négatif sans en avoir l’intention. Il devient évident que l’« européanisation » ne résoudra pas à elle seule le problème chypriote. Le problème doit être traité dans un cadre politique.
Des analystes politiques expliquent que la partie CT doit comprendre qu’un second État dans l’île n’est encore à l’ordre du jour d’aucune institution extérieure à Chypre. De plus, la Turquie ne soutiendra pas une île à deux États, parce qu’une telle évolution ouvrirait la porte aux Kurdes et aux Arméniens. Le Kosovo, le Kurdistan, la Palestine, la Belgique et la Moldavie sont plus haut que Chypre sur la liste. En l’état actuel, la communauté internationale n’envisagera de solution à deux États ni à Chypre ni dans aucune autre région. Dans l’intervalle, certaines analyses affirment aussi que la Turquie vise à atteindre une population de 650 000 personnes dans le Nord pour égaler le Sud. Les CT sont aujourd’hui 89 000. En 1972, ils étaient 72 000, en raison d’un exode incroyable. Combien resteront dans l’île si la situation continue de se dégrader ?
Avec le paradigme politique actuel, les figures extrémistes d’un camp sont en effet portées au pouvoir par les extrémistes de l’autre, dont elles servent les intérêts. C’est ce qu’illustre le fait qu’un groupe bicommunautaire de personnes participantes ait abouti à cette combinaison particulière de causes profondes : même si la classe politique et les médias ont en théorie des positions et des programmes politiques complètement « opposés » de part et d’autre de la ligne verte, les uns et les autres agissent en synergie pour creuser le fossé entre les deux communautés, et par conséquent la division de l’île. La leçon de ce travail est donc que si la population de Chypre avait davantage d’occasions de participer à des séances de dialogue structuré semblables, elle pourrait reconnaître que les différences ne passent pas entre CG et CT mais entre des idéologies différentes. Par conséquent, l’ennemi ne devrait pas être un groupe particulier mais une idéologie particulière. De même, si la classe politique avait la possibilité de participer à des SDDP aux côtés de gens ordinaires, elle serait confrontée à des vérités dérangeantes. Cela pourrait l’amener à mesurer le besoin pressant de communiquer de l’empathie. Notre recommandation d’organiser d’autres SDDP au sein de groupes divers pourrait contribuer à créer un nouveau paradigme dans l’infrastructure sociale de la société.
Actuellement, les représentants des deux communautés soit évitent complètement les rencontres, soit accueillent toute initiative avec beaucoup de suspicion. Ils ne définissent pas le problème comme un problème qu’ils doivent résoudre ensemble. La dichotomie nous contre eux s’impose comme un stéréotype puissant dans toute leur pensée. Une culture du nationalisme et du racisme domine la vie quotidienne. Par exemple, la partie CG parle d’une solution depuis des décennies, mais n’a jamais rien fait pour bâtir la culture nécessaire à une solution, que ce soit au niveau du système éducatif, du monde des médias ou de la société dans son ensemble.
Si Chypre doit parvenir à un règlement, il faudra une confiance mutuelle non seulement entre les communautés, mais aussi au sein de chacune d’elles. Par exemple, le parti de gauche, l’AKEL, ne fait pas confiance au parti de droite, le DISY, ou la ligne dure ne fait pas confiance à la ligne modérée. Les franges dures des deux côtés travaillent plus étroitement et plus facilement ensemble qu’avec les franges modérées de leur propre communauté. Comme cela se construit au niveau des directions, cela s’étend à un manque plus général de culture de la coexistence. Nous avons à la place une culture du nationalisme. L’organisation de séances de dialogue structuré serait donc très utile, y compris si elles étaient mises en œuvre au sein d’une seule communauté.
Disposer d’une vision forte et largement partagée est une condition nécessaire pour les populations et leurs responsables qui osent s’engager sur la voie de l’avenir. L’élaboration de la carte de vision partagée en 1995 (non présentée dans cette publication ; cette carte a été créée de façon bicommunautaire par le CRTG après l’élaboration de ses cartes des obstacles respectives présentées à l’annexe 1 ; Broome 1996) a servi d’inspiration et de feuille de route pour assurer l’engagement et la persévérance à long terme de nombreuses personnes animatrices, qui ont fini par créer, pour des milliers de personnes, des occasions de rencontrer des gens de l’autre côté et de s’engager avec ces personnes dans un dialogue authentique (voir la carte des groupes bicommunautaires à l’annexe 2). Ce processus a abouti à la création d’une société civile embryonnaire, qui avait le sentiment de s’approprier le mouvement pour la paix et qui a ensuite adhéré aux initiatives de l’ONU. Les figures pionnières CT de la paix ont apporté une démonstration bien plus forte encore de la puissance que peut exercer un tel énoncé de vision. La Plateforme de vision commune au sein de la communauté chypriote turque, fondée sur une vision bien définie et partagée, a été la principale force de mobilisation qui a encouragé plus de la moitié de la population à participer à des manifestations de rue. Que le besoin d’une « vision claire d’un avenir uni » (facteur 1) ne soit pas apparu comme une cause profonde ne doit pas être mal compris. Comme on l’a expliqué plus haut, ce groupe précis n’estimait pas que l’absence d’une telle vision soit responsable de l’impasse actuelle, parce que (a) ses membres partagent déjà une vision forte et (b) le groupe jugeait que les intérêts de la classe politique et des médias (et les intérêts des gens ordinaires) étaient les principaux obstacles dans le climat politique négatif actuel. Dans le même temps, les parcours de vie des personnes participantes montrent clairement qu’un processus de paix guidé par une vision claire, forte, inspirante, réaliste et riche de l’avenir de Chypre a plus de chances d’aboutir à une solution viable.
En conclusion, l’équipe de recherche formule les recommandations suivantes :
La population de Chypre n’a pas su relever le défi et saisir l’occasion de la réunification. De nombreux travaux, y compris les résultats de cette étude, situent une responsabilité importante du côté de la direction politique CG. Si l’on s’abstient de lui prêter des motifs inavouables, elle n’a pas su exercer son rôle de direction. Son argument principal portait sur la faisabilité et la viabilité de la solution proposée. Comme le soutient Bob Anderson dans son ouvrage magistral Mastering Leadership, « …les leaders devraient viser ce résultat malgré toutes les raisons pour lesquelles ce choix pourrait ne pas sembler faisable. Faire ce choix est l’acte fondamental ; tout le reste en découle. » C’est exactement ce que le grand penseur des systèmes Hasan Özbekhan affirmait dans les années 1970, dans sa théorie de la planification comme dans sa proposition au Club de Rome. Selon ces auteurs, la faisabilité tue l’idéalisation, parce qu’elle pousse les gens au compromis avant qu’ils idéalisent. Anderson ose affirmer : « Le choix est un saut. Il signifie accepter en un instant tous les risques qu’implique la poursuite de ce choix. Il signifie renoncer au besoin de savoir comment et faire confiance au fait que le comment créatif se découvrira en chemin. » Hasan appelait cela la « volonté d’agir ». Bien sûr, cela suppose qu’une direction politique en place maîtrise le style de leadership transformationnel. La classe politique, comme les gens de tous horizons, peut se trouver à court d’idées. Elle peut s’épuiser face à des événements et à des idées qu’elle ne parvient plus à comprendre, à prévoir ou à maîtriser. Lorsqu’elle se retrouve dans une situation aussi désagréable, elle peut choisir de régresser vers la répétition incantatoire de ses idées fondatrices les plus primitives et les plus apaisantes. Dans le cas de Chypre, les arguments en faveur du « NON » au référendum puisaient largement leurs racines dans des scénarios et une logique politiques des années 1960. De tels comportements (probablement inconscients), qui visent à éviter et à rejeter l’inconnu en recourant aux rituels et aux croyances fondamentales des décennies précédentes, nous rappellent la danse des esprits, une danse rituelle des Indiens sioux8, qui croyaient que leur danse pouvait ressusciter leurs ancêtres, lesquels viendraient à leur secours. On pourrait relever de nombreuses occurrences de la danse des esprits dans les discours, les entretiens et les débats des responsables politiques CG pendant les périodes qui ont précédé et suivi le référendum.
Non seulement la classe politique chypriote, mais aussi l’ONU et d’autres instances qui ont travaillé pour la paix à Chypre entre 2000 et 2004 ont de toute évidence commis de terribles erreurs, qui n’ont pas seulement privé Chypre d’un avenir brillant et pacifique. Même si on leur a reproché le contraire, elles n’ont en réalité pas offert à la population sur le terrain de véritables occasions de participer au processus. Comme on l’a expliqué plus haut, le nombre d’ateliers de résolution des conflits et d’autres occasions d’interaction au sein de la société CG9 était presque négligeable et n’a pas touché la masse de la population. De plus, lorsque les franges dures s’en sont prises aux personnes engagées pour la paix, rien n’a été fait pour les soutenir. « Ce ne sont pas seulement le président CG, Tassos Papadopoulos, et son régime qui ont assassiné la société civile et les personnes engagées pour la paix, a déclaré Paraschos ; l’ONU a fait involontairement presque la même chose. » Il est plutôt heureux qu’au moment de la publication de cet article, le climat général ait commencé à changer. Le président nouvellement élu, Demetris Christofias, a réussi à réactiver le processus et à ranimer les espoirs. Avec le dirigeant CT Mehmet Ali Talat, il est convenu d’engager des négociations par l’intermédiaire de 12 à 14 comités techniques travaillant en parallèle10. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a repris la formule des figures pionnières de la paix : « un règlement trouvé par les Chypriotes pour les Chypriotes ! » (Laouris et Anastasiou 1998). Les diplomaties européenne, britannique et états-unienne ont emboîté le pas au mantra de l’ONU en soulignant que ce nouveau processus serait décidé « par les Chypriotes pour les Chypriotes ». C’est la première fois que la voie diplomatique officielle (Track I) emploie cette terminologie. Il est fondamental de veiller à ce que toutes les parties prenantes soient associées à un dialogue authentique et sincère, car leur exclusion n’est pas seulement contraire à l’éthique : elle compromettrait aussi le succès de tout effort. Construire les ponts nécessaires pour atteindre la destination finale de la paix et de la réconciliation, avec l’appui collectif de méthodes de dialogue et de communication fondées scientifiquement comme le SDDP, garantira que la volonté du peuple, par le peuple et pour le peuple, devienne la nouvelle réalité.
Ce travail n’aurait pas été possible sans la participation enthousiaste des 24 personnes chypriotes et des 2 personnes des États-Unis engagées pour la paix, qui ont chacune investi au moins 10 h, et en particulier des figures pionnières de la paix qui ont accepté de partager la sagesse acquise en dix ans de travail intensif pour la paix. La dernière phase de ce travail a été en partie financée par une subvention accordée à la Cyprus EU Association par le programme USAID/PNUD à Chypre. Des remerciements particuliers vont à l’antenne internationale de l’équipe de gestion des connaissances, et en particulier à Ken Bausch, Roy Smith, Vigdor Schreibman et Diana Connaway, pour toutes leurs suggestions et critiques constructives et pour avoir eu la patience de participer aux phases synchrones des ateliers au moyen des diverses technologies mises à l’essai ; merci aussi tout particulièrement à Ron Fisher et à Diana Chigas pour leurs commentaires constructifs sur une version antérieure de cet article. L’équipe remercie enfin les personnes participantes au co-laboratoire pour leurs précieux commentaires et contributions pendant la préparation de cet article, CWA Ltd pour avoir mis à disposition son logiciel propriétaire Cogniscope pour ces ateliers, et Golden Telemedia Ltd pour ses services de conférence téléphonique.

Le CRTG est représenté au centre par un rectangle vertical brun (intitulé « Trainers ») (figure 5). Les nouveaux groupes créés par des membres du CRTG à la suite de leur invitation publique « Agora/Bazar » sont représentés par des rectangles verticaux orange. Chaque groupe, au total une quarantaine, comptait autant de CT que de CG. Vingt-quatre groupes ont été formés, dont certains ont ensuite donné naissance à plusieurs groupes dérivés (représentés par de fins rectangles verticaux). Au total, plus de 2 000 personnes ont été initiées aux notions de résolution des conflits et de dialogue structuré. Ce sont surtout les membres de ces groupes qui ont financé leur formation et les activités correspondantes. La Commission Fulbright et son directeur exécutif, M. Daniel Hadjittofis, ont fourni des locaux, un soutien logistique et de l’inspiration. Même si l’ONU et de nombreuses missions diplomatiques étrangères ont soutenu moralement ces efforts, elles n’ont pas pu dégager des fonds au moment où il le fallait. Un fonds du PNUD, fourni par l’intermédiaire de son projet UNOPS, n’a été disponible qu’en 2000, lorsque tout ce mouvement était pratiquement épuisé. Toutes les réunions et activités ont été interdites en décembre 1997. Seuls le forum bicommunautaire, le magazine pour la paix « Hade », le projet de communication assistée par la technologie « tech4peace », un groupe de coordination et quelques groupes de citoyens sont restés actifs. Les 1 000 CT qui ont eu l’occasion de participer ont réussi à créer une dynamique au sein de la communauté CT, cinq fois moins nombreuse. Les personnes qui n’ont pas eu cette occasion (la grande majorité, dans le sud) sont devenues méfiantes, puis hostiles à l’initiative.

Ce calendrier des étapes et des événements sert à illustrer non seulement l’enchaînement des processus, mais aussi la durée investie dans chaque sous-processus, le type de communication (physique ou virtuelle) utilisé et le but de chaque événement. Les lignes sont désignées dans le texte comme des phases. La deuxième colonne donne la date de l’événement, la troisième une brève description du but, la quatrième des détails sur la participation, les technologies utilisées et les conditions générales applicables. La dernière colonne donne une estimation du temps approximatif investi dans chaque phase. De la date où l’initiative a été imaginée et décidée jusqu’à la fin des ateliers et la production des rapports complets, le processus a pris moins de 23 h, réparties sur environ trois mois. Le total des heures-personnes investies dans le projet a dépassé 218 (calculé comme le temps total investi par toutes les personnes impliquées) (tableau 2).
Tableau 2 — Calendrier des principales étapes et des principaux événements
Sur 120 facteurs, 47 ont reçu une voix ou plus. Les personnes participantes n’ont réussi à structurer que 20 facteurs. Le Spreadthink est inhabituellement élevé (tableau 3).
Tableau 3 — Hiérarchisation des facteurs (numéro du facteur, nombre de voix)
Complexe Systémique : à retenir
Issu de la recherche-action et non de la clinique, ce texte intéresse pourtant la pratique systémique. On y voit un groupe qui, au lieu de s’en tenir à voter pour ce qui lui paraît le plus important, construit ensemble une carte des influences : ce qui semblait central (le manque de vision, l’absence de soutien) se révèle conséquence, tandis que des facteurs plus discrets (les médias, les intérêts particuliers) apparaissent comme les vrais leviers. Cet « effet des priorités erronées » parle à toute personne qui anime des réunions de famille, de réseau ou d’équipe. L’idée que le conflit oppose des idéologies plutôt que des communautés rejoint aussi la lecture circulaire des escalades symétriques. On gardera cependant de la distance : l’équipe de recherche est partie prenante et commente des résultats qu’elle a elle-même produits, le groupe réunit presque exclusivement des personnes déjà engagées pour la paix, les indices de complexité reposent sur des formules peu discutées, et le texte, écrit à chaud, prend des positions politiques tranchées. À lire avec la vision systémique du conflit israélo-palestinien selon Mony Elkaïm, et avec l’article sur la culture du silence en Irlande du Nord.
Notes de l’original
1 65 % des CT ont voté « oui » au plan Annan, tandis que 76 % des CG ont voté « non ».
2 Malheureusement pour Chypre, le travail de ces figures pionnières n’a jamais été soutenu financièrement de façon directe, ni par l’ONU, les États-Unis ou la communauté internationale, ni par des sources chypriotes. Ce groupe a pourtant imaginé en 1997 le programme de financement qui a ensuite soutenu le travail de nombreuses personnes engagées pour la paix. Il a adressé une demande officielle à l’ONU (lettre des formateurs à l’ONU, 1997, http://www.cnti.org.cy/tfp_Album/HistoricDocuments/slides/TrainersLetterToUN.html), qui a fini par aboutir à la création d’un programme de financement du PNUD mis en œuvre par l’UNOPS (voir le site du PNUD : http://www.undp-act.org/MAIN/default.aspx et le site de l’UNOPS : http://www.undp-unops-pff.org/News.asp?Pg=4&CiD=63&NewID=530). Ce fonds a soutenu des dizaines d’organisations et d’initiatives de la société civile, mais jamais directement les initiatives de ces figures pionnières. Au contraire, après un événement organisé en leur honneur en décembre 1997 (à l’initiative de l’ambassadeur des États-Unis Kenneth Brill, d’autres diplomates étrangers et du directeur exécutif de la Commission Fulbright, Daniel Hadjittofis), certains médias, surtout dans le Nord, leur ont reproché d’en faire « trop pour la paix », poussant ainsi le dirigeant chypriote turc Rauf Denktash à interdire les rencontres bicommunautaires !
3 Il faut toutefois souligner qu’au regard des exigences fixées par l’organisation de cette initiative, la conception de l’atelier a réussi à associer des parties prenantes diverses des manières suivantes : (a) environ la moitié des personnes participantes étaient membres du groupe historique de figures pionnières de la paix connu sous le nom de CRTG, l’autre moitié étant d’autres personnes militantes de la paix ou des personnes beaucoup plus jeunes (d’au moins une génération) ; cette composition se retrouve aussi dans la KMT et parmi les signataires de cet article ; (b) les personnes participantes représentaient les deux communautés, c’est-à-dire qu’elles comptaient à peu près autant de CT que de CG ; les parcours des personnes participantes étaient variés : spécialistes de la théorie, universitaires, personnes représentant des ONG, milieux d’affaires, etc. La conception du SDDP virtuel a permis la participation de personnes qui vivent à l’étranger et se trouvent hors de l’environnement politique actuel. Ce recul leur a permis d’apporter des idées nouvelles et des points de vue non biaisés.
4 Sa déclaration était la suivante : « D’après ce que je lis et ce que j’entends, ceux qui prennent part à de telles activités ne se voient certainement pas [il voulait manifestement dire “délivrer”] tamponner de reçus qui permettraient d’en apporter la preuve. Bien des choses peuvent se déduire des comportements. D’autres peuvent se déduire de l’atmosphère ambiante. » (Cyprus News Agency, 15.10.2004).
5 « Lorsqu’il s’agit de concevoir des systèmes sociaux et sociétaux de toutes sortes, ce sont les usagers, les personnes qui vivent dans le système, qui sont les experts. Personne n’a le droit de concevoir des systèmes sociaux pour quelqu’un d’autre. Le faire est contraire à l’éthique. La conception ne peut pas être imposée par la loi, elle ne devrait pas être achetée à un expert et elle ne devrait pas être copiée sur la conception d’autrui. Si l’on cède le privilège et la responsabilité de la conception, d’autres prendront en charge la conception de nos vies et de nos systèmes. Ce sont eux qui façonneront notre avenir. »
6 « Concevoir des plans d’action pour des systèmes sociaux complexes exige d’engager la communauté des parties prenantes dans le dialogue. Ne pas tenir compte de la participation des parties prenantes est contraire à l’éthique. »
7 Cette loi énonce que « la capacité d’une communauté de parties prenantes à mettre en œuvre efficacement un plan d’action dépend fortement de l’engagement réel des parties prenantes dans sa conception. Si l’on ne tient pas compte de la participation des parties prenantes, les plans sont voués à l’échec. »
8 Le terme désigne une danse rituelle des Indiens sioux censée ressusciter les ancêtres.
9 Les 2 000 à 3 000 personnes qui ont eu l’occasion d’échanger avec des gens de l’autre côté et de bénéficier des valeurs du SDDP et du dialogue authentique ont peut-être compté pour le petit nombre de Chypriotes turcs vivant dans le Nord, mais elles ont représenté un effort tout à fait insignifiant pour le Sud. Au contraire, les personnes qui n’ont pas eu l’occasion de participer sont devenues méfiantes, puis hostiles à l’initiative. Pour l’histoire, il faut redire ici que de nombreuses figures pionnières de la paix ont alerté à plusieurs reprises des responsables de l’ONU et demandé un soutien qui n’a pas été accordé. De nombreuses instances de décision ont même défendu la thèse ridicule selon laquelle les financements devaient aller aux personnes non converties, condamnant ainsi à mort le mouvement pour la paix embryonnaire du Sud.
10 http://www.setimes.com/cocoon/setimes/xhtml/en_GB/features/setimes/features/2008/03/25/feature-01.
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Traduction non officielle en français de Une évaluation systémique de la situation après l’issue négative du référendum à Chypre, par le processus de conception dialogique structurée, par Yiannis Laouris, Marios Michaelides, Mustafa Damdelen, Romina Laouri, Derya Beyatli et Aleco Christakis, Systemic Practice and Action Research, vol. 22, no 1 (2009), doi : 10.1007/s11213-008-9111-y, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, légendes des figures traduites). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « A Systemic Evaluation of the State of Affairs Following the Negative Outcome of the Referendum in Cyprus Using the Structured Dialogic Design Process », publié dans Systemic Practice and Action Research (2009) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Laouris, Y., Michaelides, M., Damdelen, M., Laouri, R., Beyatli, D., et Christakis, A. (2009). Une évaluation systémique de la situation après l’issue négative du référendum à Chypre, par le processus de conception dialogique structurée (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/une-evaluation-systemique-de-la-situation-apres-l-issue-negative-du-referendum-a-chypre (Œuvre originale publiée en 2008 dans Systemic Practice and Action Research, 22(1), 45-75 (2009) ; republiée en 2009 par Systemic Practice and Action Research, https://link.springer.com/article/10.1007/s11213-008-9111-y)
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