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Child and Adolescent Mental Health · Famille
Changer de prénom, de pronoms, de vêtements : la transition sociale de jeunes de genre divers ne se fait jamais en solitaire, elle engage toute la famille. À partir d’entretiens avec quatre jeunes et cinq parents suivis par l’ancien service britannique d’identité de genre (GIDS), l’équipe de Sophie Razzel décrit ce passage comme un processus de résilience familiale, mené par la personne jeune et mis à l’épreuve par l’hostilité de l’entourage, de l’école et parfois des services.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Une théorie ancrée du processus de transition sociale dans le contexte familial, du point de vue de jeunes de genre divers et de leurs parents, par Sophie Razzel, Simon Levinson et Trish Joscelyne, publié dans Child and Adolescent Mental Health (Wiley) (2026), doi : 10.1111/camh.70078, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes et la figure reste en anglais, avec une légende traduite ; les points clés pour la pratique sont placés dans l’encadré du résumé et les déclarations de fin d’article regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
La théorie élaborée explique la transition sociale au sein de la famille comme un processus de résilience familiale mené par la personne jeune.
Sophie Razzel, Simon Levinson et Trish Joscelyne
Résumé
Contexte. Certains jeunes de genre divers (gender diverse young people, GDYP) font une transition sociale, c’est-à-dire un processus par lequel on passe, par des moyens sociaux, d’une vie dans le genre assigné à la naissance à une vie dans un autre genre. Si le rôle de la famille entière dans la transition sociale de ces jeunes a été mis en évidence, on manque de théories applicables et de recherches sur les processus de transition sociale au sein des familles du Royaume-Uni. Cette étude visait à combler cette lacune en construisant une théorie ancrée de la transition sociale des jeunes dans le contexte familial.
Méthode. Nous avons mené des entretiens individuels semi-structurés avec neuf personnes issues de quatre familles britanniques (quatre jeunes de genre divers et cinq parents). Toutes ont été recrutées par l’intermédiaire du service britannique de développement de l’identité de genre (Gender Identity Development Service, GIDS). Les données ont été analysées selon la méthodologie de la théorie ancrée.
Résultats. La théorie élaborée suggère que la transition sociale des jeunes dans le contexte familial est un processus de résilience familiale mené par la personne jeune, par lequel les familles œuvrent pour que celle-ci connaisse davantage d’acceptation et d’appartenance. Ce processus se composait de plusieurs sous-processus adaptatifs et était influencé par des facteurs contextuels. En faisant face aux défis de la transition sociale, et notamment aux réactions non affirmatives, les familles ont gagné en ressources et ont fait progresser la compréhension et la tolérance de leur entourage.
Conclusion. D’autres recherches sont nécessaires, en particulier auprès de familles d’origines raciales différentes, et pour évaluer si le modèle s’applique aux familles sans parent qui affirme l’identité de la personne jeune. Les implications sont examinées au regard des changements récents dans l’offre de soins cliniques au Royaume-Uni et de l’évolution des recommandations dans le domaine éducatif.
Points clés pour la pratique
Ce que l’on savait.
Ce que l’étude montre.
Ce que cela change pour la pratique clinique.
Ces dernières années, le nombre d’enfants et de jeunes de genre divers adressés aux services de santé mentale et aux services d’identité de genre du National Health Service (NHS) au Royaume-Uni a nettement augmenté (Cass Review, 2024). Si l’application d’un cadre diagnostique à cette population peut être perçue comme pathologisante et comme contribuant à des récits victimisants, les jeunes de genre divers courent bel et bien un risque nettement accru de plusieurs atteintes à la santé, notamment davantage d’anxiété, de dépression et de suicidalité (American Psychiatric Association, 2022 ; Horton, 2020 ; Olson-Kennedy et al., 2016).
Jeunes de genre divers (GDYP) est le terme employé dans cette étude pour désigner les enfants et les jeunes dont l’identité, le rôle et/ou l’expression de genre diffèrent de ce que la culture attend à leur égard. Cela peut inclure des jeunes transgenres et/ou non binaires, ainsi que des jeunes d’autres identités de genre (Mermaids, s.d. ; American Psychiatric Association, 2015). L’équipe de recherche tient toutefois à souligner la grande complexité du choix d’un terme pour désigner cette population, et l’importance de l’autodétermination dans le choix des mots. Le terme cisgenre désigne les personnes dont le genre auquel elles s’identifient correspond à celui qui leur a été assigné à la naissance (American Psychiatric Association, 2015).
La Cass Review est une évaluation indépendante récente des services de genre pour enfants et jeunes, commandée par NHS England et NHS Improvement (Cass Review, s.d.). Le rapport intermédiaire a entraîné la fermeture du Gender Identity Development Service (GIDS) et une restructuration des services (Stewart et Palmer, 2024). Ce rapport, comme le rapport final publié depuis, a suscité une forte attention publique, dans un contexte déjà marqué par la controverse et le débat public autour des identités des jeunes de genre divers, contexte qui entourait la réalisation de cette recherche. En outre, en partie à la lumière du rapport intermédiaire Cass, le ministère de l’Éducation (Department for Education) a récemment publié un projet de recommandations non contraignantes à l’intention des écoles et des établissements d’enseignement sur l’accompagnement des enfants « qui s’interrogent sur leur genre » (Department for Education, 2023 ; Department for Education, Badenoch et Keegan, 2023). Bien que ce texte ait été publié après notre collecte de données, il éclaire les implications de l’étude, car il semble encadrer la transition sociale à l’école, et les expériences scolaires occupaient une place saillante dans la transition sociale des jeunes de la présente étude.
Au Royaume-Uni comme ailleurs, beaucoup de jeunes de genre divers qui se présentent dans les services ont déjà fait une transition sociale. La transition sociale peut comprendre le changement de prénom, de pronoms, d’usage des équipements (toilettes, vestiaires) et de vêtements, mais pas la transition médicale, même si ces processus peuvent se dérouler en parallèle (Hall et al., 2024 ; Cass Review, 2024). Il a été suggéré que la transition sociale peut être associée à une réduction de la détresse psychique des jeunes de genre divers, et soutenir la transition sociale a été compris comme relevant des soins d’affirmation de genre (Ehrensaft, Giammattei, Storck, Tishelman et Keo-Meier, 2018 ; Hall et al., 2024 ; Kuvalanka, Weiner et Mahan, 2014). L’ensemble des données sur les liens entre transition sociale et bien-être semble toutefois assez contrasté (Durwood, McLaughlin et Olson, 2017 ; Morandini et al., 2023).
Des recherches antérieures ont montré que les réactions familiales influent fortement sur la possibilité, pour les jeunes de genre divers, de faire une transition sociale (Schimmel-Bristow et al., 2018), et que l’acceptation familiale joue un rôle important dans leur ajustement psychosocial (Pariseau et al., 2019). Soulignant encore cette place centrale de la famille, il a été proposé de penser la transition sociale comme un événement « à l’échelle de la famille » (Bull et D’Arrigo-Patrick, 2018). Il est donc important de comprendre l’expérience familiale de la transition sociale.
Les recherches antérieures sur la transition sociale ont surtout été menées aux États-Unis et au Canada, et ont mis en évidence des processus de construction de sens et des décisions guidées par la personne jeune (par exemple Bull et D’Arrigo-Patrick, 2018 ; Olson et al., 2019). Vu le contexte britannique actuel, les études menées ailleurs ne sont sans doute que partiellement applicables, et la plupart des recherches antérieures n’ont pas intégré la voix des jeunes de genre divers, ce qui constitue une limite considérable.
Malgré le rôle possible de la transition sociale dans la santé mentale des jeunes de genre divers et la place centrale de la famille, on manque aussi de théories pertinentes pour expliquer les processus qui les relient. Les théories systémiques existantes peuvent apporter quelques éclairages. La théorie de la résilience familiale conçoit la résilience familiale comme la capacité de la famille à répondre positivement aux défis par des processus d’adaptation (Walsh, 2016). Catalpa et McGuire (2018) ont décrit comment, en perpétuant la croyance selon laquelle les identités cisgenres sont la norme, la cisnormativité « interdit » l’existence de personnes de genre divers dans les familles. Cette croyance laisse penser que la transition sociale d’une personne jeune pourrait mettre une famille à l’épreuve et exiger une adaptation que la théorie de la résilience familiale permet de comprendre.
Les jeunes de genre divers sont aussi susceptibles d’être exposés à des expériences que l’on peut comprendre comme des facteurs de stress propres aux minorités de genre, notamment la victimisation par les pairs, associée à davantage de difficultés de santé mentale et à un moindre sentiment d’appartenance scolaire (Hatchel, Valido, De Pedro, Huang et Espelage, 2019 ; Hendricks et Testa, 2012 ; Hunter, Butler et Cooper, 2021 ; Meyer, 2003). Il semble probable que le stress des minorités de genre mette aussi à l’épreuve la résilience familiale. Il faut noter que les modèles existants de la résilience familiale ne reposent pas sur des recherches menées avec des jeunes de genre divers, et que l’on risque de pathologiser encore davantage ces jeunes en procédant à des généralisations plus larges (Horton, 2020 ; Toomey, 2021).
Pour combler ces lacunes de la recherche et de la théorie, nous avons cherché à construire une théorie ancrée du processus de transition sociale des jeunes dans le contexte familial britannique. Quatre questions principales ont guidé ce travail :
Un plan qualitatif par théorie ancrée et la méthodologie de Corbin et Strauss (2015) ont été retenus, car cette approche inductive permettait de placer la voix des jeunes de genre divers au centre de la théorie en construction, et s’accorde avec les positions réalistes critiques de l’équipe de recherche. L’accent mis par le réalisme critique sur la parole des personnes souvent marginalisées a aussi paru particulièrement adapté aux identités minorisées des jeunes de genre divers (Bhaskar, 2008 ; Hunter et al., 2021 ; Looker, Vickers et Kington, 2021).
L’approbation de la HRA et de Health and Care Research Wales a été obtenue (référence REC : 21/LO/0854). Le consentement éclairé a été recueilli auprès de toutes les personnes participantes âgées de 16 ans et plus, et l’assentiment, avec le consentement parental, auprès des moins de 16 ans. Les principes éthiques de Vincent (2018) pour la recherche avec les personnes transgenres ont aussi été pris en compte tout au long de l’étude, notamment une attention soutenue au vocabulaire, la transparence et la connaissance, par l’équipe de recherche, de l’histoire trans et des discours négligés. Ces nuances sont importantes, compte tenu de l’exposition historique des populations transgenres à certaines pratiques de recherche défaillantes (Vincent, 2018).
Pour accéder à cette population très spécifique, toutes les personnes participantes ont été recrutées par l’intermédiaire du GIDS (aujourd’hui fermé). Pour répondre aux critères d’inclusion, les jeunes devaient avoir entre 11 et 18 ans au moment de leur participation. Neuf personnes issues de quatre familles ont participé : quatre jeunes de genre divers de 12 à 17 ans (moyenne = 15,5 ans) et cinq parents de 36 à 58 ans (moyenne = 45,2 ans). Un parent par famille a participé, sauf dans la famille 1, où les deux parents ont participé. Le tableau 1 détaille les caractéristiques des personnes participantes, sous pseudonyme. Chaque personne a été invitée à choisir son propre pseudonyme si elle le souhaitait ; les pseudonymes ont donc été soit choisis par les personnes elles-mêmes, soit attribués au hasard par SR, membre de l’équipe de recherche.
Tableau 1 — Caractéristiques des personnes participantes, telles qu’elles les décrivent (dans l’ordre des entretiens)
Des membres d’un groupe de parties prenantes du GIDS, comprenant à la fois des jeunes de genre divers et des parents ou personnes ayant la charge de jeunes de genre divers, ont examiné la pertinence des documents de recherche. Leurs retours ont été soigneusement pris en compte et les documents modifiés en conséquence.
À la demande de l’équipe de recherche, les équipes cliniques du GIDS ont repéré dans leurs files actives des familles jugées adaptées et les ont contactées directement, en leur fournissant des informations et en leur demandant d’écrire par courriel à la personne chargée de la recherche en cas d’intérêt. Un échantillonnage raisonné a été utilisé pour la première vague de recrutement, selon les critères d’inclusion. Après le recrutement, la collecte et l’analyse initiaux, un échantillonnage théorique a permis de recruter d’autres personnes présentant certaines caractéristiques, afin de développer plus complètement les catégories.
Tous les entretiens ont eu lieu individuellement, en visioconférence, en tête-à-tête avec la personne responsable de la recherche. Ils ont été enregistrés et guidés par des grilles d’entretien, avec quelques écarts pour soutenir l’élaboration de la théorie. Les jeunes de genre divers et leurs parents se sont vu poser des questions similaires, à la formulation légèrement adaptée pour tenir compte de leurs rôles différents. Les enregistrements ont été transcrits mot à mot par SR et analysés, en commençant par un codage ouvert dès le premier entretien. La comparaison constante, le codage axial avec schémas, le codage sélectif et la schématisation ont tous été mis en œuvre. Compte tenu de l’ampleur de l’étude et des contraintes de temps, la collecte des données ne pouvait pas se poursuivre indéfiniment ; on a donc visé la suffisance théorique, dans le but d’atteindre une profondeur conceptuelle (Dey, 1999 ; Nelson, 2017).
Les recommandations de bonne pratique pour la recherche qualitative ont été suivies (Yardley, 2000). Pour soutenir la réflexion sur les présupposés, les biais et les processus émotionnels, SR a réalisé un entretien de mise entre parenthèses enregistré, a tenu un journal de recherche et a bénéficié d’une supervision tout au long de l’étude. Ces démarches ont inclus une réflexion continue sur la manière dont l’identification de SR comme queer, non binaire et sans enfants a pu influer sur son engagement dans la recherche, ainsi que sur sa tendance, repérée, à prêter davantage attention au point de vue des jeunes de genre divers qu’à celui des parents. Des mémos théoriques ont aussi été rédigés pour documenter l’élaboration de la théorie ; l’analyse, réalisée principalement par SR, a été relue par l’ensemble de l’équipe. Toutes les personnes participantes ont ensuite été invitées à relire et à commenter un compte rendu de la recherche ; trois ont répondu, en exprimant leur accord avec le modèle.
La théorie qui explique le processus de transition sociale dans le contexte familial a été résumée par la catégorie englobante : Œuvrer vers un lieu d’acceptation et d’appartenance. Il s’agissait d’un processus de résilience familiale mené par la personne jeune, au cours duquel les familles traversaient plusieurs sous-processus adaptatifs, d’abord au sein de la famille, avant les changements à l’extérieur de celle-ci. Le tableau 2 présente l’organisation des catégories. La figure 1 montre les relations entre les catégories et le modèle théorique final.
Tableau 2 — Organisation des catégories et sous-catégories
Catégorie englobante : Œuvrer vers un lieu d’acceptation et d’appartenance.

Le processus de transition sociale commençait par une reconnaissance et une acceptation progressives de l’identité de genre de la personne jeune.
Toutes les familles comprenaient l’identité de genre de la personne jeune comme présente depuis longtemps, y compris avant qu’elle soit reconnue : « …avant de savoir ce qu’était être trans, je pense que c’est à ce moment-là que j’essayais de me présenter de façon plus masculine » (Guitar, jeune, 17 ans).
La reconnaissance semblait se construire dans la relation. Par exemple, la transition sociale d’Ariana (jeune, 12 ans) a commencé par des jeux de déguisement avec sa cousine : « …je me déguisais avec elle ». Les processus de reconnaissance des membres de la famille étaient aussi liés entre eux. Zac (jeune, 18 ans) a ainsi décrit : « …plus je montrais que je me posais des questions [sur mon identité de genre] et plus j’étais dans l’incertitude, plus j’ai l’impression que ça se reflétait aussi chez elles [mes mamans] ».
À mesure que chaque membre de la famille développait sa compréhension, l’identité de genre de la personne jeune était reconnue et acceptée, à des moments différents selon les membres. Par exemple, à propos de sa première reconnaissance de l’identité de genre de sa fille Ariana, Dan a raconté qu’il lui avait fallu « quelques mois pour, en quelque sorte, tout digérer ».
Si l’attirance précoce de ces jeunes pour certains objets, comme des jouets et des vêtements habituellement associés à un autre genre, avait en général été acceptée par la famille, la personne jeune exprimait aussi, plus tard, son souhait d’opérer certains changements. Les jeunes semblaient d’abord le communiquer au membre de la famille que ces jeunes jugeaient le plus susceptible d’accepter leur identité de genre. En communiquant ce souhait de changement, la personne jeune révélait aussi son identité. Les récits soulignaient combien il importait pour la personne jeune de se sentir acceptée par ses proches dans son identité et son expression de genre authentiques : « Je voulais être sûr qu’on était d’accord [maman et moi], et on l’était » (Guitar, jeune, 17 ans).
Les familles en sont venues à reconnaître l’importance de soutenir la transition sociale, et de laisser l’enfant mener le processus. C’est le sens du conseil que Guitar (jeune, 17 ans) suggérait aux parents : « …laissez-les [les jeunes de genre divers] mener, c’est tout ». La transition sociale était comprise comme permettant aux jeunes de s’exprimer pleinement : « …leur permettre de s’épanouir, en quelque sorte, et d’exprimer qui ils sont, sans aucune restriction » (Dan, père d’Ariana), et de connaître l’appartenance : « c’est un peu lui qui trouve sa place dans le monde » (Elly, mère de Zac).
D’abord au sein de la famille, puis en mettant en œuvre des changements dans d’autres contextes, les familles négociaient les changements de la transition sociale et les réactions qu’ils suscitaient.
Les personnes participantes anticipaient en général les réactions d’autrui. Pour Guitar (jeune, 17 ans), cela a commencé avec ses parents : « Je crois que j’avais… peut-être une peur que mon père, ou, et ma mère, pensent juste, vous voyez, que c’est une phase, je ne vais pas, je ne vais pas te laisser faire… ». À l’inverse, l’anticipation de réactions d’acceptation a facilité le processus pour Zac (jeune, 18 ans) : « Je me sentais extrêmement soutenu et extrêmement, genre, je pouvais presque prévoir comment elles [mes mamans] allaient réagir, alors ça a rendu les choses beaucoup plus faciles ».
Les familles ont commencé à œuvrer pour l’acceptation et l’appartenance dans d’autres contextes en demandant des changements affirmant le genre. Elles dosaient l’introduction des changements pour accroître les chances d’acceptation. Par exemple, à propos des changements de l’uniforme scolaire qu’elle portait, Ruby (jeune, 15 ans) a raconté : « [Maman a dit] “On ne va pas passer à la jupe tout de suite, parce que je pense que c’est mieux que tu demandes à l’école ou que je demande à l’école” ». La famille de Guitar dosait aussi les changements en anticipant les réactions d’autrui ; Sarah, la maman de Guitar, se souvenait : « …j’avais conscience, vous voyez, de la façon dont ça (les changements affirmant le genre de Guitar) pouvait être perçu par les autres ».
Les réactions non affirmatives d’autrui étaient fréquentes, dans de nombreux contextes : « [Mes grands-parents] utilisent mon morinom, me mégenrent… » (Zac, jeune, 18 ans). Ruby (jeune, 15 ans) se souvenait de la réaction de son père à son identité et à son expression de genre : « …il était assez, genre, violent psychologiquement avec moi. Genre, il disait “Non, arrête de faire aussi gay” ». Pour y faire face, Ruby essayait de cacher son expression de genre, jusqu’à ce qu’après la séparation de ses parents elle puisse l’exprimer plus librement. La liberté accrue que Lori, la mère de Ruby, a elle-même gagnée après la séparation y a aussi contribué. Lori a raconté : « …tout d’un coup, j’étais libre d’être qui j’étais, sans aucune restriction. Pourquoi est-ce que j’imposerais alors quelque chose à mon enfant ? »
La transition sociale de Ruby semblait marquée par des expériences de non-acceptation ; elle a relaté de nombreuses situations où des camarades se montraient « transphobes » envers elle à l’école, en décrivant : « …quand tu fais ta transition, en général, tu deviens un peu la cible de tout le monde ». Ces réactions semblaient saper le sentiment d’appartenance des jeunes. Par exemple, à propos de ses camarades, Ariana (jeune, 12 ans) a vécu ceci : « …ils ne voulaient pas être dans les mêmes toilettes que moi », et Sarah (maman de Guitar) a raconté comment « …sa meilleure amie ou son meilleur ami l’a rejeté ».
Les expériences difficiles avec les milieux professionnels semblaient fréquentes. Se souvenant d’une expérience à l’école, Ariana (jeune, 12 ans) a raconté : « …j’étais super stressée à l’idée d’être mise avec les filles ou avec les garçons. Et on m’a mise avec les garçons et j’étais super triste ». Ruby (jeune, 15 ans) a aussi vécu des expériences difficiles avec des équipes professionnelles ; réagissant apparemment avec inquiétude à sa transition sociale, le personnel de son école a fait un signalement aux services sociaux : « …les services sociaux sont intervenus et ont dit que maman me faisait un lavage de cerveau pour me faire croire que j’étais une fille… on aurait dit un gros interrogatoire ».
Plusieurs parents rattachaient leur réaction d’acceptation à la priorité donnée au bonheur de leur jeune : « Je veux juste un enfant heureux. Je me fiche de savoir de quel genre elle est » (Zoe, maman d’Ariana). Au-delà du noyau familial, des expériences d’affirmation étaient rapportées, mais moins souvent que les réactions non affirmatives. Le retour de Ruby (jeune, 15 ans) sur des expériences d’affirmation plus rares a mis en relief, par contraste, la force de l’affirmation. Elle a eu les larmes aux yeux en se rappelant un cadeau reçu dans les premiers temps de son expression de genre, qui l’avait particulièrement confortée dans son genre : « …je l’adore pour ça… Elle m’a offert ces magnifiques escarpins bleus. Je les ai toujours, là-haut ».
À mesure que les familles négociaient les changements de la transition sociale, les relations étaient elles aussi négociées et redéfinies.
Certains parents semblaient jouer un rôle « tampon » entre la personne jeune et d’autres membres de la famille, comme Elly (mère de Zac), qui a raconté : « J’ai dû, euh, parler à son père. Avant, quand il était petit, pour lui dire : “s’il te plaît, ne lui mets pas des robes vraiment très filles” ». Les besoins des différents membres de la famille étaient aussi négociés. Par exemple, Sarah (maman de Guitar) a décrit : « sachant que je suis une maman qui travaille, que j’ai un autre enfant… je pense que parfois mon deuxième enfant a un peu été laissé de côté ».
Les transitions sociales s’accompagnaient de changements dans les interactions du noyau familial avec la famille élargie et d’autres systèmes. Le fait qu’Elly (mère de Zac) endosse un « rôle tampon » et défende Zac semblait lié à une prise de distance dans sa relation avec le père de Zac. Elle a raconté : « …on (Elly et le père de Zac) ne se parle plus… sans doute parce que c’est moi qui ai joué le mauvais rôle ». Dans certaines familles, une rupture explicite a été envisagée ou mise en œuvre pour protéger la personne jeune de réactions de non-acceptation. C’est ce qui s’est passé dans la famille d’Ariana : « …On ne parle plus à la famille du côté de mon père parce qu’ils n’aimaient pas trop que je sois une fille » (Ariana, jeune, 12 ans). Lori, la maman de Ruby, a raconté qu’elle était prête à la rupture : « J’étais tout à fait prête à couper les ponts avec chaque membre de ma famille si ça voulait dire… [Lori se met à pleurer] si ça voulait dire que Ruby pouvait être qui elle devait être. »
Toutes les familles ont connu un rapprochement dans certaines relations. Zoe (maman d’Ariana) a réfléchi : « …on est sans doute plus proches que jamais, pour être honnête, à cause, je ne sais pas, du fait qu’elle est trans, que, vous voyez, elle a traversé tellement de choses et qu’elle sait qu’on la soutient ». Maintenir la proximité relationnelle était aussi une stratégie importante, comme l’illustre le conseil que Guitar (jeune, 17 ans) donnerait aux parents d’autres jeunes de genre divers : « …restez proches, ça vous fera vraiment du bien, à vous et à votre jeune ». Si certaines réactions de non-acceptation ont conduit à une mise à distance relationnelle, dans d’autres cas des compromis ont été trouvés pour préserver les relations. Pour Ruby (jeune, 15 ans), cela a supposé de négocier avec son frère, qui n’acceptait pas de l’appeler Ruby. Ruby se souvenait : « …Alors on a trouvé [un autre prénom] ».
En s’adaptant aux difficultés, les familles développaient des capacités et une résilience qui les équipaient pour poursuivre leur travail sur d’autres aspects de la transition sociale.
Zac (jeune, 18 ans) a décrit le parcours émotionnel de la famille : « …genre, la famille proche, ça nous a touchés tous les deux, genre, nous tous. Genre, psychologiquement » ; « c’était ce chemin qu’on devait tous faire ». Les personnes participantes ont aussi subi des effets sur leur santé mentale, liés aux nombreuses réactions éprouvantes d’autrui. Sarah, la maman de Guitar, a décrit : « quand il [Guitar] recevait en quelque sorte ces réactions sociales des gens, qu’il essayait de s’y retrouver avec ces pronoms, qu’il essayait, vous voyez, en vivant cette double vie, sans être lui-même, authentiquement… Il a essayé de se pendre deux fois ». À propos de l’intervention des services sociaux, Lori (mère de Ruby) a évoqué : « …les dégâts que ça a faits, à la cellule familiale. Et à ma santé mentale aussi ».
Les personnes participantes recouraient à diverses stratégies pour gérer les difficultés. Zoe (maman d’Ariana) essayait de « protéger » Ariana et de la tenir « à l’écart » de certaines difficultés avec l’école, et le récit de Dan, le père d’Ariana, indiquait que la communication ouverte au sein de la famille était parfois, elle aussi, une stratégie importante : « …s’il y a un incident à l’école, on en parle ».
Des stratégies cognitives étaient aussi utilisées. Pour gérer des expériences difficiles liées au genre avec ses camarades, Ariana (jeune, 12 ans) a raconté : « Il faut juste que je… laisse tomber et que je me dise “bon, ils sont bêtes” et… vous voyez. “Oublie-les, c’est tout” ». C’était peut-être une stratégie apprise de sa maman, Zoe, qui semblait aider Ariana à garder un regard positif en lui conseillant : « …c’est une seule personne, ignore-la… ». Les personnes participantes s’appuyaient aussi sur leurs expériences passées et sur des forces existantes. Cela comprenait des qualités des jeunes qui soutenaient la transition sociale et se développaient à travers elle. Par exemple, Ruby (jeune, 15 ans) a confié : « Un jour j’ai juste pris mon courage à deux mains, j’ai dit “Maman, je veux être une fille” ».
Plusieurs familles avaient le sentiment de devoir « se battre » pour faire accepter la transition sociale. La famille d’Ariana (jeune, 12 ans) a vu le personnel de l’école refuser plusieurs de ses demandes : « …quand elle est allée à l’école, on avait juste l’impression de… “Mon Dieu, quoi encore ? C’est quoi la suite ?” » (Zoe, maman d’Ariana). L’acceptation de la transition sociale de Ruby au collège semble aussi avoir exigé un véritable « combat ». Lori (mère de Ruby) a raconté : « …elle était encore obligée d’utiliser les toilettes et les vestiaires des garçons ». Lori semblait appliquer une stratégie consistant à « choisir ses batailles », racontant comment elle avait conseillé à Ruby de faire un compromis : « Il va falloir que tu fasses avec ».
Les personnes participantes avaient besoin d’un soutien adapté et ont travaillé à se le procurer. Sarah (maman de Guitar) a qualifié le soutien de « clé » pour les parents, et de « chose la plus essentielle à avoir, je pense, personnellement ». Zoe (maman d’Ariana) a aussi souligné la valeur du soutien des amis proches et d’autres membres de la famille : « …avoir le soutien de la famille, c’est énorme… ».
Les récits mettaient en évidence les bienfaits du soutien de divers services et équipes professionnelles, mais aussi des besoins de soutien non satisfaits. Les écoles semblaient avoir un potentiel important pour soutenir les transitions sociales. Par exemple, à propos de la directrice de son école primaire, Ruby (jeune, 15 ans) a raconté : « …elle était vraiment, vraiment gentille et elle a fait installer des toilettes mixtes, pour que tout le monde puisse y aller ensemble ». De même, Ariana (jeune, 12 ans) a décrit son collège comme « à fond pour l’égalité », ce qui montre que la culture d’un établissement entier peut faire de l’école un lieu d’acceptation et d’appartenance pour les jeunes de genre divers. Malgré ces expériences positives, d’importantes difficultés et des obstacles manifestes à la transition sociale en milieu scolaire ressortaient de l’ensemble des récits. En outre, Sarah (maman de Guitar) a décrit de grandes difficultés pour obtenir le soutien des services de santé mentale de l’enfant et de l’adolescent pour Guitar, y compris lorsqu’il avait des idées suicidaires : « …[la personne psychologue] a en gros estimé que je donnais à Guitar un soutien suffisant à la maison. Alors ils n’ont pas voulu le recevoir ».
Les personnes participantes réfléchissaient à la manière dont leurs expériences de transition sociale les avaient façonnées, en leur donnant un sens nouveau et positif. Par exemple, Ariana (jeune, 12 ans) a évoqué la manière dont le fait de faire face aux réactions des autres l’avait construite : « …ça a fait de moi qui je suis ». De même, Zac (jeune, 18 ans) a raconté : « …mon identité, c’est quelque chose qui me tient à cœur, parce que j’ai dû faire beaucoup de chemin pour arriver là où je suis… ».
Les familles contribuaient aussi à faire évoluer leur entourage, notamment en informant les autres. Lori (mère de Ruby) a évoqué ses conversations avec ses collègues de travail : « J’en profite toujours pour les informer (sur la diversité de genre) ». Zoe (maman d’Ariana) a réfléchi au cercle d’amis d’Ariana : « …il n’y a, genre, il ne semble pas y avoir de préjugés là-dessus. Mais je pense, je ne sais pas si on a un peu, en quelque sorte, ouvert la voie ». De même, à propos des difficultés négociées avec l’école d’Ariana, Dan (papa d’Ariana) a observé : « j’espère que le genre de remue-ménage qu’on a fait a mis l’école en situation de pouvoir comprendre maintenant… ».
Les transitions sociales s’inscrivaient dans d’autres contextes sociaux. Zac (jeune, 18 ans) a décrit comment d’autres transitions partagées avaient donné un ton plus sérieux aux conversations entre camarades, ce qui avait facilité la révélation de son identité de genre : « Je dirais que ce passage d’une école à l’autre et le confinement ont sans doute été le déclic principal ».
Les personnes participantes ont aussi réfléchi à la manière dont des caractéristiques personnelles et sociales façonnaient la transition sociale, y compris les réactions d’autrui. Zac estimait que les expériences de préjugés vécues par ses parents en lien avec leur propre identité gay avaient façonné leur compréhension de son identité de genre : « …il y avait forcément une certaine compréhension de leur part », tout en soulignant le caractère unique de l’expérience trans. Zac a aussi considéré que le privilège associé à sa couleur de peau blanche avait sans doute facilité son accès aux services : « ça a juste, je suppose, ouvert plus de portes » ; « …ça nous met davantage, genre, en priorité… ».
Après l’étape initiale de « reconnaissance et acceptation de cette personne jeune », les processus des autres catégories principales ne se déroulaient pas de manière linéaire. Une double flèche indique que « négocier les changements de la transition sociale… » et « négocier les relations… » se produisaient simultanément et s’influençaient mutuellement. Les flèches qui reviennent d’« adaptation et résilience » vers « reconnaître et accepter cette personne jeune » signifient que l’adaptation et la résilience se développaient à la fois comme résultat des autres aspects de la transition sociale et comme soutien à la poursuite et à la répétition de celle-ci, y compris dans d’autres contextes. Comme les transitions sociales se déroulaient dans de nombreux milieux, le processus d’ensemble se répétait généralement plusieurs fois, d’abord dans la famille proche puis au-delà, notamment dans la famille élargie, à l’école, dans les communautés plus larges et dans l’espace public. Tous les aspects du processus étaient aussi façonnés par des facteurs contextuels, représentés par la position de « contextes sociaux et caractéristiques qui façonnent le processus » sur un cercle extérieur. Les cercles ont un contour en pointillés, qui figure la perméabilité des processus de transition sociale à ces contextes et à ces caractéristiques.
La théorie élaborée explique la transition sociale des jeunes de genre divers dans le contexte familial britannique comme un processus de résilience familiale. Les récits indiquent que c’est en grande partie à cause d’expériences difficiles, que l’on peut concevoir comme des facteurs de stress propres aux minorités de genre, que cette résilience familiale était nécessaire. Comme l’indiquaient des données antérieures, l’exposition à ces facteurs de stress semblait nuire au bien-être et survenait souvent à l’école (Brecht et al., 2024 ; Hatchel et al., 2019 ; Meyer, 2003). Les écoles semblaient toutefois avoir un potentiel important pour être des environnements affirmatifs.
Un fil saillant, qui rejoint d’autres recherches, était la place centrale des familles dans les transitions sociales et l’importance de l’acceptation familiale pour rendre la transition sociale possible (Bull et D’Arrigo-Patrick, 2018 ; Schimmel-Bristow et al., 2018). Les familles participantes considéraient clairement que la transition sociale jouait un rôle clé dans le bien-être, et en décrivaient de nombreux effets positifs. Ces effets font écho aux résultats d’autres recherches récentes, notamment aux liens entre une progression perçue plus avancée de la transition et des symptômes psychiques moins importants (Thoma, C, Ej, S. et Salk, 2023).
Il faut noter que les données sur le bien-être et la transition sociale ont fait l’objet d’un débat, avec des résultats contrastés (Durwood et al., 2017 ; Hall et al., 2024 ; Morandini et al., 2023). Toutefois, compte tenu du poids apparent du stress des minorités de genre, il est possible que celui-ci annule certains effets positifs potentiels de la transition sociale. Explorer cette hypothèse serait une piste utile pour de futures recherches.
Compte tenu du poids des facteurs de stress propres aux minorités de genre, nous recommandons de leur accorder une attention soigneuse dans l’évaluation et le traitement proposés aux jeunes de genre divers dans les services de santé mentale et les services de genre. Le besoin de services attentifs aux besoins de ces jeunes paraît particulièrement pressant dans le contexte britannique récent, puisque le débat public et médiatique sur la vie et les identités des jeunes de genre divers semble s’être encore intensifié depuis le lancement de la Cass Review (Fox, 2024). Une attention portée au stress des minorités de genre pourrait aussi ouvrir à une compréhension plus systémique de la dysphorie de genre, liée à des contextes sociaux qui n’acceptent pas. Cela rejoindrait d’autres recherches récentes. Par exemple, Brecht et al. (2024) ont constaté que l’expérience de l’hostilité envers les personnes trans était associée à des taux plus élevés de dysphorie de genre chez des jeunes transgenres à l’adolescence.
Prenant appui sur l’importance de la famille dans les transitions sociales, nous recommandons aussi que l’évaluation et le traitement soient systématiquement proposés au niveau de la famille. Cela pourrait comprendre des interventions de thérapie familiale systémique autour de l’évolution des besoins de la famille liée aux changements de proximité relationnelle, pour aider les familles à traverser les changements et renforcer le fonctionnement familial.
Compte tenu du potentiel apparent des écoles pour affirmer et soutenir la transition sociale, mais aussi des nombreuses expériences de non-affirmation, nous recommandons de faire du soutien scolaire un autre domaine d’action. De fait, au vu des expériences positives vécues par les personnes participantes après une transition sociale à l’école, le soutien à la transition sociale (lorsque les jeunes de genre divers la souhaitent) semble un domaine important à traiter pour leur bien-être. Le projet de recommandations éducatives sur l’accompagnement des « enfants qui s’interrogent sur leur genre » pose toutefois la question de savoir dans quelle mesure ce soutien à la transition restera possible à l’avenir : les établissements scolaires britanniques n’auront pas l’obligation de soutenir la transition sociale, et une « approche prudente » est recommandée lorsque des demandes sont acceptées (Department for Education, 2023). Nous recommandons donc que les effets à plus long terme de ces nouvelles recommandations sur la possibilité de faire une transition sociale, et leur effet possible sur le bien-être des jeunes de genre divers, restent un objet de recherche.
Si l’accent a été mis ici sur le contexte britannique récent, il est probable que ces résultats soient en partie généralisables à l’international ; la pertinence des évolutions britanniques pour les équipes cliniques des États-Unis a d’ailleurs été soulignée (Knopf, 2024).
L’échantillon était entièrement blanc, et il est impératif d’intégrer la voix de personnes d’origines raciales variées dans l’élaboration des théories. Ce manque de diversité raciale est d’autant plus limitant que les facteurs de stress propres aux minorités de genre occupent une place importante, puisque les facteurs de stress minoritaires liés à différents aspects de l’identité sont considérés comme se croisant (Parent, DeBlaere et Moradi, 2013 ; Prendergast et MacPhee, 2018). En outre, comme toutes les personnes jeunes avaient fait leur transition vers une identité de genre binaire, on ignore dans quelle mesure ce modèle s’applique aux jeunes de genre divers d’autres identités de genre. Enfin, tous les résultats proviennent de familles où au moins un parent affirmait l’identité de son jeune. L’absence de familles moins acceptantes restreint considérablement la généralisation du modèle présenté ; on ignore si et comment des familles s’engageraient dans un processus de résilience familiale de transition sociale sans la présence d’une figure parentale affirmative. Il serait utile que de futures recherches approfondissent ces points en examinant l’expérience de familles aux caractéristiques plus diverses.
Cette étude a comblé un manque de recherche, en approfondissant la compréhension de l’expérience des jeunes de genre divers et de leurs familles, et en proposant un modèle élaboré de la transition sociale dans le contexte familial. La théorie élaborée explique la transition sociale au sein de la famille comme un processus de résilience familiale mené par la personne jeune. Il est très nécessaire de poursuivre les travaux dans ce domaine.
Complexe Systémique : à retenir
Pour une lecture systémique, l’apport de l’étude est de déplacer la transition sociale de la personne jeune vers le système familial qui l’accueille, la négocie et en paie aussi le prix. Le modèle tourne en boucle : reconnaître, négocier les changements et les relations, s’adapter, puis recommencer à chaque nouveau cercle (famille élargie, école, services). Ce qui met la résilience à l’épreuve vient moins de la transition elle-même que des réactions de l’environnement : mégenrage, refus de l’école, signalement aux services sociaux, accès difficile aux soins malgré un risque suicidaire. Pour la clinique, cela invite à travailler au niveau de la famille, à repérer le parent qui joue le rôle de tampon, à suivre les ruptures et les rapprochements qu’entraîne la transition, et à considérer l’école comme un partenaire possible du soin. Les limites sont nettes : quatre familles blanches, toutes avec au moins un parent qui affirmait la transition, et des jeunes aux identités binaires ; le modèle ne dit rien des familles en désaccord. À lire avec l’article sur les enfants trans et leurs parents face à la transition, et avec l’article sur les groupes multifamiliaux pour jeunes transgenres.
Notes de l’original
Remerciements. L’équipe de recherche remercie chaleureusement les familles participantes d’avoir partagé leur histoire et d’avoir tant donné, ainsi que les équipes cliniques du GIDS pour leur aide et leur soutien généreux.
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts, réel ou potentiel.
Financement. Aucun soutien financier extérieur n’a été reçu.
Considérations éthiques. Le consentement éclairé a été recueilli auprès de toutes les personnes participantes âgées de 16 ans et plus, et l’assentiment, avec le consentement parental, auprès des moins de 16 ans. L’approbation de la HRA et de Health and Care Research Wales a été accordée le 10 janvier 2022 (référence REC : 21/LO/0854). Les autorisations nécessaires ont été obtenues pour l’utilisation et la publication des données du tableau 1.
Disponibilité des données. Les données de la recherche ne sont pas partagées.
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Traduction non officielle en français de Une théorie ancrée du processus de transition sociale dans le contexte familial, du point de vue de jeunes de genre divers et de leurs parents, par Sophie Razzel, Simon Levinson et Trish Joscelyne, Child and Adolescent Mental Health, publication en ligne anticipée (2026), doi : 10.1111/camh.70078, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux en listes, légende de la figure traduite). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « A grounded theory of the process of social transition in a family context from the perspective of gender diverse young people and their parents », publié dans Child and Adolescent Mental Health (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Razzel, S., Levinson, S., et Joscelyne, T. (2026). Une théorie ancrée du processus de transition sociale dans le contexte familial, du point de vue de jeunes de genre divers et de leurs parents (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/une-theorie-ancree-du-processus-de-transition-sociale-dans-le-contexte-familial (Œuvre originale publiée en 2026 dans Child and Adolescent Mental Health, publication en ligne anticipée (2026) ; republiée en 2026 par Child and Adolescent Mental Health, https://acamh.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/camh.70078)
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