Family Process · Thérapie familiale

Trajectoires après une thérapie de couple systémique brève pour parents

Que deviennent les couples de parents un an après une thérapie de couple brève ? L’équipe lausannoise de Joëlle Darwiche a suivi 85 couples romands, traités soit par un modèle qui travaille à la fois la relation amoureuse et la coparentalité, soit par la thérapie systémique brève habituelle. En moyenne, les acquis tiennent. Mais cinq trajectoires se dessinent, et les jeunes enfants, les familles nombreuses et les relations anciennes pèsent sur les plus fragiles.

Auteurs Joëlle Darwiche, Laura Vowels, Esther Liekmeier et Jean-Philippe Antonietti (Centre de recherche sur la famille et le développement, université de Lausanne) ; Cindy Eira Nunes (Institut de recherche en sciences psychologiques, UCLouvain, Belgique)Première publication Family Process, 21 janvier 2026Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Trajectoires après une thérapie de couple systémique brève pour parents, par Joëlle Darwiche, Cindy Eira Nunes, Laura Vowels, Esther Liekmeier et Jean-Philippe Antonietti, publié dans Family Process (Wiley) (2026), doi : 10.1111/famp.70114, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes, avec les valeurs principales ; les annexes en ligne (tableaux S1 à S9, figures S1 à S6) ne sont pas reprises. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Un résultat clé est que le couple devienne capable de demander un soutien professionnel dans les périodes de vulnérabilité.

Joëlle Darwiche, Cindy Eira Nunes, Laura Vowels, Esther Liekmeier et Jean-Philippe Antonietti

Résumé

Cette étude a examiné les trajectoires après la thérapie de couples parentaux ayant reçu soit l’Intervention systémique brève intégrative (IBSI), qui cible à la fois la relation amoureuse et la relation coparentale, soit la thérapie systémique brève habituelle (TSB habituelle). Des résultats antérieurs ayant montré des améliorations comparables en fin de traitement dans les deux conditions, les couples ont été analysés ensemble afin de repérer les schémas de changement typiques qu’ils suivent après la thérapie. Nous avons cherché si des groupes de trajectoires distincts se dessinaient au cours de l’année de suivi, et si des variables liées au traitement (condition de thérapie, nombre de séances) et des caractéristiques familiales (durée de la relation, famille recomposée ou non, nombre d’enfants, âge du plus jeune) prédisaient l’appartenance à ces groupes. Sur les 101 couples parentaux suisses randomisés, 85 (44 IBSI, 41 TSB habituelle) ont fourni des données en fin de thérapie, à 6 mois et à 1 an sur la symptomatologie individuelle, la qualité de la relation amoureuse et coparentale, et l’adaptation de l’enfant. Des modèles à effets mixtes ont d’abord montré que les acquis de la thérapie restaient largement stables dans le temps, certains parents rapportant une amélioration de l’adaptation de l’enfant, en particulier les hommes en TSB habituelle et les femmes en IBSI. Par une analyse factorielle multiple et une classification hiérarchique (n = 72 couples), nous avons identifié cinq trajectoires, qui reflètent différentes configurations de détresse individuelle et de fonctionnement relationnel. Une régression logistique multinomiale a montré que les caractéristiques du traitement comme le contexte familial contribuaient à distinguer ces parcours : l’IBSI était associée à des trajectoires plus favorables, tandis que des enfants plus jeunes ou plus nombreux étaient liés à des profils moins favorables. Sur le plan clinique, repérer des trajectoires distinctes après la thérapie souligne l’importance de suivre les couples au-delà de la fin du traitement et d’ajuster le soutien aux couples dont la situation individuelle ou familiale expose davantage à une détérioration.

Mots-clés : relation coparentale, thérapie de couple, trajectoires après la thérapie, relation amoureuse

Introduction

La détresse conjugale est un enjeu de santé publique : elle accroît le risque de problèmes de santé psychique et physique chez les partenaires (Gollan et Jacobson 2002). La thérapie de couple s’est montrée efficace pour aider les partenaires en difficulté à améliorer la qualité de leur relation et à réduire leur symptomatologie individuelle (Johnson et Lebow 2000 ; Shadish et Baldwin 2003). Les méta-analyses rapportent, pour la satisfaction relationnelle, des tailles d’effet intergroupes avant-après moyennes (par exemple d = 0,585 ; Shadish et Baldwin 2005) à grandes (g de Hedges = 0,91 ; Roddy et al. 2020). Son effet sur des dimensions familiales comme la coparentalité ou l’adaptation de l’enfant a pourtant été bien moins étudié, alors que la détresse conjugale déborde sur les conduites parentales et affecte l’adaptation de l’enfant (par exemple Zemp et al. 2018). La théorie des systèmes souligne l’interdépendance au sein des familles : améliorer la relation de couple par la thérapie peut influencer positivement d’autres sous-systèmes, comme le sous-système parent-enfant (Cox et Paley 1997). Malgré la recommandation de Gollan et Jacobson (2002), il y a plus de vingt ans, de les inclure dans la recherche, des critères comme la coparentalité et l’adaptation de l’enfant restent peu explorés dans les études sur la thérapie de couple.

La thérapie de couple pour parents peut porter à la fois sur la relation amoureuse et sur la relation coparentale. La coparentalité, c’est-à-dire le fonctionnement collaboratif des partenaires dans leur rôle de parents (McHale et Irace 2011), exerce une influence plus immédiate sur le développement socio-émotionnel de l’enfant que la qualité conjugale (par exemple Bonds et Gondoli 2007). Dans des travaux antérieurs, nous avons examiné l’efficacité de l’Intervention systémique brève intégrative (IBSI ; Darwiche et al. 2022), une thérapie en six séances qui cible la relation amoureuse et la relation coparentale, comparée à la thérapie systémique brève habituelle (TSB habituelle). Les deux interventions ont produit des améliorations significatives sur les plans individuel, amoureux, coparental et familial en fin de traitement et à 6 mois, sans différence majeure entre elles, sinon que les couples en TSB habituelle ont demandé davantage de séances supplémentaires. Cette similitude des résultats pourrait refléter des mécanismes systémiques de changement communs aux deux interventions (Darwiche et al. 2023).

Cette étude visait à examiner les trajectoires, sur l’année qui suit la thérapie, de parents ayant suivi l’IBSI ou la TSB habituelle. Le suivi a été prolongé à 12 mois pour retracer l’évolution des critères individuels, conjugaux et familiaux. Nous avons examiné non seulement les tendances d’ensemble de l’échantillon, mais aussi les schémas de changement propres à chaque couple : maintien, amélioration ou recul. Nous avons en outre cherché si des variables liées au traitement (condition de thérapie, nombre de séances) et des caractéristiques familiales (durée de la relation, famille recomposée ou non, nombre d’enfants au foyer, âge de l’enfant concerné) étaient associées à certaines trajectoires, pour aider à comprendre pourquoi les couples suivent des chemins différents après la thérapie.

Les trajectoires après la fin de la thérapie

Comprendre comment les couples évoluent après la thérapie importe pour plusieurs raisons. D’abord, cela permet d’établir si les acquis du traitement se maintiennent en moyenne dans le temps, ce qui atteste l’efficacité de l’intervention. Ensuite, cela éclaire la diversité des parcours relationnels après la thérapie, car les trajectoires sont souvent très variables. Des événements de vie, par exemple, peuvent éprouver la relation à plus long terme, même lorsqu’elle a été renforcée pendant la thérapie. Étudier les trajectoires après la thérapie permet donc de documenter ces processus et de mieux comprendre comment les couples s’adaptent ensuite.

La recherche sur le maintien des acquis indique que la thérapie de couple est efficace (Lebow et al. 2012). Mais maintenir ces améliorations reste difficile : 35 à 50 % des couples connaissent un recul ou un divorce après la thérapie (Snyder et Balderrama-Durbin 2020). Dans leur méta-analyse de la littérature sur les interventions conjugales et familiales, Shadish et Baldwin (2003) rapportent des tailles d’effet plus faibles au suivi (d = 0,52) qu’en fin de traitement (d = 0,65), ce qui souligne la variabilité du maintien des résultats. Pour leur part, Roddy et al. (2020) constatent dans leur méta-analyse que l’amélioration de la satisfaction relationnelle se maintient lors des suivis à long terme (g de Hedges = 0,91).

Des études particulières éclairent ces dynamiques. Dans un essai randomisé comparant la thérapie comportementale de couple traditionnelle et intégrative, Christensen et al. (2006, 2010) constatent que deux tiers des couples vont mieux deux ans après le traitement, malgré un recul initial de la satisfaction relationnelle. À cinq ans, la moitié des couples maintient les améliorations, le reste ne montrant aucun changement ou une détérioration. Des études non randomisées rapportent aussi des bénéfices durables, pour la thérapie de couple centrée sur l’émotion (EFCT ; Wiebe et al. 2017) et pour des approches intégratives (Lundblad et Hansson 2006). En thérapie résidentielle, Tilden et al. (2010, 2020) observent des gains initiaux, un recul à un an et une récupération à trois ans.

En somme, la thérapie de couple améliore efficacement la satisfaction relationnelle et les difficultés interpersonnelles, mais les études longitudinales révèlent des trajectoires fluctuantes, faites de périodes de recul et de récupération, qui montrent le caractère dynamique des résultats. Documenter ces trajectoires après la thérapie est donc important pour comprendre les processus de changement à long terme et guider la pratique clinique (Lebow et Snyder 2022).

Les facteurs associés aux trajectoires après la thérapie

Un défi central de la recherche en psychothérapie de couple est d’aller au-delà des résultats immédiats et d’identifier ce qui influe sur l’efficacité à long terme. Comprendre pourquoi certains couples maintiennent leurs acquis tandis que d’autres rechutent aide à éclairer les trajectoires après la thérapie et à ajuster les interventions (Doss et al. 2019). Les indicateurs pronostiques courants, comme les facteurs démographiques et intrapersonnels (âge, niveau d’études, durée du mariage ou qualité initiale de la relation), ont pourtant peu de pouvoir explicatif pour prédire les résultats à long terme (Atkins et al. 2005 ; Doss et al. 2019). Certaines études désignent la dynamique de communication et l’activation émotionnelle comme prédicteurs des résultats (Baucom et al. 2009), d’autres mettent en avant des facteurs liés à l’engagement, comme une plus longue durée de mariage et moins de démarches vers le divorce, comme meilleurs indicateurs de la stabilité conjugale à cinq ans (Baucom et al. 2011). Des travaux plus récents désignent les changements dans les processus d’attachement (Wiebe et al. 2017) et le niveau initial de détresse (Roddy et al. 2020) comme des prédicteurs significatifs, mais l’ensemble des résultats reste contrasté, ce qui souligne l’hétérogénéité des trajectoires des couples après la thérapie.

Parmi les variables liées au traitement susceptibles d’être associées aux trajectoires, on s’attend généralement à ce que la condition de thérapie favorise de meilleurs résultats que les conditions contrôles ou alternatives, mais les résultats sont nuancés. Par exemple, la thérapie comportementale de couple intégrative (IBCT) a produit des améliorations nettement plus fortes que la thérapie comportementale de couple traditionnelle jusqu’au suivi à deux ans (Baucom et al. 2009), mais aucune différence n’a été observée à cinq ans (Baucom et al. 2011). Le nombre de séances a aussi été mis en avant, avec des indices d’une relation dose-réponse curvilinéaire, ce qui montre la nécessité de données de suivi pour évaluer les effets à long terme (Robinson et al. 2019).

Des caractéristiques familiales et contextuelles peuvent aussi être liées aux trajectoires : une plus longue durée de mariage a été associée à des résultats plus favorables (Baucom et al. 2009), tandis que le fait d’être une famille recomposée (Teachman 2008), d’avoir plus d’enfants ou des enfants plus jeunes peut accroître la tension relationnelle et le risque d’instabilité (Fang et al. 2024). La complexité de la coparentalité et le stress liés à certaines étapes du développement (petite enfance ou adolescence, par exemple) peuvent plausiblement fragiliser la durabilité des acquis thérapeutiques.

En conclusion, davantage de recherches sont nécessaires pour examiner comment les variables liées au traitement et les caractéristiques familiales sont associées aux trajectoires diverses que les couples peuvent suivre après la thérapie. Identifier ces associations importe pour préciser les contextes dans lesquels les couples ont plus de chances de maintenir leurs acquis, de connaître des fluctuations ou de reculer avec le temps. Une meilleure compréhension de ces facteurs pourrait, à terme, nourrir des interventions plus ajustées et des stratégies de soutien après la thérapie visant la stabilité relationnelle et le bien-être à long terme.

Objectifs et hypothèses

Cette étude a examiné les trajectoires après la thérapie de couples ayant suivi l’IBSI ou la TSB habituelle (Darwiche et al. 2023). Ces trajectoires ont été construites à partir des données de trois évaluations post-traitement (juste après la thérapie, à 6 mois et à 1 an) portant sur la symptomatologie individuelle des parents, la qualité de leurs relations amoureuse et coparentale, et l’adaptation de l’enfant rapportée par les parents.

Nous faisions l’hypothèse que les améliorations liées à la thérapie se maintiendraient en général au suivi à un an (question de recherche 1). Nous nous attendions toutefois à voir émerger des trajectoires distinctes (question de recherche 2), certains couples s’améliorant encore ou restant stables, d’autres se détériorant, selon les ressources individuelles et relationnelles disponibles pour maintenir le changement. Nous nous attendions en outre à ce que des facteurs liés au traitement (condition de thérapie, nombre de séances) et à la famille (durée de la relation, type de famille, recomposée ou non, nombre d’enfants et âge du plus jeune) soient associés à l’appartenance aux groupes de trajectoires (question de recherche 3). Plus précisément, nous prévoyions que les parents de la condition IBSI suivraient plus souvent des trajectoires positives, puisque cette intervention visait à la fois la relation amoureuse et l’alliance coparentale, et renforçait ainsi deux domaines relationnels clés du fonctionnement du couple à long terme. À l’inverse, nous prévoyions qu’un plus grand nombre de séances irait de pair avec des trajectoires moins favorables, étant donné le format bref du modèle. Enfin, une plus longue durée de relation devait prédire des résultats plus favorables, tandis que des caractéristiques familiales comme le fait d’être une famille recomposée, d’avoir plus d’enfants ou des enfants plus jeunes devaient être associées à des trajectoires moins favorables.

Cette étude apporte des données précieuses sur les trajectoires après une thérapie de couple systémique pour parents, sur des critères individuels, conjugaux et familiaux. Contrairement à de nombreux essais qui portent sur des modèles américains comme l’IBCT et l’EFCT, elle examine un modèle de traitement systémique dans un contexte européen et suisse, dans des conditions cliniquement représentatives. Bien que la thérapie systémique soit largement pratiquée dans de nombreux pays européens et adossée à de longues traditions cliniques, les données issues de la recherche en conditions réelles restent rares, et particulièrement limitées pour les trajectoires que suivent les couples après la thérapie.

Méthode

Nous résumons ci-dessous la méthodologie de l’étude, décrite en détail dans Darwiche et al. (2023).

Participants et procédure

Les couples ont été recrutés dans des centres de consultation de Suisse romande. Au recrutement, on leur a expliqué que l’étude portait sur les effets d’une thérapie de couple pour parents, qui aborde la relation amoureuse et la relation coparentale en se concentrant sur les difficultés qui les amènent. On les informait qu’ils seraient répartis au hasard soit dans l’IBSI, plus centrée sur les deux relations, soit dans la TSB habituelle. Pour être inclus, les couples devaient être parents d’au moins un enfant de 0 à 16 ans et engagés dans une relation de couple, mariés ou non. Étaient exclues les situations de violence, de maltraitance ou d’abus empêchant un traitement psychothérapeutique, ainsi que les troubles psychiatriques graves en cours chez un membre du couple ou les deux. Sur les 447 couples sollicités, 308 ont refusé (69 %), et 38 autres, qui avaient d’abord accepté, n’ont finalement pas été inclus pour des raisons sans lien avec un refus (cas pilotes, couples n’ayant pas commencé la thérapie, par exemple).

Les couples éligibles ont été répartis au hasard, par randomisation en blocs, entre l’IBSI (n = 51) et la TSB habituelle (n = 50). Les couples étaient dédommagés à chaque évaluation (100 $ en fin de thérapie, 100 $ au premier suivi, 200 $ au second). L’étude a mobilisé 33 psychothérapeutes systémiques, dont 19 avaient reçu une formation à l’IBSI par des ateliers, des thérapies supervisées et la pratique clinique, avec une supervision mensuelle pendant l’étude. Les thérapeutes des deux conditions avaient des niveaux d’expérience et des taux d’achèvement de formation systémique comparables, sans différence significative entre les groupes. L’étude a été approuvée par la commission d’éthique de l’université de Lausanne (Suisse).

Les analyses ont porté sur les couples ayant rempli les évaluations de fin de traitement (N = 85 ; IBSI = 44, TSB habituelle = 41), dont les caractéristiques figurent au tableau 1. La participation a légèrement baissé au suivi, avec 76 couples à 6 mois (IBSI = 41, TSB habituelle = 35) et 72 à 1 an (IBSI = 38, TSB habituelle = 34). Aucune différence démographique significative n’a été trouvée entre les deux groupes, sinon que les hommes du groupe IBSI étaient plus âgés que ceux du groupe TSB habituelle, t(94) = −2,73, p = 0,008.

Tableau 1 — Caractéristiques démographiques des personnes participantes

  • Âge, M (ET). Femmes : 37,8 (7,37) ; hommes : 39,83 (8,08).
  • Nationalité, n (%). Suisse : femmes 63 (75), hommes 65 (77,4) ; européenne : 16 (19) et 16 (19,1) ; autre : 5 (6) et 3 (3,6).
  • Niveau d’études le plus élevé, n (%). École primaire : femmes 7 (8,3), hommes 9 (10,7) ; école professionnelle : 14 (16,7) et 25 (29,8) ; lycée : 8 (9,5) et 8 (9,5) ; université : 42 (50) et 31 (36,9) ; autre : 13 (15,5) et 11 (13,1).
  • Situation conjugale du couple, n (%). Mariés ou en union de fait : 61 (72,6) ; en cohabitation : 11 (13,1) ; séparés ou divorcés : 12 (14,3).
  • Familles recomposées, n (%). 13 (15,5).
  • Durée de la relation (années), M (ET). 12 (7,22).
  • Durée des difficultés, M (ET). Femmes : 3,65 (3,61) ; hommes : 2,98 (2,64).
  • Domaine principal des difficultés, n (%). Conjugal : femmes 61 (72,6), hommes 59 (70,2) ; coparental : 14 (16,7) et 20 (23,8) ; conjugal et coparental : 8 (9,5) et 3 (3,6) ; sans réponse : 1 (1,2) et 2 (2,4).
  • Nombre d’enfants au foyer, M (ET). 1,98 (1,66).
  • Âge du plus jeune enfant, M (ET). 5,66 (4,63).

Données sociodémographiques manquantes pour un couple. M : moyenne ; ET : écart type.

La comparaison des scores de fin de thérapie a montré que les femmes et les hommes sortis de l’étude avant le suivi à un an rapportaient une satisfaction amoureuse nettement plus faible juste après la thérapie, t(18,14) = 2,91, p = 0,009. En outre, les femmes sorties de l’étude rapportaient un soutien coparental perçu plus faible, t(18,32) = 2,46, p = 0,024.

À chaque évaluation post-traitement, les couples remplissaient des mesures de détresse individuelle (symptomatologie individuelle et dépression), de qualité de la relation amoureuse, de qualité de la relation coparentale (soutien et conflit) et d’adaptation de l’enfant. Étant donné la proportion de données manquantes (33 %, calculée sur l’ensemble des variables et des trois temps de mesure), nous avons d’abord vérifié, par le test de Little, qu’elles manquaient de façon complètement aléatoire, χ2(229) = 249, p = 0,176. Nous avons donc conservé toutes les données disponibles (N = 85) sans exclure de couple ni de personne, sauf pour les analyses des trajectoires distinctes entre couples (voir la section « Analyse des données »), menées sur un sous-échantillon de 72 couples.

L’Intervention systémique brève intégrative (IBSI)

L’IBSI est une intervention de couple systémique brève et manualisée, conçue pour les parents qui demandent une thérapie de couple (voir Darwiche et al. 2022 pour plus de détails). Elle traite le problème qui amène le couple en tenant compte de son effet propre sur les domaines amoureux et coparental. L’intervention compte environ six séances sur six mois (M = 5,83, ET = 0,59), réparties en trois phases. La première séance installe un espace thérapeutique et fixe des objectifs partagés. Les séances 2 à 5 visent à atteindre ces objectifs à l’aide des apports de la recherche sur la coparentalité et de techniques de thérapie systémique. La dernière séance fait le point sur les progrès et aborde la prévention de la rechute.

La thérapie systémique brève habituelle (TSB habituelle)

La TSB habituelle est une intervention systémique non manualisée, largement pratiquée comme thérapie de couple en Suisse romande. Comme l’IBSI, elle compte environ six séances sur six mois (M = 5,98, ET = 0,84). Elle vise à améliorer la relation amoureuse par des techniques qui favorisent les comportements positifs, améliorent la communication et développent les capacités de résolution de problèmes. Elle intègre des concepts et des techniques de diverses écoles de thérapie systémique (par exemple de Shazer 1985 ; Haley 1973 ; Minuchin 1974).

Mesures

Symptomatologie individuelle

La symptomatologie individuelle a été évaluée par l’Outcome Questionnaire (OQ-10.2 ; Lambert et al. 2000), échelle de 10 items (scores de 0 à 40 ; un score élevé indique une symptomatologie plus forte). Selon les temps de mesure, la fidélité allait de α = 0,84 à 0,92 (femmes) et de α = 0,76 à 0,88 (hommes).

Dépression

La dépression a été mesurée par le Patient Health Questionnaire (PHQ-9 ; Spitzer et al. 1999), échelle de 9 items (scores de 0 à 27 ; un score élevé indique une dépression plus sévère). Selon les temps de mesure, la fidélité était de α = 0,84 à 0,85 (femmes) et de α = 0,82 à 0,90 (hommes).

Qualité de la relation amoureuse

La qualité de la relation amoureuse a été évaluée par l’Échelle d’ajustement dyadique (DAS ; Spanier 1976), de 32 items (scores de 0 à 151 ; un score élevé reflète une meilleure qualité relationnelle). Selon les temps de mesure, la fidélité allait de α = 0,92 à 0,94 (femmes) et de α = 0,89 à 0,95 (hommes).

Qualité de la relation coparentale

La qualité de la relation coparentale a été évaluée selon deux dimensions. Le soutien coparental a été mesuré par le Parenting Alliance Measure (PAM ; Konold et Abidin 2001), échelle de 20 items (scores de 20 à 100 ; un score élevé indique un soutien plus fort). Selon les temps de mesure, la fidélité allait de α = 0,94 à 0,96 (femmes) et de α = 0,95 à 0,96 (hommes). Le conflit coparental a été mesuré par le Coparenting Inventory for Parents and Adolescents (CI-PA ; Teubert et Pinquart 2011 ; Zimmermann et al. 2020), échelle de 16 items (scores de 0 à 5 ; un score élevé indique davantage de conflit et de triangulation). Selon les temps de mesure, la fidélité allait de α = 0,85 à 0,90 (femmes) et de α = 0,87 à 0,89 (hommes).

Adaptation de l’enfant

L’adaptation de l’enfant a été mesurée par les réponses des parents au Questionnaire des forces et difficultés (SDQ ; Goodman 1997), de 20 items (scores de 0 à 40 ; un score élevé reflète plus de difficultés), chaque parent le remplissant séparément. Selon les temps de mesure, la fidélité allait de α = 0,76 à 0,87 (femmes) et de α = 0,76 à 0,83 (hommes).

Analyse des données

Pour déterminer si la symptomatologie individuelle et la dépression, la qualité de la relation amoureuse, la qualité de la relation coparentale et l’adaptation de l’enfant pouvaient être considérées comme stables de la fin de thérapie au premier puis au second suivi, nous avons utilisé des modèles à effets mixtes, les personnes étant nichées dans les dyades (Raudenbush et Bryk 2010). L’analyse a suivi trois étapes. D’abord, un modèle à constante seule, qui suppose que le niveau de la variable reste constant de la fin de thérapie au second suivi, pour les femmes et les hommes des deux groupes. Ensuite, un modèle plus complexe, qui laisse la variable suivre une trajectoire linéaire dans le temps, avec des pentes différentes pour les femmes et les hommes de chaque groupe. Enfin, la comparaison du modèle à constante seule (simplifié) et du modèle à trajectoire linéaire (complexe) par un test du rapport de vraisemblance. L’hypothèse nulle indiquait la stabilité, l’hypothèse alternative un changement linéaire significatif pour au moins une partie des personnes participantes. Ces analyses, menées séparément pour chacune des six variables de résultat, ont été réalisées sous R (R Core Team 2024) avec le package nlme (Pinheiro et al. 2022).

Nous avons ensuite constitué des groupes de couples (les deux conditions réunies) à partir des scores des hommes et des femmes sur les six variables de résultat mesurées en fin de thérapie et aux deux suivis (18 variables pour chaque genre). Pour cette série d’analyses, étant donné la proportion de données manquantes de façon complètement aléatoire, nous avons écarté les couples pour lesquels plus de la moitié des données manquaient sur l’ensemble des variables et des temps (n = 13), soit un sous-échantillon de 72 couples. Les données manquantes restantes ont été traitées par imputation simple avec le package mice (van Buuren et Groothuis-Oudshoorn 2011) sous R.

Une analyse factorielle multiple (AFM ; Abdi et al. 2013 ; Husson et al. 2017) a d’abord servi à réduire la dimensionnalité des données. L’AFM, analyse en composantes principales pondérée, convient lorsque des personnes ou des dyades sont décrites par plusieurs groupes de variables, car elle équilibre l’influence de chaque groupe dans l’analyse (Husson et al. 2010). Elle n’est pas le choix habituel pour modéliser l’évolution temporelle de personnes ou de groupes ; elle a été retenue parce qu’elle permet de représenter simultanément des observations répétées dans le temps et de dégager des tendances d’ensemble, sans devoir modéliser explicitement les trajectoires individuelles. Cette approche traduit des données continues d’intervalle en profils susceptibles d’éclairer la compréhension thérapeutique et la recherche future. Pour en tester la robustesse, nous avons aussi mené des analyses de croissance en classes latentes, comparées à l’AFM : les résultats (voir le tableau S1) montrent un large recouvrement entre les classes latentes et la solution en groupes, ce qui conforte la validité des trajectoires identifiées (voir aussi Dazy et al. 1996 ; Millsap et Meredith 1988).

À partir des résultats de l’AFM, nous avons réduit l’espace à trois dimensions, ensuite soumises à une classification hiérarchique sur composantes principales (HCPC ; Husson et al. 2010) pour former des groupes. Le critère de Krzanowski-Lai (KL ; Krzanowski et Lai 1988) a servi à fixer le nombre optimal de groupes, en repérant le point où en ajouter n’améliore plus sensiblement la qualité de la classification. Ce critère évalue à la fois la cohésion interne des groupes et leur séparation. Nous avons retenu cinq groupes pour la HCPC selon ce critère. Ces groupes ont été analysés pour explorer les différences sur les variables de résultat qui avaient servi à les construire, avec les packages FactoMineR (Lê et al. 2008) et NbClust (Charrad et al. 2014) sous R.

Enfin, nous avons testé si plusieurs variables sociodémographiques prédisaient l’appartenance aux groupes, par une régression logistique multinomiale avec plusieurs prédicteurs : la condition de thérapie, le nombre de séances, la durée de la relation du couple, le type de famille (recomposée ou non), le nombre d’enfants vivant avec le couple et l’âge du plus jeune enfant (enfant concerné). Les analyses ont été menées avec le package nnet (Venables et Ripley 2002) sous R.

Résultats

Nous avons étudié les trajectoires après la thérapie en trois temps. D’abord, nous avons examiné si les améliorations obtenues pendant la thérapie se maintenaient sur la période de suivi. Ensuite, nous avons cherché si les couples différaient dans leur trajectoire au cours de l’année. Enfin, nous avons exploré si des variables liées au traitement et des caractéristiques familiales prédisaient l’appartenance à tel ou tel groupe de trajectoires, et lesquelles.

La stabilité des acquis jusqu’au suivi à un an

Les modèles à effets mixtes montrent que le modèle à constante seule (stabilité, avec seulement les constantes de chaque groupe, séparément pour les hommes et les femmes) n’était pas significativement moins bon que le modèle complet (incluant aussi une interaction entre groupe et temps) pour cinq des six variables de résultat (voir le tableau S2 pour les effectifs, moyennes et écarts types, le tableau 2 pour la comparaison des modèles et les tableaux S3 à S7 pour les résultats complets). Nous avons donc retenu le modèle le plus simple pour ces cinq critères, ce qui indique que les acquis de la thérapie sont restés stables dans le temps pour la symptomatologie individuelle, la dépression, la qualité de la relation amoureuse, le soutien coparental et le conflit coparental. Le seul critère qui a évolué dans le temps est l’adaptation de l’enfant rapportée par les parents (voir le tableau 3). Plus précisément, les hommes du groupe TSB et les femmes du groupe IBSI percevaient que leur enfant allait de mieux en mieux, ce qui suggère que les difficultés des enfants ont continué de diminuer jusqu’à un an après la thérapie. À la demande des relectures, nous avons mené des analyses complémentaires sur les différences de moyennes entre la fin de thérapie, d’une part, et les deux suivis, d’autre part. Elles montrent une meilleure perception de l’adaptation de l’enfant chez les deux parents et une baisse du conflit coparental chez les hommes, des modèles linéaires mixtes confirmant ces tendances aux suivis à 6 mois et à 1 an (voir les tableaux S8 et S9).

Tableau 2 — Test du rapport de vraisemblance comparant le modèle de stabilité et le modèle de changement

Pour chaque mesure : modèle nul puis modèle avec le temps (AIC, BIC, log-vraisemblance), rapport de vraisemblance et p.

  • OQ. Nul : AIC 2 864,10, BIC 2 913,86, LL −1 420,05 ; avec le temps : 2 868,20, 2 934,54, −1 418,10 ; RV = 3,90, p = 0,419.
  • PHQ. Nul : 2 618,33, 2 668,08, −1 297,16 ; avec le temps : 2 621,92, 2 688,26, −1 294,96 ; RV = 4,41, p = 0,353.
  • DAS. Nul : 3 656,40, 3 705,50, −1 816,20 ; avec le temps : 3 661,56, 3 727,02, −1 814,78 ; RV = 2,85, p = 0,584.
  • PAM. Nul : 3 421,84, 3 471,57, −1 698,92 ; avec le temps : 3 421,11, 3 487,41, 1 694,55 ; RV = 8,74, p = 0,068.
  • CI-PA. Nul : 615,54, 665,24, −295,77 ; avec le temps : 617,60, 683,87, −292,80 ; RV = 5,94, p = 0,204.
  • SDQ. Nul : 2 482,83, 2 530,75, −1 229,41 ; avec le temps : 2 476,45, 2 540,36, 1 222,23 ; RV = 14,37, p = 0,006.

En gras : valeur significative. OQ : Outcome Questionnaire ; PHQ : Patient Health Questionnaire ; DAS : Échelle d’ajustement dyadique ; PAM : Parenting Alliance Measure ; CI-PA : Coparenting Inventory for Parents and Adolescents ; SDQ : Questionnaire des forces et difficultés. Les signes des log-vraisemblances sont reproduits tels quels.

Tableau 3 — Modèle de changement pour l’adaptation de l’enfant rapportée par les parents (SDQ)

Estimation, intervalle de confiance et p. G0 : TSB habituelle ; G1 : IBSI ; H : hommes ; F : femmes.

  • Niveaux. G0 × H : 11,37 [9,51 ; 13,23], p < 0,001 ; G0 × F : 11,32 [9,29 ; 13,35], p < 0,001 ; G1 × H : 9,74 [7,99 ; 11,50], p < 0,001 ; G1 × F : 10,34 [8,47 ; 12,22], p < 0,001.
  • Pentes dans le temps. G0 × H : −1,04 [−2,00 ; −0,08], p = 0,036 ; G0 × F : −0,93 [−1,90 ; 0,04], p = 0,064 ; G1 × H : −0,54 [−1,43 ; 0,35], p = 0,239 ; G1 × F : −1,24 [−2,12 ; −0,37], p = 0,006.
  • Effets aléatoires. σ2 = 14,62 ; τ00 couple = 26,39 ; τ11 couple.H = 29,91 ; τ11 couple.F = 20,33 ; ρ01 = −0,64 et −0,43 ; CCI = 0,64.
  • Effectifs et ajustement. 82 couples, 401 observations ; R2 marginal / conditionnel = 0,023 / 0,652.

En gras : valeur significative.

Des trajectoires différentes après la thérapie

La HCPC a fait apparaître cinq groupes distincts de couples, selon leurs niveaux moyens sur les variables de résultat aux trois évaluations post-traitement (fin de thérapie, premier et second suivi ; voir le tableau 4). Les deux premiers groupes présentaient des résultats stables après la thérapie, hommes et femmes rapportant des scores semblables, stables et relativement élevés dans le temps. Le groupe 2 (n = 27) avait des scores un peu plus bas que le groupe 1 (n = 18) sur toute la trajectoire. Dans le groupe 3 (n = 7), les hommes avaient des scores de symptomatologie individuelle et de dépression plus élevés que leurs partenaires, alors que dans le groupe 4 (n = 10), c’étaient les femmes. Les femmes du groupe 4 suivaient aussi une trajectoire de moindre qualité de la relation amoureuse et coparentale que leurs partenaires. Enfin, hommes et femmes du groupe 5 (n = 10) présentaient une trajectoire constante de faible qualité de la relation amoureuse et coparentale, mais pas sur la symptomatologie individuelle ni sur l’adaptation de l’enfant. Les trajectoires des couples après la thérapie se regroupent donc en ensembles distincts : les groupes 3 et 4 se définissent par une détresse individuelle plus forte chez un membre du couple (symptomatologie individuelle et dépression), le groupe 5 par une faible qualité relationnelle chez les deux.

Tableau 4 — Les cinq trajectoires après la thérapie

  • Groupe 1 (N = 18). Couples stables au fonctionnement élevé : résultats positifs maintenus après la thérapie.
  • Groupe 2 (N = 27). Couples stables au fonctionnement moyen : résultats stables à un niveau un peu plus bas.
  • Groupe 3 (N = 7). Détresse individuelle élevée chez les hommes : asymétrie entre partenaires, vulnérabilité propre aux hommes après la thérapie.
  • Groupe 4 (N = 10). Détresse individuelle élevée chez les femmes : asymétrie entre partenaires, vulnérabilité propre aux femmes après la thérapie.
  • Groupe 5 (N = 10). Faible qualité relationnelle chez les deux partenaires : difficultés relationnelles chroniques sans détresse individuelle marquée.

Pour illustrer ces résultats, les figures S1 à S6 montrent les trajectoires des cinq groupes sur chaque variable de résultat. Pour situer ces trajectoires par rapport aux scores d’avant la thérapie, elles figurent en pointillés l’évolution des scores d’avant à après la thérapie ; ces scores initiaux n’ont toutefois pas servi à former les cinq groupes.

Les facteurs associés à l’appartenance aux groupes

La régression logistique multinomiale a permis de prédire les chances d’appartenir aux groupes 2 et 4 plutôt qu’au groupe 1. Les couples de la condition IBSI avaient plus de chances d’appartenir au groupe 1 (trajectoire stable, qualité élevée des relations amoureuse et coparentale, faible symptomatologie individuelle et faible dépression) qu’au groupe 2, lui aussi stable mais avec des scores relativement plus bas, RC = 0,12, IC à 95 % [0,02 ; 0,68], p = 0,017. Les couples ayant des enfants plus jeunes avaient plus de chances de se trouver dans le groupe 2 que dans le groupe 1, RC = 0,70, IC à 95 % [0,52 ; 0,95], p = 0,020. Les couples en relation depuis plus longtemps avaient plus de chances d’appartenir au groupe 4 (femmes rapportant plus de symptomatologie individuelle et de dépression que leurs partenaires, et une moindre qualité des relations amoureuse et coparentale) qu’au groupe 1, RC = 1,54, IC à 95 % [1,07 ; 2,22], p = 0,019. Certaines prédictions étaient à la limite de la significativité : les couples ayant plus d’enfants au foyer tendaient à appartenir plus souvent au groupe 4 qu’au groupe 1, RC = 3,17, IC à 95 % [1,00 ; 10,10], p = 0,051. Aucun autre prédicteur n’était significatif (nombre de séances, famille recomposée ou non), et aucune prédiction significative n’est apparue pour l’appartenance au groupe 3 (détresse individuelle plus forte chez les hommes) ou au groupe 5 (faible satisfaction amoureuse et faible qualité coparentale, mais détresse individuelle et adaptation de l’enfant relativement préservées) par rapport au groupe 1.

Discussion

Cette étude visait à examiner, sur l’année suivant la fin du traitement, les trajectoires de couples ayant suivi l’IBSI ou la TSB habituelle. Ces trajectoires ont été tirées de critères portant sur diverses dimensions de la dynamique conjugale et familiale, au-delà de l’accent habituel sur la satisfaction amoureuse et la détresse individuelle, en incluant la qualité coparentale perçue par les parents (soutien et conflit) et l’adaptation de l’enfant.

D’abord, les résultats confirment que les améliorations de la détresse individuelle, de la qualité de la relation amoureuse et du soutien et du conflit coparentaux observées six mois après la thérapie (Darwiche et al. 2023) se maintenaient au suivi à un an dans les deux groupes. La perception qu’avaient les parents de l’adaptation de leur enfant s’est même améliorée pendant cette période, surtout chez les hommes du groupe TSB habituelle et les femmes du groupe IBSI, ce qui suggère un effet positif différé de la thérapie sur les enfants, par le mieux-être des parents. Ces résultats n’étant pas significatifs pour tous les parents, d’autres recherches sont toutefois nécessaires pour mieux comprendre le lien entre thérapie de couple et évolution de l’enfant.

Maintenir les acquis à long terme reste un défi majeur en thérapie de couple. Si la thérapie améliore de façon fiable la satisfaction relationnelle, seuls 40 % environ des couples atteignent des niveaux comparables à ceux de la population non clinique (Lebow et al. 2012), et les résultats varient : certains couples continuent de s’améliorer, d’autres restent en détresse, se dégradent ou se séparent. De nouvelles vulnérabilités et de nouveaux stress, comme la perte de proches ou le passage d’une vie centrée sur la famille à une vie centrée sur le couple quand les enfants ont grandi, peuvent entraver la mise en œuvre des stratégies d’adaptation acquises. Cette étude enrichit la littérature sur les traitements systémiques en indiquant que ces interventions peuvent aider les couples parentaux à anticiper les difficultés futures et à y faire face. Obtenir un changement durable des relations à long terme (cinq ans ou plus) par la seule thérapie de couple peut être difficile ; un résultat clé est alors que le couple devienne capable de demander un soutien professionnel dans les périodes de vulnérabilité.

Dans l’ensemble, les résultats suggèrent que les acquis thérapeutiques se maintenaient à un an dans les deux groupes. Mais de tels résultats globaux peuvent masquer une hétérogénéité importante, d’où l’examen des trajectoires des couples et la recherche de schémas de changement distincts sur l’année suivant le traitement. Cinq groupes sont apparus à partir des critères individuels et relationnels, soit cinq trajectoires distinctes, caractérisées par des niveaux variables de symptomatologie individuelle (symptômes individuels et dépression) et de qualité relationnelle (relations amoureuse et coparentale). Les groupes 1 et 2 présentaient des trajectoires stables, avec une qualité relationnelle élevée et une faible symptomatologie, le groupe 2 obtenant des scores un peu plus bas. À l’inverse, les groupes 3 et 4 faisaient apparaître des schémas de détresse individuelle propres à un genre : les hommes du groupe 3 rapportaient une détresse individuelle plus forte, les femmes du groupe 4 à la fois une détresse individuelle plus forte et une moindre qualité des relations amoureuse et coparentale. Le groupe 5 se caractérisait par une faible qualité des relations amoureuse et coparentale, la détresse individuelle et l’adaptation de l’enfant étant moins touchées. Ces observations désignent la détresse individuelle (groupes 3 et 4) et la qualité relationnelle (groupe 5) comme des dimensions sous-jacentes qui structurent la diversité des trajectoires après la thérapie.

Les groupes 1 et 2, majoritaires (45 couples sur 72), maintenaient après la thérapie une qualité relationnelle élevée et stable et une faible symptomatologie individuelle, ce qui atteste l’efficacité d’ensemble de l’intervention. Les groupes 3 et 4 montraient au contraire des déséquilibres liés au genre, un membre du couple rapportant une moindre satisfaction dans plusieurs domaines de la vie conjugale et familiale. Selon l’hypothèse du maillon faible (Park et al. 2023), le membre du couple le plus vulnérable peut miner la qualité globale de la relation et accroître le risque de détérioration à long terme. À l’inverse, l’hypothèse du maillon fort (Schoebi et al. 2012) suggère que le membre du couple en meilleure santé peut protéger la relation en assumant une plus grande part de sa stabilité, mais ce rôle protecteur peut aussi avoir un coût émotionnel avec le temps. Lorsque la vulnérabilité d’un membre du couple relève d’une psychopathologie individuelle, les interventions de couple pour la psychopathologie (Baucom et al. 2014) peuvent offrir une voie prometteuse pour faire de la relation une ressource thérapeutique, sans alourdir la charge du membre du couple en meilleure santé. Les couples du groupe 5 (10 sur 72) ont vu baisser la qualité de leurs relations amoureuse et coparentale, la dégradation de la relation amoureuse pouvant signaler une vulnérabilité accrue à la séparation ou au divorce. La baisse de la qualité coparentale est particulièrement préoccupante, car une relation coparentale solide est essentielle pour prendre ensemble des décisions dans l’intérêt des enfants, y compris après une séparation (Ahrons 2007). La recherche montre qu’une coparentalité de qualité facilite la garde partagée, associée à une meilleure évolution des enfants que la garde exclusive (Vowels et al. 2023). Une thérapie de couple qui inclut un travail sur la coparentalité peut aider les couples à traverser une séparation en préservant leur lien parental, au bénéfice des enfants (Darwiche et al. 2022).

Enfin, du côté des variables liées au traitement, les couples de la condition IBSI se trouvaient plus souvent dans le groupe le plus favorable (groupe 1 : satisfaction et bien-être élevés et stables) que dans le groupe 2, stable lui aussi mais avec une satisfaction et un bien-être moindres. Cela suggère que les interventions qui ciblent explicitement les dimensions amoureuse et coparentale offrent une base plus solide pour maintenir les acquis thérapeutiques. En même temps, les améliorations se maintenaient jusqu’à un an dans les deux conditions, sans différence globale significative entre elles, ce qui nuance cette interprétation.

Le contexte familial semblait aussi associé aux trajectoires. Les couples ayant de jeunes enfants se trouvaient plus souvent dans le groupe 2 que dans le groupe 1, ce qui suggère que la période de la petite enfance peut apporter des difficultés qui atténuent les bénéfices de la thérapie. De même, l’association limite avec un plus grand nombre d’enfants au foyer (plus souvent liée au groupe 4, où les femmes rapportaient davantage de difficultés) fait écho aux données sur la tension que la charge familiale fait peser sur les partenaires, en particulier les mères (Ren et al. 2024), et suggère que ces charges peuvent freiner la consolidation des acquis.

Une plus longue durée de relation était aussi liée au groupe 4, caractérisé par une symptomatologie plus élevée chez les femmes et une moindre satisfaction amoureuse et coparentale. Cela peut indiquer que les femmes, qui sont souvent à l’initiative de la thérapie, restent prises dans des schémas relationnels enracinés, plus difficiles à déplacer dans les relations anciennes, ou que les charges genrées des relations de longue durée sont difficiles à aborder dans le cadre d’une thérapie de couple brève (Sutherland et al. 2017).

Pris ensemble, ces résultats suggèrent qu’au-delà de la condition de traitement, l’étape du cycle de vie familiale et les caractéristiques de la relation comptent pour comprendre comment les couples maintiennent leurs acquis ou peinent à le faire. L’absence d’associations significatives pour certaines trajectoires (groupes 3 et 5) indique en outre que d’autres processus interpersonnels ou contextuels, non évalués ici, pourraient être décisifs pour expliquer pourquoi certains couples restent vulnérables après la thérapie.

Implications cliniques

Ces résultats montrent l’intérêt d’examiner les trajectoires après la thérapie plutôt que de s’en tenir aux effets moyens du traitement. Le repérage de parcours distincts, des améliorations stables aux vulnérabilités persistantes ou aux déséquilibres liés au genre, montre que les résultats de la thérapie ne sont pas uniformes. Reconnaître cette hétérogénéité est essentiel pour ajuster le soutien aux besoins des couples, par exemple par des séances de rappel, un suivi à la demande ou des interventions ciblées lorsqu’un membre du couple reste particulièrement vulnérable (mères confrontées à une lourde charge mentale parentale, par exemple). Au-delà de la modalité de traitement, des caractéristiques familiales comme le fait d’élever de jeunes enfants ou d’assumer de plus lourdes responsabilités familiales peuvent aussi demander des ressources supplémentaires pour consolider les acquis. Considérer la période qui suit la thérapie comme une phase critique à part entière peut aider les équipes cliniques à anticiper les transitions de vie et les stress susceptibles de miner les progrès, et à apporter un soutien au bon moment pour préserver durablement la stabilité relationnelle et le bien-être familial.

Limites et pistes de recherche

Si cette étude apporte des éclairages utiles, ses résultats doivent être interprétés avec prudence, compte tenu de la petite taille de l’échantillon et du taux d’acceptation modeste (un tiers des couples éligibles). Les recherches futures devraient reproduire ces résultats sur des populations plus larges et plus diverses pour confirmer et comparer les tendances entre groupes, tout en rendant le dispositif plus faisable pour améliorer le recrutement. En outre, plusieurs trajectoires paraissant non linéaires, elles devraient envisager d’autres modélisations (quadratiques ou par splines, par exemple) pour mieux saisir d’éventuels schémas curvilinéaires. Enfin, des évaluations de suivi plus fréquentes permettraient de préciser les schémas de changement à long terme, et de déterminer si les changements observés après un an traduisent une tendance négative durable ou une trajectoire faite de fluctuations, au gré des événements de vie et des périodes de vulnérabilité.

Conclusion

Cette étude enrichit la littérature systémique sur la thérapie de couple pour parents en montrant qu’elle peut favoriser des améliorations durables dans les domaines familiaux, dont la satisfaction coparentale et l’adaptation de l’enfant. En identifiant cinq trajectoires distinctes, elle souligne que les résultats thérapeutiques ne sont pas uniformes : certains couples maintiennent des changements positifs, d’autres font face à des vulnérabilités persistantes ou à des difficultés liées au genre. Les recherches futures devraient préciser les conditions dans lesquelles les acquis se maintiennent, en tenant compte de facteurs relationnels et contextuels comme les rapports de pouvoir, la charge mentale parentale ou les difficultés socio-économiques. Élargir la base de données à des configurations familiales diverses, comme les couples mixtes, les parents de même genre (Kousteni et Anagnostopoulos 2020) et les familles de milieux socio-économiques variés, sera décisif pour que la thérapie de couple systémique reste une intervention souple et inclusive, à l’écoute des réalités de la vie de couple et de famille d’aujourd’hui.

Complexe Systémique : à retenir

L’intérêt de l’étude est de regarder ce qui se passe après la dernière séance, là où la plupart des essais s’arrêtent. Le résultat moyen rassure : un an plus tard, les acquis d’une thérapie de couple brève, en six séances, tiennent, et les parents voient même leurs enfants aller mieux, comme si le mieux-être du couple se diffusait avec retard dans la famille. Mais la moyenne cache cinq parcours. Deux groupes restent stables ; dans deux autres, un seul membre du couple porte la détresse ; dans le dernier, c’est la relation elle-même, amoureuse et coparentale, qui s’use. Le modèle qui travaille explicitement la coparentalité conduit plus souvent au groupe le plus favorable, et l’étape du cycle de vie compte : jeunes enfants, familles nombreuses, relations anciennes. Pour la clinique systémique, la leçon est de penser l’après-thérapie comme une phase à part entière, avec des séances de rappel ou un suivi à la demande. Les limites sont celles d’un petit échantillon, suisse romand, dont un tiers seulement des couples sollicités a accepté. À lire avec l’article sur ce qu’il faut savoir de la thérapie de couple, et avec l’article sur le soutien à la coparentalité.

Notes de l’original

Financement. Ce travail a été soutenu par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, subside FNS 159437.

Liens d’intérêts. Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêts.

Remerciements. Recours à l’IA : ChatGPT-5 (OpenAI) a servi à la relecture linguistique, pour la fluidité et la vérification de l’anglais. Publication en libre accès permise par l’Université de Lausanne, dans le cadre de l’accord entre Wiley et l’Université de Lausanne, via le Consortium des bibliothèques universitaires suisses.

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Traduction non officielle en français de Trajectoires après une thérapie de couple systémique brève pour parents, par Joëlle Darwiche, Cindy Eira Nunes, Laura Vowels, Esther Liekmeier et Jean-Philippe Antonietti, Family Process, vol. 65 (2026), doi : 10.1111/famp.70114, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Post-Therapy Trajectories Following Brief Systemic Couple Therapy for Parents », publié dans Family Process (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Darwiche, J., Eira Nunes, C., Vowels, L., Liekmeier, E., et Antonietti, J.-P. (2026). Trajectoires après une thérapie de couple systémique brève pour parents (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/trajectoires-apres-une-therapie-de-couple-systemique-breve-pour-parents (Œuvre originale publiée en 2026 dans Family Process, 65(1), e70114 (2026) ; republiée en 2026 par Family Process, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/famp.70114)

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