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Child & Family Social Work · Travail social
Trois ans après une formation à l’approche orientée vers les solutions, le personnel infirmier néerlandais de santé publique parle-t-il autrement aux parents ? L’équipe de Liesbeth Theuns-Boumans a enregistré de vraies séances de soutien à la parentalité : sur 1 534 messages professionnels, 11 seulement portent la marque de l’approche.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Caractéristiques centrées sur le problème et orientées vers les solutions du soutien à la parentalité, trois ans après l’implantation de l’approche orientée vers les solutions : une analyse qualitative de contenu, par Liesbeth Theuns-Boumans, Jolanda Mathijssen, Carin Rots-de Vries et Ien van de Goor, publié dans Child & Family Social Work (Wiley) (2021), doi : 10.1111/cfs.12800, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; dans l’extrait du cas R10, les séparateurs graphiques de l’original sont rendus par des points de suspension verticaux. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Du point de vue orienté vers les solutions, connaître le problème et ses causes ne renseigne pas sur la solution.
Liesbeth Theuns-Boumans, Jolanda Mathijssen, Carin Rots-de Vries et Ien van de Goor
Résumé
Ces dernières années, le soutien à la parentalité orienté vers les solutions a été développé et mis en œuvre comme une approche brève, prometteuse et fondée sur les forces. Étant donné les différences fondamentales entre ce soutien et le soutien à la parentalité centré sur le problème, historiquement plus répandu, et la complexité de toute transformation de la pratique professionnelle, on peut s’attendre à ce que le passage effectif à un soutien à la parentalité orienté vers les solutions soit resté limité jusqu’ici. Mais comme la recherche sur les caractéristiques précises de la communication professionnelle dans le soutien à la parentalité fait aujourd’hui défaut, aucune conclusion ne peut être tirée pour l’instant. Cette étude vise donc à explorer les caractéristiques actuelles, centrées sur le problème et orientées vers les solutions, du soutien à la parentalité dans le service néerlandais de santé de la jeunesse (YH, youth healthcare). Au total, 15 séances de soutien menées par 10 membres du personnel infirmier de santé publique ont été enregistrées en audio et transcrites mot à mot. Une analyse qualitative de contenu détaillée de la communication professionnelle a été conduite pour repérer les aspects factuels, expressifs, relationnels et d’appel, centrés sur le problème ou orientés vers les solutions, du soutien à la parentalité. Les caractéristiques centrées sur le problème dominaient toutes les séances. Cette étude est la première à analyser en profondeur, par une analyse qualitative de contenu, les caractéristiques de communication centrées sur le problème et orientées vers les solutions du soutien professionnel à la parentalité. La pratique du soutien à la parentalité dans le YH néerlandais n’a pas basculé de manière substantielle vers une approche orientée vers les solutions. Il faudra davantage d’efforts pour stimuler et faciliter cette transformation professionnelle.
Ces dernières années, un nombre croissant de travaux encourage à préférer le soutien à la parentalité orienté vers les solutions au soutien centré sur le problème, historiquement plus répandu. D’abord, le soutien orienté vers les solutions s’est révélé aussi efficace que d’autres approches pour résoudre les problèmes courants (Kim, 2008). Ensuite, il s’est révélé moins coûteux en temps que d’autres approches de soutien (Bond, Woods, Humphrey, Symes et Green, 2013 ; Gingerich et Peterson, 2013 ; Stams, Deković, Buist et de Vries, 2006). Enfin, il est positivement associé à l’avancée vers les objectifs, aux affects positifs et à la planification de l’action, et il diminue les affects négatifs chez les personnes accompagnées (Grant, 2012 ; Neipp, Beyebach, Nuñez et Martínez-González, 2016). De manière générale, la valeur ajoutée du soutien à la parentalité orienté vers les solutions est décrite comme le fait de favoriser le pouvoir d’agir des parents, ce qui contribue à améliorer la parentalité et la capacité des parents à résoudre seuls les problèmes à venir (Rapp, Saleebey et Sullivan, 2005). Au vu de ces effets, de son économie de temps et de son ancrage dans les forces, le soutien à la parentalité orienté vers les solutions est recommandé comme l’approche à privilégier, surtout quand les problèmes sont encore légers (Bond, Woods, Humphrey, Symes et Green, 2013 ; Carr, Hartnett, Brosnan et Sharry, 2017).
Malgré le développement récent de cette approche privilégiée dans le soutien à la parentalité (Carr, Hartnett, Brosnan et Sharry, 2017 ; Polaschek et Polaschek, 2007 ; Wells, Shields, Hauck, Bennett et Johnson, 2014), on s’attend à ce que le passage effectif d’un soutien centré sur le problème à un soutien orienté vers les solutions reste limité dans les services actuels de protection et d’aide à l’enfance (Lietz, 2011 ; Roose, Roets et Schiettecat, 2014 ; Toros, DiNitto et Tiko, 2018). Cette attente repose sur la combinaison de différences essentielles entre les deux approches (De Jong et Berg, 2013 ; De Shazer, 1988, 1997 ; McAllister, 2003) et des stratégies actuelles de mise en œuvre de ces interventions. Nous développons ces points ci-dessous.
Les différences entre les deux approches sont fondamentales et apparaissent dans les aspects factuels (le contenu), expressifs (l’expression du rôle professionnel), relationnels (la vision des parents et de leur rôle) et d’appel (ce qui est attendu des parents) de la communication professionnelle pendant les séances de soutien à la parentalité (Schulz von Thun, 2010). Le soutien centré sur le problème s’enracine dans la tradition du modèle biomédical (Engel, 1977). Cette approche est tournée vers le passé : elle cherche à identifier les problèmes et leurs causes, et à résoudre ou réduire les problèmes en supprimant ces causes ou en intervenant sur elles. Dans cette approche, la personne professionnelle occupe un rôle d’expert aux différentes étapes du soutien, à savoir l’évaluation, la définition, la mise en œuvre et l’évaluation finale. Les parents servent surtout de source d’information pour permettre le jugement et la prise de décision professionnels. On attend en outre des parents une conformité aux actions et aux suggestions de résolution de la personne professionnelle (De Jong et Berg, 2013 ; McAllister, 2003 ; Wilkinson, 2012). À l’inverse, le soutien à la parentalité orienté vers les solutions est une approche tournée vers l’avenir et fondée sur les forces, qui s’attache à renforcer la motivation, la confiance, les compétences et les capacités de résolution de problèmes des parents (De Jong et Berg, 2013 ; De Shazer, 1988, 1989 ; McAllister, 2003). Le processus de soutien se divise en plusieurs étapes (De Jong et Berg, 2013). D’abord, on explore l’avenir souhaité ainsi que les forces et les ressources actuelles. Ensuite, on explore un premier petit pas vers cet avenir souhaité. Puis la personne professionnelle donne un retour. Enfin, on évalue les progrès des parents et l’on détermine leur besoin de soutien supplémentaire. Le point de vue des parents est central à chaque étape. La personne professionnelle adopte, pour sa part, une posture de « non-savoir » et conduit explicitement le processus à partir du point de vue des parents (De Jong et Berg, 2013 ; De Shazer, 1988, 1989 ; McAllister, 2003).
Une mise en œuvre durable d’un comportement professionnel de soutien à la parentalité orienté vers les solutions suppose un accord entre cette nouvelle approche et les conceptions, les croyances, les valeurs et l’identité de la personne professionnelle. Une combinaison de stratégies de mise en œuvre adaptées au contexte, à plusieurs étapes du changement, est nécessaire pour faciliter cet accord et ce changement de comportement (Durlak et DuPre, 2008). Par exemple, le modèle de mise en œuvre de Grol et Wensing (2013) distingue cinq étapes pour une implantation durable : orientation, prise de conscience et compréhension, acceptation, changement et maintien. Pour chaque étape sont décrites différentes stratégies qui concourent à ses objectifs propres.
À notre connaissance, les stratégies actuelles de mise en œuvre des interventions de soutien à la parentalité, orientées vers les solutions ou non, dans les services d’aide à l’enfance se limitent à une formation technique standardisée de 2 à 5 jours, à la fourniture de matériel d’intervention et, parfois, à un petit nombre de séances complémentaires de supervision entre pairs. Par exemple, Parents Plus propose une formation de 3 jours avec le matériel du programme. Des séances de supervision entre pairs après la formation sont proposées sur demande (ParentsPlus, 2017). La mise en œuvre d’une autre intervention de soutien positif à la parentalité, Triple P, est soutenue par une formation de 3 jours et trois séances de soutien entre pairs (Triple P, 2019).
En 2014, le service néerlandais de santé de la jeunesse (YH) a promu le passage d’un soutien à la parentalité centré sur le problème à un soutien orienté vers les solutions, dans le cadre d’une réforme du système d’aide à la jeunesse aux Pays-Bas (Knijn et Hopman, 2015). Le YH est un service public national d’aide à l’enfance et à la famille qui contribue au développement physique, psychologique, social et fonctionnel sain de l’enfant par un ensemble d’actions de prévention et d’interventions précoces. Il est accessible à toutes les familles vivant aux Pays-Bas, gratuitement, et relève de la loi sur la santé publique (Public Health Act, 2008). Le soutien à la parentalité du YH est proposé comme intervention sociale précoce, par le personnel infirmier de santé publique, aux parents qui rencontrent des problèmes de parentalité légers. Si ces problèmes légers sont en général considérés comme des difficultés éducatives normales liées au stade de développement de l’enfant, les parents peuvent avoir du mal à faire face à ces situations (par exemple les problèmes de sommeil de l’enfant, un comportement agressif, la désobéissance ou la peur des inconnus). Ce soutien vise donc à renforcer le pouvoir d’agir des parents et à prévenir l’apparition de problèmes de parentalité plus graves et d’autres conséquences négatives (Dutch center for youth healthcare, 2018). Le personnel infirmier de santé publique a une formation de licence en soins infirmiers (Bachelor of Nursing) et une formation complémentaire en soins infirmiers sociaux suivie après la licence. Ce personnel peut proposer en moyenne une à trois séances de soutien à la parentalité. Si un soutien plus important est nécessaire ou si les problèmes sont plus graves, les parents sont orientés vers d’autres services, éventuellement plus spécialisés (par exemple travail social, psychologie et psychiatrie).
Pour faciliter le passage au soutien à la parentalité orienté vers les solutions dans le YH, différentes interventions ont été lancées. La formation du personnel infirmier de santé publique aux techniques de soutien orientées vers les solutions et des séances complémentaires de supervision entre pairs ont été les méthodes les plus utilisées pour encourager la mise en œuvre de cette nouvelle approche. Mais vu la nature profonde de ce changement (évoquée plus haut), il paraissait douteux que ces méthodes suffisent à réaliser le passage au soutien à la parentalité orienté vers les solutions dans la pratique quotidienne du YH néerlandais.
Le test décisif pour savoir si le soutien à la parentalité orienté vers les solutions a été implanté durablement consiste à étudier le comportement professionnel effectif en conditions naturelles (Hulsman, Ros, Winnubst et Bensing, 1999). À notre connaissance, la recherche sur le soutien à la parentalité orienté vers les solutions manque aujourd’hui de bonnes mesures de fidélité. Les mesures de fidélité des interventions Parents Plus se limitent à « exiger que les personnes animatrices suivent des consignes détaillées figurant dans les manuels du programme, remplissent des listes de contrôle d’intégrité après chaque séance, et suivent une formation préalable et une supervision régulière avec les personnes qui ont conçu le programme » (Carr, Hartnett, Brosnan et Sharry, 2017, p. 4). En outre, dans les revues sur le soutien à la parentalité orienté vers les solutions, les mesures de fidélité étaient signalées comme absentes en général, ou reposaient sur l’autoévaluation (Bond, Woods, Humphrey, Symes et Green, 2013 ; Gingerich et Peterson, 2013). Il faut connaître les caractéristiques actuelles de la communication dans le soutien à la parentalité pour éclairer la suite des processus de mise en œuvre.
Cette étude a donc pour but d’explorer les caractéristiques de communication centrées sur le problème et orientées vers les solutions du soutien à la parentalité réellement apporté par le personnel infirmier de santé publique du YH, trois ans après la mise en œuvre du soutien à la parentalité orienté vers les solutions.
Un plan de recherche qualitatif a été utilisé pour repérer les caractéristiques centrées sur le problème et orientées vers les solutions du soutien à la parentalité actuel dans le YH. Cette démarche permet de repérer les aspects factuels, expressifs, relationnels et d’appel de la communication professionnelle dans des séances de soutien à la parentalité du YH se déroulant en conditions naturelles (Merriam et Tisdell, 2016 ; Schulz von Thun, 2010).
Cette étude a été menée dans une organisation du YH du sud des Pays-Bas, sur une région de 18 communes desservies par neuf équipes autogérées. Ces équipes se composent de médecins, de personnel infirmier de santé publique et d’assistance de santé.
La population de recherche de cette étude était constituée du personnel infirmier de santé publique, parce que c’est lui qui apporte le soutien à la parentalité comme intervention précoce. Au total, 53 membres du personnel infirmier de santé publique travaillaient dans cette organisation du YH. L’âge moyen de ce personnel était de 48 ans (de 24 à 63 ans), et son expérience moyenne en santé publique infirmière de 19 ans (de 1 à 37 ans). En 2014, ce personnel avait reçu une formation de 3 jours et participé à deux séances de supervision entre pairs pour consolider la mise en œuvre du soutien à la parentalité orienté vers les solutions.
Pour cette étude, un échantillon de 15 membres du personnel infirmier de santé publique a été constitué par une sélection raisonnée, selon le critère de variation maximale (Palinkas et al., 2015). Les personnes retenues variaient selon l’équipe (la région), l’âge, l’expérience en santé publique infirmière, le nombre de formations suivies en soutien à la parentalité et l’expérience du soutien à la parentalité déclarée par elles-mêmes. En raison de changements d’emploi, de congés de maternité et d’arrêts maladie, l’échantillon initial a été ramené à un échantillon final de 10 membres du personnel infirmier de santé publique (tableau 1).
Tableau 1 — Sélection de l’échantillon
Pour chaque caractéristique : population totale / échantillon initial / échantillon final.
Les données ont été recueillies par l’enregistrement audio de séances réelles de soutien à la parentalité entre des parents rencontrant des problèmes de parentalité légers et le personnel infirmier de santé publique. Ces enregistrements donnent accès au soutien à la parentalité tel qu’il se déroule naturellement. De petits enregistreurs ont été utilisés, et l’équipe de recherche n’était pas présente pendant les séances. Cette procédure garantissait un recueil de données discret (Merriam et Tisdell, 2016).
Avant le recueil des données, les personnes participantes ont reçu un protocole de sélection des cas, des consignes d’enregistrement et un formulaire de consentement éclairé. Pour éviter que la connaissance des objectifs de la recherche ne modifie les pratiques, notre intérêt précis pour les caractéristiques orientées vers les solutions et centrées sur le problème ne leur a pas été indiqué. Il leur a plutôt été dit que nous nous intéressions à leur manière générale de travailler dans le soutien à la parentalité. La sélection des cas reposait sur le critère d’un problème de parentalité léger, pour lequel la personne infirmière estimait, selon son jugement professionnel, qu’une à trois séances suffiraient à soutenir les parents. Le recueil des données a commencé une fois la procédure de consentement éclairé achevée avec la personne infirmière. Avant l’enregistrement, celle-ci informait les parents du but et des procédures de la recherche et leur demandait l’autorisation d’enregistrer les séances. Les enregistrements audio ont été transcrits mot à mot pour l’analyse et anonymisés. Les procédures de l’étude ont été approuvées par le comité d’éthique de l’université de Tilburg (numéro de référence : EC-2017.05).
Une procédure d’analyse qualitative de contenu a été conduite. Ce type d’analyse permet d’identifier les aspects factuels, et d’interpréter les aspects expressifs, relationnels et d’appel, du soutien à la parentalité apporté par le personnel infirmier de santé publique, comme centrés sur le problème ou orientés vers les solutions (Krippendorff, 2012 ; Mayring, 2014 ; Schulz von Thun, 2010).
Un protocole de codage initial a été élaboré pour repérer les caractéristiques centrées sur le problème et orientées vers les solutions du soutien à la parentalité. Les deux formes de soutien se divisent en étapes générales : (a) description du problème ; (b) évaluation ; (c) définition ; (d) mise en œuvre ; (e) évaluation finale (De Jong et Berg, 2013 ; Wilkinson, 2012). Le protocole de codage croisait ces étapes du soutien à la parentalité avec les aspects factuels, expressifs, relationnels et d’appel typiques, centrés sur le problème ou orientés vers les solutions, de la communication professionnelle (De Jong et Berg, 2013 ; McAllister, 2003).
L’aspect factuel d’un message renvoie à son contenu. Dans le soutien centré sur le problème, le contenu porte par exemple sur « le problème » ou sur « la cause ». Dans le soutien orienté vers les solutions, en revanche, « l’avenir souhaité » ou « les forces actuelles » sont des exemples d’aspects factuels des messages professionnels.
L’aspect expressif d’un message renvoie à la manière dont la professionnelle se présente. Dans le soutien centré sur le problème, la professionnelle agit en experte. À l’inverse, dans le soutien orienté vers les solutions, elle part d’une posture de non-savoir et conduit le processus à partir du point de vue des parents.
L’aspect relationnel d’un message tient à la manière dont la professionnelle exprime sa vision du rôle des parents. Dans le soutien centré sur le problème, elle voit dans les parents une source d’information importante, dont il faut tirer autant d’informations détaillées que possible sur le problème et ses causes pour permettre le raisonnement et le jugement professionnels. Dans le soutien orienté vers les solutions, elle reconnaît aux parents l’expertise pour décrire le problème, l’avenir souhaité et les possibilités d’évoluer vers cet avenir.
L’aspect d’appel du message renvoie à ce que la professionnelle attend implicitement ou explicitement des parents. Dans le soutien centré sur le problème, elle attend des parents une coopération au processus de soutien, par exemple des réponses aux questions posées et l’application des conseils professionnels. Dans le soutien orienté vers les solutions, elle attend des parents la construction d’une solution à partir de leurs propres possibilités et de leur propre point de vue, dans un processus de soutien co-créatif (De Jong et Berg, 2013 ; Schulz von Thun, 2010).
Le protocole de codage initial a été utilisé de manière à la fois déductive et inductive. Déductive, parce que la grille de codage avait été construite à partir d’une base de connaissances théoriques. Inductive, parce qu’une certaine souplesse était nécessaire pendant l’analyse pour que les codes correspondent aux données réelles (Mayring, 2014). Une procédure d’accord interjuges a été menée pour tester la clarté et l’exhaustivité de ces codes.
La procédure d’accord interjuges reposait sur le critère de 80 % d’accord sur 20 % de l’ensemble des transcriptions, et s’est déroulée en deux temps (McHugh, 2012). Dans un premier temps, trois membres de l’équipe de recherche (dont la personne responsable principale de la recherche) ont comparé les résultats de leurs analyses individuelles. L’accord de 80 % sur 20 % des transcriptions a été confirmé. Dans un second temps, ces résultats ont été comparés à ceux de l’analyse d’un quatrième membre de l’équipe. Là encore, le critère de 80 % d’accord a été atteint, et l’accord interjuges confirmé.
Le protocole de codage initial a été adapté tout au long de cette procédure, afin de gagner en clarté et en exhaustivité. Les révisions étaient adoptées avec l’accord de l’ensemble de l’équipe impliquée. Parmi les modifications du protocole figurait par exemple la suppression de l’étape de description du problème. Cette étape est la première dans les deux approches et n’était donc pas distinctive. De plus, certains aspects factuels n’ont plus été rattachés aux caractéristiques centrées sur le problème ou orientées vers les solutions, parce qu’on les trouvait dans les deux approches (par exemple le compliment et le conseil professionnel). Il est apparu que leur nature, centrée sur le problème ou orientée vers les solutions, dépendait des aspects expressifs, relationnels et d’appel du message concerné.
La personne responsable principale de la recherche a poursuivi l’analyse à partir du protocole final, illustré au tableau 2. Pendant cette analyse finale, aucune autre modification n’a été nécessaire. Le protocole final complet peut être obtenu auprès de la personne responsable principale de la recherche.
Tableau 2 — Illustration du protocole de codage final
Étape du processus de soutien : étape de définition. Pour chaque aspect du message : codes orientés vers les solutions, puis codes centrés sur le problème.
L’analyse s’est déroulée en trois étapes. À l’« étape 1 : étape du soutien », les transcriptions des séances de soutien à la parentalité ont été découpées en segments correspondant aux différentes étapes du soutien : évaluation, définition, mise en œuvre et évaluation finale. À l’« étape 2 : aspects expressifs, relationnels et d’appel », ces aspects ont été interprétés dans le contexte de chaque étape retenue du soutien à la parentalité. La nature de ces aspects se révèle en effet dans la succession des messages. Par exemple, on ne voit si une question est posée pour saisir le point de vue des parents ou pour permettre le jugement et la décision professionnels que dans les réactions successives de la personne professionnelle aux réponses des parents. À l’« étape 3 : aspects factuels », tous les aspects factuels ont été repérés dans chaque message professionnel des transcriptions. Lorsqu’un aspect factuel pouvait se trouver dans les deux approches du soutien à la parentalité, sa nature était déterminée par les aspects expressifs, relationnels et d’appel de cette étape du soutien. Un exemple de cette procédure d’analyse par étapes, tiré des données, figure au tableau 3.
Tableau 3 — Exemple d’analyse par étapes
Extrait de la transcription du cas R4, avec pour chaque passage l’étape du soutien (étape 1), les aspects expressifs (E), relationnels (R) et d’appel (A) (étape 2) et les aspects factuels (étape 3).
Une fois l’analyse terminée, une procédure de vérification auprès des personnes participantes (member check) a été menée individuellement avec chacune d’elles, dans deux buts. D’abord, déterminer si le protocole reflétait leur vision des caractéristiques du soutien à la parentalité centré sur le problème et orienté vers les solutions. Ensuite, déterminer si les résultats reflétaient leurs pratiques de soutien à la parentalité (Merriam et Tisdell, 2016). Toutes les personnes participantes ont approuvé le protocole d’analyse, et elles ont reconnu et confirmé les résultats de l’analyse. Cette vérification n’a entraîné aucune modification.
Chaque personne participante a apporté un cas de soutien à la parentalité. Au total, 10 cas de soutien à la parentalité ont donc été enregistrés. Dans ces cas, le personnel infirmier de santé publique a accompagné un large éventail de problèmes de parentalité. Les problèmes alimentaires, les problèmes de sommeil et les problèmes d’interaction étaient les plus fréquents. Les cas variaient par le nombre de séances de soutien, d’une à quatre par cas. De plus, chaque séance variait en durée (de 30 à 90 min) et par le nombre de messages professionnels repérables et analysables (de 29 à 181 messages). Au total, 1 534 messages professionnels se prêtaient à l’analyse. La rigueur des résultats présentés a été établie par la saturation des aspects factuels, expressifs, relationnels et d’appel du soutien à la parentalité dès six cas. Cette saturation des données a été confirmée par l’analyse de quatre cas supplémentaires.
Toutes les étapes du soutien à la parentalité sont apparues dans les transcriptions (évaluation, définition, mise en œuvre et évaluation finale). Le personnel infirmier de santé publique utilisait les étapes de manière itérative. Tous les cas ne présentaient pas toutes les étapes du processus de soutien. Dans l’ensemble, l’étape d’évaluation et l’étape de mise en œuvre dominaient toutes les séances. L’application itérative des différentes étapes au cours d’une même séance est illustrée par un cas (R10) dans lequel les parents décrivaient leur problème de parentalité ainsi : leurs deux enfants ne s’entendaient pas, ce qui créait beaucoup de tension pour tous les membres de la famille.
R10
Étape d’évaluation
Personne infirmière : Donc, vous vivez une ambiance négative dans les interactions familiales ? Qu’avez-vous déjà essayé ?
⋮
Étape de définition
Personne infirmière : Donc, en fait, ce que vous me dites, c’est qu’il y a beaucoup d’attention négative dans votre famille, et que ça conduit à une ambiance négative. Surtout autour du petit-déjeuner et du dîner.
⋮
Étape d’évaluation
Personne infirmière : Et que faites-vous quand vos enfants dépassent vos limites éducatives ?
⋮
Étape de définition
Personne infirmière : Donc, en fait, elle ne veut pas faire ce que vous lui demandez, parce qu’elle a son idée en tête et que votre demande ne correspond pas à ses propres idées.
⋮
Étape de mise en œuvre
Personne infirmière : Ce qu’il faut faire dans ce genre de situation, c’est poser un cadre clair. Ce sera différent selon les moments. Il faut donc être clair avec elle à l’avance, c’est ce dont elle a besoin.
⋮
Étape d’évaluation finale
Personne infirmière : J’aimerais prévoir une autre séance avec vous dans le courant de la semaine prochaine.
Dans tous les cas, et à toutes les étapes des cas de soutien enregistrés, les aspects factuels, expressifs, relationnels et d’appel des messages professionnels se caractérisaient surtout par des traits centrés sur le problème (1 525 messages sur un total de 1 534). Les aspects factuels centrés sur le problème les plus souvent codés étaient le problème et le conseil professionnel. Ces deux aspects factuels étaient utilisés à toutes les étapes du soutien. Les principaux aspects expressifs, relationnels et d’appel centrés sur le problème codés à toutes les étapes étaient respectivement l’expertise professionnelle, le parent comme source d’information et la coopération. Ces caractéristiques centrées sur le problème sont illustrées par le cas d’une personne infirmière de santé publique (R4) qui soutenait des parents trouvant leur enfant insolente dans les interactions familiales. Cette personne infirmière a ouvert la première séance par une longue évaluation du problème, explorant le problème, ses causes et les actions des parents pour le résoudre. Les questions partaient du point de vue professionnel, et l’on attendait des parents une coopération, c’est-à-dire des réponses aux questions qui fournissent à la personne professionnelle les informations permettant le raisonnement et le jugement professionnels. Les mots en gras renvoient aux aspects factuels centrés sur le problème de chaque message.
R4
Personne infirmière : Alors, quel est le problème ? Pouvez-vous m’en dire plus sur cela ?
…
Personne infirmière : Pourriez-vous peut-être donner un exemple ?
…
Personne infirmière : Vous voulez dire une réplique ?
…
Personne infirmière : Il s’agit donc d’obéissance ?
…
Personne infirmière : Et quand est-ce que ça a commencé ?
…
Personne infirmière : Et est-ce que ça s’aggrave ou est-ce que ça reste pareil ?
…
Personne infirmière : Pouvez-vous relier ça à quelque chose ? Est-ce que ça a un rapport avec votre comportement, ou avec ce qui s’est passé ou non, ou pas du tout ?
…
Personne infirmière : Y a-t-il des moments où la situation est différente, par exemple quand elle rentre de l’école maternelle ? Où c’est pire, ou bien où ça s’est amélioré ?
…
Personne infirmière : Qu’avez-vous déjà essayé pour résoudre ce problème ?
…
Sur l’ensemble des 1 534 messages professionnels analysés, 11 ont été interprétés comme orientés vers les solutions sur un ou plusieurs de leurs aspects. Par exemple, demander à l’étape d’évaluation quels étaient les objectifs en termes d’avenir souhaité a été repéré comme un aspect factuel orienté vers les solutions. Les caractéristiques expressives, relationnelles et d’appel orientées vers les solutions repérées étaient respectivement l’attitude professionnelle de non-savoir, l’ancrage commun, l’expertise parentale et la co-création. Ces caractéristiques sont illustrées par un cas dans lequel les parents présentaient le comportement alimentaire de leur enfant comme un énorme problème (R6). Ce cas a commencé par une évaluation approfondie du problème et de la manière dont les parents l’avaient géré jusque-là. Au cours de cette évaluation, les parents ont commencé à se rendre compte que beaucoup de choses avaient déjà changé en mieux. Les parents ont gagné en optimisme et en espoir. Les étapes présentées sont l’étape de définition et l’étape de mise en œuvre de cette séance. Les phrases en gras illustrent un soutien orienté vers les solutions, par l’attention portée à la solution, l’ancrage commun, les compliments et une attitude professionnelle de non-savoir dans des messages successifs.
R6
Personne infirmière : Qu’en pensez-vous ? À mon avis, vous êtes en train de me dire que la situation est meilleure qu’elle ne l’a jamais été.
Mère : oui, ça n’a jamais été aussi bien !
Personne infirmière : Qu’est-ce qui devrait se passer maintenant, selon vous ? De quoi pensez-vous avoir besoin dans votre situation ?
Mère : Eh bien, mon idéal, c’est qu’elle mange ce dont elle a besoin à 6 ans.
Personne infirmière : C’est un bon objectif. Vous insistez sur « à 6 ans ». Bon, voyons ce qu’un enfant de 6 ans devrait manger.
Certains aspects factuels pouvaient se trouver aussi bien dans des messages de soutien centrés sur le problème que dans des messages orientés vers les solutions, par exemple le compliment et le conseil professionnel. Les messages contenant ces aspects factuels ont été interprétés comme centrés sur le problème ou orientés vers les solutions selon la nature des aspects expressifs, relationnels et d’appel associés. La séance suivante montre comment un message contenant l’aspect factuel compliment a été interprété comme entièrement centré sur le problème, parce que la professionnelle se présentait en experte, prodiguant de nombreux conseils professionnels sans ancrage commun. Le cas (R5) porte sur un enfant qui réclame l’attention de sa mère de manière négative. Les compliments de cet échange figurent en gras.
R5
Infirmière : Donc, vous aimeriez vraiment savoir d’où vient ce comportement négatif.
…
Infirmière : Parfois c’est difficile à savoir. Il peut y avoir plusieurs facteurs. Son monde s’agrandit, il est à l’école maintenant, il commence à développer certains sentiments sur la façon de faire face aux situations, son petit frère est né, et vous êtes restée quelques jours à l’hôpital… Il se peut qu’une combinaison de ces facteurs agisse sur ce qu’il ressent. Avec les enfants, il est souvent difficile de déterminer une cause précise. Ce que vous pouvez faire, et en fait vous le faites déjà, c’est vraiment écouter votre intuition. C’est sans doute la meilleure façon de comprendre ce qui se passe et comment vous pouvez l’aider.
…
[La mère donne un exemple de ce qu’elle a essayé.]
…
Infirmière : Super !
…
[La mère donne un autre exemple de ce qu’elle a essayé.]
…
Infirmière : Très bien, oui ! Les enfants peuvent demander de l’attention de deux manières différentes. D’abord, de façon mignonne et positive. Là, vous pouvez leur faire un compliment. Mais les enfants peuvent aussi demander de l’attention de manière négative.
…
Infirmière : Je pense qu’il veut toute votre attention. Donc, avoir de petites conversations avec lui, comme vous le faites déjà, c’est très bien. Vous pourriez peut-être le faire plus souvent.
…
D’autres fragments de texte présentaient des combinaisons d’aspects expressifs, relationnels et d’appel centrés sur le problème et orientés vers les solutions. Dans l’exemple suivant, tiré du cas où un enfant réclamait l’attention de sa mère de manière négative (R5), l’avancement du soutien a été codé comme aspect factuel. La professionnelle adoptait une posture de non-savoir orientée vers les solutions (aspect expressif) et demandait aux parents quelle suite leur convenait le mieux (aspect relationnel : l’expertise parentale). Ces aspects ont été interprétés comme orientés vers les solutions. Par ailleurs, la professionnelle lançait aux parents un appel explicite à la contacter pour l’informer de leurs progrès. Cet aspect d’appel a été interprété comme centré sur le problème. Dans l’exemple, les mots soulignés illustrent l’aspect d’appel centré sur le problème, et les mots en gras les aspects factuels, expressifs et relationnels orientés vers les solutions.
R5
Infirmière : Comment aimeriez-vous continuer ?
Mère : Eh bien, combien de temps, oui… D’abord, il faut que je le mette en pratique. Je ne sais pas de combien de temps j’aurai besoin…
Infirmière : Faisons comme ça. Et si vous me contactiez dans quelques semaines, quand vous serez prête ? D’abord, vous pouvez vous exercer aussi longtemps qu’il le faudra, et ensuite vous m’appelez ou vous m’envoyez un e-mail… J’aimerais bien que vous me teniez au courant de vos progrès.
…
Cette étude avait pour but de repérer les caractéristiques centrées sur le problème et orientées vers les solutions du soutien à la parentalité apporté par le personnel infirmier de santé publique du YH néerlandais, trois ans après la mise en œuvre du soutien à la parentalité orienté vers les solutions.
La littérature indique que le soutien à la parentalité centré sur le problème est aussi efficace pour résoudre les problèmes de parentalité courants, mais plus coûteux en temps qu’une approche orientée vers les solutions (Bond, Woods, Humphrey, Symes et Green, 2013 ; Gingerich et Peterson, 2013 ; Kim, 2008 ; Stams, Deković, Buist et de Vries, 2006). Du point de vue orienté vers les solutions, connaître le problème et ses causes ne renseigne pas sur la solution. En outre, placer le point de vue des parents au cœur du processus de soutien, comme le fait typiquement le soutien orienté vers les solutions, enrichit une démarche de résolution de problèmes en renforçant la motivation, la confiance et les compétences de résolution de problèmes des parents (Rapp, Saleebey et Sullivan, 2005).
Nos résultats montrent que des traits centrés sur le problème et des traits orientés vers les solutions sont présents dans le soutien professionnel actuel à la parentalité au sein du YH. Mais, à toutes les étapes du soutien, les caractéristiques centrées sur le problème dominaient la nature des messages professionnels. En particulier, une évaluation du problème longue et chronophage, et des conseils professionnels donnés à partir du point de vue professionnel, se remarquaient dans tous les cas. Ces caractéristiques sont typiques d’une approche de soutien centrée sur le problème.
Dans cette étude, les séances de soutien à la parentalité ont été enregistrées par la personne infirmière de santé publique à l’aide d’un petit enregistreur audio discret. Ces enregistrements ont été transcrits mot à mot. Cette manière de recueillir et de traiter les données renforce la validité interne des résultats. D’abord, les données représentaient le soutien professionnel dans ses conditions les plus naturelles. Ensuite, les transcriptions détaillées ont permis d’évaluer la fidélité interjuges, réalisée par différents membres de l’équipe de recherche.
Si les enregistrements audio préservent mieux le cadre naturel qu’un enregistrement vidéo, et surtout que la présence d’une personne observatrice sur place, l’absence de ces dernières a pu aussi limiter le recueil de données pertinentes. D’abord, des informations visuelles auraient permis à l’équipe de recherche de mieux connaître le contexte précis du soutien à la parentalité. Une description plus détaillée de ce contexte aurait ainsi pu renforcer la validité externe de l’étude (Merriam et Tisdell, 2016). Toutefois, les différences manifestes entre les contextes des cas enregistrés que l’on pouvait tirer des transcriptions (lieu du soutien, caractéristiques et composition de la famille) ne se traduisaient pas par des caractéristiques de soutien différentes, centrées sur le problème ou orientées vers les solutions. On suppose donc que ces différences de contexte n’influent pas sur la nature, centrée sur le problème ou orientée vers les solutions, du soutien professionnel à la parentalité dans le YH. Ensuite, l’enregistrement audio ne permet pas d’observer les aspects non verbaux de la communication. Si la communication verbale et la communication non verbale sont théoriquement indissociables dans la construction du sens, le codage de la communication non verbale est par définition considéré comme complexe (Bavelas et Chovil, 2000). De plus, on manque de descriptions distinctives des aspects non verbaux dans l’une et l’autre approche. Vu ces complexités, on ne pouvait pas attendre une interprétation fiable de la communication non verbale comme centrée sur le problème ou orientée vers les solutions. C’est pourquoi l’enregistrement audio semblait la meilleure méthode de recueil des données pour cette étude.
La procédure d’analyse par étapes de cette étude était complexe. Des connaissances théoriques sur les deux approches étaient indispensables pour appliquer le protocole de codage, pour interpréter les aspects expressifs, relationnels et d’appel du soutien et pour contribuer à égalité aux discussions lors des procédures d’accord interjuges. La procédure d’accord interjuges s’est déroulée en deux temps et a mobilisé quatre membres différents de l’équipe de recherche. Des discussions intenses ont permis d’améliorer le protocole de codage. Cette procédure approfondie a renforcé la validité et la fiabilité du processus et des résultats de l’étude (Leung, 2015).
À notre connaissance, c’est la première fois que les caractéristiques centrées sur le problème et orientées vers les solutions de la communication professionnelle dans le soutien à la parentalité sont étudiées de manière aussi approfondie, par une analyse qualitative de contenu. Les revues actuelles sur l’efficacité du soutien à la parentalité orienté vers les solutions signalent l’absence de mesures de fidélité comme une limite courante. De plus, lorsque la fidélité était mesurée, les affirmations reposaient surtout sur l’autoévaluation professionnelle (Bond, Woods, Humphrey, Symes et Green, 2013 ; Gingerich et Peterson, 2013). Dans cette étude, lors de la vérification auprès des personnes participantes, celles-ci ont indiqué qu’elles s’attendaient à ce que leur soutien à la parentalité soit plus orienté vers les solutions. On sait que les personnes professionnelles peu compétentes tendent à surestimer leurs compétences (Hulsman, Ros, Winnubst et Bensing, 1999 ; Kruger et Dunning, 1999). Repérer les caractéristiques centrées sur le problème et orientées vers les solutions directement dans la communication professionnelle de soutien renforce donc les affirmations de fidélité au soutien à la parentalité orienté vers les solutions (Hulsman, Ros, Winnubst et Bensing, 1999 ; Mowbray, Holter, Teague et Bybee, 2003).
Si le plan de cette étude ne permet pas de tirer des conclusions définitives, les résultats indiquent que l’effet de la formation du personnel infirmier de santé publique, suivie de deux séances complémentaires de supervision entre pairs, sur l’application du soutien à la parentalité orienté vers les solutions semble limité. Si certains messages professionnels comportaient des caractéristiques orientées vers les solutions, la nature du soutien à la parentalité restait globalement centrée sur le problème. Cela rejoint nos attentes, fondées sur les théories existantes de la mise en œuvre et de l’apprentissage transformateur. Pour faciliter le passage d’un soutien à la parentalité centré sur le problème à un soutien orienté vers les solutions, les responsables politiques devraient reconnaître qu’au-delà des changements à l’échelle du système, il faut faciliter un processus long et complexe d’apprentissage professionnel transformateur aux différentes étapes de la mise en œuvre, afin de faire évoluer les perspectives, les présupposés et, par conséquent, les comportements professionnels de soutien (Cullinane, Martin, Peelo et Duggan, 2005 ; Grol et Wensing, 2013 ; Henderson, 2002 ; Mezirow, 1997, 1998). La prise de conscience, la compréhension profonde et l’acceptation du soutien à la parentalité orienté vers les solutions sont les premiers pas d’un changement de perspective intrapersonnel. L’étape quatre de la mise en œuvre, le « changement », telle que la distingue le modèle de Grol et Wensing, paraît décisive pour le changement de comportement effectif qui suit et pour une transformation professionnelle interne profonde. L’expérimentation de nouveaux comportements, la réflexion critique et l’amélioration continue sont au cœur de cette étape. Lorsque les expériences professionnelles vécues à cette étape sont positives, les chances d’une mise en œuvre durable augmentent (Grol et Wensing, 2013 ; Henderson, 2002 ; Mezirow, 1997, 1998). Nos prochaines recherches porteront sur la manière de stimuler la transformation du personnel infirmier de santé publique vers un soutien à la parentalité orienté vers les solutions, à chaque étape de la mise en œuvre, à l’aide d’une méthodologie de recherche-action.
Complexe Systémique : à retenir
L’étude a le mérite de regarder ce qui se dit réellement en séance, et non ce que les équipes pensent faire : 11 messages sur 1 534 portent une trace de l’approche orientée vers les solutions, alors que les personnes participantes s’attendaient à mieux. Pour la clinique systémique, la leçon dépasse la technique : une formation de trois jours ne change pas une épistémologie. La lecture des messages en quatre aspects (Schulz von Thun) rejoint la pragmatique de Palo Alto : un compliment reste une intervention d’expert si la relation proposée ne change pas, et une question ouverte peut servir l’enquête sur le problème. La fin de séance où l’on demande aux parents de « tenir au courant » montre comment un réflexe de contrôle se glisse dans une posture de non-savoir. Prudence toutefois : dix cas, un seul service néerlandais, des problèmes légers, un codage final mené par une seule personne et une opposition assez binaire entre les deux approches ; en prévention, l’évaluation a aussi ses raisons. À lire avec l’article sur l’analyse du langage dans la formation à la thérapie orientée vers les solutions, et avec la microanalyse du passage de la conduite quotidienne aux conversations orientées vers les solutions.
Notes de l’original
Remerciements. L’équipe de recherche n’a reçu aucun financement spécifique pour cette étude. Elle remercie Petra Veninga pour son aide à l’analyse des données.
Approbation éthique. Les procédures de l’étude ont été approuvées par le comité d’éthique de l’université de Tilburg (numéro de référence : EC-2017.05).
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Traduction non officielle en français de Caractéristiques centrées sur le problème et orientées vers les solutions du soutien à la parentalité, trois ans après l’implantation de l’approche orientée vers les solutions : une analyse qualitative de contenu, par Liesbeth Theuns-Boumans, Jolanda Mathijssen, Carin Rots-de Vries et Ien van de Goor, Child & Family Social Work, vol. 26, no 1 (2021), doi : 10.1111/cfs.12800, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Problem- and solution-focused characteristics of parenting support, 3 years after implementation of the solution-focused approach: A qualitative content analysis », publié dans Child & Family Social Work (2021) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Theuns-Boumans, L., Mathijssen, J., Rots-de Vries, C., et van de Goor, I. (2021). Caractéristiques centrées sur le problème et orientées vers les solutions du soutien à la parentalité, trois ans après l’implantation de l’approche orientée vers les solutions : une analyse qualitative de contenu (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/caracteristiques-centrees-sur-le-probleme-et-orientees-vers-les-solutions-du-soutien (Œuvre originale publiée en 2020 dans Child & Family Social Work, 26(1), 163-172 (2021) ; republiée en 2021 par Child & Family Social Work, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/cfs.12800)
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