Journal of Solution Focused Practices · Article
Le Journal of Solution Focused Practices veut des articles écrits pour les praticiens, et presque rien n’explique comment on écrit cela. Amber Bloom et Frank Thomas, de la Texas Christian University, rassemblent ce que disent les manuels d’autres disciplines et en tirent un guide : clarifier ses valeurs d’auteur avant d’écrire, choisir sa revue et son genre (recherche, conceptuel, réflexif, opinion, étude de cas, avec pour chacun un exemple tiré de la revue), un gabarit qui va du titre au « paragraphe d’annonce », puis les conseils d’usage : répondre au « et alors ? » du lecteur, éviter le jargon, penser au lecteur dont l’anglais est la troisième langue, et survivre aux relecteurs. Un texte de métier, utile bien au-delà de la revue qui l’a commandé.
Traduction non officielle en français. Cet article est la traduction de “Write What You Know” (Twain): How to Write a Practical Journal Article, d’Amber D. Bloom et Frank N. Thomas, publié dans le Journal of Solution Focused Practices (2020), doi : 10.59874/001c.75063, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. L’encadré 1 est présenté en fiche ; l’encadré 2, une image dans l’original, n’est pas reproduit ; les notes sont regroupées. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Résumé. Le Journal of Solution Focused Practices (JSFP) recherche des manuscrits écrits en pensant au praticien. Malheureusement, il existe peu de ressources qui indiquent aux auteurs comment s’y prendre pour ce type d’écriture. Les auteurs de cet article ont rassemblé des ressources de diverses disciplines pour créer des lignes directrices faciles à suivre et conformes aux consignes de soumission du JSFP. Nous explorons aussi les façons de rendre un manuscrit plus pertinent pour un public international, et nous incluons des conseils pour bien écrire.
Vous savez probablement que le Journal of Solution-Focused Brief Therapy a récemment changé de nom et s’appelle désormais Journal of Solution Focus Practices (JSFP). Selon David Hains (2019), président de l’Australasian Association for Solution-Focused Brief Therapy (AASFBT), le but de ce changement est de « souligner que nous ne sommes pas seulement affaire de “thérapie” » (par. 1). Voici l’invitation officielle du JSFP à soumettre des manuscrits1 (AASFBT, s. d., par. 2) :
La revue recherche des articles savants qui rapportent le processus et les résultats de recherches quantitatives et/ou qualitatives cherchant à explorer l’efficacité de la thérapie brève orientée vers les solutions ou les aspects du processus orienté vers les solutions. Nous tenons aussi à ce que les rapports de recherche soient « faciles d’accès », et nous invitons donc les auteurs qui soumettent des articles fondés sur la recherche à traiter spécifiquement des implications et de la pertinence de leurs résultats pour les praticiens orientés vers les solutions.
La politique éditoriale décrit ensuite d’autres types de manuscrits appropriés à la revue, dont les articles « théoriques » et les « études de cas / articles de pratique », et les discussions au sein du comité éditorial ont massivement soutenu le désir de publier et de diffuser des articles de grande qualité qui embrassent les praticiens OS de tous contextes et de toutes cultures. Pour communiquer ce désir aux auteurs potentiels, nous (AB et FT) avons relevé le défi d’articuler des idées directrices pour ceux qui souhaitent écrire des textes directement liés aux pratiques orientées vers les solutions (OS), en dehors des articles de recherche typiques si courants dans les revues universitaires (Ribeiro-Soriano & Berbegal-Mirabent, 2017).
Écrire pour les praticiens offre de nombreux avantages aux auteurs potentiels, dont toucher un public international plus large, l’applicabilité immédiate du sujet, et un lien clair entre votre travail et la raison pour laquelle il importe à la pratique orientée vers les solutions (Emerald, s. d. ; Wiley, s. d.). Beaucoup de publications expliquent comment écrire des articles savants ou universitaires ; peu de choses sont écrites sur la façon d’écrire pour le praticien (Jalongo, 2013). Dans cet article, nous rassemblons la littérature sur l’écriture pour le praticien (rare, mais applicable à notre revue) et la distillons pour informer ceux qui écrivent pour une revue pratique et pour le public OS mondial. Il ne s’agit pas d’un ouvrage définitif sur l’écriture pour le praticien, mais plutôt de vous donner un point de départ.
Notre intention en écrivant cet article n’est pas de restreindre l’expression ; nous avons au contraire puisé dans des publications internationales et des champs divers (gestion, littératie, éducation de la petite enfance et enseignement supérieur) pour tenter de dresser des panneaux indicateurs sur votre chemin vers la publication de matériel pratique. Nous sommes tout à fait d’accord avec Helen Sword (2012, p. vii) quand elle dit que « la créativité intellectuelle prospère mieux dans une atmosphère d’expérimentation que de conformité ». Rigueur et imagination sont toutes deux nécessaires ; la rigueur seule étouffe, et l’imagination sans précision est souvent un chaos (Weakland & Wilder, 1981). Nous croyons que vos idées méritent d’être exprimées avec élégance, et qu’une telle expression est le produit du métier, de la conversation, de la pratique et d’une révision sans pitié.
Un bon article pratique demande une réflexion attentive avant que toute écriture sérieuse puisse commencer. Vous devrez identifier trois choses avant de commencer : Quelle est la revue ou le public visé ? Quelles valeurs est-ce que j’essaie de communiquer avec cet article ? Quel style d’article est le plus approprié pour servir ces buts ? Répondre à ces trois questions concentrera votre travail et vous fera gagner du temps dans le processus de relecture et de révision (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019).
Healey, Matthews et Cook-Sather (2019) affirment que « tout auteur, qu’il en soit conscient ou non, considère certaines approches, certains styles et certaines normes d’écriture comme importants » (p. 34). Vos choix d’écriture parlent à vos lecteurs, avec ou sans intention. Il est donc essentiel de réfléchir à vos propres valeurs pour vous assurer de communiquer intentionnellement. Par exemple, nous avons choisi d’écrire cet article à la première personne pour réduire la distance entre nous, le texte et notre public. À l’inverse, la troisième personne est souvent utilisée en écriture scientifique parce que l’on y « valorise la distance entre l’auteur et l’œuvre écrite » (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019, p. 34).
La plupart des auteurs du JSFP sont eux-mêmes praticiens. La revue peut donc être vue comme une conversation continue sur les pratiques orientées vers les solutions. Tammar Zilber (cité par Cloutier, 2016) déclare : « En écrivant un article, vous engagez une conversation avec d’autres chercheurs, ils offrent leurs idées dans leurs articles. J’offre les miennes dans les miens. C’est un dialogue » (p. 72). Il est important de réfléchir à ce que vous essayez de dire dans cette conversation. Vous pourriez vous demander : Comment est-ce que je rejoins la conversation ? Est-ce que je respecte les différences à travers le temps et les cultures ? Ma valeur est-elle de prolonger une idée existante ? De contester un présupposé non examiné ? D’apporter une étude de cas ou des exemples de pratique pour étoffer la littérature de recherche et de théorie ? L’OS n’a pas été inventée dans le vide ; elle a prospéré, en partie, grâce à son attrait, qui inclut d’honorer l’expérience des autres, de valoriser les différences, de promouvoir la curiosité, d’apprendre en collaboration et de résister aux idées et pratiques normatives (et souvent jugeantes) (voir Cade, 2007). L’encadré 1 propose des questions pour vous aider à réfléchir à vos valeurs personnelles et à vos contributions possibles au JSFP.
Encadré 1. Clarifier ses valeurs (adapté de Healey, Matthews et Cook-Sather, 2019)
1. Comment pouvez-vous utiliser l’écriture sur la pratique orientée vers les solutions pour… « façonner votre identité dans » le monde orienté vers les solutions ? « être présent dans votre écriture et vous exprimer d’une voix claire » ? « engager à la fois l’émotion et l’intellect » ?
2. Quelles occasions écrire dans le JSFP vous offre-t-il de… « enquêter sur les complexités » des pratiques orientées vers les solutions ? « participer aux conversations en cours, ou en créer de nouvelles, dans la communauté des praticiens orientés vers les solutions » ? « repousser les limites du discours de la communauté en vous appuyant sur votre propre expertise » et vos expériences ?
3. Comment pourriez-vous embrasser le potentiel de l’écriture sur la pratique orientée vers les solutions pour… « reconnaître, affirmer et critiquer de façon constructive plutôt qu’attaquer ou saper » ? « éclairer et élargir, plutôt qu’obscurcir ou diminuer » ? « bien représenter la complexité propre à un contexte, plutôt que la réduire à une simplicité généralisable » ?
Nous supposons que vous lisez cet article parce que vous aimeriez écrire pour le JSFP. Nous aimerions tout de même discuter de l’art de choisir une revue, et donc un public, car c’est une étape très importante du processus d’écriture. Choisir pour qui vous écrivez vous permet d’adapter votre article à un public particulier et à une revue qui a le plus de chances de l’atteindre. Veillez à vous renseigner sur la revue, sa mission et les types d’articles déjà publiés. Vous pourrez suivre les consignes de la revue dès le début, ce qui peut vous faire gagner du temps et éviter peut-être un refus (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019).
En écrivant, concentrez-vous sur votre lectorat prévu, si vous le connaissez. Les publics voudront savoir pourquoi votre travail est important pour eux. Pour les praticiens OS, c’est particulièrement important. Demandez-vous : « Qu’y a-t-il de nouveau dans mon travail ? Qu’est-ce qui est généralisable ? Qu’a-t-il de bon, et comment le bénéfice peut-il se traduire en quelque chose de tangible dont d’autres puissent apprendre ? » (Emerald Group, s. d., section 3, par. 4).
La dernière tâche avant de commencer à écrire est de choisir un style d’article. Healey, Matthews et Cook-Sather (2019) ont créé un cadre heuristique pour quatre types d’articles : recherche empirique, conceptuel, réflexif et opinion. Nous avons ajouté les études de cas à cette liste. Ce cadre comprend des questions à utiliser une fois identifié le type d’article que vous comptez écrire. Vous trouverez les questions pour tous les types d’articles dans l’encadré 2.
Encadré 2. Formuler son article (adapté de Healey, Matthews et Cook-Sather, 2019). Encadré non reproduit.
Les articles de recherche empirique. Quand vous écrivez sur une étude que vous avez menée, il est utile d’avoir une idée de comment et où vous ferez publier votre étude avant de commencer votre recherche (Wiley, s. d.). Un article de recherche solide comprendra une justification de l’étude et de vos méthodes, un ancrage solide de votre étude dans la littérature, des résultats clairement communiqués, une discussion approfondie et les implications pour votre champ (Wiley, s. d.).
Rendez votre recherche et vos résultats accessibles à un large public en évitant un langage trop technique. Soyez concis et direct, reliez la recherche à des exemples du monde réel et adressez-vous directement à votre lecteur (Wiley, s. d.). Pour être le plus utile à votre public, votre article doit se rattacher directement à la pratique orientée vers les solutions, tout en y ajoutant quelque chose de nouveau (Barley, 2006 ; Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019). Les praticiens s’intéresseront plus aux implications pour eux-mêmes et leur travail qu’aux menus détails du comment et du pourquoi de votre méthode de recherche. Vous risquez de perdre des lecteurs si vous passez trop de temps sur la section méthode de votre article (Emerald, s. d. ; Wiley, s. d.).
Dans la tradition du JSFP, quelques articles empiriques se distinguent. L’article de Worsley et Hjemdal (2016) sur le développement de l’outil Resilience Doughnut vaut certainement la lecture, car il est organisé à la manière traditionnelle des articles de recherche, familière à la plupart des lecteurs. L’un des articles de recherche en circulation les plus récents liés à l’OS est Wallace, Hai et Franklin (2020). Ces auteurs adoptent aussi l’organisation conventionnelle utilisée par la plupart des chercheurs pour rédiger des résultats de recherche.
Les articles conceptuels. Ces articles ne comprennent pas de recherche nouvelle mais puisent dans des travaux publiés. Les articles conceptuels cherchent à « offrir une perspective nouvelle ou à recadrer des théorisations existantes » (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019, p. 37). Ils offrent une perspective fraîche, un désaccord ou une réimagination de ces conversations (Wiley, s. d.). Les articles conceptuels doivent être solidement ancrés dans la littérature pertinente et avoir une compréhension créative d’autres possibilités. L’essai de Gale Miller (2014) sur la culture et l’OS est un exemple exceptionnel, si l’on cherche un guide. Il présente son article comme une « approche (qui) représente une interprétation anthropologico-sociologique… Une explication de la façon dont ma perspective interculturelle prolonge les thèmes culturels de la littérature orientée vers les solutions est discutée » (p. 25). Un autre exemple de Miller, que je (FT) trouve profondément stimulant, est « Readers Matter: Reading Practices and the Future of Solution-Focused Thought and Practice » (2013).
Les essais réflexifs. Les plus personnels des articles, les essais réflexifs, sont centrés sur « les expériences vécues, et le sens que vous en avez tiré » (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019, p. 38). Ces auteurs rapportent que, plutôt que de se centrer sur la recherche actuelle ou passée, le but est de conduire le lecteur à travers un événement ou une période de votre vie et de partager « ce que vous avez tenté, ce avec quoi vous vous êtes débattu, ce que vous avez appris ou réalisé » (p. 37). Il y a plus de liberté dans l’écriture d’articles réflexifs, parce qu’ils reposent sur l’expérience personnelle et peuvent être écrits de façon beaucoup moins formelle. Ils donnent aussi plus d’indications, car les articles réflexifs « montrent, au lieu de raconter, en offrant des exemples vivants et détaillés au lieu de simplement affirmer que quelque chose est arrivé » (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019, p. 37). Les articles réflexifs ont donc habituellement un nombre limité de citations. Un exemple d’article réflexif est Thomas et Durrant (2014). Thomas y répond aux questions de Durrant, dont beaucoup invitent Thomas à réfléchir et à spéculer sur le passé, le présent et l’actualité du monde OS.
Les textes d’opinion. Les textes d’opinion sont en général le type d’article le plus court et doivent être reliés à un corpus de littérature pour vous permettre d’« énoncer une position claire et directe, puis de la soutenir par un argument persuasif » (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019, p. 39). Comme pour les autres types d’articles discutés, il est essentiel d’inclure en quoi votre opinion importe pour la pratique de votre lecteur, en établissant des parallèles entre votre sujet et les pratiques orientées vers les solutions. L’un des plus beaux textes d’opinion que je (FT) aie rencontrés dans le champ de la psychothérapie est « Where is the Family in Narrative Family Therapy? » de Salvador Minuchin (1998). Les défis lancés par Minuchin sont clairs, ses positions étayées par des sources savantes et personnelles pertinentes. D’autres répondent à ses arguments par des répliques réflexives dans le même numéro.
Les études de cas. La tradition OS s’est traditionnellement centrée sur l’apprentissage par la pratique. L’approche clinique inductive d’Insoo Kim Berg, de Steve de Shazer, d’Eve Lipchik et des autres membres éminents de l’équipe de Milwaukee s’appuyait sur les cas de thérapie en cours pour nourrir leur réflexion de groupe, le développement du modèle et les projets d’écriture (Cade, 2007). C’est encore notre tradition OS, et le comité éditorial accueille les manuscrits de praticiens qui appliquent l’approche OS en conseil, en thérapie familiale, en coaching, en formation, en éducation et dans d’autres contextes2. L’étude de cas culturellement informée de Moir-Bussy (2014), dans le premier numéro du Journal of Solution-Focused Brief Therapy, est un excellent exemple de mise en relation des pratiques à travers l’histoire et les cultures. Elle traite de multiples ponts culturels reliant l’OS aux pratiques éducatives et de santé mentale à Hong Kong, remet en question des idées occidentales et adapte les principes et techniques OS aux peuples chinois et autochtones australiens.
Notre écriture doit commencer quelque part, et nous suggérons de commencer par former des idées sur la façon dont votre manuscrit sera organisé. Nous créons ci-dessous un gabarit qui peut être utile. C’est un gabarit, pas un plan, mais il peut fournir la structure dont vous avez besoin en couchant vos pensées sur le papier.
Le titre est littéralement la porte d’entrée de votre article. Jalongo (2013) et Emerald (s. d.) s’accordent : beaucoup de gens décideront de lire ou non le résumé sur la seule base du titre. Les moteurs de recherche s’appuient aussi largement sur les titres pour trier les articles. Un titre doit donc être à la fois descriptif et, quand c’est approprié, accrocheur. Sword (2012, p. 188) dit ceci des titres de livres : « Je classe comme “engageant” tout titre dont l’auteur paraît avoir consciemment fait ne serait-ce que la plus modeste tentative d’amuser, de divertir ou de capter l’attention du public visé. » Jalongo (2013) suggère qu’un titre d’article « ne devrait pas sonner comme un titre de livre ! » (p. 18), mais être beaucoup plus spécifique. D’autres aides possibles incluent « l’allitération, les expressions descriptives, la répétition » (Emerald, s. d., par. 3) et les termes liés à la pratique orientée vers les solutions. Deux exemples de titres qui illustrent ces points, tirés des volumes passés du Journal of Solution Focused Brief Therapy (JSFBT), sont l’article de Durrant (2016) « Confessions of an unashamed Solution-Focused purist: What is (and isn’t) Solution-Focused? » et l’article de McKergow (2016) « SFBT 2.0: The next generation of Solution-Focused Brief Therapy has already arrived ».
Généralement requis seulement pour les articles de recherche empirique et les articles conceptuels, le résumé est presque aussi important que le titre. Ceux qui sont attirés par le titre se tourneront vers le résumé pour en savoir plus et décider s’ils liront l’article entier. Vu l’importance du résumé, il est surprenant que « beaucoup de gens traitent le résumé presque comme une réflexion après coup, à expédier juste avant la soumission » (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019, p. 42). Un résumé, écrit en premier, peut servir à faire le plan de votre article. Cloutier (2016) a constaté que beaucoup d’auteurs trouvent dans le plan un moyen utile d’organiser leurs pensées. S’y référer tout au long de l’écriture peut vous garder sur la bonne voie et donner une structure à votre manuscrit.
Jalongo (2013) a créé une formule d’écriture de l’introduction qui peut vous être utile pour créer votre manuscrit. Le but d’une introduction est de commencer par le général et d’aller vers le spécifique. Vous voulez emmener le lecteur dans votre parcours, du contexte de votre article et des preuves qui soutiennent ce contexte jusqu’à votre thèse spécifique, votre point de vue et sa relation au contexte plus général (Jalongo, 2013 ; Wiley, s. d.). Emerald (s. d.) déclare qu’une introduction bien écrite devrait « attirer le lecteur dans le sujet, en rendant claire sa pertinence pratique » (section 4, par. 4). Greenblatt (2007, p. 5) aborde ainsi les introductions : « Vous n’avez pas à écrire les phrases mornes qui disent “Dans cet essai, j’ai l’intention d’explorer le thème de… Mon but sera de… bla, bla, bla.” Vous plongez plutôt le lecteur dans une histoire qui a déjà commencé, et vous créez, ou du moins essayez de créer, le désir d’en savoir plus. »
Inclus dans l’introduction, le paragraphe d’annonce plante le décor de votre article. Cette section « annonce ce qui va suivre dans l’ensemble du texte. Chaque élément mentionné correspond parfaitement à un intertitre principal » (Jalongo, 2013, p. 19). Comme une feuille de route pour vos lecteurs, cette section ouvrira la voie vers votre sujet, quel que soit le type d’article choisi. Comme le résumé, le paragraphe d’annonce peut vous servir de consigne pendant que vous « réécrivez, révisez et affinez » (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019, p. 44). Voici un exemple de paragraphe d’annonce :
Dans cet article, les auteurs passent d’abord en revue la littérature relative à la thérapie ambulatoire avec des personnes aux prises avec des troubles alimentaires, y compris la surveillance nécessaire par le personnel médical. Ils exposent ensuite certains des présupposés de base de la pratique orientée vers les solutions (OS) qui semblent particulièrement pertinents pour le travail avec cette population. Après l’exemple de cas, les auteurs explorent comment ils sont restés fidèles aux principes OS tout en coopérant avec les médecins pour créer des partenariats fondés sur les objectifs et les expériences de cette jeune cliente. Enfin, les auteurs dialoguent sur les effets de cette personne et de ce cas particuliers sur leurs propres perspectives concernant les troubles alimentaires et la collaboration lorsque des circonstances potentiellement mortelles doivent informer toutes les personnes impliquées : la cliente, les thérapeutes, la famille et les experts médicaux qui collaborent.
Les intertitres principaux de votre article doivent correspondre à ceux annoncés dans le paragraphe d’annonce, en guidant le lecteur à travers votre plan (Emerald, s. d. ; Jalongo, 2013 ; Wiley, s. d.). Jalongo ajoute que les intertitres principaux sont meilleurs quand vous « les rendez spécifiques au propos du manuscrit ; pas d’intertitres “génériques” ! » (p. 20). Le style APA, selon la septième édition du Publication Manual of the American Psychological Association, suit un format spécifique d’intertitres à cinq niveaux. De plus, « ne commencez pas un article par un intertitre “Introduction” ; le titre de l’article en haut de la première page du texte fait office d’intertitre de niveau 1 » (2020, p. 44). Les sous-titres ne sont pas exigés par le JSFP ; voir le lien vers la politique du JSFP pour d’autres indications.
Beaucoup de revues destinées aux praticiens exigent des visuels pour accroître l’accessibilité de l’article au lecteur. Mais, selon Jalongo (2013), les illustrations doivent « économiser des mots » (p. 20) et avoir une valeur spécifique pour le lecteur. Pour être utile, un visuel doit être le moyen le plus efficace de représenter un sujet de votre article (Emerald, s. d.). Une illustration créée pour elle-même n’ajoutera à peu près rien à votre article. Certains auteurs, selon Cloutier (2016), ont trouvé dans le fait de « dessiner, griffonner ou esquisser des idées sous forme visuelle » (p. 75) un outil utile pour développer et organiser des idées, même si ces visuels ne finissaient pas dans l’article publié. Nous espérons que les encadrés 1 et 2 de cet article vous seront utiles comme visuels et comme résumés.
Un but de l’écriture pour les revues professionnelles, selon Emerald (s. d.), est de « relier l’article au monde réel chaque fois que possible » (section 4, par. 6). Les exemples peuvent être tirés d’autres articles, d’expériences cliniques réelles et/ou d’expériences personnelles (Emerald, s. d. ; Jalongo, 2013 ; Wiley, s. d.). Jalongo (2013, p. 20) suggère que les exemples soient « très courts… fondés sur vos expériences ; essayez de concentrer plus d’un exemple dans une phrase » (souligné par l’auteur). Les exemples aident à identifier le pourquoi (comme dans « pourquoi devrais-je m’y intéresser ? ») et peuvent servir à rendre votre article plus pertinent pour un public international.
Jalongo (2013) suggère de commencer par réintroduire l’énoncé de la thèse. Puis de parcourir votre introduction à rebours, en terminant par les applications les plus larges de votre argument. Évitez d’introduire des idées nouvelles dans la conclusion, tout en évitant qu’elle répète l’introduction.
Rendez votre article facilement accessible au praticien en écrivant de façon vivante, claire, simple et directe. Les visuels, avec les listes à puces, vous aideront à atteindre ce but (Wiley, s. d. ; Emerald, s. d.). Pinker (2014) déclare que « le lecteur peut reconnaître la vérité quand il la voit, pourvu qu’on lui en donne une vue dégagée » (par. 12). L’une des choses les plus difficiles quand on écrit est de se rappeler que vos lecteurs n’ont peut-être pas les connaissances que vous tenez pour acquises. Le JSFP attire des lecteurs de nombreux champs et cultures dans le monde, l’anglais étant souvent la deuxième, troisième ou quatrième langue du lecteur. Incluez une grande variété de liens possibles avec votre travail.
Une façon d’éviter d’aliéner ou d’ennuyer votre lecteur est d’éviter le jargon technique quand c’est possible (Emerald, s. d. ; Wiley, s. d.). C’est particulièrement vrai des abréviations fréquemment utilisées dans votre champ, auxquelles ceux qui sont extérieurs à votre domaine ou à votre culture peuvent peiner à donner sens. Quand il est impossible d’éviter complètement les termes techniques, « expliquez-les ou donnez des explications dans un glossaire ou un encadré » (Wiley, s. d., p. 8).
Nous suggérons aussi, quand c’est possible, d’utiliser un langage courant. L’obscurité confond3. Vous pouvez toujours utiliser un dictionnaire des synonymes pour clarifier le sens voulu, mais faites confiance à vos propres mots et révisez ensuite. Vos mots sont assez bons ; commencez par ce que vous savez et cherchez des collègues informés dont vous pensez qu’ils seront honnêtes mais bienveillants dans leur lecture et leur critique, pour que les versions suivantes deviennent plus claires et plus accessibles.
Placez-vous, ainsi que votre lecteur, dans le contexte de votre article en utilisant un langage centré sur la personne et actif (Emerald, s. d. ; Wiley, s. d.). Assurez-vous de répondre aux questions suivantes pour votre lecteur :
Gardez à l’esprit, en écrivant votre article, que vos lecteurs se poseront cette question et se demanderont pourquoi ils devraient s’intéresser à votre article. Comme auteur, c’est votre travail de les convaincre que votre sujet compte pour eux (Thomson, 2017). Prenez le temps d’expliquer l’importance de votre travail dans autant de contextes différents que possible.
Répondre à la question « et maintenant ? » peut se faire en discutant les limites de votre article, ou en énonçant les prochaines étapes de la recherche, de la réflexion, de la discussion et du développement théorique (Thomson, 2017). La pratique orientée vers les solutions est une philosophie en évolution, et en publiant dans le JSFP vous faites partie d’un dialogue continu, vieux de plusieurs décennies. Identifier où vous vous situez dans cette discussion donnera à votre lecteur l’occasion de répondre (Thomson, 2017 ; Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019).
Le JSFP est une revue internationale dont les auteurs, les éditeurs et les lecteurs vivent partout dans le monde (politique éditoriale, s. d.). Votre article aura peut-être plus de valeur pour un public international si vous suivez les conseils des sections précédentes. Gardez à l’esprit que les lecteurs ne connaissent peut-être pas les abréviations, le jargon, les idiomes, les clichés ou les lois tenus pour connus dans votre pays ou votre culture (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019 ; Thomson, 2017). On ne doit pas supposer que le lecteur comprendra votre intention ou vos illustrations si elles contiennent des expressions familières propres à une culture. L’humour et le sarcasme se perdent souvent à la traduction. Voici des suggestions pour créer un manuscrit en pensant à un public international.
Chaque fois que possible, utilisez votre contexte local « pour explorer ou dire quelque chose d’une préoccupation, d’un débat, d’une question ou d’un intérêt plus large, international » (Thomson, 2017, par. 4). Faites-le en incluant diverses références de contextes internationaux, pour que vos questions « et alors ? » et « et maintenant ? » soient liées à un contexte international. Assurez-vous que votre « conclusion renoue avec le contexte international » (Thomson, 2017, par. 11). L’article de Thomas (2016) sur le compliment puise dans la littérature de multiples approches de l’application des idées OS. Il situe en outre la pratique à travers le temps et les cultures, en notant les différents accents mis sur le compliment dans l’histoire de l’OS et la nécessité de la compétence culturelle.
Healey, Matthews et Cook-Sather (2019, p. 40) écrivent : « nous avons généralement constaté que travailler avec d’autres nous permet de couvrir plus de terrain, est plus agréable et a profité à la qualité de l’écriture » (p. 40). Écrire en collaboration est le fondement de l’écriture universitaire, selon Cloutier (2016), qui déclare : « nous avons tendance à oublier que les revues universitaires ont pour origine les lettres personnelles que les scientifiques écrivaient à leurs pairs et auxquelles leurs pairs répondaient » (p. 80). Heureusement, nous avons aujourd’hui l’avantage de la technologie, qui nous permet de collaborer en temps réel. Pour éviter les conflits et frustrations possibles pendant une collaboration, tenez compte de votre propre tempérament et de vos disponibilités. La quantité de travail de chaque participant doit être soigneusement négociée d’avance, et les conflits possibles, comme l’ordre des auteurs, doivent être discutés dès le début du projet (Healey, Matthews, & Cook-Sather, 2019).
Soumettre son travail peut être un processus émotionnel et vulnérable, surtout pour les auteurs novices (Cameron, Nairn, & Higgins, 2009). Les auteurs peuvent pécher en retravaillant trop leur article ou en visant la perfection. Healey, Matthews et Cook-Sather (2019, p. 45) vous demandent de garder à l’esprit que « les acceptations sans condition sont extrêmement rares… Les révisions mineures et majeures sont beaucoup plus courantes ». Les relecteurs du JSFP visent à fournir des commentaires et suggestions utiles qui encouragent le développement du ou des auteurs relus.
Cameron, Nairn et Higgins (2009) rappellent aux lecteurs que l’écriture « implique un désordre et un échec initiaux ». Votre premier jet n’est que cela, une première tentative. Le but d’un premier jet devrait être de mettre des mots sur le papier. De nombreuses révisions entre le premier jet et la soumission sont la norme pour la plupart de ceux qui écrivent pour des revues. Le processus de réécriture apporte la clarté ; chaque version est un pas vers la cohésion (Cloutier, 2016 ; Cameron, Nairn, & Higgins, 2009).
Jalongo (2013) suggère de faire une auto-évaluation en passant en revue les caractéristiques clés de votre article, comme « l’adéquation au public, l’originalité, la force de persuasion, l’organisation, le propos, la voix (et) la synthèse » (p. 21). Des questions importantes à se poser pendant la révision sont : Ai-je utilisé Turnitin pour vérifier l’originalité et éviter le plagiat ? Ai-je été honnête dans mes résultats ? L’article est-il cohérent ? Et tient-il ensemble du titre au dernier paragraphe ? Healey, Matthews et Cook-Sather (2019) suggèrent de revérifier votre article au regard des exigences de contenu et de format de la revue à laquelle vous prévoyez de soumettre. Les exigences de soumission du JSFP figurent sur la première page de cet article. Cet article peut servir de guide d’auto-évaluation, en fournissant un cadre souple pour structurer un article pratique.
Une fois votre auto-évaluation faite, envisagez sérieusement de demander de l’aide. Cloutier (2016) suggère qu’une première relecture par un ami peut servir à jauger la façon dont votre article pourrait être reçu par la communauté des praticiens orientés vers les solutions. Faire relire son travail peut être « à la fois stimulant et frustrant » (Cloutier, 2016, p. 73), et votre cadre mental de la relecture et de la révision de votre travail sera un facteur clé de l’impact émotionnel du processus de retour. Accueillir le processus de relecture non seulement comme nécessaire mais comme un outil bénéfique d’apprentissage et d’amélioration de vous-même comme auteur pratique aide à accroître votre volonté de réviser votre travail. L’amélioration est improbable sans ce retour (Cameron, Nairn, & Higgins, 2009 ; Cloutier, 2016).
Nous avons tenté ici de fournir un cadre pour écrire un article pratique de revue. Il n’y a cependant pas une seule bonne façon d’écrire un tel article. Nous voulons que ces lignes directrices soient un tremplin. Et si nous nous sommes attachés à vous aider à préparer une soumission au JSFP, nous croyons que ces idées seront utiles pour écrire pour toute revue pratique. Steven Greenblatt (2007, p. 6) résume le processus comme il convient : « Vous devriez essayer de bien écrire, et cela signifie apporter à la table toute votre vigilance, vos peurs et vos désirs. Et de temps en temps… vous dire que vous allez prendre un risque. »
Notes des auteurs
1. La politique éditoriale du JSFP se trouve à https://www.solutionfocused.org.au/journal/editorial-policy
2. NOTEZ les consignes importantes sur l’écriture à propos du travail clinique dans la politique éditoriale du JSFP : https://www.solutionfocused.org.au/journal/editorial-policy
3. Un exemple d’obscurité, ou de confusion (un peu d’humour !). Nous avons tous lu des articles qui auraient pu être utiles à lire, d’après le titre et le résumé, si seulement le style d’écriture ne s’était pas mis en travers. Pour un exemple d’essai « complètement dépourvu de sens et… généré aléatoirement », voir McElwaine (s. d.).
Complexe Systémique : à retenir
Un texte d’atelier plutôt qu’un article, mais un atelier bien tenu : le tri des valeurs avant l’écriture, le choix du genre avec un exemple de la revue pour chacun, et le gabarit titre, résumé, introduction, paragraphe d’annonce, sont des outils que tout praticien qui veut écrire peut emprunter, quelle que soit son école. La partie la plus utile pour un lectorat francophone est, paradoxalement, celle sur l’écriture pour un public international : l’anglais comme troisième langue du lecteur, l’humour qui ne passe pas la traduction, le contexte local à relier à un débat plus large. On y ajoutera, pour notre atlas, que la même exigence vaut dans l’autre sens : expliquer ce qui va de soi à Milwaukee ou à Londres. Le rappel de Cloutier, une revue est née de lettres entre pairs, est une bonne définition de ce qu’un site comme celui-ci essaie de rester. À lire avec le plaidoyer de Gerwing pour l’enregistrement vidéo et le compliment selon Frank Thomas.
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Traduction non officielle en français de “Write What You Know” (Twain): How to Write a Practical Journal Article, d’Amber D. Bloom et Frank N. Thomas, publié dans le Journal of Solution Focused Practices, vol. 4, n° 1 (2020), p. 6-14, doi : 10.59874/001c.75063, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (encadré 1 en fiche, encadré 2 non reproduit, notes regroupées). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « “Write What You Know” (Twain): How to Write a Practical Journal Article », publié dans Journal of Solution Focused Practices (2020) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Bloom, A. D., & Thomas, F. N. (2020). « Écrivez ce que vous savez » (Twain) : comment écrire un article pratique pour une revue (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/ecrivez-ce-que-vous-savez-comment-ecrire-un-article-pratique-pour-une-revue (Œuvre originale publiée en 2020 dans Journal of Solution Focused Practices, vol. 4, n° 1 (2020), p. 6-14 ; republiée en 2020 par Journal of Solution Focused Practices, https://journalsfp.org/article/75063)
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