Children · Thérapie familiale
Peut-on soigner l’anxiété et la dépression du jeune enfant en travaillant d’abord la relation parent-enfant, puis toute la famille ? L’équipe australienne de Kim Lee Kho et Andrew J. Lewis a évalué BEST-Foundations auprès de 17 familles d’enfants de 3 à 11 ans. Les symptômes des enfants passent de la zone clinique à la zone normale et continuent de baisser après la fin de la thérapie, tout comme la détresse des mères.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Une thérapie familiale fondée sur l’attachement pour l’anxiété et la dépression de l’enfant : une évaluation par méthodes mixtes de BEST-Foundations, par Kim Lee Kho, Andrew J. Lewis et Renita A. Almeida, publié dans Children (MDPI) (2024), doi : 10.3390/children11121552, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; la figure est reprise avec sa légende traduite ; la déclaration sur la disponibilité des données n’est pas reprise. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
En ciblant les relations au sein de la famille plutôt que l’enfant ou le parent pris isolément, on peut s’attendre à des changements positifs dans le fonctionnement et l’environnement de la famille.
Kim Lee Kho, Andrew J. Lewis et Renita A. Almeida
Résumé
Contexte et objectifs. L’attachement parent-enfant et les relations familiales ont été identifiés comme des facteurs de risque des symptômes internalisés de l’enfant, comme les symptômes anxieux et dépressifs. Cette évaluation par méthodes mixtes a examiné la faisabilité d’une intervention familiale fondée sur l’attachement récemment mise au point, la Behaviour Exchange Systems Therapy-Foundations (BEST-F), qui propose 16 heures de thérapie sur 8 semaines pour traiter les symptômes internalisés chez des enfants âgés de 3 à 11 ans.
Méthodes. Les résultats quantitatifs de cette étude non contrôlée portant sur 17 familles reposaient sur la Child Behaviour Checklist (CBCL), remplie par les parents à quatre temps de mesure (ligne de base, avant l’intervention, après l’intervention et suivi), tandis que les données qualitatives ont été recueillies lors d’entretiens avec les personnes participantes au moment du suivi.
Résultats. Les résultats avant et après l’intervention BEST-F ont montré un changement significatif des symptômes internalisés, qui sont passés de la zone limite et clinique à la zone normale, avec une taille d’effet importante (d = 0,85). Fait notable, des réductions supplémentaires des symptômes internalisés ont été rapportées deux mois après la fin du traitement, avec une taille d’effet très importante (d = 1,85). On a en outre observé des réductions substantielles des symptômes externalisés de l’enfant et des symptômes de santé mentale des parents, avec des tailles d’effet importantes allant de d = 0,80 à 1,12. Les données qualitatives concordaient avec ces résultats quantitatifs.
Conclusions. Ces résultats pilotes suggèrent que les enfants présentant des symptômes internalisés de niveau clinique peuvent bénéficier d’approches familiales centrées sur la relation parent-enfant.
Mots-clés : attachement, intervention familiale fondée sur l’attachement, thérapie familiale, intervention fondée sur l’attachement, symptômes internalisés, symptômes dépressifs de l’enfant, anxiété de l’enfant
En Australie, environ 49 % des enfants de 4 à 11 ans présentant un trouble mental ont cherché un traitement pour des troubles émotionnels. Le recours aux services était le plus élevé en cas de trouble dépressif majeur (TDM) (73 %), puis de troubles anxieux (54 %) [1]. Une méta-analyse récente suggère que, dans le monde, les symptômes dépressifs et anxieux cliniquement significatifs chez les enfants et les adolescents ont continué d’augmenter, au point de dépasser de plus du double les taux de prévalence rapportés avant la pandémie de COVID-19 [2]. Cela confirme le besoin d’interventions efficaces ciblant les troubles anxieux et dépressifs de l’enfant.
Les interventions pour la dépression et les troubles anxieux de l’enfant reposent sur des données relativement moins nombreuses que pour les populations adolescentes et adultes [3,4]. Peu d’options thérapeutiques destinées aux enfants souffrant de dépression et d’anxiété s’intéressent au réseau familial plus large, malgré l’influence bien documentée des interactions entre variabilité génétique et facteurs environnementaux liés aux soins parentaux et à la famille dans la transmission de la dépression et de l’anxiété [5,6,7]. Divers facteurs familiaux, dont la sécurité de l’attachement, les conflits au sein de la famille, la santé mentale des parents et le fonctionnement familial, entretiendraient une relation bidirectionnelle avec le risque, pour l’enfant, de développer une dépression ou des troubles anxieux [8,9,10,11,12,13]. Plusieurs études d’intervention ont montré que les interventions incluant des membres de la famille obtenaient de meilleurs résultats que les interventions individuelles centrées sur l’enfant seul, avec une hausse rapportée de 70 % de l’engagement de l’enfant dans le traitement [14,15,16].
Les interventions fondées sur l’attachement visent à favoriser la sécurité et l’organisation de l’attachement de l’enfant envers les personnes qui prennent soin de lui, et donc à améliorer la régulation émotionnelle de l’enfant, ce qui peut réduire sa vulnérabilité à la dépression et à l’anxiété [17,18]. La fonction réflexive parentale (PRF, parental reflective functioning) est un concept clé de ces modèles d’intervention : elle désigne la capacité d’un parent à réfléchir aux états mentaux qui sous-tendent les actions et les émotions de l’enfant, ce qui influence la nature des interactions parent-enfant et contribue idéalement à la capacité de l’enfant à autoréguler ses émotions [19]. La PRF serait en outre importante pour favoriser un attachement sécure et soutenir la capacité naissante de l’enfant à comprendre ses propres états mentaux et ceux d’autrui [20].
BEST-Foundations (BEST-F) a été mise au point il y a une dizaine d’années à partir du programme original Behaviour Exchange Systems Therapy (BEST), utilisé en Australie depuis les années 1990. Cette intervention manualisée a été conçue pour cibler des facteurs familiaux modifiables afin de traiter les symptômes cliniques ou subcliniques des troubles internalisés, dont la dépression et les troubles anxieux, chez les enfants de 3 à 11 ans [21]. Comme les programmes qui l’ont précédée, centrés sur les adolescents [22,23,24], elle combine la théorie des systèmes familiaux et la théorie de l’attachement pour contribuer au traitement précoce des symptômes de dépression et de troubles anxieux, en construisant des liens familiaux cohésifs et solides, en améliorant la communication au sein de la famille et en approfondissant la compréhension qu’ont les parents de l’état mental de l’enfant.
La première étape du traitement BEST vise à renforcer la relation parent-enfant en encourageant la PRF [19] par plusieurs moyens, dont l’entretien réflexif parental (PRI, parental reflective interview) [25] et le retour vidéo [26], sous la conduite de thérapeutes spécifiquement formés à ce modèle. Elle encourage aussi la personne qui prend principalement soin de l’enfant et l’enfant à passer davantage de temps en tête-à-tête, grâce à une activité appelée « Special Time » (temps spécial), c’est-à-dire des périodes prescrites de jeu relativement peu structuré, où l’accent porte avant tout sur l’interaction parent-enfant et le plaisir du jeu. La deuxième étape du traitement s’élargit à tous les membres de la famille et vise à favoriser les liens familiaux en encourageant la cohésion familiale et en réduisant les conflits. À cette étape, plusieurs thèmes métaphoriques sont introduits pour encourager l’attention que les parents portent à leur propre bien-être, le modelage de stratégies d’adaptation ajustées, une communication ouverte et l’élaboration des événements de vie importants vécus en famille, afin de favoriser une « base familiale sécure », à l’aide d’une technique appelée « Bumps in the Road » (les bosses sur la route) [27]. La troisième étape du traitement est tournée vers l’avenir : elle vise à créer un sentiment de but et de direction dans la vie familiale grâce aux rituels familiaux [28]. Chacune de ces composantes du programme BEST, ainsi que la logique du programme, a été présentée en détail dans des publications antérieures [22,29,30,31,32,33,34,35].
Le premier essai pilote de BEST-F a été mené à l’université Deakin, dans l’État de Victoria ; les résultats préliminaires y ont montré des améliorations des symptômes internalisés de l’enfant entre l’avant et l’après, améliorations maintenues au suivi [21]. Cette première étude BEST Foundations, menée par Benstead [21] en milieu universitaire, a examiné les résultats de huit familles et rapporté des effets importants sur les symptômes internalisés de l’enfant entre l’avant et l’après (d = 0,83), maintenus au suivi (d = 0,92). Cette évaluation initiale rapportait aussi des améliorations des problèmes externalisés et des problèmes totaux. La présente étude est une évaluation plus large, menée dans un autre cadre clinique et avec d’autres thérapeutes. Elle poursuit toutefois des objectifs semblables : examiner l’efficacité de BEST-F pour réduire les symptômes internalisés des troubles dépressifs et anxieux chez les enfants de 3 à 11 ans. Une différence notable est que la présente étude a recruté son échantillon parmi des enfants qui consultaient des services de santé mentale dans une clinique de proximité.
Dans la présente étude, l’hypothèse était que les enfants ayant participé à BEST-F montreraient des réductions significatives des symptômes internalisés, mesurés par la Child Behavioural Checklist (CBCL), en comparant les scores avant et après l’intervention, et que ces réductions se maintiendraient au suivi. Nous nous attendions à des tailles d’effet cohérentes avec celles de l’essai pilote initial [21]. Les changements des symptômes externalisés et des autres problèmes de l’enfant, mesurés par la CBCL, des symptômes de santé mentale des parents et des comportements de soin parental ont en outre été évalués comme critères secondaires. De même, nous nous attendions à des réductions significatives des symptômes externalisés et des autres problèmes de l’enfant, des symptômes de santé mentale des parents et des comportements de soin désorganisés en comparant les scores avant et après l’intervention, et à ce que ces réductions se maintiennent au suivi. Des méthodes qualitatives ont par ailleurs été utilisées pour comprendre l’expérience vécue du traitement par les personnes participantes et le processus de changement thérapeutique [36].
Quarante enfants de 3 à 11 ans et leurs familles, qui avaient pris contact de leur propre initiative avec la Murdoch Psychology Clinic de Perth, en Australie-Occidentale, et figuraient sur une liste d’attente pour un service de santé mentale, ont été recrutés. Les raisons des abandons sont présentées dans la figure 1. Les critères d’inclusion portaient sur des enfants de 3 à 11 ans présentant des symptômes dépressifs et anxieux de niveau subclinique ou clinique, repérés par téléphone à l’aide de la Children Mood and Anxiety Scale (CMS), composée de la Preschool Feelings Checklist (PFC) [37] et de la Revised Preschool Anxiety Scale (PAS) [38]. Les critères d’exclusion portaient sur les enfants présentant des troubles du neurodéveloppement, une déficience cognitive importante ou d’autres diagnostics sévères de santé mentale nécessitant une hospitalisation, ainsi que sur les parents présentant un trouble psychique sévère nécessitant une hospitalisation ou compromettant leur capacité à participer au programme.

L’échantillon final comptait 17 enfants, 9 filles et 8 garçons (âge : M = 8,88 ans ; ET = 1,69), et les personnes qui prenaient principalement soin de ces enfants, leurs mères (n = 17 ; âge : M = 40,18 ans ; ET = 7,26). Toutes les familles participantes ont assisté aux huit séances hebdomadaires et suivi l’intégralité du programme BEST-F. Le tableau 1 présente les caractéristiques démographiques des personnes participantes.
Tableau 1 — Caractéristiques démographiques et effectifs des personnes participantes à BEST-Foundations
Valeurs : effectif (pourcentage).
Un plan à méthodes mixtes a été utilisé, dans lequel les données qualitatives et quantitatives recevaient le même poids [39]. Dans l’évaluation de BEST-F, les données quantitatives et qualitatives ont été recueillies et analysées indépendamment, mais les résultats d’ensemble ont été intégrés pour valider mutuellement les résultats et les conclusions générales [40]. Plus précisément, l’efficacité de BEST-F a été examinée à l’aide d’un plan à lignes de base multiples, avec des données quantitatives recueillies à quatre temps : (i) l’entrée dans l’étude (ligne de base) ; (ii) le début du traitement, quatre semaines après la ligne de base (pré) ; (iii) la fin du traitement (post) ; et (iv) le suivi à 8 semaines. Ce plan permettait aux personnes participantes de servir de leur propre témoin, en comparant une période « sans traitement », entre la ligne de base et le début du traitement, aux changements survenus entre le début du traitement, la fin du traitement et le suivi.
Child Behavioural Checklist pour les 6-18 ans (CBCL) : la CBCL [41] est un questionnaire de 113 items rempli par un parent, qui évalue les difficultés émotionnelles et comportementales de l’enfant. Les items sont cotés sur une échelle de Likert en 3 points, qui produit huit échelles syndromiques et trois échelles composites, dont les problèmes internalisés, les problèmes externalisés et une échelle agrégée des problèmes totaux (Achenbach et Rescorla, 2001 [41]). Les scores T standard de la CBCL supérieurs à 65 se situent soit dans la zone limite (65 ≤ T ≤ 69), soit dans la zone clinique (T ≥ 70) [41]. La CBCL présente une excellente cohérence interne : α = 0,89 pour l’échelle d’internalisation, α = 0,93 pour l’échelle d’externalisation et α = 0,96 pour l’échelle des problèmes totaux [42].
State-Trait Anxiety Inventory (STAI) : le STAI [43] a été administré aux parents. C’est un questionnaire autoadministré qui mesure la présence et la sévérité de l’anxiété et de la détresse chez la personne qui prend soin de l’enfant. Ses deux sous-échelles de 20 items examinent la tendance générale à éprouver de l’anxiété (anxiété-trait) et l’état actuel d’anxiété perçue (anxiété-état), cotées sur une échelle de fréquence en 4 points. Des scores plus élevés indiquent une anxiété plus forte, avec un seuil de 39-40, qui suggère une signification clinique décelable des symptômes [44]. Le STAI présente une cohérence interne élevée, α = 0,86 à 0,95, et une fidélité test-retest, r = 0,65 à 0,75, sur un intervalle de 2 mois [45]. Cette mesure a aussi démontré une validité discriminante, de construit et de contenu [45,46,47].
Edinburgh Depression Scale (EDS) : l’Edinburgh Postnatal Depression Scale [48] a été administrée aux parents. C’est une mesure autoadministrée de 10 items destinée à examiner les symptômes de détresse émotionnelle pendant la grossesse et la période postnatale. Dans les populations hors période postnatale, l’échelle est appelée Edinburgh Depression Scale (EDS), comme c’est le cas dans cette étude. L’EDS a servi à évaluer le niveau actuel de détresse émotionnelle des personnes qui prennent soin de l’enfant, sur une échelle de Likert en 4 points [48]. L’EDS présente des coefficients de cohérence interne élevés, de 0,73 à 0,92, ainsi qu’une sensibilité et une spécificité de 0,87 et 0,91 respectivement [48]. L’EDS a en outre été validée comme mesure générique de la dépression chez des femmes hors période postnatale ayant des enfants plus âgés [49] et chez des pères [50].
Caregiving Helplessness Questionnaire (CHQ) : le CHQ [51] a été administré aux parents. C’est un questionnaire de 26 items conçu pour mesurer les soins parentaux désorganisés chez les mères d’enfants de 3 à 11 ans. Cette mesure comprend trois sous-échelles : (1) l’impuissance dans le soin (caregiving helplessness) ; (2) la peur entre le parent et l’enfant (caregiver–child frightened) ; et (3) le soin prodigué par l’enfant (child caregiving). Toutes les réponses étaient cotées sur une échelle de Likert en 5 points, un score plus élevé traduisant des schémas de soin plus désorganisés. Le CHQ a démontré une bonne structure factorielle et une cohérence interne allant de α = 0,64 à 0,85, ainsi qu’une validité convergente et discriminante [51,52].
Questions d’enquête qualitative : une série de 14 questions, incluse comme outil d’évaluation spécifique dans le manuel de BEST-F, a été utilisée lors de la séance de suivi pour lancer des échanges enregistrés avec les parents et les enfants de l’étude [21].
Après l’obtention de l’approbation éthique du comité d’éthique de la recherche sur l’être humain de l’université Murdoch, l’éligibilité de toutes les personnes susceptibles de participer a été examinée à partir de la liste d’attente de la Murdoch Psychology Clinic, avec un repérage à l’aide de la CMS. Un consentement éclairé écrit a ensuite été recueilli lors de la séance d’accueil initiale. Chaque famille a assisté à huit séances hebdomadaires de 2 heures (la première étant la séance d’accueil initiale), puis à une séance de suivi 8 semaines après l’intervention (entretien semi-directif enregistré). Cette intervention exigeait que la personne qui prend principalement soin de l’enfant et l’enfant assistent à toutes les séances, le reste de la famille, y compris un second parent et la fratrie, participant à partir de la quatrième séance. L’ensemble des thérapeutes était composé de psychologues en inscription provisoire, en formation de troisième cycle en psychologie clinique. Chaque thérapeute devait suivre le programme de formation BEST-F sur deux jours, observer ou coanimer au moins une intervention BEST et participer à des supervisions de groupe toutes les deux semaines avec la personne qui a conçu le programme, forte d’une longue expérience de supervision, au cours desquelles les enregistrements vidéo des séances étaient revus. Tous les enregistrements vidéo, les informations anonymisées sur les familles et les données de recherche étaient conservés dans une armoire fermée à clé.
Les données quantitatives ont été analysées avec IBM SPSS Statistics (version 27). Pour tester les hypothèses relatives à la santé mentale des enfants et des parents ainsi qu’aux comportements de soin, des ANOVA intra-sujets à mesures répétées ont été utilisées pour rechercher des différences significatives entre les temps de mesure, à p < 0,05. Lorsque les résultats de l’ANOVA à mesures répétées étaient significatifs, des comparaisons post hoc par paires ont été examinées pour déterminer les différences significatives entre les temps de mesure. Des tailles d’effet ont en outre été calculées à l’aide du d de Cohen [53].
Les données qualitatives ont été analysées selon une approche phénoménologique de l’expérience subjective de l’intervention par les personnes participantes. Plus précisément, une analyse thématique qualitative fondée sur la phénoménologie descriptive a été utilisée pour comprendre l’expérience du programme [54]. L’entretien enregistré a été transcrit mot à mot, puis codé et organisé en thèmes signifiants et cohérents, pertinents pour l’expérience de l’intervention.
Une analyse de puissance statistique a été réalisée pour estimer la taille d’échantillon à partir des statistiques de cette étude. Le programme « G*Power » [55] a servi à calculer la taille d’échantillon nécessaire pour détecter un certain niveau d’effet. La taille d’effet de cette étude a été fondée sur l’étude antérieure de Benstead et fixée à un d de Cohen de 0,85 pour les symptômes internalisés de l’enfant entre l’avant et l’après. Avec α = 0,05 et une puissance de 80 %, l’analyse indiquait une taille d’échantillon prévue d’environ n = 6 pour une comparaison intra-sujets. La taille d’échantillon de la présente étude, n = 17, offrait donc une puissance suffisante.
Pour examiner l’évolution des symptômes internalisés de l’enfant, des ANOVA à mesures répétées ont été conduites sur les échelles composites et les sous-échelles de la CBCL remplies par les parents aux quatre temps de mesure, et les tailles d’effet ont été calculées ; les résultats sont présentés dans le tableau 2.
Tableau 2 — Moyennes, écarts types, analyses de variance à mesures répétées et tailles d’effet des indicateurs de santé mentale des enfants (scores T de la CBCL) aux quatre temps de mesure
Valeurs : moyenne (écart type) à chaque temps de mesure.
Échelles composites
Sous-échelles
Les scores T d’internalisation de la CBCL des enfants ont diminué entre l’avant et l’après intervention, et une diminution supplémentaire a été observée entre la fin de l’intervention et le suivi. Les résultats de l’ANOVA à mesures répétées indiquent une réduction significative du score total de la CBCL, depuis la ligne de base (M = 67,24 ; ET = 8,20), qui se situait dans la zone clinique limite, jusqu’à la zone normale au suivi (M = 54,29 ; ET = 7,95) ; soit F(3,14) = 15,21, p < 0,001, ηp2 = 0,77. Plus précisément, les résultats ont révélé une réduction significative des scores d’internalisation de la CBCL de l’enfant, depuis la ligne de base (M = 68,29 ; ET = 10,46), qui se situait dans la zone clinique limite, jusqu’à la zone normale au suivi (M = 54,94 ; ET = 7,33) ; soit F(3,14) = 15,78, p < 0,001, ηp2 = 0,77. Les comparaisons par paires ont révélé des réductions significatives des symptômes internalisés de l’enfant entre la ligne de base et la fin de l’intervention (DM = 4,59, p = 0,002), entre la ligne de base et le suivi (DM = 13,35, p < 0,001) et entre l’avant intervention et le suivi (DM = 12,94, p = < 0,001). Aucune amélioration significative des scores d’internalisation de la CBCL n’a été relevée entre la ligne de base et l’avant intervention (DM = 0,41, p = 1,00), ce qui indique la stabilité des scores d’internalisation de l’enfant pendant la période témoin, sans intervention. Le calcul de la taille d’effet de l’intervention a en outre révélé des tailles d’effet importantes entre l’avant et l’après intervention (d = 0,85) et entre l’avant intervention et le suivi (d = 1,85).
Autres symptômes de santé mentale de l’enfant : une réduction significative des scores d’externalisation de la CBCL de l’enfant, remplis par les parents, a été constatée entre la ligne de base (M = 62,76 ; ET = 9,57) et le suivi (M = 52,59 ; ET = 9,37) ; soit F(3,14) = 9,71, p < 0,001, ηp2 = 0,68. Les comparaisons par paires ont indiqué des réductions significatives des symptômes externalisés de l’enfant entre la ligne de base et la fin de l’intervention (DM = 7,59, p = 0,001), entre la ligne de base et le suivi (DM = 10,18, p < 0,001) et entre l’avant intervention et le suivi (DM = 9,35, p = 0,001). Aucun changement significatif des scores d’externalisation de la CBCL n’a été relevé entre la ligne de base et l’avant intervention (DM = 0,82, p = 0,99), ce qui indique la stabilité des scores d’externalisation de l’enfant pendant la période témoin. Le calcul de la taille d’effet de l’intervention a en outre montré une taille d’effet modérée entre l’avant et l’après intervention (d = 0,65), et une taille d’effet importante entre l’avant intervention et le suivi (d = 0,96). Les ANOVA portant sur les sous-échelles d’externalisation de la CBCL ont révélé une diminution significative des scores de comportement agressif, soit F(3,14) = 12,97, p < 0,001, ηp2 = 0,74, mais pas du comportement de transgression des règles, soit F(3,14) = 3,07, p = 0,06, ηp2 = 0,40. Les analyses des autres sous-échelles de la CBCL ont par ailleurs mis en évidence des diminutions significatives des scores entre la ligne de base et le suivi pour les sous-échelles problèmes sociaux, problèmes de pensée et « autres problèmes », mais pas pour les problèmes d’attention, soit F(3,14) = 1,99, p = 0,16, ηp2 = 0,30.
Santé mentale des parents : le tableau 3 présente les moyennes et écarts types de l’EDS et du STAI, ainsi que les résultats des ANOVA à mesures répétées examinant l’évolution des symptômes dépressifs et anxieux des parents et le calcul des tailles d’effet aux quatre temps de mesure. Les ANOVA ont mis en évidence une réduction significative des scores EDS des parents, depuis la ligne de base (M = 13,53 ; ET = 5,27), qui se situait dans la zone clinique, jusqu’au suivi (M = 8,24 ; ET = 3,70), dans la zone normale (F(3,14) = 12,37, p < 0,001, ηp2 = 0,73). Les comparaisons par paires ont révélé des réductions significatives des symptômes dépressifs des parents entre la ligne de base et la fin de l’intervention (DM = 5,18, p < 0,001), entre la ligne de base et le suivi (DM = 5,29, p = 0,003), entre l’avant et l’après intervention (DM = 4,82, p < 0,001) et entre l’avant intervention et le suivi (DM = 4,94, p = 0,004), ainsi que des changements non significatifs des scores EDS entre la ligne de base et l’avant intervention (DM = 0,35, p = 1,00), ce qui indique la stabilité des scores EDS pendant la période témoin. Des tailles d’effet importantes ont en outre été observées entre l’avant et l’après intervention (d = 1,13) et entre l’avant intervention et le suivi (d = 1,12). Pour les scores STAI-S des parents, les ANOVA ont indiqué une réduction significative des scores, depuis la ligne de base (M = 43,41 ; ET = 7,75), dans la zone clinique, jusqu’au suivi (M = 38,18 ; ET = 5,77), dans la zone normale ; soit F(3,14) = 3,78, p = 0,04, ηp2 = 0,45. Les comparaisons par paires ont mis en évidence des réductions significatives des symptômes d’anxiété-état des parents entre l’avant intervention et le suivi (DM = 6,06, p = 0,02) et des changements non significatifs des scores STAI-S entre la ligne de base et l’avant intervention (DM = 0,83, p = 1,00), ce qui indique la stabilité des scores STAI-S pendant la période témoin. Le calcul de la taille d’effet de l’intervention a en outre montré une taille d’effet moyenne entre l’avant et l’après intervention (d = 0,75) et une taille d’effet importante entre l’avant intervention et le suivi (d = 1,06). De même, les scores STAI-T des parents ont diminué significativement entre la ligne de base (M = 42,12 ; ET = 5,77) et le suivi (M = 38,53 ; ET = 4,68) ; soit F(3,14) = 8,30, p < 0,001, ηp2 = 0,64. Les comparaisons par paires ont révélé une réduction significative des symptômes d’anxiété-trait des parents entre l’avant intervention et le suivi (DM = 3,82, p = 0,003) et des changements non significatifs des scores STAI-T entre la ligne de base et l’avant intervention (DM = 0,24, p = 1,00), ce qui indique la stabilité des scores STAI-T pendant la période témoin. La taille d’effet était faible entre l’avant et l’après intervention (d = 0,15), et modérée à importante entre l’avant intervention et le suivi (d = 0,70).
Tableau 3 — Moyennes, écarts types, analyses de variance à mesures répétées et tailles d’effet des indicateurs de santé mentale des parents (dépression et anxiété) aux quatre temps de mesure
Valeurs : moyenne (écart type) à chaque temps de mesure.
Comportements de soin parental : le tableau 4 présente les moyennes et écarts types des scores total et des sous-échelles du CHQ, les résultats des ANOVA à mesures répétées examinant l’évolution des comportements de soin et le calcul des tailles d’effet aux quatre temps de mesure. Les ANOVA ont indiqué une diminution des scores totaux du CHQ entre la ligne de base (M = 45,41 ; ET = 8,16) et le suivi (M = 38,00 ; ET = 8,31) ; soit F(3,14) = 3,46, p = 0,04, ηp2 = 0,43. Les comparaisons par paires ont mis en évidence une réduction significative des scores totaux du CHQ entre l’avant intervention et le suivi (DM = 6,71, p = 0,30) et des changements non significatifs des scores totaux du CHQ entre la ligne de base et l’avant intervention (DM = 0,71, p = 1,00), ce qui indique la stabilité des scores du CHQ pendant la période témoin. Le calcul de la taille d’effet de l’intervention a en outre montré une taille d’effet infime entre l’avant et l’après intervention (d = 0,05), mais une taille d’effet importante entre l’avant intervention et le suivi (d = 0,80). Les analyses des sous-échelles du CHQ ont néanmoins montré que la diminution significative des scores entre la ligne de base (M = 11,29 ; ET = 3,33) et le suivi (M = 8,71 ; ET = 1,96) ne concernait que la sous-échelle de peur entre le parent et l’enfant ; soit F(3,14) = 3,19, p = 0,04, ηp2 = 0,41. Les comparaisons par paires ont mis en évidence une réduction significative des scores de cette sous-échelle entre la ligne de base et le suivi (DM = 2,59, p = 0,04), sans réduction significative entre la ligne de base et l’avant intervention (DM = 1,41, p = 0,42), ce qui indique la stabilité des scores de la sous-échelle pendant la période témoin, sans intervention.
Tableau 4 — Moyennes, écarts types, analyses de variance à mesures répétées et tailles d’effet des indicateurs de soin désorganisé (Caregiving Helplessness Questionnaire) aux quatre temps de mesure
Valeurs : moyenne (écart type) à chaque temps de mesure.
Une analyse thématique de l’entretien mené au temps du suivi a été réalisée. Quatre thèmes centraux se sont dégagés, portant sur la perception du changement et l’expérience de BEST-F par les personnes participantes : le Special Time, le retour vidéo, l’entretien réflexif parental (PRI) et un climat thérapeutique soutenant.
Special Time : toutes les personnes participantes considéraient le « Special Time » comme la technique la plus utile et indiquaient qu’elles continueraient à la pratiquer à la maison. Les parents constataient que la mise en place du Special Time avait amélioré le lien et la communication avec l’enfant, parce qu’elle leur permettait de passer du temps de qualité ensemble, de construire les bases d’un partenariat et de laisser à l’enfant l’espace d’exprimer ses émotions. Les enfants disaient que ce cadre leur permettait de passer avec leur parent un temps sans interruption.
Un parent : « J’ai un rôle différent pendant le Special Time, parce que c’est lui [l’enfant] qui mène le jeu, et notre façon d’interagir a changé en bien. »
Un enfant : « J’attends ça tous les jours… jouer avec maman, rien que nous deux.
Retour vidéo : la majorité des parents décrivaient le retour vidéo comme déstabilisant, mais efficace pour les aider à mieux percevoir les signaux de leur enfant. D’autres bénéfices étaient décrits, dont une conscience accrue de leurs propres réactions et de celles de leurs enfants, et une plus grande assurance pour montrer l’exemple d’une communication positive.
Un parent : « Maintenant, je me rends mieux compte de la façon dont je lui réponds, et ça a changé incroyablement sa manière de réagir avec moi. »
Entretien réflexif parental (PRI) : les parents considéraient le PRI comme la technique la plus éprouvante, mais utile, puisque cette expérience leur aurait permis de mieux percevoir et de comprendre leurs comportements et leurs réactions comme des conséquences de leur expérience intérieure.
Un parent : « C’était difficile quand on a parlé de mon enfance. Maintenant, je vois pourquoi c’était important, et ça m’a permis de donner du sens à ma relation avec lui [l’enfant]. »
Climat thérapeutique soutenant : les personnes participantes soulignaient l’importance de la capacité de la personne thérapeute à construire et à entretenir un bon rapport à la fois avec le parent et avec l’enfant. Ce rapport contribuait à construire et à maintenir un environnement thérapeutique soutenant. La majorité des parents indiquaient qu’un facteur crucial de leur sentiment de sécurité et de confiance était la capacité de la personne thérapeute à exprimer de l’empathie, de la bienveillance et de la compréhension pour leur situation. Les enfants, de leur côté, qualifiaient leur relation avec la personne thérapeute de « sûre » et de collaborative, ce qui leur avait permis de prendre de l’assurance pour communiquer avec leurs parents. Les personnes participantes soulignaient aussi l’importance d’accompagner les conversations difficiles entre membres de la famille. Toutes estimaient que les thérapeutes avaient su « contenir » les conversations difficiles en repérant et en reflétant avec justesse les sentiments et le contenu de la conversation, et en posant des limites appropriées.
Un parent : « J’ai eu le sentiment que vous [la personne thérapeute] m’entendiez et me voyiez quand nous avons parlé de ce que j’ai vécu dans le passé. Ce sentiment de sécurité a tout changé pour moi, et ma famille aussi a vu la différence. »
Un enfant : « Je sens que c’est sûr d’en parler ici… maintenant je peux dire à maman quand quelque chose me contrarie, s’il se passe quelque chose à l’école ou avec papa. »
L’objectif principal de cette étude était d’examiner l’efficacité d’une nouvelle intervention familiale fondée sur l’attachement, BEST-F, au moyen d’une évaluation par méthodes mixtes. Comme prévu, les résultats de cette étude ont révélé que les enfants ayant participé à BEST-F présentaient une réduction significative des symptômes internalisés à la fin de l’intervention, et que ces symptômes continuaient de diminuer au suivi. Cette étude a en outre évalué l’évolution des symptômes externalisés et des autres problèmes de l’enfant, de la santé mentale des parents (dépression et anxiété) et l’amélioration des comportements de soin. Conformément aux hypothèses, les résultats ont aussi révélé que les enfants ayant participé à BEST-F présentaient des réductions significatives des symptômes externalisés et des problèmes totaux à la fin de l’intervention, et que ces symptômes diminuaient encore au suivi. Comme prévu, il en allait de même pour les parents ayant participé à BEST-F, qui présentaient des réductions significatives des symptômes d’anxiété et de dépression ainsi que des comportements de soin désorganisés à la fin de l’intervention, avec des réductions supplémentaires au suivi.
Les résultats de cette étude ont révélé une réduction significative des symptômes des troubles internalisés, dont la dépression et l’anxiété, à la fin de l’intervention, et une diminution continue de ces symptômes au suivi à 8 semaines. Plus important encore, ces changements cliniques significatifs ont fait passer les enfants d’une zone clinique limite pendant la période témoin à une zone normale à la fin de l’intervention. L’intervention a produit des réductions significatives des symptômes internalisés et externalisés de l’enfant, ainsi que des problèmes totaux, pendant la période d’intervention, avec des tailles d’effet importantes sur les principales échelles composites de la CBCL (d = 0,81 à 1,85). Ces résultats sont meilleurs que ceux de l’étude pilote initiale, qui avait mis en évidence des améliorations significatives des symptômes internalisés et externalisés de l’enfant ainsi que des problèmes totaux, avec des tailles d’effet faibles à moyennes sur les principales échelles composites de la CBCL (d = 0,30 à 0,60) [21]. D’une manière générale, les résultats de la présente étude suivent des tendances semblables à celles de l’étude antérieure, plus petite, menée par Benstead. Ensemble, ces deux études montrent que les effets thérapeutiques de BEST-F peuvent se maintenir dans des cadres cliniques différents et que l’intervention peut être conduite par diverses personnes thérapeutes bien formées et qualifiées.
Plus important encore, les réductions supplémentaires observées au suivi à 8 semaines signifient que l’effet du traitement a augmenté après sa fin, ce qui suggère que les familles ont pu continuer à mettre en œuvre d’importants changements systémiques même après l’arrêt du traitement [23]. Les changements thérapeutiques se sont vraisemblablement poursuivis au-delà de la période de thérapie active parce que les familles ont continué à appliquer des changements dans leurs schémas de communication et de régulation émotionnelle [56,57]. Ces résultats étaient attendus, compte tenu de l’accent fort que met BEST-F sur l’amélioration de l’environnement familial, par une meilleure communication, la réduction des conflits et l’amélioration du fonctionnement familial, grâce aux modèles de l’attachement et des systèmes. Ces résultats confirment la stratégie thérapeutique selon laquelle cibler ces facteurs familiaux précis tout au long d’un traitement familial peut produire des améliorations des symptômes de santé mentale de l’enfant.
BEST-F reconnaît que la santé mentale des parents est étroitement imbriquée avec d’autres facteurs familiaux et entretient une relation bidirectionnelle avec la dépression et l’anxiété de l’enfant, d’où l’importance d’une approche de la famille dans son ensemble. Les résultats chez les parents, dont les symptômes de dépression (d = 1,12) et de troubles anxieux (d = 0,70 à 1,06), ont diminué significativement, passant d’une zone clinique à une zone normale à la fin de l’intervention, avec une réduction supplémentaire des symptômes au suivi. Ces résultats avaient été également constatés dans les essais BEST antérieurs, ce qui suggère que le modèle d’intervention favorise l’amélioration des symptômes de santé mentale des parents, dont le stress, la dépression et l’anxiété [23,30,58]. Ils diffèrent des résultats de l’étude pilote initiale de BEST-F, qui n’avait révélé aucune amélioration significative de la santé mentale des parents [21], ce qui reflète peut-être une sévérité clinique plus élevée dans cet échantillon, adressé par des cliniques. Selon la théorie des systèmes familiaux, tout changement dans une partie du système familial, qu’il concerne le parent, l’enfant, la fratrie ou les schémas de communication, a un impact sur les autres parties du système [59]. Par conséquent, en ciblant les relations au sein de la famille plutôt que l’enfant ou le parent pris isolément, on peut s’attendre à des changements positifs dans le fonctionnement et l’environnement de la famille [56].
Les résultats de cette étude se sont en outre révélés prometteurs quant à la réduction des comportements de soin désorganisés à la fin de l’intervention, avec une réduction supplémentaire au suivi et une taille d’effet importante (d = 0,80). Là encore, ces résultats améliorent ceux de l’étude pilote initiale, qui n’avait relevé aucune amélioration significative des comportements de soin [21]. À y regarder de plus près, les parents disaient avoir moins peur de leur enfant, ou lui faire moins peur, après l’intervention. George et Solomon [60] ont avancé que les personnes qui prennent soin d’un enfant et se sentent impuissantes éprouvent souvent de la peur et un sentiment de compétence réduite quant à leur capacité à offrir de la sécurité à leurs enfants.
Globalement, les retours qualitatifs des personnes participantes étaient largement positifs, et les résultats de l’analyse qualitative confirment la faisabilité de BEST-F comme modèle de traitement prometteur et acceptable pour les familles d’enfants de 3 à 11 ans présentant des symptômes internalisés de dépression et de troubles anxieux. Les données qualitatives suggèrent que les personnes participantes ont tiré des bénéfices considérables, à la fois au niveau dyadique et au niveau systémique. Ces résultats ont aussi mis en évidence les grands éléments de BEST-F jugés utiles dans ce processus de changement, dont le « Special Time », le retour vidéo, le PRI et un climat thérapeutique soutenant. Une synthèse des résultats quantitatifs et qualitatifs suggère que les enfants se situant dans la zone subclinique et clinique des troubles, mesurés par la CBCL, ainsi que leur famille, ont bien répondu à ce traitement.
Nos résultats sur les composantes précises d’un traitement efficace intéresseront peut-être particulièrement les équipes cliniques. Les parents ont indiqué que le retour vidéo leur avait permis de mieux percevoir les signaux de leur enfant et à y répondre avec plus de sensibilité. Le retour vidéo s’est imposé comme un outil puissant des interventions fondées sur l’attachement et s’est constamment montré efficace pour favoriser, en peu de temps, des changements positifs dans la relation dyadique [61,62,63]. Pendant la séance de retour vidéo de BEST-F, la personne thérapeute sélectionnait avec soin puis rediffusait des passages choisis d’une vidéo de « jeu » afin de mettre en évidence des comportements parentaux précis et les réactions qui s’ensuivaient chez l’enfant, pour en discuter de manière réflexive [28]. Grâce au retour vidéo, les parents s’observaient « de l’extérieur » et prenaient un autre point de vue sur leur relation dyadique en regardant des passages précis de la vidéo [64]. L’usage du retour vidéo a en outre contribué à développer la PRF en présence d’une personne thérapeute formée, qui aidait activement les parents à développer cette capacité en lien avec des interactions précises avec leur enfant [65,66]. Des méta-analyses antérieures ont confirmé l’intérêt de telles techniques pour accroître la sensibilité parentale (d = 0,33 à 0,37), améliorer les comportements parentaux positifs (d = 0,47), favoriser un attachement sécure (d = 0,20) et réduire les difficultés internalisées (d = 0,33) [67,68].
Une autre technique utilisée dans BEST-F pour améliorer la fonction réflexive parentale était l’entretien réflexif parental (PRI), un entretien soigneusement structuré, conçu pour orienter le parent vers les thèmes de l’attachement et vers sa propre histoire d’attachement, conduit lors de la première séance. Malgré des difficultés exprimées à mener le PRI à son terme, du fait de la résurgence d’émotions liées à leur propre histoire d’enfant, les parents ont rapporté une amélioration perçue de leur fonction réflexive (FR), décrite comme une conscience et une compréhension accrues de leurs propres comportements et réactions et de ceux de leur enfant. Cela concorde avec les résultats d’un essai contrôlé randomisé récent en simple aveugle, qui évaluait spécifiquement le PRI : les personnes à qui l’on avait administré le PRI montraient une augmentation significative de la FR générale, avec une taille d’effet importante (d = 0,77), tandis que le groupe témoin, à qui l’on avait administré le Mini International Neuropsychiatric Interview for Children and Adolescents, version parents (MINI-KID-P), un entretien diagnostique, montrait une baisse de la FR générale [25]. Ce résultat positif conforte l’usage des techniques thérapeutiques proposées par Slade [69] pour développer la FR, telles qu’elles sont intégrées au PRI, dont le fait de favoriser l’« étonnement » (wondering) au fil de la thérapie et de se centrer sur les intentions et les états mentaux internes qui sous-tendent le comportement, plutôt que de corriger le comportement parental en tant que tel. Les parents peuvent ainsi devenir plus accordés aux besoins d’attachement de leur enfant et mieux à même de l’aider à développer sa propre capacité de FR et sa régulation émotionnelle [70,71].
Au stade actuel de l’évaluation de BEST-F, cet essai offre de nombreux avantages, dont un affinement supplémentaire de la formation et de la base de données probantes de cette approche [72]. Le recours à des analyses par méthodes mixtes contribue en outre à la solidité de cette étude. La combinaison des résultats quantitatifs et qualitatifs renforce la solidité et la portée de ces résultats [73]. De plus, l’inclusion des retours directs des personnes ayant suivi BEST-F permet d’évaluer l’efficacité en conditions réelles et fournit de précieux éléments d’expérience vécue [74]. Enfin, l’usage de mesures de résultats bien validées et fiables constitue une force de cette étude [75].
Cette étude était toutefois limitée par la nature même des études de petite taille et non contrôlées. L’absence de randomisation vers un groupe témoin actif limite en outre cette étude, car la non-randomisation ne tient pas compte des différences systématiques entre groupes, ce qui peut affecter l’interprétation de ces résultats [76]. De plus, cette étude ne comportait qu’une seule séance de suivi, 8 semaines après l’intervention ; cela limite sa capacité à évaluer les résultats à plus long terme de l’intervention, qui pourraient apparaître du fait de changements systémiques continus [77]. Dans cette étude, l’usage exclusif de mesures remplies par les parents limite aussi la compréhension de ces résultats. Le recours à plusieurs sources d’information, dont un questionnaire rempli par le personnel enseignant, pourrait éclairer plus utilement la santé mentale de l’enfant dans plusieurs contextes [78]. La CBCL, en tout état de cause, n’est pas un instrument diagnostique, puisqu’elle ne vise qu’à évaluer les comportements problématiques de l’enfant [79]. On pourrait envisager d’y adjoindre un entretien diagnostique clinique structuré. Les études futures devraient donc envisager la randomisation des groupes, un groupe témoin actif, plusieurs mesures de suivi, plusieurs sources d’information et un entretien diagnostique clinique structuré, afin de permettre une compréhension plus complète des effets du traitement.
Cette étude visait à évaluer la faisabilité de BEST-F, une nouvelle intervention familiale fondée sur l’attachement. Ses résultats ont montré que BEST-F est prometteuse pour réduire les symptômes de psychopathologie de l’enfant et les symptômes de santé mentale des parents, et pour améliorer les comportements de soin. Ces améliorations se sont en outre maintenues et ont encore progressé avec le temps, comme on l’a observé au suivi à 8 semaines. Rapprochée de l’analyse qualitative de l’expérience des personnes participantes, BEST-F a le potentiel de devenir un modèle d’intervention efficace, faisable et acceptable pour les familles d’enfants de 3 à 11 ans qui présentent des symptômes de dépression et de troubles anxieux. Les résultats de cette étude enrichissent la littérature encore limitée sur les interventions familiales fondées sur l’attachement conçues pour traiter la dépression et les troubles anxieux de l’enfant.
Complexe Systémique : à retenir
L’intérêt systémique de BEST-Foundations est de traiter des symptômes d’enfant sans en faire une affaire individuelle : on commence par la dyade (temps de jeu dédié, retour vidéo, entretien réflexif sur l’histoire d’attachement du parent), puis on élargit à toute la famille, avec des métaphores partagées et des rituels. Deux résultats parlent directement à la clinique : les symptômes continuent de reculer après la dernière séance, comme si la famille avait pris le relais, et la détresse des mères diminue en même temps que celle des enfants, ce qui illustre la circularité entre santé mentale parentale et symptômes de l’enfant. Les familles décrivent l’entretien réflexif comme éprouvant mais éclairant. La prudence reste de mise : 17 familles, pas de groupe témoin hors la période d’attente, un suivi de huit semaines, et des mesures toutes remplies par les mères, qui évaluent à la fois leur enfant et elles-mêmes. L’évaluation émane en outre de l’équipe qui porte le modèle. C’est une étude de faisabilité encourageante, pas encore une preuve d’efficacité. À lire avec l’article sur le recadrage relationnel en thérapie familiale basée sur l’attachement, et avec l’article sur une intervention systémique ultra-brève pour les symptômes de l’enfant.
Notes de l’original
Note. Cet article s’inscrit dans la thèse de doctorat en psychologie (DPsych) de Kim Lee Kho à l’université Murdoch, Perth, Australie-Occidentale.
Remerciements. Cet article résume une recherche présentée dans la thèse de Doctor of Clinical Psychology de Kim L. Kho à l’université Murdoch. Kim tient à exprimer sa gratitude à sa direction de thèse principale, Andrew J. Lewis, et à sa codirection, Renita A. Almeida et Raylene Lewis, qui ont assuré la supervision initiale de son parcours doctoral. L’équipe remercie les nombreuses personnes qui ont contribué à l’élaboration du modèle BEST, dont John Toumbourou, John Bamberg et Michelle Benstead, ainsi que l’équipe clinique de l’université Murdoch qui a mis en œuvre les interventions BEST. Un grand merci à Allan Colthart et aux membres du comité de pilotage BEST d’Australie-Occidentale pour leur engagement et leur travail dans le développement et la promotion continus du programme BEST dans cet État. L’équipe remercie en outre les cothérapeutes de cette étude, qui ont consacré leur temps à l’animation du programme BEST-F, et chaque personne qui a accepté de participer à cette étude et y a consacré du temps.
Contributions. Conceptualisation, K.L.K. et A.J.L. ; méthodologie, K.L.K. et A.J.L. ; logiciels, K.L.K. et A.J.L. ; validation, K.L.K., A.J.L. et R.A.A. ; analyse formelle, K.L.K. et A.J.L. ; investigation, K.L.K. ; ressources, K.L.K., A.J.L. et R.A.A. ; curation des données, K.L.K. ; rédaction de la version initiale, K.L.K. ; relecture et révision, K.L.K., A.J.L. et R.A.A. ; visualisation, K.L.K. et A.J.L. ; supervision, A.J.L. et R.A.A. ; administration du projet, K.L.K. et A.J.L. ; obtention du financement, K.L.K. et A.J.L. Toute l’équipe a lu et approuvé la version publiée du manuscrit.
Éthique. L’étude a été menée conformément aux lignes directrices de l’université Murdoch et approuvée par son comité d’éthique (protocoles n° 2016/022 du 18 mars 2016 et n° 2018/089 du 20 décembre 2018).
Consentement éclairé. Le consentement éclairé de toutes les personnes impliquées dans l’étude a été obtenu. Un consentement écrit à la publication de cet article a été obtenu auprès des personnes concernées.
Liens d’intérêts. L’équipe déclare n’avoir aucun lien d’intérêts. Les financeurs n’ont joué aucun rôle dans la conception, la réalisation, l’interprétation ou la rédaction de l’étude.
Financement. Certaines composantes de cette recherche ont été financées par la Western Australia Anxiety Disorders Foundation et l’université Murdoch ; le programme BEST avait auparavant bénéficié de financements de Beyond Blue et d’une subvention ARC Linkage.
Avertissement de l’éditeur. Les déclarations, opinions et données contenues dans toutes les publications sont celles des personnes qui les signent ou y contribuent, et non de MDPI ni des éditeurs scientifiques. MDPI et les éditeurs scientifiques déclinent toute responsabilité pour tout préjudice aux personnes ou aux biens résultant d’idées, de méthodes, d’instructions ou de produits mentionnés dans le contenu.
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Traduction non officielle en français de Une thérapie familiale fondée sur l’attachement pour l’anxiété et la dépression de l’enfant : une évaluation par méthodes mixtes de BEST-Foundations, par Kim Lee Kho, Andrew J. Lewis et Renita A. Almeida, Children, vol. 11, no 12 (2024), doi : 10.3390/children11121552, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « An Attachment-Based Family Therapy for Anxiety and Depression in Children: A Mixed-Methods Evaluation of BEST-Foundations », publié dans Children (2024) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
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Kho, K. L., Lewis, A. J., et Almeida, R. A. (2024). Une thérapie familiale fondée sur l’attachement pour l’anxiété et la dépression de l’enfant : une évaluation par méthodes mixtes de BEST-Foundations (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/une-therapie-familiale-fondee-sur-l-attachement-pour-l-anxiete-et-la-depression (Œuvre originale publiée en 2024 dans Children, 11(12), 1552 (2024) ; republiée en 2024 par Children, https://www.mdpi.com/2227-9067/11/12/1552)
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