Cette version a été traduite de l'anglais par Complexe Systémique avec l'aide de l'intelligence artificielle. En cas de doute, la version originale fait foi.
PLOS ONE · Couple
Quand une femme attend un choc électrique, la main de son conjoint peut apaiser son cerveau, à condition que le lien soit solide. L’équipe de Susan Johnson et de James Coan a placé 23 femmes en couple en détresse dans un appareil d’IRM, avant et après une thérapie de couple centrée sur l’émotion (EFT). Après la thérapie, la main du partenaire calme bien davantage les régions cérébrales de la menace.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Apaiser le cerveau menacé : tirer parti du réconfort par le contact avec la thérapie centrée sur l’émotion, par Susan M. Johnson, Melissa Burgess Moser, Lane Beckes, Andra Smith, Tracy Dalgleish, Rebecca Halchuk, Karen Hasselmo, Paul S. Greenman, Zul Merali et James A. Coan, publié dans PLOS ONE (Public Library of Science) (2013), doi : 10.1371/journal.pone.0079314, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau 1 est présenté sous forme de liste ; les cinq figures sont reprises avec une légende traduite (schémas originaux en anglais) ; le tableau supplémentaire S1 n’est pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Un lien sécure avec une figure d’attachement n’aide pas les personnes à garder leur équilibre en renforçant leurs capacités d’autorégulation, mais en réduisant la perception et l’importance des menaces.
Susan M. Johnson, Melissa Burgess Moser, Lane Beckes, Andra Smith, Tracy Dalgleish, Rebecca Halchuk, Karen Hasselmo, Paul S. Greenman, Zul Merali et James A. Coan
Résumé
Les relations sociales sont étroitement liées à la santé et au bien-être. Des travaux récents suggèrent qu’elles peuvent même remplir des fonctions vitales de régulation émotionnelle, en réduisant l’activité neuronale liée à la menace. Mais la détresse relationnelle reste un problème de santé publique important en Amérique du Nord et ailleurs. Une approche prometteuse pour aider les couples à la fois à sortir de la détresse relationnelle et à cultiver un fonctionnement interpersonnel efficace est la thérapie de couple centrée sur l’émotion (EFT, Emotionally Focused Therapy), une thérapie manualisée, validée empiriquement, fortement centrée sur la réparation des liens d’attachement adultes. Nous avons cherché à examiner un indice neuronal de la régulation sociale des émotions comme médiateur possible des effets de l’EFT. Plus précisément, nous avons examiné l’efficacité de l’EFT pour modifier la régulation sociale des réponses neuronales à la menace, à l’aide d’une procédure de tenue de la main en IRMf. Les résultats suggèrent que l’EFT a modifié la représentation cérébrale des signaux de menace en présence du partenaire amoureux. Des changements liés à l’EFT ont aussi été observés lorsque la main était tenue par un inconnu, mais ces effets dépendaient de la qualité de la relation rapportée par les participantes. L’EFT a aussi semblé accroître, dans la condition sans main tenue, l’activité cérébrale liée à la menace dans des régions associées à l’autorégulation. Ces résultats ouvrent une fenêtre décisive sur les mécanismes de régulation des relations proches en général, et de l’EFT en particulier.
Si des liens sociaux forts nous aident à vivre plus longtemps et en meilleure santé, l’isolement social et les conflits relationnels accroissent notre risque d’une foule de troubles psychiques et physiques [1], [2]. À l’aide de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), Coan et son équipe [3] ont récemment demandé à 16 femmes heureuses en mariage de faire face à la menace d’un choc électrique, soit seules, soit en bénéficiant d’une forme de réconfort par le contact [4], le simple fait de se tenir la main, avec leur conjoint ou avec un inconnu. Lorsque leur conjoint leur tenait la main, les femmes vivant les relations de la plus haute qualité présentaient des activations liées à la menace fortement diminuées dans l’ensemble du cerveau, notamment dans l’insula antérieure droite, l’hypothalamus et le cortex préfrontal dorsolatéral. Les femmes dont la relation était de moindre qualité ne bénéficiaient pas pleinement de l’effet régulateur de la main tenue, et l’effet régulateur était encore plus faible lorsque la main était celle d’un inconnu. Néanmoins, affronter seule la menace du choc provoquait le niveau le plus élevé d’activation cérébrale liée à la menace. Sur la base de ces résultats et d’autres [5]–[10], Coan et son équipe ont soutenu que la proximité de ressources sociales régule les affects négatifs en atténuant la perception de la menace [11]–[13].
La détresse relationnelle reste un problème de santé publique important en Amérique du Nord et ailleurs, avec un taux de divorce stable de 40 % pour les premiers mariages [14]. Et les séquelles négatives du divorce peuvent être chroniques et graves [15]. Une détresse relationnelle importante au sein des couples engagés altère un large éventail de fonctionnements sociaux, psychologiques, professionnels et physiques [16], [17]. Une approche prometteuse pour aider les couples à sortir de la détresse relationnelle est la thérapie centrée sur l’émotion (EFT) [18]. L’EFT est efficace pour traiter la détresse relationnelle [19]. Les premières recherches suggéraient que l’EFT était supérieure à la thérapie conjugale comportementale [20], et une méta-analyse plus récente [21] a conclu que 70 à 73 % des couples qui suivent une EFT ne sont plus en détresse relationnelle à la fin de la thérapie, avec une taille d’effet moyenne de d = 1,3. En outre, chez des couples en détresse à haut risque de rechute, les acquis du traitement par EFT restent stables sur des périodes d’évaluation de deux et trois ans [22], [23]. Surtout, l’EFT est centrée sur le renforcement des liens d’attachement adultes [24], [25], en mettant l’accent sur la confiance, l’interdépendance, l’apaisement et la sécurité [18], [26], [27]. L’EFT a aussi été appliquée avec succès à des couples dont l’un des partenaires ou les deux font face à des antécédents d’abus sexuels dans l’enfance [28], [29], à une dépression majeure [30], [31], et même à un cancer du sein [32].
Nous avons cherché à examiner l’effet de l’EFT sur le recours au contact social pour réguler à la baisse les réponses neuronales à la menace, en utilisant la procédure de tenue de la main en IRMf de Coan et al. La théorie de l’EFT affirme explicitement que l’EFT agit sur la capacité d’un couple à apaiser les émotions difficiles de chacun en renforçant son lien d’attachement. Le paradigme de la main tenue offre l’occasion de tester directement cette affirmation sur le cerveau en fonctionnement. En outre, il est d’un intérêt théorique général de tester si la capacité d’un couple à réguler la réponse neuronale de chacun à la menace peut être renforcée par une intervention ciblée. La nature intrasujet de la procédure de la main tenue offrait en plus la possibilité d’évaluer l’EFT au moyen d’un plan à niveaux de base multiples modifié [33], qui nous a permis de mettre en place des conditions de contrôle au lieu d’un groupe témoin. Nous avons ainsi fait l’hypothèse que l’EFT 1) renforcerait l’effet régulateur de la main tenue par le conjoint, en particulier dans le CPFdl et l’hypothalamus [3], [8], [13] ; 2) renforcerait faiblement l’effet régulateur de la main tenue par un inconnu ; et 3) laisserait relativement inchangée la réponse à la menace dans la condition seule.
Cette étude a été approuvée par le comité d’éthique de la recherche de l’Université d’Ottawa et par le comité d’examen institutionnel pour la recherche en sciences de la santé de l’Université de Virginie. Un consentement éclairé écrit a été obtenu auprès de toutes les personnes participantes avant leur entrée dans l’étude.
Vingt-quatre couples mariés (22 unions légales, 2 unions de fait) ont été recrutés par des annonces dans les médias, des affiches dans des organismes communautaires locaux et des orientations depuis un cabinet privé local d’Ottawa (Ontario, Canada). Pour être admissibles, les couples 1) devaient avoir au moins 25 ans ; 2) devaient être engagés de façon exclusive et vivre ensemble depuis au moins un an ; 3) ne pouvaient pas avoir reçu auparavant un diagnostic de trouble psychotique, ni prendre actuellement un médicament connu pour traiter la psychose ou les troubles psychotiques ; 4) ne pouvaient pas suivre actuellement un traitement psychothérapeutique (psychologique ou psychiatrique), ni en prévoir un dans les six mois suivants ; 5) ne pouvaient pas boire plus de 14 verres d’alcool par semaine, consommer une quelconque drogue illégale ou faire un mauvais usage de médicaments sur ordonnance ; et 6) ne pouvaient pas avoir d’antécédents de violences physiques ou sexuelles, dans l’enfance ou à l’âge adulte. Les couples étaient aussi exclus s’ils rapportaient des antécédents de violences physiques ou sexuelles dans leur relation actuelle. Enfin, les deux partenaires devaient rapporter un niveau modéré de détresse relationnelle, évalué par l’échelle d’ajustement dyadique (DAS ; [34]), une mesure de l’ajustement relationnel en 32 items qui demande aux partenaires d’évaluer la fréquence des désaccords et des échanges positifs sur des échelles de Likert de 1 à 5 ou de 1 à 6. Des scores DAS plus élevés indiquent une meilleure qualité relationnelle ; ils vont de 0 à 150. Des scores DAS entre 80 et 95 sont censés indiquer une détresse relationnelle légère à modérée, et des scores inférieurs à 80, une détresse relationnelle sévère [35]. Les couples étaient admissibles à cette étude si leur score DAS moyen se situait entre 80 et 97. Les partenaires de cette étude étaient majoritairement de type caucasien, âgés de 44 à 45 ans, et engagés dans des relations de longue durée (durée moyenne rapportée de la relation : 17 ans).
La partenaire féminine, seule des deux partenaires à passer les examens IRMf conformément à la méthode originale de Coan et al. [3], devait satisfaire à des critères d’inclusion supplémentaires liés à l’IRMf. Les femmes étaient exclues de la participation à l’étude si elles 1) avaient d’importants problèmes de dos ou avaient souffert de claustrophobie par le passé, ce qui aurait gêné la procédure d’IRMf ; 2) pesaient plus de 200 livres (environ 90 kg) ; 3) étaient enceintes, allaitaient ou cherchaient à concevoir ; 4) portaient un implant à activation mécanique ou métallique, un appareil de contention dentaire permanent, un piercing impossible à retirer ou un implant électrique ; et 5) avaient des antécédents ou un diagnostic actuel de crises convulsives, de diabète nécessitant de l’insuline, d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral, de caillots sanguins, d’hypertension artérielle ou de douleur chronique. Le partenaire masculin devant se trouver dans la salle d’examen, près du tunnel de l’aimant, sa compatibilité avec l’IRM a aussi été vérifiée.
Les couples intéressés ont d’abord passé un entretien téléphonique semi-directif de 30 minutes pour déterminer l’âge, la situation relationnelle, la durée de la relation, l’état de santé mentale, la consommation actuelle d’alcool et de drogues, et d’éventuels antécédents de violences sexuelles et physiques. Les deux partenaires ont été invités à répondre aux items de la DAS [34] pour déterminer si le couple satisfaisait ou non au critère de détresse relationnelle. Sur les 666 couples initialement intéressés par l’étude, 62 ont été jugés admissibles à l’issue de l’entretien téléphonique.
Lors de la première visite au laboratoire, les personnes participantes ont donné leur consentement éclairé selon les règles fixées par le comité d’éthique de la recherche de l’Université d’Ottawa. Ensuite, chaque partenaire a rempli séparément une série de questionnaires comportant des questions précises et détaillées sur la détresse relationnelle, la consommation d’alcool et de drogues, et d’éventuels antécédents de violences dans la relation. À l’issue de cette séance, 35 couples ont été jugés admissibles pour poursuivre leur participation à l’étude.
Les procédures d’examen IRMf ont suivi de près celles de Coan et al. [3] et ressemblaient à des travaux antérieurs de Singer et al. [6]. Concrètement, la main tenue par le conjoint ou par un inconnu a été comparée à une condition sans main tenue (seule), le tout dans un contexte de menace de choc. Les personnes dont le cerveau était imagé étaient des femmes, et les personnes qui tenaient la main (conjoints et inconnus) étaient des hommes. Le sexe de l’inconnu était communiqué aux participantes. Les inconnus de l’expérience ignoraient les hypothèses de l’étude. À la clinique St-Joseph de Gatineau (Québec), les participantes ont été familiarisées avec l’environnement de l’IRM et les tâches expérimentales, ont suivi les procédures habituelles de retrait de tous les objets ferromagnétiques (montres, par exemple), ont reçu une protection auditive (écouteurs et bouchons d’oreilles), ont été positionnées dans l’antenne de tête et placées dans le tunnel de l’appareil. Avant le premier examen, deux électrodes de choc Ag-AgCl ont été fixées sur la cheville gauche de chaque participante. Les participantes restaient en contact permanent avec l’équipe expérimentale par interphone.
Les participantes ont observé 10 signaux de menace et 10 signaux de sécurité, dans un ordre aléatoire, au sein de chacun de trois blocs contrebalancés, soit 20 essais par bloc. Les essais étaient randomisés au sein de chaque sujet et l’ordre des blocs contrebalancé entre les sujets. Pendant un bloc, l’épouse tenait la main de son mari. Pendant un autre, elle tenait la main d’un expérimentateur masculin anonyme, qu’elle ne voyait pas. (Les épouses n’ont été présentées à l’homme anonyme qui leur tenait la main qu’une fois l’expérience terminée.) Pendant le bloc restant, personne ne tenait la main. La main droite des sujets servait pour toutes les conditions de main tenue ; la main gauche servait à donner, au moyen d’un boîtier à boutons, des évaluations du vécu subjectif. Les signaux de menace (un « X » rouge sur fond noir) indiquaient une probabilité de 20 % de recevoir un choc électrique à la cheville. Les signaux de sécurité (un « O » bleu sur fond noir) indiquaient qu’aucun choc n’était possible. Les chocs électriques étaient administrés au moyen d’un stimulateur physiologique isolé (Coulbourn Instruments, Allentown, Pennsylvanie), d’une durée de 200 ms à 2 mA. Tous les sujets recevaient deux chocs par bloc.
Chaque essai commençait par un signal de menace ou de sécurité d’une durée d’une seconde, suivi d’une période d’anticipation variant de 4 à 10 s. Les sujets avaient pour consigne de fixer leur attention sur une croix de fixation pendant la période d’anticipation. Les chocs n’étaient administrés qu’à la fin de la période d’anticipation. La fin de l’essai était signalée par un petit cercle, après quoi les sujets avaient pour consigne de se reposer jusqu’au début de l’essai suivant. La période de repos, pendant laquelle un écran noir était présenté, variait elle aussi de 4 à 10 s. À la fin de chaque bloc, les sujets évaluaient leur ressenti subjectif d’agrément (valence) et d’agitation (activation) sur les échelles du Self-Assessment Manikin (SAM) [36]. À l’aide de ces instruments picturaux non verbaux en 5 points, les sujets donnaient une évaluation de l’agrément et une évaluation de l’activation pour chaque condition de main tenue, en saisissant leurs scores avec le boîtier à boutons placé dans leur main gauche.
Au total, 35 couples ont passé l’examen IRMf d’une heure et demie avant la thérapie. Au cours de la thérapie, 5 couples ont soit attendu un enfant, soit commencé à prendre un médicament, soit révélé des antécédents de traumatisme, ce qui les rendait inadmissibles à l’étude. Quatre couples ont abandonné la thérapie et n’ont donc pas passé l’examen après l’EFT, deux couples ont été écartés pour données manquantes, et un autre a été écarté parce que l’activation cérébrale globale liée à la menace, dans diverses régions, en faisait une valeur statistique aberrante extrême (par exemple, plus de trois écarts types sous la moyenne du reste de l’échantillon). Il restait ainsi 23 couples ayant participé à toutes les mesures. Après l’examen IRMf postthérapie, ces couples sont venus une dernière fois au laboratoire, où ils ont rempli l’ensemble des questionnaires postthérapie.
Après les examens IRMf préthérapie, chaque couple a été attribué au hasard à l’une des 15 personnes bénévoles, psychologues et/ou spécialistes du travail social, ayant reçu une formation à l’EFT dispensée par la personne qui signe en premier. Le nombre moyen de séances pour l’ensemble des couples était de 22,9 (6,6), de 13 à 35 séances, et la durée approximative de la thérapie allait de 3,25 à 8,75 mois. La durée des séances et de la thérapie variait selon les difficultés exposées par les couples et leur progression à travers les événements de changement thérapeutique définis par l’EFT [18], [28]. Concrètement, le traitement prenait fin lorsqu’on estimait, selon les lignes directrices de l’EFT, qu’un couple avait atteint 1) l’« adoucissement » (softening), un état de vulnérabilité et de partage des besoins d’attachement entre partenaires [37], et 2) la « consolidation », où l’on passe en revue avec le couple les acquis du traitement.
L’EFT est un traitement manualisé qui conçoit la détresse relationnelle comme le reflet d’une déconnexion émotionnelle et de besoins d’attachement non satisfaits [18]. Lorsqu’une personne perçoit chez l’autre membre du couple de l’indisponibilité, un manque de réceptivité, de la critique ou du rejet, elle adopte souvent des stratégies de régulation émotionnelle qui, sans le vouloir, entretiennent, voire aggravent, la détresse relationnelle et affaiblissent le lien d’attachement. Il s’agit notamment de blâmer et d’exiger avec anxiété, ou de se retirer et de se fermer [38]. Dans la première étape de l’EFT, la désescalade, la personne thérapeute aide chaque partenaire à observer en pleine conscience leur cycle négatif, et à voir l’abandon et le rejet qu’il engendre comme leur ennemi commun, un ennemi que le couple peut travailler ensemble à contenir. À l’étape 2, la restructuration, les partenaires s’efforcent de découvrir et de partager leurs peurs et leurs aspirations d’attachement, en trouvant peu à peu des façons de se les exprimer clairement, d’une manière qui favorise la proximité, l’accessibilité émotionnelle et la réceptivité d’un lien plus sécure. Le couple peut alors passer à l’étape 3, la consolidation des acquis du traitement [18], [37].
Pour garantir que les thérapeutes respectaient le protocole de traitement de l’EFT, deux procédures ont été suivies. D’abord, Susan Johnson, l’une des personnes à l’origine de l’EFT, a tenu des réunions mensuelles de supervision avec les thérapeutes participant à l’étude pour traiter les obstacles possibles au respect du manuel de traitement de l’EFT. Ensuite, nous avons utilisé une liste de contrôle de la mise en œuvre de la thérapie qui s’était révélée utile dans des études antérieures sur l’EFT [39], [40]. L’instrument répertorie huit « énoncés » propres à l’EFT et huit énoncés non EFT qu’une personne thérapeute pourrait utiliser à tout moment. Deux personnes indépendantes, étudiantes de cycle supérieur formées aux interventions de l’EFT, ont codé un tiers des enregistrements de thérapie de chaque couple de la présente étude. Pour chaque séance sélectionnée, environ 10 minutes d’enregistrement ont été codées, à partir de la 20e minute. Au total, 4 143 énoncés de thérapeutes ont été codés, avec une fidélité interjuges (kappa) de 0,71, ce qui indique un accord substantiel entre les deux codages [41]. Sur ces 4 143 énoncés, 93,5 % ont été codés comme des interventions propres à l’EFT dans les deux codages, ce qui suggère un haut niveau de fidélité aux protocoles de l’EFT. Le nombre d’énoncés propres à l’EFT ne différait pas selon les thérapeutes ni selon l’évolution des scores DAS entre avant et après. En somme, tous les couples ont reçu la thérapie telle qu’elle était prévue.
Toute l’imagerie a été réalisée sur un appareil IRM Siemens Magnetom Symphony de 1,5 tesla installé à la clinique St-Joseph de Gatineau (Québec). Les participantes étaient allongées sur le dos, la tête maintenue dans une antenne de tête émettrice-réceptrice CP à miroir intégré. Un localisateur conventionnel en écho de spin pondéré en T1 a été acquis pour vérifier que la ligne commissure antérieure – commissure postérieure (CA-CP), en vue sagittale, était perpendiculaire au gradient de sélection de coupe. L’IRM structurelle et l’IRMf du cerveau entier en imagerie écho-planaire, fondée sur l’effet BOLD, ont été réalisées avec une séquence d’impulsions en écho de gradient : TR/TE 2000/30 ms, angle de bascule 90°, champ de vue 288 mm, matrice 64×64, épaisseur de coupe 4,5 mm, 26 coupes transversales, bande passante 2,5 kHz.
Les fichiers d’images bruts ont été transférés électroniquement au laboratoire de James Coan à l’Université de Virginie. Les images ont été prétraitées et analysées avec le logiciel FMRIB Software Library (FSL) (version 5.98 ; www.fmrib.ox.ac.uk/fsl). Le mouvement a été corrigé avec l’outil de recalage linéaire d’images de FMRIB (MCFLIRT), avec correction du temps d’acquisition des coupes et un filtre passe-haut d’une fréquence de coupure de 100 secondes, qui a éliminé les signaux sans rapport avec les stimuli. L’extraction du cerveau a été réalisée avec l’outil Brain Extraction Tool de Smith [42], qui a éliminé dans les données IRMf les voxels indésirables ne correspondant pas à du tissu cérébral. Les images ont ensuite subi un lissage spatial au moyen d’un noyau gaussien de 5 mm de largeur à mi-hauteur, et une normalisation par la moyenne globale.
Pour déterminer la réponse neuronale normative des participantes à la menace, il fallait un contraste entre l’activation aux signaux de menace et aux signaux de sécurité (menace moins sécurité). Une approche par régions d’intérêt (ROI) a été appliquée, en utilisant une carte indépendante des régions sensibles à la menace issue de l’analyse de Coan et al. [3]. Cela nous a permis d’identifier des régions sensibles à la menace à la fois dérivées empiriquement et indépendantes de l’échantillon actuel. Dans Coan et al., les séries temporelles avaient été ajustées à une réponse hémodynamique idéale au moyen d’un modèle linéaire général par moindres carrés, les paramètres de mouvement étant introduits comme covariables. Les poids bêta menace-sécurité de la condition seule avaient été convertis en pourcentage de variation du signal, et les cartes d’activation transformées dans l’espace standardisé de Talairach [43]. Pour la présente étude, ces cartes ont ensuite été recalées dans l’espace standard de l’Institut neurologique de Montréal (MNI) [44]. Ces cartes fonctionnelles présentant de larges activations hétérogènes, nous les avons découpées par structure dans l’espace MNI pour créer un ensemble final de masques fonctionnels, à l’aide des atlas cortical et sous-cortical Harvard-Oxford de FSLView. Point important, bien que ces ROI soient fonctionnellement identiques à celles de Coan et al., elles ne sont pas découpées de la même manière. Cela signifie que, dans de nombreux cas, les ROI analysées par Coan et al. portent d’autres noms que les ROI présentées ici. Cela tient entièrement au passage de l’espace de Talairach à l’espace MNI et à l’usage d’atlas différents. Les estimations des paramètres ont ensuite été extraites de chaque ROI dans chaque condition (avec le contraste menace-sécurité) pour chaque sujet à l’aide de FEATQuery, puis converties en estimations du pourcentage de variation du signal. Ces estimations ont ensuite servi à une analyse au moyen du logiciel statistique PASW (PASW Statistics, v 18, www.spss.com), version 18. Le tableau 1 recense toutes les ROI utilisées pour tester les effets selon les conditions de main tenue, dans le temps et selon les scores DAS.
Tableau 1 — Régions d’intérêt sensibles à la menace
Pour chaque région : taille de l’amas en voxels, coordonnées du centroïde (x, y, z) et, le cas échéant, effets observés après l’EFT (codes expliqués en note). Quand une région comporte deux amas, le second est indiqué à la suite.
Régions frontales et cingulaires antérieures
Régions insulaires et sous-corticales
Régions temporo-pariétales et cingulaires postérieures
1 = partenaire < seule ; 2 = inconnu < seule ; 3 = partenaire < inconnu ; 4 = partenaire < seule chez les couples aux scores DAS les plus bas ; 5 = inconnu < seule chez les couples aux scores DAS les plus bas. Note : dans aucun cas l’activité n’a été plus faible dans la condition de l’inconnu que dans celle du partenaire.
L’intervention EFT a significativement accru la qualité conjugale mesurée par le score total à la DAS, T(17) = −3,65, p = 0,002, Mpré-EFT = 81,2 (ET = 14,0), Mpost-EFT = 96,0 (ET = 17,2). Une interaction significative a été observée entre la main tenue et l’EFT sur l’activation (arousal), F(2 ; 19) = 5,8, p = 0,01, ηp2 = 0,38, ce qui suggère qu’après la thérapie, les participantes rapportaient davantage d’activation avec l’inconnu et moins d’activation avec leur partenaire, F(2 ; 19) = 5,8, p = 0,01, ηp2 = 0,38 (voir la figure 1). Une interaction significative entre la main tenue et l’EFT sur la valence, F(2 ; 19) = 3,7, p = 0,04, ηp2 = 0,28, suggère qu’après la thérapie, les participantes ressentaient moins de négativité lorsque leur partenaire leur tenait la main, F(2 ; 19) = 3,7, p = 0,04, ηp2 = 0,28.

Pour déterminer les effets de l’EFT sur le paradigme de la main tenue, une démarche en deux étapes a été employée. D’abord, le pourcentage moyen de variation du signal (menace – sécurité) de l’ensemble des voxels activés dans l’étude originale de Coan et al. sur la main tenue a été calculé pour chaque sujet, dans chaque condition d’EFT et de main tenue. Cela permettait un test unique de l’effet de l’EFT et de la main tenue sur toutes les ROI liées à la menace à la fois. Nous avons utilisé un modèle à effets mixtes testant la condition de main tenue (seule vs inconnu vs partenaire) et l’EFT (avant vs après la thérapie), en incluant la DAS comme covariable répétée. Des effets significatifs dans ce premier modèle suggéreraient qu’aucune des ROI liées à la menace ne différait significativement quant à la manière dont la main tenue l’affectait.
Dans une seconde étape, toutefois, nous avons testé séparément un certain nombre de ces ROI. Là encore, des modèles à effets mixtes ont été calculés pour chaque ROI, testant la condition de main tenue (seule vs inconnu vs partenaire) et l’EFT (avant vs après la thérapie), avec la qualité conjugale (DAS, avant et après) comme covariable répétée. Les modèles à effets mixtes sont relativement robustes aux violations de l’hypothèse de sphéricité dans les données à mesures répétées [45]. Les tests F ont été réalisés avec l’approximation de Satterthwaite pour estimer les degrés de liberté du dénominateur. Comme les degrés de liberté du dénominateur estimés de cette manière dépendent à la fois de la taille de l’échantillon et de la structure de variance, on peut obtenir des estimations différentes pour chaque test F. Une vue d’ensemble de toutes les interactions significatives avec le facteur EFT (avant vs après) est présentée dans le tableau 1. Les moyennes et les erreurs types figurent dans le tableau supplémentaire S1.
Le test omnibus de l’EFT et de la main tenue sur l’ensemble des voxels activés dans l’étude originale de Coan et al. a indiqué une interaction significative entre l’EFT, la main tenue et la DAS, F(2 ; 72,6) = 3,6, p = 0,03 (seule × EFT × DAS, b = 10,3, ET = 3,7 ; inconnu × EFT × DAS, b = 2,5, ET = 3,3). Les estimations ponctuelles (voir la figure 2) suggèrent que l’impact de l’EFT sur l’effet de la main tenue était le plus marqué chez les couples souffrant des plus bas niveaux de qualité relationnelle. Ce modèle omnibus a l’avantage de détecter une tendance générale dans l’ensemble des voxels supposés s’activer en réponse aux signaux de menace présentés. Il peut aussi aider à apaiser les inquiétudes liées aux tests multiples dans les comparaisons rapportées ci-dessous. Mais il comporte aussi le risque de masquer des subtilités importantes, attribuables à la fois à la condition de main tenue et à la région neuronale concernée. Par exemple, même si toutes les régions impliquées sont supposées s’activer au signal de menace, beaucoup le feront pour des raisons différentes. C’est pourquoi, en plus de ce modèle omnibus, nous avons aussi analysé des ROI régionales particulières, en comparant d’abord les conditions partenaire et seule, puis les conditions inconnu et seule, et enfin les conditions inconnu et partenaire. Ces analyses sont décrites en détail ci-dessous.

Une activité globale liée à la menace plus importante est apparue dans la condition seule dans le cortex préfrontal dorsolatéral droit (CPFdl), le cortex préfrontal ventromédian (CPFvm), le noyau caudé gauche, le cingulaire antérieur ventral (CCAv) et le gyrus frontal inférieur droit (GFI), F(1 ; 39,8 à 42,8) ≥ 4,0, tous les p ≤ 0,05. En outre, l’activation liée à la menace dans le CPFdl droit était globalement plus faible après l’EFT, F(1 ; 53,2) = 5,9, p = 0,03. Comme prévu, les interactions entre la main tenue et l’EFT suggèrent que, d’avant à après la thérapie, l’activité liée à la menace a à la fois diminué pendant la main tenue par le partenaire et augmenté dans la condition seule, dans le cortex cingulaire antérieur dorsal (CCAd), le cortex orbitofrontal droit (COF), le GFI droit, le planum polare droit et le cortex cingulaire postérieur gauche (CCP), tous les F(1 ; 36,4 à 50,5) ≥ 4,7, tous les p ≤ 0,04 (voir la figure 3). Fait intéressant, les participantes ayant des scores DAS plus élevés présentaient en général moins d’activité dans la substance noire / le noyau rouge lorsqu’elles tenaient la main de leur partenaire que lorsqu’elles étaient seules, indépendamment de l’EFT, F(1 ; 49,5) = 6,6, p = 0,01. Dans le CPFdl droit, le CCAd, le GFI gauche, l’opercule gauche, le putamen droit, le CCP gauche et le colliculus supérieur / la substance grise périaqueducale, les interactions entre la main tenue, la DAS et l’EFT suggèrent que les participantes ayant les scores DAS préthérapie les plus bas ont connu les plus fortes diminutions, d’avant à après la thérapie, de la réponse à la menace pendant la main tenue par le partenaire, tous les F(1 ; 33,7 à 49,7) ≥ 4,6, tous les p ≤ 0,04 (voir les estimations ponctuelles de la figure 4).


Dans le CPFdl droit, le CPFvm, l’opercule gauche, le CCAv, le GFI droit, le planum polare droit, le gyrus frontal supérieur droit (GFS) et le gyrus supramarginal gauche (GSM), l’activité était globalement plus élevée dans la condition seule que dans la condition de l’inconnu, tous les F(1 ; 39,5 à 51) ≥ 4,0, tous les p ≤ 0,05. Des interactions entre la main tenue et la DAS ont été détectées dans la substance noire / le noyau rouge, F(1 ; 50,0) = 4,0, p = 0,05, et dans l’hypothalamus, F(1 ; 42,6) = 6,1, p = 0,02, toutes deux dues à de faibles corrélations positives entre DAS et activation dans la condition seule et à de faibles corrélations négatives dans la condition de l’inconnu, même si aucune de ces corrélations n’était significative. Dans le colliculus supérieur / la SGPA, la substance noire / le noyau rouge, le pallidum gauche, le CCAv, l’insula droite, le putamen droit, le thalamus gauche, le thalamus droit et le gyrus précentral, les interactions entre la main tenue, l’EFT et la DAS ont révélé que les participantes ayant les scores DAS préthérapie les plus bas ont connu les plus fortes diminutions, d’avant à après la thérapie, de la réponse à la menace pendant la main tenue par l’inconnu, tous les F(1 ; 35,8 à 50) ≥ 4,2, tous les p ≤ 0,05.
Dans la substance noire / le noyau rouge, l’activité liée à la menace était globalement plus importante pendant la main tenue par l’inconnu que par le partenaire, F(1 ; 47,4) = 6,5, p = 0,01. Dans le CPFvm, le NAcc gauche, le pallidum gauche, l’insula droite, le pallidum droit et le planum polare droit, des effets principaux de l’EFT ont révélé des diminutions générales de l’activation liée à la menace d’avant à après la thérapie, quelle que soit la main tenue, tous les F(1 ; 41,1 à 58,6) ≥ 3,9, tous les p ≤ 0,05. Dans le noyau caudé gauche, le GFI gauche et le CCAv, les interactions entre l’EFT et la DAS ont révélé que les participantes ayant les scores DAS préthérapie les plus bas ont connu les plus fortes diminutions de l’activité liée à la menace d’avant à après la thérapie, tous les F(1 ; 55,1 à 66,7) ≥ 6,2, tous les p ≤ 0,02. Dans le CPFdl droit et le cortex moteur supplémentaire gauche, les interactions entre la main tenue et l’EFT suggèrent que, d’avant à après la thérapie, l’activité liée à la menace a diminué pendant la main tenue par le partenaire mais augmenté pendant la main tenue par l’inconnu, F(1 ; 44,6 à 48,9) = 5,0, p = 0,03 (voir la figure 5).

La présente étude apporte des données compatibles avec l’idée que l’EFT peut modifier la manière dont le cerveau encode les menaces et y répond en présence d’un partenaire amoureux. Le test omnibus initial suggère que cet effet était étendu, touchant la moyenne de l’ensemble des voxels supposés s’activer à la présentation des signaux de menace, en particulier chez les couples souffrant des plus bas niveaux de qualité relationnelle. Comme ce test omnibus risquait de masquer l’impact de l’EFT et de la main tenue sur des régions cérébrales particulières, nous avons ensuite examiné une série de modèles au niveau des circuits. Nous avons alors constaté que les effets les plus fréquents et les plus profonds de l’EFT sur la réponse neuronale à la menace se manifestaient pendant la main tenue par le conjoint. Si les effets de l’EFT sur la main tenue par un inconnu étaient plus forts que prévu, ils étaient aussi les plus marqués chez les couples les plus en détresse. Il est possible que les partenaires les plus en détresse dans leur relation aient le plus bénéficié des expériences correctrices de lien documentées par la recherche sur les processus de changement en EFT [46], et qu’une plus grande ouverture au soutien d’autrui, même d’inconnus, en ait découlé. La théorie de l’attachement postule ce type de processus comme l’une des voies par lesquelles les partenaires peuvent modifier mutuellement leurs modèles généraux d’attachement insécure [24].
Les effets de l’EFT sur le fonctionnement du CCAd et du CPF étaient particulièrement remarquables. Le CCAd a été fortement impliqué dans les violations d’attente associées au traitement de la douleur et aux affects négatifs [47], [48], y compris lorsqu’il s’agit de la douleur d’une autre personne [6]. Et les cortex préfrontaux dorsolatéral et inférieur ont été impliqués dans quantité de modérateurs psychologiques des affects négatifs et de l’évitement, dont chacun peut être pertinent pour notre paradigme expérimental de menace [49], [50]. Par exemple, une activité préfrontale droite relativement plus importante est un indice d’états émotionnels négatifs associés à l’évitement comportemental [51], [52] et au risque de dépression [53]. Le CPFdl en particulier soutient les stratégies d’autocontrôle explicites, cognitives ou fondées sur la « réévaluation », actives pendant les états émotionnels désagréables [54]. Point important, des données de plus en plus nombreuses, issues de laboratoires très divers, suggèrent aussi que ce travail médié par le CPF est coûteux sur les plans computationnel et bioénergétique [55], [56], ce qui exerce une pression d’économie sur la fonction préfrontale [13]. Cela a conduit Coan et son équipe à suggérer que la proximité des partenaires relationnels offre le « meilleur pari » pour une occasion d’économie appelée partage de la charge [11], l’interdépendance qui croît avec le degré de familiarité [57], [58]. Plus que sur des inconnus, on peut compter sur des partenaires relationnels pour partager des objectifs, prendre soin des petits, aider en cas de maladie ou de blessure, et partager la vigilance face aux menaces possibles [50]. Cela pourrait expliquer pourquoi, dans leur article original, Coan et al. [3] n’ont observé de régulation de l’activation du CPFdl que lorsque la main était tenue par le conjoint, et pourquoi l’EFT semble avoir entraîné une diminution significative du fonctionnement du CPFdl, là encore uniquement lorsque la main était tenue par le conjoint. La relative inactivité du CPFdl après l’EFT implique en outre qu’un lien sécure avec une figure d’attachement n’aide pas les personnes à maintenir leur équilibre en renforçant leurs capacités d’autorégulation en tant que telles, mais en réduisant la perception et l’importance des menaces, ce qui rend l’autorégulation superflue [13]. Cela concorde à la fois avec la conception en termes d’économie des ressources et avec les prédictions de la théorie classique de l’attachement, qui voit dans le sentiment éprouvé d’un lien avec autrui un havre de sécurité et une base sécure, qui accroissent la tolérance à l’incertitude et à la menace [59].
À l’inverse, la régulation apportée par des inconnus peut être vue comme relevant davantage d’une simple répartition du risque, la sécurité par le nombre [11]. Si c’est le cas, les inconnus devraient avoir leur plus grand impact régulateur sur les systèmes neuronaux qui soutiennent la mobilisation de l’organisme pour une activité aiguë, avec un impact minimal sur les processus liés à la vigilance ou à l’autorégulation. Notre intervention EFT suggère précisément cela : chez les couples les plus en détresse, la main tenue par un inconnu après l’EFT a atténué l’activité liée à la menace dans des systèmes dévolus à l’activation aiguë et à la planification motrice défensive, comme le CCAv et la SGPA. Ces effets font aussi écho à ceux rapportés par Coan et al. [3].
Nous avions prédit que l’EFT n’affecterait pas la réponse neuronale à la menace dans la condition seule. C’était même pour nous une prédiction méthodologique clé, puisque l’hypothèse selon laquelle l’EFT aurait des effets différenciés sur notre manipulation intrasujet fondait notre recours à des conditions de comparaison plutôt qu’à un groupe témoin classique [33]. Comme l’EFT cible spécifiquement des formes de régulation émotionnelle médiées socialement, nous ne nous attendions pas à ce qu’elle agisse sur la sensibilité à la menace en dehors du contexte relationnel, et cette prédiction s’est vérifiée pour l’essentiel. Il est néanmoins intéressant de relever les cas où la sensibilité générale à la menace a apparemment été touchée par l’intervention EFT, et de s’interroger sur les raisons. Plus précisément, l’activité liée à la menace dans la condition seule a en fait augmenté sous l’effet de l’EFT dans des régions comme le CCAd et certaines parties du CPF. Une réactivité accrue dans ces régions suggère un coût possible au fait d’accroître sa dépendance à l’égard des ressources sociales : il devient plus difficile de tolérer la solitude. De nombreuses études ont montré que l’activité d’autorégulation soutenue par le CPF est associée à un effort mental subjectif accru. Pour certaines équipes, cela tient à l’épuisement d’une ressource métabolique (le glucose, par exemple) dans le CPF [60], [61] ; d’autres ont décrit l’épuisement subjectif associé à de nombreuses formes d’activité préfrontale en termes de coûts d’opportunité liés à cette activité [62]. Dans les deux cas, si nos participantes avaient éprouvé une charge d’autorégulation accrue après l’EFT, on pourrait s’attendre, dans la condition seule, à une baisse des évaluations de positivité et à une hausse des évaluations d’activation.
Ce n’est pas ce que nous avons observé. Si les évaluations de positivité n’ont pas changé, l’activation subjective a en fait diminué. Cela suggère une autre hypothèse : l’EFT aurait soit entraîné, soit motivé les personnes suivies à s’autoréguler plus efficacement, même seules. L’une des fonctions de nombreuses psychothérapies est d’accroître l’efficacité de l’autorégulation, un objectif qui, bien que bénéfique à d’autres égards, peut accroître l’effort mental à court terme ou le coût métabolique pour le cerveau [63]. En outre, dans les contextes relationnels, l’autorégulation (se mordre la langue quand les émotions négatives sont vives, par exemple) peut être au moins aussi importante que la régulation sociale [64]. Si l’EFT met fortement l’accent sur les attachements interpersonnels et l’interdépendance, elle peut aussi, ce faisant, accroître la motivation à s’autoréguler, à mesure que les personnes suivies en viennent à valoriser le fait de cultiver des relations efficaces, en partie par l’effort d’autorégulation.
En définitive, notre paradigme de la main tenue a offert une occasion unique de tester certains des mécanismes proposés du soutien social en général, et de l’EFT en particulier, au niveau même du fonctionnement cérébral, in vivo. Plus précisément, on avait proposé que l’EFT agirait fortement sur la réponse neuronale à la menace pendant la main tenue par le conjoint, aurait un impact moins profond pendant la main tenue par un inconnu, et n’aurait que peu ou pas d’effet lorsque les participantes affrontaient seules la menace du choc. Cet ensemble de propositions nous a permis d’utiliser des conditions de contrôle dans un plan intrasujet à niveaux de base multiples, semblable à ceux que l’on voit dans la recherche par essais cliniques [65]. Il est sans doute vrai qu’un plan idéal aurait comporté un groupe témoin distinct, apparié pour l’âge et d’autres variables démographiques, ainsi que pour le délai entre les examens avant et après. Des recherches futures pourront peut-être résoudre ce problème. Cette réserve gardée à l’esprit, nos résultats ont néanmoins largement confirmé nos hypothèses a priori. Plus précisément, l’EFT a été associée aux changements les plus forts de la réponse neuronale à la menace pendant la main tenue par le conjoint. Les changements liés à l’EFT pendant la main tenue par un inconnu ont été plus nombreux que prévu, mais aussi fortement dépendants de la qualité relationnelle rapportée, mesurée par la DAS, de sorte que les personnes dont la relation était au départ la plus en détresse ont le plus bénéficié de la main d’un inconnu après l’EFT. Point important et inattendu, l’EFT a semblé entraîner des augmentations de l’activité cérébrale liée à la menace dans un petit nombre de régions pendant la condition seule. Même si de nombreuses explications sont possibles, nous pensons, au vu des comptes rendus du vécu subjectif, que l’EFT a pu accroître la motivation individuelle à l’autorégulation en l’absence temporaire de ressources sociales. Des travaux futurs aborderont sans doute les nuances et les complexités observées dans ces données. Par exemple, nos laboratoires étudient actuellement le rôle des styles d’attachement adulte autodéclarés dans les processus rapportés ici [12]. En attendant, l’ensemble des résultats est à la fois cohérent avec nos prédictions et facile à interpréter. En outre, si les données empiriques sur l’efficacité de la régulation sociale des affects et de l’EFT sont bien établies, ces résultats ouvrent une fenêtre décisive sur les mécanismes neuronaux qui soutiennent l’une et l’autre.
Complexe Systémique : à retenir
Cette étude donne une traduction neuronale à une idée centrale de la thérapie de couple : le lien régule. Avant la thérapie, la main du partenaire apaisait peu le cerveau de femmes en couple en détresse ; après une vingtaine de séances d’EFT, elle réduit nettement l’activation des régions de la menace, comme si le corps de l’autre redevenait une ressource. Pour la clinique systémique, l’intérêt est double. La régulation émotionnelle y apparaît comme une propriété de la relation et non du seul individu, et le changement thérapeutique se lit jusque dans la manière dont un système nerveux s’appuie sur un autre. Mais les limites sont nettes : 23 couples hétérosexuels mariés, seules les femmes passent dans l’appareil, pas de groupe témoin, et un financement partiel par l’organisme qui promeut l’EFT, alors que l’une des personnes à l’origine de l’EFT cosigne l’article. La hausse de l’activation cérébrale quand la personne affronte la menace seule invite aussi à penser ce que coûte, ou exige, une dépendance devenue plus sûre. À lire avec l’article sur le vécu somatique de l’émotion en EFT, et avec l’article sur ce que l’approche orientée solutions change au cerveau.
Notes de l’original
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.
Contributions. Conception et planification des expériences : SMJ, JAC, MBM, AS, ZM. Réalisation des expériences : MBM, TD, RH, PSG, AS, KH. Analyse des données : LB, MBM, AS, JAC, KH. Apport de réactifs, de matériel ou d’outils d’analyse : AS, KH, LB, ZM. Rédaction de l’article : SMJ, JAC, MBM, LB.
Financement. Cette recherche a été soutenue en partie par l’International Centre for Excellence in Emotionally Focused Therapy (ICEEFT), organisme sans but lucratif dont la mission comprend l’évaluation scientifique de l’EFT. Les financeurs n’ont joué aucun rôle dans la conception de l’étude, le recueil et l’analyse des données, la décision de publier ou la préparation du manuscrit. Un financement complémentaire a été apporté par une subvention du National Institute of Mental Health (numéro R01MH080725) attribuée à JAC. Cette étude n’a reçu aucun autre financement extérieur.
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Traduction non officielle en français de Apaiser le cerveau menacé : tirer parti du réconfort par le contact avec la thérapie centrée sur l’émotion, par Susan M. Johnson, Melissa Burgess Moser, Lane Beckes, Andra Smith, Tracy Dalgleish, Rebecca Halchuk, Karen Hasselmo, Paul S. Greenman, Zul Merali et James A. Coan, PLOS ONE, vol. 8, no 11, e79314 (2013), doi : 10.1371/journal.pone.0079314, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Soothing the Threatened Brain: Leveraging Contact Comfort with Emotionally Focused Therapy », publié dans PLOS ONE (2013) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Johnson, S. M., Burgess Moser, M., Beckes, L., Smith, A., Dalgleish, T., Halchuk, R., Hasselmo, K., Greenman, P. S., Merali, Z., et Coan, J. A. (2013). Apaiser le cerveau menacé : tirer parti du réconfort par le contact avec la thérapie centrée sur l’émotion (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/apaiser-le-cerveau-menace-tirer-parti-du-reconfort-par-le-contact-avec-la-therapie-centree (Œuvre originale publiée en 2013 dans PLOS ONE, 8(11), e79314 (2013) ; republiée en 2013 par PLOS ONE, https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0079314)
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