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Research on Child and Adolescent Psychopathology · Thérapie familiale

Réponses différenciées au traitement d’enfants et d’adolescents victimes de maltraitance et de négligence après une intervention multisystémique fondée sur les données probantes

Que devient chaque enfant quand une famille signalée pour maltraitance ou négligence reçoit, à domicile, une thérapie multisystémique adaptée (MST-CAN) ? En Suisse, l’équipe de Corinna Buderer a suivi 208 dyades parent-enfant et distingué cinq profils de symptômes. Quatre profils sur cinq progressent, la négligence recule dans trois, mais les enfants aux symptômes internalisés ne bougent guère et le profil aux symptômes multiples reste très lourd.

Auteurs Corinna Buderer (Clinique de psychiatrie et de psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent, Psychiatric Services Aargau, Windisch, Suisse) ; Tom Kirsch, Tania Pérez et Marc Schmid (Département de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Cliniques psychiatriques universitaires de Bâle, université de Bâle, Suisse) ; Cynthia Cupit Swenson (Division of Global and Community Health, Medical University of South Carolina, Charleston, États-Unis)Première publication Research on Child and Adolescent Psychopathology, 14 octobre 2024Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Réponses différenciées au traitement d’enfants et d’adolescents victimes de maltraitance et de négligence après une intervention multisystémique fondée sur les données probantes, par Corinna Buderer, Tom Kirsch, Tania Pérez, Cynthia Cupit Swenson et Marc Schmid, publié dans Research on Child and Adolescent Psychopathology (Springer) (2025), doi : 10.1007/s10802-024-01248-z, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux 1 à 3 sont présentés sous forme de listes ; les annexes en ligne (A à F) ne sont pas reprises ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Comprendre les réponses différenciées des enfants aux programmes de traitement complexes est essentiel pour répondre de façon adéquate à des besoins différents.

Corinna Buderer, Tom Kirsch, Tania Pérez, Cynthia Cupit Swenson et Marc Schmid

Résumé

Peu d’études ont examiné les réponses différenciées aux programmes de traitement fondés sur la famille et les trajectoires de sous-groupes chez des jeunes vivant dans un contexte à haut risque. Cette étude examine pour la première fois la thérapie multisystémique pour la maltraitance et la négligence envers l’enfant (MST-CAN), en s’appuyant sur une recherche antérieure qui avait identifié des sous-groupes présentant des psychopathologies différentes. L’échantillon comprenait 208 dyades parent-enfant inscrites dans l’évaluation de MST-CAN en Suisse. Les parents ont rapporté les problèmes émotionnels et comportementaux de leurs enfants (Mâge = 10,27 ans, ETâge = 3,5 ; 44,2 % de filles, 55,8 % de garçons ; 98,6 % de personnes blanches). Les données longitudinales ont servi à analyser les changements différenciés au sein des sous-groupes avant et après le traitement (T1 et T2). Les classes de T1 et de T2 ont été croisées pour examiner l’évolution de la classe de symptômes dans le temps. Dans l’ensemble, le traitement s’est révélé très bénéfique. Les analyses par sous-groupe ont montré que quatre des cinq sous-groupes (80 %) présentaient des changements positifs sur au moins deux mesures de résultat. Le traitement a eu le plus de succès auprès des enfants présentant des symptômes externalisés. Les enfants présentant des symptômes multiples se sont aussi améliorés sur différents symptômes. Pour les symptômes spécifiques, les enfants présentant des symptômes anxieux-évitants ont tiré profit du traitement. Le traitement a également été bénéfique pour les enfants aux émotions et aux comportements dans la norme. En revanche, il n’a eu aucun effet significatif chez les enfants présentant des symptômes internalisés. Fait notable, la négligence envers l’enfant a diminué dans trois sous-groupes (60 %). La classe de symptômes est restée stable dans le temps pour les enfants présentant des symptômes externalisés et multiples. En définitive, MST-CAN a réduit les problèmes émotionnels et comportementaux ainsi que la négligence dans la plupart des familles. Comprendre les réponses différenciées des enfants aux programmes de traitement complexes est essentiel pour répondre de façon adéquate à des besoins différents.

Introduction

Les enfants et les adolescents qui subissent de la maltraitance dans leur famille courent un risque accru de développer divers problèmes de santé mentale, avec de larges comorbidités (Bürgin et al., 2023 ; Schmid et al., 2013). De nombreuses données montrent des associations entre la maltraitance envers l’enfant et les problèmes externalisés et internalisés (Hunt et al., 2017 ; Jaffee, 2017). Les conséquences à long terme de la maltraitance ont été reliées à divers troubles de santé mentale, comme les troubles dépressifs et anxieux, le trouble de stress post-traumatique, la consommation de drogues et les tentatives de suicide (Jaffee, 2017 ; Mehta et al., 2021 ; Norman et al., 2012). Au-delà de la santé mentale, la maltraitance peut aussi avoir un effet important sur d’autres domaines, comme la santé physique (Anda et al., 2006), les comportements délinquants à l’âge adulte (Baglivio et al., 2020) et les difficultés liées au développement professionnel, aux finances (Copeland et al., 2018), à l’intégration sociale et aux relations (Lo et al., 2019) ; elle peut donc compromettre l’ensemble du parcours de vie (Danese et Baldwin, 2017 ; Schmid et al., 2022). Des programmes de traitement complexes sont nécessaires pour atténuer ces effets.

À ce jour, la recherche sur la manière dont les programmes de traitement répondent à la symptomatologie variée des enfants et des adolescents à haut risque est rare. Les traitements complexes, en particulier, doivent faire la preuve de leur efficacité pour divers groupes d’âge, divers problèmes de santé mentale et diverses crises familiales. Ces programmes devraient cibler diverses psychopathologies chez les enfants comme chez les adolescents, ainsi que des facteurs parentaux, afin d’améliorer les interactions parent-enfant et de réduire le risque de (ré)apparition de la maltraitance et de la négligence. Pour les traitements manualisés, il importe de savoir quelles personnes et quelles familles en tireraient profit.

La thérapie multisystémique pour la maltraitance et la négligence envers l’enfant (MST-CAN) (Swenson et al., 2010) est un exemple de ce type de programme ; elle est conçue pour les familles où sont survenues des violences physiques et/ou de la négligence (Bauch et al., 2022 ; Buderer et al., 2020 ; Hefti et al., 2020 ; Swenson et al., 2010). En tant qu’intervention familiale, MST-CAN est une adaptation de la thérapie multisystémique standard (MST ; Hengeler et al., 2009) ; elle se concentre en particulier sur le comportement de la personne qui prend soin de l’enfant, comportement qui motive l’entrée dans le programme. Le programme vise à réduire et à prévenir la (ré)apparition de la maltraitance et de la négligence et à éviter le placement des enfants hors du foyer. Il cible en outre les difficultés de santé mentale des enfants comme des parents. Comme la MST standard, MST-CAN repose sur le modèle socioécologique de Bronfenbrenner (1979). Elle associe des interventions systémiques et cognitivo-comportementales fondées sur les données probantes à une gestion de cas dans le milieu de vie de la famille. Dans un essai contrôlé randomisé (ECR), Swenson et al. (2010) ont montré sa supériorité sur un traitement ambulatoire renforcé, sur diverses mesures de résultat concernant l’enfant et les parents.

Si les études sur les résultats différenciés du traitement chez les enfants et les adolescents à haut risque prennent une importance croissante, elles restent rares (Nagin et Odgers, 2010). Jusqu’ici, les méta-analyses se sont concentrées sur l’efficacité globale des programmes de traitement pour prévenir la récidive de la maltraitance (Euser et al., 2015 ; Gubbels et al., 2019 ; van der Put et al., 2018). Toutefois, l’hétérogénéité des familles et des besoins de santé mentale des enfants laisse penser que les résultats du traitement peuvent varier.

Une approche davantage centrée sur la personne contraste avec l’adhésion des thérapeutes au traitement. Des méta-analyses ont montré combien il est difficile d’adhérer au traitement et, de plus, que l’adhésion n’est pas associée aux changements de symptômes en tant que résultats du traitement (Collyer et al., 2020 ; Webb et al., 2010). Pourtant, trois études sur la MST standard ont trouvé de fortes associations entre l’adhésion au processus MST et les résultats du traitement (Huey et al., 2000 ; Schoenwald et al., 2008), associations qui s’étendaient aux casiers judiciaires des années après le traitement (Schoenwald et al., 2009).

Les résultats différenciés du traitement dans le contexte de la MST

Dans le contexte de la MST, à notre connaissance, seules quatre études ont examiné les réponses différenciées au traitement et les trajectoires de changement, par des approches différentes. Halliday-Boykins et al. (2004) ont mené un ECR portant sur 156 adolescents qui avaient traversé une crise suicidaire et avaient ensuite reçu la MST standard. À partir des symptômes psychopathologiques des jeunes, l’équipe a identifié cinq trajectoires développementales différentes : forte amélioration, forte non-amélioration, amélioration limite, non-amélioration limite et infraclinique. Elle a conclu que, contrairement à l’hypothèse générale, les jeunes présentant une psychopathologie sévère risquaient de garder des symptômes à un niveau élevé et tiraient moins profit du traitement (Halliday-Boykins et al., 2004). Mertens et al. (2017) ont étudié divers résultats du traitement liés aux comportements problématiques externalisés chez 147 adolescents ayant reçu la MST standard aux Pays-Bas, à partir des données d’un ECR sur l’efficacité de la MST standard. Six sous-groupes ont été identifiés, chacun avec sa propre trajectoire développementale. Parmi eux, quatre ont tiré profit du traitement, un n’a montré aucun changement et un s’est détérioré. Au vu de ces résultats, l’équipe a souligné la nécessité d’un traitement individualisé. Dans une étude naturaliste des résultats du traitement, Keles et al. (2021) ont trouvé des trajectoires hétérogènes de réponse au traitement chez 1 674 adolescents présentant un comportement antisocial grave et persistant et ayant reçu la MST standard en Norvège. L’étude naturaliste de Buderer et al. (2024) a identifié cinq groupes de symptômes distincts chez des enfants et des adolescents de 194 familles orientées vers MST-CAN et traitées en Suisse : (a) enfants présentant des symptômes anxieux-évitants, (b) enfants présentant des symptômes multiples, (c) enfants présentant des symptômes surtout externalisés, (d) enfants sans tableau psychopathologique et (e) enfants présentant des symptômes surtout internalisés. Cette étude a apporté des indices préliminaires que les enfants et les familles tiraient un bénéfice égal au regard des objectifs généraux de MST-CAN (l’enfant vivait toujours à la maison et allait à l’école, il n’y avait pas de nouvelles poursuites contre les parents ni de nouveaux signalements aux services de protection de l’enfance [SPE]). Les réponses différenciées au traitement des problèmes émotionnels et comportementaux au sein des sous-groupes, et les changements de sous-groupe, n’avaient toutefois pas été examinés.

Les résultats différenciés du traitement et les trajectoires des problèmes émotionnels et comportementaux chez les enfants et les adolescents qui reçoivent une intervention

D’après une méta-analyse et des études individuelles qui ont examiné les réponses différenciées au traitement et les trajectoires chez les enfants et les adolescents, les jeunes appartenant à des classes de symptômes différentes tiraient du traitement des bénéfices différents et suivaient des trajectoires distinctes (Keles et al., 2021 ; Pasalich et al., 2022 ; Weisz et al., 2017). Selon la méta-analyse, chez les enfants et les adolescents, le bénéfice d’un traitement psychologique était le plus grand en cas d’anxiété, le plus faible en cas de dépression, modéré en cas de symptômes externalisés et non significatif en cas de problèmes multiples (Weisz et al., 2017). Ces résultats n’étaient cependant pas propres aux enfants à haut risque.

En dehors du contexte de la MST, Pasalich et al. (2022) ont étudié les réponses différenciées au traitement de jeunes présentant de graves problèmes de comportement et de santé mentale. Au total, 487 jeunes et 682 parents ont participé à un programme parental fondé sur l’attachement et informé par le trauma. Les jeunes présentant un comportement externalisé sévère en ont tiré le plus de profit, tandis que les jeunes présentant des comportements problématiques externalisés et internalisés comorbides n’ont montré qu’une réponse partielle ou modérée. La plupart des jeunes qui présentaient au départ des niveaux modérés ou faibles de comportements problématiques externalisés et internalisés se sont progressivement améliorés. Ces études laissaient penser que différents groupes de jeunes tiraient profit des traitements fondés sur la famille de diverses manières. Elles ne renseignaient toutefois pas sur la façon dont les symptômes évoluaient. À notre connaissance, une seule étude a examiné l’évolution des symptômes dans des familles en contexte à haut risque. Zhang et Slesnick (2018) ont identifié quatre classes de comportements internalisés et externalisés (internalisé seulement, externalisé seulement, comorbide et normatif) chez des enfants dont les parents avaient un usage problématique de substances et avaient reçu une thérapie systémique familiale. Le suivi a montré qu’après 18 mois, les enfants de la classe externalisée avaient plus de chances de se trouver dans la classe normative, et les enfants de la classe comorbide plus de chances de se trouver dans la classe internalisée. Cette étude indiquait des changements de classe de symptômes pour certains groupes ; on ne pouvait toutefois pas en tirer d’énoncés généralisables.

En somme, trois études ont trouvé une variabilité sur diverses mesures de résultat pour la MST standard. Pour MST-CAN, une seule étude a fourni des indications initiales sur l’existence de sous-groupes d’enfants aux besoins de santé mentale différents. Une autre étude, hors du contexte de la MST, apporte d’autres éléments en faveur de résultats hétérogènes dans le cadre d’une intervention familiale informée par le trauma pour enfants et adolescents. Une seule étude a examiné l’évolution des symptômes externalisés et internalisés en réponse au traitement chez des enfants et des adolescents d’une population à haut risque. Ces résultats ne sont pas facilement transposables, car les changements peuvent varier selon les cadres, les modalités et les problèmes (Warren et al., 2010). À notre connaissance, aucune étude n’a encore examiné les réponses différenciées au traitement en matière de négligence envers l’enfant, en particulier dans des familles aux besoins multiples et complexes. La présente étude est la première à examiner cette question pour les problèmes émotionnels et comportementaux comme pour la négligence.

La présente étude

Cette étude visait à examiner, de façon transversale et longitudinale, l’évolution des problèmes émotionnels et comportementaux et de la gravité de la négligence dans des sous-groupes d’enfants et d’adolescents recevant MST-CAN, en combinant des approches centrées sur les variables et centrées sur la personne. Pour l’approche centrée sur la personne, nous avons suivi les hypothèses théoriques de Bergman et Magnusson (1997) relatives aux analyses en classes. Nous avons supposé une hétérogénéité des problèmes émotionnels et comportementaux dans la population d’enfants et d’adolescents orientée vers MST-CAN et traitée dans ce cadre. Nous avons repris les sous-groupes, y compris leurs intitulés, d’une étude antérieure de Buderer et al. (2024), présentée plus haut. Nous avons en outre fait l’hypothèse qu’au sein de ces sous-groupes, les résultats du traitement et l’évolution des psychopathologies différeraient. Nous avons donc examiné les questions de recherche suivantes, selon une double approche :

  1. Observe-t-on, au sein des sous-groupes issus de la recherche antérieure, des changements différenciés des problèmes émotionnels et comportementaux (variable dépendante) et de la gravité de la négligence (variable dépendante) ?
  2. Les sous-groupes (classes de symptômes) changent-ils entre deux temps d’évaluation ? Quels sous-groupes (classes de symptômes) peut-on identifier à la fin du traitement ? Des sous-groupes (classes de symptômes) semblables ou différents émergent-ils à chaque temps d’évaluation ? (changements ou stabilité structurels)
  3. Les enfants et les adolescents qui appartiennent à un sous-groupe (classe de symptômes) donné avant le traitement tendent-ils à appartenir à un sous-groupe (classe de symptômes) semblable ou différent après le traitement ? (changements ou stabilité individuels)
  4. Si des sous-groupes sont identifiés après le traitement, diffèrent-ils par leurs caractéristiques ?

Méthode

Participants et procédure

L’échantillon comprenait 208 dyades parent-enfant issues de familles orientées vers MST-CAN en Suisse entre 2011 et 2023 par les SPE. Les familles étaient orientées à la suite d’un signalement de violences physiques et/ou de négligence au cours des 180 jours précédents, documenté par le service social. Les critères d’inclusion dans le programme d’intervention étaient les suivants : un enfant cible âgé de 6 à 17 ans, sans risque suicidaire ou homicidaire aigu, sans psychose et sans diagnostic de trouble du spectre de l’autisme de niveau 2 ou 3 (DSM ; American Psychiatric Association, 2013), vivant soit dans sa famille, soit en famille d’accueil avec la perspective d’un retour rapide dans sa famille. Les situations d’abus sexuels en cours, de violences conjugales graves et de psychose parentale étaient exclues.

Les enfants cibles et les parents ont été invités à participer. Sur les 313 familles sollicitées, 214 parents ont donné leur consentement éclairé avant de participer à l’étude. Nous avons exclu 26 dyades parent-enfant (12,1 %) en raison d’abandons de l’intervention, dus à un manque d’engagement (n = 15, 7,0 %), à des placements hors du foyer (n = 5, 2,3 %), à des retraits administratifs (n = 4, 1,9 %), à un manque de financement (n = 3, 1,4 %) et à des déménagements de la famille (n = 2, 0,9 %) (annexe A). Nous avons aussi exclu six dyades parent-enfant pour lesquelles les scores de la CBCL manquaient. L’échantillon final se composait donc de 208 dyades parent-enfant. Les familles qui ont abandonné ne différaient pas significativement de celles qui ont mené le programme à son terme quant aux caractéristiques démographiques (âge, sexe assigné à la naissance, parcours migratoire), à la gravité initiale de la négligence et aux problèmes émotionnels et comportementaux des enfants. Ces familles ont été traitées par 24 thérapeutes. Le nombre de familles traitées par thérapeute allait d’une famille (0,5 %) à 32 familles (15,4 %).

Les variables démographiques de l’échantillon global sont détaillées dans le tableau 1.

Tableau 1 — Caractéristiques descriptives de l’échantillon

  • Âge de l’enfant, M (ET). 10,27 (3,5).
  • Sexe, n (%). Filles : 92 (44,2 %) ; garçons : 116 (55,8 %).
  • Origine, n (%). Blanche (Suisse, autres pays européens, Amérique, Afrique du Nord) : 205 (98,6 %) ; asiatique : 3 (1,4 %).
  • Parcours migratoire (personnes immigrées de première ou de deuxième génération), n (%). 76 (36,5 %).
  • Monoparentalité, n (%). 105 (50,5 %).
  • Parent sans emploi, n (%). 85 (40,9 %).
  • Parent sans diplôme scolaire, n (%). 13 (6,3 %).
  • Plusieurs enfants au foyer, n (%). 90 (43,3 %).
  • Négligence comme motif d’orientation, n (%). 71 (34,1 %).
  • Maltraitance comme motif d’orientation, n (%). 71 (36,6 %).
  • Parents manifestement dépassés, maltraitance détectée pendant le traitement, n (%). 56 (27,3 %).
  • Retrait antérieur de la garde, n (%). 13 (6,3 %).
  • Problème émotionnel et comportemental de l’enfant cliniquement significatif, n (%). 124 (59,6 %).

SPE : services de protection de l’enfance ; M : moyenne ; ET : écart type.

Intervention

MST-CAN était menée par une seule personne thérapeute, intégrée à une équipe de trois à quatre thérapeutes ; chaque thérapeute suivait trois à quatre familles. Les familles recevaient deux à trois séances de traitement par semaine à domicile, pendant six à neuf mois. Une pharmacothérapie était assurée en pédopsychiatrie lorsqu’elle était jugée nécessaire. Une permanence téléphonique 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 permettait de faire face aux crises survenant en dehors des heures de travail habituelles. Des consultations hebdomadaires avec une personne experte de MST-CAN garantissaient en outre l’adhésion au modèle de traitement. L’équipe était soutenue par une personne spécialiste des ressources familiales et encadrée par une supervision d’équipe, avec des séances de supervision individuelles et de groupe chaque semaine. L’ensemble des thérapeutes avait suivi une formation approfondie, dont une formation MST de cinq jours (Henggeler et al., 2009), une formation MST-CAN de quatre jours et une formation de quatre jours à la thérapie du trauma pour adultes et enfants. Des formations de rappel avaient lieu tous les trois mois pour l’ensemble des thérapeutes et étaient assurées par la personne experte de MST-CAN, afin de garantir la qualité continue du programme d’intervention. La fidélité au traitement était vérifiée au moyen de l’échelle d’adhésion révisée pour la maltraitance et la négligence (TAM-CAN-R ; Swenson, 2010). D’autres informations et résultats ont été présentés dans une étude antérieure de Buderer et al. (2024).

Pour une compréhension plus complète du programme et de ses neuf principes de traitement fondamentaux, on trouvera des descriptions détaillées dans Swenson et al. (2010), Swenson et Schaeffer (2018) et le manuel de MST-CAN (Swenson et al., 2011).

Recueil des données

Cette étude a été approuvée par les comités d’éthique locaux (Ethikkommission Ostschweiz, Ethikkommission Nordwest- und Zentralschweiz). Les données ont été recueillies de juillet 2011 à décembre 2018 en Thurgovie et de novembre 2014 à novembre 2023 à Bâle. Le consentement éclairé oral et écrit des jeunes de moins de 18 ans participant à l’étude et de leurs représentants légaux a été obtenu avant la participation à l’étude. Avec l’aide d’une personne assistante de recherche, les parents et les enfants qui participaient ont rempli divers questionnaires au début et à la fin du traitement. La gravité de la négligence a été évaluée de l’extérieur, par un entretien avec la personne chargée du dossier au SPE qui avait orienté la famille, au début et à la fin de MST-CAN. Cette personne rapportait les caractéristiques de la situation ainsi que le type et la gravité de la maltraitance.

Mesures

Problèmes émotionnels et comportementaux de l’enfant

Les problèmes émotionnels et comportementaux des enfants ont été évalués au moyen de la Child Behavior Checklist (Achenbach, 1991 ; CBCL/4-18 ; version allemande de la Child Behavior Checklist, 1998), qui comprend 113 items. Les parents indiquaient avoir observé ou non un comportement précis chez leur enfant, sur une échelle de Likert en 3 points : « pas vrai » (0), « plus ou moins vrai » (1) ou « toujours ou souvent vrai » (2). Les items étaient regroupés en huit sous-échelles (retrait social, plaintes somatiques, anxiété/dépression, problèmes sociaux, problèmes de pensée, problèmes d’attention, comportement délinquant et comportement agressif), deux échelles larges (internalisée et externalisée) et un score total. À des fins cliniques, les scores bruts étaient convertis en scores T. Pour les trois échelles des problèmes internalisés, externalisés et totaux, les scores compris entre 60 et 63 et les scores supérieurs à 63 étaient considérés respectivement comme situés dans la zone clinique limite et dans la zone clinique. Dans cet échantillon, la cohérence interne du score total était excellente, avec un α de Cronbach = 0,95.

Négligence envers l’enfant

L’indice de négligence de l’enfant de l’Ontario (CNI ; Trocmé, 1996) a servi à mesurer la gravité de la négligence. Le CNI comprenait six items reflétant différentes formes de négligence (supervision, alimentation, habillement et hygiène, santé physique, santé mentale, développement et soins éducatifs). Les items étaient cotés sur une échelle de 4 à 5 niveaux (« adéquat », « irrégulier », « inadéquat » et « gravement inadéquat ») par du personnel formé de la protection de l’enfance. Pour calculer un score total reflétant la gravité de la négligence, les scores des échelles étaient additionnés, et un score d’âge allant de 0 (13-16 ans) à 20 (0-2 ans) était ajouté au score le plus élevé des six échelles. Le modèle sous-jacent supposait que les six items de négligence représentaient différentes formes de négligence plutôt que des composantes différentes que l’on pourrait additionner. Le score total allait de 0 à 80 points, un score plus élevé indiquant une négligence plus grave. Cette étude a utilisé une version allemande non publiée du CNI (Pérez et al., 2017), approuvée par Trocmé sur la base d’une rétrotraduction en anglais.

Analyse des données

Des statistiques descriptives et des distributions de fréquences ont été calculées pour les caractéristiques démographiques. Dans une analyse préliminaire, nous avons conduit des tests t pour échantillons appariés sur l’échelle totale de la CBCL, ses deux échelles larges (problèmes internalisés et problèmes externalisés) et le CNI, afin d’analyser l’évolution des moyennes entre T1 (avant le traitement) et T2 (après le traitement). Pour répondre à notre première question de recherche, nous avons répété ces analyses pour chaque sous-groupe, en y incluant les huit sous-échelles de la CBCL. Nous avons appliqué la correction de Bonferroni pour obtenir les valeurs p. Le d de Cohen a servi de taille d’effet ; une taille d’effet de 0,20 était considérée comme petite, de 0,50 comme moyenne et de 0,80 comme grande (Cohen, 2013).

Pour répondre aux deuxième et troisième questions de recherche, nous avons suivi la méthode LICUR (Linking of Clusters after removal of a Residue, liaison des classes après retrait d’un résidu ; Bergman et al., 2003), une procédure d’analyse de configurations qui forme des classes à chaque temps de mesure afin de déterminer le développement individuel entre les classes des différents temps de mesure (Daukantaitė et al., 2019 ; Schmid et al., 2021 ; Viborg et al., 2018). Cette méthode comprend trois étapes. Premièrement, pour chaque temps de mesure, les valeurs aberrantes multivariées sont repérées par une procédure de résidu et retirées des analyses suivantes, pour éviter qu’elles ne faussent les analyses en classes ultérieures. Deuxièmement, la méthode de classification hiérarchique de Ward (Ward, 1963) et les distances euclidiennes au carré sont appliquées à chaque temps de mesure. Les solutions de classification optimales sont choisies sur la base de considérations de contenu et des critères statistiques recommandés par Bergman et al. (2003). Dans nos analyses en classes, les facteurs opérants étaient les huit sous-échelles de la CBCL.

Troisièmement, les trajectoires des sous-groupes entre les temps de mesure sont examinées sous l’angle de la stabilité ou du changement structurels et individuels. Les distances entre les centroïdes des classes à T1 et à T2 ont été analysées et comparées en calculant les distances euclidiennes au carré. Les distances faibles renvoyaient à une forte similarité, signe de stabilité structurelle, et les distances plus grandes à une dissimilarité, signe de changement structurel. Pour analyser la stabilité ou le changement individuels, les deux solutions de classification ont été croisées, et le nombre de transitions attendues a été comparé au nombre de transitions effectivement observées. La significativité a été évaluée par le test exact de Fisher, avec une distribution hypergéométrique. Pour tenir compte de la multiplicité des tests, la correction de Bonferroni a été appliquée. Les parcours observés significativement plus souvent qu’attendu ont été appelés types développementaux. Les parcours observés moins souvent qu’attendu ont été appelés antitypes développementaux, signe qu’une transition était peu probable. Le rapport de cotes (RC) a été calculé pour déterminer dans quelle mesure la probabilité d’un parcours significatif augmentait (pour les types développementaux ; RC > 1,0) ou diminuait (pour les antitypes ; RC < 1,0). Pour la taille d’échantillon optimale d’une analyse en classes, nous avons retenu une recommandation récente de Dalmaijer et al. (2022) : une puissance statistique suffisante est présumée lorsque les sous-groupes comptent de 20 à 30 cas.

Enfin, nous avons comparé les variables démographiques des classes de T2 pour dégager leurs caractéristiques propres les unes par rapport aux autres. Pour les variables continues, nous avons réalisé une analyse de variance à un facteur, avec des comparaisons post hoc par le test HSD de Tukey. Pour les variables nominales (sexe assigné à la naissance, parcours migratoire et monoparentalité), nous avons réalisé un test du khi carré.

Les données ont été analysées avec IBM SPSS version 29. Pour analyser le développement individuel des sous-groupes, nous avons utilisé le module ExaCon du logiciel statistique ROPstat 2.0 (Vargha et al., 2015).

Résultats

Analyses préliminaires

Évolution des problèmes émotionnels et comportementaux et de la négligence (approche centrée sur les variables)

Des tests t pour échantillons appariés ont servi à déterminer l’évolution moyenne du groupe dans le temps. Des changements significatifs ont été observés pour les problèmes émotionnels et comportementaux et pour la gravité de la négligence (tableaux 2 et 3).

Tableau 2 — Analyse descriptive et tests t pour échantillons appariés de la CBCL, pour les sous-groupes de T1 et l’échantillon complet

Pour chaque échelle : M (ET) à T1 et à T2 ; t ; ddl ; p ; IC à 95 % ; d.

  • Échantillon complet. CBCL total : 65,02 (9,58) → 59,27 (10,87) ; t = 7,96 ; ddl = 127 ; p = 0,001*** ; [4,32 ; 7,18] ; d = 0,70. Internalisé : 63,59 (10,38) → 58,16 (11,00) ; t = 6,40 ; ddl = 127 ; p = 0,001*** ; [3,75 ; 7,11] ; d = 0,57. Externalisé : 61,95 (10,29) → 57,27 (10,23) ; t = 6,89 ; ddl = 127 ; p = 0,001*** ; [3,43 ; 6,03] ; d = 0,61.
  • Groupe 1. CBCL total : 52,10 (5,65) → 48,23 (8,11) ; t = 2,94 ; ddl = 29 ; p = 0,036* ; [1,17 ; 6,65] ; d = 0,54. Internalisé : 50,10 (5,45) → 48,80 (8,47) ; t = 1,11 ; ddl = 29 ; p > 0,999 ; [−1,44 ; 4,84] ; d = 0,20. Externalisé : 51,50 (7,20) → 48,47 (7,62) ; t = 2,70 ; ddl = 29 ; p = 0,072 ; [0,734 ; 5,33] ; d = 0,50.
  • Groupe 2. CBCL total : 70,79 (4,01) → 63,28 (8,32) ; t = 6,71 ; ddl = 38 ; p = 0,012* ; [5,25 ; 9,78] ; d = 1,07. Internalisé : 65,46 (7,97) → 59,36 (9,76) ; t = 4,52 ; ddl = 38 ; p = 0,012* ; [3,37 ; 8,83] ; d = 0,72. Externalisé : 69,49 (4,44) → 61,36 (8,50) ; t = 7,11 ; ddl = 38 ; p = 0,012* ; [5,81 ; 10,44] ; d = 0,71.
  • Groupe 3. CBCL total : 77,94 (4,25) → 69,63 (12,05) ; t = 3,09 ; ddl = 16 ; p > 0,999 ; [2,88 ; 15,74] ; d = 0,77. Internalisé : 76,63 (5,20) → 66,50 (10,13) ; t = 3,15 ; ddl = 16 ; p > 0,999 ; [3,28 ; 16,97] ; d = 0,79. Externalisé : 74,75 (5,54) → 66,81 (11,45) ; t = 3,31 ; ddl = 16 ; p = 0,156 ; [2,83 ; 13,04] ; d = 0,82.
  • Groupe 4. CBCL total : 62,41 (3,80) → 58,22 (6,85) ; t = 3,36 ; ddl = 31 ; p = 0,012* ; [1,65 ; 6,73] ; d = 0,60. Internalisé : 64,31 (4,35) → 58,53 (7,11) ; t = 4,03 ; ddl = 31 ; p = 0,012* ; [2,86 ; 8,71] ; d = 0,71. Externalisé : 58,09 (6,73) → 56,13 (8,06) ; t = 1,57 ; ddl = 31 ; p = 0,756 ; [−0,583 ; 4,52] ; d = 0,28.
  • Groupe 5. CBCL total : 68,55 (2,66) → 64,55 (8,99) ; t = 1,44 ; ddl = 10 ; p > 0,999 ; [−2,21 ; 10,21] ; d = 0,43. Internalisé : 72,73 (4,08) → 67,36 (12,68) ; t = 1,38 ; ddl = 10 ; p > 0,999 ; [−3,28 ; 14,01] ; d = 0,42. Externalisé : 56,36 (6,23) → 56,18 (6,35) ; t = 0,10 ; ddl = 10 ; p > 0,999 ; [−3,98 ; 4,34] ; d = 0,03.

CBCL : Child Behavior Checklist. M : moyenne ; ET : écart type ; IC : intervalle de confiance ; d : taille d’effet (d de Cohen). * p < 0,05 ; *** p < 0,001. Groupe 1 = enfants aux émotions et aux comportements dans la norme ; groupe 2 = enfants présentant des symptômes externalisés ; groupe 3 = enfants présentant des symptômes multiples ; groupe 4 = enfants présentant des symptômes anxieux-évitants ; groupe 5 = enfants présentant des symptômes internalisés.

Tableau 3 — Analyse descriptive et tests t pour échantillons appariés du CNI, pour les sous-groupes de T1 et l’échantillon complet

M (ET) à T1 et à T2 ; t ; ddl ; p ; IC à 95 % ; d.

  • Échantillon complet. 41,27 (19,68) → 25,99 (19,46) ; t = 9,08 ; ddl = 145 ; p = 0,001** ; [11,95 ; 18,60] ; d = 0,75.
  • Groupe 1. 44,39 (17,36) → 28,90 (20,75) ; t = 4,60 ; ddl = 40 ; p = 0,012* ; [8,68 ; 22,92] ; d = 0,72.
  • Groupe 2. 41,70 (21,51) → 25,23 (20,60) ; t = 5,54 ; ddl = 43 ; p = 0,012* ; [10,48 ; 22,47] ; d = 0,84.
  • Groupe 3. 38,95 (16,21) → 30,53 (19,92) ; t = 1,94 ; ddl = 15 ; p = 0,408 ; [−0,71 ; 17,55] ; d = 0,45.
  • Groupe 4. 43,18 (19,99) → 25,30 (15,91) ; t = 4,86 ; ddl = 32 ; p = 0,012* ; [10,38 ; 25,38] ; d = 0,85.
  • Groupe 5. 22,78 (19,22) → 9,44 (10,74) ; t = 2,22 ; ddl = 8 ; p = 0,348 ; [−0,52 ; 27,19] ; d = 0,74.

CNI : indice de négligence de l’enfant. M : moyenne ; ET : écart type ; IC : intervalle de confiance ; d : taille d’effet (d de Cohen). * p < 0,05 ; ** p < 0,001. Groupes 1 à 5 : mêmes intitulés qu’au tableau 2.

Évolution des problèmes émotionnels et comportementaux et de la gravité de la négligence dans les sous-groupes

Pour déterminer l’évolution des problèmes émotionnels et comportementaux et de la négligence entre T1 (avant le traitement) et T2 (après le traitement) au sein de chaque sous-groupe, des tests t ont été réalisés pour chacun des sous-groupes. Les tableaux 2 et 3 présentent respectivement les résultats pour les scores totaux de la CBCL et les problèmes internalisés et externalisés de la CBCL, et pour le CNI.

La figure 1 illustre l’évolution moyenne de toutes les sous-échelles de la CBCL par groupe entre T1 et T2. Les statistiques descriptives et les résultats des tests t pour chaque sous-échelle et chaque sous-groupe figurent respectivement dans les annexes B et C.

Évolution des scores aux huit sous-échelles de la CBCL entre T1 et T2 dans chacun des cinq sous-groupes
Figure 1. Évolution des scores aux sous-échelles de la CBCL au sein des sous-groupes (profils CBCL à T1), avec tests t pour échantillons appariés à T1 et T2 (avant et après MST-CAN). Changements significatifs observés chez les enfants présentant des symptômes externalisés (SW : t = 3,25, p = 0,012* ; A/D : t = 4,25, p = 0,012* ; SP : t = 2,99, p = 0,024* ; AP : t = 5,48, p = 0,012* ; DB : t = 5,52, p = 0,012* ; AB : t = 6,26, p = 0,012*), chez les enfants présentant des symptômes multiples (SW : t = 3,56, p = 0,012* ; SC : t = 3,37, p = 0,024* ; A/D : t = 3,47, p = 0,024* ; TP : t = 3,34, p = 0,024* ; DB : t = 3,45, p = 0,024* ; AB : t = 3,17, p = 0,036*) et chez les enfants présentant des symptômes anxieux-évitants (SW : t = 3,05, p = 0,024* ; A/D : t = 3,58, p = 0,012*). Abréviations de l’original : SW = retrait social, SC = plaintes somatiques, A/D = anxiété/dépression, SP = problèmes sociaux, TP = problèmes de pensée, AP = problèmes d’attention, DB = comportement délinquant, AB = comportement agressif. * p < 0,05 (schéma original en anglais)

Groupe 1 : enfants aux émotions et aux comportements dans la norme

Dans ce groupe (n = 30), caractérisé par des scores non cliniques à l’admission, les scores totaux de la CBCL ont diminué significativement de T1 à T2, avec une taille d’effet moyenne (t = 2,94, p = 0,036, d = 0,54) (tableau 2). Des changements significatifs, de taille d’effet moyenne, ont également été observés pour les scores du CNI entre T1 et T2 (t = 4,60, p = 0,012, d = 0,72) (tableau 3).

Groupe 2 : enfants présentant des symptômes externalisés

Ce groupe (n = 39) présentait à l’admission des scores cliniques élevés pour les problèmes externalisés. C’est lui qui a le plus profité du traitement, avec des changements significatifs du score total de la CBCL, de grande taille d’effet (t = 6,71, p = 0,012, d = 1,07), ainsi que des échelles des problèmes internalisés, de taille d’effet moyenne (t = 4,52, p = 0,012, d = 0,72), et externalisés, de taille d’effet moyenne (t = 7,11, p = 0,012, d = 0,71) (tableau 2). Les scores du CNI ont aussi changé significativement, avec une grande taille d’effet (t = 5,54, p = 0,012, d = 0,84) (tableau 3), ce qui indique des effets bénéfiques de MST-CAN. En outre, les scores des enfants ont diminué significativement dans le temps pour les sous-échelles de la CBCL « retrait social » (t = 3,25, p = 0,012, d = 0,52), « anxiété/dépression » (t = 4,25, p = 0,012, d = 0,68), « problèmes sociaux » (t = 2,99, p = 0,024, d = 0,48), « problèmes d’attention » (t = 5,48, p = 0,012, d = 0,88), « comportement délinquant » (t = 5,48, p = 0,012, d = 0,88) et « comportement agressif » (t = 6,26, p = 0,012, d = 1,00) (figure 1, annexes B et C). Les tailles d’effet allaient de moyennes à grandes.

Groupe 3 : enfants présentant des symptômes multiples

Ce groupe (n = 17) présentait des scores élevés, dans la zone clinique, à toutes les sous-échelles et remplissait les critères du profil de dysrégulation de la CBCL, signe d’une psychopathologie sévère (Deutz et al., 2020 ; Dölitzsch et al., 2016). Des changements favorables ont été observés au niveau des sous-échelles de la CBCL, mais pas pour les scores totaux de la CBCL ni pour le CNI (tableaux 2 et 3). Au niveau des sous-échelles, les scores ont diminué significativement dans le temps, avec des tailles d’effet moyennes à grandes, pour « retrait social » (t = 3,56, p = 0,012, d = 0,89), « plaintes somatiques » (t = 3,37, p = 0,024, d = 0,84), « anxiété/dépression » (t = 3,47, p = 0,024, d = 0,87), « problèmes de pensée » (t = 3,34, p = 0,024, d = 0,83), « comportement délinquant » (t = 3,45, p = 0,024, d = 0,86) et « comportement agressif » (t = 3,17, p = 0,036, d = 0,79) (figure 1, annexes B et C).

Groupe 4 : enfants présentant des symptômes anxieux-évitants

Ce groupe (n = 32) se caractérisait par des scores dans la zone clinique aux échelles « retrait social » et « anxiété/dépression ». Des changements significatifs, de taille d’effet moyenne, ont été observés dans le temps pour le score total de la CBCL (t = 3,36, p = 0,012, d = 0,60) et pour les problèmes internalisés (t = 4,03, p = 0,012, d = 0,71) (tableau 2). Le score du CNI a lui aussi changé significativement dans le temps, avec une grande taille d’effet (t = 4,86, p = 0,012, d = 0,85) (tableau 3). Au niveau des sous-échelles, les scores ont diminué significativement dans le temps, avec des tailles d’effet moyennes, pour « retrait social » (t = 3,05, p = 0,024, d = 0,54) et « anxiété/dépression » (t = 3,58, p = 0,012, d = 0,63) (figure 1, annexes B et C).

Groupe 5 : enfants présentant des symptômes internalisés

Les enfants de ce groupe (n = 11) présentaient surtout des problèmes internalisés, avec des scores élevés, dans la zone clinique, aux sous-échelles rattachées aux problèmes internalisés. Aucun changement significatif n’a été observé dans le temps pour la CBCL, qu’il s’agisse du score total ou des scores aux sous-échelles (tableau 2, figure 1, annexes B et C). Aucun changement significatif n’a non plus été observé pour le CNI (tableau 3).

Les changements de sous-groupe entre T1 et T2

Pour déterminer les changements entre sous-groupes, des classes ont été identifiées à T2 (étapes 1 et 2 de la méthode LICUR). Elles ont ensuite été comparées aux classes identifiées à T1 (changement structurel), et les parcours développementaux entre les deux temps de mesure ont été analysés (changement individuel) (étape 3 de la méthode LICUR). Enfin, les classes identifiées à T2 ont été examinées pour dégager leurs caractéristiques par rapport à T1.

Identification des classes à T2

Nous avons réalisé une analyse en classes à T2. Aucune valeur aberrante multivariée n’a été trouvée selon la distance de Mahalanobis (p > 0,001). La solution à cinq classes (voir la figure 2 et le détail des résultats dans l’annexe D) a été retenue pour des raisons de contenu et parce qu’elle remplissait les critères de Bergman et al. (2003).

Profils moyens des cinq classes à T1 et à T2 sur les huit sous-échelles de la CBCL, reliés par des flèches indiquant les transitions significatives
Figure 2. Centroïdes des classes à T1 et à T2 et transitions. Facteurs opérants : SW = retrait social, SC = plaintes somatiques, AD = anxiété/dépression, SP = problèmes sociaux, TP = problèmes de pensée, AP = problèmes d’attention, DB = comportement délinquant, AB = comportement agressif. Flèche pleine : transitions significativement plus nombreuses ; flèche en pointillés : transitions significativement moins nombreuses. Les nombres à côté des flèches donnent les rapports de cotes (RC) et leurs IC à 95 % (transitions significativement plus nombreuses : RC > 1,0 ; significativement moins nombreuses : RC < 1,0) (schéma original en anglais)

Groupe 1 : enfants aux émotions et aux comportements dans la norme

Le premier groupe, le plus nombreux (n = 62), réunissait des enfants aux scores bas, dans la zone normale, à toutes les sous-échelles. Les scores indiquaient que ces enfants ne présentaient pas de symptômes psychopathologiques à la fin du traitement MST-CAN.

Groupe 2 : enfants présentant des problèmes internalisés

Les enfants du deuxième groupe (n = 14) avaient des scores dans la zone clinique aux sous-échelles « plaintes somatiques », « anxiété/dépression », « problèmes sociaux » et « problèmes de pensée ». Ces résultats indiquaient un groupe aux problèmes surtout internalisés.

Groupe 3 : enfants présentant des symptômes de retrait social

Le troisième groupe était le plus petit (n = 8). Les enfants avaient un score élevé à la sous-échelle « retrait social » et des scores dans la zone clinique limite aux sous-échelles « anxiété/dépression » et « problèmes de pensée ». Tous les autres scores étaient dans la norme. Ces résultats indiquaient que ces enfants vivaient dans l’isolement social et le retrait.

Groupe 4 : enfants présentant des symptômes d’opposition et de provocation

Le quatrième groupe (n = 25) réunissait des enfants ayant des scores dans la zone clinique aux sous-échelles « problèmes d’attention » et « comportement agressif ». Leurs scores se situaient en outre dans la zone clinique limite aux sous-échelles « problèmes sociaux » et « comportement délinquant ». Tous les autres scores étaient dans la norme. Ces résultats dessinaient le tableau clinique d’enfants dans l’opposition et la provocation.

Groupe 5 : enfants présentant des symptômes multiples

Le cinquième groupe (n = 19) avait des scores élevés, dans la zone clinique, à toutes les sous-échelles. Les scores T aux sous-échelles « anxiété/dépression », « problèmes d’attention » et « comportement agressif » dépassaient 67. Ces enfants remplissaient donc les critères du profil de dysrégulation, ce qui indiquait une psychopathologie encore sévère à la fin du traitement, malgré des baisses significatives des « plaintes somatiques », de « l’anxiété/dépression », des « problèmes de pensée », du « comportement délinquant » et du « comportement agressif ». Le détail des profils des sous-groupes à T2 (moyennes et écarts types aux sous-échelles) figure dans l’annexe D.

Changement structurel

La figure 2 illustre les deux solutions de classification, à T1 (avant le traitement) et à T2 (après le traitement). Nous avons identifié cinq configurations semblables. Les classes ont été disposées horizontalement selon leur similarité. Une forte stabilité structurelle a été observée entre les classes d’un temps de mesure à l’autre, mesurée par les distances entre classes correspondantes (0,00 < SS < 0,07).

Changement individuel

La figure 2 illustre aussi les parcours développementaux individuels entre les classes des deux temps de mesure. Nous avons identifié trois types développementaux stables (transitions survenant avec une forte probabilité ; flèches pleines de la figure 2), allant des classes CL11 (enfants aux émotions et aux comportements dans la norme), CL12 (symptômes externalisés) et CL13 (symptômes multiples) vers leurs classes correspondantes au second temps de mesure. Ces résultats indiquaient une stabilité individuelle des profils pour ces groupes. Un type développemental supplémentaire, qui ne reliait pas deux classes correspondantes, a été trouvé, signe d’un changement de profil : il allait de la classe CL15 (enfants présentant des symptômes internalisés) à la classe CL23 (enfants présentant des symptômes de retrait social). Des antitypes développementaux (forte probabilité qu’aucune transition ne survienne ; flèches en pointillés de la figure 2) ont été trouvés entre des classes dissemblables, à savoir entre CL11 (enfants aux émotions et aux comportements dans la norme) et CL25 (enfants présentant des symptômes multiples), entre CL12 (enfants présentant des symptômes externalisés) et CL21 (enfants aux émotions et aux comportements dans la norme), et entre CL13 (enfants présentant des symptômes multiples) et CL24 (enfants présentant des symptômes d’opposition et de provocation). Ces antitypes ont servi de confirmation de la stabilité individuelle des profils mentionnée plus haut, entre T1 et T2, pour les enfants aux émotions et aux comportements dans la norme, aux problèmes externalisés et aux symptômes multiples. Ils indiquaient qu’un changement de profil était peu probable.

Caractéristiques des sous-groupes (sous-groupes de T2)

L’examen des caractéristiques des sous-groupes n’a révélé aucune différence significative sur les variables démographiques. Le détail des comparaisons entre groupes figure dans les annexes E et F.

Discussion

Cette étude visait à examiner l’évolution des problèmes émotionnels et comportementaux, de la gravité de la négligence et des sous-groupes chez des enfants et des adolescents recevant MST-CAN. Elle a utilisé une double approche, combinant des méthodes centrées sur les variables et des méthodes centrées sur la personne. Ces résultats apportent des données nouvelles montrant que les enfants et les adolescents diffèrent dans leur réponse à MST-CAN et présentent des évolutions de sous-groupe distinctes. Sur les cinq sous-groupes, quatre ont tiré profit du traitement sur au moins deux mesures de résultat et ont montré des changements différenciés de leurs problèmes émotionnels et comportementaux. En outre, trois sous-groupes ont aussi montré une réduction de la négligence, ce qui souligne que la plupart des familles ont bénéficié du traitement. Les sous-groupes identifiés au début du traitement réapparaissaient à la fin, quoique avec des symptômes plus marqués. Cela peut résulter de l’évolution de diverses échelles de symptômes sous l’effet de la thérapie. Par ailleurs, trois sous-groupes présentaient une forte stabilité individuelle, signe de la stabilité des classes de symptômes dans le temps, tandis qu’un groupe passait dans un autre sous-groupe. Les résultats pour chacun de ces cinq sous-groupes sont discutés ci-dessous. Dans l’ensemble, les résultats montrent l’intérêt de MST-CAN pour un large éventail d’enfants et d’adolescents présentant des psychopathologies variées. Du fait de ces psychopathologies variées, on peut supposer que leurs besoins cliniques diffèrent, ce qui conduit à des réponses différentes au traitement. Ces réponses différenciées aux interventions fondées sur la famille concordent avec celles de la recherche antérieure, qui suggère des réponses différenciées au traitement chez les enfants et les adolescents de familles à haut risque. Keles et al. (2021) ont trouvé des trajectoires hétérogènes chez des adolescents présentant des comportements antisociaux graves et persistants et ayant reçu la MST standard en Norvège. Mertens et al. (2017) ont mis au jour des trajectoires de traitement différentes chez des adolescents présentant des comportements externalisés. Hors du contexte de la MST, des trajectoires de traitement divergentes ont été observées chez des jeunes présentant de graves problèmes de comportement et de santé mentale et participant à un programme parental fondé sur l’attachement et informé par le trauma (Pasalich et al., 2022).

MST-CAN a été le plus bénéfique pour les enfants présentant des symptômes externalisés. Des changements de taille d’effet moyenne à grande ont été observés sur toutes les échelles, y compris la négligence, à l’exception de deux échelles mesurant les problèmes émotionnels et comportementaux. Ce résultat rejoint celui de Pasalich et al. (2022), selon lequel les jeunes présentant de graves problèmes externalisés s’amélioraient le plus vite et le plus fortement au cours du traitement. Les résultats favorables chez les enfants présentant des symptômes externalisés pourraient tenir, dans la présente étude, à l’origine de la MST standard, conçue au départ pour traiter des adolescents présentant des problèmes externalisés. Zhang et Slesnick (2018) ont d’ailleurs conclu que la thérapie systémique familiale est particulièrement efficace pour réduire les comportements problématiques externalisés, comparée à un traitement témoin non centré sur la famille. Ces résultats pourraient donner de premières indications que les approches de proximité et/ou systémiques sont particulièrement efficaces pour les enfants et les adolescents présentant des symptômes externalisés (Boege et al., 2015 ; Zhang et Slesnick, 2018). De façon générale, les programmes MST mettent assez fortement l’accent sur les stratégies parentales et le comportement des adultes. Les personnes qui prennent soin des enfants peuvent donc instaurer plus de règles à la maison et exercer une surveillance plus étroite, tout en montrant davantage de chaleur et d’attention bienveillante envers leurs enfants. Le passage à un style parental démocratique pourrait ainsi être un mécanisme de changement des symptômes externalisés des enfants. Il est également possible que les résultats tiennent à l’âge des enfants et des adolescents de cette étude (de 6 à 17 ans ; âge moyen de 10,3 ans). Les adultes peuvent en effet avoir tendance à se focaliser sur les symptômes externalisés, ou à ne pas reconnaître les symptômes internalisés, chez les jeunes de 6 à 17 ans. En conséquence, les adultes qui s’occupaient des enfants et ont réalisé les évaluations, ainsi que le personnel scolaire, qui jouait un rôle important dans la procédure d’orientation, ont pu repérer plus facilement les symptômes externalisés que les symptômes internalisés chez les jeunes de l’étude.

En outre, les enfants présentant des symptômes externalisés avaient une forte probabilité de rester dans le sous-groupe équivalent à la fin du traitement, ce qui indique que des symptômes d’opposition et de provocation étaient probablement encore présents au terme du traitement. Zhang et Slesnick (2018) ont rapporté que des adolescents passaient de la classe externalisée à la classe normative 18 mois après le traitement. Si ces deux temporalités différentes ne peuvent pas être comparées, il serait intéressant de savoir si les enfants ayant reçu MST-CAN peuvent cesser de présenter des symptômes cliniquement significatifs après un délai plus long.

Pour les enfants présentant des symptômes multiples, MST-CAN a été bénéfique sur diverses sous-échelles émotionnelles et comportementales, avec des changements de taille d’effet moyenne à grande, mais pas pour la négligence ni pour les échelles globales, ce qui indique certaines améliorations des symptômes. On peut faire le parallèle avec l’étude de Pasalich et al. (2022), qui a trouvé une réponse modérée au traitement, avec des améliorations progressives, dans un groupe d’enfants présentant des problèmes externalisés et internalisés concomitants. Au regard de la méta-analyse de Weisz et al. (2017), nos résultats semblent confirmer l’intérêt de MST-CAN pour les enfants présentant une psychopathologie sévère. Dans cette méta-analyse, seuls de petits effets, non significativement différents de zéro, avaient été observés chez les enfants et les adolescents présentant des symptômes multiples. Cela pourrait tenir à la nature du programme de traitement complexe de MST-CAN, spécialement conçu pour traiter des familles aux besoins multiples.

L’analyse plus poussée des changements de sous-groupe a montré une stabilité dans le temps. Cela indique que les enfants de ce groupe présentent encore des signes de psychopathologie sévère même après le traitement. Ce résultat concorde avec l’étude de Halliday-Boykins et al. (2004), dans laquelle les jeunes présentant une psychopathologie sévère risquaient de garder des symptômes à un niveau élevé et de moins profiter du traitement. Les résultats désignent un sous-groupe d’enfants particulièrement vulnérable. Les enfants de ce groupe présentaient déjà une forte comorbidité au début du traitement, ce qui peut rendre le changement plus difficile à obtenir. Dans une étude antérieure sur MST-CAN (Buderer et al., 2024), les symptômes multiples chez l’enfant étaient associés à des problèmes de santé mentale plus importants chez les parents. Il est possible que, dans ce groupe, les parents, en raison de leurs propres difficultés, mettent en œuvre les interventions de façon moins efficace et moins rapide, ce qui expliquerait aussi que des changements plus significatifs n’aient pas été possibles en un temps court. Même si ces résultats semblent plausibles, en particulier à la lumière des études correspondantes, il faut noter que la petite taille de ce groupe (N = 16) limite l’interprétation des résultats.

Les enfants présentant des symptômes anxieux-évitants ont tiré profit du traitement pour leurs symptômes spécifiques, avec des effets moyens, et pour la négligence, avec un effet important. Sur les autres échelles, leurs valeurs se situaient dans la zone normale, ce qui a probablement conduit à des changements non significatifs dans le temps. Les études dont l’échantillon et les caractéristiques de groupe seraient semblables, et avec lesquelles on pourrait faire des parallèles, font défaut. Weisz et al. (2017) ont trouvé les effets les plus élevés du traitement psychologique chez les enfants et les adolescents anxieux. Nos résultats ne concordent cependant pas avec cette perspective, ce qui pourrait tenir à la nature plus complexe d’un échantillon à haut risque.

Le traitement a tout de même été bénéfique, en améliorant l’ensemble des problèmes émotionnels et comportementaux et en réduisant la négligence, pour les enfants aux émotions et aux comportements dans la norme. Nous attribuons l’existence d’un groupe sans tableau psychopathologique au fait que des enfants peuvent garder leur résilience malgré la maltraitance ou ne développer des symptômes que plus tard dans leur vie (Fonagy et al., 2014). À notre connaissance, aucune recherche antérieure n’a mis ces valeurs de changement en contexte. Halliday-Boykins et al. (2004) ont trouvé un groupe infraclinique de jeunes après une crise psychiatrique, mais n’ont pas pu l’analyser statistiquement plus avant en raison de la petite taille du groupe. Ce groupe normatif présentait une stabilité individuelle de sous-groupe, ce qui peut se comprendre et suggère que ces enfants gardent leur résilience dans un contexte de maltraitance et de négligence.

Pour les enfants présentant des symptômes internalisés, aucun changement significatif n’a été trouvé dans le temps pour les résultats mesurés. Cela pourrait indiquer un groupe ne répondant pas au traitement, mais cela pourrait aussi tenir à des valeurs non cliniques au début du traitement sur certaines échelles. Nous n’avons pas trouvé, dans des échantillons comparables, de données établissant que la thérapie fondée sur la famille n’était pas bénéfique pour les enfants présentant des symptômes internalisés. Ce résultat doit cependant être considéré au regard de la petite taille du sous-groupe (N = 11), qui peut biaiser la représentativité des résultats. Il faut donc l’interpréter avec prudence.

Notre seconde analyse a mis en évidence des changements de sous-groupe. Les enfants présentant des symptômes internalisés avaient une probabilité accrue d’appartenir, après le traitement, au sous-groupe des enfants présentant des symptômes de retrait social. Ce résultat peut suggérer que le retrait social, en tant que symptôme spécifique, n’a pas pu être traité de façon adéquate pendant le traitement, ou que ces enfants et adolescents présentent des traits de tempérament particuliers qui les rendent difficiles à atteindre. Il existe toutefois peu d’études auxquelles comparer ce résultat.

Nos résultats sur les réponses différenciées au traitement en matière de réduction de la négligence sont particulièrement dignes d’intérêt. À notre connaissance, c’est la première étude à examiner cette question. Ces résultats pourraient donner une première indication que les enfants peuvent tirer profit de façon différente d’un programme de traitement de la maltraitance selon leurs symptômes psychopathologiques. D’autres études devraient examiner les liens entre les diverses psychopathologies et les effets du traitement chez les enfants.

Cette étude comporte plusieurs limites. Premièrement, elle n’a pas été conçue comme un ECR, ce qui restreint la généralisation des résultats. En définitive, nous ne pouvons pas conclure que les changements de la psychopathologie des enfants et de la négligence sont attribuables au programme d’intervention. Cependant, MST-CAN étant un programme de traitement standardisé, mis en œuvre en milieu naturel dans des conditions réelles de traitement, la représentativité clinique et la portée des résultats s’en trouvent renforcées (Weisz et al., 2005). Bien que la Suisse présente certaines particularités juridiques, ces résultats peuvent être généralisés à d’autres pays occidentaux ayant des groupes ethniques et raciaux semblables. Pour s’assurer que MST-CAN est aussi bénéfique pour d’autres groupes, les résultats doivent être reproduits dans des échantillons comprenant des enfants et des familles venant de milieux sous-représentés.

Deuxièmement, nous avons évalué la psychopathologie des enfants à partir de questionnaires remplis par les parents. Nous n’avons pas inclus le point de vue des enfants dans l’évaluation, point de vue qui pourrait différer de celui de leurs parents. Nous ne pouvons donc pas exclure que l’évolution des valeurs tienne à un changement dans la façon dont les parents perçoivent leurs enfants. En travaillant sur leurs expériences traumatiques pendant le traitement, les parents peuvent devenir plus empathiques envers leurs enfants et les voir comme moins difficiles ou moins dans l’opposition (par exemple pour les enfants présentant des symptômes externalisés).

Des études antérieures (Buderer et al., 2024 ; Hefti et al., 2020) ont rapporté qu’une proportion importante des parents des familles orientées vers MST-CAN souffraient de problèmes de santé mentale, ce qui pourrait biaiser leurs déclarations sur la psychopathologie de leurs enfants (De Los Reyes et Kazdin, 2005). De plus, dans un contexte sensible comme celui de la protection de l’enfance, les parents peuvent avoir tendance à se présenter sous un jour plus favorable (van de Mortel, 2008). Nous avons néanmoins suivi une approche à informateurs multiples (De Los Reyes et al., 2015) et fait appel à une personne chargée du dossier, professionnelle extérieure intervenant auprès des familles, pour évaluer la négligence ainsi que l’existence et le type de maltraitance. C’est une force de l’étude. Les études futures devraient toutefois envisager des évaluations et des méthodes supplémentaires. Les données de cette étude ont par ailleurs pu être biaisées par le fait que les 24 thérapeutes ont traité des situations très diverses. Nous n’avons pas tenu compte de la variabilité entre thérapeutes dans l’étude, bien qu’elle ait pu influer sur les résultats du traitement.

Troisièmement, l’analyse en classes a certaines limites. Une limite importante tient à l’identification de classes faussement positives et à la tendance à découvrir deux classes dans un jeu de données (Tokuda et al., 2022). La validation et la reproduction des solutions à cinq classes identifiées dans des jeux de données d’autres études sont donc indispensables. Certains sous-groupes comptaient moins de 20 cas, ce qui limite la puissance de l’analyse en classes. En outre, la solution de classification doit être interprétée avec prudence. La méthode de Ward était toutefois la seule adaptée, compte tenu du caractère exploratoire de cette étude et de la taille de son échantillon (Bacher et al., 2010). L’application de la procédure LICUR, méthode plus avancée, a permis une validation plus fine des classes, ce qui est une force de cette étude.

Implications cliniques

Les résultats de l’étude apportent des éclairages précieux pour la pratique clinique et peuvent aider les équipes cliniques à ajuster les interventions aux besoins individuels des enfants. Les résultats sur les réponses différenciées au traitement soulignent l’intérêt de MST-CAN pour les enfants et les adolescents présentant des symptômes externalisés. Dans son modèle de traitement, MST-CAN se concentre d’abord sur le comportement des adultes. Les interventions centrées sur les parents portent sur les compétences parentales (par exemple les stratégies parentales positives, l’instauration de règles et une surveillance accrue des enfants), sur la prise de responsabilité et les excuses présentées à la famille pour la maltraitance subie par les enfants, et sur l’élaboration et le maintien de plans de sécurité. Les parents peuvent en outre suivre un traitement individuel pour résoudre leurs propres traumatismes, réduire leur consommation de substances, apprendre à gérer leur colère et mettre en place une résolution de problèmes et une communication à l’échelle de la famille. Ces stratégies de traitement et ces changements du comportement parental, associés à la mobilisation de l’écologie naturelle de la famille comme soutien social, peuvent être particulièrement utiles aux enfants et aux adolescents pour réduire les symptômes externalisés. Ces résultats éclairent par ailleurs un sous-groupe particulièrement vulnérable d’enfants et d’adolescents présentant des symptômes multiples. Il faudrait les repérer tôt au cours du traitement ; ces jeunes peuvent avoir besoin de soins et d’interventions supplémentaires, même après le traitement MST-CAN. Pour ces enfants et ces familles, il est crucial de limiter les conséquences de la maladie mentale et de collaborer avec d’autres systèmes de soutien afin d’apporter l’aide nécessaire à leur participation sociale. Les enfants et les adolescents présentant des symptômes internalisés risquent de ne pas tirer profit du traitement et de présenter, à la fin de celui-ci, des symptômes marqués de retrait social. Pour répondre efficacement à leurs besoins, des traitements MST-CAN visant à améliorer la relation parent-enfant, un entraînement complémentaire aux habiletés sociales avec des exercices de développement des compétences (de Mooij et al., 2020) ou un traitement centré sur le jeune peuvent être utiles. Les enfants sans symptômes psychopathologiques tirent aussi profit de MST-CAN, ce qui souligne l’importance du traitement au regard de l’objectif général de prévention et de réduction de la maltraitance. Les changements chez les parents et dans la famille peuvent avoir une fonction préventive à l’égard des difficultés de santé mentale. Dans les familles à haut risque où les enfants connaissent des difficultés de santé mentale, il peut être utile de se concentrer sur les conséquences et les effets de la maltraitance et de favoriser les ressources. Cela peut en outre servir de prévention de la récidive de la maltraitance. En présentant les implications cliniques de cette étude, il importe de souligner que la généralisation des résultats à d’autres programmes de traitement exigera que les profils de psychopathologie soient reproduits au sein de ces programmes.

Conclusion

Nos résultats mettent en évidence l’intérêt de MST-CAN pour des enfants et des adolescents aux problèmes de santé mentale différents. Ils confirment que les enfants et les adolescents diffèrent dans leur réponse au traitement multisystémique en contexte à haut risque. Les études futures devraient donc intégrer des méthodes centrées sur la personne dans leurs analyses. Pour les réponses différenciées en matière de réduction de la négligence en particulier, cette étude peut servir de premier modèle et stimuler d’autres recherches. Il faudrait repérer tôt les enfants qui tirent moins profit du traitement et leur proposer des interventions supplémentaires. Pour les enfants présentant des symptômes internalisés, un entraînement aux habiletés sociales pourrait être utile pour prévenir l’apparition de symptômes de retrait social. Les enfants présentant des symptômes multiples peuvent tirer profit d’un soutien supplémentaire, même après le traitement, afin de réduire les effets à long terme d’une psychopathologie sévère et la limitation de leur participation sociale. Nos résultats contribuent à une meilleure compréhension des besoins cliniques des enfants et des adolescents de familles traitées par MST-CAN. Ils peuvent aussi intéresser d’autres programmes de traitement manualisés destinés aux enfants et aux adolescents en contexte à haut risque, et justifient le recours à des programmes de traitement standardisés.

Complexe Systémique : à retenir

Ce que l’étude apporte d’abord, c’est un refus de la moyenne. Un effet global du traitement, même net, cache des enfants qui progressent beaucoup, d’autres guère, et des familles où la négligence recule sans que les symptômes de l’enfant bougent. MST-CAN agit surtout sur les adultes : règles, surveillance, chaleur, excuses pour la maltraitance, plans de sécurité, travail sur les traumas parentaux. Rien d’étonnant à ce que les enfants aux troubles externalisés en profitent le plus : c’est ce que les adultes voient et ce que le modèle sait traiter. Les enfants aux symptômes internalisés, à l’inverse, glissent vers le retrait social. Pour la clinique systémique, la leçon est double : penser des parcours différenciés dès l’évaluation, et ne pas confondre l’apaisement du système parental avec le mieux-être de chaque enfant. Les limites sont sérieuses : pas de groupe témoin, des évaluations faites par les seuls parents, des sous-groupes parfois minuscules. À lire avec l’article sur la thérapie multisystémique face à l’exploitation criminelle des enfants, et avec l’article sur les soins sur mesure pour les familles aux problèmes multiples.

Notes de l’original

Financement. Financement du libre accès assuré par l’université de Bâle. Cette étude a été soutenue par des subventions de recherche internes des Psychiatric Services Aargau AG et des Cliniques psychiatriques universitaires de Bâle.

Liens d’intérêts. Cynthia Cupit Swenson exerce une activité de conseil pour le développement des programmes MST-CAN par l’intermédiaire de MST Services LLC, qui détient un accord de licence exclusif avec la Medical University of South Carolina pour la diffusion de la technologie MST. La Medical University of South Carolina détient les droits de propriété intellectuelle sur le modèle de traitement MST et perçoit des redevances lors de la mise en œuvre du traitement. Les Cliniques psychiatriques universitaires de Bâle ont mis en place deux équipes MST-CAN à Bâle-Ville (Suisse) en 2014.

Consentement éclairé. Toutes les personnes ayant participé à l’étude ont donné leur consentement éclairé, et le protocole a été approuvé par les comités d’éthique compétents (Ethikkommission Ostschweiz, Ethikkommission Nordwest- und Zentralschweiz). L’étude a été menée conformément aux principes de la déclaration d’Helsinki.

Note de l’éditeur. Springer Nature reste neutre quant aux revendications territoriales figurant dans les cartes publiées et les affiliations institutionnelles.

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Traduction non officielle en français de Réponses différenciées au traitement d’enfants et d’adolescents victimes de maltraitance et de négligence après une intervention multisystémique fondée sur les données probantes, par Corinna Buderer, Tom Kirsch, Tania Pérez, Cynthia Cupit Swenson et Marc Schmid, Research on Child and Adolescent Psychopathology, vol. 53, no 1, p. 69-84 (2025), doi : 10.1007/s10802-024-01248-z, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Differential Treatment Responses of Maltreated and Neglected Children and Adolescents Following an Evidence-based Multisystemic Intervention », publié dans Research on Child and Adolescent Psychopathology (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Buderer, C., Kirsch, T., Pérez, T., Cupit Swenson, C., et Schmid, M. (2025). Réponses différenciées au traitement d’enfants et d’adolescents victimes de maltraitance et de négligence après une intervention multisystémique fondée sur les données probantes (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/reponses-differenciees-au-traitement-d-enfants-et-d-adolescents-victimes-de-maltraitance (Œuvre originale publiée en 2024 dans Research on Child and Adolescent Psychopathology, 53(1), 69-84 (2025) ; republiée en 2025 par Research on Child and Adolescent Psychopathology, https://link.springer.com/article/10.1007/s10802-024-01248-z)

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