Community Mental Health Journal · Dialogue ouvert

Cadrer l’ouverture : similitudes et différences entre l’expérience des personnes soignées et celle de leur réseau social dans les réunions de réseau dialogiques, à travers le prisme du sentiment de compter

Dans un hôpital de jour de Bergen, en Norvège, quarante personnes soignées ont réuni leurs proches lors d’une ou deux réunions de réseau dialogiques. Juste après chaque réunion, chaque personne présente a écrit, anonymement, ce qui l’avait aidée et ce qui aurait dû changer. L’équipe de Siri Omvik compare les deux points de vue à l’aide du concept de « mattering » : le sentiment de compter, qui tient à la fois à sentir sa valeur reconnue et à pouvoir apporter de la valeur.

Auteurs Siri Omvik et Øyvind Reehorst Kalsås (Western Norway University of Applied Sciences, Bergen, Norvège) ; Siri Omvik et Ragnhild Andersland (centre psychiatrique de district de Kronstad, Helse Bergen, Bergen, Norvège)Première publication Community Mental Health Journal, 17 septembre 2024Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Cadrer l’ouverture : similitudes et différences entre l’expérience des personnes soignées et celle de leur réseau social dans les réunions de réseau dialogiques, à travers le prisme du sentiment de compter, par Siri Omvik, Ragnhild Andersland et Øyvind Reehorst Kalsås, publié dans Community Mental Health Journal (Springer) (2025), doi : 10.1007/s10597-024-01354-8, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est présenté sous forme de liste ; la figure est reprise avec sa légende traduite ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Le sentiment de compter apparaît comme un cadre conceptuel fécond pour décrire et comprendre les processus à l’œuvre dans les réunions de réseau.

Siri Omvik, Ragnhild Andersland et Øyvind Reehorst Kalsås

Résumé

Cette étude qualitative, menée dans une consultation publique de santé mentale en Norvège, a examiné l’intégration du réseau social des personnes soignées dans le traitement. Le but était d’explorer l’expérience des personnes soignées et de leur réseau lors de réunions de réseau dialogiques, et de discuter les similitudes et les différences entre ces deux groupes de participation. Une analyse thématique réflexive a été conduite sur les données issues de cinquante-trois réunions, et cinq thèmes en ont été dégagés. Pour les personnes soignées, deux thèmes : « Une confiance renforcée dans nos relations » et « Nous offrir un espace sûr pour parler ouvertement » ; pour les membres du réseau, trois : « Gagner en pouvoir d’agir en participant », « Un accueil ouvert et une parole prise au sérieux » et « Apporter plus de clarté pour renforcer notre capacité à contribuer ». Le sentiment de compter (mattering) a servi de cadre conceptuel pour discuter les similitudes et les différences entre les thèmes des deux groupes. Personnes soignées et membres du réseau ont fortement insisté sur la liberté d’expression et reconnu le rôle déterminant des personnes qui animaient les réunions pour permettre d’aborder des sujets importants et difficiles. Parmi les différences, les membres du réseau insistaient sur l’accueil reçu et sur leur besoin d’apporter quelque chose, tandis que les personnes soignées mettaient en avant le renforcement des relations et le sentiment que leur valeur était reconnue et que la confiance qu’on leur faisait pour décider du contenu de la discussion renforçait leur pouvoir d’agir. Dans l’ensemble, le sentiment de compter apparaît comme un outil précieux pour comprendre les dynamiques relationnelles à l’œuvre dans les réunions de réseau.

Introduction

Les approches thérapeutiques qui intègrent systématiquement la famille et le réseau social dans le traitement des problèmes de santé mentale ont été associées à de meilleurs résultats pour les personnes soignées dans divers domaines (Bergström et al., 2022 ; Buus et al., 2019 ; Stratton, 2016). Il a aussi été montré qu’elles améliorent la situation des proches (Jeppesen et al., 2005) et peuvent favoriser des dynamiques plus saines dans la famille de la personne soignée (Buus & McCloughen, 2022 ; Gidugu et al., 2021). Les autorités sanitaires norvégiennes préconisent la participation des familles aux soins de santé mentale (Norwegian Directorate of Health, 2017). La pratique reste pourtant en deçà, des études récentes faisant état d’une mise en œuvre peu fréquente (Bjørkquist & Hansen, 2017 ; Gotaas et al., 2021 ; Kalsås et al., 2020).

Les réunions de réseau sont une manière d’associer les proches et les membres du réseau au processus de traitement. Nombre d’études en santé mentale consacrées à l’intégration des réseaux sociaux dans le traitement se sont surtout intéressées au dialogue ouvert, qui comprend des réunions de réseau fondées sur la pratique dialogique (Freeman et al., 2019). Le dialogue ouvert est généralement présenté comme un cadre thérapeutique global, qui met l’accent sur la réponse immédiate et place le réseau social au centre du travail thérapeutique, tout au long de l’offre de soins en santé mentale (voir Buus et al., 2021 ; Ong et al., 2019 ; Seikkula et al., 2011 ; Seikkula & Arnkil, 2006).

Les principes du dialogue ouvert comprennent des lignes directrices pour animer les réunions de réseau conformément à la pratique dialogique. Ces lignes directrices, telles que les ont décrites Olson et al. (2014), comportent douze éléments clés qui doivent imprégner l’animation des réunions de réseau. Parmi leurs éléments centraux figurent la présence de deux thérapeutes ou plus dans la réunion, l’usage de questions ouvertes, des réponses actives aux énoncés des personnes soignées, la réflexion au sein de l’équipe professionnelle pendant les réunions, ainsi que la promotion de la transparence et de la tolérance à l’incertitude (Olson et al., 2014). En suivant ces lignes directrices, des systèmes de santé mentale moins souples qu’un système fondé sur le dialogue ouvert peuvent intégrer des réunions de réseau dialogiques dans leurs processus de traitement, et incorporer ainsi des éléments du dialogue ouvert dans leurs structures existantes. Par exemple, l’offre systématique de réunions de réseau dialogiques dans un service psychiatrique fermé a donné des résultats positifs, selon les données publiées, tant pour les personnes soignées que pour les membres du réseau (Sørgård & Karlsson, 2017).

L’un des constats d’une revue des recherches sur le dialogue ouvert était la nécessité de davantage de recherche qualitative sur la façon dont les usagères et usagers des services vivent les réunions de réseau (Freeman et al., 2019). La revue soulignait aussi l’importance de comparer les perceptions des personnes qui occupent des rôles différents dans ces réunions. Les études qualitatives ultérieures ont surtout exploré les perceptions collectives des personnes soignées et des membres du réseau. Elles portent souvent sur les expériences liées à l’expérimentation du dialogue ouvert comme approche globale des soins, qui comprend les réunions de réseau sans s’y limiter (p. ex. Florence et al., 2021 ; Gidugu et al., 2021 ; Hendy & Pearson, 2020 ; Wusinich et al., 2020). La plupart de leurs résultats font état d’expériences et de changements positifs liés à la participation à un système de santé mentale fondé sur l’approche du dialogue ouvert et sur les réunions de réseau. Ces expériences comprennent un sentiment de réciprocité avec l’équipe professionnelle qui anime la réunion (Hendy & Pearson, 2020), des changements dans la compréhension de soi, la compréhension des autres, les relations au sein du réseau et leurs dynamiques (Wusinich et al., 2020), une stigmatisation moindre (Florence et al., 2021) et un renforcement des relations (Buus & McCloughen, 2022).

Plusieurs études éclairent aussi les difficultés liées à la conduite des réunions de réseau dialogiques et à la participation à ces réunions. Une étude portant sur 17 personnes qui recevaient des services fondés sur le dialogue ouvert dans le Vermont a rapporté que les personnes participantes vivaient parfois des tensions difficiles et une atmosphère d’insécurité pendant les réunions (Florence et al., 2021). De même, une étude australienne portant sur quatre personnes soignées et 14 membres du réseau a rapporté que les personnes participantes se trouvaient engagées dans un travail pratique, émotionnel et interprétatif complexe pendant les réunions (Buus & McCloughen, 2022). Par ailleurs, une étude menée au Royaume-Uni, auprès de cinq personnes usagères des services et de trois membres du réseau, a souligné que certaines personnes usagères n’étaient pas sûres du but et des attentes des réunions, se sentaient mal à l’aise et en insécurité lorsque les émotions s’exprimaient trop ouvertement, et doutaient de l’authenticité des échanges avec l’équipe soignante (Tribe et al., 2019).

Si les études mentionnées reposent surtout sur des analyses conjointes des propos des personnes soignées et des membres du réseau, certaines incluent des citations illustratives issues du réseau social. Par exemple, dans une étude menée au Massachusetts, le thème de l’implication de la famille était illustré par un membre de la famille qui décrivait une capacité nouvelle à soutenir le patient d’une manière qu’il pouvait accepter, ce qui avait renforcé leur relation (Gidugu et al., 2021). Cette expérience montre que la position et le rôle d’un membre du réseau peuvent, à bien des égards, différer de ceux d’une personne soignée. Il est donc probable que leurs besoins et leurs expériences liés à la participation aux réunions de réseau social diffèrent sur certains points et se ressemblent sur d’autres. Les études qui éclairent les similitudes et les différences entre personnes soignées et membres du réseau dans leur participation aux réunions de réseau restent pourtant rares.

Dans la présente étude, nous avons cherché précisément à comparer l’expérience de personnes qui occupent des rôles distincts dans ces réunions, en nous centrant sur les personnes soignées et les membres du réseau, dans un contexte public de santé mentale en Norvège. La question de recherche était la suivante : « Quels aspects positifs, et quelles propositions de changement, ressortent des réponses des personnes soignées et de leur réseau social après une ou deux réunions de réseau dans une consultation externe de santé mentale ? » En outre, à l’analyse des données, il est apparu que le concept de sentiment de compter (mattering), tel que l’a décrit Prilleltensky (2020), offrait un cadre pertinent pour éclairer les similitudes et les différences entre les thèmes des deux groupes de participation. Nous avons donc aussi cherché à discuter les résultats à travers ce prisme.

Méthodologie

Plan de l’étude

Cette étude qualitative analyse, selon une approche herméneutique, des déclarations écrites de personnes soignées et de membres du réseau sur leur expérience des réunions de réseau dialogiques. Nous avons utilisé l’analyse thématique réflexive pour interpréter les régularités présentes dans ces déclarations. L’étude fait partie d’un projet de recherche plus large sur l’influence de ces réunions sur la santé mentale des personnes soignées, qui comprend une étude quantitative de traitement mesurant l’effet sur divers critères (voir Omvik & Kvamme, 2022).

Contexte

L’étude se déroule dans un hôpital public de santé mentale de Bergen, ville d’environ 300 000 habitants sur la côte ouest de la Norvège. La zone de desserte de l’hôpital s’étend du centre-ville à la périphérie et offre des services de santé mentale en soins libres à environ 90 000 adultes de cette région. L’hôpital propose des services spécialisés et comprend des unités d’hospitalisation et de consultation externe.

L’étude a été menée dans une unité de groupe de l’hôpital, où les réunions de réseau ont été introduites comme une option supplémentaire pour les personnes qui suivaient un programme de traitement de jour en groupe. Le programme comprenait quatre semaines de traitement, trois jours par semaine, avec plusieurs composantes, dont la psychoéducation, la conscience corporelle, l’activité physique, la thérapie de groupe et des repas partagés. Une équipe interdisciplinaire, réunissant des compétences en soins infirmiers psychiatriques, en psychologie, en physiothérapie, en ergothérapie, en pair-aidance, en travail social et en psychiatrie, gérait le programme, qui accueillait huit personnes à la fois. Chaque personne était suivie par une personne thérapeute responsable de son traitement, avec qui elle avait des séances de préparation et de conclusion et vers qui elle pouvait se tourner au besoin. À l’époque de l’étude, l’objectif principal du programme était d’aider les personnes soignées à améliorer leurs stratégies d’adaptation et de nourrir l’espoir du rétablissement. La plupart des personnes participantes étaient adressées en interne par d’autres unités de l’hôpital, et le programme visait à accompagner la phase de transition après la sortie de l’unité d’hospitalisation ou, lorsque le suivi hebdomadaire en consultation externe ne suffisait pas, à servir d’alternative à l’hospitalisation. Les personnes soignées présentaient le plus souvent des troubles affectifs, anxieux, de la personnalité ou liés à un traumatisme. Les idées et comportements suicidaires étaient fréquents, tandis qu’un trouble psychotique primaire constituait un critère d’exclusion.

Les réunions de réseau dans le programme de traitement

Avant la présente étude, des réunions de réseau dialogiques étaient proposées de façon non systématique à certaines personnes du programme de jour par un membre de l’équipe ayant reçu une formation à cette façon de travailler. À la suite de retours positifs, nous avons décidé d’étendre l’offre à toutes les personnes du programme et d’évaluer l’utilité des réunions. Les réunions de réseau ont donc été introduites comme un élément facultatif, que les personnes soignées pouvaient accepter ou refuser. En raison de la brièveté du programme, nous avons limité le nombre de réunions à deux au maximum par personne.

Les réunions s’inspiraient des principes du dialogue ouvert que sont le dialogisme et la tolérance à l’incertitude (Olson et al., 2014), et étaient animées par des thérapeutes ayant une formation à la pratique dialogique. Toutes les personnes qui animaient les réunions travaillaient dans le programme de jour, sauf une. Les réunions réunissaient des membres de la famille et d’autres membres du réseau social. Il n’y avait pas d’ordre du jour préétabli, et chaque personne présente était encouragée à partager ses propres expériences et ses réflexions sur la situation du moment. Des questions ouvertes étaient posées pour faire émerger une diversité de points de vue. Les personnes qui animaient les réunions cherchaient à créer une atmosphère informelle et chaleureuse et s’efforçaient d’employer le même langage que la personne soignée et les membres du réseau, afin de réduire la distance et d’éviter de prendre une position d’expertise. Il leur arrivait d’échanger entre elles leurs réflexions pendant que les personnes participantes écoutaient.

La formation à la pratique dialogique était assurée par des personnes expérimentées dans l’animation des réunions de réseau. Elle durait environ six mois et comprenait la lecture et la discussion de textes, le visionnage et la discussion de vidéos de réunions de réseau, ainsi que des jeux de rôle pour s’exercer à animer des réunions. Les thérapeutes ont aussi participé à une ou deux réunions de réseau réelles aux côtés d’une personne expérimentée avant de prendre en charge l’animation. Pendant le projet, ces thérapeutes ont en outre suivi des séances mensuelles de supervision de groupe, où étaient discutées des questions issues des réunions de réseau au regard des principes dialogiques, afin de garantir une pratique dialogique sûre.

Le respect des principes dialogiques par les personnes qui animaient les réunions a été évalué au moyen d’une échelle de Likert élaborée pour l’étude. L’échelle comprenait huit questions portant sur des aspects dialogiques de la réunion, comme l’ouverture, l’intérêt et le respect, auxquelles on répondait sur une échelle allant de 0 (« pas du tout ») à 4 (« dans une très large mesure »). Personnes soignées et membres du réseau remplissaient l’échelle après chaque réunion. La moyenne obtenue à chaque question indiquait que les principes étaient respectés « dans une large mesure », ce qui signifie que la fidélité était satisfaisante. Des résultats plus détaillés figurent dans l’étude quantitative d’Omvik et Kvamme (2022).

Les personnes soignées qui acceptaient d’organiser des réunions de réseau rencontraient d’abord leur thérapeute pour en discuter les détails, comme le lieu et l’horaire. Elles invitaient ensuite elles-mêmes les membres de leur réseau qu’elles souhaitaient associer. Les réunions duraient en général de 60 à 90 minutes et étaient animées par deux personnes, dont la personne thérapeute de la personne soignée. Bien que les réunions puissent se tenir en divers lieux, toutes les personnes participantes ont choisi l’hôpital. Après la première réunion de réseau, la personne soignée pouvait en programmer une seconde. La moitié a organisé une seule réunion, l’autre moitié deux. La composition des réunions variait : certaines personnes invitaient deux fois les mêmes proches, d’autres uniquement de nouvelles personnes, d’autres encore un mélange des deux.

Processus de recueil des données

Toutes les personnes adressées au programme de jour entre août 2017 et mai 2019 ont été invitées à participer à l’étude. Le but et les procédures leur étaient expliqués lors de la consultation individuelle de préparation avec leur thérapeute. Quelle que soit leur décision de participer ou non, toutes les personnes soignées suivaient les mêmes procédures d’évaluation. Seules celles qui acceptaient de participer signaient toutefois un formulaire de consentement éclairé autorisant l’inclusion de leurs données dans l’étude. Le formulaire couvrait à la fois l’étude quantitative et l’étude qualitative du projet. La participation au programme de jour n’était pas subordonnée au consentement. Les membres du réseau étaient invités à participer à l’étude après avoir assisté aux réunions. Au début de chaque réunion, les personnes qui l’animaient présentaient brièvement l’étude et son but, en précisant que des informations plus détaillées seraient données à la fin. À l’issue des réunions, les membres qui manifestaient de l’intérêt recevaient un formulaire de consentement éclairé décrivant l’étude. Les personnes qui souhaitaient participer le lisaient et le signaient. Des questionnaires étaient ensuite distribués aux membres du réseau et aux personnes soignées, qui les remplissaient dans la salle même où la réunion avait eu lieu. Ces procédures permettaient à tout le monde de voir qui consentait à participer. Les réponses des membres du réseau comme des personnes soignées étaient recueillies de façon anonyme dans des enveloppes scellées. Chaque enveloppe portait un numéro d’identification qui pouvait être relié à la personne soignée. Les formulaires de consentement recevaient le même numéro et étaient conservés séparément des questionnaires. Sur la première page du questionnaire, on demandait aux personnes participantes d’indiquer leur rôle dans la réunion (p. ex. personne soignée, parent, frère ou sœur, personne amie, etc.). Associée au numéro d’identification, cette information permettait de relier les membres du réseau à leurs réponses, et donc de supprimer leurs informations sur demande.

Échantillon

Personnes soignées

Au total, 40 des 93 personnes (43 %) qui participaient à l’étude de traitement ont accepté d’organiser des réunions de réseau (voir la figure 1 pour une vue d’ensemble du recrutement). Parmi elles, 9 (22,5 %) étaient des hommes et 31 (77,5 %) des femmes ; l’âge allait de 19 à 68 ans, avec une moyenne de 34,6 ans. Concernant la situation professionnelle, 42,5 % déclaraient percevoir une pension d’invalidité, une allocation d’évaluation de la capacité de travail ou être au chômage, tandis que 57,5 % déclaraient occuper un emploi salarié ou faire des études. L’ensemble des personnes participantes déclarait des altérations importantes du fonctionnement quotidien, comme l’impossibilité de travailler ou d’étudier, ou des difficultés à maintenir des relations proches. En outre, presque toutes obtenaient un score supérieur au seuil clinique pour la dépression et l’anxiété (Omvik & Kvamme, 2022).

Organigramme du recrutement : 106 personnes ont consenti à participer à l’étude de traitement (39 hommes, 67 femmes) ; 13 abandons ; 93 ont pris part à l’étude de traitement (34 hommes, 59 femmes) ; 53 ont refusé les réunions de réseau ; 40 ont accepté les réunions de réseau (9 hommes, 31 femmes)
Figure 1. Recrutement des personnes soignées pour l’étude de traitement et pour la présente étude qualitative (schéma original en anglais).

Membres du réseau

Pour chaque réunion, nous avons consigné le nombre de personnes du réseau présentes et leur lien avec la personne soignée. Pour garantir l’anonymat, aucune autre information n’a été recueillie. L’identité et le nombre des personnes qui ne participaient pas à l’étude n’ont pas été consignés. De ce fait, le nombre réel de personnes présentes a pu être légèrement supérieur à celui indiqué ici pour certaines réunions.

Une réunion de réseau type réunissait quatre personnes : la personne soignée, les deux personnes qui animaient la réunion et un parent ou partenaire de la personne soignée. Cette composition a été observée dans environ 35 des 60 réunions organisées. Dans 15 réunions, deux personnes du réseau étaient présentes, et dans 10 réunions, trois ou plus. Les parents étaient les plus souvent présents, dans plus de la moitié des réunions, suivis des partenaires, présents dans environ un tiers. Des frères et sœurs, des personnes amies et des enfants ont aussi été enregistrés parmi les personnes présentes.

Matériau de recherche

Nous voulions recueillir l’expérience immédiate et sincère que les personnes participantes avaient des réunions, et poser à la fois des questions ouvertes sur leur expérience de la participation et des questions quantitatives sur le respect des principes. Pour cela, nous avons utilisé des questionnaires anonymes remplis juste après les réunions. Dans les items quantitatifs, on demandait aux personnes participantes d’évaluer les réunions sur des dimensions choisies. Dans les questions qualitatives ouvertes, on leur demandait des retours plus détaillés sur leur expérience. La présente étude rend compte des résultats des questions ouvertes, formulées ainsi :

  • « Y a-t-il quelque chose qui aurait pu être différent pendant la réunion de réseau ? Si oui, quoi ? »
  • « Y a-t-il quelque chose dans la réunion qui vous a fait du bien ? Si oui, quoi ? »
  • « Autres commentaires ? »

Au total, 60 réunions de réseau ont été organisées, la moitié des personnes soignées en ayant organisé deux. Dans 53 d’entre elles, au moins une personne a répondu aux questions ouvertes. Toutes les réponses ont servi de données, et le matériau complet comprenait environ 200 réponses. Celles-ci variaient en longueur et en contenu, de courtes déclarations à des phrases plus longues, allant jusqu’à trois lignes, qui abordaient plusieurs sujets. La réponse la plus courante tenait en une ligne environ. Sur les 40 personnes soignées qui ont organisé des réunions de réseau, 38 étaient représentées dans le matériau, par leurs propres réponses et/ou par celles des membres de leur réseau. Au fil de l’analyse, les déclarations jugées sans rapport avec la question de recherche, parce que trop générales ou non conformes aux thèmes élaborés, ont été exclues. L’analyse finale comprend 50 segments de texte de personnes soignées et 92 de membres du réseau, issus de 46 réunions de réseau différentes.

Analyse des données

Les trois membres de l’équipe qui signe cet article ont pris part, ensemble, à l’analyse des données. S.O., psychologue, était la professionnelle responsable du programme de traitement de jour et la cheffe de projet de l’étude pendant le recueil des données. Elle n’était toutefois ni thérapeute dans le programme ni présente aux réunions de réseau. R.A., ergothérapeute, travaillait dans le programme de traitement de jour lorsque les réunions ont été mises en place et a animé certaines réunions de réseau du projet. Ø.R.K., qui a une formation en travail social, une expérience de l’animation des réunions de réseau et une connaissance de la méthode qualitative, n’a jamais travaillé au centre de traitement et n’a participé ni aux réunions de réseau ni au recueil des données. Alors que R.A. occupait une position très proche des données, puisqu’elle avait assisté à certaines réunions, S.O. apportait un regard plus distancié, fondé sur sa participation à l’étude quantitative comparative (Omvik & Kvamme, 2022), et Ø.R.K. représentait une position extérieure au contexte de traitement, mais dotée d’une expertise pertinente.

Analyse thématique réflexive

L’analyse thématique réflexive offre une souplesse qui permet des analyses aussi bien descriptives qu’interprétatives (Braun & Clarke, 2022). Les données consistaient en courtes réponses écrites, et nous avons estimé que cette souplesse pouvait être utile pour les aborder. Braun et Clarke (2022) décrivent six phases de l’analyse thématique : (1) se familiariser avec les données, (2) coder, (3) générer des thèmes initiaux, (4) élaborer et réviser les thèmes, (5) affiner, définir et nommer les thèmes, et (6) rédiger. Braun et Clarke recommandent de faire des allers-retours entre les phases 2 et 5 avant la rédaction. Notre analyse a suivi ces procédures et a été conduite avec NVivo, version 14 (Lumivero, 2023), complété par une relecture manuelle du matériau. Les réponses des personnes soignées et celles des membres du réseau ont été analysées séparément. Nous avons découpé les réponses en unités plus petites lorsqu’elles contenaient plusieurs éléments de sens.

Avant de commencer l’analyse, toute l’équipe s’est engagée dans un travail de réflexivité, en consignant et en partageant ses expériences et ses positions cliniques et professionnelles à l’égard des réunions de réseau dialogiques, ainsi que ses attentes à l’égard des données. Dans la première phase de l’analyse, R.A. s’est familiarisée avec le jeu de données et a présenté des premières idées d’analyse. Ensuite, S.O. et Ø.R.K. ont à leur tour pris connaissance du matériau en le relisant plusieurs fois, en prenant des notes et en consignant des premières idées et des codes possibles.

Dans la phase de codage, S.O. a créé des codes et des thèmes à partir des idées et des réflexions partagées. Ceux-ci ont été discutés et modifiés lors de réunions d’analyse, en cinq tours, avant la rédaction des résultats et de la discussion. Le processus a encore été répété lors d’un sixième et d’un septième tour, à partir des retours des évaluations après soumission à la revue. Le codage a suivi une démarche inductive et sémantique, d’abord très proche des expressions sémantiques des données. À mesure que l’analyse avançait, les libellés de codes ont été élaborés à partir d’interprétations de significations plus latentes, issues des discussions et du mouvement itératif entre le tout et les parties au fil des phases de l’analyse thématique. Les interprétations ont été influencées par la diversité des parcours des membres de l’équipe et par leurs rapports différents aux données. R.A., qui participait activement aux réunions, avait été témoin d’échanges émotionnels importants entre personnes soignées et membres de leur réseau, et reconnaissait l’importance d’intégrer davantage les réseaux des personnes soignées dans les soins de santé mentale. Elle a joué un rôle important dans la reconnaissance des vulnérabilités des personnes soignées comme des membres du réseau. S.O., de son côté, doutait au départ que les réunions de réseau apportent une amélioration au-delà de l’aide que les personnes soignées recevaient dans le programme de traitement de jour. Ces doutes se sont toutefois atténués lorsque l’étude quantitative a montré que la tenue de réunions de réseau était associée à une diminution des symptômes. Pendant l’analyse qualitative, S.O. a été attentive à la façon dont les réunions pouvaient contribuer à des changements dans l’état psychique des personnes soignées. Enfin, l’expérience de Ø.R.K. des réunions de réseau dialogiques dans d’autres contextes s’est révélée précieuse pour produire des interprétations plus approfondies et reconnaître des phénomènes connus dans le dialogue ouvert, comme l’importance de partager des sujets émotionnels les uns avec les autres. Ces points de vue se sont complétés, contribuant à une compréhension globale du contexte de l’étude et enrichissant la discussion.

On peut voir un exemple de l’évolution de l’interprétation et du processus réflexif dans la façon dont nous avons compris que deux des thèmes générés pour les personnes soignées lors des premiers tours, « Pouvoir parler de ce dont j’ai besoin » et « Un cadre professionnel pour le dialogue », concernaient le même phénomène. Dans les discussions de groupe, c’est surtout S.O. qui a souligné l’importance du rôle des personnes qui animent les réunions pour établir un espace sûr, propice à un dialogue important sur des sujets difficiles. Cette insistance s’accorde avec sa formation de psychologue et sa compréhension de l’importance de la relation thérapeutique dans le traitement. Nous avons finalement abouti à un thème plus large, englobant les deux thèmes précédents : « Nous offrir un espace sûr pour parler ouvertement ».

Dans la dernière phase de l’analyse, nous avons évalué si les thèmes finaux remplissaient les exigences d’une synthèse des concepts organisateurs centraux liés aux données et à la question de recherche (voir Braun & Clark, 2022), et les avons jugés satisfaisants.

Considérations éthiques

Avant le début de l’étude, celle-ci a été soumise pour examen au comité régional d’éthique. Le comité l’a classée comme projet d’assurance qualité et a conclu qu’aucune autre évaluation n’était nécessaire. L’autorisation de mener l’étude a ensuite été obtenue auprès du délégué à la protection des données de la région sanitaire (numéro de référence 2017/6136).

Toutes les personnes participantes, personnes soignées comme membres du réseau, ont reçu des informations orales et écrites sur l’étude. Elles ont aussi été informées de leur droit de se retirer à tout moment sans conséquence pour leur traitement, et ont donné leur consentement éclairé à la participation. Toutes les données ont été anonymisées et stockées de façon sécurisée, conformément à la réglementation en vigueur, sur le serveur qualité de la région sanitaire.

Résultats

Nous avons dégagé cinq thèmes des données, deux pour les personnes soignées et trois pour les membres du réseau (voir le tableau 1). Pour les personnes soignées, les deux thèmes portent sur les aspects positifs qu’elles mettent en avant après avoir participé aux réunions. Pour les membres du réseau, les deux premiers thèmes présentés portent sur des aspects positifs, et le dernier sur des propositions de changement dans l’organisation des réunions. Les thèmes sont illustrés par des segments de texte codés, que S.O. a tous traduits en anglais. Pour montrer la diversité des personnes dont proviennent les exemples, un numéro d’identification accompagne les segments de texte des personnes soignées. Les membres du réseau sont présentés avec leur lien avec la personne soignée (p. ex. parent, personne amie, etc.) et le numéro d’identification de la personne soignée à laquelle se rattache leur réponse.

Tableau 1 — La question de recherche, les rôles des personnes participantes, les noms et les descriptions des thèmes

Question de recherche : quels aspects positifs, et quelles propositions de changement, ressortent des réponses des personnes soignées et de leur réseau social après une ou deux réunions de réseau dans une consultation externe de santé mentale ?

  • Personnes soignées — Une confiance renforcée dans nos relations. Nous avons mieux compris nos expériences respectives. J’ai le sentiment que l’ouverture a renforcé la confiance dans nos relations, et j’ai davantage confiance dans le soutien que mon réseau peut m’apporter.
  • Personnes soignées — Nous offrir un espace sûr pour parler ouvertement. Nous laisser décider de ce dont nous voulions parler nous a permis d’aborder des sujets difficiles que nous avions besoin de traiter. Les personnes qui animaient les réunions ont été essentielles pour créer l’espace sûr dont nous avions besoin.
  • Membres du réseau — Gagner en pouvoir d’agir en participant. Exprimer nos pensées et nos sentiments nous a permis de sentir que notre voix comptait. Nous avons aussi mieux compris la situation. Cela nous a donné le sentiment d’avoir plus de moyens pour soutenir la personne soignée.
  • Membres du réseau — Un accueil ouvert et une parole prise au sérieux. Les personnes qui animaient les réunions ont facilité le dialogue sur des sujets difficiles par leur approche accueillante et exempte de jugement. Nous préférons toutefois qu’elles soient ouvertes et directes plutôt que protectrices.
  • Membres du réseau — Apporter plus de clarté pour renforcer notre capacité à contribuer. Des informations plus claires sur les objectifs, plus de structure et des conseils concrets renforceraient notre capacité à contribuer efficacement aux réunions et à la vie de la personne soignée au-delà du cadre du traitement.

Thèmes des personnes soignées

Une confiance renforcée dans nos relations

Ce thème porte sur l’expérience qu’ont eue les personnes soignées de dialoguer avec leurs proches pendant les réunions, et montre qu’elles ont perçu une amélioration de leur sentiment de lien avec ces proches. Comme l’a observé une personne : « Ça a vraiment aidé notre relation. J’ai le sentiment que les choses vont beaucoup mieux entre nous » [ID 29]. Une autre a souligné le caractère réciproque de cette amélioration : « [J’ai] senti que ça leur apportait quelque chose [au réseau], ce qui, en retour, m’a fait du bien » [ID 25]. Les personnes soignées ont aussi dit apprécier d’aborder des sujets difficiles, ce qui indique que les réunions ont joué un rôle clé pour nourrir la confiance. Une personne a remarqué : « Il y a eu beaucoup d’ouverture sur les sujets difficiles, et c’était bien » [ID 5]. Le thème montre en outre que les échanges pendant les réunions ont favorisé une compréhension plus profonde, permettant aux personnes soignées de formuler leurs pensées et de mieux percevoir les émotions des membres de leur réseau. Les bienfaits de cette communication ouverte ont été décrits par une personne qui, évoquant ce que la participation lui avait apporté, disait : « [J’ai] pu mettre des mots sur les choses et expliquer. J’ai aussi pu voir ce que ressentent les gens autour de moi. [J’ai pris] davantage conscience des choses » [ID 17].

Le thème recouvre aussi l’importance, pour les personnes soignées, de pouvoir exprimer leurs besoins à leurs proches. Plusieurs réponses montrent qu’elles ont retrouvé confiance dans la capacité et la volonté de leur réseau social de les soutenir. Cette confiance renforcée transparaît dans ce qu’elles disent des aspects positifs de la participation aux réunions, par exemple : « [Pouvoir] donner à mon réseau une meilleure compréhension de ce que je ressens et de la façon dont il peut y faire face » [ID 18], ainsi que dans la prise de conscience, porteuse de force, de pouvoir demander du soutien : « [D’avoir] eu l’occasion, et réussi, à demander de l’aide à mon ou ma partenaire » [ID 13]. Par ailleurs, certaines personnes soignées ont souligné l’intérêt de parler de la manière de faire face à d’éventuels problèmes futurs, ce qui traduit un sentiment sous-jacent d’avoir de la valeur pour leur réseau et l’attente d’en recevoir un soutien durable. La réflexion d’une personne illustre ce sentiment : « [J’ai] pu mettre des mots, avec ma famille proche, sur la façon de faire face ensemble à une rechute » [ID 31].

En résumé, le thème traduit l’expérience, chez les personnes soignées, que l’ouverture des réunions a contribué à renforcer les liens relationnels et leur confiance dans la capacité du réseau à apporter du soutien.

Nous offrir un espace sûr pour parler ouvertement

Le deuxième thème rend compte de la façon dont les personnes soignées ont perçu les personnes qui animaient les réunions comme essentielles pour favoriser un espace propice à un dialogue constructif. Parce qu’elles étaient reçues sans ordre du jour préétabli et que le choix des sujets était laissé à elles et à leur réseau, les personnes soignées sentaient leur expérience personnelle reconnue et valorisée. Une personne a souligné cet aspect porteur de force : « C’est nous qui avions la main » [ID 31]. Une autre a mis en avant l’intérêt de pouvoir s’exprimer sans retenue : « J’ai eu l’occasion de dire ce que je pensais et ressentais de ma situation, et l’accueil a été bon » [ID 5]. Le thème reflète aussi l’importance perçue pour le réseau dans son ensemble, comme en témoigne l’éloge d’une personne sur la conduite de la réunion : « [Une] belle mise en œuvre de ce dont nous voulions et avions besoin de parler » [ID 17].

Le thème englobe en outre le fait que les personnes soignées se sentaient plus capables d’aborder des sujets difficiles pendant les réunions, capacité qu’elles attribuaient à l’animation. Une personne a exprimé l’effet de ce cadre soutenant en disant : « J’ai pu parler de choses dont je ne pouvais pas parler à la maison, sans aide extérieure » [ID 7], tandis qu’une autre appréciait le caractère constructif des échanges : « Nous avons pu parler ensemble sans que ça devienne négatif » [ID 24]. Le rôle crucial des personnes qui animaient dans l’instauration de la sécurité nécessaire a aussi été souligné, par exemple par une personne qui décrivait une réunion comme « un lieu sûr pour parler, quand il y a un tiers dans le dialogue » [ID 12]. Les personnes soignées ont en outre repéré des compétences particulières des personnes qui animaient, qui selon elles amélioraient le dialogue, comme la capacité à aborder des sujets difficiles et à poser des questions directes et clarifiantes. Elles ont aussi salué leur capacité à s’engager de façon ouverte et réfléchie dans les questions personnelles et complexes qui étaient partagées. Illustrant la valeur de cette animation experte, une personne a déclaré : « Quand j’ai expliqué le chaos dans ma tête, [les personnes qui animaient la réunion] m’ont permis d’y mettre des mots pour que je le comprenne mieux » [ID 26].

Dans l’ensemble, le thème traduit un lien perçu entre la forme ouverte instaurée par les personnes qui animaient les réunions et la capacité des personnes soignées et de leur réseau à engager un dialogue constructif sur des sujets difficiles.

Thèmes des membres du réseau

Gagner en pouvoir d’agir en participant

Le premier thème issu des réponses des membres du réseau porte sur l’importance que ces membres accordaient au fait de participer et de jouer un rôle actif pendant les réunions, ainsi qu’au partage de leurs expériences personnelles. Il montre que ces membres appréciaient d’exprimer ouvertement leurs pensées et leurs sentiments sur la situation, ce qui contribuait au sentiment que leur voix comptait. Une personne a exprimé cette appréciation en ces termes : « C’était très bien de pouvoir parler de la façon dont je vis la maladie » [ID 10, personne amie]. De même, l’intérêt d’une expression sincère a été relevé par une autre personne : « [C’était] utile pour moi, parce que ça m’a permis de parler plus facilement de ce que je ressens vraiment face à la situation dans laquelle je suis » [ID 1, sœur]. Les membres du réseau ont aussi souligné l’importance que leurs points de vue fassent partie intégrante et légitime du dialogue d’ensemble, comme le résume le commentaire d’une personne : « [J’ai] senti que mes pensées et mes sentiments avaient leur place et étaient acceptés » [ID 4, sœur].

Outre le renforcement de leur rôle dans la situation par le fait même de participer, les membres du réseau appréciaient la compréhension plus profonde acquise sur la situation de la personne soignée, y compris de son traitement et de ses besoins. Cette perspective élargie contribuait à renforcer leur capacité à apporter du soutien. Une mère a réfléchi à ce cheminement en disant : « Ma compréhension s’est élargie. J’ai reçu un électrochoc dont j’avais bien besoin » [ID 2, mère]. D’autres ont dit avoir acquis une vision mieux informée du système de soins, en notant par exemple : « C’était très bien d’apprendre les résultats des examens, passés et actuels, d’un point de vue professionnel. Ça a apporté un sentiment de sécurité » [ID 33, membre de la famille]. Plusieurs membres ont souligné en particulier l’importance de comprendre la situation personnelle de la personne soignée. Une mère l’a formulé ainsi : « J’ai compris clairement ce que traverse ma fille, ce qu’elle vit et ce qu’elle pense » [ID 25]. Pour beaucoup, cette compréhension accrue contribuait à améliorer leur capacité à aider la personne soignée, comme le résume une réponse : « En tant que mère, j’ai mieux compris comment je peux soutenir ma fille de façon positive » [ID 28].

Dans l’ensemble, le thème traduit le fait que les membres du réseau ont éprouvé, en participant aux réunions, un sentiment de pouvoir d’agir dans leur rôle de soutien auprès des personnes soignées.

Un accueil ouvert et une parole prise au sérieux

Le deuxième thème des membres du réseau porte sur leur perception du rôle des personnes qui animaient les réunions dans la mise en place d’un dialogue significatif au sein du réseau. Ses aspects clés comprennent une approche accueillante et exempte de jugement face aux questions soulevées, et un souci sincère des personnes présentes. Par exemple, un membre du réseau a résumé l’expérience de la participation en disant : « Je me sens en sécurité dans cette pièce. [Les personnes qui animent la réunion sont] des gens formidables qui me veulent du bien » [ID 26, parent], tandis qu’une autre personne notait : « C’était bien que les sujets abordés soient pris au sérieux » [ID 8, personne amie]. Les membres du réseau appréciaient aussi l’espace et le soutien offerts pour échanger sur des questions sensibles, ce qui les aidait à exprimer plus sereinement des pensées pénibles. Une personne a réfléchi : « [C’était une] occasion de parler ouvertement, avec du soutien. Dire des choses difficiles fait moins peur » [ID 5, partenaire]. Plusieurs ont dit apprécier que des personnes neutres animent la réunion et créent une atmosphère collaborative et non conflictuelle pour dialoguer sur des questions sensibles. Une personne a souligné cet aspect : « J’ai senti que je pouvais aborder des sujets difficiles sur un terrain neutre » [ID 26, membre de la fratrie], tandis qu’une autre observait : « C’est la première fois qu’il n’y a pas eu de dispute entre nous » [ID 20, parent].

Si les personnes qui animaient les réunions ont surtout été saluées pour leur rôle de reconnaissance, quelques membres du réseau ont évoqué des moments où l’approche de ces personnes leur avait paru trop prudente ou protectrice. Un membre a écrit : « Il y a peut-être une légère prudence dans le ton de la voix ou le langage du corps qui peut donner une impression de surprotection. C’est difficile à décrire exactement, mais un peu artificiel » [ID 25, parent], tandis qu’une autre personne déclarait : « Au début de la réunion, on a beaucoup utilisé la “voix de thérapeute”. Même si c’est sans doute censé être neutre, je l’ai personnellement trouvée infantilisante » [ID 10, enfant].

En résumé, le thème porte sur l’importance, aux yeux des membres du réseau, que les personnes qui animent les réunions ne portent pas de jugement et les prennent au sérieux, pour qu’il soit possible de parler de sujets difficiles pendant les réunions. Il reflète aussi une préférence pour une communication ouverte et directe plutôt que protectrice.

Apporter plus de clarté pour renforcer notre capacité à contribuer

Le dernier thème des membres du réseau porte sur des propositions de changement dans l’organisation et le déroulement des réunions de réseau. Il s’articule autour de besoins d’information et d’orientation restés sans réponse, et montre que ces membres ont ressenti de l’incertitude et de l’anxiété à l’idée d’assister aux réunions. Par exemple, une personne a écrit : « Les informations préalables venaient uniquement de la personne soignée, donc je ne savais pas à quoi j’allais participer » [ID 5, partenaire], tandis qu’une autre déclarait : « Je ne savais pas ce qu’était une réunion de réseau. J’appréhendais d’avance, parce que je pensais que c’était la même chose qu’une réunion de confrontation » [ID 26, membre de la fratrie]. Outre l’anxiété liée à une situation inconnue et au but peu clair des réunions, les membres du réseau ont aussi exprimé de l’incertitude quant aux échanges avec les équipes du système de soins. Une personne a écrit : « [J’avais] d’abord des doutes sur ce qu’impliquait la réunion et sur l’étendue des informations dont on disposait sur mon enfant » [ID 17, parent]. Prises ensemble, ces déclarations suggèrent une peur plus profonde de ne pas être à la hauteur de la situation de réunion.

À la lumière de ces préoccupations, les modifications proposées par les membres du réseau peuvent se lire comme une façon d’atténuer leur incertitude en se donnant les moyens de gagner en clarté, en maîtrise et en prévisibilité. Parmi les propositions figure la demande d’une communication plus transparente sur l’ordre du jour et les attentes avant les réunions de réseau. Un parent a souligné ce besoin en disant : « [J’aurais/nous aurions] pu avoir une meilleure préparation à ce qui serait abordé pendant la réunion » [ID 25, parent]. Outre le souhait d’informations préalables plus claires, certaines personnes demandaient une conversation plus structurée et plus ciblée pendant les réunions. Un membre l’a exprimé en recommandant d’adopter « [un] déroulé de réunion et un plan écrit pour la réunion suivante » [ID 15, parent]. Par ailleurs, des membres du réseau suggéraient que les personnes qui animaient les réunions proposent des réflexions plus ciblées et des orientations précises, pour donner davantage d’assurance face aux difficultés actuelles et futures. Une personne a proposé : « Peut-être quelques exemples plus concrets de la façon dont moi, en tant que personne amie, je peux contribuer à améliorer le quotidien de la personne soignée » [ID 30, personne amie].

Dans l’ensemble, le thème fait apparaître, chez les membres du réseau, un besoin de prévisibilité et d’orientation pour pouvoir contribuer utilement aux réunions et à la vie de la personne soignée au-delà du cadre du traitement.

Discussion

Comme dans des études antérieures, personnes soignées et membres du réseau ont, dans notre étude, bien accueilli les réunions de réseau (voir Buus et al., 2021 ; Freeman et al., 2019) et décrit une amélioration de la qualité de leurs relations (voir Buus & McCloughen, 2022). Les deux groupes ont aussi fait état d’un élargissement de leur compréhension (voir Wusinich et al., 2020) et d’une amélioration de la qualité de leur communication (voir Twamley et al., 2020). En outre, les membres du réseau ont souligné l’importance de mieux voir comment apporter du soutien (voir Gidugu et al., 2021). Les membres du réseau ont cependant aussi fait état d’un sentiment d’incertitude (voir Florence et al., 2021), qui semblait lié à une vision limitée du but des réunions (voir Tribe et al., 2019).

Alors que les études citées ci-dessus présentent des résultats issus d’analyses conjointes de différents points de vue (p. ex. Gidugu et al., 2021 ; Twamley et al., 2020 ; Wusinich et al., 2020 ; Florence et al., 2021), nous avons mené dans notre étude des analyses séparées pour chaque rôle, ce qui a permis de comparer l’expérience propre à chaque groupe dans les réunions de réseau. Dans la discussion, nous nous attachons à dégager les points communs et les variations entre les rôles, éclairés par le concept de sentiment de compter (mattering) de Prilleltensky (2020). Selon ce cadre, le sentiment de compter renvoie à deux besoins psychologiques fondamentaux, sentir sa valeur reconnue et apporter de la valeur, deux besoins essentiels pour favoriser l’épanouissement psychologique et tisser des liens sociaux. Le besoin de sentir sa valeur reconnue tient à la nécessité, pour une personne, d’éprouver un sentiment d’appartenance, de sentir que les autres lui accordent de la valeur, de s’accepter et d’éprouver sa propre valeur ; apporter de la valeur renvoie à la capacité de contribuer de façon significative à la vie des autres ainsi qu’à son propre développement personnel (Prilleltensky, 2020). Sentir sa valeur reconnue et apporter de la valeur sont des processus interdépendants. Une personne qui sent sa valeur reconnue a plus de chances d’être en mesure d’apporter de la valeur, et inversement. Ces processus sont donc particulièrement pertinents dans les réunions de réseau, où des personnes se réunissent pour dialoguer et se soutenir mutuellement.

L’effet des réunions de réseau sur les relations au sein du réseau

Les thèmes dégagés des réponses des personnes soignées comme des membres du réseau témoignent d’une insistance commune sur les bienfaits relationnels du fait de parler ouvertement de sujets difficiles. Formuler et recevoir des points de vue différents sont apparus comme des aspects importants, qui ont favorisé la compréhension mutuelle dans les deux groupes, conformément à la perspective dialogique sur laquelle repose le dialogue ouvert (voir Ong et al., 2019). On observe néanmoins des nuances dans leurs réflexions thématiques quant à l’accent mis sur le fait de se sentir comprise ou non par les autres et sur l’acte même de participer.

Concernant le premier aspect, la compréhension reçue, nos résultats montrent que les personnes soignées ont particulièrement souligné comment le dialogue avait contribué à renforcer les liens et la confiance au sein de leur réseau social, en leur donnant le sentiment d’être vraiment entendues et comprises par ses membres (voir Gidugu et al., 2021 ; Sunthararajah et al., 2022). Au regard du concept de sentiment de compter, il semble donc que la participation attentive des membres du réseau et leur compréhension accrue aient contribué à renforcer le sentiment des personnes soignées d’être valorisées, et que ce sentiment ait encore renforcé leur conviction d’avoir une valeur propre pour le groupe.

À l’inverse, les membres du réseau ont moins insisté sur la compréhension reçue que sur leur engagement actif dans les réunions, en formulant leurs propres expériences et points de vue. Si la simple invitation à participer valait déjà une première forme de reconnaissance, le partage actif de leurs points de vue semblait être la reconnaissance la plus décisive, confortant leur rôle de soutien important pour la personne soignée. Dans la perspective du sentiment de compter, cet engagement actif peut être vu comme un moyen d’affirmer sa propre valeur, de gagner en pouvoir d’agir et de renforcer le sentiment de pouvoir apporter de la valeur.

Il ressort donc globalement de nos résultats que, du point de vue du sentiment de compter, sentir sa valeur reconnue comptait particulièrement pour les personnes soignées, tandis qu’apporter de la valeur comptait particulièrement pour les membres du réseau. Or un point essentiel du cadre conceptuel est que ces deux processus sont nécessaires au bien-être psychologique (Prilleltensky, 2020). Nos thèmes le montraient aussi. Par exemple, les personnes soignées ont exprimé leur gratitude non seulement pour la reconnaissance de leur valeur qu’exprimait la compréhension reçue, mais aussi pour avoir mieux saisi le point de vue des membres du réseau. De même, les membres du réseau sentaient leur valeur reconnue grâce à l’espace et à la reconnaissance accordés à leur rôle, ce qui était à son tour décisif pour se sentir en mesure d’apporter de la valeur dans la vie des personnes soignées. En somme, les expériences de reconnaissance de sa valeur et d’apport de valeur semblaient enrichir tour à tour les réunions de réseau, ce qui conforte le cadre conceptuel qui les décrit comme des processus interdépendants et complémentaires.

Conséquences pour le rôle d’animation des réunions

Dans les réunions de réseau dialogiques, les personnes qui animent s’efforcent d’instaurer un cadre qui invite une pluralité de points de vue et d’émotions, en reconnaissant la diversité des histoires individuelles (voir Ong et al., 2019). Nos résultats soulignent leur rôle essentiel dans cette entreprise. Personnes soignées et membres du réseau ont particulièrement relevé leur contribution indispensable pour faciliter les échanges sur des sujets émotionnellement difficiles et pour cadrer la forme ouverte, qui permettait aux personnes présentes d’aborder les sujets dont elles avaient besoin de parler.

Pourtant, malgré une reconnaissance partagée de la valeur de la forme ouverte des réunions, notre analyse révèle une divergence dans ce que cette ouverture peut représenter pour chaque groupe. Pour les personnes soignées, la forme ouverte semble particulièrement importante parce qu’elle leur permettait, avec leur réseau, de décider du contenu de la discussion. Vu sous l’angle du sentiment de compter, cela indique que, pour elles, la confiance des personnes qui animaient dans leur capacité à repérer et à soulever les questions importantes était décisive et renforçait leur pouvoir d’agir.

Pour les membres du réseau, à l’inverse, c’est l’approche chaleureuse, accueillante et ouverte des personnes qui animaient, ainsi que le sérieux accordé à leurs contributions, qui ressortaient comme l’aspect le plus important. Cela concorde avec les recherches qui montrent que les proches de personnes ayant des problèmes de santé mentale se trouvent souvent en marge du système de soins (voir Doody et al., 2017). Leur expérience d’inclusion s’écartait donc probablement beaucoup de leurs rencontres antérieures. Dans la perspective du sentiment de compter, cela implique que, lorsque les membres du réseau trouvent un accueil chaleureux et sans jugement, cela leur transmet le sentiment que leur valeur est reconnue, ce qui peut être transformateur, en confirmant leur rôle et leur participation active à la vie et au rétablissement de la personne soignée. Toutefois, si l’accueil chaleureux a surtout été apprécié, quelques membres ont aussi perçu une prudence subtile chez les personnes qui animaient, vécue de façon plutôt négative. Une telle réserve pouvait involontairement être comprise comme une sous-estimation de leur capacité à faire face à la situation, et donc diminuer leur capacité perçue à apporter de la valeur. Ensemble, ces résultats suggèrent que personnes soignées et membres du réseau ont un besoin sous-jacent de voir leurs capacités et leurs ressources reconnues. Cela souligne l’importance de témoigner de la confiance aux personnes présentes, par une communication transparente et directe, pour faire émerger leur capacité à contribuer utilement aux réunions.

Le contraste le plus net observé entre les deux groupes tenait toutefois au fait que les suggestions de changement sur les réunions et leur conduite venaient presque exclusivement des membres du réseau. Ces propositions visaient surtout à rendre les réunions plus prévisibles, ce qui tenait probablement à une appréhension à l’idée d’y participer. Dans la perspective du sentiment de compter, ne pas reconnaître pleinement les besoins des membres du réseau sur ce point peut être vu comme une façon de minimiser leur importance et leur capacité à apporter de la valeur. Il semble donc essentiel d’établir des règles transparentes pour les réunions, afin d’offrir une assurance suffisante et de renforcer la capacité des membres du réseau à contribuer efficacement, surtout lorsque le contexte ne leur est pas familier. À cet égard, la transmission d’informations pertinentes par les personnes qui animent, avant et au début des réunions, devient centrale, car elle peut renforcer le pouvoir d’agir des membres du réseau dès le départ.

Un dernier aspect différait entre les groupes : le souhait, chez les membres du réseau, de recevoir davantage d’orientations et de conseils de la part des personnes qui animaient les réunions sur la façon de faire face aux problèmes futurs, souhait qui ne se retrouvait pas chez les personnes soignées. Cette différence suggère que les membres du réseau ont besoin de plus de soutien et d’orientation pour se sentir en confiance dans leur rôle, surtout si l’offre de réunions de réseau est limitée, comme dans notre étude. Dans la perspective du sentiment de compter, ne pas donner d’orientations précises peut être perçu comme un manque de reconnaissance de l’importance et de la complexité du rôle des membres du réseau. Ces résultats indiquent donc que les personnes qui animent les réunions doivent travailler, exercer et ajuster l’équilibre entre une posture ouverte, réflexive et dialogique et le fait de proposer leurs points de vue, leur expertise professionnelle et leurs orientations. Cette compréhension rejoint des constats et des discussions antérieurs de la littérature sur les défis thérapeutiques des pratiques de dialogue ouvert (voir Buus et al., 2021).

Conséquences pour la mise en œuvre des réunions de réseau dialogiques en pratique clinique

Nos résultats impliquent que la forme ouverte des réunions de réseau peut être très bénéfique pour les personnes soignées comme pour les membres du réseau, en favorisant le sentiment que sa valeur est reconnue et, par là, la capacité d’apporter de la valeur face à des problèmes de santé mentale graves. Il est toutefois essentiel d’adapter le cadrage de l’ouverture au contexte de traitement particulier et aux besoins individuels des différents groupes concernés. Conformément à nos résultats, les membres du réseau peuvent avoir besoin de plus d’informations en amont, d’une structure de réunion plus prévisible et de conseils plus concrets que les personnes soignées, surtout lorsque le contexte et la forme ne leur sont pas familiers.

Par ailleurs, recourir au sentiment de compter comme cadre conceptuel pour interpréter les dynamiques des réunions de réseau dialogiques se révèle un outil précieux. Considérer les processus à l’œuvre dans les réunions à travers le prisme de l’apport de valeur et de la reconnaissance de sa valeur s’accorde avec les principes du dialogue ouvert (voir Olson et al., 2014) et aide à comprendre comment renforcer le pouvoir d’agir du réseau comme des personnes soignées. Cette perspective souligne l’importance d’établir des cadres pour la pratique dialogique, afin d’offrir aux personnes soignées et à leur réseau social la possibilité de s’engager dans ces processus de rétablissement essentiels que sont sentir sa valeur reconnue et apporter de la valeur.

Forces et limites de notre étude

Les forces de cette étude tiennent à son plan naturaliste, qui rend les résultats très pertinents pour la pratique clinique. L’étude intègre en outre des réponses issues de nombreuses réunions de réseau, avec des personnes participantes diverses. Par ailleurs, notre choix de regrouper l’ensemble des membres du réseau dans l’analyse nous a permis de comparer l’expérience des personnes soignées à celle de membres du réseau extérieurs au système de soins. Cette comparaison apporte un éclairage nouveau sur les besoins et les vulnérabilités propres aux personnes qui occupent des rôles différents dans les réunions de réseau. Cette façon de stratifier l’échantillon ne permettait toutefois pas d’analyser et de comparer les expériences selon les différentes positions au sein du réseau social.

Une limite de cette étude tient au déséquilibre de la quantité de données, avec davantage de déclarations écrites des membres du réseau que des personnes soignées, les membres du réseau formant un groupe plus nombreux. Notre compréhension plus approfondie du contexte des personnes soignées a toutefois contribué à compenser cette différence de richesse des données entre les deux groupes. Une autre limite tient à la nature et à l’analyse des données, constituées de déclarations écrites relativement courtes, codées à mi-chemin entre interprétation sémantique et interprétation latente. Les analyses interprétatives risquent de confirmer des présupposés, mais la participation de trois membres de l’équipe aux points de vue divers et aux degrés de proximité variés avec les données a contribué à renforcer la fiabilité du travail réflexif. En outre, le fait que nos analyses aient produit des résultats surprenants conforte aussi la solidité des résultats. Par exemple, nous ne nous attendions pas à ce que l’incertitude des membres du réseau soit aussi manifeste, ce qui laisse penser que les réponses anonymes recueillies juste après la participation aux réunions ont donné accès à des états émotionnels spontanés qui auraient autrement pu échapper à l’analyse. Une dernière limite tient à la mesure de la fidélité, évaluée indirectement à partir des réponses des personnes participantes sur leur expérience des réunions plutôt que par des évaluations plus systématiques.

Conséquences pour la recherche future

Cette recherche montre l’importance d’explorer les différents rôles des personnes qui participent aux réunions de réseau, comme les parents, les partenaires, les frères et sœurs et les personnes amies, afin de mieux comprendre leurs points de vue propres. Il paraît aussi essentiel d’examiner plus avant le rôle d’animation des réunions dans divers contextes de traitement. En outre, même si les personnes soignées et les membres du réseau de cette étude ont réagi positivement aux réunions de réseau, nous ne savons pas si la participation a influé sur le dialogue au sein de leur réseau social en dehors du système de soins, ni quel est le lien entre les changements dialogiques et la santé mentale. D’autres recherches sont donc nécessaires pour explorer l’effet plus large de la participation aux réunions de réseau.

Conclusions

La participation à une ou deux réunions de réseau dialogiques dans une consultation externe de santé mentale a été jugée très précieuse par les personnes soignées comme par les membres du réseau. La comparaison de leurs expériences a fait apparaître des similitudes dans l’importance accordée à la possibilité de s’exprimer librement et au rôle des personnes qui animent les réunions pour faciliter les échanges sur des questions importantes et difficiles. Parmi les différences figuraient le besoin de prévisibilité accrue des membres du réseau et l’importance, pour les personnes soignées, de se sentir comprises et de renforcer la confiance dans les relations. Le sentiment de compter apparaît comme un cadre conceptuel fécond pour décrire et comprendre les processus à l’œuvre dans les réunions de réseau.

Complexe Systémique : à retenir

L’intérêt de l’étude tient à un geste simple : analyser séparément ce que disent les personnes soignées et ce que disent leurs proches, au lieu de fondre toutes les voix en une seule. Les deux groupes apprécient la même ouverture, mais pas pour les mêmes raisons. Pour les personnes soignées, l’absence d’ordre du jour est une marque de confiance : c’est elles qui choisissent de quoi l’on parle. Pour les proches, souvent tenus à l’écart par la psychiatrie, l’essentiel est de trouver un accueil sans jugement et de pouvoir contribuer ; ce sont les proches, presque exclusivement, qui réclament des informations préalables, un peu de structure et des conseils concrets. Pour la clinique systémique, la leçon est précieuse : l’ouverture dialogique ne dispense pas de cadrer, et une prudence excessive peut être vécue comme de la condescendance. Préparer les proches à ce qu’est une réunion de réseau fait partie du travail. Les limites sont celles de réponses écrites très courtes, recueillies juste après une ou deux réunions dans un programme de jour de quatre semaines. À lire avec l’étude sur l’expérience des parents dans les réunions de dialogue ouvert à l’école, et avec l’article sur les conversations réflexives dans les réunions de réseau.

Notes de l’original

Remerciements. L’équipe de recherche tient à exprimer sa gratitude et sa reconnaissance à Per Halfdan Nilsen pour ses contributions importantes, en particulier pour son travail d’introduction du dialogue ouvert dans l’unité de traitement où l’étude a été menée, pour sa supervision dans cette approche, ainsi que pour ses encouragements et son soutien à la recherche sur ce projet.

Financement. Financement du libre accès assuré par la Western Norway University of Applied Sciences.

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche n’a aucun intérêt financier ou non financier pertinent à déclarer.

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Traduction non officielle en français de Cadrer l’ouverture : similitudes et différences entre l’expérience des personnes soignées et celle de leur réseau social dans les réunions de réseau dialogiques, à travers le prisme du sentiment de compter, par Siri Omvik, Ragnhild Andersland et Øyvind Reehorst Kalsås, Community Mental Health Journal, vol. 61, no 2 (2025), doi : 10.1007/s10597-024-01354-8, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste, légende de la figure traduite). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Framing openness: Exploring Similarities and Differences in Patients’ and Their Social Networks’ Experiences with Participating in Dialogical Network Meetings Through the Lens of Mattering », publié dans Community Mental Health Journal (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Omvik, S., Andersland, R., et Kalsås, Ø. R. (2025). Cadrer l’ouverture : similitudes et différences entre l’expérience des personnes soignées et celle de leur réseau social dans les réunions de réseau dialogiques, à travers le prisme du sentiment de compter (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/cadrer-l-ouverture-similitudes-et-differences-entre-l-experience-des-personnes-soignees (Œuvre originale publiée en 2024 dans Community Mental Health Journal, 61(2), 337-349 (2025) ; republiée en 2025 par Community Mental Health Journal, https://link.springer.com/article/10.1007/s10597-024-01354-8)

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