Frontiers in Psychology · Thérapie familiale
Après cinq à six mois de thérapie familiale à Shanghai, douze familles dont l’enfant, en dernières années de lycée, traversait une dépression majeure disent ce qui les a aidées. Leur réponse dessine un portrait de thérapeute : de la chaleur, de la compétence, mais pas d’autoritarisme. Et une thérapie qui desserre les liens trop étroits de familles à enfant unique, fait circuler les émotions et prend au sérieux la pression scolaire.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Ce que les familles chinoises trouvent aidant en thérapie familiale face à la dépression à l’adolescence : une étude qualitative, par Liang Liu, Jiajia Wu, Jing Wang, Yan Wang, Yuezhou Tong, Congcong Ge et Yanbo Wang, publié dans Frontiers in Psychology (Frontiers Media) (2020), doi : 10.3389/fpsyg.2020.01318, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est présenté sous forme de liste. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Questionner vaut mieux que le meilleur des conseils.
Liang Liu, Jiajia Wu, Jing Wang, Yan Wang, Yuezhou Tong, Congcong Ge et Yanbo Wang
Résumé
Bien que la recherche confirme l’efficacité de la thérapie familiale dans la dépression de l’adolescent, peu de travaux ont cherché à préciser les variables thérapeutiques que les familles chinoises confrontées à une dépression à l’adolescence jugent aidantes en thérapie familiale. Cette étude a exploré la manière dont des jeunes en dépression en Chine et leurs parents perçoivent les facteurs qui favorisent l’amélioration en thérapie familiale. Douze familles chinoises dont un enfant adolescent remplissait les critères du trouble dépressif majeur ont été recrutées. Au total, 134 séances de thérapie familiale ont été menées par quatre thérapeutes. Après la thérapie, des entretiens semi-directifs ont porté sur la perception qu’avaient les familles des aspects aidants et efficaces de la thérapie. Une analyse thématique a été appliquée aux échanges transcrits. Cinq grands thèmes se sont dégagés : les facteurs favorisant la formation de l’alliance thérapeutique, l’attitude systémique des thérapeutes, l’orientation de la thérapie systémique, les techniques de thérapie systémique efficaces et les stratégies pour faire face aux problèmes du moment. Une alliance thérapeutique digne de confiance, avec une personne thérapeute compétente et soutenante, a aidé les jeunes en dépression à aller mieux en facilitant l’expression de leurs émotions, en explorant les interactions familiales, les croyances et les circulations émotionnelles liées à leurs symptômes, en favorisant leur développement personnel et en activant leurs ressources. Les familles ont apprécié le respect dont faisaient preuve les thérapeutes et leur approche collaborative et non autoritaire. Les difficultés scolaires et les crises des jeunes ont fait l’objet d’une attention particulière. L’article discute les applications cliniques possibles de ces résultats dans la conception de stratégies de thérapie familiale pour les jeunes en dépression en Chine.
Mots-clés : dépression de l’adolescent, thérapie familiale, qualitatif, expérience subjective, facteurs thérapeutiques
L’adolescence (13–18 ans) est l’une des périodes les plus à risque de trouble dépressif, la prévalence totale du risque de dépression chez les enfants et les jeunes atteignant 23,9 % (Wang et al., 2016). Les complications de la dépression à l’adolescence sont graves et étroitement liées à des conséquences négatives à l’âge adulte, notamment des taux plus élevés de dépression majeure, de trouble anxieux, d’abus ou de dépendance à des substances illicites, et de violences subies de la part d’un partenaire intime (McLeod et al., 2016). Il est donc urgent de trouver des traitements cliniques efficaces et ciblés pour la dépression de l’adolescent.
Des données de plus en plus nombreuses montrent l’efficacité de la thérapie familiale dans la dépression de l’adolescent (Zhang et Dong, 2013 ; Li et al., 2016). La thérapie familiale est une approche de psychothérapie systémique qui s’attache à évaluer et à améliorer les processus interpersonnels dans la famille des personnes suivies, et à favoriser ainsi la rémission des symptômes (Hu, 2010 ; Sexton, 2019). Des études antérieures ont montré que, chez des jeunes en dépression issus de différentes cultures, la thérapie familiale peut favoriser une diminution des symptômes dépressifs, raccourcir le temps de rétablissement et améliorer le fonctionnement familial et l’insertion sociale de ces jeunes (Keitner et al., 2009 ; Zhang et Dong, 2013 ; Li et al., 2016).
Pourtant, peu de travaux ont cherché à préciser quelles méthodes, techniques ou quels facteurs thérapeutiques les familles chinoises confrontées à une dépression à l’adolescence jugent elles-mêmes aidants en thérapie familiale. Ce manque de connaissances risque de poser des problèmes : par exemple, les thérapeutes peuvent consacrer beaucoup d’énergie à élaborer des stratégies thérapeutiques qui pourraient finalement se révéler inefficaces. De telles pratiques pourraient faire perdre inutilement du temps aux équipes cliniques comme aux familles, et freiner l’application et la diffusion de la thérapie familiale dans la dépression de l’adolescent (Liu et al., 2013).
Des travaux ont porté sur les facteurs susceptibles d’influer sur l’expérience de la psychothérapie chez des adultes et des jeunes suivis dans d’autres approches psychothérapeutiques individuelles, comme la psychanalyse, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), la psychothérapie interpersonnelle, etc. De manière générale, les variables qui influent sur la réponse à la psychothérapie peuvent être regroupées dans les catégories suivantes : (1) la compétence des thérapeutes, (2) l’alliance thérapeutique et le cadre, (3) les caractéristiques des personnes avant le traitement et (4) les techniques et stratégies de psychothérapie.
Premièrement, dans la thérapie individuelle d’adultes et de jeunes présentant diverses plaintes cliniques, la littérature a mis en évidence une corrélation positive entre la satisfaction à l’égard de la thérapie et la compétence des thérapeutes en matière d’empathie, d’interprétation théorique, d’investigation psychanalytique, de communication claire, de respect, de chaleur, d’aptitudes interpersonnelles et d’authenticité (Despland et al., 2009 ; Anderson et Strupp, 2015 ; Anderson et al., 2016 ; Levitt et al., 2016 ; Schottke et al., 2017). Dans l’étude de Lovgren et al. (2019), les jeunes en dépression en thérapie individuelle psychodynamique accordaient une grande valeur à l’assurance et à l’expérience professionnelle des thérapeutes.
Deuxièmement, des recherches antérieures ont montré que le cadre de la psychothérapie, notamment la participation des parents, un délai d’admission plus court ainsi qu’une fréquence et une durée des séances modérées, était associé à de meilleurs résultats et à moins d’abandons dans la psychothérapie de la dépression de l’adolescent (Dardas et al., 2017 ; Lovgren et al., 2019). Des études antérieures ont en outre suggéré que des relations stables, collaboratives, soutenantes et dignes de confiance entre thérapeutes et personnes suivies, en thérapie familiale comme individuelle, contribuent non seulement à réduire le taux d’abandon, mais aussi à favoriser l’amélioration (Robbins et al., 2006 ; Levitt et al., 2016 ; Yoo et al., 2016 ; Lovgren et al., 2019). Feder et Diamond (2016) ont par exemple constaté que, dans la thérapie familiale fondée sur l’attachement auprès de jeunes suicidaires et en dépression, la force de l’alliance entre parents et thérapeute prédisait les comportements ultérieurs des parents favorables à l’attachement.
Troisièmement, les caractéristiques préalables au traitement associées à de moins bons résultats comprennent habituellement des symptômes dépressifs plus sévères, moins d’anxiété comorbide et le refus du traitement médicamenteux. Des corrélations empiriques entre ces caractéristiques préalables et la réponse à la psychothérapie ont été en partie établies pour la dépression de l’adulte et de l’adolescent (Lopes et al., 2015 ; Spinelli et al., 2016).
Quatrièmement, les liens rapportés entre techniques et stratégies thérapeutiques et résultats de la thérapie varient selon les approches thérapeutiques du trouble dépressif. En thérapie familiale, les techniques considérées comme efficaces comprennent les questions circulaires, les génogrammes, le recadrage, les métaphores, l’expression de la reconnaissance, les équipes réfléchissantes, les jeux vidéo, la reformulation et les retours (Sundet, 2011 ; de Leon, 2018 ; Earl, 2018 ; Larner, 2018 ; North et al., 2018). Dans la thérapie familiale fondée sur l’attachement pour les jeunes en dépression, des recherches antérieures ont rapporté qu’encourager l’expression des affects, se centrer sur les besoins d’attachement et d’identité non satisfaits des jeunes, recourir au recadrage relationnel et se centrer sur les émotions adaptatives primaires permettait aux thérapeutes de favoriser un traitement émotionnel productif chez les jeunes et d’améliorer la qualité de leur attachement avec leurs parents, ce qui contribuait à soulager leurs symptômes dépressifs (Diamond et al., 2002 ; Ewing et al., 2015 ; Tsvieli et al., 2019). Dans la thérapie psychodynamique de la dépression de l’adolescent, les jeunes ont jugé aidantes l’exploration de soi et la discussion des problèmes de leur vie quotidienne (Lovgren et al., 2019).
Cette revue des études antérieures fait apparaître l’absence de travaux explorant les variables thérapeutiques que les familles chinoises confrontées à une dépression à l’adolescence jugent aidantes en thérapie familiale. Par rapport à la culture occidentale, la culture chinoise accorde plus d’importance aux valeurs confucéennes de piété filiale et d’obéissance des enfants à l’autorité des parents (Liu et al., 2014). En outre, la politique chinoise de l’enfant unique peut conduire les parents à accorder davantage d’attention à leur enfant, et la relation parent-enfant pourrait être plus enchevêtrée. Cela laisse penser que les jeunes en Chine courent un risque plus élevé d’être triangulés dans les conflits conjugaux et les processus affectifs de leurs parents, et de subir davantage d’attentes et de contrôle de la part de leur famille (Mota et Matos, 2014 ; Wang et al., 2014 ; Hollenstein et al., 2015 ; Fan, 2016 ; Kloep et al., 2016). Les jeunes en Chine peuvent en outre subir une pression scolaire plus forte (Hou et Chen, 2016). Des recherches antérieures suggèrent un lien entre ces facteurs culturels et l’apparition et le maintien de la dépression chez les jeunes en Chine (Wang et al., 2013, 2014 ; Fan, 2016 ; Hou et Chen, 2016). Ces différences pourraient inciter les thérapeutes de famille en Chine à développer des interventions plus adaptées à la culture pour les jeunes en dépression, et rendre ainsi l’expérience subjective du processus thérapeutique différente de celle des familles occidentales. On ignore toutefois lesquelles des interventions adaptées employées par les thérapeutes en Chine sont jugées utiles par les familles des jeunes en dépression.
À ce jour, presque toutes les études consacrées à la thérapie familiale en Chine sont des essais cliniques portant uniquement sur l’évolution des symptômes et du climat familial après la thérapie, ou sur l’expérience personnelle et les commentaires des thérapeutes (Zhao et Xuan, 1999 ; Zhang et Dong, 2013 ; Li et al., 2016). Si Liu et al. (2013, 2014) ont mené une analyse qualitative du processus de la thérapie familiale chinoise auprès de jeunes et d’adultes présentant diverses plaintes cliniques, et résumé les stratégies et techniques thérapeutiques employées par les thérapeutes en Chine, cette équipe s’est intéressée uniquement à ce que faisaient les thérapeutes dans le déroulement habituel des thérapies, sans explorer l’avis des familles sur la thérapie. Ces études ne cherchaient pas non plus à distinguer les séances jugées réussies par les familles chinoises de celles jugées moins utiles. De même, van der Pol et al. (2019) ont résumé, à partir des résultats de recherches antérieures, les éléments communs de la thérapie systémique pour les jeunes présentant des troubles du comportement perturbateur. Levitt et al. (2016) ont mené une méta-analyse qualitative de 109 études qualitatives portant sur l’expérience de la psychothérapie individuelle chez l’adulte, et dégagé cinq groupes de facteurs : le repérage de schémas, la reconstruction narrative, le développement de la conscience de soi, une structure thérapeutique collaborative et professionnelle, et la reconnaissance des besoins et du pouvoir d’agir des personnes suivies. Cette étude ne portait toutefois pas spécifiquement sur ce qui fait une bonne thérapie pour les familles chinoises confrontées à une dépression à l’adolescence.
L’objectif de cette étude qualitative est d’explorer (1) l’expérience subjective de la thérapie familiale chez des jeunes en dépression en Chine et leur famille, et (2) les facteurs liés à la thérapie que ces jeunes et leur famille jugent aidants pour la rémission des symptômes. S’agissant d’une étude exploratoire sur l’expérience subjective de la thérapie familiale dans des familles chinoises, une approche de recherche qualitative a été retenue, comme le suggèrent Levitt et al. (2016), pour explorer et préciser l’avis des familles.
Douze familles ont été recrutées entre janvier 2018 et février 2019 dans les hôpitaux de santé mentale de l’université Tongji, à Shanghai, en Chine. Dans chaque famille, un enfant à l’adolescence (16–18 ans) avait reçu un diagnostic de trouble dépressif majeur selon les critères du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition (DSM-5). Les critères d’inclusion étaient les suivants : la dépression de l’enfant était un premier épisode dépressif sans rémission (Richards, 2011) ; les deux parents participaient à la thérapie familiale avec leur enfant ; l’ensemble des membres de la famille participant à la thérapie acceptait de prendre part à l’entretien après la thérapie ; et parents et enfants avaient des capacités cognitives suffisantes pour rendre compte de leur expérience.
Toutes les familles n’avaient qu’un enfant. La durée de l’épisode dépressif allait de 6 mois à 1 an. Dans les familles participantes, les enfants (10 filles et deux garçons) étaient au lycée. Les familles participantes ont accepté de suivre une thérapie familiale menée par quatre thérapeutes : trois hommes et une femme. Les quatre thérapeutes étaient psychiatres et avaient suivi une formation de longue durée à la thérapie familiale structurale (Minuchin et al., 2013) et systémique de Milan (Selvini et al., 1980), d’une durée moyenne de 10,25 ans. Leur âge moyen était de 38 ans, et leur ancienneté moyenne de pratique de 10 ans. Les séances de thérapie familiale avaient lieu toutes les 2 à 3 semaines pour chaque famille, selon ses besoins et ses disponibilités. La psychothérapie durait au total 5 à 6 mois par famille, pour un nombre total de 10 à 11 séances. Chaque séance durait environ 1 h 30. Par ailleurs, sur les 12 jeunes, neuf ont reçu un traitement antidépresseur associé à la thérapie familiale, et les trois autres uniquement la thérapie familiale.
Les familles participantes ont été recrutées dans le service de consultations externes de l’hôpital. Les familles susceptibles de participer qui remplissaient les critères d’inclusion étaient repérées lors de leur première consultation psychiatrique. Un membre de l’équipe de recherche les contactait ensuite par courriel ou par téléphone. Le but, le contenu, le déroulement et le principe de confidentialité de l’étude leur étaient présentés selon des consignes standardisées. Le consentement éclairé était ensuite recueilli si elles acceptaient de participer à l’étude. Les données démographiques des familles étaient également recueillies à ce moment-là. Une fois l’ensemble du processus de thérapie familiale achevé, les familles étaient invitées à participer à un entretien familial (père, mère et enfant). Au total, 31 familles susceptibles de participer ont été repérées. Quatorze ont refusé. Sur les 17 familles restantes inscrites dans l’étude, cinq se sont retirées faute de temps, et les 12 autres ont mené les entretiens à leur terme. Les entretiens se déroulaient dans une pièce privée et duraient chacun environ 90 minutes. Les quatre membres de l’équipe qui ont mené les entretiens avaient suivi une formation à la recherche qualitative d’au moins 6 mois. Les entretiens ont été enregistrés avec l’accord des personnes participantes, puis transcrits mot à mot. Des notes de terrain, comprenant les données démographiques des familles, le contenu principal des entretiens et les réflexions personnelles de l’équipe de recherche, ont aussi été prises avant, pendant et après les entretiens. Chaque entretien se poursuivait jusqu’à ce que l’expérience de la thérapie familiale de chaque membre de la famille soit bien explicitée et qu’aucune information nouvelle n’apparaisse. Lorsque plus aucune information nouvelle n’émergeait, la saturation était considérée comme atteinte.
Le guide d’entretien semi-directif suivant a été utilisé pendant les entretiens :
Le protocole de recherche a reçu l’approbation éthique du comité d’éthique de l’université Tongji et du Centre de santé mentale de la nouvelle zone de Pudong, à Shanghai. Les personnes participantes ont été informées du but de la recherche, puis le consentement éclairé écrit des jeunes et de leurs parents a été recueilli pour leur participation à l’étude. Au sein des familles, chaque membre soutenait la participation des autres à la thérapie. Le consentement éclairé écrit des parents a également été recueilli pour la publication des données de la recherche. Pour protéger la vie privée des personnes participantes, nous utilisons « F1, F2… F12 » pour désigner les différentes familles lorsque nous citons leurs propos.
Les données transcrites ont été examinées par une analyse thématique (Braun et Clarke, 2006). L’analyse thématique est une méthode qui permet de repérer, d’analyser et de rendre compte de schémas (thèmes) dans les données. Elle est compatible aussi bien avec les paradigmes essentialistes que constructionnistes en psychologie. Grâce à sa liberté théorique, l’analyse thématique est un outil de recherche souple et utile, qui peut fournir une description riche et détaillée, mais aussi complexe, des données. De plus, elle a été largement utilisée dans les études de recherche sur le processus psychothérapeutique (Liu et Zhao, 2009 ; Liu et al., 2013, 2014). L’analyse du corpus a suivi les indications de Braun et Clarke (2006). La première étape a consisté à lire et relire les données et à noter les premières idées. La deuxième a consisté à coder de manière systématique, sur l’ensemble du corpus, les éléments intéressants des données, et à rassembler les données pertinentes pour chaque code. La troisième a consisté à regrouper les codes en thèmes potentiels et à rassembler toutes les données pertinentes pour chacun de ces thèmes. La quatrième a consisté à examiner comment les thèmes fonctionnaient par rapport aux extraits codés et à l’ensemble du corpus, puis à établir une carte thématique de l’analyse. Enfin, les thèmes retenus ont été affinés, et une carte thématique a été finalisée pour le rapport (voir figure 1). Les codes initiaux et les thèmes potentiels ont été élaborés par la personne qui signe en premier et par la personne chargée de la correspondance, qui pratiquent toutes deux la psychothérapie depuis au moins 10 ans et ont plus de 9 ans d’expérience en recherche qualitative. Ces deux personnes ont ensuite revu et affiné les thèmes selon un processus itératif, jusqu’à parvenir à un consensus sur la carte thématique définitive.

Cinq thèmes principaux ont été élaborés, chacun comportant des sous-thèmes. La carte thématique définitive est présentée dans la figure 1. Le premier thème rend compte des facteurs favorisant la formation de l’alliance thérapeutique ; le deuxième porte sur l’attitude systémique des thérapeutes ; le troisième couvre l’orientation de la thérapie systémique ; le quatrième présente les techniques de thérapie familiale systémique efficaces ; et le dernier concerne les stratégies pour faire face aux problèmes du moment.
La relation nouée entre les familles des jeunes en dépression et les thérapeutes s’est révélée un élément essentiel d’une psychothérapie efficace. Un trait clé de la capacité à construire la relation était la formation de l’alliance thérapeutique. Certaines familles participantes ont souligné que plusieurs facteurs les avaient aidées à s’engager pleinement dans leur psychothérapie. Selon elles, les caractéristiques des thérapeutes (comme leurs traits de personnalité et leur professionnalisme) semblaient déterminantes pour la formation d’une bonne alliance thérapeutique. Par ailleurs, les points communs entre thérapeute et famille influaient aussi sur la construction de la relation au début.
Quatre familles (F1, F3, F5, F6) ont évoqué les traits de personnalité des thérapeutes, notamment leur patience, leur proximité, leur chaleur et leur humour, comme les facteurs essentiels qui avaient aidé les membres de la famille à continuer de participer à la psychothérapie. La famille F3 en donne un exemple :
Le docteur était chaleureux et drôle. Il m’a dit que je faisais partie des 5 % de la population dépressive mondiale capables de raconter leur histoire tragique de manière drôle. Il espérait que je puisse devenir une comique pleine d’humour. Ces mots m’ont réchauffé le cœur et m’ont rendue heureuse. — F3 (fille)
Le docteur avait l’air très aimable et gentil. Il est complètement différent de l’équipe médicale que nous avions rencontrée avant, qui avait l’air indifférente et passive. — F3 (mère)
Le professionnalisme renvoyait à la compétence des thérapeutes pour traiter et fournir l’information, à leur formation professionnelle de psychiatres, ainsi qu’à leur minutie et à leur sensibilité professionnelles. Pendant les séances, les familles étaient souvent perplexes et curieuses au sujet du diagnostic, de l’étiologie de la maladie et de l’effet thérapeutique des médicaments. Les explications professionnelles et raisonnées des thérapeutes leur apportaient un solide soutien informatif. Des membres de quatre familles (F2, F6, F7, F9) ont souligné que la formation professionnelle des thérapeutes, psychiatres faisant autorité, apportait un sentiment de confiance et de stabilité à l’alliance thérapeutique. Des membres des familles F2 et F6 l’ont exprimé ainsi :
Le docteur m’a dit que j’étais en dépression et que j’avais besoin de prendre des médicaments et de suivre une psychothérapie. Enfin, je savais ce qui m’arrivait, et mes symptômes avaient enfin une explication. — F2 (fille)
Je trouve que notre psychiatre est formidable. Il m’a fait comprendre ce qui causait le problème de ma fille. C’est plus efficace que la médecine traditionnelle chinoise. J’étais désespérée, mais maintenant j’ai confiance. — F6 (mère)
Deux familles (F3 et F5) ont beaucoup apprécié la capacité de leur thérapeute à résumer et à démêler des informations complexes. Cela leur a permis de faire confiance à leur thérapeute et d’obtenir des résultats satisfaisants. Les propos suivants en témoignent :
Le docteur savait très bien démêler mes informations embrouillées et trouver rapidement la source du problème. Il était aussi vraiment professionnel. — F3 (fille)
Il savait saisir rapidement un point sous l’angle professionnel et a aidé à communiquer avec notre fille. Il a aussi su influencer ma façon de penser et m’aider à envisager les choses d’un autre point de vue, ce qui était très bien. — F5 (mère)
Par ailleurs, les jeunes de 10 familles ont indiqué que l’intégrité et la minutie des thérapeutes, ainsi que leur grande sensibilité aux besoins des familles, répondaient à leur exigence de professionnalisme. C’étaient des facteurs importants qui motivaient l’adhésion à la thérapie et apportaient de la chaleur.
Au début, je pensais qu’il poserait seulement des questions en passant et de manière générale, mais ensuite, j’ai découvert qu’il posait même des questions sur beaucoup de détails des relations dans notre famille. J’ai été touchée par son intégrité et sa minutie. J’ai senti que le travail clinique des médecins consistait à mieux me comprendre, moi et mes pensées et émotions intimes. — F1 (fille)
Certaines familles (F3, F10, F11) préféraient choisir des thérapeutes qui leur ressemblaient. Ces points communs les motivaient, dans une certaine mesure, à s’engager activement dans l’alliance thérapeutique. Pour les jeunes des familles F10 et F11, par exemple, les points communs d’âge, de culture et de vision du monde avec leur thérapeute étaient les principales raisons de leur participation à la thérapie. Comme l’a dit le fils de la famille F10 :
Quand je suis venu ici pour la première fois, j’ai senti que le docteur n’était pas très vieux, et que sa personnalité ressemblait à la mienne. J’ai senti que ce n’était pas une figure d’autorité ; il n’y avait pas une grande distance entre lui et moi. J’ai senti que c’était quelqu’un avec qui il était très facile de communiquer. — F10 (fils)
Des origines géographiques et des cultures proches influaient aussi sur la confiance des familles envers leur thérapeute. La mère de la famille F3 venait de la même région que son thérapeute, ce qui l’a rapprochée de lui et a renforcé sa confiance. Elle l’a exprimé ainsi :
Je suis très contente de parler avec lui (thérapeute A), pas seulement à cause de ses compétences. C’est aussi parce qu’il vient de la même province que nous. Nous avons des idées et des habitudes semblables. Ces points communs dans notre parcours sont importants. — F3 (mère)
Les familles ont évoqué des attitudes aidantes des thérapeutes, qui ont stimulé des processus de changement positifs. Ces attitudes comprenaient une perspective non pathologisante, une manière d’être non autoritaire et un respect et une acceptation inconditionnels.
Pendant la thérapie, malgré le diagnostic de dépression, les thérapeutes ne traitaient pas les jeunes comme des personnes handicapées ou honteuses. Les comportements anormaux ou les problèmes des jeunes, que leur famille jugeait jusque-là inacceptables, recevaient un sens positif et de nouvelles interprétations. Dans une certaine mesure, cette perspective a apaisé l’anxiété de toute la famille, et 11 familles l’ont beaucoup appréciée. Comme l’ont décrit les parents des familles F5 et F11 :
Je trouve que ma fille était très tendue. À notre arrivée ici, le docteur ne l’a pas traitée comme une malade. Il a dit que les gens normaux avaient aussi des variations d’humeur. Ces mots l’ont détendue. — F5 (mère)
Je pensais que certains comportements étaient pathologiques, et je voulais toujours les inverser. Le docteur m’a montré que certains comportements de mon enfant n’étaient pas pathologiques, mais simplement un mode de vie peu sain. Maintenant, ils sont acceptables. — F11 (père)
De plus, la discussion entre thérapeute et famille sur la fonction des symptômes a élargi la perspective des familles sur leurs problèmes. Déplacer l’attention des problèmes vers les forces a permis aux membres de la famille de voir qu’il y avait plus de ressources à leur disposition pour faire face à leurs difficultés du moment. Les mères des familles F4 et F6 en donnent des exemples :
Le docteur a guidé notre regard sur les problèmes, de manière dialectique. Ne pas prendre l’idée que son « cerveau ne fonctionne pas » comme un obstacle pour la famille ou pour la vie, mais voir ce qu’elle peut apporter de positif. On dirait que sa dépression peut apporter un calme passager à notre famille. — F6 (mère)
La perspective non pathologisante montrait aussi la préférence des thérapeutes pour la valorisation des ressources familiales, en déplaçant l’attention des problèmes vers les forces. La mère de la famille F4, par exemple, a décrit cette approche ainsi :
Après tout ce traitement, j’ai vu davantage les qualités de ma fille et je me suis moins inquiétée. — F4 (mère)
Dans la tradition chinoise de la piété filiale, on tient en général les parents et le corps enseignant pour des autorités incontestées. L’obéissance inconditionnelle des enfants à leurs parents et au corps enseignant est très valorisée. Pourtant, la plupart des jeunes de notre étude ont exprimé leur désaccord avec cette tradition culturelle chinoise. Symétriquement, ce dont les jeunes se plaignaient le plus, c’était que leurs parents jugeaient sans cesse leur vision du monde, critiquaient leur mode de vie, les poussaient à accepter des idées rejetées par ces jeunes et contrôlaient leur vie.
À l’inverse, les jeunes estimaient que les thérapeutes de notre étude avaient une manière d’être non autoritaire et leur parlaient d’égal à égal. Selon ces jeunes, les thérapeutes acceptaient leur vision du monde, leurs valeurs et leur mode de vie (à l’exception des tendances suicidaires ou violentes). Leur dialogue avec les thérapeutes se déroulait sur un mode égalitaire, sans jugement et empreint de respect mutuel. Dix des jeunes de cette étude ont beaucoup apprécié que les thérapeutes ne se placent pas en position d’autorité. Cela rapprochait aussi thérapeutes et jeunes. Comme l’a décrit le fils de la famille F10 :
La personne qui me suivait avant, une figure d’autorité, me parlait d’une manière qui me donnait l’impression que c’était mon père qui me parlait, ce qui me mettait à distance et mal à l’aise. Mais mon thérapeute actuel, il a toujours son sourire, et j’ai l’impression que c’est quelqu’un avec qui il est facile de communiquer et qui n’est pas autoritaire. Il ne me juge jamais. La distance entre nous s’est soudain réduite. — F10 (fils)
Les thérapeutes ont en outre cherché à améliorer les relations familiales en aidant les parents à respecter et à accepter certains modes de vie et certaines valeurs de leur enfant. Ces thérapeutes encourageaient les familles à communiquer avec leur jeune de manière non autoritaire. Le père de la famille F11 l’a rapporté ainsi :
Le docteur dit qu’elle ne veut pas sortir. C’est simplement son mode de vie. Ça ne veut pas dire qu’elle est malade. Cette explication a apaisé mon anxiété. Si elle n’a pas envie de sortir, qu’elle ne sorte pas. Avant, je la poussais sans cesse à sortir. Maintenant, je ne la pousse plus, et notre relation s’est améliorée. — F11 (père)
Dix familles de notre étude ont aussi beaucoup apprécié que leur thérapeute accepte et respecte leur vision du monde, leurs émotions, leurs sentiments, leurs attentes quant au plan de traitement et le rythme de rétablissement qu’elles souhaitaient. D’abord, les jeunes et leur famille ont perçu que leurs émotions et leur vision du monde étaient respectées par leur thérapeute. La fille de la famille F7, par exemple, a dit :
Mes parents essaient de me rassurer, en me disant de ne pas m’inquiéter, comme si mes peurs étaient mauvaises. Ça me met mal à l’aise et me fait culpabiliser. Mais mon docteur m’a dit : « Tu as le droit de t’inquiéter ; nous pouvons faire autre chose pour lâcher cette inquiétude », et ça m’a mise à l’aise ; c’est comme s’il était plus proche de ce que je ressens.
Le respect des thérapeutes envers les familles se traduisait aussi par le respect du rythme de thérapie et de rétablissement souhaité par les jeunes, sans les presser ni les contrôler. Les médecins aidaient aussi les membres de la famille à accepter et à respecter le rythme de rétablissement des jeunes, ce qui permettait aux parents d’éprouver moins d’anxiété, comme l’ont exprimé le fils de la famille F10 et la mère de la famille F6 :
Mon docteur est le genre de gars qui peut vous faire sentir compris et à l’aise, quelle que soit votre humeur. C’est comme monter des escaliers. Si vous accélérez, il peut vous suivre. Si vous ralentissez, il peut aussi se détendre. Il sera toujours à votre rythme. — F10 (fils)
Le docteur nous a proposé de nous mettre à la place de notre fille pour réfléchir. Il a dit : « Laissez l’anxiété s’installer quelques jours, ce n’est pas grave. » Avant, l’anxiété nous prenait toujours quand nous pensions qu’elle allait avoir un examen. Maintenant, nous trouvons que ce n’est pas grave de la laisser être anxieuse quelques jours, parce que c’est une émotion normale. — F6 (mère)
Dans le traitement, après avoir évalué les risques, les médecins prenaient généralement des décisions thérapeutiques qui respectaient pleinement les souhaits de l’enfant et de sa famille, notamment pour le choix de la méthode de traitement, la prise ou non d’un traitement médicamenteux et l’ajustement des doses. Comme l’a raconté la mère de la famille F8 :
Le thérapeute a respecté notre volonté. Nous pouvions choisir de prendre des médicaments ou non, mais nous voulons seulement faire la thérapie. Le docteur a arrangé ça pour nous. — F8 (mère)
Dans cette étude, les personnes désignées comme patientes étaient toutes des jeunes. Notre analyse suggère que les thérapeutes de notre étude s’attachaient à favoriser la différenciation individuelle et à aider les membres de la famille à prendre conscience des frontières. Nous avons en outre constaté que beaucoup des familles se caractérisaient par des conflits constants entre leurs membres et une communication médiocre. Favoriser une communication positive et la circulation des émotions entre les membres de la famille était donc une autre orientation majeure qui, selon les familles, faisait avancer la thérapie.
La différenciation de soi et le développement personnel sont les principales tâches de l’adolescence. Toutes les familles de notre étude n’avaient qu’un enfant. Notre analyse a montré que l’attention des parents se concentrait trop sur leur enfant, la plupart des jeunes vivant une relation trop enchevêtrée avec leurs parents. Une attention parentale excessive était un trait majeur de la plupart des familles dont un enfant était malade. Pendant les séances, le développement individuel des jeunes était d’abord favorisé en aidant les membres de la famille à prendre conscience des frontières, comme l’a dit le fils de la famille F10 :
Maman, papa et moi, on devrait former un triangle. Avant, j’étais trop proche de maman. Maintenant, ils sont toujours très proches de moi, mais pas autant qu’avant. Tous les deux sont plus proches l’un de l’autre maintenant. Ce sentiment est idéal pour moi. Après tout, pour les garçons à cet âge, qui a envie d’être autant attaché à ses parents ? — F10 (fils)
Au fil du traitement, les parents ont aussi ressenti la nécessité de laisser à leur enfant suffisamment d’espace pour grandir, comme le montrent les réflexions de la mère de la famille F3 et du père de la famille F6 :
Le docteur m’a dit de la laisser tranquille et de la laisser aller complètement, de lui donner de l’espace, de la laisser jouer librement, que ça irait mieux ; c’est ce qui m’a le plus marquée. — F3 (mère)
J’ai peut-être organisé trop de choses pour ma fille. Avant, ma fille venait me voir pour tout, et je répondais toujours à ses besoins. En fait, cela la privait de la capacité de faire les choses elle-même. Après la thérapie, je me suis rendu compte que je devais changer. — F6 (père)
Dans 10 familles de notre étude, des émotions négatives s’étaient accumulées depuis longtemps sans pouvoir être exprimées efficacement. Les questions pertinentes des thérapeutes, leur écoute active et leurs retours au bon moment ont permis aux familles de trouver un exutoire à leurs émotions. Des membres des familles F6 et F8 en donnent des exemples :
Il a écouté attentivement tout ce que je disais ; je suis très satisfaite. Je pense que mes parents ont aussi dit ce qu’ils voulaient dire, grâce à lui. — F6 (fille)
C’est un peu comme ça. Des gens sont assis là, à parler. J’ai eu l’impression qu’il posait des questions très simples pour me guider, puis il m’a demandé de parler, et là j’ai pleuré. Je ne sais pas comment il a réussi à me faire exploser comme ça. — F8 (fille)
Par ailleurs, le recours au dessin pour exprimer les émotions a été nouveau et efficace pour la fille de la famille F3. Voici ses propos :
Le docteur m’a permis de dessiner, et ça fait beaucoup de bien. J’ai dessiné des images qui donnaient une impression extrêmement déprimante, comme si le monde s’effondrait, mais il n’a pas pris peur. — F3 (fille)
En outre, les entretiens ont montré qu’une mauvaise communication de longue date entre les membres de la famille était fréquente. La thérapie a offert aux familles un espace de communication. Les questions circulaires des thérapeutes facilitaient la communication, comme l’a dit le fils de la famille F12 :
J’ai beaucoup de conflits avec mon père, et il ne me comprend pas. Parfois le docteur me demande, ou parfois il demande à mon père : « Êtes-vous d’accord ? » Il m’écoutait pendant que je lui parlais. C’était une sorte de communication indirecte, et je trouve que c’est très utile. — F12 (fils)
Tout au long du processus thérapeutique, les familles ont vu les thérapeutes continuer à les aider à exprimer leurs émotions les uns aux autres et leur apprendre des manières efficaces de s’exprimer. Prenons deux familles en exemple :
Au début, on gardait beaucoup de choses pour nous. À mon âge, je n’aime pas trop communiquer avec mes parents. Quand je suis arrivé chez le clinicien (thérapeute D), je ne voulais pas en parler. Mais le docteur m’a encouragé à parler et m’a aidé à clarifier mes vrais souhaits. À la fin, on arrive à un point de rupture et on déballe tout. Mon père était complètement perdu après avoir écouté. — F10 (fils)
Le docteur me conseille de l’écouter quand elle est contrariée, de ne pas me précipiter pour donner des conseils. Si je donne des conseils, elle ne les écoutera pas. Ça ne fera que la blesser davantage. — F3 (mère)
Certaines familles ont évoqué des techniques de thérapie systémique efficaces qui, selon elles, avaient contribué à leur compréhension et à leur processus de changement. Les techniques citées par les familles comprenaient les questions circulaires, les tâches à faire à la maison, les techniques de visualisation et les histoires métaphoriques. Le tableau 1 présente l’application de ces différentes techniques et la manière dont les familles les ont vécues. Parmi elles, les tâches à la maison étaient la technique la plus largement utilisée ; elles prenaient surtout la forme d’une liste des qualités et des changements des membres de la famille, d’interventions paradoxales, de réunions de famille, d’un relevé de ses propres émotions, de projets d’avenir et de tâches à accomplir une ou deux fois par jour. Les techniques de visualisation comprenaient la description de la détresse et des émotions de la personne en souffrance à l’aide d’objets, le dessin de schémas des relations et la représentation des relations familiales par de petits objets.
Tableau 1 — Des techniques de thérapie systémique efficaces
Les problèmes du moment des jeunes en dépression comprenaient les situations de crise (par exemple, l’automutilation et les tendances suicidaires) et la pression scolaire.
Deux familles (F11, F1) ont évoqué la thérapie comme un moyen de dissuader l’automutilation ou les pensées suicidaires. Les thérapeutes abordaient les questions suicidaires en se centrant sur la souffrance des jeunes, en faisant preuve de compréhension, de respect et d’absence de jugement, en confrontant les pensées et les comportements suicidaires, et en construisant et en maintenant une alliance solide avec les familles. En voici deux exemples :
Quand ma fille a dit qu’elle avait des idées de mort, le Dr X lui a dit : « Si c’est le cas, en tant que médecin, j’essaierai de t’en empêcher, parce que ta sécurité m’importe. Mais si c’était autre chose, je t’encouragerais, par exemple à apprendre à accepter la dépression. Si tu as encore des envies de te faire du mal à l’avenir, n’hésite pas à me contacter, moi ou la personne qui m’assiste. Nous ferons de notre mieux pour t’aider. » Ces temps-ci, mon enfant a moins de pensées suicidaires. — F11 (père)
Quand on a demandé à la fille de la famille F1 ce qui l’avait le plus marquée pendant le traitement, elle a répondu :
Pour l’automutilation, le docteur a passé un petit accord avec moi : puisque j’étais sa patiente, il ne me laisserait pas le faire. J’ai accepté. Il essayait de s’assurer que j’étais en sécurité en tant que patiente. Ça me donne le sentiment qu’on a pris soin de moi et qu’on m’a respectée. — F1 (fille)
Les conflits relationnels à l’école expliquaient en partie la souffrance d’une partie des jeunes de notre étude. Le traitement leur a donné des idées pour faire face aux relations interpersonnelles, comme l’a décrit la fille de la famille F9 :
La docteure m’a encouragée à faire un dessin pour montrer mes relations avec mes camarades de classe. Ensuite, elle et moi avons discuté des raisons possibles de mes conflits avec ces personnes (mes camarades). Elle m’a aussi aidée à réfléchir à des stratégies pour améliorer mes relations avec chaque camarade. Je trouve que c’est utile. — F9 (fille)
L’ensemble des jeunes de cette étude était au lycée. La pression scolaire, comme la pression pour obtenir de meilleures notes et entrer dans une bonne université, était le problème qui suscitait le plus d’anxiété dans presque toutes les familles. De fait, 11 jeunes de cette étude refusaient d’aller à l’école ou trouvaient la pression scolaire épuisante. Notre analyse a montré que les thérapeutes consacraient beaucoup de temps à aider les familles à faire face à ces difficultés scolaires, y compris à l’anxiété et à la frustration qui les accompagnaient, et à élaborer des stratégies d’adaptation. Toutes les familles ont approuvé cette intervention. Prenons l’exemple de la famille F6 :
Le docteur a suggéré à mes parents d’arrêter de me forcer tout le temps à aller en cours, pour que je me sente mieux. C’est mon affaire. Ça ne sert à rien qu’ils s’affolent. S’ils ne s’affolent pas, je me sentirai mieux. — F6 (fille)
Son père et moi étions extrêmement inquiets de savoir si elle pourrait aller à l’école en septembre. Après le traitement, je sens qu’il n’est pas nécessaire d’en parler tous les jours ; qu’elle décide de suspendre ses études ou d’étudier, tout ira bien. Si on lâche prise, elle ira peut-être à l’école un jour d’elle-même. Cette idée me rend moins anxieuse. — F6 (mère)
À notre connaissance, cette étude est la première à explorer l’expérience subjective du processus de thérapie familiale chez des jeunes en dépression et leur famille en Chine. Le premier thème dégagé des données concernait les facteurs influant sur la formation de l’alliance entre thérapeute et famille. Nos résultats suggèrent que, dans le contexte de la thérapie familiale de jeunes en dépression, la qualité de l’alliance thérapeutique jouait un rôle important dans l’amélioration de l’expérience de la thérapie. Ce résultat concorde avec des recherches antérieures selon lesquelles, dans la culture chinoise comme occidentale, une alliance thérapeutique digne de confiance constitue non seulement le socle de la thérapie, mais facilite aussi le processus de changement pour les adultes et les jeunes suivis en thérapie familiale et individuelle (Liu et al., 2013 ; Yoo et al., 2016 ; Lovgren et al., 2019).
Comme dans des recherches antérieures, nos résultats montrent que, parmi les facteurs influant sur l’alliance thérapeutique, les traits de personnalité et la compétence professionnelle des thérapeutes, comme leur douceur, leur stabilité, leur ouverture, leur patience, leur empathie, leur attention aux familles, leur minutie, leur habileté à rassembler et à analyser l’information et leur capacité à donner des explications théoriques, renforçaient la confiance des familles (Despland et al., 2009 ; Sundet, 2011 ; Anderson et Strupp, 2015 ; Schottke et al., 2017 ; Lovgren et al., 2019). Ce résultat pourrait indiquer que ce dont les jeunes en dépression et leur famille ont le plus besoin, c’est d’une attention humaine et d’une acceptation de la part de l’équipe clinique.
Par ailleurs, les familles de notre étude accordaient une grande importance à la formation psychiatrique des thérapeutes, ainsi qu’aux points communs d’âge, de vision du monde et de culture qu’elles avaient avec les thérapeutes. Ces thèmes pourraient refléter les attentes des familles envers les thérapeutes : crédibilité, professionnalisme, fiabilité, autorité et savoir médical, accessibilité. Dans une certaine mesure, ce résultat rejoint des constats antérieurs selon lesquels travailler avec des thérapeutes d’expérience et réduire la distance entre thérapeutes et personnes suivies peut améliorer la perception de la psychothérapie (Sundet, 2011).
En ce qui concerne le deuxième thème, les attitudes systémiques des thérapeutes, l’un des principaux résultats de notre étude liés à la culture est que les jeunes accordaient une grande importance au respect et à l’acceptation, par les thérapeutes, de leur vision du monde et de leur rapport à la vie. L’approche non autoritaire et sans jugement des thérapeutes était appréciée. Des jeunes ont même exprimé directement leur désaccord avec la piété filiale traditionnelle chinoise. Rien ne leur était plus pénible que des thérapeutes en position d’autorité, qui attendaient l’obéissance, comme leurs parents. Ce résultat concorde en partie avec des travaux antérieurs indiquant qu’une insistance excessive sur l’obéissance à sens unique des enfants au nom de la piété filiale pourrait contribuer à davantage de conflits entre parents et jeunes en Chine et déclencher davantage de plaintes psychosomatiques chez les enfants (Liu et al., 2014 ; Fan, 2016). Il implique aussi que les thérapeutes de famille devraient témoigner d’un plein respect envers la vision du monde des jeunes. Cependant, l’émergence du thème du professionnalisme des thérapeutes suggère que les personnes participantes souhaitaient parfois que les thérapeutes leur apportent, depuis une position d’autorité professionnelle, les informations et les conseils nécessaires sur leur situation. Cette contradiction apparente suggère que les thérapeutes doivent peut-être maintenir un équilibre dans le traitement des jeunes en dépression. Il leur faudrait témoigner aux jeunes un respect égalitaire, depuis une position non autoritaire. Dans le même temps, la clinique doit aussi rester attentive aux besoins des familles et leur apporter, avec prudence et au bon moment, le soutien informatif et les conseils nécessaires.
En adoptant une perspective non pathologisante, les thérapeutes de notre étude abordaient la dépression des jeunes de manière neutre et avec curiosité. Ces thérapeutes exploraient et élargissaient les croyances des familles sur leurs problèmes, et les aidaient à élaborer de nouvelles interprétations du sens des symptômes dépressifs. Les ressources des familles étaient aussi valorisées. L’équipe de Liu a analysé le processus de 14 cas réussis de thérapie familiale et constaté que les interventions les plus fréquemment utilisées par les thérapeutes consistaient à explorer et élaborer de nouvelles compréhensions, à explorer les ressources et renforcer le pouvoir d’agir, et à explorer et faire émerger des solutions (Liu et al., 2013). L’étude de Sundet (2011) a montré que les personnes suivies appréciaient les efforts des thérapeutes de famille pour repérer davantage de possibilités d’amélioration. Sur la base de ces résultats antérieurs et de ceux de notre analyse, il est suggéré de porter davantage d’attention aux interventions axées sur les ressources et au recadrage de la dépression dans la thérapie des familles chinoises confrontées à une dépression à l’adolescence.
En ce qui concerne le respect et l’acceptation inconditionnels des thérapeutes, notre étude montre que les familles chinoises appréciaient que les thérapeutes soient disposés à négocier avec elles l’élaboration du plan de traitement, y compris le choix entre médicaments et psychothérapie. Pour les jeunes en particulier, lorsque les thérapeutes respectaient le rythme de rétablissement souhaité, les sujets à aborder pendant le traitement et les attentes envers la thérapie, la volonté des jeunes de participer à la thérapie et de changer semblait plus forte. Ce résultat concorde en partie avec ceux qui montrent que les jeunes appréciaient une approche thérapeutique non autoritaire. Il suggère aussi que, pour les jeunes en dépression en Chine, le respect par autrui de leur rythme de rétablissement et de leur volonté de s’engager dans le traitement non seulement fonde la psychothérapie, mais pourrait aussi favoriser leur rétablissement (Sundet, 2011). Cette observation correspond également au principe de « neutralité » mis en avant par la thérapie familiale (Liu et Zhao, 2009 ; Liu et al., 2013).
Parmi les sous-thèmes du troisième thème, favoriser le développement individuel des jeunes a été particulièrement apprécié par les familles participantes. Comme on l’a vu, la politique chinoise de l’enfant unique peut conduire à un enchevêtrement plus grand de la relation parent-enfant. Les familles chinoises pourraient aussi connaître davantage d’interactions marquées par le contrôle et la résistance au contrôle, et les enfants pourraient être plus souvent triangulés dans les conflits parentaux et les processus affectifs. Cela peut entraver la différenciation et le développement personnel des jeunes et rendre les jeunes en Chine plus vulnérables à la dépression (Wang et al., 2014 ; Hollenstein et al., 2015 ; Fan, 2016 ; Kloep et al., 2016). Il semble que les thérapeutes de notre étude aient adapté leurs interventions à cette caractéristique culturelle. Ces thérapeutes aidaient les familles à prendre conscience des frontières, suggéraient aux parents surprotecteurs de laisser plus de liberté à leur enfant et encourageaient les jeunes à se tourner davantage vers leurs propres centres d’intérêt et leurs relations sociales. Toutes ces stratégies thérapeutiques destinées à faciliter la différenciation individuelle des jeunes ont été appréciées par les familles participantes.
En ce qui concerne faciliter l’expression et la circulation des émotions, notre analyse a montré que des techniques d’expression émotionnelle soutenantes, comme l’écoute et l’empathie, pouvaient faciliter l’expression et l’apaisement des émotions et de la souffrance des familles. Ce résultat rejoint ceux d’études antérieures (Sundet, 2011 ; Lovgren et al., 2019 ; Tsvieli et al., 2019). Les études de l’équipe de Wang ont rapporté une communication interpersonnelle plus pauvre dans les familles chinoises comptant un membre en dépression que dans celles qui n’en comptent pas ; après une thérapie familiale systémique, non seulement les symptômes dépressifs étaient soulagés, mais la communication familiale était aussi améliorée (Wang et al., 2013 ; Li et al., 2016). Ce résultat appuie en partie les interventions visant à favoriser les échanges émotionnels dans la famille qu’employaient les thérapeutes de notre étude.
En ce qui concerne le quatrième thème, les techniques de thérapie systémique efficaces employées par les thérapeutes ont été bien reconnues par les familles. Ce résultat confirme des recherches antérieures sur le point de vue des jeunes en dépression. L’équipe de Liu a par exemple constaté que les métaphores, les histoires de personnes célèbres et de cas semblables, et les métaphores spatiales étaient fréquemment utilisées par les thérapeutes de famille en Chine pour faciliter la compréhension des familles au cours de thérapies familiales réussies (Li et al., 2016). Des recherches antérieures ont en outre montré que les questions linéaires et circulaires étaient employées par les thérapeutes de famille comme une technique centrale pour explorer les relations et les points de vue dans la famille (Liu et al., 2013 ; de Leon, 2018). De plus, les tâches à la maison se sont révélées un outil fréquemment utilisé pour mobiliser et favoriser les ressources et le changement dans la famille (Li et al., 2016).
Notre cinquième thème, les stratégies pour faire face aux problèmes du moment, souligne l’intérêt d’explorer et de discuter les défis quotidiens auxquels les jeunes sont confrontés, en particulier les difficultés scolaires et les crises. L’émergence du sous-thème faire face aux difficultés scolaires pourrait être fortement influencée par la situation actuelle de la société chinoise. Comme on l’a vu, les élèves de lycée en Chine subissent une pression accrue liée aux examens d’entrée à l’université, ce qui pourrait déclencher des émotions dépressives ou anxieuses (Hou et Chen, 2016). De fait, la quasi-totalité des jeunes de notre étude étaient au lycée. Des jeunes refusaient même d’aller à l’école en raison du stress scolaire. La plupart ont tiré profit des discussions de leurs difficultés scolaires avec les thérapeutes, qui leur ont permis de clarifier leur stress et les émotions qui y étaient liées, et d’explorer des stratégies d’adaptation que leur famille pourrait mobiliser face à ces difficultés. Ce résultat suggère que, dans la thérapie de jeunes en dépression scolarisés au lycée en Chine, le stress scolaire est un sujet important. En outre, des jeunes de notre étude ont fait état d’automutilation et d’idées suicidaires. Notre analyse suggère que, lorsque les questions d’automutilation ou de suicide apparaissaient, les attentes des parents envers les résultats scolaires de leur enfant diminuaient. Leur préoccupation pour la santé mentale de leur enfant augmentait, et leur adhésion à la psychothérapie s’améliorait. Symétriquement, pour ces jeunes aux tendances suicidaires, l’attitude respectueuse, attentive et non accusatrice des thérapeutes, ainsi que leurs efforts de construction de l’alliance et de prévention ferme, ont été appréciés par les familles. Ce style humain et professionnel pourrait renforcer l’alliance thérapeutique et donner aux familles plus de confiance pour faire face aux crises. Il est recommandé pour la psychothérapie future de la dépression de l’adolescent.
Cette étude comporte plusieurs limites. Premièrement, nous n’avons pas mené d’entretiens séparés avec les parents et les enfants, ce qui a rendu impossible la distinction entre le point de vue des enfants et celui de leurs parents. Comme l’ont montré des études antérieures, la perception des parents peut différer de celle de leurs enfants (Solomon et al., 2018). De futures recherches analysant séparément l’avis des parents et des enfants et comparant les points de vue des deux groupes sont donc vivement recommandées. Deuxièmement, notre étude est une analyse exploratoire portant sur un petit échantillon de jeunes du lycée. La prudence s’impose avant d’extrapoler les résultats à des populations plus larges et plus diverses. Des études quantitatives portant sur davantage de familles pourraient être menées pour tester la validité de notre analyse. Troisièmement, les interventions de notre étude ont toutes été menées par des psychiatres ayant une formation en thérapie familiale. On pourrait y voir une caractéristique préalable de la thérapie familiale, susceptible d’avoir biaisé les résultats de notre analyse. Par exemple, la formation psychiatrique des thérapeutes a pu renforcer la confiance des familles envers les thérapeutes. Elle a pu influencer indirectement l’évaluation subjective, par les familles, des effets de certaines interventions reçues en thérapie. Par ailleurs, par rapport à la psychologie clinique, la psychiatrie pourrait se centrer davantage sur certaines questions médicales, comme le détail des symptômes dépressifs ou l’ajustement du traitement médicamenteux. Cette différence possible dans l’orientation de la thérapie pourrait aussi influer sur l’expérience de la thérapie familiale des personnes participantes. De futures recherches incluant davantage de thérapeutes d’autres formations professionnelles sont suggérées pour éclaircir ce biais potentiel. Quatrièmement, certaines personnes participantes de notre étude ont reçu simultanément des médicaments et une psychothérapie. Les antidépresseurs peuvent influer sur l’expérience des symptômes dépressifs et de la thérapie familiale chez les jeunes. Il pourrait être intéressant, dans de futures études, de comparer l’expérience des personnes du groupe sous traitement médicamenteux avec celle des personnes du groupe en psychothérapie seule.
Les thèmes dégagés par notre étude peuvent aider la clinique à élaborer des stratégies de thérapie familiale ciblées pour les jeunes en dépression en Chine. Premièrement, nos résultats suggèrent que, pour aider les jeunes en dépression, les thérapeutes devraient cultiver leur expérience professionnelle de la psychothérapie et de la psychiatrie ainsi que leurs propres traits de personnalité, comme la patience, la proximité et la chaleur. Deuxièmement, au cours de la thérapie, une plus grande attention pourrait être portée au repérage, à l’exploration et à l’élargissement des ressources des jeunes et de leur famille, avec des approches non autoritaires et sans jugement. Troisièmement, l’analyse souligne l’importance de favoriser la différenciation de soi des jeunes en instaurant une conscience des frontières dans la famille, et d’enrichir un attachement sûr entre enfant et parents en encourageant l’expression des affects entre les membres de la famille et en se centrant sur les besoins émotionnels non satisfaits des jeunes (Diamond et al., 2002 ; Ewing et al., 2015). Comme l’ont suggéré Minuchin et al. (2013), les thérapeutes peuvent avoir besoin d’aider les familles à transformer leurs interactions dualistes parent-enfant en un schéma « proche et indépendant ». Quatrièmement, il semble que les questions circulaires et les tâches comportementales à la maison continuent de jouer un rôle central dans l’exploration et la transformation des émotions et des schémas interpersonnels dans les familles de jeunes. Autrement dit, « questionner vaut mieux que le meilleur des conseils ». Enfin, notre étude suggère que, pour aider les jeunes en dépression en Chine, le stress scolaire est un sujet clé qu’on ne peut ignorer en psychothérapie.
Cette étude souligne l’importance de prendre en compte l’expérience subjective des familles lors de la conception de stratégies et de méthodes thérapeutiques pour les familles confrontées à une dépression à l’adolescence. Une alliance thérapeutique digne de confiance, avec une personne thérapeute compétente et soutenante, a aidé les jeunes en dépression à aller mieux en facilitant l’expression de leurs émotions, en explorant les interactions familiales, les croyances et les circulations émotionnelles liées à leurs symptômes, en favorisant leur développement personnel et en activant leurs ressources. Les familles ont apprécié le respect dont faisaient preuve les thérapeutes et une approche collaborative et non autoritaire. Une attention particulière devrait aussi être portée aux difficultés scolaires et aux crises des jeunes.
Complexe Systémique : à retenir
L’étude a l’intérêt de donner la parole aux familles, là où la recherche chinoise sur la thérapie familiale mesurait surtout les symptômes. On y retrouve les repères structuraux et milanais : frontières à redessiner entre un enfant unique et des parents trop proches, triangulation à défaire, questions circulaires, prescriptions paradoxales, recadrage de la dépression, qui peut même apporter « un calme passager » à la famille. Le résultat le plus fin tient à un paradoxe de l’autorité : les jeunes rejettent la figure thérapeutique qui parle comme un père, tandis que les parents apprécient la psychiatrie qui explique et rassure. Tenir ces deux positions à la fois, sans jugement mais sans renoncer à informer, est un vrai travail clinique. La lecture critique s’impose pourtant : entretiens menés en famille, sans parole séparée des jeunes ; une équipe thérapeutique entièrement psychiatrique ; dix filles sur douze ; traitement antidépresseur chez neuf jeunes ; analyse menée par l’équipe clinique elle-même. Le petit « accord » de sécurité passé avec une jeune suicidaire mériterait aussi d’être discuté. À lire avec la revue systématique sur les proches de personnes en dépression, et avec l’article sur l’adaptation de la thérapie centrée sur l’émotion aux couples chinois.
Notes de l’original
Financement. Cette étude a été soutenue par des subventions des institutions suivantes : (1) Fondation nationale des sciences naturelles de Chine (subvention no 81301154) ; (2) Fondation de la Commission municipale de la santé et de la planification familiale de Shanghai (subvention no 201740020) ; et (3) Commission de la santé et de la planification familiale de la nouvelle zone de Pudong, à Shanghai (subvention no PWZzb 2017-03). Les organismes financeurs n’ont joué aucun rôle dans la conception ni dans la réalisation de cette étude. Projet de discipline clinique d’excellence de Pudong, à Shanghai (subvention no PWYgy2018-10).
Déclaration éthique. Les études impliquant des personnes participantes ont été examinées et approuvées par le comité d’éthique de l’université Tongji et du Centre de santé mentale de la nouvelle zone de Pudong, à Shanghai. Le consentement éclairé écrit à la participation à cette étude a été donné par la représentation légale ou la famille proche des personnes participantes.
Contributions. JWu, JWa, YW et YT ont mené les entretiens avec les personnes participantes et transcrit les données. CG a apporté son aide à la transcription des entretiens. LL et YbW ont élaboré le guide d’entretien, analysé les données et assumé la responsabilité principale de la rédaction du manuscrit. L’ensemble de l’équipe a contribué à l’article et en a approuvé la version soumise.
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare que la recherche a été menée en l’absence de toute relation commerciale ou financière susceptible d’être interprétée comme un lien d’intérêts.
Remerciements. L’équipe de recherche remercie les jeunes et leurs familles qui ont participé à cette étude.
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Traduction non officielle en français de Ce que les familles chinoises trouvent aidant en thérapie familiale face à la dépression à l’adolescence : une étude qualitative, par Liang Liu, Jiajia Wu, Jing Wang, Yan Wang, Yuezhou Tong, Congcong Ge et Yanbo Wang, Frontiers in Psychology, vol. 11, art. 1318 (2020), doi : 10.3389/fpsyg.2020.01318, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « What Do Chinese Families With Depressed Adolescents Find Helpful in Family Therapy? A Qualitative Study », publié dans Frontiers in Psychology (2020) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Liu, L., Wu, J., Wang, J., Wang, Y., Tong, Y., Ge, C., et Wang, Y. (2020). Ce que les familles chinoises trouvent aidant en thérapie familiale face à la dépression à l’adolescence : une étude qualitative (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/ce-que-les-familles-chinoises-trouvent-aidant-en-therapie-familiale (Œuvre originale publiée en 2020 dans Frontiers in Psychology, 11, 1318 (2020) ; republiée en 2020 par Frontiers in Psychology, https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyg.2020.01318/full)
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