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Journal of Solution Focused Practices · Clinique

Vingt-huit ans d’émerveillement, jusqu’ici

Un vendredi de 1991, un travailleur social de pédopsychiatrie formé à la thérapie familiale structurale suit une journée avec Chris Iveson. Le lundi, il pose sa première question du miracle à Mandy, dont le fils de cinq ans refuse de dormir dans son lit ; la semaine suivante, tout est réglé, y compris les deux problèmes que l’expert en lui gardait pour les trois mois à venir. John Wheeler raconte ce que l’approche a changé dans son rapport à l’expertise, relit Foucault sur les pratiques de partage, puis laisse le dernier mot à Millie, une cliente récente qui a pleuré à la question du miracle et s’est réveillée différente. Un texte modeste sur ce que Bateson appelait la différence qui fait une différence.

Auteur John Wheeler (Northumbria University, Royaume-Uni)Première publication Journal of Solution Focused Practices, vol. 4, n° 1, 2020, p. 25-29Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction non officielle en français. Cet article est la traduction de Twenty-Eight Years of Amazement — So Far, de John Wheeler, publié dans le Journal of Solution Focused Practices (2020), doi : 10.59874/001c.75066, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Cette traduction n’a été effectuée ni par l’auteur ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Résumé. Le récit qui suit décrit le passage de l’auteur à la TBOS alors qu’il travaillait dans un service de santé mentale pour enfants et adolescents, et ses réflexions sur les influences qui ont marqué sa pratique avant la découverte de l’approche. À travers deux exemples de pratique, l’auteur partage son émerveillement persistant devant la capacité de la TBOS à être à la fois efficace et efficiente. L’article se conclut par le témoignage direct d’une personne qui a fait l’expérience de l’efficacité et de l’efficience de la TBOS en cherchant une thérapie pour un ensemble de difficultés anciennes.

Introduction

La thérapie brève orientée vers les solutions (TBOS) offre aux thérapeutes et à la clientèle l’occasion de travailler ensemble en puisant dans le meilleur que chaque partie peut apporter à la conversation. Le développement de ma propre compétence en TBOS m’a demandé de mettre de côté une grande part de la pensée d’expert qui influençait ma pratique avant que j’apprenne l’approche. Mettre de côté cette pensée d’expert a, je crois, laissé plus de place aux personnes accompagnées pour être expertes de leur vie, et pour mieux percevoir à la fois la vie qu’elles veulent vivre et les forces et ressources dont elles disposent.

En regardant mes 28 ans de pratique de la TBOS, je remarque que j’ai aussi éprouvé davantage quelque chose d’autre qui pourrait avoir de l’importance : l’émerveillement. L’émerveillement a été défini comme « l’émotion produite par des choses vraiment inhabituelles et surprenantes » (vocabulary.com, s. d.).

Une expérience de choses inhabituelles et surprenantes pourrait se rapporter à la pensée de Bateson sur l’information tirée des « différences qui font une différence » (1972, p. 272). Quand l’émerveillement survient dans des conversations thérapeutiques, ce peut être pour la personne accompagnée un indice qu’une information importante a émergé, et pour la thérapie un indice que quelque chose dans la pratique a aidé à ce que cela arrive.

Mon premier usage de la TBOS m’a émerveillé par la rapidité et la simplicité avec lesquelles des complexités se sont résolues. Garder de l’espace pour que les personnes accompagnées fassent des changements étonnants dans leur vie m’a demandé de veiller à faire tout mon possible pour privilégier leur perspective. Dans cet esprit, l’article se conclut par la perspective d’une cliente récente, laissant au lectorat le soin de juger dans quelle mesure l’usage de la TBOS a contribué à l’expérience de thérapie qu’elle décrit, et peut-être aussi à son propre émerveillement.

Contexte

J’ai rencontré la thérapie brève orientée vers les solutions lors d’un atelier d’une journée animé par Chris Iveson, de BRIEF, un vendredi de 1991. À l’époque, je mettais en œuvre ma formation en thérapie familiale comme travailleur social dans un service de santé mentale pour enfants et adolescents (CAMHS). Avant l’atelier, mon cadre de travail me plaçait en position d’expert vis-à-vis des familles, des parents, des jeunes et des enfants avec qui je travaillais. Comme ma formation en thérapie familiale était antérieure au tournant postmoderne du champ, annoncé par des articles comme « Constructing Realities » de Hoffman (1990), mon approche thérapeutique me plaçait aussi en position d’expert.

Avec le temps, j’ai aussi compris que j’avais été fortement influencé par le structuralisme. En CAMHS, j’avais été formé à explorer les problèmes que les gens apportaient, puis à utiliser mon savoir d’expert pour en trouver les causes sous-jacentes, causes cachées aux personnes ou perdues dans l’histoire. Trouver l’origine des problèmes avait parfois été assez excitant, comme un travail de détective. Mais le résultat final nous amenait souvent, les personnes que j’accompagnais et moi, en terrain difficile. Parfois les personnes n’étaient pas d’accord avec mes formulations, et mes engagements tournaient parfois à la persuasion ou à la coercition. D’autres fois, nous restions, de part et d’autre, à penser « et maintenant ? ».

Je me souviens d’un garçon de huit ans souffrant d’encoprésie. Par mon minutieux travail de détective, ses parents et moi avons établi que cela avait probablement commencé quand il avait trois ans, à la maternelle, alors qu’il attendait pour aller aux toilettes. La sirène d’un véhicule de secours l’avait effrayé et il avait eu un accident dans sa culotte. À cette découverte, nous avons enfin compris comment le problème avait commencé. Malheureusement, nous n’avions toujours aucune idée de la façon d’aider un garçon de huit ans à utiliser les toilettes quand il en avait besoin. En me familiarisant avec la TBOS, j’ai rencontré cette observation, habituellement attribuée à Einstein : « Nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec la pensée qui les a créés » (Einstein, s. d.). Je n’étais clairement pas le premier à remarquer une déconnexion entre problèmes et solutions.

Ma découverte de la TBOS

Le début de l’atelier sur la TBOS a sérieusement remis en question mes façons habituelles de penser mon travail. Beaucoup des idées clés semblaient contre-intuitives. L’intervenant parlait de personnes expertes de leur propre vie, capables de trouver leurs propres solutions. Une thérapie efficace n’exigeait pas non plus de trouver des causes sous-jacentes. La thérapie n’avait pas nécessairement besoin de savoir quel était le problème.

Pourtant, les exercices sur les moments où les problèmes de ma propre vie ne se produisaient pas, sur l’échelle de mes progrès face à un défi et sur la façon dont je pourrais savoir le lendemain qu’un miracle s’était produit dans la nuit m’ont fasciné. J’ai aussi été fasciné par les vidéos de la pratique de l’intervenant. Les personnes qu’il recevait étaient visiblement pleines d’énergie, animées, pleines de ressources. Avec le recul, je voyais que les personnes que je recevais n’avaient d’ordinaire pas cet air-là, et j’ai compris que la différence tenait probablement à ce que l’intervenant posait aux personnes qu’il recevait des questions différentes de celles que je posais d’habitude. À la fin de l’atelier, j’ai remarqué plusieurs changements importants en moi. Ayant suivi d’autres ateliers de thérapie auparavant, j’avais l’habitude de me dire que j’essaierais peut-être certaines des nouvelles possibilités de pratique apprises. Cette fois, j’étais décidé à essayer les questions de la TBOS en séance dès que possible.

Les questions de la TBOS étaient des questions que je n’avais jamais posées. C’étaient des questions qui pouvaient me conduire dans des parties de la vie des gens auxquelles je n’avais jamais pensé à m’intéresser. Ces questions avaient manifestement bien fonctionné pour l’intervenant et les personnes qu’il recevait. J’avais hâte de voir comment elles fonctionneraient pour moi avec celles que je recevais. Bien qu’au début de la journée beaucoup des propositions de l’intervenant m’aient paru contre-intuitives, à la fin de la journée je me disais que la TBOS était ce que j’avais trouvé de plus proche de la façon dont j’avais toujours désiré travailler avec les gens. Bien que l’approche ait d’abord heurté mes présupposés sur la pratique, je sentais qu’elle s’accordait bien avec mes valeurs et mon éthique. D’autres changements concernaient plus spécifiquement mes pensées sur le travail. J’ai remarqué qu’à 16 h 30 le vendredi, j’avais hâte de retourner au travail après le week-end. J’ai aussi remarqué que j’espérais que tout le monde viendrait à ses rendez-vous, pour que je puisse essayer cette nouvelle approche. C’étaient des pensées inhabituelles pour moi à l’époque, car les rendez-vous manqués offraient d’ordinaire une occasion bienvenue de rattraper la paperasse.

Le premier jour de retour au travail

De retour au travail, il était probablement évident, pour les personnes avec qui je travaillais déjà, que j’avais suivi une formation depuis notre dernière rencontre. Autant que je puisse en juger, personne ne voulait que j’arrête de poser les nouvelles questions de la TBOS. La première chose qui m’a émerveillé après l’atelier est venue de mon travail avec une famille que j’ai vue pour la première fois ce jour-là. Mandy et son fils de cinq ans, James (les prénoms ont été changés), avaient été adressés au CAMHS par la médecine générale parce que Mandy se débattait avec plusieurs difficultés. Mandy expliqua que, pendant la plus grande partie de la vie de James, elle avait vécu chez ses parents. Six mois avant l’orientation, ils s’étaient installés dans leur propre logement. J’entendis que James refusait de dormir dans son propre lit et faisait des colères quand il n’obtenait pas ce qu’il voulait. J’entendis aussi que, lors des visites chez ses parents, James demandait à rester avec eux plutôt que de rentrer avec sa mère. Les parents de Mandy sapaient son autorité en disant que James pouvait rester s’il le voulait. La part encore active d’expert de mon cerveau dressa un plan. D’abord, aider Mandy à établir une routine du coucher, puis, une fois Mandy plus confiante grâce à ce succès, s’attaquer aux colères. Enfin viendrait la pièce de résistance de ma thérapie familiale, une rencontre avec Mandy et ses parents pour établir des frontières plus claires et renforcer l’autorité de Mandy sur son fils. Malgré la persistance de ma pensée d’expert, je réussis à essayer quelque chose de l’atelier, la question du miracle. « Supposez », demandai-je, « que quand vous irez vous coucher ce soir, un miracle se produise, mais que, comme vous dormez, vous ne le sachiez pas. Quand vous vous réveillerez demain matin, comment pourrez-vous le savoir ? » La réponse immédiate de Mandy fut : « James aurait dormi dans son propre lit. » Me rappelant davantage de la formation, je posai une série de questions de suite. « Supposez que cela arrive, en quoi seriez-vous différente ? Qu’est-ce qui serait différent entre vous et James ? Comment vos proches pourraient-ils le voir ? Qu’est-ce qui pourrait être différent quand vous allez chercher James à l’école ? »

La séance se termina bientôt, et ils repartirent, prêts à revenir pour une autre rencontre la semaine suivante. M’attendant à un suivi de trois mois, je fus assez surpris d’entendre Mandy dire à son retour que tout allait mieux et qu’elle n’avait plus besoin de suivi. Invitée à en dire plus, Mandy expliqua que, dans le bus du retour, James avait déclaré « Je suis un grand garçon maintenant et je vais dormir dans mon lit », et qu’il l’avait fait depuis. Je ne pouvais que supposer que, tout en jouant avec le bac à sable de la pièce, James avait entendu sa mère décrire la vie qu’elle voulait et avait décidé qu’il voulait en faire partie. Supposant qu’il me restait du travail, je demandai des nouvelles des colères. Mandy expliqua qu’il n’y en avait plus eu depuis que James dormait dans son lit. Supposant qu’il y avait encore besoin de ma thérapie familiale experte, je demandai des nouvelles du sabotage par ses parents. Mandy expliqua que cela aussi avait cessé. Encore plus surpris, je demandai comment c’était arrivé. Mandy expliqua que cela avait été facile. Le lendemain de la première nuit de James dans son lit, elle était allée chez ses parents pendant qu’il était à l’école et leur avait dit que s’ils n’arrêtaient pas de la saper, ils ne le reverraient jamais. Mandy conclut la deuxième et dernière rencontre en confiant qu’elle n’avait pas toujours été aussi peu sûre d’elle qu’elle avait probablement paru à la première rencontre. Avant la naissance de James, elle avait été une jeune femme confiante, avec des projets pour sa vie. L’arrivée inattendue de James avait mis les projets en suspens et les avait obligés à vivre chez ses parents. Maintenant sa confiance était revenue, ainsi que son envie de recommencer à faire des projets pour sa vie.

Réflexions sur la pratique

Avant de découvrir la TBOS, je m’étais efforcé d’être aussi aidant et respectueux que possible envers les personnes avec qui je travaillais. Ce n’est qu’après m’être engagé dans les présupposés de la TBOS que j’ai pris davantage conscience des relations de pouvoir qui pouvaient être en jeu à cette époque. Au fil d’une formation complémentaire en thérapie familiale, j’ai rencontré l’œuvre du philosophe français Michel Foucault, qui proposait que les sociétés fonctionnent typiquement par des pratiques de partage (Dreyfus & Rabinow, 1982, p. 208) qui mettent à part les personnes considérées comme une menace. Comme professionnel travaillant en milieu de santé, j’ai été particulièrement interpellé par l’idée de Foucault que les professions contribuent à cette démarcation par des pratiques courantes dans mon service, l’évaluation et le diagnostic. Avant de découvrir la TBOS, avais-je été un participant actif d’un tel processus ? Avais-je contribué à ce que certaines familles se pensent dysfonctionnelles et d’autres non ? Avais-je contribué à ce que des jeunes se croient hors norme et d’autres non ? C’étaient des questions inconfortables.

La résolution des difficultés de Mandy en une seule rencontre, alors que je m’attendais à être engagé pendant trois mois, était certainement inhabituelle pour moi à l’époque. Si j’avais réussi à poser la question du miracle de bonne foi, en faisant confiance à la question et au potentiel de Mandy pour s’en servir, j’ai ensuite été surpris de voir à quel point mon premier usage avait bien marché. Avec le temps, j’ai souvent vu comment le changement rapide que permet la TBOS peut aisément prendre tout son sens après coup. Peut-être James a-t-il vu l’intérêt de faire partie de la vie que sa mère voulait. Se réveiller le matin après la première nuit de James dans son propre lit avait probablement fait une grande différence pour Mandy, lui rendant peut-être la confiance qu’elle avait eue. Peut-être cela a-t-il rendu plus probable que James accepte plus volontiers son autorité. Peut-être tout cela a-t-il donné à Mandy la confiance nécessaire pour adresser à ses parents la menace qu’ils n’osèrent pas ignorer. Vu ces possibilités, on comprend mieux comment tout cela a pu se produire après une conversation, et même au cours d’une seule journée.

Vingt-huit ans plus tard

Je continue d’être émerveillé par la rapidité et la qualité avec lesquelles la TBOS peut fonctionner. « Millie » est venue chercher de l’aide pour des habitudes qu’elle s’efforçait de surmonter depuis longtemps. Au départ, Millie décrivit plusieurs habitudes qu’elle ne voulait pas avoir dans sa vie et n’avait pas réussi à éliminer. Interrogée sur ce qu’elle espérait de nos conversations, Millie dit qu’elle voulait s’assurer que l’inquiétude ne l’empêchait pas de vivre au quotidien. En prenant cela pour définir le 10 d’une échelle de 0 à 10, Millie estima qu’elle était à 5. Explorer la différence entre 5 et 0 permit à Millie de reconnaître comment elle apprenait à gérer l’inquiétude et à être calme. Explorer d’autres moments où elle avait réussi à empêcher l’inquiétude de la gêner fit remonter d’autres stratégies réussies, et des conseils de ses parents qui se révélèrent utiles. La question d’échelle donna aussi à Millie l’occasion de réfléchir à ce qui distinguerait 6 de 5, ce qui aida à identifier les habitudes qu’elle était prête à traiter. Quand j’ai appris à poser la question du miracle, j’utilisais la formule « et les problèmes qui vous amènent aujourd’hui sont résolus… ». Avec le temps, j’ai constaté que la question aidait davantage les personnes à décrire en détail ce qu’elles voulaient quand la formulation incluait les espoirs tirés de la conversation. Pour Millie, la question devint donc : « Quand vous irez vous coucher ce soir, un miracle se produit, et l’inquiétude ne vous empêche plus de vivre au quotidien, mais comme vous dormez, vous ne le savez pas. Quand vous vous réveillerez demain matin, quel serait le premier signe que le miracle s’est produit ? »

Un changement rapide s’est produit pour Millie, tout comme pour Mandy. À la différence de Mandy, Millie est venue à quelques rencontres de plus pour consolider ses progrès, et elle a rapporté pendant ce temps d’autres améliorations dans des domaines de sa vie qu’elle n’avait pas mentionnés à la première rencontre, dont une peur de l’avion. L’amélioration rapide de Millie fut pour moi un autre exemple de quelque chose d’inhabituel. Après 28 ans de pratique de la TBOS, j’étais toutefois moins surpris, ayant été témoin tant de fois de changements inhabituellement rapides.

Après une troisième rencontre, Millie accepta de partager avec moi, pour cet article, son expérience de la TBOS lors de notre première séance. Je suis particulièrement reconnaissant à Millie d’avoir pris le temps et la peine de mettre en mots ce qui fut, à l’évidence, une expérience étonnante pour elle. En fin de compte, les personnes les mieux placées pour commenter l’utilité de la TBOS sont celles qui ont fait l’expérience de l’approche et ont vu comment elle fonctionne pour elles. Dans cet esprit, je laisse maintenant le dernier mot à Millie.

Le récit de Millie

Je suis entrée pour la première fois dans le bureau de John en juin. J’étais excitée, nerveuse, anxieuse et très sceptique. J’avais entendu beaucoup de bien de la thérapie, mais pour moi, l’idée que ce qui semblait être mes maux de toujours puisse être décomposé et retiré de moi paraissait inconcevable. Depuis dix ans (et plus), je vivais avec ces idées et ces pensées qui avaient souvent un effet terrible sur ma santé mentale. À la mention d’une thérapie, je grimaçais, ou j’avais honte, ou j’avais le sentiment que quelque chose n’allait vraiment « pas » chez moi. Je préférais de loin dire « je vais voir le monsieur de (l’endroit où nous nous rencontrions) » ou « je vois quelqu’un pour m’aider à gérer mon stress ». Avec le recul, c’était faux. La réalité, c’est que je souffrais depuis trop longtemps d’anxiété et de troubles obsessionnels compulsifs, aggravés par le stress.

Pendant notre première séance, John et moi avons parlé de toutes sortes de choses et il m’a posé diverses questions, quand il arrivait à placer un mot. Beaucoup de ce dont nous avons parlé restera gravé en moi, mais une chose en particulier résonne encore aujourd’hui : l’idée du « miracle », l’idée qu’au réveil le lendemain matin, tous mes « problèmes » auraient disparu et que je le remarquerais minute après minute tout au long de la journée. J’ai pleuré. J’ai pleuré parce que pour moi, cela ne semblait rien de plus qu’un beau rêve que j’aurais aimé faire, quelque chose d’inaccessible mais que je voulais pourtant si désespérément.

Le lendemain matin, je me suis réveillée et j’ai vaqué à ma journée comme d’habitude, mais l’envie d’accomplir ces tâches obsessionnelles avait considérablement diminué. J’étais soudain si consciente de ne pas « faire » mes actions habituelles de la même façon obsessionnelle. J’avais un sentiment de contrôle. Si j’avais un problème ou me sentais mal, je trouverais un moyen de le traverser. Une autre chose que je savais, c’est que « ça va passer », une phrase qui a été maintes fois une musique à mes oreilles. Les choses ne pouvaient sûrement qu’aller mieux ? Et c’est ce qu’elles ont fait.

En seulement quelques courtes séances, je me suis sentie rafraîchie, régénérée et prête à vivre ma vie. Personne n’est parfait et chacun a des ennuis d’une sorte ou d’une autre. Beaucoup arrivent à les surmonter, d’autres non, mais parfois il ne s’agit pas de faire les choses parfaitement, mais plutôt de se conduire d’une façon qui est parfaite pour soi. Je ne vais pas mentir, je suis assez nerveuse à l’idée que mon temps avec John prenne fin, mais je ne pourrais pas lui être plus reconnaissante de m’avoir aidée à retrouver mon étincelle. Je sais maintenant avec certitude que je PEUX et que je VAIS trouver une solution à tout ce que j’aurai encore à affronter. C’est vraiment comme un miracle (Millie, communication personnelle, 9 août 2019).

Complexe Systémique : à retenir

Un récit de conversion, avec ce que le genre a de convaincant et de fragile : deux cas qui marchent et le témoignage d’une cliente reconnaissante ne prouvent rien, et l’auteur le sait, qui laisse juger le lectorat. Ce qui vaut, c’est la description honnête de l’avant : le travail de détective structural qui trouve la sirène de la maternelle et ne sait plus quoi en faire, le plan en trois étapes que l’expert dresse avant même d’avoir posé une question, et la façon dont une seule question a rendu ce plan inutile parce que l’enfant écoutait sa mère décrire la vie qu’elle voulait. La lecture par Foucault des pratiques de partage, évaluation et diagnostic comme mise à part, est plus profonde que son ton modeste ne le laisse voir. À lire avec l’histoire informelle de la thérapie brève orientée vers les solutions et l’évaluation des réponses à la question du miracle.

Références

Bateson, G. (1972). Steps to an Ecology of Mind. University of Chicago Press.

Albert Einstein Quotes. (s. d.). BrainyQuote.com. Consulté le 24 juin 2020.

Dreyfus, H. L., & Rabinow, P. (1982). Michel Foucault: Beyond Structuralism & Hermeneutics. University of Chicago Press.

Hoffman, L. (1990). Constructing Realities: An Art of Lenses. Family Process, 29, 1-12.

Vocabulary.com (s. d.). www.vocabulary.com/dictionary/amazement

Traduction non officielle en français de Twenty-Eight Years of Amazement — So Far, de John Wheeler, publié dans le Journal of Solution Focused Practices, vol. 4, n° 1 (2020), p. 25-29, doi : 10.59874/001c.75066, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence. Ni l’auteur ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Twenty-Eight Years of Amazement — So Far », publié dans Journal of Solution Focused Practices (2020) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Wheeler, J. (2020). Vingt-huit ans d’émerveillement, jusqu’ici (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/vingt-huit-ans-d-emerveillement-jusqu-ici (Œuvre originale publiée en 2020 dans Journal of Solution Focused Practices, vol. 4, n° 1 (2020), p. 25-29 ; republiée en 2020 par Journal of Solution Focused Practices, https://journalsfp.org/article/75066)

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